16 Aout : Rêve

Il rêvait.

Il rêvait d'un temps plus simple.

Il rêvait d'une époque où il pouvait se déplacer dans le monde comme il le voulait. D'une époque où les humains ne dominaient pas encore le monde et où personne n'avait encore tenté de régner sur lui.

A l'époque, il n'était qu'un démon parmi d'autre. Le premier sans doute, mais un parmi des milliers. Le nom de 'démon' ne voulait rien dire. Ils étaient juste des forces de la nature, libres et destructeurs, dangereux et créateurs. Ils étaient et leur simple existence était ce que l'univers attendait d'eux.

Puis les humains étaient apparus et avait commencés à se rependre. Ils avaient prit possession du monde comme un enfant qui arrache les ailes d'une mouche sans s'occuper du mal qu'ils pouvaient faire, sans même comprendre qu'ils pouvaient en faire.

Le monde était à eux et c'était tout ce qui leur importait.

Ceux qui existaient avant avaient lutté pour conserver leur place dans le monde qui les avait vu naitre.

Certains avaient disparu, d'autres avaient été assimilés, quelque uns avaient réussit à partir ou à changer assez pour devenir quelque chose d'assez différent pour se cacher.

Ceux qui, comme lui, avait décidés de lutter pour leur place avaient été qualifiés de "démons". Ceux qui avaient décidés de trahir leur naissance et leur fonction avait été qualifié "d'Esprits" et révérés par l'Homme pour les bienfaits qu'ils échangeaient contre la dévotion des masses dont les premiers avaient apprit à se nourrir.

Démons comme Esprit avaient trouvé dans l'existence des humains une nourriture abondante et facile à obtenir.

Les esprits l'échangeait contre de menu cadeaux.

Les démons se servaient sur la bête comme les humains égorgeaient vaches et poulets pour leur consommation quotidienne.

Fondamentalement, ils étaient la même chose.

Le Serpent se souvenait encore lorsqu'il était assez grand pour entourer la planète entière sous son ventre. Il était si jeune à cette époque. Les humains n'étaient qu'a peine quelques poignées alors qu'il était à son apogée.

Petit à petit, à mesure que leur nombre augmentait, ses forces avaient déclinées. A mesure qu'il détruisaient la sauvagerie de la nature, il avait perdu ce qui le constituait. A mesure qu'il perdait ses forces, le Serpent était devenu plus amer et plus agressif avec ces créatures qui ne se souciaient que d'eux même.

Plus d'une fois il avait détruit leurs villages et leurs clans, leurs villes et leurs empires. Comme ils détruisaient le monde quand un obstacle se dressait devant eux, il détruisait ce qui empêchait ses écailles se glisser sans fin à la surface de la planète.

Jusqu'à ce que les premiers aux sens dorés arrivent et ne le blessent si fort qu'il avait du se mettre en sommeil pour retrouver ses forces.

Ils avaient été fiers d'eux, ces humains là. Fier d'avoir abattu le Monstre. Fiers d'avoir abimé l'un des derniers Premiers qui n'avait pas encore été détruit ou modifié au-delà de tout ce qu'ils pouvaient reconnaitre.

Mais le Serpent avait changé de peau pour revenir.

Les humains l'avaient à nouveau blessés. Le Serpent avait une fois encore perdu ses forces, contraint une fois de plus de se cacher pour survivre. S'il disparaissait, qui se nourrirait des rejets de ce monde ? Qui lui conserverait sa pureté ? Il y peinait déjà de plus en plus à mesure que les humains se rependaient partout comme un virus agressif.

Ils avaient luttés éons après éons. Le Serpent perdait un peu plus de sa substance à chaque combat. Son intelligence, ses souvenirs, son rôle, tout était grignoté mue après mue, hibernation après hibernation. Jusqu'à ce qu'il ne se souvienne plus de rien à part son besoin impérieux de quitter sa tanière et de tuer les humains.

Entre deux réveils, il dormait au chaud dans une tanière qu'il n'avait même pas choisit.

Quand il se réveillait, il était blessé avec violence alors même qu'il n'avait pas le temps de réaliser qu'il était enfin éveillé.

Quand il se réveillait, il sentait ses frères Premiers enchainés pour aider à le contraindre.

Quand il se réveillait, il sentait leur propre esclavage sans qu'ils ne parviennent à se libérer.

Mais cette fois, juste cette fois, il avait pu lire le monde à travers la poupée de papier qui lui avait permis de fuir pour quelques minutes.

Le Serpent avait hurlé de rage quand il avait été détruit une fois encore, renvoyé au sommeil pour encore quelques éons.

Il avait hurlé sa peine de voir ce monde pour qui il avait été créé se noyer chaque cycle un peu plus dans sa propre corruption et son propre stupre.

Le Serpent s'était rendormit.

Alors il rêvait.

Il rêvait de ce passé enfuit qu'il ne retrouverait jamais. Un passé que les humains avaient détruit sans réalisé que sa destruction portait en elle les germes de la leur.

Le Serpent ne pouvait que pleurer la destruction de ce monde parfait qui avait été le leur.

Son seul soulagement était la certitude que les humains finiraient par se détruire eux même sans la présence modératrices des Premiers pour les guider. Alors il dormait. Il dormait et il dormirait jusqu'à ce que leur absence le réveil. Ils grandiraient encore, ils vieilliraient, ils flétriraient et sur les restes de leurs existences disparues, il sortirait de son hibernation pour nettoyer une fois de plus le monde.
Il en rêvait.