Cet OS a été rédigé dans le cadre de la nuit du FOF, en moins d'une heure, sur le thème "superstition".
Les trois jeunes filles s'avancent dans les couloirs, enveloppées par l'ombre de la nuit. A cette heure, les préfets, les professeurs et même les tableaux se sont retirés dans leurs chambres, mais les fantômes et les esprits frappeurs hantent encore les lieux. Elles s'arrêtent à chaque angle, retenant leur souffle, tendant l'oreille.
« Il faut que nous accélérions un peu, sinon l'heure va passer ! »
Le chuchotement est à peine audible pour ses deux camarades. Elles essaient de marcher plus rapidement, mais le bruissement de leurs robes sous les voûtes silencieuses leur semble si bruyant qu'elles ralentissent presque aussitôt.
« On aurait dû demander un sortilège aux élèves des autres années !
- Surtout pas ! Ils auraient pu nous dénoncer ! Et puis cela ne compte pas si on ne le fait pas toutes seules !
- Chut ! On est presque arrivées ! On est même un peu en avance ! »
Elles s'arrêtent dans un couloir du troisième étage, et s'accroupissent rapidement dans le recoin d'une fenêtre murée. De là, elles peuvent observer le tableau accroché sur le mur d'en face, un peu à gauche.
Le cadre en bois sculpté et doré est large d'un mètre et plus haut de moitié. L'unique occupant du portrait, coupé au niveau des hanches, est tourné vers le spectateur. Ses robes noires de professeur, aux armes de Poudlard, sont rehaussées d'un col et de poignets assortis à ses yeux verts. Le regard est perçant derrière les lunettes carrées. L'expression sévère de la bouche est adoucie par l'exubérance de la chevelure brune. La main gauche est posée sur un bureau en bois encombré de quelques livres de défense laissés ouverts, et la main droite tient gracieusement une baguette dans ses doigts alanguis. Le fond est occupé par une fenêtre ouverte sur le ciel, des étagères remplies d'autres livres et d'instruments en métal, une cage vide. L'homme paraît avoir trente ans.
« Attention, c'est maintenant ! »
Alors que l'horloge de Poudlard commence à égrener les coups de minuit, les trois jeunes filles se relèvent et s'alignent devant le tableau.
« Neuf, dix, onze, ... »
Et dès que le douzième coup a retenti, elles murmurent ensemble.
« Harry Potter ! Harry Potter ! Harry Potter ! »
Un treizième coup commence à sonner presque aussitôt.
Elles attendent, le souffle suspendu, les yeux parcourant le tableau, surveillant l'expression du visage, la position des bras, les plis de la robe.
« Ça y est ! La main gauche, la main gauche ! J'ai vu bouger ses doigts !
- C'est vrai ? Tu en es sûre ?
- Presque sûre ! Attendez, vous allez voir ! »
Le murmure excité est un peu plus fort, et ses deux camarades se concentrent sur la main, attendent. L'une d'entre elles inspire bruyamment.
« Tu as raison, j'ai vu quelque chose moi aussi !
- Pas moi, vous êtes sûres que c'est la main ?
- Regarde mieux ! »
Quelques secondes passent.
« Je crois que... je crois que je l'ai vu moi aussi ! »
Elles se poussent l'une l'autre et gloussent doucement, se balançant d'un pied sur l'autre.
« Chut ! J'ai entendu un bruit ! »
Elles s'arrêtent et font silence.
« Il est temps de rentrer, sinon on risque de se faire prendre. »
Le murmure est presque inaudible.
Elles s'éloignent aussitôt à petits pas légers, soucieuses de ne pas faire bruisser leurs robes trop bruyamment.
Dans le couloir qu'elles ont laissé, Harry Potter reste seul, invisible, intangible et silencieux, prisonnier de l'entre-deux. Il contemple le portrait qui ne s'est jamais animé.
