Chapitre quatorze: Dernière Danse

Même si elle n'était pas morte, Serena passa effectivement pas loin de se faire trucider par sa sœur. Le regard noir et les bras croisés, Alicia contemplait sa grande sœur, qui avait l'intelligence de ne pas faire la maligne pour une fois.

- Des semaines qu'on t'a pas vu !

- Je sais

- Des semaines que je me demande ce qui te passe par la tête !

- Je sais

- Tu sais combien de fois Léna m'a demandée quand est ce que tu revenais ?

- Je suis désolée

- Tu te rends compte d'à quel point je me suis sentie mal de ne pas pouvoir lui répondre ?

- Je suis vraiment désolée

- Tout le monde s'est tourné vers moi ! Oh, Alicia doit savoir ! Après tout, elles sont tellement proches qu'elle doit bien savoir ce qui passe par la tête de mule de sa grande sœur !

Serena ne répondit pas et baissa les yeux, gênée. Alicia fulminait et continua à déverser sa colère :

- Il faut croire que tout le monde se trompe. On doit pas être si proche que ça...

- Dis pas ça... C'est juste que... Je suis partie sans réfléchir...

- J'ai cru comprendre ! Sans réfléchir et sans penser aux conséquences ! Tu peux pas te permettre de péter un câble seule dans ton coin, Serena ! On est responsable de Léna !

- Je sais...

- Tu veux savoir le pire ? Si tu m'en avais parlé, j'aurai sans doute compris. Je t'aurai sans doute soutenue, j'aurai eu quelque chose à expliquer à Léna et on aurait pu traverser tout ça ensemble. Comme une famille.

Serena cligna des yeux rapidement et sentit les larmes les humidifier. Elle murmura :

- Je suis désolée, Ali. Je suis vraiment désolée. C'est juste que...

- Juste que t'es persuadée de devoir être le pilier de notre famille. Tu t'es auto persuadée que t'avais pas le droit d'être faible, sans quoi tout s'effondrerait autour de toi. T'as toujours fait ça, Serena. Je suis plus une petite fille. Tu peux compter sur moi.

La voix plus douce, Alicia s'approcha de sa sœur et la prit par les mains. Elle lui les serra et lui dit :

- J'en ai assez de deviner ce qu'il te passe par la tête...

- Je sais pas ce que j'ai dans la tête, tout est juste trop...

Serena secoua la tête dans tous les sens, faisant valser les larmes qui avaient fini par couler.

- Commençons par le début. Pourquoi t'es partie d'un coup, comme ça ? Souffla Alicia

- Je suis pas sûre...

- Dis moi la première raison qui te passe par la tête

- Je supportais pas de... J'ai pas supporté de LE voir dans la Maison des Alchimistes. C'était mon endroit à moi. C'est là où je fais de l'alchimie... Et j'ai pas supporter de...

Elle sanglota un peu et sa sœur la prit dans ses bras. En serrant sa petite sœur dans ses bras, Serena sanglota :

- J'y arrive pas, Ali... J'y arrive pas, ça veut pas partir !

- J'ai vu... Murmura Alicia en caressant les cheveux de sa sœur

- Tout le monde y arrive sauf moi ! C'est comme si rien n'avait changé depuis le début !

- Bien sûr qu'il y a des choses qui ont changé, Réna.

- Tu trouves ?

Alicia prit sa sœur par les épaules et la regarda très sérieusement dans les yeux avant de lui dire :

- T'es sortie de ton lit ou pas ? T'as fait en sorte qu'on puisse passer la Porte ou pas ?

- Oui mais...

- T'as appris l'alchimie, une science dont tu savais encore rien il y a trois ans. T'as pas juste appris l'alchimie, t'es devenue l'une des meilleures de ce pays et dans un temps record. Et t'adores ça.

- Je sais mais...

- T'as pu te faire de nouveaux amis en plus. Des gens qui tiennent à toi, qui seraient littéralement prêt à mourir à tes côtés ?

- Bien sûr mais...

- Tout ça, c'est pas les actes de quelqu'un qui en est toujours au même point trois ans et demi après qu'on l'ait quittée. T'es différente de Maman, Serena. Tu m'entends ?

Serena cligna les yeux, regarda sa sœur en silence avant d'éclater encore davantage en sanglots dans les bras de sa petite sœur.

*o*

Le soir même, en rentrant de l'école avec Lio, Léna sauta dans les bras de sa grande sœur, qui avait séché ses larmes après une très longue discussion avec Alicia. Léna noya Serena de questions et d'anecdotes sur les derniers jours. La jeune femme répondit à l'enfant avec le plus d'honnêteté possible, allant même jusqu'à lui expliquer ce qui avait motivé ses actions.

- C'est quoi, être amoureuse ?

Léna la regardait de ses grands yeux dorés depuis le fond de son lit. Serena soupira et caressa la tête de sa toute petite sœur adorée.

- C'est une question compliquée, mon ange. Mais je dirai que... être amoureux de quelqu'un, c'est avoir trouvé une personne que tu préfères parmi tous les autres. C'est plus qu'un ami parce que t'as envie de partager et de lui donner des choses très précieuses pour toi. C'est pas comme de la famille parce que tu l'as choisie. Quand ça devient très fort et que t'es très amoureuse, tu peux avoir l'impression que t'as besoin que cette personne soit toujours avec toi...

- Moi, je te préfère à tous les autres. Alicia aussi, je la préfère à tous les autres ! Nounou aussi, je la préfère. Et puis...

- Je sais, Léna... Mais, c'est pas tout à fait la même chose. Là, tu parles de famille. On s'aime très fort et c'est génial. Mais c'est pas tout à fait la même chose. Malheureusement, je pourrais pas te l'expliquer avec des mots. C'est quelque chose qui se vit et t'es peut être un peu petite pour t'en rendre compte.

Léna fit une grimace frustrée mais accepta la réponse de sa grande sœur. Elle lui demanda alors :

- Donc toi, t'es amoureuse ?

- Ouais. Répondit Serena dans un souffle

- Ça te rend triste ?

- Parfois.

- Pourquoi ?

- Parce que... Et ben, parce que quand t'es amoureux, ça se passe pas toujours comme t'aimerais que ça se passe. C'est comme ça. Des fois, t'es amoureux d'une personne qui ne t'aime pas comme toi tu l'aimes. Et il faut accepter ça. On peut pas forcer les gens et personne ne peut nous forcer. Ça marche pas comme ça.

- Et ton garçon, il t'aime pas ? S'étonna la petite fille

- Et ben... Pendant un moment, je crois que si, il était amoureux de moi, aussi. Mais c'est fini. En tout cas, pour lui, c'est fini. Et ça me fait de la peine parce que moi, je suis encore amoureuse de lui... Expliqua Serena

Elle s'étonnait elle même. Ça ne lui faisait pas mal d'en parler comme ça à sa toute petite sœur. Il n'y avait pas de masse douloureuse près de son cœur ou de vide immense à l'intérieur. Juste la paix habituelle qu'elle ressentait en présence de Léna.

- C'est nul ! Moi, je veux jamais être amoureuse ! Affirma l'enfant

- Tu feras comme tu veux, mon ange. Mais si tu veux mon avis, c'est dommage ! Sourit Serena

- Mais si ça te rend triste...

- Oui mais ça m'a rendue très très heureuse pendant un temps. Ça, j'en suis sûre. J'étais très heureuse quand on était amoureux tout les deux ensemble. Maintenant, ça arrive que je sois triste, c'est vrai. Mais c'est pas grave. Déjà, parce que je suis de moins en moins triste. Parce que t'es là, parce que Alicia est là, parce que j'ai mon travail et que j'ai des supers copains. C'est important tout ça aussi. Ça remplit une vie.

Léna finit par s'endormir et Serena sortit de la petite chambre pour se diriger vers son autre sœur, qui essuyait sagement la vaisselle.

- T'as entendue ? Demanda Serena avec un sourire

- Ouais. C'était très bien, comme tu l'as dit...

Alicia fit un sourire à sa sœur, qui s'éteignit un peu quand elle vit la tête pensive et lointaine de Serena.

- Ça va ?

- Ouais... Ça m'a fait un truc d'expliquer tout ça à la petite...

- Quel truc ?

Serena prit quelques secondes de réflexion et finit par dire à sa sœur :

- Tu te souviens de cette chanson romantique un peu nulle mais qu'on aimait grave quand on était petite ? Dernière Danse ?

- Je me souviens et c'était pas nul, c'était très bien ! Se récria Alicia avec un sourire

- Sans doute. J'y repensais en discutant avec Léna. Quelque part, je crois que je devrais être reconnaissante d'avoir pu ressentir un truc pareil. C'est pas tout le monde qui a la chance de vivre une histoire d'amour comme celle que j'ai vécu. Alors, ça n'a pas duré toute ma vie mais il n'empêche.

- Quel rapport avec la chanson ?

- Tu te souviens des paroles ? Je peux mourir demain, ça ne change rien. J'ai reçu de ses mains le bonheur ancré dans mon âme, c'est même trop pour un seul homme. Je l'ai vu partir, sans rien dire, il fallait seulement qu'elle respire.

- Merci d'avoir enchanté ma vie... Termina Alicia avec nostalgie

- Avant l'ombre et l'indifférence. Un vertige puis le silence. Je dois pas demander une dernière danse. Je dois accepter que je danserai plus jamais et que c'est pas grave. Parce que quand on a dansé comme je l'ai fait, on...

- Attends, attends, attends... Comment ça, tu danseras plus jamais ? S'inquiéta Alicia en posant la dernière assiette.

Serena sourit et haussa les épaules. Elle y avait beaucoup pensé. Ces dernières heures passées avec ses sœurs lui avaient permis, semble-t-il, de mener enfin une réflexion qui tournait dans sa tête depuis des mois, voire des années.

- Je sais que ça fait dramatique, dis comme ça. Dire qu'on va renoncer à l'amour à mon âge...

- Mais enfin, Réna, t'as même pas 25 ans ! On peut pas déjà renoncer à l'amour à 25 ans ! S'exclama Alicia, les yeux ronds

- Je renonce pas à l'amour de manière générale. Je t'aime toi ! J'aime Léna. Et puis, Malo, Sayu... Même Roy, j'en suis venu à l'apprécier...

- C'est pas pareil ! Tu viens de l'expliquer à Léna, c'est pas pareil !

- Mais ça remplit une vie malgré tout.

- Serena, tu peux pas...

Alicia s'interrompit quand elle vit sa sœur hocher la tête, d'un air déterminé. Et l'entendit citer encore la chanson préférée de leur jeunesse :

- Je l'ai connu trop tôt. C'est pas ma faute... Il fait partie de moi maintenant. Comme si il était gravé dans mes os. Rien ne sera jamais à la hauteur de ça. Je peux pas l'oublier. Je peux pas passer à autre chose. Maintenant, je crois que je l'aime suffisamment pour accepter que lui, il y est parvenu. Je remplirai ma vie avec d'autres choses. Ça sera sans doute plus facile à dire qu'à faire, surtout dans les premiers temps et surtout que je vais devoir l'avoir sous les yeux tout le temps. Mais ça va le faire. Ça va finir par le faire.

- Serena... Je comprends pas... Murmura Alicia

- C'est pas quelque chose qui se comprend, petite sœur. C'est quelque chose qui se vit... Sourit Serena en la prenant dans ses bras.

*o*

Dans les jours qui suivirent son retour, Serena prévint qu'elle comptait prendre quelques jours de repos pour passer du temps avec ses deux petites sœurs. Mustang les lui accorda de bonne grâce. Edward, de son côté, avait été rattrapé par une forme de colère contre l'Alchimiste de Lumière. Sa dernière remarque, à la fin de sa mission, l'avait blessé plus qu'il n'aurait voulu l'admettre. Il aurait bien voulu lui raconter les états qu'il avait traversé ces dernières années. Il aurait bien voulu lui raconter la souffrance abyssale qui ne l'avait pas quittée à son retour, qui l'avait plongé dans une espèce de torpeur douloureuse. Il aurait bien voulu lui dire ce qu'il s'était fait subir à lui-même pour faire sortir cette douleur à l'extérieure de lui. Il aurait voulu qu'elle prenne conscience que lui aussi avait eu mal, que la culpabilité l'avait étouffée plus d'une fois la nuit, qu'il avait cru qu'il ne s'en remettrait jamais et que parfois, quand il la voyait, il en doutait encore. Il en vint à sérieusement appréhender le moment où enfin, Serena reviendrait occuper son bureau à la Maison des Alchimistes et qu'ils seraient amené à se voir si souvent. Il se demandait comment les choses allaient se dérouler mais Mustang décida de l'envoyer à nouveau en mission, dans le Nord cette fois. Il dut mener une enquête tendue et il prit tout le temps nécessaire pour la résoudre.

*o*

La plupart des Alchimistes de la Maison de Central souffla un bon coup quand Serena posa un pied dans son bureau. Leur soulagement fut légèrement perturbé quand, alors qu'elle n'était de retour que depuis quelques jours, ils entendirent des cris s'échapper de ce même bureau. Ils furent encore plus déstabilisés quand ils comprirent que c'était avec Malo que Serena se disputait, ce qui était assez rare pour être noté. Le jeune homme finit par sortir avec humeur et ne remonta pas à l'étage des Premiums pendant plusieurs jours. À terme, l'entente entre les alchimistes expatriés sembla revenir à la normale mais Serena s'enferma dans un autre trouble du comportement. Elle qui était d'habitude l'âme et l'énergie de la Maison des Alchimistes s'enferma dans son bureau, refusant presque d'en sortir et en venant même parfois jusqu'à dormir sur place. Quand Edward revint du Nord avec la satisfaction du devoir accompli, il demanda à son supérieur, du bout des lèvres, des nouvelles de Serena. Mustang soupira et dit :

- Disons qu'il y a du mieux puisqu'elle ne risque plus sa vie bêtement. Mais elle semble vouloir mourir enterrée sous des bouquins dans son bureau. Donc c'est mitigé.

- Oh... Mais elle travaille sur quoi ?

- Mystère. À chaque fois que quelqu'un arrive à la retenir suffisamment longtemps pour lui poser la question, elle répond à côté. Un projet annexe. Elle m'épuise mais bon...

*o*

Perplexe mais vaguement soulagé, Edward reprit ses propres travaux et constata effectivement que Serena errait comme un fantôme dans la Maison des Alchimistes. Il y avait toujours un peu de colère et de révolte quand il pensait à elle mais c'était associé maintenant à une solide dose de soulagement de voir qu'elle était effectivement en bonne santé et fonctionnelle. Sa brusque frénésie de travail surprenait tout le monde. Elle avait toujours beaucoup travaillé mais là, ça semblait excessif à n'importe qui se définissait sain d'esprit.

Ed, de son côté, s'en accommodait très bien et en réalité, tous les deux s'habituaient à la présence de l'autre par petite dose. Même Alicia semblait faire attention à ne pas trop entrer en contact avec lui ou Alphonse mais elle leur adressait bien souvent un sourire poli, presque politique. Après quelques semaines, Edward publia la première partie de son mémoire sur les alchimies étrangères et Serena prit une pause dans sa frénésie étrange de travail pour le lire.

- Merde... Dit elle un soir alors qu'elle lisait exceptionnellement dans son salon

- Qu'est ce qu'il y a ? Et fais gaffe à ton langage ! Corrigea Alicia tandis que Léna s'évertuait à essayer de faire rentrer un cube dans un rond

- Ce type est brillant, Marmonna Serena en tournant une page du rapport

- Ben on le savait non ?

- Pas à ce point. Je te jure. Pas à ce point, Répondit la jeune femme en fronçant les sourcils

*o*

Cette révélation la poussa à travailler encore davantage, au grand dam d'Alicia, qui devait apporter de quoi la nourrir dans son bureau.

- T'arrêtes pas de lui reprocher de se prendre pour votre mère... Mais tu fais la même chose avec elle... Lui dit Roy un soir

- Faut bien que quelqu'un pense à la maintenir en bonne santé. Je fais ça pour toi aussi. T'aurais l'air de quoi si on retrouvait ton apprentie morte de faim enterrée sous des piles de bouquins ?

- Quelle abnégation, Madame la Représentante... Sourit Roy en lui caressant la cuisse

- C'est pour ça que tu m'aimes pas vrai ? Dit elle en lui grimpant dessus

*o*

Ses sœurs passaient donc la voir régulièrement et égayaient brièvement l'ambiance de l'étage des Premiums à chaque visite. Léna semblait avoir ses habitudes dans le bureau de sa grande sœur et les autres alchimistes lui offraient régulièrement des jouets et des douceurs. Roy semblait très amusé par l'enfant, qui n'hésitait jamais à s'accrocher à ses galons avec de grands éclats de rire. Alicia la morigénait doucement, à grands renforts de politesse envers le supérieur et maitre alchimique de sa grande sœur. Alicia s'était transformée en cette redoutable femme politique, que tout le monde semblait craindre et respecter. Mais quand elle parlait, on pouvait se rendre compte qu'elle n'avait pas perdu de sa douceur ni de son empathie. À chaque fois qu'il passait réviser auprès de son grand frère et qu'Alicia était là, Alphonse avait du mal à s'empêcher de l'observer avec attention, comme un peu perturbé. Il pensait être discret et commençait à envisager de reprendre contact, au moins avec Alicia. Il n'avait pas renoncé à l'idée de s'expliquer, de se justifier peut être, de s'excuser sans aucun doute. Il y réfléchissait encore quand, un jour où il flânait dans la bibliothèque alchimique avec quelques camarades avec qui il s'entendait bien, il fut abordé par le Général Mustang.

- Bonjour Général !

- Ah tiens… Alphonse !

- Vous allez bien ? Demanda ce dernier avec un sourire

- Super. Je suis content de te croiser

- Ah ?

- Ouais, faut qu'on ait une petite discussion toi et moi…

Sans en dire bien plus, il l'invita à le suivre dans son bureau. Perplexe, le jeune élève pénétra dans ce dernier et embrassa du regard l'environnement. Contrairement à celui du QG, son bureau de la Maison des Alchimistes était plus chaleureux et bien plus en bordel. Les nombreux dossiers se mélangeaient aux livres et cahiers de notes. On sentait que c'était là que Mustang passait le plus clair de son temps et Alphonse en fit la remarque :

- Oui, au début, c'était pour mieux former Serena et puis j'ai finit par m'y installer définitivement.

- À l'école, on nous dit que la relation entre un maitre et un apprenti peut devenir très forte.

- Sans doute.

Mustang semblait analyser le jeune homme avec beaucoup de concentration, ce qui acheva de le mettre mal à l'aise.

- Vous vouliez me demander quelque chose ?

- Ça se passe bien, à l'école ? Demanda Mustang avec un quart de sourire mais une flamme froide dans les yeux

- Oh euh… Oui, très bien. C'est pas évident tout le temps malgré tout. J'ai du mal avec les cours de Lolita, elle sait frapper là où ça fait mal. Nota Alphonse avec une tentative de sourire

- Et avec tes camarades ?

- Très bien. Au début, ils osaient pas trop me parler et j'ai eu peur de pas réussir à me faire d'amis mais ça commence à aller mieux.

- Tu t'es fait des amis donc ?

- Des potes, je dirai.

- Et des copines ?

- Euh… Vous voulez dire… Dans le sens… Balbutia Alphonse en rougissant

- D'après mes informations, même pendant ton voyage à Xing, tu n'as pas eu de petites copines depuis ton retour de l'Autre Côté.

- Et ben euh…

- Je peux me tromper, tu es un garçon discret après tout.

- Mais euh… Sauf votre respect Colo… Pardon. Sauf votre respect, Général Mustang mais je vois pas trop en quoi ça vous regarde…

- Ça me regarde parce que j'en viens à me demander si cette abstinence ne vient pas du fait que t'es toujours amoureux d'Alicia

- Encore une fois, je comprends pas en quoi ça vous regarde. Éluda Alphonse

- Ça me regarde parce qu'il se trouve que j'aime bien savoir qui est amoureux de ma compagne.

- Votre…

Alphonse ouvrit des yeux immenses et resta muet pendant de longues secondes pendant que Mustang l'observait attentivement. Ce fut le Général qui brisa le silence :

- Évidemment, c'est un secret. Un haut gradé en couple avec une figure politique importante, ça ferait bien trop jaser. Sans compter le fait qu'il n'y a que très peu de couples comme le notre. Je compte sur toi pour g le secret

- Ben euh… bien sûr euh… mais…

- Et donc ? Qu'en est-il ?

- Ben euh… Je… Non, je crois pas que… Je crois pas que vous ayez quelque chose à craindre de moi, Général.

- Tu crois pas ?

- C'est pas clair. Murmura Alphonse

- Ça m'arrangerait que ça le soit.

- Disons que… j'ai pas l'impression que… elle a beaucoup changé visiblement. C'est plus tout à fait… Enfin, c'est pas hyper clair parce que j'ose pas non plus trop lui parler quoi.

- Bon… Et pourquoi donc ?

- À cause d'Ed.

- Parce qu'Ed et Serena sont en guerre froide, ça fait que toi et Alicia aussi ?

- Plus ou moins. C'est assez compliqué. Je crois. Et puis maintenant, je crois que j'oserai encore moins…

- Bien. Ça me semblait important qu'on ait cette conversation. Tu peux disposer.

- Ah. Et ben… OK.

- J'espère te voir le plus vite possible dans cette maison auprès d'un maitre ou d'un chercheur.

- Merci, Général.

Le regard ironique, Roy vit Alphonse se lever d'un air figé et quitter son bureau en essayant de ne pas courir. Alicia allait l'engueuler mais au moins, il avait l'esprit tranquille.

*o*

Alphonse fit semblant de reprendre ses recherches mais finit par s'excuser platement auprès de ses camardes de recherche avant de se rentrer chez lui. Un peu assommé, il essayait de digérer l'information qu'il venait de recevoir. Il n'avait rien vu venir, Alicia et Roy se comportant de façon stricte à chaque fois qu'il les avait vu ensemble. On voyait bien qu'ils se connaissaient mais étant donné qu'ils avaient Serena en commun, rien de plus normal. C'était la relation entre cette dernière et Mustang qui posait question. Winry avait d'ailleurs émis l'hypothèse qu'elle était peut être d'une autre nature que celle d'un maitre et de son apprenti. Lors de cette conversation, Ed était resté relativement silencieux, se contentant de dire qu'il y avait peut être de quoi se poser des questions, Mustang étant le seul (si on exceptait Léna) à pouvoir faire sortir Serena de son bureau ces derniers temps. Alphonse ne s'était pas senti capable de tirer de quelconque conclusions et n'y avait pas réfléchi plus que ça. Autant dire que la révélation de Roy était un éclair dans un ciel bleu. Il essayait encore de s'en remettre quand il rentra chez lui.

- Salut Al ! Clama Winry avec un sourire un peu pâle

- Ben t'étais pas censé préparer un devoir avec tes potes toi ? S'étonna Ed

Il y avait un peu de soulagement dans la voix de son aîné. Visiblement, il était pas mécontent de pas passer la soirée seul avec Winry.

- Je devais mais j'ai préféré rentrer. Se contenta de répondre Alphonse

- Il s'est passé quelque chose ? Devina Winry

- Ouais. On m'a dit un gros secret et… j'étais pas prêt.

- C'est quoi ? Demanda Edward en jouant avec sa tasse de tisane

- C'est un secret, Ed. Lui demande pas déjà de le briser ! S'offusqua Winry

Edward ouvrit la bouche mais se réfréna. Il n'avait pas envie d'énerver sa jeune compagne. En ce moment, elle était dans un état qui faisait qu'on avait pas envie de la chercher. Ce qui était assez usant pour lui qui avait toujours eu du mal à ne pas être cherche merde.

- Je peux vous le dire. Mais faut vraiment le dire à personne. C'est un secret d'état presque…

Alphonse faisait suffisamment confiance à Ed et Winry pour ne pas ébruiter ce que lui avait dit Mustang. Et puis de toute façon, c'était trop gros pour lui.

- Un secret d'état ? Déjà ? T'es même pas encore intronisé qu'on te confie déjà des trucs comme ça ? S'étonna son frère

- Parce qu'on te donne des secrets d'état à toi ? Ironisa Winry

- Je sais exactement comment la muraille de Briggs fabrique son énergie, c'est un gros secret d'état ça ! Se défendit Edward

- Eh, commence pas à… Dit Winry, en fronçant les sourcils

- J'ai été convoqué par le Général Mustang tout à l'heure. Il a réclamé à me parler seul à seul. Interrompit Alphonse

- Et qu'est ce qu'il te voulait ? Demanda Edward, en détournant son regard de Winry

- Il voulait savoir où j'en étais avec Alicia.

Winry eut une exclamation de légère surprise et Edward fronça les sourcils avant de demander :

- Et en quoi ça le regarde ?

- C'est ça le gros secret. Il voulait savoir parce qu'Alicia a quelqu'un dans sa vie. Et c'est le Général Mustang, ce quelqu'un.

Edward fut tellement surpris qu'il en recracha sa gorgée de tisane par tous les orifices et, après avoir toussé de tout son saoul, il demanda :

- T'es sérieux ?

- En tout cas, lui il l'était. Répondit Alphonse d'un ton calme

Winry avait l'air complètement pantoise et finit par demander à son tour :

- Mais ils ont combien d'année d'écart ?

- Et ben… 14 ans je crois. Oui c'est ça.

- Putain le salopard… Grommela Edward en se levant pour essuyer les dégâts qu'il avait fait dans sa surprise.

- C'est bizarre mais j'étais persuadée que c'était avec Serena qu'il était. Ils se donnent des surnoms et tout…

Winry avait l'air un peu éteinte et Alphonse lui fit un petit sourire.

- Ben c'est juste son maitre en alchimie. Tu sais, à l'école ils nous disent que la relation entre un maitre et un apprenti peut devenir très forte. Mais, c'est vrai que la leur est particulière. N'importe qui ce serait trompé…

- Donc ça veut dire que… Murmura Winry, sans écouter les paroles rassurantes de son ami.

Edward revint autour de la table avec son torchon pour s'exclamer :

- Attends, attends, attends… Serena a accepté un truc pareil ? C'est sa petite soeur, la prunelle de ses yeux. Et elle laisse ce vieux dégueulasse…

Il semblait ne pas en revenir et Alphonse haussa les épaules.

- Ils sont sans doute très heureux ensemble. Et puis, Mustang est un type bien et elle le connait sans doute suffisamment pour le savoir. J'imagine que ça doit lui suffire. Par contre, j'insiste sur le fait qu'il faut garder ça pour vous. Ils veulent vraiment pas que ça se sache

- Tu m'étonnes… Grinça Edward