Chapitre sept : Crépuscule sur Central
Le soleil commençait à se coucher sur Central quand Winry vit arriver les frères Elric :
- Alors ? Comment ça s'est passé ?
- Disons que ça a été mouvementé… Dit Edward
- Ils vont vous forcer à revenir ? S'inquiéta Winry
- Non. Apparemment, il n'a jamais été dans leur intention de nous forcer à quoi que ce soit. Répondit Alphonse tandis que son frère fronçait les sourcils
- Mais alors… pourquoi vous avez l'air si contrarié ? Demanda Winry
Ils lui firent un résumé de la réunion du conseil, ce qui enflamma la jeune femme
- C'est injuste ! Mais enfin ! Pourquoi ces gens sont ils si obtus ? Les expatriés n'y sont pour rien dans cette guerre ! Au contraire, ils nous aident la gagner ! Ça aussi, c'est du simple bon sens, il suffit d'ouvrir les yeux !
- On pourrait croire que c'est les gentils qui ont gagné mais notre maître avait l'air de croire que les deux ministres n'allaient pas se laisser faire comme ça…
Alphonse laissa sa phrase en suspend, regardant toujours son frère, qui avait l'air concentré. Il allait donner son opinion quand le ciel s'assombrit brusquement. Un homme gigantesque leur masqua le soleil couchant :
- LES FRÈRES ELRIC ! MADEMOISELLE ROCKBELL ! JE SUIS SI HEUREUX DE VOUS VOIR EN PLEINE SANTÉ !
En larmes, le Colonel Armstrong les enserra tous les trois dans ses bras puissants, indifférents à leurs supplications. Après ces salutations étouffantes, il prit sur lui de les accompagner vers la Caserne où il leur avait fait réserver un logement.
- On aurait pu dormir à l'hôtel…
- Hors de question. Vous avez été suffisamment aimable pour répondre à notre convocation et pour garder votre calme lors du conseil. Je me permets de réitérer les excuses du Président. Croyez bien que notre gouvernement ne fonctionne pas ainsi habituellement
Alors qu'ils se donnaient des nouvelles avec une bonne humeur contagieuse, ils parcoururent la distance qui séparait l'Hôtel Présidentiel du quartier des Alchimistes, qui abritait l'École, la Caserne et surtout la Maison des Alchimistes. Quand ils arrivèrent devant le bâtiment, Armstrong explosa encore de fierté. On pouvait presque voir la petite étoile qui brillait à côté de son œil.
- Admirez ! Admirez donc ! La fierté d'Amestris ! La Maison des Alchimistes de Central !
Même sans toute la passion et la fierté d'Armstrong, ils auraient été impressionnés par le bâtiment. En pierre blanche et grise, il était parfaitement circulaire et sa façade était ornée de plusieurs colonnes, surmontées de diverses symboles alchimiques, ainsi que de fenêtres ouvragées également. En son centre, une coupole élançait le silhouette du bâtiment vers le ciel. Sur le fronton de la coupole, on pouvait lire en lettres d'or et d'argent : Au service du Peuple.
- Ouah… Souffla Edward en sentant son regard se perdre sur chacun des détails de la façade
Il avait envie de faire le tour encore et encore, pour explorer chacune des sculptures, bas reliefs et ornements qui habillaient le bâtiment. C'était magnifique, tout avait du sens et de la beauté. Rien que pour ce bâtiment, il commençait à se dire qu'il avait envie de revenir chez les Alchimistes d'État. Il lui fallut toute sa force de caractère pour répondre à l'appel d'Armstrong, qui réclamait son attention. Un peu gêné, il focalisa à nouveau son attention sur le militaire, non sans remarquer le regard vaguement inquiet de Winry.
- Et voilà à côté la Caserne des Alchimistes ! Une merveille d'élégance également.
À quelques mètres effectivement, il y avait un autre bâtiment circulaire. Moins grandiose, la façade était faite de briques et de poutres plus chaleureuses, aux ornements plus discrets. Et il n'était pas surmonté d'une coupole, son centre semblait vide et à ciel ouvert.
- Vous aimez ? J'en suis le très humble concepteur… Dit Armstrong, une petite étoile au coin de l'oeil
Le trio se répandit en félicitations et en appréciations dithyrambiques. Alphonse dit alors, la voix un peu basse :
- Ça me rappelle la cathédrale Saint Paul de Londres…
- Oh… Ouais, y'a quelque chose dans ce style… Ou le Panthéon, à Paris…
- Ah ! On se recroise ! Dit alors une voix derrière eux
- Docteur Marcoh ! S'exclama alors Winry, souriant d'un coup
- Mademoiselle Rockbell, je suis ravi de vous revoir !
- Vous revenez travailler à cette heure ci Monsieur le Directeur ? S'étonna le colonel
- Juste quelques petites affaires à régler et je pourrais rejoindre ma chère et tendre… Répondit Marcoh avec un sourire
- Votre chère et tendre ? Demanda Winry, d'un ton joyeux
- Et oui, j'ai trouvé une femme qui accepte ce visage là près d'elle… Une véritable bénédiction.
Le regard de l'alchimiste s'était enflammé d'une joie douce et profonde, comme si il n'en revenait toujours pas. Le trio s'attendrit et Winry murmura alors :
- Ne la faites surtout pas attendre alors…
- Oh, il y a peu de risque ! À mon avis, elle est encore sans doute au travail ! Nous nous sommes bien trouvé ! J'ai même sans doute un peu le temps de tenir ma promesse et de vous montrer un peu cette merveille de l'intérieur. Si ça vous intéresse…
*O*
Ils prirent alors congés du Colonel Armstrong, qui fixait la façade de ses bâtiments chéris avec émotion. Ils pénétrèrent alors dans le grand hall et furent bouche bée. Il portait bien son nom. Le grand espace s'ouvrait sur deux longs couloirs et semblait se prolonger à l'infini grâce au grand escalier de pierres qui s'étirait vers les étages. Marcoh montra alors les murs :
- À votre gauche, vous verrez les portraits de tous les alchimistes chercheurs. À votre droite, vous avez les praticiens.
- Oh Ed ! C'est pas la photo du petit Kyle là ?
- Où ça ?
- Ah ! Kyle Halling ? Il vient d'être introniser praticien ! C'est l'alchimiste de charbon ! Un jeune homme très explosif mais profondément gentil. Il est actuellement en mission dans les mines de Xenotime.
- Son père doit être très fier… Dit alors Edward en souriant
- Et enfin, au fond, nous avons le mur des Alchimistes Premiums !
Le trio parcourut les visages sérieux sur les photos, s'attardant un peu sur celle représentant Serena. Winry regarda attentivement le visage de celle qu'elle n'avait fait qu'entre apercevoir il y a un an. Elle avait un air sérieux et digne sur la photo. Elle la trouva absolument sublime, vraiment magnifique. Elle avait encore en tête le souvenir d'Edward, il y a trois ans, tout juste revenu de l'Autre Côté, les yeux écarquillés et la voix brisée, décrire à quoi ressemblait Serena. Winry regardait le visage de la jeune femme, figé sur la photo et se demanda comment elle pourrait rivaliser avec une fille pareille. Voilà celle qu'il avait aimé si fort, si intensément, celle qu'il avait choisie et aimée avant elle. Et elle, est ce qu'il l'avait choisie aussi ? Est ce qu'il l'aimait aussi ? Winry osa tourner son regard vers Edward et constata que lui aussi regardait le portrait de Serena. Sauf qu'il avait une expression vaguement contrariée sur le visage, qui la surprit. Elle n'eut pas le temps de se poser plus de questions car Marcoh les amena vers la Grande Bibliothèque Alchimique, qui fit l'admiration béate des deux frères.
- Notre section sur les livres étrangers est un peu pauvre. Si vous pouviez me recommander des ouvrages… Dit alors le Directeur
- Oh ! Avec plaisir, je vous enverrai une liste. J'ai même quelques doublons à la maison, je vous les ferai porter !
- Vraiment ? Merveilleux ! Ah et j'ai cru comprendre que vous étiez en train de rédiger des ouvrages vous même ! J'ai hâte de pouvoir les ranger dans nos rayons !
Les deux frères rougirent et se défendirent de mériter un tel honneur. Marcoh termina son tour du rez de chaussée en leur montrant les labos d'alchimie. Plusieurs personnes y travaillaient et levèrent un nez curieux de leurs travaux.
- Ça serait pas…
- Ben je crois que si…
- Non ? Sérieux ?
Ils récoltèrent les mêmes réactions un peu surprise et admirative des chercheurs quand le directeur leur montra le deuxième étage. Ce dernier était séparé en trois, avec un grand open space fait de bureaux et de fauteuils confortables entourés de deux bibliothèques plus petites que celle du rez-de-chaussée. Un gramophone moderne diffusait de la musique calme dans une ambiance studieuse.
- Il y a combien de chercheurs à Central ? Demanda Alphonse
- Environ une trentaine. La plupart sont issus de la Seconde Génération, il y a plus d'anciens chez les praticiens. On peut monter les voir si vous voulez
Le deuxième étage était aussi un open space mais beaucoup plus bordélique et moins vivant. Les bureaux étaient pleins de livres et de quelques armes par endroit. Des travaux non terminés s'entassaient ça et là. On apercevait au loin une grande salle d'entrainement, où deux alchimistes s'affrontaient à grands renforts de flash
- Les praticiens sont moins nombreux et presque tous sont sur le terrain. Mais ils ont quand même besoin d'étudier évidemment. L'idéal serait qu'ils soient plus nombreux, qu'ils aient le temps de peaufiner leur alchimie mais malheureusement, nous avons trop de demandes pour les laisser se reposer. C'est mon soucis principal en ce moment…
- C'est quoi les missions des praticiens ? Demanda Edward
- Oh, en ce moment, c'est beaucoup d'inspections et de reconstructions. Par moment, il y a aussi du maintien de l'ordre et des enquêtes. Pour ce genre de chose, on envoie souvent un duo d'ancien et de nouveau.
- Et les chercheurs ne vont jamais sur le terrain ?
- Si bien sûr. Les ordres sont faits pour collaborer. Par exemple, on a parlé du jeune Kyle Hailling tout à l'heure ! Il est en mission avec un chercheur qui se spécialise dans les métaux précieux et comme Xénotime était une ville d'or, nous l'avons envoyé avec Kyle sur la mission. Mais certains duos sont permanents. C'est moi et l'officier en charge de la maison qui formons les paires. Parfois, c'est parce que les deux alchimistes ont des expertises semblables et qu'ils peuvent se faire progresser l'un l'autre. Parfois, c'est simplement parce qu'ils s'entendent bien et veulent travailler ensemble.
- Comme ce garçon qui accompagnait Serena ? Demanda alors Alphonse, en lisant presque la question dans l'esprit de son grand frère
- Malo Gardner est effectivement médecin et alchimiste. J'ai l'expérience pour vous dire qu'il est excellent dans les deux domaines. Ils se sont très bien entendus alors qu'ils étaient à l'école et donc ont voulu travailler ensemble. Le Général Mustang a insisté pour que cette association se fasse. Je crois qu'il connait trop bien son apprentie et qu'il est rassuré par le fait qu'il y ait quelqu'un de raisonnable avec elle. De son côté, Serena pousse Malo à ne pas rester coincé dans son bureau et à aller au contact des gens, sur le terrain. C'est un garçon brillant qui aurait pu être Premium mais qui l'a toujours refusé fermement.
Ils montèrent encore d'un étage et quittèrent le cercle pour passer sous la coupole et ses deux étages. Le quatrième donnait sur le toit du bâtiment principal et de grandes terrasses à demi couvertes offraient des tables et des chaises longues idéales pour le repos.
- C'est là que se trouve mon bureau et ceux de mes collègues de l'administration. Il y a aussi le mess des officiers, là où tout le monde peut se reposer et se restaurer. Seuls les premiums ont une salle de pause directement dans leurs bureaux. Montons enfin au dernier étage et après, je vous abandonnerai.
L'étage des Premiums étaient plus petits que les autres mais plus confortable, plus chaleureux. On sentait qu'il était réservé à une élite. Les bureaux étaient individuels et fermés. Sur trois portes étaient gravés des sceaux : ils reconnurent celui de Mustang sur l'un d'entre eux. Sur la deuxième, le symbole de l'eau était pris dans un cercle surmonté d'une couronne et entouré des runes de l'esprit. Et enfin, le dernier devait sans doute être celui de Serena puisqu'il comprenait une flèche, une salamandre et le symbole de la lumière. Alphonse s'étonna :
- C'est curieux que Serena ait choisie une flèche. Je ne vois pas le lien avec la lumière ou quoi que ce soit d'autre...
Edward ne répondit pas. Il se souvenait que la flèche était un souvenir important pour Serena, celui de son premier exploit désintéressé. La flèche qu'elle avait décroché pour soulager ses camardes du fardeau qu'ils lui avaient pris quand elle en avait besoin.
- Pourquoi une salamandre ? Demanda en revanche Edward
- C'est la tradition de reprendre dans son sceau une partie de celui de son maitre. Tu as bien conservé le sceau de ton maitre, non ?
- C'est beaucoup plus confortable ici que sur les autres étages. Nota Winry en observant les fauteuils confortables
- Les Premiums ont beaucoup d'avantages, c'est vrai. Des bureaux et des lignes privés, leur propre salle de repos, leurs appartements à la Caserne sont aussi beaucoup plus spatieux... Sans compter qu'ils ont une plus grande maitrise dans la gestion de leurs recherches et de leurs missions. Mais il faut bien dire qu'ils ont souvent une charge de travail plus importante et que c'est à eux que l'armée demande les travaux les plus sensibles ou les plus difficiles. Je crois que les alchimistes des deux premiers ordres voient les avantages comme un juste retour des choses. Bon… Je me dois de vous laisser. J'ai encore du travail…
Marcoh leur sourit et le trio les remercia chaleureusement pour son temps :
- Ça m'a fait plaisir. Si vous restez un peu à Central, n'hésitez pas à revenir me voir. Et à aller visiter l'École. C'est l'antre de votre maitre.
- Izumi doit leur imposer quelque chose de difficile ! Frissonna Edward
- Oh, ils en ressortent tous à demi traumatisés ! Mais ils savent pourquoi Izumi leur a imposé une telle charge de travail. Cette formation vous change en profondeur et c'est l'objectif assumé d'Izumi. Nous ne devons plus voir d'alchimiste qui se prennent pour Dieu.
- Ou qui voudraient l'assimiler… Murmura Edward
*O*
Ils ressortirent du bâtiment avec des pensées plein la tête. Décidément, tout avait bien changé et ils devaient bien l'admettre, pour le mieux. Ils se dirigèrent vers la Caserne, où on leur avait promis un logement. L'un des militaires qui gardait le bâtiment sembla les reconnaitre et être ravi de les rencontrer :
- C'est un honneur, messieurs ! Vraiment ! Un honneur ! Laissez moi vous guider ! Je m'appelle Émeris, le caporal Émeris ! Ravi, vraiment, ravi de vous rencontrer ! Oh si on m'avait dit !
Légèrement surpris, voire gênés par l'admiration du soldat, le trio suivit Émeris dans la grande cour circulaire. Autour d'une travée pavée abritée, une vaste pelouse verdoyante s'étendait en cercle sous le ciel gris. Avec un peu de soleil, ça devait être un petit coin de paradis. Des bacs à fleurs, un brasero, un four de pierre semblaient attendre qu'on leur fasse reprendre vie. Quelques jouets étaient dispersés sur la pelouse, signes que les habitants devaient vivre ici avec leurs familles. Le soldat leur montra la façade, ornée de dizaines de grandes fenêtres et de quelques balcons artistiquement décorés par la patte du Colonel Armstrong.
- On compte environ une trentaine d'appartements ! Ceux des étages inférieurs avec les balcons sont les plus grands. Il y en a encore une petite dizaine de libres !
- Comment ça se fait ? S'étonna Alphonse
- Et bien, beaucoup d'alchimistes d'état ont préféré prendre leurs logements en ville. Ceux qui choisissent de vivre à la Caserne viennent généralement d'arriver en ville ou alors sont expatriés et ont peu d'attaches en ville...
Ils grimpèrent encore des escaliers et arrivèrent au dernier étage sous les babillements de leur guide.
- Là, nous sommes dans la bibliothèque de la Caserne !
- On sent que vous êtes des intellos au fond parce que vous mettez des bibliothèques partout ! Ironisa Winry
Émeris eut un rire franc et bruyant. Edward et Alphonse ne purent s'empêcher de s'attarder devant les livres, en souriant par moment quand ils tombaient sur des titres qu'ils avaient lu. Edward fixait un ouvrage dont la couverture était simplement ornée d'une grosse boussole d'or. Il marmonna :
- À la Croisée des Mondes, c'est adapté...
- Tu l'as lu ? Demanda Winry, en forçant son ton joyeux
- Ouais. C'est même un des premiers que j'ai lu.
Il se rappela de la fin avec une drôle d'amertume. Il reposa le livre, en se demandant si c'était le sien. Et sans rien dire, il suivit Émeris dans un long couloir. Il faillit s'arrêter devant une porte, lisant du coin de l'oeil la plaque dorée qui disait : Serena Wolfe et sa famille. Il parcouru encore quelques mètres, les poings dans les poches. Il repensait à la différence qu'il y avait entre la fille de 18 ans qui lui avait tendu La Boussole d'Or avec un air espiègle et celle avec un air menaçant qu'il avait vu jouer avec une orbe d'énergie pure un peu plus tôt. Il allait se demander ce qu'il lui était arrivé dans l'intervalle mais il s'apporta la réponse tout seul : c'était lui, voilà ce qu'il lui était arrivé. Émeris ouvrit alors une porte et s'exclama :
- C'est un appartement réservé aux Premiums qu'on vous prête ! Grande cuisine, trois chambres et une salle de travail !
Émeris eut un sourire franc et leur proposa tout un tas d'adresse de restaurant locaux qui livraient la Caserne. Puis, il les laissa enfin tranquille. Ils explorèrent un peu l'appartement et Winry décida de poser enfin ses bagages et de prendre une douche salvatrice. Les deux frères se regardèrent et dirent, à voix basse :
- Ça va ?
- Bof. Je les ai à peine reconnues… Murmura Alphonse
- Ouais. Elles sont si dures.
- C'est de notre faute tu crois ?
- Si j'ai tout bien compris, la Fuite et l'arrivée ici n'a pas été une promenade de santé. Et t'as vu ce qu'elles se prennent encore dans la gueule. Ça endurcit sans doute. Mais… Ouais, c'est sans doute en partie de notre faute…
Alphonse soupira et dit :
- Je m'étais mis dans la tête qu'elles devaient être heureuses au moins, ici.
- Ça se trouve, elles le sont. On en sera sûrs que si on reste un peu plus longtemps. Le temps que la crise passe. Je sais pas.
- Ouais… Peut être.
*O*
La nuit venait juste de tomber quand on toqua à la porte. La petite fille leva la tête de son plat de petits pois et clama :
- C'est quiiiiiiii ?
Léna était gracieuse et sautillante. Ses cheveux bruns étaient longs et coiffés en deux couettes qui partaient dans tous les sens. Elle avait la bouche maculée de vert et ses grands yeux dorés brillaient d'excitation à l'idée d'avoir une visite si tardive. Alicia lui mit une main sur la tête tandis que leur grande soeur s'était levée de table
- Mange !
- Mais allez !
Serena avait reconnu le rythme que mettait son maitre en alchimie quand il toquait et ouvrit directement la porte en demandant :
- T'as pu manger, ma petite allumette ?
- Pas encore, ma petite ampoule…
- Rooooooooy ! S'exclama Léna tandis qu'Alicia lui fourrait une cuillère dans la bouche
- Salut Léna. Sourit le militaire en ôtant enfin son manteau.
- Tu veux mancher des potipouas ? Demanda l'enfant en continuant de sautiller
- Avec plaisir, c'est toi qui les a fait ?
- Nan c'est ma grande soeur ! Répondit l'enfant
- Laquelle ?
- Réna !
- Dieu merci… Soupira Roy en embrassant Alicia sur le front avec un sourire
- Hey ! S'exclama cette dernière, vexée comme un pou
En ricanant, Serena servit une assiette de plus et prit le relai d'Alicia dans la surveillance étroite de Léna, qui passait plus de temps à parler qu'à manger. Elle continua de faire le gendarme dans la poursuite des rituels qui précédaient le coucher de la petite, laissant à Alicia et Roy un peu de temps tous les deux dans le salon. Elle sortit de la chambre de l'enfant avec un sentiment très net que la nuit n'allait pas être de tout repos, Léna s'étant couchée très énervée. Alicia fit la remarque :
- Elle doit bien sentir qu'on est tous sur les nerfs aussi.
- Ouais. Sans doute. Dit Serena en s'installant dans un fauteuil et en prenant un manuscrit compliqué
L'oeil vif, Roy remarqua la lecture de son apprentie et lui demanda :
- Tu lis quoi, gamine ?
- Le résumé des avancées de West City dans le domaine de l'oscillation des énergies…
- T'as pas un rapport à faire ?
- Si mais je te gribouillerai ça en deux minutes. À mission nulle, rapport nul. On récolte ce que l'on sème.
Ils échangèrent quelques remarques acides mais Alicia ordonna une trêve. Après quelques minutes de silence, tout en jetant un regard attentif aux réactions de sa grande soeur, elle demanda :
- Au fait, ça se passait comment la réunion avant que j'arrive ? Vous avez pu parler de l'ordre du jour originel ou pas ?
- Rien de spécial. On a rien réglé. Répondit Mustang
- Normal, c'était pas l'objectif… Ajouta Serena
Toujours prudente, Alicia demanda :
- ILS ont pas eu l'occasion de parler ?
- Pas vraiment.
Serena gardait les yeux fixés sur son manuscrit et ne participa plus à la conversation
- Ils vont le faire ?
- Je sais pas. Ils avaient pas l'air d'avoir envie de ré-intégrer l'ordre. Je les ai vu en début d'après midi. Mais Ross a peut être su les faire douter. Je suis sûr de rien mais j'ai jamais été sûr de rien avec ces deux là
- Mmmmh. C'est dommage…
Mustang eut un regard surpris et Serena fronça légèrement les sourcils. Alicia se justifia :
- Politiquement, ça aurait tellement de sens qu'ils reviennent chez les alchimistes d'état…
- Pourquoi donc ?
- C'est des héros. Indubitablement. Qu'ils rejoignent l'armée alors qu'on est en guerre, ça redonnerait du courage à pas mal de gens. Comme si on avait enfin mis toutes les chances de notre côté. Et puis…
- Et puis quoi ?
- Et puis ils sont nés ici. Pour le moment, il n'y a que des expatriés parmi les premiums. Enfin, parmi les premiums qu'on voit sur le terrain. Si on ajoute les frères Elric, ça fait un mix parfait. Deux de chaque monde, qui se battent côte à côte contre l'ennemi commun, comme des égaux. Symboliquement et politiquement, c'est imbattable.
- Décidément, on se sert souvent des Premiums pour faire passer des messages politiques ces derniers temps…
- Ah bon ? Grinça alors Serena
- Un problème, Commandant Wolfe ?
Alicia sourit. Elle se doutait que si les prochains jours, voire les prochaines heures allaient être tendus, elle commençait aussi à se dire que les prochains mois n'allaient sans doute pas être de tout repos non plus. Sans aucun indice qui permettait de dire vers quel résultat on arriverait…
