La Peinture
ou
le voyage de la peau invisible
« Je ne pouvais supporter davantage le fond de ses yeux, tant la teinte éclairée de son regard sévère, fascinant et, si animé, prolongeait le trouble qui s'était installé en mon âme et corps. Il était, simplement, tel que je l'avais imaginé…ou plutôt recréé. Il était parfait. Le grain de sa peau était si lisse..Il vous envoûtait, tellement vivant, sur un simple portrait. Ce portrait, celui même qui avait disparu du monde duquel, je m'étais sûrement définitivement éteinte... Adieu, cher oncle. »
Mlle Cendrenor
Il était une jeune fille née aux temps passés de la valse et de la magie du monde du Beau. Son charme, son air naturel, sensible et adulte ou tantôt léger et ingénu, troublait la compréhension des gens où sa vie se résumait.
Elle n'était, ni particulièrement argentée, ni particulièrement invitée sous les demeures les plus convoitées, ni particulièrement courtisée par la gente masculine noble.
Ce fait s'était avéré très rare. Elle-même issue d'une famille de la petite noblesse, les domestiques se disaient tout bas malgré cela à son propos, qu'elle pouvait passait son temps à dormir et à s'enfermer dans les nuages.
Leur maîtresse, elle, faisant « mine de surdité », passait près d'eux chaque jours sachant la véritable raison de leurs messes basses injustes. Elle refusait habituellement depuis longtemps le moindre courrier qui pourrait faire d'elle ce qu'elle rejetait, ainsi que les avis et conseils réalises de son oncle, soucieux de sa vie future. Avec cela, elle traînait tristement un titre qui n'avait plus de sens, vide, depuis la fuite traitre et basse de son père, brisant le pauvre esprit de sa mère.
Depuis sa naissance, elle avait entretenu le sentiment d'être faussement aimée, accompagnée ou gâtée par les événements.. Seuls certaines bonnes qu'elle avait perdu en grandissant lui avait témoigné de l'intérêt ou de l'affection.
Une douce servante, particulière, cheveux noirs brillants et la voix chaude, lui chantait le soir, un de ses grands présents, qu'elle chérissait toujours.
L'air et le timbre demeurait, résonnant encore à elle lors de ses Longues rêveries;
« Chère petite Anna-belle, joli petit portrait doré, dormant sur le livre ruisselant, élance-toi vers les champs de fleurs, traverse les mers des mondes, vole, vole, vole avec Mr le vent, ma jolie petite Lady, passe tes barrières blanches, bon petit agneau, jamais douleurs tu ne sentiras, moi Camélia je crois en toi, ai foi… ai foi.. » Tout s'était terminé misérablement, tout comme pour sa mère.
Des départs provoqués, imprévisibles.. encore et encore.. Elle en avait eu assez.
La pauvre Anna, demeurait depuis cette période seule pour cause des voyages d'affaires de son seul parent qui la visitait peu, régentant sa vie à distance.. Et, plus terrible encore, elle se trouvait à dix-sept ans, retirée comme une enfant en permanence au sein du petit domaine familial, qui dominait le village en contrebas de sa colline. Éviter son exposition la bouleversait de malaise, de par le fait de la réputation collée à sa chair...
Anna savourait malgré tout, ses visions imaginaires mais aussi ce qui l'encerclait. Sa grande demeure, faisant face à la mer et qui bordait la plage idyllique de son enfance.
Son existence entière, imprégnée de ce manoir au corps victorien fait du plus beau des bois, un merisier teinté sombre, allait bientôt, ne plus lui appartenir. Sauf si.. Elle avait tant relu ce papier et ses maudites notes…
« Ma chère, unique Nièce, Me voilà par mon influence ayant pu arranger le jour d'une présentation à la cour..
Ce moment approchant et malgré la nature de ton statut, tu devras me faire savoir la décision que tu devines. Garde la tête haute pour ton avenir. Tu sera réintégrée parmi le cercle des grands, si tu daigne accepter l'idée du Mariage. Il n'est point coutume de pouvoir faire autrement ou de décider par soi de ces choses-là lorsqu'on est une femme. Montre la sagesse qui se cache derrière tes yeux. Le domaine de la famille Cendrenor est en péril. Ne pouvant te prendre en charge de manière permanente depuis la chute de ta réputation, réfléchis pour ne pas perdre cette demeure, qui je le sais, t'es si chère. N'oublie pas cela. Tu ne peut disparaître derrière les murs.. Notre vie n'est pas forcément celle pour laquelle nous sommes faits. Mais c'est en l'acceptant tu verra, que tu trouvera le bonheur. Fais-le pour ta mère, qui de là-haut, attend sa plus grande fierté, la réparation de son âme blessée..
Je passerai te faire chercher ce dis-jour. Tu as trois mois pour t'assagir et nous honorer.» Alexer de Brerrham
Ainsi fut la dernière lettre de son oncle le Vicomte, qui demeurait annuellement dans la moderne capitale du pays de Mayrir. Il avait bien été salutaire pour elle depuis son enfance, faisait entretenir le domaine.. Pourquoi lui en voulait-elle tellement? Quelque part, comment aurait-il eu les moyens de se montrer.. flexible dans ses décisions?
Anna regardait en soupirant sans cesse par la fenêtre de bientôt, feu ses propres appartements.. Sa seule amie, la mer turquoise à deux pas de leur petite roseraie blanche et le vent, le dernier et plus unique de ses confidents, semblaient l'attendre.
La belle svelte aux cheveux cendrés, se sentait plus que jamais rejetée d'un reste de monde auquel elle se sentait, de moins en moins correspondre.. Elle ne pouvait agréer à se laisser modeler. Mais que pourrait-elle faire pour l'éviter? Elle ne réalisait ce qui l'attendait..
Elle nourrissait une nette crainte au fond d'elle. Crainte de voir tous les regards condescendants à ce bal précieux lui être destiné. De ressentir la puanteur de la vanité..
Elle devrait trouver une manière de résoudre sa situation, de plus en plus bancale. Être pauvre.. Elle l'était déjà affectivement, socialement. Non, définitivement, elle préférerait de loin s'enfuir pour le devenir en surface et, gagner la liberté dont elle rêvait depuis toujours. La seule.. La réelle.. Elle ne pouvait à ce jour que l'effleurer, par ses longues marches le long de la plage et de la fraîche écume iodée qui l'appelait.
La jeune fille, solitaire au milieu de ses servantes et domestiques muets et affairés, se réconfortait malgré ces terribles instants, par un don secret. Son émerveillement pour la vie, les plus beaux décors à ses yeux sous toutes leurs formes. Choses inanimées ou existantes, tels les habituels poissons ou coquillages de son cœur.. Elle pouvait ressentir une grande peine si, certaines de ces choses merveilleuses, pouvaient être laissées à l'abandon, même, une attitude indifférente face à un grand tableau.. Cela lui faisait oublier au moins quelques heures ses préoccupations.
Aussi souvent qu'elle pouvait se le permettre, elle rendait donc visite autant que le temps faisait pour elle, à ces seuls amis qui jamais eux, ne bougeaient en sa présence et qui peut-être, l'appréciait véritablement.
Le vent était, le souffle de sa nostalgie, quant à l'océan qui accompagnait ses rêves éveillés et ceux de son précieux sommeil, il demeurait, l'oubli de sa condition, l'espoir, d'une autre chose…
Lors de moments cependant au sein desquels elle ne parvenait à s'endormir, elle ressortait avec larmes son second plus grand présent. Un objet, faussement hérité dont elle avait reçu l'accord de pouvoir conserver, aux dernières et lucides volontés de sa mère. Un pinceau. Un long pinceau d'argent léger comme un nuage, qui la réconfortait dès qu'elle le plaçait sous son lit, en priant plus intérieurement que jamais, pour ses espérances qu'elle savait, peu réalisables.. Elle ne devait pourtant décevoir le seul parent qui lui restait, après tout..
Sa gorge se nouait seulement à cette pensée. Le fait de sacrifier tout de même son existence à peine entamée pour, vivre aux côtés des apparences et plus dur encore, auprès d'un homme choisi pour elle et qui, lui prendrait tout ce qui lui restait, les vendre ou, se les approprier…
Il en était absolument hors de question..
Anna sentait la colère et le chagrin se mêler intensément en son être, mais le besoin de son corps à se reposer s'avérait plus tenace. Ils étaient bien tous semblables.. Ils croyaient ainsi la connaître mieux qu'elle-même, ne se connaissait.
Le crépuscule avait laissé place, à des heures plus avancées du soir depuis longtemps. Anna se coucha péniblement, enfouissant précautionneusement le pinceau sous l'oreiller. Sa dernière larme, sans l'avoir effacée, roula sur son visage aux traits par la suite, détendus. Épanouis par la paix de sa chambre plongée dans le bleu outremer de la nuit.
Plus tard, le halo puissant de la présence de l'astre lunaire, qui avait écouté sans se dévoiler, transporterait la tristesse de l'être perdue par son seul plus grand savoir. Tout se mettrait en place, préservant en apparence la surdité propre à certains vivants immobiles. Et faire apparaître à l'innocence, le procédé de son propre changement…
Quelques jours de plus passèrent, sans qu'un grand désespoir, ne vienne s'inscrire dans l'âme d'Anna.
Elle se sentait presque rongée de son état stagnant, du à cette vie qu'elle peinait à supporter.
Elle n'avait pu depuis sa dernière paisible nuit, à voir l'ombre d'une idée germer en elle, lasse du temps qui ne pouvait que la condamner.
Condamnée.. se remémorait-elle en déglutissant, à accepter son futur et pourtant, banal sort aux yeux du monde de son époque. Elle se réveillait ruisselante, se laissait préparer gênée et, sans plus vraiment se réjouir des modestes petites bonnes choses qui au présent de sa vie, l'attendaient, son corps adoptait les cents pas. Enfin, elle s'abandonnait épuisée mais intimement au milieu de son grand lit baldaquin et, cela bien longuement.
Mr le Vicomte voudrait certainement ne pas à devoir subir un scandale de plus, déclenché cette fois-ci par sa nièce « irraisonnée », pensait-elle, du fait de sa présentation à la bonne société qui se profilait sûrement, même encore, un peu au loin.
Elle revivait sans cesse les même heures et, ces heures paraissaient s'allonger péniblement pour son esprit secoué de peur croissante et autant d'incertitude.
Elle était convaincue d'être une injustement cloîtrée, dans sa propre maison. Les côtés sombres de sa situation s'imposaient par-dessus les meilleurs au sein de fils de pensées, qu'elle désirait plus que tout chasser, par magie. Si seulement..
L'entrée principale de la vaste demeure de sa famille, restait incessamment sous observation temporaire mais relayée et subtile des membres du personnel, particulièrement du majordome. Autrement dit, bel et bien surveillée.. remarquait de plus en plus Anna, dissimulée silencieuse au coins des corridors.
Encore une fois, ce genre de manœuvre, dans « l'intérêt de la jeune fille » était bien le résultat des directives écrites de son seul oncle, démontrant son austérité avérée.
Une semaine de plus passa au cœur de cette atmosphère de joie et d'insouciance évanouie..
Les domestiques et serviteurs, à leur tâche quotidienne, la seule sortie que son vieux parent éloigné physiquement, lui permettait mais en fait tolérait. Et finalement elle, se sentant recluse dans le seule endroit du manoir où on ne pouvait sciemment la déranger;
Le centre de ses appartements, dans lequel elle possédait encore au moins le pouvoir de congédier quiconque la dérangerait..
Elle était tout de même, la dernière des Cendrenor et conservait un soupçon de fierté sans se rappeler la tache laissée par sa disparue famille..
Un mouton noir sans laine parmi les blancs en jupons de dentelles…
Songeuse et soucieuse comme à sa terrible habitude, la jeune isolée du bonheur arpentait sans but la grande bibliothèque dans une longue toilette simple, immaculée. Elle s'y sentait décontractée, surtout depuis un dernier affront fait à son oncle le dernier jour de sa présence au manoir, où celle-ci s était présentée à lui, sans corset sous ses robes.
Ce souvenir fit apparaître un premier nouveau sourire sur le visage de la belle solitaire. Sa conscience la fit revenir pourtant rapidement sur terre. C'était, un jour où un ciel blanc dégageait une lumière sans éclats, filtrant ses rayons doux et pâles au travers des hautes fenêtres de la pièce, lui rendant un aspect fantomatique.
Le décor des lieux, volontairement peu riche d'ornements, prêtait à la concentration propre au travail de lecture et d'histoire.
Anna soulignait du regard les étagères où régnait tout le savoir possible en pages anciennes ou plus récentes sous formes parfois précieuses et, qui n'avaient plus servies à personne.
Personne n'était plus entré, dans la pièce où elle se trouvait, là, étrangère, depuis à sa connaissance le Vicomte de Brerrham lui-même, le lendemain du matin de la disparition de sa mère..
Anna passa en revue des titres d'ouvrages censés lui appartenir. Malheureusement, elle devrait sans doute y renoncer bientôt également..
N'étant que de taille moyenne, elle fit, hésitant un moment, utilisation de l'échelle jointe aux rangées de bois vernis qui lui permettrait de pouvoir mieux se rendre compte, de la nature des choses autour d'elle.
Peut-être, y trouverait-elle quelque roman ou nouvelle pour se distraire..
Tandis qu'elle effleurait le dos de ses chers compagnons lui rappelant son enfance douce d'émotions, mais tentant avec peu de volonté de se consacrer à se trouver de quoi s'évader pour la journée, la jeune fille ressentit au bout d'un temps et, un drôle espoir précis, lointain, un vertige incompréhensible qui la figea.
Ses cheveux longs, lâchés telle avait été le matin sa volonté à sa femme de chambre, furent parcourus d'une forte électricité statique, ce qui effraya la pauvre Anna. Elle faillit dans sa surprise lâcher l'échelle et tomber de bien haut, ce dont elle ne s'était rendue compte et nota avec anxiété.
Du fait, que depuis le début de recherches à l'évidence, plus acharnées qu'elle ne l'aurait jamais songé, elle s'était retirée de sa vision, dans une nostalgie changée en reviviscence de ses souvenirs.
Elle ne s'était rendue vraiment compte de rien… Elle avait été perdue mais avait puisé inconsciemment une force, qu'elle devait avoir. Pareillement, par ce qui devait être, son bras silencieusement avait recherché loin au fond d'un espace, de ce qui est absent à la lumière. Mais cela, elle l'avait oublié..
Ce dont, cette âme incertaine de l'idéal, n'aurait jamais pensé l'existence.
Sa conscience revenue, fut précisément perturbée de la réalisation de sa hauteur de la bibliothèque. Anna, dans une vive intuition, parcouru, rechercha du regard ce qui la séparait du sol et, fut prise d'un double état interne. Une crainte, apaisante.. Tout cela était-il de la folie?
Elle arbora alors sur son visage un air songeur, puis hypnotisé, par la vision insensée d'un livre à la couverture humide, qui gisait inexplicablement à ses pieds.
Le livre, vermillon rappelant les sceaux de cire sur les lettres, ressemblait, de manière troublante à un journal..
Une douce mélodie s'éveilla alors en Anna à la vue de cette réalité. Familière. Celle de son ancienne bonne..?
Ciel, elle devait bien avoir perdu la raison à force d'être enfermée quotidiennement de la sorte.. La jeune fille redescendit de l'échelle pour s'agenouiller près de la chose réelle et, bien imprégnée d'eau.
Ressentant une peine pour le bel objet rouge, elle se mit à souffler sur sa couverture muette.
Tout cela avant d'hésiter à toucher enfin, ce qui n'avait produit aucun son à sa chute l'instant d'auparavant.
La délicate Mlle Cendrenor, ne se serait jamais douté de ce qu'elle allait provoquer dans sa vie par l'ouverture de ce livre. Elle serait dorénavant plus que chamboulée.. Mais ses angoisses et son aspect dépressif l'avaient déjà quitté. Elle désirait à nouveau croire à tout changements, sauf à celui qui semblait le plus se profiler…
L'humain se croit doté, du pouvoir d'enrayer la machine de son destin. Inversement, c'est le destin qui fait de vous ce que vous êtes et serez. Puisque, vous le pouvez, vous le voyez, vous le sentez et, que la nature peut en témoigner. Suivez votre intuition, observez, réfléchissez, croyez.
Vous noterez un réel modifié.. Et vous serez telle que l'infinité-puissante le voudra, récompensé.. Pour que les conditions soient réunies, il vous faudra posséder à l'origine, une âme noble pourvue d'un cœur sain et d'un esprit de foi.
La jeune fille, tremblante et surveillant les environs du grand hall où elle était descendue, avait emporté en le cachant discrètement sous l'une de ses jupes, cette apparition de feuilles fragiles reliées dans une couverture vive et souillée. Anna se pressa, monta les escaliers hâtivement jusqu'à refermer brusquement l'entrée de ses appartements du deuxième étage derrière elle, sentant une nouvelle force se développer en son cœur.
Elle regarda ses mains pales et glacées. Ainsi, que le livre qui s'y trouvait, tel un rescapé de l'oubli.. Son souffle lui manquait.
Elle l'avait ouvert..
Elle sentait que les pages avaient comme voleté à ce moment, durant son chemin rapide le long des corridors désertés d'attention sur elle, même le long des rambardes des étages, de son fier manoir.
Elle risqua un œil, au centre de l'ouvrage. Son regard absorbé se posa alors sur certaines pages des plus abîmées. Voici ce que la jeune fille lu avec une grande curiosité et crainte permanente pour la première fois.
Des signes inconnus, dessins représentants des plantes et êtres, nettement imaginaires… Alphabets incompréhensibles, puis, ingrédients improbables aux procédés de mélanges curieux et, richement commentés par une plume, un style d'écriture qui semblait dater d'une époque révolue.
Certains des ces mélanges, rappelaient des formes de magies interdites ou absurdes, pourtant qui ne pouvaient exister, en son monde à elle..
Quand vint à la suite de tout le reste, ce court passage écrit de la même main du passé.
« Si vous suivez attentivement ce guide, celui qui croit être doté du don à jamais gravé par l'ennui, pourra par l'intermédiaire d'un objet et d'une action aimée, provoquer le réveil du voyage invisible… votre intuition sera votre meilleure recette.. Bonne chance. »
Les uniques signatures avaient été perdues par les taches, que le livre contenait en nombres. Le manque de ces informations essentielles contraria Anna bien qu'elle n'aurait su expliquer, pour quelle exacte raison.
Ce fut toujours, dos contre le mur réconfortant de ses pièces privées, qu'elle réalisa.
Recevant comme la sensation d'un coup dans les yeux.. Anna comprit qu'elle détenait depuis longtemps, la clé..
La pauvre si solitaire en son esprit, s'accroupit, presque en tombant au sol, serrant le livre de la révélation contre sa poitrine.
Ses oreilles se mirent à siffler, ses tempes à tambouriner…
« Chère petite Anna-belle, joli petit portrait doré, dormant sur le livre ruisselant, élance-toi vers les champs de fleurs, traverse les mers des mondes, vole, vole, vole…. »
« Tu ne peut disparaître derrière les murs.. Notre vie n'est pas forcément celle pour laquelle nous sommes faits... »
La malheureuse, se fit après ces timbres raisonnants, violemment assaillir d'impressions et d'un fil de pensées desquels elle su... Elle devint, incroyablement convaincue.
Anna couvrit sa bouche d'une main. Ses joues étaient devenues rouges de confusion, mais aussi de lassitude.
Un ordre s'était formé dans sa tête, pour ce qu'il fallait qu'elle tente sans plus attendre, de toute l'énergie de son âme.
La pauvre mademoiselle, échevelée, se prépara brièvement face au miroir de sa coiffeuse blanche. Emparé d'elle, l'épuisement de tant de réalisations et étrangetés magiques du manifeste, journal sans nom, redoubla d'intensité au sein de son corps. En ce même instant, Anna fut prise d'une apparition brumeuse, une envie.. Cette envie se dévoilant plus folle, en se répétant. Du moins, jusqu'à ce que la jeune fille sombre en un sommeil irrésistible, au milieu de cet après-midi baigné de soleil orange.
Le livre, inconnu, dormait lui, caché au cœur d'un des tiroirs à double fond de la table de toilette.
L'envie, elle, se verrait reformée en un besoin.
Anna avait ressenti dans son immense fatigue le désir, de se mette à peindre. Peindre, avec le pinceau que lui avait laissé sa chère mère, avant de mourir en un dernier soupir, tel celui de la joie enfin, qu'elle-même, avait de s'endormir.
Fin du chapitre I…
