Un traitement cruel et inhumain


L'Auror au visage sévère fit entrer le prévenu dans la salle d'interrogatoire où l'attendait son avocate, habillée d'une robe noire stricte ornée d'une fourrure d'hermine sur l'épaule. Maître Constance McKenzie se leva de la chaise où elle s'était installée pour serrer la main de son client et l'inviter à s'asseoir, face à la vitre sans tain qui occupait l'un des murs de la pièce :

« Asseyez-vous, Mr. Malefoy. Nous avons beaucoup à discuter.

— Je croyais que notre entretien aurait lieu dans un lieu plus approprié, se plaignit Drago sur un ton qu'il voulut néanmoins le plus calme et posé possible.

— Nous nous y rendrons dans quelques instants. Nous allons d'abord traiter les éléments à charge pour votre dépôt de plainte, celle qui concerne vos conditions d'interpellation. »

Drago Malefoy s'appuya plus fermement contre le dossier de sa chaise, à peu près rassuré. Il se remémora la somme considérable qu'il avait dépensée pour engager cette avocate, et décida que cela valait bien la peine de lui accorder un peu de confiance. De toute façon, il ne comptait pas en changer maintenant.

Maître McKenzie se pencha vers lui et expliqua :

« Avec votre coopération, nous allons nous livrer d'abord à une petite expérience. »

Elle plongea la main dans sa mallette, y saisit quelque chose et le déposa sur la table, devant Drago. L'objet était menu et brillant, et Drago, qui douta un moment qu'elle eût déposé quoi que ce soit, se pencha pour mieux voir. Il s'agissait d'une petite paillette rouge. Dès qu'il eut identifié le minuscule objet, il se recula dans sa chaise, une expression furieuse sur le visage :

« Qu'est-ce que cela signifie ? À quoi jouez-vous ? »

Constance McKenzie, qui guettait sa réaction, s'empressa de l'apaiser :

« Ne vous inquiétez pas, il s'agit d'une simple expérience. Vous n'aurez à souffrir aucun dommage. »

Drago se remémora à nouveau le prix auquel il avait acheté ses services, lança un dernier regard courroucé à la paillette, et interpella son avocate :

« Et ensuite ?

— Ensuite, avec votre permission, nous menons une deuxième expérience. »

Drago réfléchit quelques instants et acquiesça en silence.

Maître McKenzie plongea à nouveau la main dans son sac, en retira son poing bien fermé, et déposa cette fois-ci sur la table une pleine poignée de paillettes multicolores et brillantes.

Dès qu'il les aperçut, Drago Malefoy se leva précipitamment, recula le dos au mur, les yeux horrifiés fixés sur les paillettes, et resta pétrifié dans cette position.

Constance McKenzie l'observa attentivement, puis se retourna vers la vitre sans tain, un sourcil levé.


De l'autre côté de la vitre, Kingsley Shacklebolt se tourna à son tour vers Harry Potter et Ron Weasley, un sourcil également levé. Un court silence s'ensuivit, pendant lequel il fit peser toute sa désapprobation sur ses deux Aurors, avant de les confronter :

« Potter ! Weasley ! Que s'est-il passé lors de cette interpellation ? »

Ron et Harry se regardèrent un instant, ne sachant trop comment se justifier.

« Il est vrai, hésita Harry, que nous avons utilisé un dispositif qui, à l'heure actuelle, ne fait pas partie de la liste approuvée par le Ministère. »

Shacklebolt leva un deuxième sourcil, intimant silencieusement aux deux Aurors de continuer.

« C'est juste un jouet créé par mon frère George, se défendit Ron. Vous savez, pour les Farces pour Sorciers Facétieux. »

Devant le manque de coopération de ses Aurors, Shacklebolt se força à poser la nécessaire question :

« Et que fait ce « jouet », comme vous dites ?

— Oh, rien de dangereux, se hâta de préciser Harry. C'est vraiment censé être un jouet. Ça enferme juste l'enfant dans une balle remplie de paillettes qui tourne sur elle-même.

— Oui, George l'a testée avec le filleul de Harry, Ted Lupin, qui a quatre ans et qui a adoré, même s'il a eu un peu mal au cœur.

— Vraiment, renchérit Harry en levant les mains, c'est inoffensif. »

Shacklebolt laissa passer quelques secondes, et posa la question cruciale :

« Et combien de temps avez-vous laissé Mr. Drago Malefoy enfermé dans votre boule à paillettes ? »

Un silence hésitant lui répondit, que Harry finit par rompre, l'air piteux :

« Le temps de perquisitionner le manoir ? »

Shacklebolt répéta :

« Combien de temps ? »

Ron finit par lâcher :

« Un peu plus de trois heures ? Pas plus ? »

Shacklebolt fixa les deux Aurors, le regard plein de jugement. Ron et Harry détournèrent les yeux.


Ce texte a été inspiré par le thème « exercice » de la cent soixante-et-unième nuit d'écriture du FoF, le forum des francophones du site fanfiction où l'on peut se retrouver pour discuter et s'amuser. J'ai pensé aux exercices de désensibilisation que doivent suivre certaines personnes atteintes de phobie. Si l'idée vous a plu, n'hésitez pas à laisser un commentaire !