Disclaimer : Bonjour! Petite note avant de commencer votre lecture. Les Carnets de l'Apothicaire est l'œuvre originale de quelqu'un d'autre. Je ne fais qu'emprunter les personnages et l'univers, l'espace d'un moment, pour créer ce qu'on appelle une Fanfiction.
¤ Jinshi, l'assistant apothicaire ¤
(One Shot)
Une goutte de sueur perlait à la tempe de Mao Mao. Elle aurait pu l'essuyer d'un simple revers de main, mais cela lui donnait une raison de plus de pester intérieurement. L'autre était la présence de Jinshi. De tout le personnel, pourquoi avait-il fallu que ce soit lui qu'on eu dépêché à ses côtés? Elle soupira longuement.
La situation ne lui permettait pas trop trop de liberté de choix. En effet, une vague de grippe avait donné un surplus de travail considérable à l'apothicaire. Non seulement devait-elle soulager Dame Gyokuyo et ses suivantes, mais aussi d'autres domestiques, concubines et eunuques. C'était un véritable fléau. Heureusement, il n'y avait eu aucune mortalité jusqu'à maintenant.
- Monseigneur ne devrait pas rester si près de la mixture, l'avertit Mao Mao.
Le menton appuyé sur ses mains jointes, Maître Jinshi était d'un immobilisme parfait à l'exception de son regard. Ses yeux, qui auraient dû suivre assidûment les faits et gestes de l'apothicaire, traquaient plutôt avec intérêt la moindre de ses réactions.
- Il faut bien que je vois de mes propres yeux comment tu procèdes.
Les lèvres de Mao Mao s'étirèrent discrètement. Ce sourire, bien que subtil, était empreint de quelque malice. Elle allait lui faire regretter son impertinence. Grand mal lui prendrait. Tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas mis en garde...
- Comme vous voudrez, Monseigneur.
Elle s'empara de la fiole contenant la sève d'eucalyptus et la versa dans le bol. Oh! À peine quelques gouttes. L'effet escompté fut immédiat. L'odeur puissante arracha une grimace à Maître Jinshi. Il se redressa en frottant ses paupières closes, les vapeurs d'eucalyptus lui brûlant les yeux. Mao Mao était on ne peut plus fière du résultat. Bien fait pour vous!
- Je vous avais prévenu, Monseigneur, renchérit-elle pour mieux enfoncer le couteau dans la plaie.
Elle savourait sa petite victoire sans se douter que le maître des eunuques était loin de renoncer.
- Jinshi. Appelle-moi simplement Jinshi.
Au prix d'un terrible effort, il parvint à ouvrir un œil. Même borgne, il ne perd pas de sa superbe. C'était agaçant.
« Combien de fois devrais-je te le répéter? »
Le nez de Mao Mao se retroussa comme pour manifester son désaccord.
- Vous savez bien que cela m'est impossible. Si l'on me surprenait à le faire, la peine serait sévère, répondit-elle innocemment.
- Bien sûr, mais après tout, nous sommes seuls toi et moi...
Se disant, il se glissa furtivement derrière elle avant de lui susurrer à l'oreille la suite de l'expression de sa pensée. « Nous pourrions nous rapprocher un peu. »
Un peu... C'est ça qu'il appelle un peu? Mao Mao se figea. Le saligaud! Il fallait le ramener sur le droit chemin le plus tôt possible. Autrement, cette conversation serait perçue comme une invitation vers... Le rouge farda ses joues. Mao Mao secoua la tête vigoureusement pour se ressaisir.
- Tenons-nous en au remède et à ses composés.
Maître Jinshi se pencha au-dessus de son épaule pour se saisir d'une bouteille de cristal rose et feint d'en lire l'étiquette.
- Il n'est pas question d'autre chose, si?
Malgré son trouble naissant, Mao Mao était résolue à garder la tête froide. Elle lui arracha le récipient des mains pour le ramener auprès de ses semblables sur la table.
- Observez bien. C'est la clé de tout apprentissage.
Jinshi fit la moue.
- Je ne fais que cela depuis le début...
Il glissa ses doigts le long de ses bras. Non mais, il nous fait quoi là, celui-là? Elle pouvait sentir la caresse sous le tissu. C'était électrisant. Troublant. À mi-chemin entre le désagréable et la curiosité. Grrr... Je n'aime pas ça! Parvenu aux mains de la jeune femme, il les enserra doucement avec les siennes. Mao Mao se crispa, si tant il se put.
« La théorie n'est rien sans la pratique. Une apothicaire digne de ce nom n'est pas sans ignorer ce genre de choses. »
Pouah! Ses narines ne détectaient plus l'odeur du remède, remplacé par le parfum de Jinshi. Un mélange de Magnolia, d'épices et d'autres choses qu'elle n'arrivait pas à identifier. Bien vite, elle n'aurait plus les idées claires. Elle se sentait envahie de toute part. De l'air, il me faut de l'air!
« Tu sembles bien pâle, tout à coup. Ne serais-tu pas souffrante? »
Tu vas voir si je suis souffrante, toi! Ignorant son semblant de sollicitude, Mao Mao s'empara d'une fiole.
- Il faut secouer avec énergie le contenu...
Puis, sans crier gare, elle lui fit faire de violents va et vient d'avant vers l'arrière et vice-versa.
- Ouille!
Après avoir reçu un premier coup au ventre, Maître Jinshi recula avant d'être à nouveau victime de ses assauts répétés. Enfin! Dégage, la sangsue!
- ...Autrement, nous n'en obtiendrions que des grumeaux épais.
Maître Jinshi se massa les côtes.
- Dis donc, tu n'y vas pas de main morte.
- Si j'étais malade, aurais-je autant de vigueur, Monseigneur?
- Hmmm...
Frottant son menton de son index, Jinshi se rembrunit.
« Si c'est ainsi que tu as traité les domestiques à qui tu devais apprendre quelques rudiments du métier, je comprends mieux pourquoi elles sont venues se plaindre à moi. »
Alors, c'était donc ça! C'est pour cela que Maître Jinshi jouait les assistants! Les pièces du puzzle s'assemblaient enfin. Fini la plaisanterie. Le sourire de Mao Mao s'effaça. Dommage... Dire que je m'amusais bien. Elle se demanda néanmoins ce qu'elle avait pu faire de si grave, si ce n'est qu'avoir été égale à elle-même? Elle avait beau se creuser les méninges, elle ne trouvait pas.
- ...
Un soupir franchit ses lèvres alors qu'elle déposait systématiquement les instruments en mains sur la table.
- Te voilà bien silencieuse. Allons, explique-toi. J'attends.
L'impatience tranchait avec le ton moqueur qu'il avait employé jusque-là. Les yeux de l'apothicaire fixèrent un point imaginaire sur le mur. Il est vrai qu'aucune des servantes mandatées n'avait tenu le coup à ses côtés. Certaines lui avaient servi un prétexte, d'autres s'étaient juste tout simplement éclipsées sans demander leur reste. Elle n'y était pour rien.
- Que vous ont-elles rapporté exactement? De quoi suis-je coupable, dîtes-moi?
Résolue, et bien que se sachant sans tort dans la situation reprochée, Mao Mao attendait le jugement fatidique et la sentence qui allait sans nul doute s'en suivre. Dépêche-toi donc, qu'on en finisse!
Les sourcils froncés, Jinshi plaqua brusquement ses paumes sur le plan de travail. La jeune femme ne broncha pas malgré le claquement sonore. Elle ne redoutait pas les scènes de colère, mais la proximité. Le visage de Jinshi se trouvait à peine à quelques centimètres du sien... si bien qu'elle sentait le souffle chaud de sa respiration sur sa peau.
- Je crois que tu sais parfaitement de quoi il retourne, lui suggéra-t-il, menaçant.
Bien que son cœur battait la chamade, Mao Mao faisait taire le trouble naissant en jouant les indifférentes.
- En fait, je crois qu'elles ont surtout peur de moi.
C'est vrai qu'elle ne cadrait pas tellement avec les autres filles. Cela avait toujours été ainsi, même bien avant sa vie dans la cour impériale. Mais, tout de même, elle ne pensait être si effrayante que ça. Sa personnalité et ses manies étaient justes différentes. Point barre.
Contre toute attente, Maître Jinshi éclata de rire. Quoi?!
- Oh! Oh! Je t'ai bien eue. Des larmes pointaient au coin de ses yeux. « Si tu voyais ta tête, l'apothicaire! »
Elle s'était attendue à tout, sauf à cela. De quel droit se moquait-il d'elle? C'était de graves accusations et lui se foutait de sa gueule?! Délibérément? Elle serra les poings.
- Sortez immédiatement. J'ai du travail qui m'attend et je m'en sortirai mieux toute seule.
Il posa sa main sur son épaule. Beurk!
- Allons, un peu d'humour n'a jamais tué personne.
Mao Mao repoussa sa main avant d'épousseter son épaule là où il l'avait touchée.
- Non, mais la grippe s'en chargera si vous ne me laissez pas tranquille!
Jinshi redevint quelque peu sérieux, malgré le sourire qui persistait sur ses lèvres.
- Je peux t'aider.
- Trop tard.
Mao Mao le repoussa jusqu'à la porte, non sans peine. Ce n'est qu'arrivé à l'embrasure que Jinshi se résolut à partir... ou pas encore tout à fait...
- La plupart des gens craignent ce qu'ils ne connaissent pas. Moi, je préfère en être fasciné. Ne l'oublie pas, l'apothicaire.
- Du balai!
Elle lui lança une baguette qui, de toute manière, ne pouvait plus servir. Le manche ayant été brisé plus tôt par les efforts désastreux de Jinshi à jouer les assistants. Elle percuta la porte, refermée juste à temps par ses soins. Il s'en alla, non sans un autre éclat de rire.
Restée seule de l'autre côté, Mao Mao éternua avant de s'essuyer le front. Si j'en tombe malade, je saurai au moins qui blâmer...
