Disclaimer : Bonjour! Petite note avant de commencer votre lecture. Les Carnets de l'Apothicaire est l'œuvre originale de quelqu'un d'autre. Je ne fais qu'emprunter les personnages et l'univers, l'espace d'un moment, pour créer ce qu'on appelle une Fanfiction.
¤ Boire et Déboires ¤
(One Shot)
C'est pas vrai! Mais c'est pas vrai?!
L'apothicaire faisait les cent pas dans ses appartements, lorgnant craintivement la porte. A tout instant, maître Gaoshun viendrait la quérir pour la conduire auprès de l'intendant.
C'était de bien mauvais augure.
Cela ne voulait peut-être rien dire...
Cela voulait peut-être tout dire...
- Raaaaah!
Elle se prit la tête à deux mains. De frustration, elle avait botté la corbeille qui traînait près de son lit. Ne pas savoir pouvait se révéler aussi dangereux que d'être dans la confidence.
Avait-elle commis un acte répréhensible? Elle avait beau se creuser les méninges, rien dans les événements des derniers jours ne laissait présager quoique ce soit. Elle n'avait fait que son travail et déjouer quelques intrigues mineures. La routine habituelle.
Mao Mao glissa ses doigts tremblants dans un pan de sa tunique. Elle déplia un papier maintes et maintes fois froissé. Gagnée par une angoisse grandissante, ses mains se montraient malhabiles. Même en relisant les quelques mots inscrits, elle n'en tirait aucune conclusion satisfaisante.
L'apothicaire,
Nous nous retrouverons pour un entretien.
Gaoshun te rejoindra, à la tombée de la nuit.
Sois prête.
Jinshi
« Quel sale type! S'il croit que... »
- Hum... Hum...
Merde! De stupeur, Mao Mao se figea. Elle eut l'indésirable sensation que tout son sang venait de quitter ses veines, et ce, en une fraction de seconde. Depuis quand Messire Gaoshun la toisait-il sur le chambranle de porte?
Il avait une main sur la bouche. Dissimulait-il son embarras d'en avoir trop entendu? Ou... Non?! Mao Mao avait la certitude d'avoir vu ses lèvres esquisser un subtil sourire. Il valait mieux ça que des remontrances.
- Maître Jinshi t'attend. Suis-moi.
- Bien.
Mao Mao avait incliné respectueusement la tête. Le peu de fierté qui lui restait avait disparu comme neige au soleil. Elle inspira profondément, sachant qu'elle n'en aurait peut-être pas la chance auprès de l'intendant.
Maître Gaoshun ouvrit la marche. Et voilà, c'est parti... Les lèvres pincées, elle le suivit docilement.
Contrairement au jour où nombre de domestiques vaquaient à leurs tâches, la nuit se révélait silencieuse. Rassurante. Mao Mao ne leva les yeux au ciel qu'une fois. Les astres conservaient leur alignement habituel. C'était déjà cela. Leur scintillement régulier lui suffit pour garder la tête froide.
Ça va aller... Ressaisis-toi!
Tant que l'ordre des choses serait préservé, elle en ferait de même avec sa contenance. Demeurer imperturbable. Elle était maîtresse d'elle-même. Peut-être pas de la situation, mais d'elle-même. N'était-ce pas une victoire en soi? Son souffle redevint régulier. Sa démarche aussi. Juste à temps, car ils venaient de gagner les appartements de l'intendant.
Maître Gaoshun lui fit signe de s'avancer. Alors qu'elle allait franchir le seuil, elle remarqua qu'il avait reculé de quelques pas. Quelque chose cloche...
- Vous n'entrez pas, Messire Gaoshun? Demanda-t-elle, méfiante.
- Je vous suis.
Sa bouche disait une chose, ses pieds une autre. Il continuait de reculer. Et avant qu'elle ne puisse faire ou dire quoi que ce soit, une main lui agrippa le bras et la tira à l'intérieur. La porte se referma. Le bruit d'un loquet tinta à l'oreille de Mao Mao.
Non mais, sérieux? Vous comptez vraiment m'enfermer seule avec lui?!
- Hey! !
De rage, elle tambourina contre la porte. Ah, elle était belle là, la maîtresse de ses émotions!
- Allons, calme-toi! Ne t'ai-je pas invitée, après tout?
Quoi? Plutôt tendu un guet-apens, oui!
Mao Mao se tourna vers le Seigneur Jinshi. Il n'avait pas perdu de sa superbe. La situation semblait même l'amuser. Il glissa une main désinvolte dans sa longue chevelure qui coulait librement sur ses épaules. Plus bas, sa tunique dévoilait plus qu'elle n'en aurait dû. Le tissu lâche au niveau du torse attirait le regard vers la naissance de pectoraux bien développés.
- Je veux discuter. C'est tout.
Vraiment? Discuter? Dans cette tenue?
Elle s'inclina. Son visage était à demi dissimulé par la manche de sa robe. Parfait. Les obligations protocolaires avaient au moins cet avantage de cacher aussi le malaise naissant qui empourprait les joues de l'apothicaire.
- Et de quoi voulez-vous discuter, Monseigneur?
- Humm... Pas ici. Viens.
Mao Mao eut un dernier regard pour la porte. Il aurait été tentant de s'enfuir si seulement on ne l'avait pas verrouillée.
Ils passèrent dans un petit salon. Mao Mao étudia l'ensemble de la pièce d'un regard analyste. Il y avait une banquette de style récamier - c'est là que Jinshi s'installa – et un fauteuil, de l'autre côté d'une table basse où reposait deux verres et une carafe. De l'alcool? L'une des coupes était presque pleine, comme si Maître Jinshi avait déjà bu dans l'attente de son arrivée. L'autre était vide.
« Je t'en prie, assis-toi. »
Mao Mao s'installa, tendue. Elle semblait être à l'opposé de Jinshi, sur ce plan. Il semblait si calme. Il ne cessait de la fixer de son regard impénétrable. Sa posture était celle d'un homme insouciant de ses charmes.
Coude appuyé contre le dosseret de son siège, son visage était captif de sa main droite. De son index, il frottait sa lèvre inférieure. Il prépare un coup foireux, je le sens!
- Dis-moi, l'apothicaire, n'as-tu pas un ou des secrets?
- Que voulez-vous dire?
- N'as-tu pas résolu quelques mystères ces derniers temps?
Il lui sourit. Allez, venez-en aux faits! !
- Oui, en effet. Toujours selon vos demandes.
Mao Mao ne savait qu'en conclure. Aussi jouait-elle la carte de la prudence. Il avait une idée derrière la tête, mais il ne lui disait pas encore laquelle.
L'alcool sur la table basse titillait son intérêt. Maître Jinshi connaissait bien sa faiblesse pour ce breuvage. Il sembla remarquer les nombreux regards de son invitée vers la bouteille.
- Je t'en prie, sers-t-en.
- Merci.
Elle s'empara de la carafe. Alors qu'elle allait verser le précieux liquide dans son contenant, Maître Jinshi lui attrapa le poignet.
- Être apothicaire n'est pas de tout repos, non?
Il tourne autour du pot. C'est désagréable!
- Il me plaît de mettre en pratique les connaissances que mon père m'a transmises.
Il relâcha son emprise. Le liquide ambré coula enfin, au grand plaisir de Mao Mao. Dès la première gorgée, elle s'en délecta, oubliant presque en quelle compagnie elle se trouvait. Presque.
- Ah oui. J'ai moi-même quelques connaissances dans ce domaine...
- Vraiment?
Cette information était des plus surprenantes.
- Malheureusement, elles sont très limitées.
- Oh...
Quelle intérêt de me raconter ça, alors?! Mao Mao avait toujours trouvé les banalités d'un ennui mortel. À son sens, cette conservation ne menait à rien.
- Mais toi, ton talent est incontestable.
- Ah... merci.
- Résoudre autant d'énigmes. Comment fais-tu pour les déjouer à chaque fois?
Mao Mao fronça les sourcils. Et voilà! Elle voyait clair dans son jeu, maintenant. Elle reposa doucement son verre pour plonger son regard dans le sien.
- Vous me soupçonnez d'avoir eu une quelconque implication?
Le visage de l'intendant s'assombrit.
- Et l'es-tu? Es-tu l'instigatrice ou une simple complice?
- Non, ni l'une ni l'autre... Je ne suis simplement qu'au bon endroit, au bon moment.
Jinshi changea de position. D'avachi, il s'assit droit sur son siège sans la quitter des yeux.
- Bien.
Un sourire naquit sur ses lèvres.
« Dans ce cas, tu peux partir. Gaoshun t'ouvrira. »
Mao Mao se leva aussitôt comme si elle avait attendu cette directive toute sa vie. Quoi? ! Tout ce cirque pour en arriver à ça?! Elle n'arrivait pas à y croire!
- Merci pour votre hospitalité, monseigneur. Lui dit l'apothicaire en se courbant poliment.
Quelle mascarade! Somme toute, elle allait enfin pouvoir regagner ses propres appartements et dormir. Elle se sentait bien lasse. L'effet conséquent de la retombée du stress, sans nul doute. Elle avait appréhendé bien inutilement cet entretien.
Alors qu'elle allait franchir le seuil du petit salon, la conscience tranquille, Maître Jinshi la rappela.
- Dis-moi, l'apothicaire, me trouves-tu beau?
Quoi ? !
Stupéfaite par tant d'audace, elle se figea. Et bien qu'elle n'avait aucune raison de lui répondre, ses lèvres bougèrent seules pour elle et, contre sa volonté, laissèrent échapper des mots qui n'auraient jamais dû prendre forme.
- Oui, vraiment...
Argh... Qu'est-ce qui me prend?! Tout de suite, elle plaqua ses mains sur sa bouche.
- Suis-je... séduisant?
Mais c'est quoi ces questions à la con?!
- Mmoui... Mous m'êtes...
Quoi?! Mais ferme-là! Il était difficile de se battre contre soi-même dans une situation pareille. Même si elle voulait retenir le fonds de sa pensée, celle-ci s'exprimait toute seule.
Maître Jinshi se mit à rire. Elle se retourna pour lui faire face. Elle parvint difficilement à contenir son effroi. Moins d'un mètre les séparait à peine tout à coup. Et cet espace se réduisait considérablement puisqu'il faisait encore un pas vers elle.
- Comment? Je n'ai rien entendu.
Il saisit ses poignets et les ramena sur son ventre, ne les enserrant que d'une main. Même si elle avait voulu se débattre, c'était peine perdue. Elle le savait bien plus puissant qu'elle.
- Et si tu le répétais? Suis-je séduisant, dis-moi?
- Oui, mon seigneur.
Au secours! Elle était prise au piège.
- Est-ce que je te plais, l'apothicaire?
Elle devait lutter! Mais c'était plus fort qu'elle. Elle tourna la tête, embarrassée. Il parvenait à lui soutirer toutes les informations qu'il voulait. C'était si insensé!
- Oui.
En détournant le regard de Jinshi, elle observa les verres et la bouteille sur la table. Une étincelle traversa son esprit. Oh non!
- Mon verre... Qu'avez-vous mis dans ce breuvage?
- Un peu d'alcool et un petit sérum de ma confection...
- Un sérum de vérité! !
Elle plongea un regard horrifié dans le sien.
- Bravo. Tu es bien perspicace.
Elle aurait dû se méfier dès l'instant où il lui avait dit avoir quelques compétences en matière d'apothicaire! Dire qu'elle avait jugé cette information anodine! Ah! Grand mal lui prenait, maintenant!
- Espèce de Goujat! !
- Oh! Tu ne le penses pas vraiment?
- Non! ! Argh! Mais fait chier avec vos questions! !
Il rit à nouveau.
« Vous m'avez droguée! »
- À peine. L'effet s'estompera d'ici demain.
Demain? Horreur! C'était déjà trop long! Et qu'est-ce qu'il pouvait bien lui demander d'autre avant qu'elle ne parvienne à s'enfuir de là?
- Aimerais-tu m'embrasser?
Elle serra les dents. Il était hors de question qu'elle lui livre cette dernière information. Penché au-dessus d'elle, son parfum capiteux l'enivrait. Elle devait résister. Elle sentait une goutte de sueur perler sur son front, témoin muet de ses efforts considérables.
- Mmmmmm...
Dans son champ visuel, il n'y avait plus que Maître Jinshi qui se rapprochait de plus en plus d'elle. Il emprisonna son menton de sa main valide et glissa son pouce sur ses lèvres pour les écarter.
- Dis-le.
Elle refusait de le laisser gagner si aisément. Il lui fallait se concentrer et pour y parvenir, cibler un point fixe. Tiens, c'est quoi cette corde autour de son cou?
- Oui, je voudrais vous embrasser.
Elle ferma les yeux. Il fallait qu'il y croie. Qu'elle soit libre de tout soupçon pour ce qu'elle s'apprêtait à faire. Lorsqu'elle sentit les lèvres de Jinshi effleurer les siennes, elle savait ce qui lui restait à faire.
Bien qu'étant eunuque, elle comptait sur l'effet de surprise pour le faire reculer. Elle plia le genou et d'un geste vif, lui porta un coup à l'entrejambe.
Ses cris de douleur étonnèrent l'apothicaire. Elle ouvrit les yeux. C'était plus qu'elle n'en attendait. Comment pouvait-il souffrir autant pour quelqu'un qui n'avait rien entre les jambes?
Replié sur lui-même, Jinshi grimaçait. En un sens, il l'avait bien cherché, mais elle devait couper court à ses réflexions. Elle devait sortir de là et en vitesse!
Elle prit le cordon à son cou et tira. La ficelle se rompit. Par chance, sa déduction avait porté ses fruits. La clef se trouvait bel et bien au bout. Le cœur battant à tout rompre, elle regagna le vestibule, glissa la clef dans la serrure et sortit sans se retourner.
La fraîcheur de la nuit la rasséréna. Elle ne croisa pas âme qui vive à cette heure. Même Maître Gaoshun semblait s'être éclipsé. Parfait! Elle regagna ses appartements sans encombre.
Pourtant, Mao Mao ne trouva pas le sommeil cette nuit-là. Non seulement redoutait-elle les représailles et sa rencontre du lendemain avec le Seigneur Jinshi, mais quelque chose la tracassait. Ce quelque chose n'avait rien d'anodin. Elle en ressentait encore le contact contre son genou. Peut-être se trompait-elle? Sous le feu de l'action, cela pouvait s'agir d'une fausse impression...
Aux aurores, elle s'était déjà coiffée et habillée. Se sachant condamnée pour ses actes de la veille, elle se présenta chez l'intendant après que Messire Gaoshun lui en eut donné l'ordre. Non sans une certaine crainte, elle pénétra à l'intérieur.
Ce matin, Maître Jinshi gardait le lit. Le médecin après avoir remonté les draps sur le corps du jeune homme, se retira à la vue de l'apothicaire. De nouveau seuls ensemble, Mao Mao s'inclina respectueusement. Et bien qu'elle sut à quel terrible sort on la destinait, elle posa la redoutable question.
« Vous m'avez fait demander, Monseigneur? »
- Ah... L'apothicaire. Aurais-tu un remède contre le mal de crâne?
Mao Mao manqua de s'étouffer. Elle répéta comme pour s'assurer que ses oreilles ne l'avaient pas trompée.
- Vous avez mal à la tête, Monseigneur?
Jinshi soupira.
- Oui, je crains d'avoir abusé de l'alcool, hier soir.
- Ah... Vraiment?
- Mes souvenirs sont flous...
Elle sourit, délivrée d'un immense poids.
« En quoi cela te fait-il rire? » fit-il, offusqué.
- Excusez-moi, Monseigneur.
Il arqua les sourcils, perplexe.
- Tu as une drôle de tête. Lui fit-il remarquer.
- Je n'ai pas beaucoup dormi.
- Ah...
- Je vais vous concocter un remède de ce pas.
Comme elle allait se retirer en toute impunité, Maître Jinshi la rappela à lui.
- Au fait, l'apothicaire, une dernière chose...
Mince! Ses oreilles de chat, si tant elle en avait eue, se seraient rabattues vers l'arrière. Du calme, il ne peut pas savoir. Il a dit qu'il ne se rappelait que de peu de choses. Elle avança par petits pas prudents, méfiante.
- Oui, monseigneur?
- Est-ce que j'embrasse bien?
Mao Mao fut saisi d'un frisson de dégoût. Pourquoi n'avait-il pas oublié ce fichu détail? Il ne la laisserait pas partir tant qu'il n'aurait pas eu la satisfaction d'entendre sa réponse. Mais le sérum de vérité n'agissait plus. Fort heureusement pour elle.
- En toute modestie, je crois que la réponse de mon genou était plutôt manifeste hier.
- Ton genou?
Elle était à la fois déçue qu'il ait oublié cet événement et rassurée, d'une part. Maintenant, elle se savait libre de toute accusation concernant le coup qu'elle lui avait porté.
- Sur ce, le remède ne se préparera pas tout seul, Monseigneur.
Elle s'éclipsa, un petit sourire mesquin sur les lèvres. Maître Jinshi avait beau se creuser les méninges, après leur baiser échangé, il n'avait souvenance de rien. Quel dommage! Qu'avaient-ils pu bien faire d'autre et avec... son genou?!
