N.d.A :

J'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ce chapitre que j'en ai pris à l'écrire !


Chapitre 6 : Le silence des cormorans

Hermione n'était pas certaine de ce qu'elle devait penser de ce qu'elle avait entendu. Elle n'avait certes aucune preuve… Mais elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un profond malaise dans le creux de son estomac face aux propos tenus. Retournant dans sa chambre quelques minutes plus tard, à la suite de Malefoy, comme si elle revenait tout juste de sa promenade, la jeune femme chercha inconsciemment à l'éviter. Ne se sentant pas de lui faire face, elle répondit à mi-mot à l'accueil du sorcier, prétextant le besoin de prendre une douche, avant de se précipiter dans la salle de bain. Hermione espérait que l'eau chaude lui permette de faire le point sur tout ce qui se bousculait dans sa tête. Comment devait-elle interpréter ce qu'elle avait perçu ? Bien sûr, la sorcière s'attendait à ce que Malefoy prépare un mauvais coup… Mais le désirait-elle vraiment ? À quelle gravité s'attendait-elle à faire face ? Tout ceci lui déclenchait des sentiments mitigés. Était-elle satisfaite ? Déçue ? Se pouvait-il qu'elle se sente trahie, dans un sens ? Et pourquoi ? Après tout, la jeune femme était de ceux qui ne croyaient pas en la totale repentance du sorcier. Mais est-ce qu'elle l'espérait, quelque part ? Après tout le mal que ses actes passés avaient déjà engendré…

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Hermione s'habilla pour la soirée, métamorphosant de nouveau sa robe noire, et ses yeux se posèrent sur le torque qui trônait sur sa table de nuit. Que devait-elle en faire ? Elle ne le lui avait pas rendu, et il ne le lui avait pas réclamé. S'attendait-il à ce qu'elle le porte à nouveau ? Elle repensa à la robe de soirée du Nouvel An… "une commande faite sur mesure". Avait-il aussi fait faire ce bijou à son intention ? Pouvait-on être autant aisé, au point de pouvoir se permettre pareilles dépenses pour un simple coup monté ? Ce geste représentait-il si peu pour lui ? Hermione prit sa baguette en bois de vigne posée à côté. Des feuilles de vigne, pensa-t-elle symboles de l'automne et de l'ivresse… Une drôle d'idée lui vint en tête. Se pouvait-ilÉtait-ce une simple coïncidence, ou… était-ce en référence à… cette nuit ?

Intriguée, la jeune femme caressa les entrelacs d'or argenté du bout des doigts. "Un gage de mon inclination…"

Puis, au contact du serpent, elle se ravisa et sortit. Impossible.

Malefoy ne fit aucun commentaire sur son apparence ou son étrange mutisme, ni ne l'interrogea davantage sur sa journée, et la sorcière s'abstint d'en faire de même. Elle l'accompagna jusqu'à la salle à manger, où ils retrouvèrent les autres convives pour la soirée. Hermione profita de l'éloignement de Malefoy au cours de l'apéritif pour discuter plus librement avec les invités, cherchant à discrètement s'enquérir de la raison de leur venue. Elle eut un débat fort intéressant avec Nigel et Mr Fawley sur le ressenti des futures élections et le soutien aux différents candidats au sein des autres départements du ministère. La Gryffondor apprit aussi que la venue des Macmillan et des Abbot avec leurs enfants respectifs n'était pas anodine et laissait entrevoir la possibilité d'une future annonce de fiançailles. Tout d'abord surprise que de telles pratiques aient encore lieu - tels des mariages arrangés entre famille de sorciers, semblant un peu rétrogrades à son goût - Hermione sourit néanmoins avec amusement face à l'évidente affection qu'Ernie et Fiona affichaient respectivement, semblant sincèrement épris l'un de l'autre.

Après le repas, les invités s'attardèrent, et alors qu'elle échangeait avec Harmony et Cecily Macmillan, Hermione ne put s'empêcher d'observer d'un mauvais œil les manigances de Mr Parkinson et de Mr Flint qui entretenaient d'un ton flatteur Nigel Bones et le père de Hannah. Puis la jeune femme vit Lucius Malefoy débattre vivement à voix basse avec Alexus Fawley et Mr Macmillan, avant que ceux-ci ne finissent par acquiescer à ses propos. Le Serpentard leur serra alors fermement la main, avant de les inviter à le suivre et de les conduire dans une pièce à l'écart avec un grand sourire. La plupart des hommes s'absentèrent discrètement ainsi. Puis d'autres convives prirent congé pour la nuit. Hermione se retrouva bientôt seule près du manteau de la cheminée, suspicieuse et indécise quant à la démarche à suivre. Devait-elle à tout prix tenter d'écouter ce qu'il se tramait dans la pièce voisine ? La sorcière avait un mauvais pressentiment… Et alors qu'elle réfléchissait à une méthode discrète pour s'éclipser…

— Alors Granger, on s'éternise ?

Marcus Flint s'était rapproché d'elle pour l'aborder, un verre de whisky Pur feu à la main.

— Tu attends l'autorisation d'aller te coucher ?

Il lui lança un sourire graveleux et Hermione renifla avec mépris l'odeur d'ébriété qui s'en émanait.

— C'est plutôt toi qui devrais aller te coucher, Flint. Va désaouler plus loin, veux-tu ?

— Mmh, c'est une invitation ?

La jeune femme leva les yeux au ciel, préférant l'ignorer.

— J'avais déjà entendu des choses sur toi, enchaîna-t-il en la pointant du doigt. Mais, le père de Drago ? (il hoqueta un rire). Tu fais fort !

Le sorcier renifla d'un air moqueur et Hermione resserra ses bras autour d'elle.

— Comment tu dis, déjà ? Ah oui… "Lucius" ? susurra-t-il en affectant sa voix d'un ton perché.

Hermione lui lança un regard noir. Flint la jugea d'un regard appréciateur, comme on évalue une marchandise.

— On dit que les Malefoy s'offrent toujours ce qu'il y a de mieux. Tu dois être plutôt douée… Et je ne savais pas que tu aimais le Sang-Pur, Granger - Enfin, le vrai ! Parce que Weasley, franchement…

Le jeune homme éructa un ricanement. Hermione savait qu'elle ne devrait pas réagir à d'aussi basses provocations… mais sa baguette commençait doucement à la chatouiller.

Le joueur de Quidditch porta son verre à ses lèvres, la fixant sans retenue d'un regard lubrique. Hermione hésita à s'éloigner dédaigneusement et retint une réplique cinglante. Elle était fatiguée de tout ça.

— Tu sais, murmura alors Flint en faisant claquer sa langue, je ne suis pas très regardant et j'ai pas mal d'argent aussi, alors… quand le vieux en aura fini avec toi… je suis partant pour un tour !

Et dans un même mouvement que la Gryffondor n'avait pas anticipé, Flint se rapprocha d'elle, au point qu'Hermione put sentir son haleine fétide, et il lui empoigna fermement les fesses.

Le sang de la sorcière ne fit qu'un tour. En un battement de cil, la baguette de la jeune femme fendit l'air, un cri de douleur retentit dans la salle, ainsi que le son du verre brisé, avant qu'un lourd silence ne retombe.

Puis des exclamations surprises se firent entendre, brisant l'ambiance pesante qui régnait, alors que les dernières personnes présentes réapparaissaient, alertées par le bruit.

Sale garce ! cracha Marcus.

— Que se passe-t-il, ici ? demanda quelqu'un.

Hermione était rouge de colère et de honte, la baguette à la main, tandis que Marcus Flint était tombé à genou et se tenait le visage, des cloques énormes apparaissant à vue d'œil sur sa main et sur sa joue.

Tout à coup, Fergus Flint et Lucius étaient présents, au milieu d'autres silhouettes qu'Hermione ne chercha pas à identifier.

— Mais enfin, qu'est-ce que cela signifie ? demanda Mr Flint d'un air perdu et inquiet en se penchant sur son fils. Que lui avez-vous fait ?

Malefoy voulut s'approcher d'elle, mais Hermione fit un pas en arrière par réflexe, fuyant son regard, et le sorcier s'arrêta, l'observant attentivement. La jeune femme tremblait de rage et ne quittait pas Marcus des yeux.

— Miss Granger, commença Malefoy…

— Cette sale Sang-de-Bourbe m'a fait des avances avant de m'attaquer ! l'accusa Flint.

Quoi ?! souffla Hermione, atterrée. Comment… tu oses… espèce de sale…

La sorcière était hors d'elle et sa voix se brisa sous l'émotion. Elle avait la gorge serrée. Elle avait envie de l'insulter, de lui faire mal.

Marcus !

Mr Flint semblait choqué et Lucius Malefoy se raidit.

— Hermione s'est seulement défendue, Mr Flint, intervint alors faiblement mais fermement Ernie Macmillan. Marcus a eu un… geste… inconvenant. Sûrement un moment d'égarement.

On pouvait sentir le jugement et le dégoût dans la voix du Poufsouffle. Malefoy se tourna vers lui. Ernie tenait par les épaules une Fiona pâle et chamboulée par les évènements. Puis le Serpentard se tourna de nouveau face à Hermione.

— C'est vrai ? demanda-t-il.

Hermione osa alors enfin croiser son regard pendant un court instant et acquiesça sèchement. Elle croisa les bras devant elle pour essayer de se contenir, tenant toujours fermement sa baguette dans sa main blafarde. Le regard de Lucius Malefoy se durcit instantanément. Mr Flint était blême.

— Marcus, c'est vrai ? Enfin, qu'est-ce qui t'a pris ? Ce n'est pas… ça ne se…

Le sorcier se redressa pour se tourner vers Malefoy, affichant un air affligé.

— Je… Lucius, dit Mr Flint en se raclant la gorge. Je ne sais pas quoi dire… Je suis confus… Je ne sais pas ce qui a pu… Enfin, même si Miss Granger a…

Hermione n'eut pas le temps de s'indigner.

— Je crois que nous savons tous ce qu'il s'est passé ici, le coupa fermement Malefoy, et à cause de qui, n'est-ce pas, Fergus ?

— Ou… Oui, bien sûr, déglutit Mr Flint. Marcus ! Fais tes excuses à Mr Malefoy ! Tout de suite !

— Oh, mais ce n'est pas moi qui ait été offensé.

Même Hermione, malgré son choc, sursauta au ton glacial de Malefoy. Il dominait largement Mr Flint par sa taille, d'autant plus que le pauvre homme semblait se ratatiner à vue d'œil sous la colère froide qui émanait dangereusement du sorcier. Toujours à terre, sous le regard impitoyable braqué sur lui, Marcus Flint redressa à contre-cœur un visage douloureux et contrit.

— Je ne veux pas de ses excuses ! s'exclama alors Hermione.

Tous les visages se tournèrent vers elle. La jeune femme essaya de se calmer, jetant un dernier regard méprisant à Flint.

— Elles ne seraient pas sincères, cracha-t-elle.

Puis la sorcière se redressa de toute la dignité qu'il lui restait.

— Maintenant, si vous voulez bien m'excuser…

Elle adressa un rapide signe de tête à Ernie et à Fiona et se dirigea vers les escaliers du hall.

— Je vous accompagne, dit précipitamment Malefoy derrière elle.

— Lucius, je suis vraiment…

Demain, Fergus !

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Hermione regagna à grands pas leurs appartements à l'étage, Malefoy sur ses talons. Elle ouvrit la porte d'un coup de baguette et s'avança au milieu des lumières tamisées du salon en respirant bruyamment. Idiote, pensa-t-elle. Elle se sentait tellement idiote ! Elle aurait dû le voir venir… Elle aurait dû s'en douter… Mieux se protéger. La sorcière avait tellement honte ! Elle s'en voulait tellement... Pendant une seconde, elle s'était bêtement sentie en insécurité, en danger. Elle avait eu tellement peur de se retrouver seule dans cette salle. Mais elle était aussi terriblement gênée que Ernie ait été témoin de la scène. Dire que la jeune femme avait presque ressenti du soulagement en voyant arriver Lucius… Mais elle avait aussi craint qu'on ne l'accuse. S'être laissée faire ainsi… Stupide ! Stupide !

Hermione entendit des pas assourdis derrière elle et la porte se refermer doucement. Puis elle sentit qu'on lui touchait le bras.

— Miss Granger…

Elle se dégagea d'un geste brusque, repoussant la main du sorcier.

— Ne me touchez pas !

Hermione vit Malefoy se raidir, le regard dur et indéchiffrable, avant qu'il ne ramène lentement son bras le long de son corps. La sorcière devinait son propre visage enflammé par ses émotions. Elle aurait voulu cesser de trembler. Ses yeux la piquaient et elle battit rapidement des paupières pour retenir des larmes malvenues. Elle regrettait de s'être emportée, de s'être laissée atteindre par le geste… Elle ne voulait pas que Lucius Malefoy la voie dans un tel état de faiblesse.

— Puis-je vous rappeler que je ne suis pas celui qui vous a agressée, ni manqué de respect ?

Hermione lui lança un regard brûlant et lourd de sens. La jeune femme eut très envie de lui rappeler ses années Mangemort. Le sorcier pinça les lèvres et se reprit :

— Du moins… pas récemment.

Hermione détourna le regard et croisa les bras. Sa poitrine se soulevait rapidement sous sa respiration saccadée.

— Miss Granger, l'attitude de Marcus Flint était hautement déplacée.

— Que leur avez-vous dit ?

Hermione ferma les yeux, revoyant apparaître des rires, des sourires en coin, des remarques… ravivant sa colère.

— Je ne suis pas certain de comprendre de quoi vous voulez parler, dit Malefoy.

— Sur moi ! Sur… sur ça… nous ! s'exclama Hermione en les désignant tous deux. Qu'avez-vous raconté à vos "amis" ? En quels termes leur parlez-vous de moi ?

Le sorcier sembla tout d'abord surpris, puis fronça les sourcils, comme piqué au vif.

— Un Malefoy ne s'abaisse pas à étaler sa vie privée. Je suis navré que vous puissiez imaginer le contraire.

La sorcière eut un petit rire sans joie.

— C'est ma faute, dit-elle avec dérision, presque plus pour elle-même. J'aurais dû le savoir… Pourquoi être choquée de tels propos ? À quoi d'autre je m'attendais ?

Elle se prit le visage dans les mains et souffla de frustration. Bien entendu… peu importe les véritables raisons qui l'ont poussée à accepter la situation actuelle. Être vue en compagnie de cet homme, qu'est-ce que cela faisait d'elle ? Comment était-elle perçue ?

— Je n'aurais jamais dû accepter cette… cette aberration !

Elle cracha presque le mot pour parler de leur arrangement, même si tout cela était faux, avant de se détourner, manquant ainsi l'impact que ses mots eurent sur le sorcier.

— Il n'a jamais été dans mon intention que vous soyez traitée ainsi.

Hermione ne prit pas la peine d'analyser le ton enroué dans la voix de Malefoy. La sorcière avait conscience de décharger cruellement sa peine sur lui, et n'avait que faire à cet instant que cela soit juste ou mérité.

— Et quelle était votre intention, au juste ? demanda-t-elle durement. Vous êtes-vous seulement soucié des conséquences sur ma… sur ma…

— Miss Granger, la coupa-t-il brusquement, ce dont je ne me soucie pas, sont les propos d'une minorité envieuse et médisante. Je conçois que notre association vous fasse horreur, mais je n'y vois rien de dégradant dont vous devriez avoir à rougir.

La jeune femme hésita à lui faire de nouveau face.

— Quant à Marcus Flint, ajouta Malefoy d'une voix plus cajoleuse. Je puis vous assurer que la leçon restera cuisante.

Hermione perçut le sourire railleur dans sa voix, comme si le sorcier se délectait qu'elle ait attaqué le jeune homme. Cherchait-il à détendre l'atmosphère en plaisantant et saluant sa réaction ?

— Croyez-vous vraiment qu'une seule humiliation, dit-elle sévèrement, parce qu'une personne a décidé de ne pas se laisser faire ou de se taire, peut défaire des siècles d'une éducation haineuse et méprisante ?

La sorcière sut qu'elle lui avait faire perdre son sourire.

Le silence s'installa entre eux. Puis Hermione renifla, sentant les larmes et la fatigue venir.

— Vous devriez aller vous coucher, proposa finalement et simplement le sorcier. Je vous verrai demain matin.

Sans un mot de plus, Hermione se retira dans sa chambre, claquant la porte derrière elle.

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À son réveil le lendemain matin, Hermione y voyait plus clair. Elle était toujours en colère, mais n'avait plus honte. La jeune femme se raisonna qu'elle n'avait rien fait de mal. Elle n'avait rien à se reprocher. Les choses qui se tramaient étaient plus importantes qu'elle. La sorcière prit un soin tout particulier à se préparer, enfilant des vêtements confortables, et sortit de sa chambre avec assurance. Elle trouva Lucius Malefoy assis à la table du petit-déjeuner, lui-même déjà habillé pour la journée, les cheveux noués en catogan. Il ne leva pas tout de suite les yeux de son journal quand Hermione prit place face à lui sans un mot. Mais elle remarqua que le regard du sorcier était étrangement fixe et ses traits légèrement tendus. Sans un mot, la jeune femme plaça sa serviette sur ses genoux et commença à beurrer un toast, avant de croquer dedans. Malefoy se racla la gorge.

— Vous avez bien dormi ? s'enquit-il finalement.

— Très bien, répondit-elle platement sans lever les yeux de son petit-déjeuner.

Hermione se servit un café, consciente du regard en biais que lui lançait le sorcier.

— Que souhaitez-vous faire aujourd'hui ?

La Gryffondor ne répondit pas et haussa les épaules. Sincèrement, elle n'en savait rien. Elle n'y avait pas réfléchi. Elle savait seulement qu'elle était plus déterminée que jamais à mettre la main sur ceux à cause de qui elle se retrouvait dans cette situation, pour que toute cette folie n'ait pas été vaine.

— Vous désiriez faire du tourisme, je crois, et visiter le musée d'art sorcier local, c'est bien cela ? poursuivit Malefoy face à son mutisme. Faisons cela, alors ! Je vais vous accompagner.

Étonnée, Hermione leva enfin les yeux pour les poser sur le Serpentard, bien qu'il évita son regard en repliant son journal. C'est vrai qu'elle en avait toujours envie, mais… passer la journée en compagnie de Lucius Malefoy ?

— Ne vous embêtez pas, répondit-elle. Je peux très bien y aller seule. Vous devez être occupé…

— Sottises, ne vous préoccupez pas de cela, la coupa-t-il avec irritation. J'ai déjà annulé ma journée. C'est décidé.

Malefoy croisa rapidement le regard surpris qu'elle lui lança. Pourquoi faisait-il cela ? se demanda-t-elle. Essayait-il d'être aimable avec elle, proposant de lui changer les idées et de ne pas la laisser seule après les évènements de la veille ? Hermione remarqua un léger pli soucieux sur son front. Il était peu probable qu'il s'inquiète pour elle. La sorcière comprit alors qu'il avait dû craindre qu'elle ne décide de mettre un terme à leur accord et de s'en aller, ce qui irait à l'encontre de ses intérêts. Bien entendu, le sorcier n'était pas au courant de la véritable raison de la présence de la jeune femme ici.

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Lorsqu'ils descendirent, chaudement vêtus pour leur sortie, Hermione se stoppa net en voyant Marcus Flint les attendre dans le hall. Silencieusement, Malefoy glissa une main dans son dos pour l'inciter à avancer. Arrivés à la hauteur du sorcier, Hermione l'aurait bien ignoré, mais ils s'arrêtèrent. Flint semblait mal à l'aise, le visage blême.

— Mr Malefoy, salua-t-il en levant les yeux sur le sorcier.

Malefoy répondit d'un simple signe de tête. Hermione vit Flint jeter un coup d'œil apeuré à son père qui se tenait en retrait derrière lui. Ce dernier le regarda durement et lui fit signe de poursuivre. Flint se résigna en fourrant ses mains dans ses poches et se tourna vers Hermione, le regard fuyant.

— Miss Granger… Je vous prie de bien vouloir accepter mes excuses pour mes propos inqualifiables de l'autre soir, récita-t-il en marmonnant, son visage se colorant légèrement.

Hermione le regarda avec dédain avant de poursuivre sa route sans un mot. Malefoy adressa un signe de tête à Mr Flint avant de la suivre dehors.

— Vous n'étiez pas obligé de manigancer cette mise en scène, lui reprocha-t-elle le long du sentier des jardins, comprenant que Malefoy et Mr Flint avaient dû insister pour que Marcus lui présente officiellement des excuses.

— Bien au contraire, dit-il simplement, c'était important.

Hermione n'avait que faire des excuses de Flint. Cela ne changeait rien pour elle. Mais elle concevait que, pour la réputation du sorcier, l'affront ne puisse rester impuni, aussi hypocrite soit-il. Après tout, du fait de leur accord, l'insulter elle c'était l'insulter lui ; et c'était tout ce qui lui importait, n'est-ce pas ? Puis Malefoy lui présenta son bras et elle l'attrapa, avant qu'il ne les fasse tous deux transplaner.

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Hermione oublia bien vite ses soucis une fois les portes du musée franchies. Il s'agissait du premier musée sorcier qu'elle visitait, et celui-ci était bien plus intéressant que le musée du Quidditch de Londres ! (Quoiqu'en dise Harry). Les longs murs recouverts de tableaux lui rappelèrent un peu les couloirs de Poudlard. Bien qu'elle aurait refusé de l'admettre ouvertement, la sorcière ne regrettait finalement pas tant que cela d'être accompagnée par Malefoy. Et elle comprit pourquoi il avait refusé qu'ils suivent la visite guidée. Ce dernier était incroyablement bien renseigné sur l'histoire des sorciers ! Hermione dut s'avouer qu'il remplaçait bien toute une encyclopédie sur le sujet, et complétait de façon étonnamment agréable la muséographie (voire corrigeait celle-ci). Elle n'en aurait pas autant appris sur les raisons et contextes de certaines œuvres en le visitant seule ou avec ses parents. Surtout lorsque les sujets des tableaux avaient pour habitude de s'absenter momentanément de leurs cadres.

Bien entendu, la jeune femme savait que le Serpentard était issu d'une longue lignée de sorciers. Mais malgré la richesse de sa famille, elle se l'était toujours représenté comme un être rustre et barbare sous ses apparences nobles, et plus sujet à user de violence qu'à faire l'éloge de la beauté, du fait de ses agissements passés. Hermione ne pensait pas Lucius Malefoy si cultivé, ni intéressé par l'art en général ; bien qu'elle se douta qu'il avait déjà dû visiter de nombreuses fois ce lieu. Elle se fit alors la réflexion qu'elle ne savait en réalité pas grand-chose sur le sorcier, et encore moins sur ses goûts ou ses hobbies, quand il ne s'agissait pas de torturer des Moldus. La sorcière ne lui avait jamais imaginé de passion, à part celle de la pureté de son sang. Mais il devait bien être humain après tout, et ne pas se résumer seulement à son masque de Mangemort, même si cela aurait été plus simple pour la jeune femme.

La sorcière s'étonna de voir des tableaux et sculptures anciens aux sujets encore fixes et découvrit naïvement l'évolution des usages de la magie en art sorcier. Elle passa beaucoup trop de temps au goût de Malefoy à faire des allers-retours devant des bustes ou portraits où seuls les yeux des personnages vous suivaient où que vous alliez. Mais Hermione s'amusait beaucoup trop pour se soucier de la gêne ou de l'agacement du sorcier.

Elle se souvenait que Viktor lui avait dit avoir des cours d'art magique à Durmstrang. La Gryffondor avait alors regretté que cette matière ne soit pas proposée à Poudlard, mais Ron lui avait fait la réflexion qu'elle n'aurait pas eu assez d'un Retourneur de Temps pour suivre tout ce qui l'intéressait. Elle se rappela alors que Lucius Malefoy avait siégé au conseil d'administration de l'école et l'interrogea sur le processus de détermination des enseignements. Il lui répondit que les matières enseignées étaient principalement fixées par le directeur, et les programmes transmis au conseil et au ministère pour une supposée validation. Bien que celle-ci n'était jamais réellement attendue du temps d'Albus Dumbledore. Hermione comprit à son ton que Lucius Malefoy considérait avoir beaucoup de critiques à faire sur le sujet. La jeune femme savait très bien - de par les propos de son fils - ce que le sorcier pensait de l'influence de Dumbledore en tant que directeur de l'école. Elle savait également qu'elle serait foncièrement en désaccord avec lui sur ce point. Dumbledore était la meilleure chose qui soit jamais arrivée à Poudlard, point final. Elle préféra ainsi changer de sujet.

Cela ne les empêcha pas d'entrer en débat sur d'autres polémiques : comme l'influence des chasses aux sorcières moldues sur l'art sorcier du XVIème siècle, ou encore sur la légitimité de détention des œuvres d'artistes sorciers connus des Moldus. Hermione fit la réflexion qu'avant le Code International du Secret Magique, les Moldus et les sorciers partageaient une culture commune, et que les sorciers - eux - avaient toujours accès aux musées moldus. Lorsque Malefoy chercha à la contredire, prétextant que les Moldus ne pouvaient tout simplement pleinement apprécier toute la valeur de certaines œuvres, du fait de leur ignorance de leurs origines magiques, ou le danger lié au risque que leur étude puisse révéler leur existence, Hermione fit alors le parallèle avec toutes les pièces d'orfèvrerie des Gobelins données au musée qu'ils étaient en train de visiter par des sorciers et sorcières (étant bien placée pour connaître toutes les revendications de ces derniers à ce sujet). Mais la jeune femme comprit rapidement que l'égalité en droits des créatures magiques autres que les sorciers était un tout autre débat avec Lucius Malefoy, et un qu'elle n'était apparemment pas prête de gagner.

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Après plus de trois heures de visite, Hermione était fourbue mais ravie, comme si toute cette stimulation intellectuelle l'avait revigorée. Elle était aussi affamée, et accueillit avec plaisir la proposition de Malefoy d'aller déjeuner. La jeune femme faillit cependant se rebiffer au regard sévère que lui servit ce dernier lorsqu'elle fit mine de vouloir payer elle-même son vestiaire. Le sorcier insista pour récupérer lui-même son manteau et son écharpe et les déposer galamment sur ses épaules. Le geste la mit bêtement mal à l'aise. La sorcière s'étonnait toujours de la patience que l'homme parvenait à adopter en sa présence, alors qu'elle savait l'irriter au plus haut point. Pourquoi donc se forcer ? Elle ne lui avait rien demandé.

— Vous vous donnez beaucoup de mal pour maintenir cette chimère, fit-elle la remarque avec une légère amertume dans la voix.

Pourquoi tant de manières alors qu'ils étaient seuls ? se demandait Hermione. C'était un véritable mystère pour elle. Que cherchait à prouver le sorcier ? Qu'ils ne faisaient pas partie du même monde ? Il n'y avait pourtant personne à impressionner autour d'eux.

— Et vous, Miss Granger, soupira avec lassitude Malefoy en ajustant son propre manteau, vous vous posez beaucoup trop de questions. Apprenez un peu à profiter de l'instant présent.

Hermione haussa un sourcil. Sa phrase sonnait fortement comme un "Taisez-vous et dites merci", mais elle avait assez de jugeote pour ne pas chercher à s'en offusquer pour l'heure. Avait-elle mérité la remontrance ? La sorcière était déjà en plein débat intérieur sur le bien-fondé d'apprécier de passer une journée simple en compagnie de cet homme, sans l'excuse que cela vienne directement servir sa mission…

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Mr Malefoy l'emmena dans un restaurant français sorcier à la cave voutée et du nom de La baguette et la couleuvrine, dont l'enseigne représentait une couleuvre s'enroulant autour d'une grappe de raisin. Face au menu, le cœur d'Hermione balança entre la truite à l'amande et le feuilleté aux coquilles Saint-Jacques, puis entre la crème brûlée et la tarte tatin.

— On pourrait tout à fait imaginer un cours optionnel sur la culture magique pour les élèves nés-Moldus, avança Hermione au cours de leur discussion, tandis qu'on leur servait leurs plats. Tout comme il y a l'étude des Moldus pour les enfants de sorciers.

Malefoy rejeta une fois de plus son argument dans leur éternel débat, chacun cherchant à faire entendre son propos.

— Et qui dispenserait un tel enseignement ? Vous-même avez été instruite en histoire de la magie et pourtant vous remettez sans cesse en question certaines de nos lois les plus fondamentales.

— Seulement lorsque celles-ci sont basées sur le mythe de la supériorité sorcière !

Malefoy marqua une pause, le temps de se servir, semblant peu convaincu.

— Peu importe les connaissances acquises, vous restez une profane.

— C'est vous qui nous ostracisez ! s'énerva Hermione.

Gardant son calme, Malefoy secoua la tête.

— N'étant pas née dans ce monde, jamais vous n'accepterez toutes nos coutumes comme les vôtres, ni ne posséderez tous nos réflexes. Par exemple, je suis certain qu'il vous ait déjà arrivé - dans un instant de panique - d'oublier d'utiliser votre baguette pour vous sortir d'un mauvais pas ?

Hermione resta coite pendant une seconde, se remémorant un reproche fait par Ron autrefois, et rougit face au sourire entendu et victorieux de Malefoy, ce dernier étant certain d'avoir marqué un point.

— Cela ne prouve rien !

La sorcière eut très envie de lui rappeler mesquinement la fois où - oubliant lui aussi sa précieuse baguette - il en était venu aux mains avec Mr Weasley chez Fleury et Bott.

— L'histoire montre bien qu'il y a eu une évolution des us et coutumes des sorciers au cours du temps, en parallèle de l'évolution sociale et technologique de la société moldue, reprit-elle plus posément. Comme quoi, les deux mondes ne sont pas entièrement dissociés. À quoi pensez-vous que cette évolution est due, si ce n'est l'apport des nés-Moldus dans la communauté magique ?

— Ainsi, vous pensez nous être indispensables ? demanda-t-il sur le ton de la plaisanterie.

— Peut-être pas indispensables, dit-elle avec assurance. Mais un atout, oui certainement !

Hermione maintint le regard du sorcier et un silence s'installa entre eux, comme si Malefoy pesait ses mots. Puis chacun reporta son attention sur son plat. Hermione prit une gorgée de vin et se rappela leur visite au musée. Une pensée lui vint alors.

— Vous savez, dit-elle doucement, contrairement à ce que vous dites, je considère ce monde davantage le mien que le vôtre.

À cela, le sorcier leva un sourcil dubitatif, bien qu'intrigué.

— N'ayant toujours connu que cela, poursuivit-elle, le regard perdu dans le vide, vous le considérez comme acquis. Vous en êtes fier mais il ne vous surprend plus, vous ne vous en étonnez plus. Et vous ne le remettez plus en question. C'est comme la mort d'une relation… la fin de toute réflexion…

Hermione croisa le regard de l'homme assis en face d'elle, mais il ne dit rien et sembla rester impassible. La jeune femme porta alors son attention sur les reflets de la lumière sur son verre, qu'elle caressait distraitement du bout des doigts, et afficha un petit sourire.

— Vous avez raison, je ne suis pas née magique. C'est pourquoi j'ai eu la chance de découvrir ce don inattendu en moi. Vous, vous ne savez pas ce que cela fait. Vous avez toujours appartenu, vous avez toujours su. Les sorciers nés-Moldus, avant de recevoir notre lettre, nous nous sentons différents et nous ne savons pas pourquoi.

Et après, pensa-t-elle, nous apprenons que nous sommes différents dans ce monde-ci aussi… Hermione perdit son sourire.

— Ce monde, dit-elle plus résolument, je lui porte le regard nouveau et émerveillé d'en avoir découvert toute la magie, contre toute attente, et je l'ai tout de suite profondément aimé pour ça… Je l'aime et l'aimerai toujours pour ça.

Bien qu'elle ait été déçue qu'il ne soit pas aussi parfait qu'elle l'aurait souhaité ? se fit-elle la réflexion.

— Et pourtant, s'éleva la voix de Malefoy, vous lui reprochez sans cesse de ne pas être à la hauteur de vos espoirs et de vos illusions.

Hermione leva les yeux sur lui, surprise qu'il fasse autant écho à sa voix intérieure, et le sorcier put lire en elle qu'il avait fait mouche. Puis la jeune femme fronça les sourcils à sa critique.

— Ou alors est-ce cela que vous nous reprochez ? supposa-t-elle. Que nous puissions, contrairement à vous, appartenir aux deux mondes ?

L'arrivée de la serveuse le dispensa de répondre.

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À la fin du repas, Hermione insista pour commander un dessert alors que Malefoy se contentait d'un espresso.

— Vous avez assurément une bouche sucrée, dit-il d'un air détaché lorsque que la sorcière prit sa première bouchée avec un plaisir non dissimulé.

La remarque à la fois sur sa gourmandise et son goût pour la controverse, bien que semblant anodine, prit Hermione au dépourvu et elle avala de travers. Le visage de la sorcière s'empourpra tandis qu'elle toussait pour se redonner contenance et elle chercha à camoufler son embarras derrière une lampée de son verre d'eau. La chaleur dans la voix du sorcier lorsqu'il avait parlé - et qu'elle était sûre de ne pas avoir imaginée - avait rappelé au souvenir de la jeune femme le goût de baisers échangés, suivi d'images bien trop indécentes pour être évoquées à table. Lorsqu'il lui lança un regard provocateur par-dessus la tasse qu'il portait à ses lèvres, Hermione fut persuadée que le sous-entendu n'était pas accidentel.

— Un problème, Miss Granger ? s'enquit-il faussement.

Le sorcier cacha difficilement un sourire amusé.

Hermione le foudroya d'un regard accusateur. Quel fumier !

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Lorsqu'ils sortirent du restaurant, le vent se leva légèrement, et Hermione regretta un instant de ne pas avoir emporter un manteau plus chaud.

— Vous désirez rentrer ? demanda Malefoy en la voyant frissonner.

— Non, sourit-elle tristement malgré elle. Si cela ne vous dérange pas, je préférerais marcher un peu. Cela me réchauffera.

Elle n'était pas pressée de retourner à l'hôtel.

Malefoy acquiesça, comme si cela lui était indifférent, et la laissa mener le chemin.

Ils se promenèrent silencieusement dans les rues villageoises et désertes en cette saison, rejoignant le bord de mer rocailleux. À chaque pas, Hermione s'attendait à ce que Malefoy l'enjoigne à regagner leur résidence, mais il n'en fit rien. Une fois de plus, la jeune femme s'étonna que le sorcier l'accompagne poliment, presque respectueusement, dans son caprice, ne voyant pas ce qu'il avait à y gagner. Se pouvait-il qu'il apprécie lui aussi la promenade, loin de ses longues réunions ? Hermione ressentit une pointe de culpabilité à l'idée qu'elle retardait égoïstement son investigation pour le Bureau des Aurors. Mais dans le fond, elle était aussi un peu reconnaissante pour le répit bienvenu dans son quotidien.

— Est-ce que le paysage vous ennuie, Miss Granger ?

— Pardon ? Oh !

Face à son sourire ironique, la sorcière comprit que Malefoy faisait référence au fait qu'elle venait de consulter sa montre. Elle sourit.

— Je me faisais seulement la réflexion que normalement, à cette heure, je devrais être assise à mon bureau au ministère.

— J'ose espérer que votre situation actuelle est plus enviable que cette perspective.

Hermione eut un petit rire.

— Définitivement !

Malefoy sourit à son tour.

— Vous commencez à entrevoir les avantages de ma proposition.

Elle devint plus sérieuse et lui jeta un regard en biais.

— Ne vous méprenez pas, Mr Malefoy. Cela ne change rien à mon désir de retrouver au plus vite une vie normale.

Il se retint de répondre, n'en pensant pas moins, et elle détourna le regard vers le haut de la falaise, derrière laquelle disparaissait doucement le soleil, pour ne pas avoir à affronter son air suffisant.

— Je peux savoir ce que vous faites ?

Hermione pensa que ce ton méprisant correspondait davantage au sorcier. Elle avait commencé à grimper à mains nues sur les rochers.

— Je veux voir l'horizon de là-haut, dit-elle d'un air enjoué, comme si c'était évident. Venez !

Elle l'entendit soupirer avant d'entendre un crac ! derrière elle et poussa un petit cri surpris lorsqu'il apparut près d'elle pour la saisir par le bras et les faire transplaner tous deux en haut des rochers.

— J'étais presque arrivée ! se plaint-elle lorsqu'il la relâcha.

— Arrivée à quoi ? À vous rompre le cou ? la sermonna Malefoy en levant les yeux au ciel. Pour l'amour du ciel, vous êtes une sorcière !

Hermione l'ignora et épousseta ses vêtements en se tournant vers la mer qui scintillait sous le soleil couchant. Elle sourit face au paysage, découvrant devant eux une colonie de cormorans qui se séchaient au soleil, perchés sur les rochers noirs et pointus qui sortaient des eaux.

— Mes parents ont toujours insisté pour que je sache me débrouiller sans magie, précisa la sorcière avec un mélange de fierté et de légèreté. Comme pour monter une tente ou allumer un feu, par exemple.

— C'est là tout le problème avec les Moldus et leur culte du mérite, renchérit Malefoy avec arrogance. Ils ont toujours été jaloux de notre magie. Il n'y a absolument aucun mal à utiliser le pouvoir qui est en votre possession et dont vous êtes faite !

Hermione eut une petite moue perplexe.

— Au moins, je ne me sens pas impuissante si je suis privée de magie.

Puis elle se tourna vers lui.

— Vous ne survivriez pas deux jours sans votre baguette, le taquina-t-elle.

— Le jour où je n'aurai plus de magie, c'est quand je serai mort, affirma le sorcier en relevant le menton d'un air hautain.

Hermione était presque amusée qu'il se vexe sur le sujet. Elle se demanda pendant un instant si elle entrevoyait enfin le véritable Lucius Malefoy, libre de tout faux semblant, ce dernier n'ayant après tout rien à prouver devant elle à ce moment.

Puis, reportant son regard sur l'horizon, la jeune femme repensa que tous les sorciers ne trouvaient pas les pratiques des Moldus dénuées de tout intérêt.

— Arthur Weasley ne trouve pas cela inutile, lui, avança-t-elle plus sérieusement.

Sans étonnement, elle entendit Malefoy renifler avec dérision.

— Et vous croyez sincèrement que j'envie Arthur Weasley ?

Elle, par contre, enviait souvent les Weasley, malgré tous les malheurs qui leur été arrivés. Son regard perdu au loin, Hermione souffla doucement, presque pour elle-même :

— Lui, au moins, a toujours une famille…

Lucius Malefoy ouvrit de grands yeux choqués, et sentit son visage s'empourprer de colère, ne s'attendant pas à un coup aussi bas de la part de la sorcière. Se tournant vers elle, il s'apprêtait à s'emporter tout aussi cruellement sur ce qu'il pensait de la situation familiale des Weasley, pour contredire la véracité de ses propos, lorsqu'il s'arrêta. Témoignant du chagrin qui s'affichait ouvertement sur son jeune visage et de l'ombre qui couvrit son regard, il comprit que la jeune femme n'avait pas voulu parler de lui, ou de son mariage, mais d'elle

Quelque peu surpris, il hésita.

— Il ne me semblait pas me souvenir que vos parents aient été victimes de la guerre.

Il avait parlé avec précaution, conscient du risque de laisser sous-entendre qu'il aurait pu être au courant d'une attaque menée contre sa famille moldue à l'époque. Hermione eut un petit sourire sans joie.

— Dans un sens, dit-elle sans le regarder. En effet, ils sont en vie. J'ai fait en sorte que Voldemort ne puisse jamais mettre la main sur eux. Mais je les ai perdus quand même…

Elle se tourna vers le sorcier et il lui lança un regard d'incompréhension.

Oubliettes, précisa-t-elle.

Hermione vit l'étonnement passer sur le visage de l'ancien Mangemort. Oui, pensa-t-elle, elle avait été prête à aller jusque-là pour protéger ceux qu'elle aimait.

— Vous voyez, Mr Malefoy, contrairement à ce que vous pensez, je n'ai plus de connexion avec le monde des Moldus.

Pendant de longues minutes, seul le son des vagues se fit entendre, tandis que le soleil poursuivait sa course descendante.

En cet instant de sereine nostalgie, sans aller jusqu'à qualifier la compagnie de Lucius Malefoy "d'agréable", Hermione n'était pas si mécontente de la présence du sorcier à ses côtés. Allant jusqu'à y trouver une forme de réconfort, elle en était presque reconnaissante d'un certain côté. En tout cas, elle n'aurait pas souhaité être seule.

Dans le vent qui s'élevait de la mer, Hermione frissonna soudainement, s'entourant de ses bras.

— Avez-vous déjà visité Venise, Miss Granger ? demanda soudainement Malefoy. Et j'entends par là, l'unique île sorcière et entièrement dépourvue de Moldus de la lagune.

Distraite de ses pensées, Hermione tourna vers lui un regard ouvertement surpris, les mèches de ses cheveux venant danser devant ses yeux. Le sorcier avait parlé avec détermination, faisant toujours face à l'horizon, avant de tourner le visage vers elle pour accrocher son regard. Il ne l'avait encore jamais regardée avec ces yeux-là.

— Si l'occasion se présente, j'aimerais…

Mais Hermione n'entendit pas la fin de sa phrase, car ses mots furent couverts par les cris et les battements d'ailes des dizaines de cormorans qui prirent leur envol, ramenant momentanément l'attention de la sorcière sur eux.

Lorsque tout redevint calme, l'instant était passé. Malefoy lui proposa finalement de regagner l'hôtel, et elle accepta.

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Ils furent accueillis sur place par Mr Parkinson, qui souhaita s'entretenir avec Mr Malefoy. Ce dernier laissa donc la sorcière rejoindre seule leurs appartements. Dans les escaliers, Hermione hésita un instant, souhaitant savoir de quoi les deux hommes allaient parler. Mais la sorcière ne pouvait rester en arrière sans sembler indiscrète. Elle ne se fit donc pas prier pour se retirer, voyant que Malefoy la suivait du regard, et ne souhaitant pas éveiller ses soupçons. Une fois dans sa chambre, la jeune femme prit une longue douche chaude pour se détendre et enfila un pantalon de survêtement douillet et un t-shirt à manches longues en coton. Il était encore tôt et elle s'installa sur le sofa du salon avec un livre, avant de s'assoupir sans s'en rendre-compte.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Hermione vit qu'il faisait nuit noire à travers les fenêtres du balcon. Quelle heure était-il ? Combien de temps avait-elle dormi ? Elle était allongée, roulée en boule sur le canapé, et s'étira doucement, faisant glisser un plaid à carreaux qui la recouvrait. Elle ne se souvenait pas s'être endormie avec une couverture. Qui avait placé ça là ? Un elfe de maison ?

Au moment où elle se redressait pour s'asseoir, Hermione vit que la faible lumière qui éclairait la pièce provenait de chandelles allumées sur la table dressée pour deux. Avait-elle manqué l'heure du repas ? Pourquoi ne l'avait-on pas réveillée ? À cet instant, Malefoy sortit de sa chambre, vêtu d'un cardigan gris chiné en laine, son col de chemise ouvert, ne portant ni cravate, ni boutons de manchettes, les cheveux défaits. Il semblait sortir de la douche.

— Vous êtes réveillée, constata-t-il. J'ai pensé qu'il serait plus simple que nous dînions ici ce soir. Vous sembliez fatiguée.

Le sorcier se dirigea vers la table et Hermione le suivit des yeux.

— Vous m'avez laissé dormir ? s'étonna-t-elle.

Comme il ne répondit pas et s'attabla, elle finit par se lever et le rejoindre. Une soupière contenait de la bouillabaisse, mais Hermione n'avait pas très faim et grignota seulement quelques croûtons de pain frottés à l'ail qu'elle trempa dans le bouillon du poisson. Malefoy lui proposa du vin mais elle déclina. Lorsqu'elle s'enquit des autres convives, ce dernier lui apprit que la plupart s'en étaient déjà allés et Hermione regretta de n'avoir pu saluer une dernière fois Mr Abbot ou les Bones.

— J'ai fini de m'entretenir avec Xander et Fergus sur les affaires que nous avions à régler, annonça alors Malefoy sans préambule. J'ai fait réserver un Portoloin pour notre départ demain matin.

Des sentiments mitigés assaillirent Hermione à la nouvelle.

— Et de quelles affaires était-il question, au juste ? tenta-t-elle d'un air dégagé.

Malefoy sourit d'un air malicieux face à sa curiosité.

— Rien qui ne vous concerne, je vous assure, crut-il la rassurer.

La déception de n'avoir pu en apprendre davantage dut se lire clairement sur le visage d'Hermione. Mais quand Malefoy lui jeta un coup d'œil, la sorcière se dit qu'il devait assimiler cela à sa peine de quitter si vite le charme du Sud de la France.

— Miss Granger, reprit-il après un court silence, au sujet de notre arrangement…

Hermione lui lança un regard inquiet, appréhendant ce qui allait suivre.

— Cela servirait mes plans si vous acceptiez de venir vivre au manoir à notre retour.

Le sorcier posa les yeux sur elle, la question implicite restant suspendue dans l'air. Passé le choc, Hermione le dévisagea avec incertitude. La première réaction qui lui vint en tête fut : "Quoi ? Hors de question !"

— J'imagine bien, répondit-elle plus raisonnablement en s'humectant les lèvres. Cependant, Mr Malefoy, je ne crois pas que…

— Comprenez que rien ne sera changé de notre accord initial, précisa-t-il, coupant court à son premier refus. Il ne s'agirait, encore une fois, que de tromper notre monde. Sans quoi, tous nos précédents efforts n'auront été qu'en vain.

Hermione repensa à la mission que lui avait confiée Harry.

— Très bien, accepta-t-elle finalement, fixant le regard flamboyant du sorcier. Mais seulement pour la durée restante de mes congés.

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N.d.A :

J'ai utilisé la tournure "avoir une bouche sucrée" comme traduction maladroite de l'expression "to have a sweet tooth" en anglais ("avoir la dent sucrée" : être gourmand(e)/aimer les sucreries). Ce n'est pas utilisé tel quel en français, si ce n'est pour parler de quelqu'un de bavard. Et bien sûr, je voulais que cela sonne comme un sous-entendu d'avoir déjà goûté aux lèvres de quelqu'un... (quels coquins ces Serpentard, qu'en même !).

Je suis sûre que vous attendez la suite avec impatience, alors je m'y attelle !