Yuria sentit son cœur se serrer en voyant un second kaiju, identique au premier, sortir du couvert des arbres juste derrière Hoshina. Précisément là où le premier avait lancé son bras sacrifié. La panique monta en elle ; Hoshina n'aurait jamais le temps d'esquiver les deux attaques. Elle évalua rapidement la situation : tirer avec son sniper était trop risqué, l'angle était mauvais et elle risquait de le blesser. Sans hésitation, elle laissa tomber son sniper, dégaina sa dague et se laissa tomber de la branche, s'élançant vers ses ennemis avec détermination. Il fallait qu'elle soit particulièrement rapide.
— Technique n°1 : éclair foudroyant !
La technique lui octroya la vitesse nécessaire pour frapper le kaiju par derrière. La lame de Yuria s'enfonça profondément dans la chair du monstre, perturbant son attaque. Hoshina put ainsi se retourner et parer l'attaque qui venait dans son dos. Yuria assura ses appuis, prête à retourner à l'attaque. Elle devait maintenir l'effet de surprise.
— Technique n°1 : Lame d'air.
Soshiro, profitant de la diversion créée par Yuria, détruisit le noyau du second kaiju d'un coup précis..
— Technique n°2 : Danse tranchante.
Yuria fit une série de mouvements rapides, enchaînant plusieurs coups de dague, lacérant la peau de son adversaire encore et encore exposant ainsi son noyau.
— Technique n°1 : lame d'air, la relaya Hoshina, achevant le kaiju.
Yuria regarda la carcasse du kaiju s'écraser au sol pour ne plus bouger. Ils avaient réussi. Elle fut soulagée qu'ils aient été choisis pour cette mission, d'autres n'auraient pas eu cette chance face à la technique surprise du kaiju.
— Merci.
Elle releva la tête, surprise.
— Je n'aurais pas pu réagir assez vite pour éviter les deux.
— Je suis là pour ça, sourit-elle, son cœur battant encore fort de l'adrénaline du combat.
Il hocha la tête.
— As-tu le produit pour détruire les corps ?
Elle lui tendit et il le répandit sur les kaiju. Elle les regarda s'évaporer, soulagée qu'ils ne puissent plus faire de mal à quiconque. Il était bien trop malin, heureux soit le fait qu'il ait décidé de rester dans un coin si reculé.
— On va aller voir la source d'énergie qu'on a ressenti tout à l'heure, ordonna le violet.
— Hm, espérons qu'il n'ait pas laissé des bouts de lui là-bas pour se multiplier...
— Espérons.
La zone nettoyée, ils progressèrent un peu plus loin. Ils découvrirent une grotte dont émanait l'énergie néfaste des kaiju. Yuria fut heureuse de la découvrir vide et peu profonde. Seul signe du carnage qu'avait mené ce kaiju, le sang qui maculait les parois. Au moins quinze civiles étaient portés disparus. En une malheureuse semaine, le temps que les services de police ne pensent enfin à un kaiju isolé et ne transmettent le dossier aux forces de défense.
Il n'y aurait aucun corps à enterrer et pleurer.
— Retournons à la voiture, nous en avons terminé ici.
Le chemin du retour se fit en silence.
Yuria s'assit sur le coffre de la voiture et sortit une ration de survie qu'elle consomma avec plaisir. Cette marche était le coup de grâce. Ce kaiju était vraiment spécial, elle espérait qu'ils n'en croiseraient plus d'aussi malin à l'avenir. Combattre des kaiju était déjà suffisamment compliqué comme ça.
Elle fronça les sourcils en voyant Hoshina grimacer en rangeant ses lames. Elle observa discrètement son expression alors qu'il mettait tout en place pour leur départ. Elle poussa un soupir en voyant qu'il compensait au maximum son flanc gauche. Il n'avait pas eu le temps de mettre toute la puissance de la combinaison de ce côté pour absorber l'impact.
La jeune femme attrapa la trousse de secours dans le fond du coffre et en sortit une pommade apaisante. Il allait se faire encore plus mal s'il ne s'en occupait pas maintenant.
— Hoshina, tu devrais te poser deux minutes...
Il se figea un instant.
— Si nous partons rapidement, nous serons rentrés suffisamment tôt et je pourrais alors me reposer à loisir.
Elle soupira.
— Hmhm. Et tu comptes aller voir l'infirmerie ?
— Pour quoi faire ?
— C'est bien ce que je pensais...
Elle bondit sur ses pieds et fut rapidement aux côtés du Vice-Commandant. Elle lui jeta un regard sévère et appuya à peine sur ses côtes. Hoshina retint un gémissement de douleur.
— Pourquoi est-ce que tu fais ça, pesta-t-il.
— Tu n'aurais jamais avoué !
Ils s'affrontèrent du regard. Evidemment qu'il n'aurait rien dit, il n'y avait rien à dire !
— Ce que tu peux être pénible, se braqua-t-il.
Yuria leva les yeux au ciel avant de saisir le vice-commandant et de le traîner jusqu'au coffre ou elle le força à s'asseoir.
— Montre-moi où tu as mal qu'on s'en occupe tout de suite, ordonna-t-elle.
— Nous-
— Je peux être très patiente, le menaça-t-elle. On ne bougera pas sans s'en être occupé.
Soshiro poussa un soupir en croisant le regard obstiné de sa camarade. Effectivement, ça ne semblait pas être des paroles en l'air. Et pour le coup, il avait vraiment mal. Le kaiju l'avait frappé à pleine puissance et il était retombé sur un rocher pile à cet endroit. La combinaison avait absorbé le plus gros du choc lui épargnant une quelconque fracture, mais pas la douleur d'un sale hématome.
— Très bien.
Il retira la combinaison et le t-shirt qu'il portait en dessous. Il frissonna quand l'air frais entra en contact avec ses côtes meurtries. La douleur était vive, accentuée par le froid, mais il serra les dents, déterminé à ne pas montrer de faiblesse.
Yuria eut un instant d'hésitation. Son souffle se coupa brièvement face aux abdos parfaitement dessinés de son supérieur. La combinaison de combat ne lui rendait pas justice, dissimulant une musculature sculptée par des années d'entraînement rigoureux. Elle détailla sans gêne la perfection de son torse, admirant les courbes définies et la force qu'elles incarnaient. Il était magnifique, songea-t-elle, une œuvre d'art vivante. Chaque muscle semblait taillé avec précision, reflet d'une discipline implacable.
Un discret toussotement la fit sursauter. Elle détourna le regard, ses joues prenant une teinte cramoisie jusqu'à la racine de ses cheveux. Elle n'osa pas relever les yeux, craignant de croiser son regard moqueur. Se maudissant intérieurement d'agir comme une adolescente en mal d'amour, elle tenta de reprendre contenance. Elle n'avait plus quinze ans, bon sang !
Ses doigts s'attardèrent sur sa peau chaude, étalant consciencieusement la pommade sur ses côtes meurtries. La proximité la rendait nerveuse, chaque contact intensifiant son embarras. Elle se concentra sur sa tâche. Il était certain qu'il ne s'en préoccuperait pas plus et elle n'allait pas le suivre à travers toute la base pour le soigner chaque jour. Vraiment... Pourtant, une part d'elle appréciait ce moment de soin intime.
Soshiro, malgré la douleur, ne pouvait s'empêcher de ressentir une étrange satisfaction à la voir s'occuper de lui. Il sentait ses doigts trembler légèrement, signe de son trouble, mais il se garda bien de faire le moindre commentaire. Son regard s'adoucit un instant, observant les mèches de cheveux de Yuria tomber sur son visage concentré. Une douce chaleur, différente de celle de ses blessures, se répandit dans sa poitrine.
— Nous devrions y aller, je vais conduire, se reprit Yuria.
Soshiro ne dit rien. Les mots lui échappaient, et il n'avait aucune envie de relancer un nouveau débat. L'échange précédent l'avait laissé quelque peu déconcerté. Il avait senti une chaleur désagréable se répandre sur ses joues, rougeur qu'il n'avait pas réussi à dissimuler, et cette perte de contrôle le contrariait. Depuis l'arrivée de Yuria, il se sentait constamment ébranlé. Elle perturbait son équilibre de manière inattendue, provoquant en lui des réactions qu'il considérait presque puériles.
Il n'était pas habitué à ressentir de telles émotions, surtout pas dans un contexte professionnel. Yuria le sortait de sa zone de confort avec une facilité déconcertante, réveillant des insécurités qu'il croyait avoir surmontées depuis longtemps. Sa présence imposante et sa détermination lui rappelaient ses propres faiblesses et ses luttes intérieures. Il ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi elle avait cet effet sur lui, pourquoi elle parvenait à fissurer l'armure qu'il avait mis tant de temps à forger.
Malgré lui, Soshiro se surprit à l'observer en silence. Elle incarnait à la fois un défi et une énigme, une source d'agacement et de fascination. Sa force et sa vulnérabilité créaient un contraste troublant, et il sentait qu'elle pouvait voir au-delà de son masque. Cette perspective le rendait nerveux, mais il ne pouvait nier l'attirance magnétique qui se formait entre eux. Une part de lui redoutait cette proximité, tandis qu'une autre l'accueillait avec une curiosité insatiable.
Il s'installa sagement sur le siège passager alors que Yuria vérifiait qu'ils avaient bien tout récupéré. Il en profita pour choisir la musique. Il monta le son et s'enferma dans sa bulle. Il ne tenait pas à tenir une quelconque conversation. Le trajet fut long et silencieux.
