QingMing n'était pas très fan des bateaux.
Il avait bien prit une barque pour rejoindre la Capitale la première fois qu'il y avait mis les pieds mais ce n'était que parce que son défunt maître le lui avait conseillé à chaque fois qu'il lui parlait de la ville. Pour en apprécier toute la chaleur et toute la candeur autant que sa dangerosité, il fallait découvrir la Capitale quand elle était la plus charmeuse et charmante donc la nuit et la pénétrer comme une femme, par là où elle était humide.
Charmant et très classe.
Zhong Xing était quelqu'un de généralement pragmatique mais certainement pas un poète.
QingMing donc, n'était pas très fan des bateaux. Avait-on déjà vu un renard à l'aise sur une barque de toute façon ? Mais plus généralement, le demi-sang n'aimait pas être mouillé à part aux bains. Il haïssait cette sensation désagréable des vêtements mouillés qui collaient à la peau. Il détestait ce poids mort, cette prison de tissus qui restreignaient et ralentissaient les mouvements.
Il avait été plus d'une fois été poussé dans les lacs et les sources autour du Yin Yang, aussi bien par ses pairs que par des maitres qui voulaient l'humilier. A chaque fois, ils étaient déçut qu'il sache nager et parvienne à se sortir de l'eau.
Vraiment, QingMing n'aimait pas les bateaux. S'il tombait, personne ne l'aiderait à se sortir de l'eau. C'était supportable sur une rivière ou près des quais mais au milieu de la mer ? Il en frémissait rien que d'y penser.
Boya adorait les bateaux.
Il avait su nager avant d'avoir trois ans. La Première Epouse de son père l'avait jeté dans la rivière quand il était encore tout petit dans l'espoir qu'il se noie mais le bambin avait très vite comprit comment conserver la tête hors de l'eau et s'en était sortit tout seul. Il n'avait pas comprit sur le moment qu'elle avait voulu le tuer. Il n'avait pas comprit que ses cris quand il avait sauté à nouveau dans l'eau n'était pas des cris d'encouragement mais de rage. Il avait aimé le rire de sa mère qu'il avait prit comme son plaisir de le voir s'amuser et non comme le rire d'une femme satisfaite de voir une rivale humiliée par un bambin de trois ans.
La première fois qu'il était monté sur une barque, c'était le jour ou JingYun l'avait sauvé après la mort de sa maman. Celui qui allait devenir son Shifu l'avait installé sur sa hanche et lui avait fait découvrir la mer pour lui changer les idées.
Boya aimait la mer. Il aimait les voiliers. L'air du large dans les cheveux, le vent qui lui giflait les joues et séchait les larmes d'un petit enfant. Il avait plus d'une fois hurlé vers le large sa peine et sa colère. Il avait confiance en les vagues. Même les tempêtes étaient agréables pour lui. Il avait l'impression qu'elles répondaient à la violence qu'il avait dans le cœur, qu'elles se calmaient en même temps que la mer avant de le laisser d'un calme d'huile.
Dès qu'il avait pu, il avait apprit à naviguer. Voilier, barque à perche, rames.. peu importait la pataugeoire. Boya savait naviguer sur à peu près n'importe quelle barquette flottante.
Alors voir son ami aussi mal à l'aise ?
Il affala les voiles de leur petite coque de noix dès qu'il pu. Le courant les avait attrapé et les conduirait gentiment vers leur destination.
"- QingMing ?"
Accroché au mat, QingMing s'était assit par terre et refusait d'en bouger.
"- On arrive bientôt ?" Il voulait pouvoir prendre ses références visuelles et ne plus JAMAIS avoir besoin de faire le trajet en bateau. Depuis deux jours, il se retenait de hurler. Et encore avait-il la chance de ne pas être malade.
"- On accostera avec la marée haute. Encore deux ou trois heures."
QingMing frémit. Ca ne se finirait jamais assez tôt.
Boya s'assit près de lui. Il glissa ses doigts dans les siens et l'encouragea à regarder le ciel. C'était quelque chose que QingMing connaissait bien. Les étoiles étaient de vieilles amies qui avaient toujours été bavardes à ses oreilles.
Boya ne connaissait que la base de l'astrologie. Par contre, il connaissait bien l'astronomie. C'était nécessaire pour naviguer. Alors d'une voix douce, il murmura à son ami ce qu'il savait pour lui changer les idées. Avec un peu de chance, peut-être qu'il parviendrait à lui faire aimer l'air du large, l'odeur de l'iode et la solitude libératoire de la mer.
Être seul à deux avec son ami était une sucrerie pour Boya.
Il finit par poser sa joue sur son épaule pour lui montrer plus confortablement le ciel et les nuages, la voie lactée et les prémisses d'un nouveau jour.
