Le dernier à savoir
Ron Weasley se lève du bureau qu'il partage avec son ami et collègue Harry Potter pour ranger un dernier dossier dans les grandes armoires de classement. Au moment de clore cette affaire, il ressent un léger pincement au cœur, en même temps qu'un certain soulagement. C'est la dernière affaire qu'il a instruite personnellement, du signalement au recueil des témoignages, de l'enquête à la récupération des objets illégaux, de l'établissement du procès-verbal à la rédaction de l'amende. Ce n'est vraiment pas grand-chose – du trafic d'œuf de dodo de bas étage, un événement relativement fréquent qui fait rager les cryptozoologues comme Rolf et Luna Dragonneau, ou les défenseurs des espèces menacées comme Hagrid. Non, ce n'est rien de vraiment glorieux ni dangereux, pas comme la poursuite d'un mage noir ou le sauvetage d'un sorcier, mais c'est sa dernière affaire en tant qu'Auror, et il ne s'en trouve pas si mal qu'elle ait été aussi peu excitante. Le reste des dossiers, ceux qui restent ouverts en attente d'une conclusion, il les a transmis à ses collègues. Il ne lui reste plus qu'un peu moins de trois jours avant sa démission officielle, et il n'a déjà plus sa place dans les locaux du Ministère de la Magie.
Il referme l'armoire de classement, verrouille les sorts de protection – sa signature magique est encore valable – et étire son dos en levant les bras. Puis il quitte la pièce et se rend vers la salle commune, décidé à aller y chercher un bon café et un peu de distraction.
Il y trouve son ami Harry et leur collègue Justin Finch-Fletchley en train de discuter à mi-voix près de la machine à café. À son approche, ils relèvent la tête et s'arrêtent pour le saluer. En se servant une tasse, il les interroge :
« De quoi parliez-vous ? Vous aviez l'air de deux conspirateurs ! » rit-il.
Ils échangent un regard, avant que Harry réponde sur un ton évasif :
« Oh, juste une affaire en cours. Rien de bien intéressant.
— D'ailleurs, ajoute Justin, il faut que j'y retourne. Je n'y manquerai pas, Harry. »
Ron boit une gorgée et essaye à nouveau :
« Manquer quoi ?
— Pas grand-chose, comme je te l'ai dit », évite à nouveau Harry.
Cette fois-ci, Ron décide de ne pas insister. Il sera parti dans à peine plus de deux jours ; il n'aura bientôt plus le droit d'être tenu au courant des affaires du Département. Il est un peu vexé d'être déjà mis à l'écart, mais il a choisi de démissionner et c'en est une conséquence inévitable.
Ce soir, Ron est libéré plus tôt : il n'a plus de dossiers à prendre en charge, et ses derniers jours au Bureau des Aurors sont plus formels qu'effectifs. Il n'a pas envie de rentrer tout de suite à la maison : ni sa femme ni ses enfants n'y seront à cette heure. Il décide donc de surprendre sa mère par une visite au nouveau Terrier.
Il transplane alors sur la petite route conduisant chez ses parents ; des barrières empêchent de s'approcher plus près, et même s'il peut les outrepasser puisque sa signature magique y est enregistrée, il ne veut pas faire résonner le son de clochette que cela produirait. Il traverse le jardin à pied, et les sortilèges le laissent passer silencieusement. Il ouvre la porte sans frapper, et il entend des bruits de voix provenant du salon.
« Tout sera prêt, je suis vraiment contente que tu puisses te libérer pour venir », déclare la voix de sa mère.
Comme il se rapproche, il reconnaît celle de son frère aîné Bill :
« C'est une très bonne occasion de se réunir, et cela mérite bien qu'on le fête, ce n'est pas tous les jours... »
La tête de Bill est installée dans l'âtre entre les flammes vertes de la poudre de cheminette. Leur mère est assise devant lui sur le petit banc approprié. Bill l'aperçoit qui entre dans le salon derrière leur mère et s'interrompt soudainement :
« Maman, avertit-il, Ron est justement là ! »
Molly Weasley sursaute et se retourne, une main sur le cœur :
« Ron, tu m'as fait peur ! Pourquoi es-tu rentré sans prévenir ? »
Ron s'excuse, tout en s'étonnant que sa mère ait l'air aussi gêné d'avoir été ainsi surprise. Il n'était pas dans son intention de lui faire peur.
« De quoi parliez-vous donc ? demande Ron. Vous préparez une réunion de famille ? »
Bill et leur mère échangent un regard. Bill reprend rapidement la parole :
« Peut-être. On ne t'en a pas encore parlé, parce que ce n'est pas encore sûr. La date n'est pas fixée.
— Et quelle occasion fêterions-nous ? questionne Ron.
— A-t-on vraiment besoin d'une occasion exceptionnelle pour réunir la famille ? se plaint leur mère.
— Bill semblait dire qu'il y avait bien une occasion particulière, quand je suis entré », fait remarquer Ron.
Bill et leur mère échangent un nouveau regard, et un bref silence. Bill reprend :
« As-tu oublié que c'est cette année que Victoire passe ses B.U.S.E. ? »
Ron l'a en effet oublié : il suit avec attention la scolarité de ses enfants, mais il a trop de neveux et nièces pour leur accorder la même attention. Il s'étonne tout de même :
« Et tu comptes réunir la famille pour cela ?
— Pourquoi pas ? proteste Bill. Mais cela dépend encore de pas mal de paramètres. Inutile d'en parler pour l'instant aux autres, c'est encore loin d'être décidé.
— Tu étais d'ailleurs en train de me donner d'autres nouvelles, ajoute leur mère, n'est-ce pas Bill ? »
Bill s'empresse d'abonder dans ce changement de sujet :
« Oh oui, Victoire est en train de restreindre ses choix d'études supérieures, et je la soupçonne même de cacher un petit ami qu'elle souhaiterait bien conserver.
— Oh la la, je ne t'envie pas, commente Ron. Heureusement, pour l'instant Rose est encore trop jeune et pleinement concentrée sur ses études. »
Bill et leur mère échangent à nouveau un regard :
« De ce que tu sais, Ron.
— Hein ? Qu'est-ce que je ne sais pas ? » s'inquiète Ron.
Et la conversation déraille tant et si bien que Ron en oublie complètement où elle a commencé.
Ron se presse de traverser le Chemin de Traverse : il a rendez-vous pour déjeuner avec sa femme Hermione et sa sœur Ginny dans une petite brasserie de l'Allée des Pégases, nouvellement ouverte et tenue par un couple mixte Cracmol et Né-Moldu qu'Hermione tient à encourager. Quand il arrive à la terrasse, il trouve Hermione et Ginny déjà attablées, un verre devant elles, et penchées l'une vers l'autre pour échanger des paroles rapides et apparemment amusantes : elles sourient et rient ensemble. Ron saisit la troisième chaise de leur table, perçant la Bulle de Silence qui les entoure, et s'assoit après avoir embrassé sa sœur sur sa joue :
« Alors, les cachottières, que préparez-vous entre comploteuses ? »
Hermione lui décoche un léger regard de reproche pour ce qu'elle identifie comme étant du sexisme, tandis que Ginny lève un nez impérieux :
« Comment nous abaisserions-nous à révéler nos secrets à un homme tel que toi ? Comment oses-tu croire que tu le mérites ? »
Elle appuie ses remontrances d'un bruyant reniflement dédaigneux, allant même jusqu'à rabattre d'un geste hautain sa mèche de cheveux en arrière.
Hermione la regarde faire, un demi-sourire sur les lèvres, et change rapidement de sujet :
« Alors, comment se passe ton avant-dernière journée au Ministère ? »
Ron soupire :
« Elle est à la fois trop longue et trop courte : on ne me donne plus rien d'intéressant à faire, mais le temps jusqu'à demain soir ne m'en paraît que plus long. J'ai vraiment hâte que cela se termine. »
Hermione et Ginny l'écoutent avec commisération tout en le rassurant une dernière fois sur le bien-fondé de son changement de carrière. Il n'en a pas vraiment besoin : maintenant qu'il a décidé de partir, il est pressé de voir changer les choses. Il déclare une nouvelle fois, solennellement et la main sur le cœur pour plus de théâtre, qu'il laisse désormais le Ministère entre les mains habiles d'Hermione et qu'il ne s'en préoccupera plus.
Ce n'est qu'en retournant travailler qu'il s'aperçoit que la discussion a si bien dévié que ni Hermione ni Ginny ne lui ont avoué de quoi elles parlaient si joyeusement avant son arrivée. Il en est un peu déçu, comme si la blague qu'elles avaient partagée lui échappait.
Quand il rentre ce soir-là à la maison, un peu plus tôt que d'habitude, il trouve ses deux enfants Rose et Hugo en plein conciliabule dans le salon, assis par terre autour d'une feuille de papier. Il a le temps d'entendre un « Non, ça ne lui plaira pas ! » de la part d'Hugo avant que Rose ne l'aperçoive et lance un tonitruant :
« Bonsoir Papa ! »
Hugo se retourne en sursaut et salue également son père, une fois la surprise passée. Ron se rapproche et Hugo place rapidement les deux mains sur la feuille de papier. Ron essaie quand même d'y jeter un coup d'œil tout en leur demandant :
« Alors, que préparez-vous les enfants ? »
Hugo lui adresse un regard soupçonneux tout en se penchant en avant pour mieux cacher encore la feuille :
« C'est un secret.
— C'est plutôt une surprise, corrige Rose.
— Non, c'est un secret, réaffirme Hugo. Maman a dit qu'on n'avait pas le droit de te le dire.
— Maman vous a dit de ne pas m'en parler ? questionne Ron. Vous ne pouvez pas mettre votre propre père dans le secret ?
— Non », déclare Rose avec fermeté pendant qu'Hugo secoue la tête.
Ron s'assoit par terre à côté d'eux :
« Alors votre secret, je peux peut-être le deviner ? »
Cette fois-ci, Hugo froisse la feuille et la fourre sous sa chemise :
« Non, répète-t-il.
— Papa, tu ne dois pas essayer d'arracher les secrets de tes enfants, sermonne Rose. Maman dit qu'on n'interroge que les criminels.
— Et nous, on n'est pas des criminels, poursuit Hugo.
— Oh, en êtes-vous sûrs ? » insiste Ron d'une grosse voix en se penchant sur ses enfants.
Deux airs noirs et butés lui répondent. C'est alors que la voix d'Hermione l'interpelle derrière lui :
« Arrête d'insister, Ron, tes enfants te révéleront bientôt leur secret. N'est-ce pas que c'est un secret seulement pour l'instant, et que Papa pourra l'apprendre bientôt ? »
Hugo et Rose se regardent et acquiescent à contrecœur.
« Viens plutôt m'aider, Ron, continue Hermione, et laisse les enfants tranquilles. »
Ron se lève et rejoint Hermione dans la cuisine ; elle lui donne les carottes à râper en entrée. C'est un des sorts que sa mère a tenu à lui apprendre, et il lui est facile de s'en occuper. Hermione en profite pour lui dire à voix basse :
« Tu sais, Ron, que les enfants aient un petit secret, ce n'est pas bien méchant. Et tu verras qu'ils te le diront bientôt.
— Mais toi, tu es au courant », se plaint Ron.
Hermione laisse passer un court instant de silence :
« Ne sois pas jaloux ! Je suis sûre qu'il y aura d'autres occasions où ce sera à toi qu'ils parleront de leur secret en premier, et moi qui resterai dans le noir ! Cela ne veut pas dire qu'ils ne t'aiment pas tout autant. »
Ces paroles sont raisonnables, et Ron ne doute pas de l'amour que lui portent ses enfants, même s'il regrette de ne pas avoir toujours été aussi présent qu'il le souhaitait. Cela ne l'empêche pas d'éprouver quand même un pincement au cœur, d'être ainsi écarté de ce secret, et il se rassure en se disant qu'avec son nouveau métier il pourra passer plus de temps avec ses enfants, sans être appelé en pleine nuit ou plein week-end.
C'est son dernier jour. Harry est occupé et Ron profite de sa pause déjeuner pour se rendre aux Farces pour sorciers facétieux. C'est un trajet qui lui sera bientôt quotidien, et voici déjà plusieurs semaines, depuis qu'il a pris sa décision en fait, qu'il a commencé à l'étrenner. Il sait qu'à cette heure-là, le comptoir sera tenu par Verity pendant que son frère George déjeunera dans l'arrière-salle. Ron achète donc un sandwich en passant chez le Griffon Affamé, et entre dans la boutique avec ce qu'il espère être bientôt une familiarité plaisante. Verity est en train de conseiller un client, mais dès qu'elle le voit entrer, elle s'excuse et se précipite avant lui à la porte de l'arrière-boutique. Alors qu'il s'approche, il entend le tonitruant « Ron est là ! » qu'elle lance à l'intérieur. Puis elle se retourne, un peu gênée, bloquant momentanément le passage, et s'écarte précipitamment quand elle s'en rend compte. Elle le salue maladroitement, puis s'empresse de retourner aider le client qui fronce les sourcils d'avoir été momentanément abandonné.
Il ne déplaît pas à Ron d'être ainsi annoncé, mais il ne trouve pas le geste très commercial. Il faudra sans doute qu'il en touche deux mots à Verity, quand lui aussi travaillera officiellement ici. En attendant, il pénètre dans l'arrière-boutique, surpris d'y trouver non seulement George, qui est en train de fermer un cabinet, mais aussi Percy, qui est assis à la table et le regarde entrer tout en commençant à pousser sa chaise sur le côté. Il y a deux assiettes, deux verres, et un contenant fumant qu'il reconnaît provenir lui aussi du Griffon Affamé. George se retourne vers Ron avec un sourire éclatant :
« Entre, et installe-toi, cher futur employé !
— « Futur employé », s'offusque Ron, je commence dès lundi, c'est déjà tout comme !
— Ah, mais aujourd'hui encore, pour quelques heures, tu n'es qu'un Auror ! rappelle George.
— Je trouve d'ailleurs toujours aussi regrettable que tu quittes ton impressionnante carrière dans le Ministère, intervient Percy.
— Et je te répéterai que mon « impressionnante carrière » mourra de sa belle fin si je peux passer plus de temps désormais avec ma famille, rétorque Ron. D'ailleurs, je ne savais pas que vous déjeuniez parfois ensemble, ne préfères-tu pas plutôt manger à ton bureau, Percy ? »
Percy lève un nez hautain, mais avant qu'il ait le temps de répondre, George lui passe un bras par-dessus l'épaule et se penche d'un air de conspirateur :
« Ah, mais ce que tu ne sais pas, c'est que notre cher Percy a lui aussi des velléités de démission ! »
Ron saisit une chaise dans l'angle de la pièce, la ramène à table et s'assoit dessus tout en levant un sourcil incrédule. Il est évident que Percy est marié à son travail, décidé à gravir les échelons du Ministère, et il s'est maintes fois plaint du manque de sérieux du commerce des farces et attrapes. D'ailleurs, Percy dénie presque aussitôt :
« Certainement pas ! On a besoin de moi au Ministère ! Je ne pourrais jamais les laisser ainsi dans l'embarras ! »
Ron est certain que Percy surestime grandement sa propre importance, mais il n'est pas mauvais qu'Hermione garde en lui un appui. Personnellement, Ron n'a lui aucunement l'impression de laisser qui que ce soit dans l'embarras en quittant les Aurors ; il regrettera de passer moins de temps avec Harry, mais il n'a absolument pas l'intention de finir comme Maugrey Fol Œil et il ne compte pas non plus s'investir dans un autre département. Il a fait son temps dans les Aurors, il ne le regrette pas, mais il ne rempilera pas non plus.
George s'assoit à son tour en poussant un grand soupir :
« Hélas, je n'ai toujours pas réussi à convaincre Percy, mais je ne désespère pas de le faire revenir pour poursuivre mon offensive.
— Je ne savais pas que vous déjeuniez ensemble si souvent que ça », s'étonne Ron, toujours incrédule de voir Percy quitter le Ministère, pendant les heures d'ouverture, de sa propre volonté.
George et Percy échangent un regard, puis Percy semble se forcer à parler :
« C'est une mission officieuse. Le Ministère est intéressé par certains des produits des Farces pour Sorciers Facétieux.
— Ah, lesquels ? demande Ron après avoir croqué une première bouchée dans son sandwich.
— J'ai toute une liste… », commence George avec fierté en même temps que Percy déclare :
« … Ce n'est pas encore décidé. »
Ils se regardent à nouveau.
Ron conclut après avoir avalé sa bouchée :
« Ce n'est donc pas encore officiel, mais c'est une possibilité. »
Il ajoute :
« Alors ça tombe bien que je rejoigne la boutique ; avec mon expérience dans les Aurors, je sais exactement le genre de produits qui pourraient être utiles ! »
George et Percy échangent un nouveau regard, et Percy lance un hésitant :
« Je suppose... »
Mais George l'interrompt presque aussitôt :
« Mais arrêtons de parler travail, comment vont Rose et Hugo ? »
Ron s'avachit dans sa chaise, encore un peu contrarié de la veille :
« Ils ont des secrets, et ils ne veulent pas me les dire. »
Percy lance un regard à George qui s'empresse de rassurer Ron :
« Oh, ça c'est tout le temps ! Il faut d'ailleurs que je te raconte ce qu'ont fait Fred et Roxane dans le dos de leur mère... »
Et Ron se laisse distraire par le bavardage joyeux de George, qui expose en long et en large les dernières aventures de ses enfants. La pause déjeuner passe vite et il repart avec Percy au Ministère.
Ron est beaucoup plus tendu ce soir-là dans le hall d'entrée du Ministère. Hermione lui a fait promettre qu'à la fin de leur dernier jour de travail ensemble dans les lieux, ils rentreraient tous les deux ensemble à la maison. Ron a rendu son badge ; il a officiellement démissionné. Les heures de visite sont de plus passées, et il ne peut plus rentrer dans le Ministère pour aller chercher Hermione et lui demander de se dépêcher ; cela fait une demi-heure qu'il attend. Il est d'autant plus vexé que ses amis Aurors ont tous été appelés dans l'après-midi pour une intervention et qu'ils ne lui ont pas souhaité un bon départ. Il a bien traîné un peu dans les couloirs en sortant, et quelques rares connaissances l'ont salué, comme s'il partait simplement pour le week-end, et ce ne sont pas du tout les adieux et remerciements qu'il espérait recevoir après ses années de service dans le Ministère. Il est donc assis sur une banquette dans l'entrée, comme un simple citoyen, délaissé et ignoré.
Quand Hermione paraît enfin, elle s'excuse de son retard et il ne lui répond que par un grognement. Ils transplanent ensemble, et c'est lorsqu'ils arrivent dans leur jardin, devant leur porte d'entrée, que Ron laisse exploser sa colère :
« Mais enfin, que faisais-tu Hermione ? Je t'ai attendu une heure ! Tu aurais pu me prévenir tout de même ! »
Hermione lui répond calmement, les yeux fixés sur la porte d'entrée :
« C'était juste un contre-temps, je n'ai pas eu le temps de te prévenir.
— Pas eu le temps de me prévenir ! Et alors, pour quoi je compte ? Tu n'aurais pas pu me faire parvenir un message ? Ces derniers temps, j'ai l'impression que personne ne me dit rien !
— Mais non, Ron, et puis au lieu de nous disputer sur le pas de la porte, nous ferions mieux de rentrer.
— C'est ça, et comme ça tu iras cultiver tes petits secrets avec Rose et Hugo ! »
Ron lui tourne le dos et ouvre la porte avec fureur. Une pluie de confettis brillants lui explose à la figure en même temps que retentit un tonitruant « Félicitations ! ». Il cligne des yeux, stupéfait, essuie les paillettes qui se sont accrochées à son visage et obscurcissent sa vue, et découvre son salon rempli de monde : ses collègues du Ministère, ses amis de Poudlard, sa famille, toute une foule de personnes qui lui sourient et l'applaudissent. Il reste là, incrédule, sa colère soudainement dissipée, pendant qu'Hermione derrière lui pose la main sur son épaule et explique doucement :
« Il fallait bien fêter ton départ du ministère et ton entrée aux Farces pour Sorciers Facétieux. »
Les minutes qui suivent sont un véritable tourbillon où collègues après amis viennent lui serrer la main, lui offrir des souvenirs, le remercier de ses années de service, lui souhaiter un heureux changement de carrière, et il est agréablement surpris de se rendre compte que pour tous ces gens il compte plus qu'il ne l'espérait ces dernières heures. Le salon est décoré de banderoles, de ballons, et de multiples cotillons des Farces pour Sorciers Facétieux, un grand buffet croulant sous le poids des gâteaux et des boissons occupe un coin du salon, et la fête déborde dans le jardin, derrière, avec un autre buffet et des jeux pour les enfants réunis. Tout le monde se mélange en souriant et en ne manquant pas de frapper amicalement l'épaule de Ron quand ils passent reprendre un peu de punch ou une tartelette à la citrouille au buffet.
Au bout d'une demi-heure de cohue joyeuse, Hugo s'approche de lui, l'air sérieux, une feuille tenue contre la poitrine. Ron se penche pour mieux l'écouter dans le brouhaha ambiant :
« Tiens Papa », déclare Hugo en lui tendant solennellement son dessin, où la calligraphie de Rose annonce un « Félicitations ! » en lettres gothiques flamboyantes tandis que le Boutefeu chinois en-dessous a été animé par la baguette experte d'Hermione.
Ron prend le temps d'examiner soigneusement le dessin, et remercie son fils en souriant :
« C'était donc ça, le fameux secret que tu ne voulais pas me révéler ? »
Hugo hoche la tête doctement :
« Oui, Maman a dit que pour que ce soit une vraie surprise, il fallait que tu sois le tout dernier à savoir.
— Tu lui diras qu'elle a raison, et que pour une fois je ne suis pas vexé d'être le dernier au courant. »
Ce texte a été inspiré par le thème « dernier » de la cent soixante-et-unième nuit d'écriture du FoF, le forum des francophones du site fanfiction où l'on peut se retrouver pour discuter et s'amuser. À quel moment avez-vous deviné la surprise finale ? N'hésitez pas à laisser un commentaire !
