Chapitre quinze: Une âme à sauver
Quelques jours après la grande révélation, Alphonse était à nouveau réfugié dans la bibliothèque alchimique et parcourait avec intérêt la section xingoise récemment enrichie par le travail de son cher frère. Son apport considérable en ouvrages étrangers de la meilleure qualité, exceptionnellement contextualisés par ses soins, faisait le bonheur des alchimistes, des étudiants et de Tim Marcoh qui en pleurait presque de bonheur à chaque nouvel apport. La presse d'Amestris ne tarissait pas de superlatifs concernant la présence d'Edward au sein du Nouvel Ordre des Alchimistes d'État et attendait avec impatience l'arrivée d'Alphonse dans les rangs. Ce dernier, qui ressentait à présent un peu de pression, travaillait d'autant plus dur à l'École Alchimique. De toute façon, son maître ne lui laissait pas d'autres choix. Les deux frères trouvaient un plaisir sans borne à leurs travails et s'y réfugiaient un peu. Il fallait dire que l'ambiance au sein du très bel appartement de la Caserne devenait un peu morose. Winry avait fait bonne figure un certain temps. Mais depuis quelques semaines, elle allait vraiment moins bien et elle n'arrivait plus à garder son mal être pour elle. Ça rendait la situation assez explosive par moment et Alphonse faisait durer les moments qu'il passait à l'École ou à la Bibliothèque autant que possible, ce qui n'était pas très fair play envers Edward, il fallait le reconnaître. Savourant le calme de son après-midi au milieu des livres, il sursauta quand il entendit une voix familière derrière lui :
- Al ? Alphonse ?
Le susnommé sur retourna et vit Serena à quelques pas de lui qui le regardait d'un air vaguement amusé. Il remarqua tout de suite qu'elle était en tenue de combat et lui demanda donc si elle avait quitté la forteresse qui lui servait de bureau pour partir encore en mission. Elle sourit et hocha la tête :
- Non, j'en reviens figure toi. Une petite mission express dans le sud avec Malo. Un bataillon avait besoin de soins efficaces
- Alors c'est surtout de Malo dont ils avaient besoin, pas de toi...
- Effectivement mais comme Malo est seulement chercheur, il ne peut pas partir en intervention sans moi. J'arrête pas de lui dire de passer Premium, il en a largement le niveau mais il maintient qu'il est fait pour la recherche et uniquement la recherche. Du coup, je suis régulièrement obligée de lui tenir la main et de l'accompagner partout dès que quelqu'un dans le pays à un gros bobo...
Alphonse constata l'éclair d'affection sur le visage de Serena alors qu'elle parlait de son cher ami. Il eut un petit sourire et allait faire un commentaire quand elle le prit de vitesse en disant :
- Je suis contente de tomber sur toi
- Ah... Ah bon ?
- Ça t'étonne tant que ça ?
- C'est que... Ben j'avais plutôt l'impression que... Enfin que vous nous évitiez avec application ces derniers temps...
C'était au moins une litote de dire qu'elle et sa sœur les évitaient son frère et lui. Entre sa frénésie de mission et son retranchement monacale dans son bureau, l'Alchimiste de Lumière avait été un fantôme ces derniers mois. En disant cela, Alphonse s'incluait par politesse mais il savait bien qui Serena tenait à éviter à ce point. La jeune femme sourit à nouveau et précisa sa pensée :
- Je suis contente de tomber sur toi plutôt que sur ton frère
- Ah. Bon, c'est toujours ça. T'as quelque chose à me demander ?
- Ouais. J'ai une question et vous êtes les mieux placés du pays pour y répondre
- Je t'écoute ! Dit Alphonse d'un air joyeux
- Ça concerne la transmutation humaine.
Alphonse cligna des yeux et son sourire se figea un peu. Il se fit la réflexion que tout les alchimistes semblaient développer ce genre de curiosité à un moment dans leur carrière et Serena, visiblement, ne faisait pas exception. On pouvait se réjouir qu'elle demande avant de faire quoi que ce soit. C'était toujours ça de gagner. Il reprit sa contenance et se contenta d'un :
- Ah. Mince.
- On en discute dans mon bureau ? Demanda la jeune femme en l'invitant à la suivre
*o*
Alphonse suivit sagement l'Alchimiste de Lumière sur le chemin qui menait jusqu'au cinquième étage. Il se demanda si ils allaient tomber sur son frère et ce que ce dernier allait penser de le voir converser tranquillement avec l'ancien amour de sa vie. Puis il se rappela qu'Edward avait enfin pris une après midi de congé pour enfin consacrer un peu de temps à une Winry qui se rongeait d'une angoisse qu'elle se créait toute seule. Il se demandait vaguement à quel résultat son maladroit de frère pouvait bien parvenir en une seule après-midi quand il arriva dans le bureau de Serena et fut ébloui à bien des égards :
- Whoa ! C'est ÇA ton bureau ? S'exclama-t-il en plissant les yeux
La pièce était sublime. Chaleureuse, lumineuse avec ses très grandes fenêtres qui offraient une vue superbe sur la capitale ensoleillée, un large pan de murs était entièrement recouvert de livres, de photos et de divers bibelots. Un très joli Dark Vador miniature oscillait de sa large tête entre deux rayons de soleil. Le grand bureau en bois brut était noyé sous les livres, les cahiers de notes et quelques traces de repas mal terminés. Un grand canapé visiblement confortable servait manifestement de couchettes et cachait lui aussi quelques ouvrages en cours de lecture. En fait, il y avait des livres et des feuilles partout, dans un bordel qui semblait plus ou moins organisé. Un coin de la pièce semblait réservé aux jeux de sa toute petite sœur. C'était une très belle pièce, vivante, sérieuse et joyeuse à la fois, ce qui était, selon Alphonse, la définition même de son occupante. C'était comme ça qu'elle méritait de vivre, dans la joie, la culture et le bordel.
- C'est incroyable ! Insista Alphonse en souriant largement et en s'approchant de la bibliothèque avec bonne humeur.
- Je suis l'Alchimiste de Lumière donc j'ai pris le bureau le plus lumineux, ça me semblait logique. Mais tu verras que tous les bureaux des Premiums sont géniaux. Je me doute qu'on finira bien par t'en proposer un.
- Je pense demander chercheur quand je passerai l'examen mais j'espère aussi qu'on me proposera de devenir Premium. Surtout si ça vient avec un bureau comme celui là !
- Et encore, t'as pas vu celui de Roy. Il se contente de le remplir de bordel. Un beau potentiel complètement gâché, si tu veux mon avis. Soupira Serena sans se départir de son sourire.
Le sourire d'Alphonse se figea dans une espèce de grimace. Il était encore en train de digérer sa dernière rencontre avec le Général. Et Serena ne manqua pas de remarquer sa drôle de tête et d'en tirer les conclusions :
- Dis donc... Vu ta tête, j'imagine que ce vieux dégueulasse a dû te mettre au courant du secret d'état ? Ironisa la jeune femme
- Le secret d'état qui veut que le Général et Alicia sont... enfin qu'ils sont ensemble ? Oui, il me l'a dit il y a quelques jours à peine.
- Étonnant qu'il te l'ait dit, vu à quel point ils tiennent à ce que personne ne soit au courant. Souligna Serena en fronçant les sourcils
- Je crois que... Je crois que le Général tenait à ce que je reste à ma juste place. Par rapport à Alicia. Sourit Alphonse en baissant un peu les yeux
Serena souffla et le jeune homme s'autorisa à lui jeter un regard. Elle levait les yeux au ciel dans une moue agacée :
- C'est fou ce qu'il peut être bête celui-là parfois. Je te jure que... Bref. Comment tu te sens ? Par rapport à tout ça ?
Le ton de la jeune femme était sincère et une réelle sympathie brillait dans ses yeux sublimes. Alphonse sentit son cœur se réchauffer un peu. Au fond, il était sans doute content de se rendre compte que, même si lui aussi l'avait abandonnée, au même titre que son frère, de l'Autre Côté, elle semblait ne pas lui en tenir rigueur. Du moins, elle parvenait à passer au dessus pour s'enquérir de son bonheur.
- Oh, t'inquiète pas pour moi. C'est pas grave. C'est même tant mieux. De voir qu'elle a pu... et bien, qu'elle a pu continuer sa route, ça va me permettre de reprendre la mienne l'esprit plus léger. Enfin, je crois. Je suis pas tout à fait sûr de ce que je ressens. C'est tout neuf dans ma tête.
Serena hocha la tête en souriant et lui tapota sur l'épaule. Leurs regards se perdirent dans les méandres de la bibliothèque et au bout de quelques secondes de silence, Alphonse osa poser une question qui lui brûlait les lèvres depuis des semaines :
- En parlant de continuer sa route... Est ce que... Enfin... Et toi tu... Où est ce que... Euh...
- Va falloir penser à faire des phrases complètes si tu veux que je réponde à ta question, Al... Sourit Serena, l'oeil brillant
- Bien sûr... Alors, est ce que toi, t'as pu reprendre ta route et tourner la page à ton tour ? Souffla Alphonse
La jeune femme sourit davantage quand elle constata la gêne manifeste sur le visage de son jeune ami. Elle alla se percher sur son bureau et en toute décontraction, lui fit une réponse parfaitement honnête :
- J'en suis au même point depuis des années, Al. C'est à dire absolument nulle part.
- Tu veux dire que... t'as jamais...
- Oh je dis pas que j'ai pas essayé, avec une ou deux personnes. Par ci par là. Mais vraiment, ça a été un échec absolu d'un point de vue sentimental. J'en suis arrivée récemment à la conclusion logique qu'il fallait que je renonce à l'amour romantique à jamais, pour le plus grand désespoir de ma sœur et de mes amis.
- Renoncer à l'amour romantique à tout jamais ? Mais... Balbutia Alphonse
- Un amour comme celui là, ça te marque durablement et plus rien ne sera jamais à la hauteur. C'est toujours fermement accroché à l'intérieur de moi, comme le prouve mon comportement ridicule de ces dernières semaines. Je l'aime toujours trop fort. Je vis avec. Lui aussi, visiblement avec plus de succès. C'est pas grave. Ça règle la question qu'on se posait de qui était le plus amoureux de l'autre. C'est moi. Je gagne toujours. Youpi !
Alphonse fut complètement déstabilisé par le ton léger et le regard brillant de la jeune femme. Il la connaissait suffisamment pour ne pas douter une seule seconde de son honnêteté. Il fut brièvement traversé d'un élan de solidarité fraternelle et fut tenté de défendre un peu Edward en lui affirmant que lui aussi, avait aimé Serena d'une force peu commune. Mais il avait suffisamment de cœur pour comprendre que ça n'était ni le moment ni le propos. Alors, il se contenta de la conclusion logique :
- Voilà pourquoi tu étais soulagée de tomber sur moi plutôt que sur mon grand frère concernant ton problème
- Exactement. Si tu veux bien qu'on s'y penche d'ailleurs…
- Bien sûr. Montre moi.
*o*
La jeune femme appuya sur un bouton et les fenêtres du bureau s'assombrirent légèrement, plongeant la pièce dans la pénombre. Immédiatement après, Serena claqua des doigts et une série de textes et de schémas apparurent en lettres de lumières, suspendues dans le vide devant les yeux ébahis du jeune apprenti. Il n'eut pas le temps de s'extasier sur les capacités alchimiques littéralement brillantes de son amie. La théorie qu'elle développait devant lui avait largement de quoi accaparer son attention la plus complète. Son cœur s'accélérait considérablement au fil de sa lecture et la tête qu'il faisait quand il arriva à la fin donnait l'impression qu'il venait de boire quelque chose de particulièrement amer. Évitant soigneusement de regarder la jeune femme et avec un ton bien trop posé, il demanda :
- Qu'est ce que tu attends de moi avec ça ?
- J'ai passé les dernières semaines à développer ça. Est ce que tu peux me dire si tu y trouves un défaut ? N'importe quoi. C'est important.
Alphonse tourna enfin le regard vers la jeune femme, qui le fixait d'un air parfaitement neutre. Il avala sa salive avec difficulté et dit :
- C'est de la transmutation humaine sur du vivant
- Je suis au courant
- C'est un domaine de recherche glissant. Sur tous les plans. Ethique, moral, technique...
- Alphonse, je te demande simplement si tu y vois une erreur. Tu peux me répondre ? Insista la jeune femme sans se départir de son air neutre et froid
- A première vue, Serena, c'est absolument parfait. Répondit Alphonse d'un ton plus glacial qu'il ne l'aurait voulu.
La jeune femme prit une grande inspiration et ferma les yeux. Puis elle lâcha un superbe :
- Et merde !
Son air contrarié et sa grossièreté surprit Alphonse, qui perdit son manteau de réprobation pour demander, pantois :
- Attends mais tu voulais qu'il y ait une erreur dans ta théorie ?
- C'est pas la mienne. C'est l'idée de Malo. C'est sa théorie de base et quelques uns de ses postulats de travail. Il fallait que je vois si il avait une chance d'aboutir à quelque chose.
- Mais pourquoi tu...
- Sans vouloir me vanter, je suis remarquablement douée pour ce genre de recherches. J'y ai passé beaucoup de temps et d'énergie, comme on te l'a surement rapporté. J'ai pris ses idées et je les ai poussé jusqu'au bout, comme tu peux voir.
- OK mais... Je comprends pas ton objectif, Serena. Tu réalises ce que c'est ? S'exclama Alphonse en pointant les lettres de lumières
- Je réalise très bien, Al ! Crois moi sur parole ! Malo, en revanche, ne réalise pas du tout. Il a eu cette idée il y a quelques semaines. J'ai essayé de le convaincre d'abandonner mais il n'a pas voulu m'écouter. Je me suis dit que le seul moyen, c'était de lui mettre sous les yeux à quel point ce travail là était dangereux. Parce que, évidemment, que c'est dangereux. Ça doit l'être forcément, c'est de la transmutation humaine, la voie royale pour la Vérité !
Serena eut un pincement amer sur le visage et Alphonse sentit lui même son estomac le pincer désagréablement au souvenir de la silhouette sans âge et sans âme.
- Pourquoi Malo veut faire de la transmutation humaine sur du vivant ? Demanda Al
- Il veut rendre un corps fonctionnel à ceux qui n'en ont pas. Quitte à transmuter l'âme de son patient dans un corps artificiel. Pour lui, c'est le traitement ultime, la solution parfaite.
- Mais il se rend compte que...
- Bien sûr que non, il ne se rend pas compte. C'est pour ça que je voulais lui montrer. Quand on s'est engueulé à ce sujet, il m'a répondu que, quand on a un corps entier et qui fonctionne parfaitement, on ne sait pas ce qu'on raconte à ce sujet.
Alphonse cligna des yeux et tourna à nouveau le regard sur la théorie lumineuse à bien des égards, perdu dans ses pensées. Il finit par souffler :
- Ouais. Quelque part, je peux comprendre ce raisonnement.
- Je me doute que tu peux comprendre ce qu'il ressent, oui...
- Et donc c'est pour ça que tu cherches une erreur dans la théorie ?
- Il faut qu'il comprenne que, peu importe comment il travaille dessus, peu importe qui se penche sur le sujet, c'est foutu d'avance. Si toi qui est un des plus grands experts sur le sujet peut trouver un défaut fatal à cette théorie, c'est que c'est une mauvaise théorie et que ce défaut l'amènera vers la Vérité. Il faut qu'il comprenne. Je refuse que Malo voit ça. Pas lui. Il ne mérite pas ça. Lui moins que les autres.
Alphonse hocha la tête et se replongea dans une étude plus attentive de la théorie. Au bout d'un long moment, il soupira :
- Il y a peut être quelque chose, Serena
- Ah ? Demanda cette dernière avec un fond d'espoir dans la voix
- Mais si on veut en être sûrs, j'aurai besoin de mon frère.
- Ah. Répéta la jeune femme sur un ton bien différent.
Alphonse jeta un regard d'excuse à son amie et s'empressa de se justifier :
- C'est pas moi le plus grand expert sur le sujet. Ça a toujours été Edward. C'est lui le génie du duo. Je suis loin d'être mauvais. Mais c'est rien en comparaison de mon frère
- T'es bien modeste...
- Je t'assure que non. Je suis meilleur que lui sur certains points, j'ai plus de patience et d'attention aux détails. Mais dès qu'il faut parler de théories, de grandes idées et de concepts pointus, c'est vers Edward qu'il faut se tourner. En plus, concernant la transmutation humaine, il a pu réfléchir et expérimenter bien plus que moi qui n'était qu'une âme dans une armure. Je suis désolé, Serena mais si tu veux trouver un défaut dans ta théorie, il faudra demander l'aide d'Edward.
- Bon...
Elle prit quelques secondes de réflexion. La théorie se réfléchissait dans ses yeux immenses, qu'elle ferma quelques secondes pour dire :
- Tu pourrais le joindre ?
*o*
Edward traversa la route qui séparait la Caserne de la Maison des Alchimistes. Il sentait Winry qui fulminait dans son dos. Elle voulait venir avec lui dans le bureau de Serena et il n'avait pas pu l'empêcher. Il avait eu beau passer les dernières heures à lui consacrer du temps, à prendre sur lui, à se forcer à avoir des conversations gênantes, tout avait été gâché par le coup de fil de son petit frère. Elle écumait de colère, qui cachait assez mal un noyau de peur et d'appréhension. Il tenta, malgré tout, de la rassurer une énième fois :
- J'en ai pas pour longtemps
- Bien sûr
- C'est juste un avis professionnel
- Bien sûr
- Comme je te le dis depuis des jours, c'est une collègue de travail. Rien de plus.
- Bien sûr
- Est ce qu'à un moment, tu vas dire autre chose que « bien sûr » ?
- Je pourrais mais je pense pas que tu vas aimer ce que je vais te dire… Fulmina la jeune femme
*o*
En attendant l'arrivée du frère prodigue, Serena et Alphonse discutaient de tout autre chose. Pendant que le cadet des deux frères jouait avec la figurine de Dark Vador, l'Alchimiste de Lumière posait enfin les questions qui la hantaient depuis des mois. Et les réponses étaient assez déstabilisantes.
- Mais je comprends pas... Ils sont ensemble ou ils sont pas ensemble ?
Alphonse eut un sourire amusé et répondit très honnêtement :
- Je sais pas.
- Comment tu peux ne pas savoir, c'est ton frère ! S'offusqua Serena
- Pour ma défense, Ed et Winry ne savent pas non plus si ils sont ensembles ou pas, alors c'est pas moi qui vais le savoir pour eux.
- Ça me dépasse. Comment on peut ne pas savoir, après tout ce temps, si on est en couple avec quelqu'un ou pas ? C'est fou !
- Quand on les connait, c'est pas si étonnant. Quand on était plus jeunes, avant notre passage de l'Autre Côté, rien n'était bien clair non plus. Ils avaient des sentiments l'un pour l'autre, c'était clair pour tout le monde. Mais ils sont tous les deux bien trop maladroits et handicapés des sentiments pour simplement le reconnaître alors se l'avouer... Toute cette relation est un non-dit permanent, elle l'a toujours été. Résuma Alphonse en admirant une photographie des trois sœurs
- Qu'on soit immature et handicapés des sentiments à 15 ans, je peux l'entendre. Mais à 24 ans, ça me semble quand même de l'ordre de la pathologie... Grinça Serena
- Ils ont des circonstances atténuantes... Winry a compris assez tôt qu'elle était amoureuse de lui mais on était en pleine quête pour retrouver nos corps et puis pour lutter contre les homonculus après. Et puis, évidemment, on est parti de l'Autre Côté. Et là, ben... Voilà quoi.
- Ouais. Voilà quoi. Et après ? Demanda Serena en fronçant légèrement des sourcils
- Après notre retour, la relation entre Ed et Winry n'était absolument pas à l'ordre du jour, comme tu t'en doutes...
- Comme je me doute... Je me doute de rien, Al. Je peux me douter de rien du tout, moi. Grinça Serena, avec un air vaguement amer
Elle semblait sous entendre qu'elle n'aurait été qu'à moitié surprise d'apprendre qu'Edward avait sauté dans le lit de Winry à la minute où il avait posé le pied à Amestris. Alphonse se tourna vers elle et retint encore une défense passionnée de l'amour qu'Edward lui avait porté et que le semblant de relation qu'il essayait de se bâtir avec une autre femme ne remettait rien en question. Mais il ravala ses mots et continua sa mise au point :
- Bref. Une fois qu'il a pu remarcher, il est parti à l'Ouest et moi, à l'Est. À ce moment là, ses relations avec Winry étaient cordiales, voire amicale. Comme avec une amie d'enfance. Une amie d'enfance envers qui on est légèrement mal à l'aise peut être.
- Pourquoi mal à l'aise ? S'étonna Serena, qui se maudissait à moitié pour sa curiosité malsaine et anticipait déjà les cauchemars qu'elle allait en tirer dans les jours à venir
- Parce qu'il était parfaitement conscient que Winry l'avait attendu pendant deux ans. Patiemment. C'est pas à toi qui je vais apprendre qu'il n'a pas tout à fait été à la hauteur de son dévouement.
Serena ricana et rosit un peu, avant de marmonner :
- Ouais ben ça va hein, je vais pas...
- Personne vous en fait le reproche, ça aurait été dommage de passer à côté d'un truc pareil... Nota Alphonse avec un sourire
- Dommage ouais. Et donc, après qu'il soit revenu de voyage ? Ça a donné quoi ?
- Rien. Enfin... C'était plus apaisé parce qu'Edward et moi l'étions un peu plus qu'à notre départ. Ça a progressé tout seul. Quelque part, c'était ce qu'on attendait d'eux. La fin heureuse qui semblait évidente à tout le monde. Tellement évident que personne n'en parle vraiment, y compris eux. Je crois qu'ils ont peur de tout casser si ils s'en parlent. Alors ils font semblant que c'est évident pour eux aussi mais c'est pas clair.
- Non mais, je comprends qu'on ait passé l'âge des questions bêtes genre « tu veux bien sortir avec moi ? » ou « viens on se roule des pelles après les cours ? ». Mais de là à pas SAVOIR si ils sont ensemble ou pas... Il y a des trucs qu'on fait dans un couple qu'on fait pas avec sa pote d'enfance ! Ils couchent ensemble ? Demanda Serena, d'un ton un peu brusque
- Ouais. Enfin... Pas vraiment beaucoup ces derniers temps mais avec le travail... Grommela Alphonse d'un air gêné
- Ils parlent de projet d'avenir ? Genre à moyen terme ? Poursuivit Serena en tentant d'enfoncer très loin le hurlement qui était parti de sa poitrine à l'écoute de la réponse.
- Plus ou moins. C'est vague. C'était plus clair quand on construisait la maison. Maintenant, encore une fois, c'est moins le cas qu'avant...
- Ils sont romantiques parfois ? Ou jaloux ? Continua Serena
- Jaloux, oui. L'un plus que l'autre. Ça, c'est très clair.
- Alors je vois pas où est le débat. Ils sont ensembles, point à la ligne.
Alphonse ne répondit pas et haussa les épaules. Il voyait bien que Serena faisait la fière mais il avait suffisamment de sensibilité pour percevoir la lueur de détresse au fond de ses grands yeux bleus. Ça lui tordait le bide. Il se rendait compte qu'elle avait été parfaitement sérieux, quelques minutes plus tôt, quand elle lui avait affirmé être toujours horriblement amoureuse de son grand frère. Elle marmonna, pour se donner une contenance :
- Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué après tout...
- Notre retour à Central a compliqué encore plus les choses. Le fait qu'Edward travaille beaucoup n'aide pas, évidemment. Que Winry reste seule à la maison non plus. Et puis, il y a ta présence à toi... Souffla Alphonse avec un léger sourire.
La jeune femme se hérissa et répondit immédiatement :
- Hey, c'est pas juste. Je vois pas ce que je viens faire la-dedans. J'ai rien demandé moi. Je lui parle même pas !
- Serena, je t'ai parlé du non dit permanent qu'il y a entre eux. Quand t'es pas certaine d'être aimée et d'avoir été choisie, qu'est ce qui peut te mettre plus le doute que la présence de celle dont tu sais qu'elle a été aimée et choisie avant toi ?
Serena le regarda d'un air vide sans rien dire et Alphonse prit son courage à deux mains pour dire enfin, un peu, ce qu'il avait sur le cœur.
- Je veux pas parler à la place d'Edward, parce que c'est pas ma place. Mais je peux t'affirmer avec certitude que tu l'as été, vraiment. Et concernant Winry, c'est difficile de lui en vouloir. On lui a rien caché à notre retour depuis l'Autre Côté. Et maintenant qu'on est tous là...
- Je vais pas pleurer pour elle... Marmonna Serena en détournant les yeux
- Je comprends. Mais bon... En plus du reste, elle s'ennuie ici. Elle n'a rien d'autre à faire que de ruminer. Ed travaille trop, comme toujours. Elle a pas réussi à trouver un travail à la hauteur de ses talents. Elle se sent pas d'ouvrir son propre commerce d'automail et aucun des artisans de Central n'est assez disponible ou assez talentueux pour l'embaucher. Et elle a peur de retourner à Resembool ou à Rush Valley. C'est compliqué.
- T'as toujours été d'une si grande sagesse, Alphonse ? Demanda la jeune femme après quelques secondes de silence.
- Sans doute ! Pourquoi tu dis ça ? Rigola ce dernier
La jeune femme tourna alors son grand regard bleu vers lui et il fut surpris d'y lire une petite lueur.
- Je crois que tu viens de me donner une excellente idée. Elle est vraiment forte, question automail ?
*o*
À peine une minute après la fin de cette conversation, on toqua à la porte du grand bureau de l'Alchimiste de Lumière, qui répondit d'une voix claire :
- Entrez !
Par prudence, elle avait retiré sa projection et c'est donc dans la pénombre qu'entrèrent Edward et Winry. Un drôle de silence régna dans la pièce. Toujours perchée sur son bureau, Serena sentit un sourire s'étaler sur son visage. Elle sentait une pression dans son ventre, une pression qu'elle connaissait bien. C'était un besoin. Celui d'asticoter Edward.
- Maintenant que je t'ai en face de moi, je me rends compte que je t'ai pas proprement féliciter. C'est indigne de ma position.
- Féliciter de quoi ? S'étonna Edward
La jeune femme saisit la Montre en Or qui brillait à sa hanche et la fit jouer dans la lumière tamisée. Elle ironisa :
- Allez, je te montre la mienne et tu me montres la tienne...
Incapable de se retenir de sourire et de jouer avec elle, Edward sortit effectivement sa propre Montre de sa poche et répondit :
- Ton bureau est bien mieux que le mien, je trouve ça particulièrement injuste au vu de mes états de service et de mon statut de héros de la Nation.
- T'as déjà une peinture à ta gloire, tu veux quoi de plus ? Et je te ferai dire que j'ai un bureau de Commandant. C'est un rang au dessus du tien, Lieutenant. Tâche de t'en rappeler.
- Par tout de suite du principe que c'est provisoire, Commandant. Et t'habitues pas trop.
- Bordel, on en oublierait presque que t'as un égo surdimensionné. Tu te reposes trop sur tes acquis, Fullmetal. Les homonculus, c'est dans les manuels d'histoire. Moi, je suis dans l'actualité. Les Soldats de l'Aube, ça te dit un truc ?
- C'est pas d'avoir un égo surdimensionné que de dire la vérité. Je me contente de te rappeler les faits. Prépare toi à ce que je t'éclipse rapidement
- Fais attention, c'est presque de l'insubordination envers un supérieur. J'ai le rang pour te mettre aux arrêts et j'ai presque hâte d'essayer. Du coup, je t'en prie. Continue de parler. Tu disais ?
Ed allait répondre quand Winry toussota de manière appuyée. Tout le monde tourna le regard vers elle et put constater qu'elle était déjà rose de colère. Alphonse retint un soupir à grand peine. Voilà des semaines qu'elle anticipait avec angoisse le fait qu'Edward allait inévitablement finir par retomber dans les bras ouverts de Serena, des semaines qu'il essayait de la convaincre du contraire. Et voilà qu'ils démontraient, en à peine quelques secondes et alors même qu'ils s'évitaient avec application depuis des lustres, qu'ils étaient capable d'une complicité à toute épreuve. Ignorant la chape de plomb qui était en train de se déposer sur l'atmosphère, Serena eut un grand sourire, presque sympathique et s'adressa à Winry :
- Vous tombez bien, Mademoiselle Rockbell...
- Mademoiselle Rockbell ? On peut pas partir du principe qu'on peut se tutoyer ? Après tout, on a tellement en commun. Grinça Winry
Serena eut un rire non feint et Ed piqua un fard.
- Et ben allez, faisons ça. Tu vois, ça tombe bien qu'on se rapproche à ce point parce que j'aurai un service à te demander
- Je sais pas si j'ai vraiment envie de te rendre des services, tu sais... Répondit la mécanicienne qui faisait de gros efforts pour ne pas éclater en sanglot ou en imprécation.
Elle ne supportait pas la vue de Serena. Du moins, pas aujourd'hui. C'était physique, littéralement. De voir ses longs cheveux soyeux qui cascadaient le long de son dos, ses belles courbes harmonieuses, son sourire gracieux et ses grands yeux bleus profonds... sans compter son assurance tranquille, sa verve aiguisée, tout la faisait se sentir gauche, empotée, disgracieuse. Elle ne cessait de se dire que, face à une concurrence pareille, elle n'avait aucune chance. Peu importe à quel point Edward se fatiguait à lui répéter que la concurrence n'existait nulle part ailleurs que dans sa tête. Quelques secondes avaient suffit. En quelques instants à peine, elle voyait bien que les deux alchimistes semblaient s'être connecté, s'être synchronisé même. Ils respiraient en même temps. Bougeaient en même temps. Elle n'avait aucune chance et elle en rageait d'avance. Elle ne voulait rien donner à cette fille. Elle n'était pas loin de la haïr définitivement quand Serena lui expliqua la nature du service qu'elle voulait lui demander.
- C'est vrai que t'es la meilleure mécanicienne d'automail de la région ?
Winry perdit son air colérique pour afficher une vraie surprise.
- Oh… Et bien… Disons que je suis pas mauvaise. Se contenta de répondre prudemment la jeune mécanicienne en fronçant les sourcils.
- Oh, sois pas modeste, t'es la meilleure ! Pourquoi tu demandes un truc pareil toi ? T'as l'intention de t'en faire poser un ? Demanda Edward
- Quoi, un automail ? Dieu m'en préserve. Enfin, je dis ça... On sait tous ici que c'est Dieu qui peut rendre une pose nécessaire... Mais non, c'est pas pour moi. C'est pour Malo. Sourit la jeune femme
- Malo ? S'étonnèrent Ed et Winry en choeur
- Lui-même. Malo Gardner. C'est mon chercheur. Enfin, je dis mon chercheur. J'ai pas de titre de propriété sur sa personne. Pas officiellement en tout cas.
- Il a besoin d'une révision ? Essaya de deviner Winry
- Pas du tout, il s'en charge lui même. Il a besoin d'un expert en automail dans le cadre de ses recherches. Je sais pas si vous le connaissez bien mais sa spécialité, c'est l'alchimie médicale. Avant la Fuite, quand il était de l'Autre Côté, Malo était médecin urgentiste malgré le fait qu'il lui manquait un bras. Une fois à Amestris, il a pu se faire poser un bras mécanique. Je vous apprends pas à quel point ça a été exceptionnellement douloureux. En toute logique, dès qu'il a été intronisé, il a commencé à travailler sur un projet de faire en sorte que les poses et les rééducations d'automail puissent être améliorées afin de se faire avec le moins de douleurs et de temps possible, grâce à l'alchimie.
- Oh ? Vraiment ? Ça, c'est intéressant ! S'enthousiasma immédiatement Winry, les yeux brillants
- Le problème, évidemment, c'est que sans expert en la matière, il a du mal à avancer. Aucun artisan ne veut ou ne peut prendre le temps de se consacrer à son projet. Je me suis dit que tu serais parfaite pour le job. Tu es dispo, tu es douée et j'imagine que tu as quelques bases en matière d'alchimie.
- Ah mais je t'arrête tout de suite, je n'y connais strictement rien en alchimie ! S'exclama Winry en levant les mains devant elle
- Vraiment ? T'as grandi avec les frères Elric et t'y connais rien DU TOUT en alchimie ? S'étonna Serena, le sourcil levé.
Winry ouvrit la bouche et la referma immédiatement. Serena sourit et continua :
- Le principe de l'échange équivalent ? La conservation des matières ? Le cercle alchimique, j'imagine que tu vois vaguement ce que c'est ?
- Oui, c'est pour faire circuler l'énergie... Balbutia Winry
- Alors t'es largement surqualifiée. T'es même parfaite pour le job. J'aurai vraiment besoin que tu l'acceptes... Sourit la jeune femme
Le ressentiment de Winry, qui était en train de doucement passer au second plan à mesure que Serena expliquait sa pensée, ressurgit violemment dans l'esprit de la mécanicienne quand elle entendit la dernière phrase.
- Encore une fois, je sais pas si j'ai très envie de te rendre service à TOI...
- C'est pas tellement un service à me rendre à moi. C'est plutôt à lui. Voire à l'humanité toute entière qu'il faut rendre ce service... Grinça Serena
- C'est bien, t'as pas peur de trop en faire... Soupira Edward
- C'est un beau projet mais il avance pas. Ça le frustre. Alors il a commencé à l'abandonner doucement et à se pencher sur autre chose. Et sa nouvelle théorie me plait pas du tout.
- De quelle genre de théorie tu parles ? Soupira Ed
- Ferme la porte. Soupira Serena en sautant de son perchoir.
- Tu pourrais dire s'il te plait.
- Compte là-dessus, Lieutenant. Ferme la porte. C'est un ordre.
- Mets moi aux arrêts pour insubordination alors parce que je ferme pas tant que t'as pas dit s'il te plait.
- ED, FERME LA PORTE ! Dirent alors les deux femmes, l'air conjointement agacées
Submergé par tant de pression, Edward ferma la porte de très mauvaise grâce et Serena claqua fermement des doigts. Sa théorie réapparut, flottant dans l'air. Edward parcourut les écrits aussi rapidement que son frère et fronça immédiatement les sourcils :
- C'est TOI qui a écrit ça ?
- Prends un autre ton avec moi. C'est l'idée de Malo mais c'est bien moi qui ait développé. C'est pour ça que je vous ai fait venir ton frère et toi. Vous êtes ceux qui avaient le plus de compétences et d'expériences en matière de transmutation humaine.
- C'est de la transmutation humaine ? S'alarma Winry
Elle et Edward avaient un air franchement désapprobateur sur le visage. Serena soupira et justifia à nouveau :
- Ne jugez pas Malo trop vite. Il a passé la plus grande partie de sa vie comme un estropié. Vous vous souvenez des prothèses qu'ils ont, de l'Autre Côté ? Il souhaite juste que personne n'ait à vivre ce qu'il a du traverser. Il ne voit pas les limites éthiques ou morales. Il ne voit même pas les limites techniques et scientifiques. Il pense aux autres. Vraiment. Sous ses airs de bagarreur, c'est un médecin dans tout ce que ça a de plus noble. Il veut aider les gens, les soigner, les guérir, dans leurs corps et dans leurs âmes. C'est même pour ça qu'il est devenu alchimiste. Parce qu'il pensait que ça l'aiderait encore mieux à faire de la médecine. C'est sa vocation, sa raison de vivre. Je vous passe les heures et l'énergie qu'il passe sur le chemin de nos missions à aider le plus de gens possibles. C'est ça qu'il voit, dans cette théorie. L'idée que des gens puissent aller mieux. S'il doit sacrifier une part de lui pour que des gens en souffrance puissent retrouver l'usage d'un bras ou d'une jambe, il le fera. Si il y a bien quelqu'un qui peut comprendre ça, c'est vous. Je veux juste que vous m'aidiez à lui montrer que le jeu n'en vaut pas la chandelle. Qu'il peut continuer d'espérer aider les gens avec son premier projet, celui qui lui tient vraiment à cœur.
Les trois natifs de Resembool se regardèrent d'un air pensif. Serena continua sur sa lancée, d'un air de plus en plus concerné.
- Je voudrais que vous deux, vous puissiez trouver une faille dans cette idée. Qu'on puisse lui montrer que ça mène à rien, que ça l'amènera nulle part ailleurs que devant la Vérité et que ça l'aidera pas à sauver des gens, au contraire. Et toi, Winry, j'aimerai que tu l'aides avec son projet d'origine. Je te jure que c'est quelqu'un de bien, plus que tu peux l'imaginer. En plus de ça, il adore les automails, au premier degré. Ça le passionne. Il adore son bras. Il passe son temps à le lustrer, à le nettoyer, à le bricoler. À vous deux, vous pouvez réussir, j'en suis sûre et ça pourrait faire tellement de bien à tous ces gens qui ont besoin d'un membre mécanique.
La jeune femme sembla réfléchir quelques secondes, en observant Serena intensément. Puis, elle se tourna vers Edward et dit :
- Je vais le faire !
- T'es sûre ? Demanda le jeune homme
- Bien sûr ! Ça a l'air passionnant ! Et puis, je me rends bien compte que je peux pas rester plus longtemps enfermée à attendre que toi ou Alphonse reveniez. Je dois me rendre utile moi aussi ! Je pense que je peux l'être en aidant Malo ! Donc, je vais le faire.
Edward sourit, marmonna un « fanatique de la mécanique » qu'elle fut la seule à entendre et dit :
- Tu fais comme tu veux. Tout me va si ça te va.
Cette petite phrase fit sourire largement Winry et creusa un trou gigantesque dans la poitrine de Serena, qui parvint à offrir un bon visage à la mécanicienne qui lui demanda :
- Je commence quand ?
*o*
Malo ne passa pas loin de tomber de sa chaise quand il vit sa meilleure amie arriver à l'étage des Chercheurs en compagnie de Winry. Il ne resta pas surpris bien longtemps. À peine Serena eut terminé de lui expliquer son idée qu'il noyait déjà Winry sous un flux continu de questions, auxquelles elle répondait avec enthousiasme. Rapidement, Serena ne comprit plus rien à la conversation et se rendit compte qu'elle n'existait déjà plus à leurs yeux. Elle mit les mains dans les poches, salua de la tête ses quelques camardes de promotion qui assistaient au spectacle avec stupeur et remonta à son étage avec un drôle de sentiment dans le cœur. Elle commençait à craindre que cette fille ne lui pique tous les hommes qui avaient réussi à se faire un place dans son cœur abimé. Elle avait réussi à repousser cette idée dans un coin de sa tête quand elle pénétra dans son bureau.
- Ça c'est bien passé ? Demanda Edward
- Je vais vous dire... Si on a l'air aussi zinzin quand on parle d'alchimie qu'ils ne le sont quand ils parlent mécanique, on a pas de quoi être bien fier. Soupira Serena
- C'est... tant mieux. J'imagine. Marmonna Edward
Il ne savait pas trop si il devait être soulagé de voir Winry enfin s'enthousiasmer pour quelque chose ou être fébrilement jaloux. Il était en train de se demander si il n'était pas déjà jaloux de l'alchimiste médecin depuis un certain temps quand il se rappela quelle était la priorité.
- Dis moi Réna...
- Comment tu m'as appelée ? Gronda la jeune femme
- Dis moi SERENA, depuis quand t'es si brillante ? Grinça Edward
- Tu me connais, je crois que je l'ai toujours été. Ça craint non ? Soupira-t-elle
- Ça craint de ouf. Parce que si on trouve pas de défaut, ça veut dire que cette théorie peut se répandre en dehors de ce bureau et il me semble que ce pays a connu suffisamment de transmutation humaine pour plusieurs générations. Faut qu'on trouve où ça va pas et qu'on en publie les raisons. Faut éteindre ce truc dans l'oeuf !
- T'avais une idée de faille potentielle Al ? Soupira Serena en s'asseyant en tailleur sur son bureau
Elle avait posé son menton dans sa main et avait une allure pensive. On aurait dit une gravure ancienne, d'une sorte d'idole parfaite. Edward sentit son cœur s'accélérer considérablement et le coffre dans sa tête vibra très fort. Alphonse, indifférent, répondit à la question posée par l'Alchimiste de Lumière.
- Je pensais aux convergences macroscopiques
- Je déteste les convergences macroscopiques... Marmonna Serena
- C'est parce que t'es saine d'esprit. Tout le monde déteste les convergences macroscopiques. T'en penses quoi, Ed ?
- Hum ?
Un peu distrait par la discipline mentale qu'il s'infligeait, il se secoua un peu et se concentra sur la conversation très importante qu'ils devaient avoir tous les trois.
- Les convergences macroscopiques. C'est l'enfer. Mais c'est une bonne piste. On peut commencer avec ça.
- Bon. Faut que je retrouve ma Somme Alchimique de Flamel. Elle doit être quelque part là dedans. Faut toujours commencer par Flamel de toute façon. Soupira Serena
- Flamel, c'est le type d'Harry Potter pas vrai ? Demanda naturellement Edward
Serena tourna son regard incroyable vers lui et sourit en répondant :
- Pas du tout. C'est un type né sous les mérovingiens.
- Tu dis n'importe quoi. Il existe pas ce type.
- Il fabriquait de l'or avec ses plantes vertes, je te jure !
- Dans tes rêves, peut être !
- Je comprends rien à ce que vous dites... Balbutia Alphonse
- T'inquiète frangin...
Le frangin en question les regardait à tour de rôle. Il était soulagé que Winry n'ait pas eu à écouter cette conversation. Elle n'avait pas besoin qu'on lui rappelle qu'ils pouvaient se parler sans que même lui n'y comprenne rien. C'était dommage. Vraiment trop dommage. Parce que c'était beau à regarder. Serena souriait d'un air doux, Edward semblait habité par une espèce de tranquillité absolue. D'un coup, il sauta vers la bibliothèque avec un air enthousiaste :
- Oh t'as une figurine de Dark Vador ! J'en veux une !
- Ouais ben tu la fabriqueras toi même mon pote, parce que je te donnerai pas la mienne !
Edward ne répondit pas. Il observait le père de Luke et Leia dans ses moindres détails. Évidemment, il s'intéressait de près à tout ce qui touchait à une galaxie lointaine. Mais surtout, il fallait qu'il détourne le regard du sourire de Serena. Il venait de se rappeler qu'il parvenait à lire toutes les lois de l'Univers. Et c'était pas forcément une bonne chose.
