La poignée aux serpents
La poignée est formée de deux serpents qui se mordent la queue. Elle pend depuis un interstice du plafond, accrochée à une chaîne argentée à la hauteur des yeux. Elle n'est pourtant pas particulièrement visible, brillant faiblement dans une zone sombre entre deux flambeaux, dans un couloir peu emprunté qui dessert quelques salles abandonnées et des toilettes en piètre état. Ce couloir est cependant un raccourci pratique qui mène de la salle commune des Serpentards aux serres de botanique, et Théodore Nott y passe une fois par semaine.
Il ne se souvient pas avoir remarqué cette poignée auparavant, il n'est pas sûr qu'elle était là en début d'année, mais il hésite : la poignée est discrète, son métal est bruni par la patine du temps, et même s'il n'a pas entendu d'autres élèves parler d'elle, il ne croit pas qu'ils soient si nombreux à connaître ce raccourci. À dire vrai, il n'en parle pas non plus. Que pourrait-il dire ? « Avez-vous remarqué la poignée en argent dans le couloir menant à la serre numéro trois ? » Soit elle est déjà connue et il aurait l'air idiot d'en faire toute une affaire, soit elle est inconnue et il serait bien dommage de gâcher ainsi un possible secret.
Alors il passe dans le couloir tous les mardis, parfois seul, parfois accompagné, et il regarde du coin de l'œil cette poignée délicatement ciselée. Il passe et il n'en parle pas. Il passe et il ne la touche pas. Il passe et elle reste là, dans la pénombre. Il passe.
Puis un jour, un mardi évidemment, il est seul et en avance. Il s'arrête à la hauteur de la poignée et il l'inspecte un peu plus longuement. Les deux serpents qui la forment ont chacun deux petites pierres vertes translucides à la place des yeux, qui brillent comme de petites émeraudes à la lueur de sa baguette. Le détail de leurs écailles est si finement travaillé qu'il a presque du mal à les distinguer sous la légère couche de poussière et de suie qui les recouvre en partie. Les maillons de la chaîne sont gracieux et réguliers, pourtant solides. Le tout semble avoir été là depuis au moins quelques années, et il s'étonne que les Elfes de Maison ne l'aient pas mieux nettoyé. Mais il est vrai que, malgré les efforts des Elfes, il y a toujours un peu de suie et de poussière dans cette partie-là du donjon.
Il se recule. Son inspection n'a pas duré longtemps, il lui reste encore un laps de temps confortable avant le cours de botanique.
Il se rapproche à nouveau. Il lance un sort de détection qui ne lui révèle rien de dangereux ni d'inquiétant.
Il saisit alors la poignée et la tire doucement. Elle résiste, et il tire un peu plus fort, un peu plus sec.
Quelque chose cède au bout de la chaîne et soudain un nuage de poussière lui tombe sur la tête. Il tousse aussitôt et agite les bras pour le dissiper, par réflexe, puis il se souvient qu'il est un sorcier et utilise un sortilège de disparition pour retrouver une atmosphère respirable. Il rouvre les yeux et regarde autour de lui : plus rien ne subsiste. La poignée est revenue à sa position initiale, sans que rien n'indique que quoi que ce soit se soit passé. Mais ses yeux et sa gorge le piquent, et il décide de faire un détour par les toilettes pour se rafraîchir le visage avant le cours de botanique.
Il ouvre sans difficulté la porte qui grince un peu et se dirige vers les lavabos. C'est alors qu'un miroir piqueté lui renvoie son reflet qu'il remarque du coin de l'œil. Il relève les yeux. Ses cheveux sont rouge et or.
Il lâche un juron de colère, à la fois furieux et honteux de s'être ainsi laissé prendre. Il ne peut pas aller en cours avec une telle chevelure, il ne peut pas non plus retourner au dortoir avec une telle humiliation sur la tête. Il ressort sa baguette et il commence à lancer sort après sort sur ses cheveux, tout ce qui lui vient à l'esprit pour faire disparaître ces odieuses couleurs. Il en est rendu à son dixième essai quand il entend la porte grincer, et il se retourne, effaré d'être surpris dans un tel état.
C'est Blaise Zabini. Il a les cheveux rouge et or.
Qu'en pensez-vous ? Auriez-vous tiré cette poignée ? Qui, d'après vous, a pu installer ce piège ? Vous attendiez-vous à cette fin ?
Ce texte a été inspiré par le thème « tenter » de la cent cinquante septième nuit du FoF, le forum francophone sur lequel on peut se retrouver pour discuter et s'amuser. Pour plus d'informations, vous pouvez m'envoyer un mp.
