Chapitre Neuf : Les émeutes de l'Aube
Un bruit sourd gêna Serena, qui se retourna dans son lit. Elle ouvrit un oeil et s'assit dans son lit. En regardant par la fenêtre, elle vit un reflet orangé. Le soleil, pensa-t-elle en se recouchant. Quelques secondes plus tard, elle bondissait hors de son lit. Le soleil se levait à l'est. Sa fenêtre était à l'ouest. Il ne devrait pas y avoir de reflet. Elle se précipita vers la fenêtre et vit un grand rassemblement de personnes stationnés devant la Caserne. Certains portaient des torches. Et au milieu, il y avait un canon. Elle jura avant d'aller jusqu'à la chambre d'Alicia, qui était en train de se réveiller aussi
- Ne bouge pas, Ordonna la grande soeur à sa cadette
- Qu'est ce que…
- Les soldats de l'Aube. Ils sont devant la Caserne
- Quoi ?
- Tu bouges pas. Tu restes ici. Avec Léna. Je t'interdis de bouger
C'est à ce moment qu'elle vit Roy surgir des draps de sa petite soeur. Elle sursauta et grommela :
- Putain je m'y ferai jamais
- Ils attaquent la Caserne des Alchimistes ? Dit Roy, incrédule
- C'est là qu'il y a Sayu et moi… Et surtout Alicia. La plupart des praticiens sont en mission. Les Chercheurs sont pleins d'expatriés et les seuls qui dorment à la Caserne et pas en ville sont expatriés aussi.
- On aurait du penser que c'était une cible… Fulmina Mustang, parfaitement éveillé à présent et qui sautait dans son pantalon
- Pourquoi ?
- On a pas pensé à équiper le bâtiment en bouclier…
- Merde. Bon lève toi, faut aller voir ça de plus près ! Ordonna Serena
- Écoute ta soeur et ne bouge pas d'ici. Compris ? Dit alors Roy en s'adressant à Alicia, qu'il embrassa sur le front avant d'attraper sa chemise et partir
Alicia ne dit rien. Elle se leva et se dirigea dans la chambre de Léna. La petite ne bougeait pas et semblait plongée dans un sommeil sans rêve. Alicia s'allongea à ses côtés et ferma les yeux le plus fort possible en serrant sa petite soeur contre elle.
Edward, Alphonse et Winry depuis la bibliothèque de la Caserne, observaient incrédules et en colère le rassemblement d'émeutiers. On les entendait brailler des insultes, des imprécations et des menaces. Ils promettaient entre autre de brûler les sorcières.
- De quoi ils parlent ? Demandait Alphonse
- De moi… Et de Serena… Dit alors une petite voix
Ils se tournèrent et virent une jeune femme petite, brune aux cheveux courts et aux yeux noirs bridés, vêtue d'une longue chemise en soie. Elle semblait calme malgré la situation. Elle s'adressa aux frères Elric en se reprochant des fenêtres :
- Ils nous prennent pour des sorcières parce qu'ils arrivent pas à accepter qu'on puisse pratiquer l'Alchimie en tant qu'expatriées. Ils se sont appropriés nos mythes des sorcières et c'est comme ça qu'ils nous appellent.
- Vous êtes l'Alchimiste de l'Eau c'est ça ? Demanda Edward
- C'est ça. Sayuri Remen. Et vous, vous êtes l'Alchimiste Fullmetal pas vrai ?
- Ça fait longtemps qu'on m'a pas appelé comme ça… Confirma Ed
- Sayu qu'est ce qu'il se passe ? Demanda alors le grand type métisse que les garçons avaient vu au Conseil avec Serena, en s'approchant des fenêtres à son tour, l'air inquiet
- Salut Malo… Ben on se prend des émeutiers à notre tour… Répondit Sayuri, sans se départir de son calme
- Ils s'en prennent à des bâtiments de l'armée ? Ils sont fous ! S'exclama-t-il en massant l'épaule qui portait son automail
- En tout cas, ils ont l'air bien équipés… Dit Sayuri, en fronçant pour la première fois les sourcils.
Le petit groupe entendit alors des pas depuis le quartier des officiers. Ils virent alors Serena et Roy arriver en même temps. Edward fronça à nouveau légèrement les sourcils en constatant qu'ils arrivaient ensemble et en tenue de nuit. Serena alla directement à la fenêtre et tandis que Roy se dirigeait vers le téléphone. Serena jura :
- Putain, je crois qu'ils sont tous là…
- On dirait bien. Tous l'effectif de Central… voire même quelques membres des sections des Grandes Métropoles. Confirma Sayuri
- C'est quoi l'objectif ? C'est du suicide de s'en prendre à un bâtiment militaire ! Maintint Malo, qui n'en revenait pas
- La Caserne des Alchimistes est pas le bâtiment le plus défendu. Il est rempli d'armes humaines, Précisa Sayuri
Elle fit un petit geste de la main pour se désigner d'un air blasé et bizarrement, les frères Elric frissonnèrent un peu. La jeune femme avait l'air fragile mais elle avait une drôle d'aura. Une aura de puissance cachée, comme de l'eau qui courait sous la pierre, prête à surgir et tout ravager sur son passage à la moindre opportunité. Alphonse, avec un peu de honte, ne put s'empêcher de remarquer qu'elle n'était pas si fluette que ça et que son pyjama laissait voir des jambes remarquablement musclées.
- C'est pour nous qu'ils sont là. Pour nous punir de ce qui s'est passé hier en Conseil des Ministres. C'est pour ça qu'ils sont tous là. Pour être sûr de pas nous louper, Devina Serena, la voix tremblante
- C'est politique aussi… Si ils s'en prennent à vous deux, ils suppriment les symboles de l'intégration des expatriées, ils prouvent que vous pouvez être battues. Et bien sûr, s'ils s'en prennent à Alicia… Passez moi la Générale des Armées immédiatement ! Clama Roy, dans le téléphone
Son poing tremblait. Il fallait absolument qu'une division de soldats interviennent avant que les émeutiers n'entrent. Edward regarda alors attentivement les émeutiers rassemblés devant le bâtiment. Il en avait tant entendu parler, alors qu'ils n'étaient présent dans la Capitale que depuis quelques heures. Une colère sourde s'empara de ses tripes, une forme de dégout aussi.
- À nous tous, on pourrait les abattre facilement… Dit-il avec férocité
- Ça serait une catastrophe politique. Dit Serena, sans le regarder
- Pourquoi ? Ils représentent qui, ces guignols ?
- C'est des extrémistes. Mais si on les cramait, si on les noyait ou si on les pulvérisait, comme on est tous les trois en capacité voire même en droit de le faire, ils deviennent des martyrs de leur cause. Dit Sayuri, sans se départir de son calme
Les émeutiers commencèrent à tirer au canon sur la porte massive de la Caserne. Les murs tremblèrent. Sayuri affirma, fière :
- C'est l'oeuvre du Colonel Armstrong. Ils peuvent y aller, c'est du solide…
- Mais ça tiendra pas éternellement… S'inquiéta Winry
- Les renforts seront là dans 10 minutes, Clama Roy
- C'est trop. Dans 10 minutes, ils sont là et on sera obligé soit de se laisser tuer soit de les massacrer. Aucune des deux options n'est enviable. Dit Serena en regardant derrière lui avant de quitter la fenêtre
- Je sais mais c'est le mieux qu'ils puissent faire…
- Vous pourriez les souffler ? Suggéra Malo, en regardant Mustang
- Trop risqué.
- Les souffler ? Demanda Alphonse
Malo expliqua alors la technique qui avait fait la réputation et une partie de la carrière de Serena et Mustang aux frères Elric. Edward regarda alors Serena, toujours plongée dans son archéologie de bibliothèque
- C'est pour ça que t'es Commandant ?
- Mmmh. Marmonna la jeune femme en observant une jaquette d'un air critique
- C'est trop risqué parce qu'il suffit qu'il y en ait qui soit un peu fragile du coeur pour que ça le tue malgré tout ! Souligna Mustang
- Je tiens à rappeler à tout le monde ici que je suis putain de docteur en médecine… Soupira Malo
- Non, t'as pas passé ta thèse… Souligna Sayuri
- Et même ! Tu pourras pas ranimer tout le monde en même temps ! S'énerva Mustang
- Ah parce que vous pensez qu'ils ont tous un problème de coeur ? C'est pas juste une bande de terroriste, c'est aussi le cauchemar de n'importe quel épidémiologiste ! Répondit Malo, s'énervant un peu à son tour
- Sayu ? Appela alors Serena, qui tenait un disque dans les mains en fronçant les sourcils
- Quoi ?
- T'as vu L'étrange Noël de Monsieur Jack ?
Un silence surpris suivit cette question. Sayuri finit par répondre.
- Évidemment. Tu me prends pour qui ?
- J'ai une idée. Tu me donnes carte blanche mon Général ?
Elle avait un sourire malin et une lueur dans les yeux. Mustang la regarda d'un air sérieux, sans s'attendrir, comme si il était habitué à la voir comme ça.
- Pas de mort ?
- Non. On va les capturer tous ensemble et faire un joli paquet pour Armstrong.
- Alors vas-y. Soyez prudentes.
Serena mit le vinyle sous le bras et fit un sourire à Sayuri, qui la suivit sans poser de question vers les étages inférieurs. Un drôle de silence régna dans la pièce. Winry regardait tout le monde d'un air perdu et inquiet. Elle se demandait comment de la musique allait pouvoir aider à quoi que ce soit. Edward dut se poser la même question :
- Vous avez une idée de ce qu'elles vont faire ?
- Aucune. Mais c'est deux des alchimistes les plus brillantes de leur génération. J'ai l'habitude de leur laisser les mains libres. Elles ont toute ma confiance et celle d'Olivia Armstrong.
Edward regarda Mustang d'un air sérieux, alors que le canon retentissait encore.
- C'est vous qui avez formé Serena pas vrai ?
- Ouaip.
- Et est ce que vous…
- Je t'arrête tout de suite. Quelle que soit la question que tu comptais poser.
- Mais…
- Ça te regarde en quoi ? Continua alors Roy avec un regard en coin
Il y eut quelques secondes de silence. Malo dit alors :
Je sais pas ce qu'elles vont faire. Mais ça serait bien qu'elles se bougent…
Soudain, une brume apparue parmi les émeutiers et une musique inquiétante résonna. La lumière baissa tout autour d'eux. Les coups de canons et les cris s'arrêtèrent, les émeutiers regardant alors partout. Une femme hurla alors parmi eux :
- La haut ! La haut ! La sorcière !
Sur un des balcons se trouvait en effet Serena. Elle était vêtue de son long manteau bleu et de sa combinaison noire, une lame dorée entourant son bras. Le groupe à la fenêtre fronça les sourcils. Elle semblait différente toutefois. Plus grande, plus menaçante, avec les cheveux qui volaient autour de son visage comme un halo menaçant. Elle eut un sourire effrayant et étendit largement les bras :
- Garçons et filles de tout âge ! Ça vous dirait de voir quelque chose de bizarre ?
Elle chantait, d'une voix qui n'était pas la sienne, sur la musique effrayante qui continuait de se diffuser. Soudain, Sayuri, elle aussi dans sa tenue habituelle d'alchimiste, surgit de nulle part à ses côtés.
- Venez avec nous et vous verrez. C'est notre ville d'Halloween !
Elles disparurent toutes les deux en même temps, pendant que la musique continuait. Des cris sortirent de plusieurs membres du groupe. Elles apparurent alors à l'opposé du bâtiment, toujours perchées sur un balcon et continuèrent de chanter ce qu'Ed et Al finirent par identifier comme une reprise agressive de This is Halloween.
Serena seule surgit alors au milieu de la foule, pour dire à un petit groupe :
- Je suis celle qui se cache sous votre lit, les dents pointues et les yeux rouges qui brillent
Sayuri apparu à l'opposé pour surprendre un autre groupe :
- Je suis celle qui se cache sous votre escalier. Mes doigts comme des serpents et des araignées dans les cheveux
Ses doigts et ses cheveux se transformèrent alors comme promis en serpent et en araignée. Les émeutiers hurlèrent :
- Les sorcières ! Les sorcières viennent nous tuer !
Le groupe d'émeutiers commença alors à paniquer, à agiter leur torche dans tous les sens et surtout, à se regrouper de plus en plus sur eux mêmes. Le jeu continua, Serena et Sayuri apparaissant et disparaissant à volonté.
- Je suis le clown à la face déchirée, tu crois que tu me vois et d'un coup je suis plus là
- Je suis le qui quand tu te demandes qui est là ? Je suis le vent qui souffle dans tes cheveux
- Je suis l'ombre de la lune la nuit, qui remplit tes rêves de peur
- Regardez ! Le sol ! Sayuri est en train de se servir de l'eau des canalisations pour graver un cercle dans le sol autour du groupe !
- Mais comment elle fait ça tout en disparaissant comme ça ? Demanda Winry, d'une petite voix effrayée
- C'est pas vraiment elle. C'est des projections de Serena. Comme du cinéma mais en trois dimensions… Expliqua Malo en lui adressant un sourire
- Comme du cinéma ? S'étonna la mécanicienne
- Quand on y réfléchit, le cinéma c'est jamais que de la lumière projetée sur un mur blanc… Dit le jeune médecin en souriant de fierté
- Ils les prenaient pour des sorcières, ils doivent être servis maintenant… Ricana Mustang
Le cercle se referma autour du petit groupe serré de terroristes, qui s'étaient rassemblés en cercle de peur. Le regard fixé vers le ciel où était apparu la dernière projection de Serena, ils ne virent pas les deux jeunes femmes se glisser dans la brume alors que la chanson se terminait. Elles activèrent alors le cercle de transmutation et une grande cage poussa alors hors du sol, agrémentée d'un champ de force entre chacun de ses barreaux. Comprenant qu'ils avaient été bernés, les soldats de l'aube commencèrent à s'agiter en silence dans leur cage, sous le regard visiblement ironique de Serena et de Sayuri, qui tournaient autour de la cage. À peine quelques instants après, ils virent arriver les renforts de la Générale Armstrong, avec la Générale en personne à sa tête. Edward siffla. Dirigeante de l'armée ou pas, Olivia ne badinait pas quand on s'en prenait à la sécurité d'une institution qu'elle défendait et qu'elle aimait. Il se rappela que c'était elle qui avait refondu le système des alchimistes d'état et que c'était son propre frère qui avait conçu la Caserne. Il se rappelait d'elle comme d'une femme compétente, dangereuse et courageuse, pleinement impliquée dans sa mission. L'avoir à la tête de l'armée était une chance incomparable pour ce pays.
- Bon… Une bonne chose de faite… Soupira Mustang
- Qu'est ce qu'il va se passer maintenant ? Demanda Winry
- On va devoir interroger tout ce petit monde. J'ai hâte d'en apprendre plus sur leurs intentions, parce que le timing est surprenant… Répondit Roy
- Pourquoi ça ? S'interrogea Alphonse
- T'as entendu le Président ? Il va demander un vote de confiance du Parlement contre le Premier Ministre. Bradoc va pas se laisser faire. Mais au vu de sa situation, tant dans le gouvernement qu'au Parlement, il avait intérêt à mettre toutes les chances de son côté. Et sa meilleure chance pour ne pas perdre le pouvoir, c'était d'essayer de s'en emparer par la force.
- Vous pensez qu'il allait tenter un coup d'état ? S'étonna Edward en regardant les soldats de l'aube se faire arrêter un par un par les soldats de la Générale
- C'était une possibilité à ne pas négliger. C'est pour ça que je me demande pourquoi Klamar a envoyé ses soldats attaquer la Caserne… Même si il nous méprise, il sait très bien ce que moi, Serena et Sayuri valons, sans compter les autres alchimistes présents ici. Les chances de l'emporter étaient trop faibles et il n'est pas assez bête pour tenter un truc pareil.
- Et maintenant, il n'a plus de force armée… Son coup d'état est sérieusement compromis ! S'exclama Malo d'un ton satisfait.
Sayuri arriva alors sur ses entrefaites et dit, d'un ton toujours posé et d'une voix toujours mélodieuse :
- La Générale Armstrong va emmener les soldats à la prison de Central. Elle compte les interroger. Vous voulez vous joindre à elle ?
- J'y vais… Elle a une idée de ce qu'il se passe ?
- Elle est plutôt surprise qu'ils aient attaqués. Elle s'attendait à ce qu'ils gardent leur force pour tenter de menacer le Parlement pendant le vote de confiance de demain. Ou plutôt de tout à l'heure
- C'est ce que je me disais aussi. Il faut qu'on comprenne leur plan, c'est beaucoup trop…
Il fut interrompu par un pleur déchirant qui venait du couloir. Ils tournèrent tous la tête et virent une petite fille courir de toutes ses forces dans leur direction, répétant sans cesse :
- Y'a des méchants ! Y'a des méchants !
Mustang eut le réflexe d'aller vers elle et de la rattraper au vol avant qu'elle ne se jette dans l'escalier. L'enfant se mit à se débattre, visiblement effrayée
- Y'a des méchants !
- Calme toi, Léna. Calme toi ! Les méchants sont partis… Répondit alors Roy d'une voix posée
- Y'a des méchants partout ! Répondit la petite dans un grand cri
- Mais non, ma grande, ils sont partis. Je te promets qu'ils sont partis. Tout le monde est gentil ici. Fais moi confiance. Tu sais que tu peux me faire confiance, pas vrai ?
Edward et Alphonse regardaient la scène avec stupéfaction. La petite se débattait toujours dans les bras de Mustang, qui la tenait avec douceur mais fermeté, pour la garder en sécurité. Ça lui semblait parfaitement naturel, d'interagir avec cette petite fille en panique, comme si il avait fait ça toute sa vie. C'est alors qu'un sentiment bizarre s'empara de leurs tripes alors qu'ils pouvaient voir Léna pour la première fois. Une petite fille adorable. Elle avait déjà les pommettes hautes et la bouche pleine. Quand elle agitait la tête dans tous les sens, ses cheveux bruns luisaient d'un reflet un peu bleu. Elle avait les yeux pleins de larmes. Des yeux dorés. Incroyables. Focalisés sur l'enfant, ils n'entendirent pas Serena monter les marches quatre à quatre. Ils la virent arriver, fonçant directement vers l'enfant qui lui tendit les bras comme un marin tend les bras vers une bouée de sauvetage inespérée. Elle s'accrocha autour de la jeune femme et Serena la serra dans ses bras. Maintenant qu'elles étaient ensemble, Edward se rendait compte d'à quel point elles se ressemblaient. Comme deux soeurs. Ou comme une fille et sa mère.
- Tout va bien ma puce. Je suis là
Serena parlait avec une douceur remarquable qui remua Ed au plus profond de lui même. C'était pas possible. Pas possible. Tout sauf ça.
- Les méchants… Répéta la petite fille, toujours visiblement effrayée
- Y'a plus de méchant. On a battu les méchants. Ils reviendront plus. Je te promets mon ange
- Ils voulaient te faire du mal, les méchants ? Demanda alors la petite, d'une voix plus calme, comme si la présence de Serena suffisait à tout apaiser
- Oui, un peu.
- Et à Alicia aussi ? Ils voulaient faire du mal à Alicia aussi ?
Le coeur d'Edward s'arrêta et tomba profondément à l'intérieur de lui, laissant un vide dont ne sortait rien d'autre qu'une douleur qu'il n'avait pas expérimentée depuis des années.
- Oui. Un peu. Mais on les empêchera. Tu sais comment je suis trop forte, pas vrai ?
Avec un geste de remerciements envers Roy mais sans regarder personne, Serena se dirigea alors vers son appartement, en murmurant des choses à la petite fille et en faisait apparaitre des formes lumineuses autour d'elles. Edward n'entendît pas les autres finir la conversation et quitter la bibliothèque. Il était focalisé sur cet immense vide, pourtant plein de quelque chose qui faisait extrêmement mal. La petite fille semblait identique à Serena à une différence majeure. Elle avait les yeux dorés, comme son frère et lui. Et surtout, surtout, elle avait demandé si les méchants voulaient faire du mal à Alicia. À Alicia. À Alicia. Il se répétait ces mots dans sa tête, inlassablement. De très loin, il entendit Winry l'appeler.
- Ed ?
- Quoi… Aboya t'il, faisant sursauter la jeune fille
- Ça va ? Demanda-t-elle malgré tout
- Non.
- Ed… Ça veut rien dire…
- La petite fille… Elle a parlé d'Alicia… Dit alors Alphonse, qui n'arrivait pas à masquer le soulagement dans sa voix
- Oui… Elle a parlé d'Alicia. Elle a pas parlé de Maman. Elle n'a pas appelée Alicia Maman. Elle l'a appelée Alicia… Si Alicia n'est pas Maman, ça veut dire que Maman c'est... Dit Edward d'une voix blanche
- Ed, ça ne veut pas dire que…
- Qu'est ce que ça peut vouloir dire d'autres, Winry ? Si t'as une autre idée, je t'en supplie, donne la maintenant parce que je te jure que ça me soulagerait… S'exclama Edward en la regardant avec une détresse au fond des yeux.
Il était si sincère dans sa peine que la jeune femme ne sut pas quoi dire de plus. Il était si profondément boulversé qu'il n'y avait pas de mots pour le décrire correctement. C'était ce qui pouvait arriver de pire. Et maintenant… Et maintenant quoi ? Le miracle de la vie. Il y avait un être vivant, une petite fille qui semblait de la plus grande innocence, qui savait compter jusqu'à 34 et qui aimait les pâtes à la tomate, qui était en vie à cause de lui. Et il n'avait rien fait d'autres que de l'abandonner. Lui aussi, il avait abandonné un enfant. Il savait exactement ce que ça voulait dire, ce que ça pouvait représenter. Bordel. C'était irréel. Impossible. Il avait pas pu faire un truc pareil, c'était…
- Va dormir
Il regarda, surpris, Alphonse lui ordonner ça. Les yeux de son frère était plein de gravité. Comme toujours, si il y en avait bien un qui pouvait comprendre, c'était lui.
- Comment veux-tu que je dorme alors que…
- Y'a rien que tu puisses faire dans l'immédiat. Par contre, on a encore besoin de dormir un peu. Il va sans doute se passer pleins de choses aujourd'hui et on aura peut être besoin de se défendre. Faut au moins essayer de se reposer. Ok ?
Il se laissa guider jusqu'à l'appartement qu'on leur avait prêté. Il se laissa aussi border dans son lit. Alphonse, encore une fois, se comportait comme le frère responsable, celui qui avait la tête sur les épaules. Même lui, il le laissait tomber. Il ouvrit la bouche mais Alphonse le doubla :
- Dis pas de bêtise. Essaie de dormir.
Il quitta la pièce et ferma la porte doucement. Fixant le plafond, maintenant figé, il crut entendre les pleurs de Winry dans l'autre pièce. Elle aussi, il l'avait entrainée là dedans. Elle aussi, il la laissait tomber. Elle qui n'avait jamais perdu espoir de le revoir, elle qui avait patiemment attendu qu'il revienne, il la trahissait aussi. Fermant les yeux pour échapper un peu à la douleur qui habitait son corps et son esprit, il fut un peu surpris et soulagé de voir que le sommeil se saisissait de lui rapidement, éteignant enfin sa conscience torturée pour quelques précieuses heures.
