Je vous partage les deux premiers chapitres, je publierai de manière régulière car j'ai beaucoup de chapitre d'avance


Chapitre 2

Une nouvelle ère

La flotte Velaryon arriva à Port-Réal le lendemain de la prise de pouvoir de Rhaenyra. Désormais, la cité était imprenable, six dragons en étaient les gardiens. L'armée formée par Daemon dans les Conflans qui avait déserté Harrenhal était en route. Quant à la flotte Velaryon, elle contrôlait la baie de La Néra. Lorsqu'Aemond arriverait à la fantomatique forteresse, il n'y trouverait personne. L'impétueux jeune homme comprendrait alors qu'il s'était fait rouler. Sa colère n'en serait que décuplée, mais pour l'heure, Aemond, Vhagar et son armée n'étaient plus une menace pour la couronne. Rhaenyra le savait isolé et devait profiter de cet avantage pour imposer son autorité au-delà du Donjon rouge et de la capitale. Tous devaient savoir que la fille du Dragon avait repris sa place légitime. Helaena était assignée à ses appartements avec son enfant, quant à Alicent, elle était emprisonnée dans les geôles du donjon rouge. Daemon avait pris soin de s'assurer que la Reine ne serait pas incarcérée dans les prisons destinées aux nobles, mais bien dans les profondeurs des geôles, là où étaient détenus les pires criminels du royaume.

Le premier conseil restreint eut lieu dès le lendemain de la conquête. Autour de la table ; Rhaenyra Targaryen, Daemon Targaryen, Jacaerys Velaryon, Baela Targaryen, Mysaria et la Main de la reine, le vieux Corlys Velaryon. C'est avec émotion que Rhaenyra s'assit à la place du souverain. Daemon lui, semblait amusé de la présence de son ancienne maitresse Mysaria à la table des seigneurs. Depuis son départ pour Harrenhal, le Ver blanc s'était rapproché de son épouse en lui prodiguant de précieux conseils, ce qui lui avait valu sa place. Ce que le Roi consort ignorait, c'est que les femmes avaient en son absence échangé un baiser. La première question soulevée lors du conseil fut la fuite d'Aegon II. Tous s'accordèrent pour faire savoir aux quatre coins du royaume que l'usurpateur devait être livré mort ou vif à la reine et que tout seigneur qui lui prêterait assistance serait considéré comme traitre et ennemi de la Couronne et périrait par le feu du dragon.

- Dans l'état où il est, il ne survivra pas longtemps… Ricana Daemon.

Corlys Velaryon acquiesça, lui qui avait perdu sa femme Rhaenys « la Reine qui ne le fut jamais » dans le feu du dragon ne souhaitait plus qu'une chose avant de disparaitre : voir mourir Aegon l'usurpateur et son frère Aemond le parricide. Après cela, le voile noir pourrait venir le chercher.

Si pour le moment nous ne pouvons pas obtenir la tête d'Aegon ni celle d'Aemond, il va falloir que quelqu'un d'autre endosse la responsabilité de cette traitrise. Le peuple va réclamer vengeance pour ses souffrances. Il faudra que le sang soit versé. Ma Reine, vous devez montrer que vos opposants seront châtiés. Déclara la Main.

Rhaenyra sentit tout à coup tout le poids que la couronne pesait sur elle. Elle savait que le sacrifice promis devait avoir lieu. Son cœur se serra dans sa poitrine, ses doigts se refermèrent sur la plaie dans sa paume. Autour de la table, tous savaient quel nom devait être désigné, mais aucun n'osa le prononcer, jusqu'à ce que le Prince consort ne se décide à parler.

- Elle n'a pas tenu sa parole, Rhaenyra.

La reine resta muette, mais intérieurement, elle hurlait. Jacaerys, sentant le désarroi de sa mère, vint à son secours.

- Peut-être que nous retrouverons Aegon rapidement. Alicent n'a pas à mourir pour les agissements de son fils.

- Mais qui a mis la couronne sur la tête d'Aegon sinon la reine elle-même. Rétorqua Daemon dont le regard était animé d'une flamme vengeresse.

Le conseil s'agita, il y avait les pour et il y avait les contre et pourtant la seule décisionnaire restait silencieuse. Jusqu'à ce que Corlys Velaryon ne propose un vote que Rhaenyra savait perdu d'avance.

- Il n'y aura pas de vote. Un fils pour un fils. Le sang d'Alicent ne purgera pas la dette.

- Ce n'est pas ta raison qui parle, ma Reine ! S'exclama Daemon.

- C'est toi qui es aveuglé par ta haine ! Sans Alicent Hightower nous ne nous tiendrions pas ici aujourd'hui. Elle nous a livré Port-Réal, sans elle, je ne serai pas sur le trône de fer.

- Le trône qu'elle t'a volé !

- Assez ! Hurla Rhaenyra en tapant du poing sur la table.

Daemon baissa la tête. La pièce sembla se vider de son air. Rhaenyra se mit debout et déclara.

- Helaena qui ne s'est jamais dressée contre moi a déjà payé le prix fort. Elle et son enfant seront pardonnés et sous ma protection. Quant à Alicent…

La Reine marqua une pose. Elle savait que si Alicent n'allait pas au billot, elle devait néanmoins la condamner pour montrer l'exemple. Elle repensa à leur dernière conversation, elle repensa le cœur meurtri au désir de liberté de son amie. Elle le lui avait promis, Rhaenyra devait la libérer des chaînes du devoir qui l'avaient si longtemps entravée… Une promesse qui, sans la mort d'Aegon, ne pouvait être tenue. Rhaenyra déclara :

- Alicent ne sera pas pardonnée, elle restera prisonnière du Donjon rouge.

- Qu'il en soit ainsi. Dit la Main de la Reine.

- Sa Majesté ouvre une nouvelle ère, sa mansuétude l'honore. Déclara Mysaria.

- Sa mansuétude sera vue comme une faiblesse. Grogna Daemon.

Le regard que la Reine lança à son époux le réduisit au silence. Corlys Velaryon annonça le sujet suivant.

Lorsque le conseil prit fin, Daemon saisit le Serpent des Mers par le bras pour l'inviter à rester dans la pièce tandis que tout le monde quittait les lieux.

- Vous savez comme moi que laisser cette vipère en vie est une erreur.

Corlys Velaryon soupira, mais à son expression, il lui donnait raison.

- Comme vous, j'ai toujours détesté les Hightower. Lorsque nous siégions au conseil de Viserys, Otto a toujours manœuvré contre ma maison. Et sa fille est tout aussi intelligente que son père.

- Qui sait ce qu'elle pourrait mettre dans la tête de la Reine ? Même dans sa geôle, elle reste une menace, je dirai même qu'elle est bien plus dangereuse que ses fils. Cette femme n'a pas besoin d'armée, elle n'en a jamais eu besoin… Elle a un pouvoir sur les gens, sa beauté n'a d'égale que sa duplicité. Rhaenyra n'a jamais réussi à se défaire de l'affection qu'elle a pour elle. Elle est sa plus grande faiblesse.

La main acquiesça.

- Si Rhaenyra se refuse à faire ce qui doit être fait, peut-être le pourrions-nous… Lui murmura Daemon.

- Cela serait une trahison.

- Cela pourrait passer pour un tragique accident.

- Non, je refuse de m'associer à cela.

- La Main ne doit-elle pas agir dans l'ombre pour le bien de la Couronne ? Même parfois contre la volonté du souverain ?

Corlys Velaryon hésita, si Otto Hightower avait été à sa place dans une situation similaire, nul doute qu'il aurait accepté. Mais Corlys Velaryon n'était pas Otto Hightower, il était un homme honorable en qui sa reine avait placé toute sa confiance. Il ne la trahirait pas, même pour se venger d'Alicent.

- Quoi que vous vouliez faire, Daemon, faites le seul ! Rétorqua le Serpent des Mers avant de se retirer.

Lorsque Rhaenyra pénétra dans les appartements de sa sœur, ceux-ci étaient plongés dans l'obscurité. Helaena était assise sur un tapis devant l'âtre de la cheminée qui brûlait si faiblement qu'elle n'éclairait pas plus loin que la moitié de la pièce. La jeune femme semblait hagarde, comme perdue dans un monde qui n'appartenait qu'à elle. Dans son berceau dormait paisiblement l'enfant rescapé. La reine sentit le chagrin l'étreindre tout entière, jamais elle n'avait souhaité que le fils d'Helaena ne soit assassiné en son nom. Elle qui avait perdu Lucerys savait ce que perdre un enfant signifiait. Jamais, elle n'avait voulu infliger cette douleur à la douce et innocente Helaena. En entendant les pas dans son dos, la jeune femme sursauta en poussant un cri. Immédiatement, Rhaenyra s'accroupit pour la rassurer. Elle saisit les mains de sa sœur en lui répétant qu'elle ne lui voulait aucun mal. Il fallut un court instant pour que Helaena reprenne ses esprits.

- Ma sœur, n'ai pas peur. Je ne te ferai aucun mal. Lui dit Rhaenyra en lui prenant les mains.

Helaena refusa son étreinte et se remit sur ses pieds, les bras croisés sur sa poitrine.

- Tu vas me prendre ma fille !

- Non ! Non ! Je te l'assure, il ne vous sera fait aucun mal.

- Tu as tué mon fils !

Le sang de la Reine se glaça. Des larmes emplirent ses yeux.

- Jamais je n'ai ordonné que l'on te prenne ton fils. Je pleure sa mort chaque jour comme je pleure mon Lucerys.

Helaena observa attentivement le regard de son aînée, elle lut sur son visage qu'elle disait la vérité. Des larmes coulèrent sur ses joues.

- Elle, je ne la vois pas... Mais eux... oui je sais... Dit la jeune femme sur un ton énigmatique.

- Que veux-tu dire ? Demanda la reine.

- J'ai vu l'Oeildieu, le poison et le feu, mais elle… Elle, je ne la vois pas…

- Helaena, je ne comprends pas.

Helaena se mit à faire les cent pas dans la pièce, elle semblait perdre la tête. Elle avait toujours su que sa sœur n'était pas comme les autres, qu'elle vivait dans un monde différent des communs des mortels. Petite fille, elle dessinait sur les murs et inventait des histoires incroyables. Jamais, le pouvoir ne l'avait attiré. Rhaenyra l'avait plainte lorsqu'elle avait été promise en mariage à son frère aîné Aegon. En la regardant gesticuler, Rhaenyra réalisa à quel point la guerre l'avait affecté. La Reine comprit pourquoi Alicent voulait soustraire sa fille à tous ces tourments. Helaena n'était pas faite pour ce monde, elle était bien trop pure… Elle n'avait ni la force de sa mère, ni les vices de ses frères. Elle ressemblait à son père Viserys, lui n'avait jamais voulu être roi, pourtant il avait été désigné pour régner. Il était un rêveur, qui aimait faire des maquettes et n'aspirait qu'à un royaume en paix. Oui, Helaena ressemblait à son père.

- Je suis venue te dire que je t'accorde mon pard... Non, je suis venue te dire que je m'excuse… Je m'excuse de ne pas avoir pu te protéger, ma sœur.

Cette phrase sortit Helaena de ses pensées. Elle cessa ses déambulations et regarda Rhaenyra avec émotion.

- Je fais le serment de te protéger, toi et ton enfant. Rhaenyra s'approcha et saisit à nouveau les mains de sa sœur qui, cette fois, ne se déroba pas.

- Tu me le promets ?

- Je te le promets sur ce que j'ai de plus cher.

- Ce que tu as de plus cher est sous tes pieds…

Une nouvelle fois, Rhaenyra ne comprit pas ce que voulait dire sa sœur. Elle préféra sceller son serment en déposant un baiser sur son front.

- Tu seras libre d'aller où bon te semblera avec ta fille. Vous serez protégées et jamais on ne vous pourchassera. Mais pour l'heure, tu dois rester ici, car la paix n'est pas encore revenue dans le royaume.

- Je sais. Je voudrais voir ma mère. Lui réclama-t-elle.

Rhaenyra acquiesça en esquissant un sourire rassurant.

- Bientôt, tu pourras la voir. Mentit-elle à contre coeur, en réalité elle n'avait aucune idée de quand Helaena pourrait voir sa mère.

Helaena lui sourit comme une petite fille.


J'espère que ces deux premiers chapitres vous ont plu.