Chapitre seize: Vers l'équilibre

Malo regarda les papiers que Serena lui montrait. Ils étaient tout les deux dans le bureau de la jeune femme.

- Je suis désolée, vieux frère. Mais ça marche pas. C'est dangereux. Si tu le tentes, tu vas aller devant la Vérité. Je refuse que ça t'arrive. Pas à toi...

Malo regarda son amie, l'air hagard. Il repoussa la théorie qu'elle lui présentait et lui demanda :

- C'est la dessus que tu bossais depuis tout ce temps ? Au point de dormir et de manger ici ?

- Ouais.

- Je croyais que tu bossais sur les boucliers. C'est pas ça ton grand projet de cœur ?

- Si. Mais je trouvais que sauver ton âme et ton intégrité physique, c'était légèrement prioritaire

- C'est pour ça que tu m'as présenté Winry ? Pour me détourner de ce projet ?

- Entre autre. Je pensais aussi vraiment qu'elle pouvait t'aider. C'est le cas au final non ?

- Ouais. Bien sûr. Ça n'a pas dû être évident...

- Peu importe.

Malo regarda encore la théorie. Il fronça les sourcils.

- T'as pas bossé seule la dessus, pas vrai ?

- Non. J'ai du finir par demander de l'aide

- A qui ?

- Aux spécialistes du sujet...

- Donc t'as demandé à Edward ?

- Et à Alphonse. Précisa Serena

- Ça non plus, ça a pas du être facile. T'es toujours amoureuse de lui, non ? Murmura Malo

Serena ne répondit pas et haussa les épaules. Malo se leva et serra son amie dans ses bras.

- Je pensais pas...

- Tu pensais pas quoi ? Répondit la jeune femme en lui rendant son étreinte

- Que tu tenais autant à moi...

- Ben t'es con ou quoi ? Évidemment que...

- Merci, Réna. Merci. Promis j'arrête de faire le con. T'avais raison depuis le début.

- J'ai toujours raison...

*o*

Quelques jours plus tard, Serena pénétrait d'un pas rapide dans la salle commune des Premiums, un gros livre sous le bras. Elle était souriante et dynamique et ce, depuis plusieurs jours. Elle s'était enfin déconfinée de la solitude de son bureau et l'ambiance du dernier étage de la Maison des Alchimistes s'était enfin allégée. Le projet sur lequel elle avait passé des semaines avait été publié et c'était son plus bel échec, de son propre aveu. On avait davantage bruissé sur le fait qu'Edward Elric avait co-signé cette publication avec elle que sur l'apport scientifique pourtant non négligeable de leur mémoire. Le fait qu'ils s'adressent cordialement la parole en public commençait à faire naître quelques rumeurs auxquelles ils tentaient de ne pas prêter attention. Ils avaient conscience qu'il fallait encore travailler à la recherche d'un équilibre entre eux et que ça ne serait pas évident. Petit pas par petit pas, ça finirait bien par devenir enfin gérable, voire agréable.

- T'es en retard... Nota Edward, qui lisait un ouvrage ridiculement gros dans la salle commune.

- Qu'est ce que tu fais là, toi ? S'étonna Serena en ralentissant le pas

- Figure toi que je travaille ici... Railla Edward en tournant une page négligemment

- Vraiment ? Ils donnent cette Montre à n'importe qui...

- Je te le fais pas dire. Ça me dit pas pourquoi t'arrive à une heure pareille ! Il est 11h du matin je te signale !

- Tu penses te reconvertir en secrétaire, Elric ? Sourit Serena sans répondre

- Ça m'irait bien les petites lunettes tu penses ?

Serena ricana et se posa sur le canapé à côté de lui. Elle ouvrit son propre livre et se fendit malgré tout d'une explication concernant son arrivée tardive au bureau.

- Puisque tu veux tout savoir et rien payer, je te ferai dire que j'étais convoquée à l'Assemblée Générale des Expatriés.

- Ça a l'air génial...

- C'est une réunion politique réunissant la plus grande partie des expatriés de la région et on exprime nos opinions sur diverses questions politiques, économiques, sociales et scientifiques... Précisa Serena avec une légère grimace

- Je retire ce que j'ai dit, ça a l'air chiant comme la pluie.

- Ça l'est mais bon. On est venu ici pour chercher la démocratie, on va quand même pas se plaindre quand on nous la donne. Je me suis tirée dès que j'ai pu. Surtout que je vais devoir subir un résumé exhaustif ce soir à la maison. Et puis après, j'ai dû négocier pendant 20 minutes avec la bibliothécaire pour avoir le droit d'emprunter ce vieux bouquin. C'est de la sublimation. J'y comprends pas grand chose.

Elle avait beau se plaindre, elle avait un ton joyeux et une mine épanouie, ce qui créait un vague sentiment d'euphorie chez Edward. Il s'était inquiété de son état mental visiblement déplorable pendant des semaines et la voir comme ça le soulageait au delà des mots. Il était évidemment ravi de pouvoir discuter avec elle sur un ton aussi léger et il s'empressa de continuer :

- Tu sais que tu tiens le livre à l'envers ?

- Ouais mais je me demandais si ça pouvait rendre ce putain de schéma plus compréhensible... Mais pas vraiment... J'aime pas la sublimation ! Sayuri est très forte là dedans, je lui demanderai un coup de main un de ces quatre.

- J'aime bien moi, la sublimation... Tu sais que tu peux...

Sa proposition d'aide fut interrompue par l'arrivée en trombe d'un Malo trempé jusqu'aux os. Serena haussa un sourcil et commenta :

- Un désaccord avec Sayu ?

- Elle est de mauvaise foi... Commença à se défendre le médecin

- Je prendrais pas parti, réglez ça entre vous.

- T'as des sapes à moi dans ton bureau, frangine ? Demanda Malo en retirant son t-shirt pour exhiber un torse remarquable

- Regarde là où je mets mes tenues de combat, doit bien y avoir deux trois trucs qui trainent... Et change toi dans mon bureau, on a vu assez d'horreur pendant la guerre ! S'exclama-t-elle en levant les yeux au ciel

Malo grommela et se dirigea vers le bureau en répandant une belle quantité d'eau derrière lui. Edward ravala ses commentaires sur l'exhibitionnisme du garçon et préféra détourner à nouveau la conversation :

- Pourquoi tu t'intéresses à la sublimation ?

- C'est une piste intéressante pour progresser dans mon projet autour des boucliers. Je dois encore les améliorer sur tous les plans mais ma vraie ambition c'est...

Une sonnerie stridente interrompit à nouveau leur conversation et Serena s'exclama :

- Malo ? C'est mon téléphone ?

- Ouais ! Dit la voix du jeune homme au loin

- T'es habillé ?

- Non !

- Suffisamment pour que moi je puisse rentrer pour répondre ?

- Oh... On va dire que oui, ça passe.

Serena se leva et soupira à Edward d'un air blasé :

- Tu vois, c'est là qu'une secrétaire, ça serait pas mal utile...

Elle réussit à tirer tant bien que mal à un sourire à Edward et se dirigea d'un bon pas vers son bureau /vestiaire. Il était en train de se dire que le terrain, de toute façon, rapprochait les gens et qu'il n'avait pas de raison d'en être tant agacé. Comme elle n'avait pas fermé la porte, il put entendre sa conversation téléphonique :

- Allô ? Commandant Wolfe à l'appareil... Salut, ma petite ampoule ! Dis donc, t'es bien sérieux... Ben où veux tu que je sois ? Malo et Edward sont là aussi mais... Sayuri doit pas être loin, je crois qu'elle cherche Malo pour finir de régler un truc... Je sais pas exactement où elle est, j'ai pas pensé à lui poser une puce GPS... Non, je t'expliquerai pas encore ce que c'est qu'une puce GPS... OK... OK, un truc grave ? Dis donc, c'est pas la peine de prendre ta voix de Général avec moi, ça impressionne personne... Tout le monde ? Même Izumi ! Merde. Bon, ben je transmets... Oui, tout de suite, oh là là !

Serena raccrocha et s'avança d'un pas martial dans la salle commune pour clamer :

- Le Général de Brigade Roy Mustang, Maitre Alchimiste de Flamme, vous informe qu'il a une transmission de la plus haute importance à vous faire et il vous ordonne ne pas quitter les lieux avant la dite transmission. Reçu ?

Malo grommela un truc depuis le bureau et Edward soupira :

- Dommage, j'avais rendez vous pour une manucure.

- Je suis sûre que ça aurait été charmant. C'est dans le cadre de ta future promotion de secrétaire ? Ironisa Serena en reprenant sa place à côté de lui

- Faut mettre toutes les chances de son côté après tout...

- Dans ce cas, pense à la promotion canapé. Mustang arrive, c'est lui la hiérarchie. Sinon, t'as toujours le Colonel Armstrong. Tu préfères lequel ? Ironisa Serena en rouvrant son livre

- Franchement, ils me font peur tout les deux. Vu notre passif et que t'es ma hiérarchie, on peut pas dire que tu m'as fait une avance sur ma promotion canapé ?

Il avait laissé échapper la blague et la regretta immédiatement. C'était peut être un peu tôt pour faire ce genre de vannes... Mais il fut soulagé de se rendre compte qu'elle avait souri un peu et surtout que Malo était revenu dans la pièce principale, pleinement sec et vêtu, pour faire diversion. À la notable exception qu'il ne possédait pas de t-shirt.

- T'as besoin de t'exhiber tout le temps comme ça ? Soupira Serena

- J'ai pas trouver de haut sec ! Je vais obligé Sayuri à me sécher mon t-shirt, elle a triché !

- Bon courage...

Edward avait du mal à faire le lien entre l'image de la jeune japonaise timide et de la menace qu'elle semblait représenter aux yeux de ses deux amis. Il écouta Malo et Serena badiner un peu jusqu'à l'arrivée de Sayuri. Il put alors se rendre compte qu'elle pouvait effectivement être bien plus bavarde quand elle était persuadée d'avoir raison et la discussion entre elle et Malo semblait pleine de promesses de baston humide mais ils se calmèrent à l'arrivée d'Izumi Curtis et de Roy Mustang. Ce dernier avait l'air concerné, les salua à peine et leur intima de l'attendre pendant qu'il passait quelques derniers coups de fil. Serena fronça les sourcils et demanda :

- Il vous a dit ce qu'il se passait, Maître ?

- Non. Je sais pas pour qui il se prend... On peut savoir pourquoi t'es à moitié à poil, Malo ? Soupira Izumi qui darda un œil critique sur son ancien élève

- Maitre, c'est Sayuri qui...

Izumi écouta les récriminations des deux alchimistes pendant quelques secondes et soupira :

- Sayuri, sèche le t-shirt de Malo !

- Mais Maître ! Protesta la jeune femme

- On ne discute pas !

Ils frissonnèrent tous les quatre et Sayuri arracha le t-shirt mouillé des mains de son ami de mauvaise grâce. Izumi parvint à sourire et dit :

- Peu importe qui a raison, il faut pas que tu restes à moitié à poil comme ça, Malo. Déjà parce que tu vas attraper froid et ensuite, tu risques de donner des complexes à quiconque te regardes...

Malo rougit sous le compliment et balbutia un remerciement. Mustang arrivait dans la pièce alors que Serena disait, pensive :

- Je vois pas qui ici pourrait avoir des complexes, on est tous remarquablement bien foutu...

- Tu dis ça comme si t'avais pu voir tout le monde à poil. Ricana Izumi

- Ben à part vous, Maître...

Les regards convergèrent vers la jeune femme, qui s'empressa de se justifier.

- Eh me regardez pas comme ça ! C'est pas ma faute. Concernant Malo, je passe ma vie sur les routes avec lui et on est parfois contraint de dormir dans des conditions qui laissent pas la place à l'intimité.

- C'est pas faux ! Valida le médecin en enfilant son t-shirt sec

- Pareil pour Mustang qui m'a fait l'insigne honneur de me former...

Ce dernier ne répondit pas mais eut un quart de sourire face à son ancienne apprentie, qui avait la délicatesse de ne pas mentionner qu'en réalité, elle le voyait à moitié à poil dans le cadre du quotidien de sa relation secrète avec sa petite sœur chérie. Serena continua en montrant Sayuri du doigt, qui rosit instantanément.

- Concernant Sayu, elle ne sait pas boire et je suis une trop bonne copine pour la laisser se vomir dessus...

- Non mais non mais n'importe quoi je vomis jamais même que c'est pas vrai... Grommela la jeune japonaise de plus en plus rose

Serena termina son tour de table en montrant Edward du doigt, prit une pause de quelques secondes avant de conclure :

- Lui j'ai pas d'excuse valable. À part que j'avais envie.

- Et on te comprend. Commenta Fullmetal avec un vague sourire

- Si on pouvait abréger les conversations sur quel collègue de travail on a pu voir à poil, j'ai suffisamment de soucis pour pas avoir à m'emmerder avec les Ressources Humaines... Soupira Mustang en se frottant les yeux.

Il avait un air concerné, presque défait. Il croisa les bras et prit une grande inspiration avant de dire :

- On a remarqué des variations énergétiques dans l'atmosphère à l'Est...

L'ambiance changea instantanément. Serena ferma son livre et se pencha d'un air sérieux. Seul Ed fronça les sourcils et demanda :

- Ce qui veut dire…

- Qu'il va y avoir une nouvelle attaque. L'Autre Côté n'avait pas attaqué depuis près d'un an. Fallait s'y attendre. On pense qu'on a encore une grosse semaine devant nous. Ça nous laisse un peu de temps. Serena, dis moi où tu en es de tes boucliers ?

- J'ai pas eu l'occasion de beaucoup avancer. Tu sais bien que j'aimerai...

- Dans l'urgence, pense pratique ma petite ampoule. Tes ambitions démesurées, ça sera pour plus tard. J'aimerai vraiment bien que tu puisses travailler sur la taille. On pourrait envisager un bouclier suffisamment gros pour protéger une petite ville ? Demanda Mustang

- Je sais pas... Souffla Serena

- Je peux te mettre quelques alchimistes pour collaborer avec toi, ça irait plus vite. Sayuri par exemple ? On sait tous que t'as du talent pour penser en dehors des cases. Tu pourrais bien aider Serena.

- Je suis à vos ordres, Mon Général.

- Dans l'idéal, je vais mettre le Colonel Armstrong sur votre groupe de travail. Il a un côté créatif qui pourrait faire avancer tout ça plus vite. Ça te va comme ça, Réna ?

- Je vais faire de mon mieux mais je garantie rien... Dit la jeune femme en hochant la tête

- Malo, ça tombe bien que tu sois là. J'aimerai bien que toi et Marcoh vous puissiez former des équipes de premier secours efficaces avec tes collègues médecins et biologistes, qu'ils soient alchimistes ou non. Vous l'aviez fait la fois précédente mais je pense qu'il faudra que tu en prennes la tête cette fois. Marcoh ne se sent plus la vigueur d'aller sur le terrain.

- Reçu Mon Général. Se contenta de répondre Malo

- Edward... J'aimerai que tu te concentres sur des techniques de combat et de défense rapprochés. Ça a toujours été ton point fort et tes connaissances de l'alchimie à distance seront utiles. Izumi, vous voulez bien travailler avec lui ? Demanda Mustang

- Bien sûr. Maël et Lolita tiendront l'École d'une main ferme pendant que je donne un coup de main à cette tête de pioche ! S'exclama Izumi

- Très bien. On va ignorer un peu les grands principes d'Olivia et demander à Alphonse de vous aider. Cessons un peu cette hypocrisie et reconnaissons que ce garçon est déjà remarquable. Le pays est en danger, je suis sûre qu'elle sera pas vexée. Ça vous va ?

- C'est parfait. C'est d'ailleurs ce que je me tue à vous dire depuis le début. Soupira Izumi

- Bien. Vous avez tous du travail. Souvenez vous de garder un peu de temps pour vous, pour vos familles et vos proches. C'est maintenant ou jamais.

Roy constata avec une certaine tristesse le regard bien trop sérieux et déterminé qu'il lisait sur chaque visage et se fit la réflexion que la plupart était bien trop jeunes pour être si habitués à ce qui les attendait. Il renferma ses préoccupations dans un coin de sa tête et descendit vers les étages inférieurs pour briefer les deux autres ordres. Izumi le suivit de près pour aller chercher Alphonse tandis qu'Edward se réfugiait dans son bureau. Alors qu'il préparait de quoi travailler, il ne faisait que se répéter qu'il avait su à quoi s'attendre, qu'il fallait bien que ça finisse par arriver. La guerre, on était censé s'y préparer quand on entrait dans l'armée. Mais une fois que l'échéance arrivait, on se trouvait un peu con. Perdu dans ses pensées, il n'entendit pas Serena s'approcher de son bureau et sursauta légèrement quand elle toqua à sa porte ouverte.

- Je viens voir comment tu vas... Dit la jeune femme à son regard surpris.

Elle avait un air sérieux et attentif, comme si elle s'attendait à ce qu'il explose en imprécation ou en larmes. Il tenta de sourire et dit :

- Ben ça va. T'inquiète donc pas pour moi.

- C'est ta première bataille, Ed. Ta première guerre.

- Oh, je dirais pas que c'est ma première fois. Faut que je te ré-explique pourquoi j'ai ma tête peinte sur un mur de la ville ? Je suis pas tout à fait un bleu.

- C'est pas ce que je dis, Ed. Je sais bien que t'as plus bataillé pour la sécurité de ce pays à toi tout seul que la plupart des jeunes officiers dans cette Maison. Personne ne met ça en doute. Mais c'est pas tout à fait pareil. On parle d'une bataille avec une armée. Un front. Un arrière. Des tentes de QG. Des ordres à respecter et des tactiques à suivre. Des soldats partout. C'est pas tout à fait la même ambiance que ce que t'as pu connaître. Donc je veux savoir comment tu vas. Après tout, t'avais plus ou moins jurer que plus jamais tu ne servirais d'arme humaine...

Elle avait un ton doux, mais ferme, sans aucune complaisance ni pitié. Il prit quelques secondes de réflexions et dit :

- C'est vrai que j'ai dit ça. Je le pensais vraiment. Que j'en avais fait suffisamment pour ce pays. J'ai suffisamment donné de ma personne. Mais bon...

Il reprit sa collecte d'ouvrages et de cahiers de travail tout en continuant de développer sa pensée.

- Alphonse et moi, on s'était dit qu'on ne suivrait plus le principe de l'échange équivalent dans la manière de mener nos vies. C'est vrai, j'ai déjà beaucoup sacrifié, mais il faut savoir donner plus que ce qu'on reçoit. Quand on peut faire ce que je peux faire et quand on sait ce que je sais mais qu'on se contente de rester dans son coin alors que des vies sont en danger, sous prétexte qu'on a déjà fait sa part... c'est trop facile. Le vrai dilemme dans la vie, il n'est pas entre le bien et le mal après tout. C'est un choix à faire entre le bien et la facilité. J'essaie de suivre le chemin du bien.

Serena l'écoutait attentivement et après qu'il eut finit de parler, elle se fit la réflexion que décidément, il lui serait véritablement impossible de cesser de l'aimer, ce garçon. Qu'elle aurait sans doute beau essayer, ne pas l'aimer relevait de l'absurde. Alors elle se contenta de répondre :

- OK. Hésite pas à venir demander un coup de main si t'as besoin.

Elle tourna les talons et tenta de se concentrer très fort sur le travail qui l'attendait mais Edward la rappela :

- Réna !

- Comment tu m'as appelée encore ?

- Pardon. Et toi ?

- Comment ça et moi ?

- Comment ça va ?

Elle haussa les sourcils et sourit d'un air désabusé :

- Pour le coup, c'est vraiment pas ma première guerre non plus. Ça va.

- Première guerre ou pas, c'est contre ton monde que tu te bats. C'est chez toi.

- Je sais. C'est pas un problème. Crois moi que c'est vraiment pas un problème.

Un éclair de colère, voire de haine vint habiter les yeux magnifiques de Serena et Edward se sentit naitre une haine toute aussi profonde envers le Gouvernement Unique qui avait eu l'audace d'installer une émotion si laide dans des yeux si beaux.

*o*

Les alchimistes travaillèrent d'arrache pied tout le long de la journée jusqu'au soir. Ce fut la Générale Armstrong en personne qui vint les visiter et rappela les instructions données par Mustang plus tôt dans la journée : profiter de leurs proches et du temps libre qu'il leur restait. Izumi courut retrouver son cher et tendre, Alphonse se décida à profiter de la soirée que ses camarades d'école lui avait concocté et Edward quitta le bureau en dernier pour rejoindre son appartement. Avant de partir, il jeta un œil vers le bureau de Serena. Ses deux sœurs s'y étaient invitées. Alicia discutait tranquillement avec Sayuri et Léna s'accrochait avec enthousiasme aux galons du Général Mustang, qui participait avec bonne humeur aux jeux de la petite fille. Un portrait de famille. Le genre d'environnement doux et sécurisant, où on peut s'autoriser à faire tomber ses barrières. Serena souriait largement. Il croisa son regard et, malgré la distance, put sentir que les défenses de la jeune femme se redressaient immédiatement. Il lui fit un signe de la main et tourna les talons. Une drôle de mélancolie lui prenait les tripes et le trajet jusqu'à la caserne ne fut pas de trop pour qu'il enferme ce sentiment dans le coffre de son esprit. Sa discipline mentale fut efficace puisqu'il se sentait parfaitement disponible à ce qui l'attendait quand il ouvrit la porte de son appartement. Sur la table de la cuisine l'attendait une tarte aux pommes fraichement cuisinée et son auteure se tenait bien droite à côté.

- Alors tu vas repartir faire la guerre ? Demanda Winry d'une voix serrée

- J'en ai bien peur... Sourit Edward en retirant ses chaussures

- Il faut absolument que je refasse une révision de ton automail avant que tu partes ! C'est important qu'il fonctionne parfaitement. T'es absolument certain que tu veux pas que je te mette un accessoire du genre une lame ou un petit canon ? Ça te serait vraiment utile dans ce genre de moment, on sait jamais ! Tu sais que j'y arrive sans endommager la structure durablement et c'est à peine plus d'entretien ! On peut espérer que t'ai pas à t'en servir mais tu seras content si jamais t'es confronté à un genre de situation où tu pourrais en avoir besoin ! Et il faut que je te donne de l'huile et des rouages d'entretien, c'est vraiment important que tu...

Edward s'était rapproché et interrompit son babillage en la prenant dans ses bras sans dire un mot. Elle ferma les yeux et le serra plus fort contre elle en murmurant :

- Mais pourquoi fallait que t'y retournes ?

- Parce que ces gens veulent nous détruire, Win... Ils voient pas le problème à nous exterminer tous... On peut pas se contenter de rien faire. Répondit calmement Edward

- Mais vous en avez déjà fait tellement...

- Qu'est ce que tu veux que je te dise, les méchants n'arrêtent jamais de vouloir faire des trucs de méchants, c'est pas ma faute.

- Moi, je me retrouve encore dans la position de celle qui attend sans rien faire... Soupira la jeune mécanicienne d'un air malheureux

- Je suis sûr que t'auras plein de travails. Des gens comme moi à équiper ou à réparer.

- Permets moi de pas en sauter de joie.

- Je te permets. On peut manger ? L'odeur de cette tarte m'obsède complètement, je pense qu'à ça depuis que je suis entré ! Sourit Edward

- T'es vraiment le plus immonde des goujats ! S'exclama Winry d'un ton faussement outré.

Elle se détacha de lui pour mettre ses deux mains de chaque côté de son visage et l'observer sérieusement. Il était plus grand qu'elle maintenant et elle ne s'y ferait jamais vraiment complètement. Elle demanda, très sérieusement :

- Tu peux me promettre que tu vas revenir ?

- Ça me semble pas très raisonnable. Sourit Edward avec un ton d'excuse

- Et depuis quand t'es raisonnable ? S'étonna Winry en souriant.

*o*

Les quelques jours suivants passèrent à toute vitesse. Les différents groupes de travail avançaient bien, à l'exception notable de celui de Serena. Pour elle qui avait une connaissance presque parfaite des échanges d'énergies et de particules depuis son passage dans la Vérité et de part son ancienne pratique de la noétique, l'alchimie énergétique lui semblait parfaitement naturelle. Mais elle avait bien du mal à l'expliquer à d'autres alchimistes, pourtant connus pour leur créativité et leur ouverture d'esprit. Malheureusement, Serena perdit plus de temps à essayer d'expliquer les boucliers à son groupe de travail qu'à faire en sorte de les améliorer. Un soir, Mustang se décida à se pencher sur la question. L'état major comptait sur la réussite de ce projet et lui mettait une pression incroyable. Malgré tout, il n'avait pas osé interdire à Serena de participer à la soirée qu'organisait le comité des Expatriés pour honorer la mémoire de Guccio et de tout ceux tombés pendant les Fuites. Roy, considérant la cause à demi perdue, alla donc solliciter Edward, qui s'apprêtait à partir :

- Tu comprends ce que fait Serena avec son alchimie, Fullmetal ?

- J'ai lu son mémoire, ça m'a semblé brillant mais tout à fait compréhensible. Répondit-il

- Et t'as de l'expérience en noétique et en physique des particules ? Continua Roy

- Ben oui mais quel rapport avec...

- Viens avec nous. On galère !

Avec un soupir, Edward obéit à l'ordre de son supérieur de mauvais grâce. Mais il se trouva bien trop passionné par les questions posées par Roy, Alex et Tim Marcoh, réunis en toute hâte pour trouver une solution de dernière minute. Ils essayèrent de bâtir quelque chose de convaincant à partir des travaux de Serena, Marcoh trouva même une solution qui leur sembla tout de suite bancale. Exaspéré, Roy ordonna à un soldat d'aller tirer son apprentie adorée de sa soirée. Elle se pointa dans un drôle d'état.

- Ben alors les nuls ! On a besoin de moi ?

Elle ne flancha absolument pas devant les regards noirs que le groupe lui lança. Ses joues roses et sa démarche hésitante auraient sans doute suffit à mettre la puce à l'oreille à n'importe qui, mais son état d'ébriété fut confirmé par le très grand verre d'alcool qu'elle tenait à la main. Elle en but une grande gorgée et ajouta avec un bel aplomb :

- Ça sent le vestiaire de gymnase dis donc. Que des bonhommes. Vous parlez de quoi ? De grosses voitures ?

- Commandant Wolfe, il s'agit d'une réunion stratégique ordonnée par l'état major concernant l'amélioration des boucliers alchimiques et… Commença Mustang sur un ton très officiel

- Oh, prends pas ce ton là avec moi, ma petite allumette. Je sais que tu manges des pancakes en forme de cœur le matin... Gloussa la jeune femme

- Bordel de... Serena, me dis quand même pas que t'es cuite à ce point ? S'énerva Mustang, en perdant toute sa stature militaire pour adopter celle d'un grand frère très mécontent.

Edward était très occupé à ricaner, comme à chaque fois qu'il entendait Serena l'appeler « petite allumette » et Marcoh cachait aussi difficilement son amusement. Ce fut Alex Louis Armstrong, toujours drapé dans sa dignité toute familiale, qui posa les choses et prit le parti de résumer leur problématique :

- L'état major pense que l'ennemi va s'en prendre à la métropole d'East City. Le risque d'endommagement d'infrastructures vitales est donc prééminent.

- Infa… Infru… Infrastucu… Ouais, ça serait grave dommage qu'on casse tous les jolis bâtiments. Mais après, ça fait bosser les collègues et c'est cool ! Moi j'aime bien les missions de construction. C'est comme des gros Lego ! Affirma Serena avec un hochement de tête et une gorgée supplémentaire

- Hum. Certes. Il apparait donc comme une priorité de pouvoir les protéger et les boucliers alchimiques que vous êtes parvenu à mettre au point nous semblent particulièrement prometteur

- Évidemment que c'est prometteur puisque c'est moi qui ait fait ! Dit la jeune femme d'un ton joyeux

- Il y a toujours la problématique de la taille des boucliers. La question de la stabilité est notre obstacle majeur et comme vous le constatez, Commandant, il se trouve que nous avons essayé de le résoudre en votre absence mais nous traversons certaines difficultés qui nous…

- Ah ouaaaaaaiis… C'est foireux. C'est grave foireux votre truc. Faut pas bosser sans moi les gars. Qui c'est qui a fait ça ? Dit Serena en s'approchant du tableau de sa démarche hésitante

- C'est moi… Reconnu doucement Marcoh

- Oooooh. Mince. J'voulais pas vous vexer, M'sieur le directeur. Je vous aime bien. Mais bon c'est foireux quoi.

Marcoh ne semblait pas vexer pour un sou et continuait de sourire de tendresse face à l'état d'ébriété de son alchimiste. Mustang fulminait dans un coin et Alex Louis continuait d'essayer de tirer cette conversation vers le haut.

- L'opinion de ma très chère apprentie nous serait sans doute utile. Elle a toujours été remarquable de talent dans l'élaboration des cercles de transmutation. Nous rejoindra-t-elle bientôt ? Demanda Alex Louis, tout gonflé de fierté à l'évocation de sa remarquable apprentie

- Parlez de Sayu ? Oh, elle est pas disponible. Ricana Serena

- Pourquoi donc ?

- Ben si vous me trouvez bourrée, vous l'avez pas vue. Elle arrive même plus à faire des glaçons pour rafraichir la picole. Ce qui est dommage. On doit boire tiède.

Elle soupira comme si il s'agissait d'un drame national. Mustang sembla décider qu'il n'avait rien à tirer de sa chère apprentie et reprit la conversation avec Alex et Tim. Serena gardait son regard flou fixé sur le tableau et commença à se balancer légèrement sur elle-même. Un peu en retrait, Edward l'observa quelques secondes. Elle se balançait de plus en plus sur elle-même, faisant voleter les pans de sa jolie robe blanche. Il remarqua qu'elle se boutonnait sur le devant. Entre ça et ses longs cheveux détachés, elle aurait presque eu un air angélique si elle n'avait pas l'air si bourrée. Il n'avait jamais aimé la voir boire et aujourd'hui ne faisait pas exception. Il soupira et se décida à intervenir :

- Arrête un peu de te balancer, tu vas tomber

- Je fais ce que j'veux !

Il lui retira son verre avec une facilité déconcertante, ce qui la fit immédiatement réagir :

- Hey ! Rends moi ça, c'est pas à toi !

- Je crois que t'as assez bu, Réna… Dit-il à voix basse

- Nan ! Donne ! C'est à moi ! Arrête d'être méchant !

- Arrête de faire l'enfant un peu. Dit il avec un sourire mal dissimulé

- Je fais pas l'enfant, j'fais l'alchimiste d'abord. C'est toi qui a eu l'idée de la correction de l'équilibre des matières ?

- Ben ouais.

- Ben je te ferai dire que ça aussi, c'est foireux. T'es pas censé être un génie Fullmetal ? Genre une sorte de légende et tout ? C'est giga foireux !

- Et ben puisque t'es plus maligne que tout le monde, tu peux pas donner un coup de main, sale gosse ! Explosa Mustang à l'autre bout de la pièce.

Elle fit peu de cas de la colère de son maitre et fit un grand sourire lumineux.

- Vous êtes mignons. Faut commencer par pointer les problèmes. Il y a... un, deux, trois, quatre, cinq... CINQ déséquilibres qui peuvent provoquer des rebonds de malades mentaux. C'est con… condé.. considéruble ? Enfin, c'est beaucoup quoi…

Elle reprit son verre des mains d'Edward, le termina d'un trait et s'approcha du tableau. Sans se démonter, elle débita à toute vitesse :

- En remplaçant les runes de feu par des runes d'air déjà, on solutionne la question de la stabilité. Ensuite, on supprime le second sous cercle et on retire les oscillations pentaclique parce que c'est moche et j'aime pas. Et surtout que ça fait osciller l'énergie et on a pas besoin de ça. Pour rajouter à la puissance perdue, vous rajoutez des runes de feu en pentagramme mais dans la dernière sous structure. On stabilise tout ça avec une rune de terre dans le cœur du cercle. Et on a solutionné le gros du problème déjà.

Tout en débitant ses solutions, elle corrigeait le tableau au fur et à mesure qu'elle parlait. Une fois qu'elle eut terminé, elle fit quelques pas de recul, regarda son œuvre d'un air parfaitement satisfait, semblant ignorer les regards incrédules posés sur elle. Edward en était même à se demander si il ressentait un élan de désir incontrôlable ou si c'était simplement de l'admiration purement intellectuelle. Serena essaya de reprendre une gorgée de son verre vide, grimaça de dépit et continua

- Reste toujours le problème de la fluidité de la circulation de l'énergie mais si vous me laissez encore cinq minutes, je pense que…

- Un hexagramme. Dit alors Edward

- Kestudi ? Bredouilla-t-elle

- Si t'ajoute un hexagramme sur le fond du cercle principal, ça donne plus d'ampleur à la transmutation sans perturber la stabilité et ça a l'avantage de faciliter la circulation des flux entre les sous cercles. Précisa le Fullmetal

- Oooooh ben voilà, ça c'est de l'idée qu'elle est bonne ! Franchement, je suis soulagée que ça soit toi qui l'ait eu !

- Ah bon ? S'étonna Edward en l'observant ajouter son hexagramme au tableau

- Voui. Parce que vous étiez tous bête et ça foutait en l'air ma dernière théorie...

- De quelle théorie tu parles ? Demanda Roy en l'observant d'un air interdit

- Celle qui dit que je couche qu'avec des mecs intelligents parce que j'ai quand même une image absolument déplorable de mon père et que j'essaie de compenser.

Un silence stupéfait tomba sur la pièce et Edward sentit qu'il rougissait de la tête aux pieds. Sans se rendre compte de la gêne qu'elle avait provoqué, Serena termina la formule en disant :

- Et comme j'essaie de travailler là dessus dernièrement, ça m'embêtait d'avoir tord. Mais bon, finalement ça va puisqu'Edward est brillant à nouveau donc j'avais raison. J'ai toujours raison en fait.

Elle balança la craie dans un coin de la pièce, soupira avec satisfaction avant de s'en aller vers la sortie en fanfaronnant :

- Allez, c'est bon, j'ai sauvé la Patrie ! Maintenant, je retourne à ma soirée parce que mon verre est vide et ça me rend très très triste. Vous savez où j'habite, vous m'enverrez ma médaille par la poste ! Bisous les copains !

La pièce était silencieuse comme après le passage d'une tornade. Armstrong s'éventait avec sa main gauche, d'un air absolument outré. Marcoh lui, admirait avec un petit sourire la théorie terminée. Edward essayait de se remettre de ses émotions et Mustang se pinçait le nez avec humeur. Il finit par marmonner :

- Franchement, Fullemtal, je sais pas comment t'as fait…

- Oh, c'était facile. Je sais pas si vous avez remarqué mais elle est quand même très très très bien foutue

- Dis donc ! Ça suffit !

- C'est vous qui avez demandé !

*o*

Le lendemain matin, Edward fut tiré d'un rêve très agréable par la sonnerie du téléphone dans son appartement.

- Quoi ? Gueula-t-il dans le combiné

- Doucement Ed ! Répondit la voix du Général

- Il est 5 heure du matin, crachez votre message, que je retourne me coucher.

- Abandonne tout de suite cette idée. Les variations énergétiques ont augmenté. L'attaque est imminente. On est déployé. Rassemble tes affaires et dis au revoir à ta copine. Dis à ton frère de faire la même chose.

- Mon frère ? Je vous rappelle qu'il est même pas encore apprenti ! S'offusqua Ed

- Ouais ben Armstrong a compris que ça servait à rien de jouer les hypocrites et elle lui accorde une exception. Il vient aussi sur le champ de bataille

- C'est hors de question !

- Ça, c'est peut être à lui de voir. Grouille toi !

Évidemment, Alphonse refusa absolument de rester en sécurité si sa présence était requise sur le champ de bataille. Les deux frères préparèrent leurs affaires à grandes vitesses et le cadet sortit en premier de l'appartement pour laisser son ainé seul avec Winry. Alors qu'il la serrait contre lui et écoutait ses sempiternelles recommandations à propos de son automail, il lui demanda d'un ton bizarre :

- T'as bien une robe blanche qui s'attache sur le devant toi ?

- Euh... Ben oui. Je la mets surtout l'été mais... pourquoi tu demandes ça d'un coup ? S'étonna Winry

- Rien d'important. Un rêve bizarre.

Elle se détacha de lui pour le regarder bien dans les yeux. Elle restait inquiète mais il y avait une vraie force qui s'était peinte sur son visage. Elle lui mit les mains sur les épaules et lui dit :

- Essaie quand même d'être prudent. Et fais gaffe à ton automail.

- Fanatique de la mécanique…

Il l'embrassa rapidement avant qu'elle ne puisse se défendre et quitta la pièce après quelques minutes. Son coeur battait vite et il mit une main sur l'épaule de son frère qui l'attendait dans le couloir :

- T'es prêt à y retourner frangin ?

- Si on est ensemble, grand frère, ils ont aucune chance !

*o*

Alors que les deux frères arrivaient à la Maison des Alchimistes, ils furent arrêtés par le surgissement soudain d'un énorme bouclier doré qui englobait toute la structure. Pantois, ils l'observèrent quelques secondes et Edward murmura :

- De la lumière...

- Un bouclier alchimique géant... Incroyable... Continua son frère.

Ils tentèrent de pénétrer dans la Maison mais le bouclier était infranchissable. Heureusement, il se rétracta très vite et ils ne furent pas surpris de retrouver Serena, assise en tailleur au milieu du hall en face d'un cercle complexe qu'elle avait dessiné sur le sol. Malgré son exploit, elle avait l'air complètement défaite et Edward prit un plaisir non dissimulé à parler le plus fort possible :

- Hey ! Ça va ? C'était pas trop mal ce que tu viens de nous faire là !

- Vas y, parle moi fort, Ed ou je te jure que je vais te... Grommela Serena en mettant une main sur son front

- Hey, c'est moins drôle les gueules de bois quand on a plus la noétique pour se nettoyer le corps rapidement, pas vrai Maitre Jedi ? Ironisa Ed, toujours sur le même ton

- Je regrette absolument rien et faut que t'arrête de me faire chier avec ma consommation d'alcool, ça me saoule... Soupira la jeune femme

- T'es incapable de regretter quoi que ce soit, t'es bien trop butée. Commenta Edward d'un ton amusé et toujours aussi sonore

- Je prends ça comme un compliment ! Affirma Serena, bravache

- Tu peux, c'en était un ! Sourit Edward

- Ça va aller quand même ? Pour le trajet et tout ? S'inquiéta Alphonse en l'aidant à se relever

- Mais oui... Malo sait faire des miracles. Là, il me laisse mariner pour me donner une leçon mais guérir les gueules de bois grâce à l'Alchimie, c'est un des premiers trucs qu'il a mit au point. T'as été à l'École Alchimique comme moi, tu sais que ça devient très vite nécessaire comme technique.

*o*

La brèche au dessus d'East City était béante et crachait régulièrement avions et drones qui répandaient le feu d'une technologie inconnue aux citoyens d'Amestris. La technique aurait été dramatique pour la métropole de l'Est sans les boucliers mis au point la veille par Serena. Si on ajoutait la présence de la jeune femme et de son maître, les engins n'avaient aucune chance. L'armée de Gouvernement Unique connut alors les souffle augmentés, qui déchainaient la puissance des flammes de Mustang en une force lumineuse encore plus destructrice. À la tête d'un bataillon de soldats, Edward avait pour consigne de s'occuper des quelques troupes au sol, en compagnie de son maitre et de son frère. Ne supportant décidément pas la vue de Mustang mettant régulièrement le feu au corps de Serena, il se jetait dans la bataille et faisait preuve à tout le monde qu'il n'avait pas usurpé sa réputation de légende. Le front de l'Est ne fut absolument pas un problème pour l'armée d'Amestris, qui eut en plus le plaisir de voir arriver un contingent express venu de Xing en renfort. Les soldats de l'empereur furent bien accueilli car il fallut déployer l'armée sur Central en quatrième vitesse. Une seconde brèche avait été ouverte au dessus de la Capitale et vomissait des bataillons formés à la guérilla urbaine. Malheureusement pour eux, les citoyens de Central avaient un souvenir très fort de la bataille menée dans leur ville par les homonculus. Ils en avaient tiré de très bons réflexes d'auto défense et un attachement viscéral à leur ville. Le temps que mit l'armée à retourner à Central ne fut donc pas si bien mis à profit par l'ennemi, qui se fit balayer par les soldats et les alchimistes praticiens qui arrivèrent en premier pour sauver la ville. À la tête de l'une des formations se trouvaient Sayuri, qui fut outrée de voir qu'une large majorité des soldats étaient des japonais fanatisés, qui salissaient le nom de son empereur. Sa bravoure et son courage lui permit de récolter une médaille qu'elle rangea sagement dans son bureau pour ne plus jamais la regarder. Malo démontra de son côté qu'il n'avait pas peur d'avancer sans presque aucune arme sur le champ de bataille et que sa capacité d'organiser les équipes médicales étaient remarquables d'efficacité. L'état major lui proposa pour la deuxième fois de passer Premium, ce qu'il refusa une fois de plus pour le plus grand dépit de Serena. Les Batailles de Central et East City contre l'Autre Côté furent donc à nouveau une victoire éclatante d'Amestris et de ses alliés, ce que le Président Ross tonna avec fierté dans un Parlement fébrile. Il faudrait encore reconstruire. Il faudrait encore panser les plaies et retrouver les cauchemars angoissants qui habitaient les nuits de ceux qui menaient ces batailles. Mais, encore une fois, encore un peu, on avait repoussé l'ennemi de l'Autre Côté de la Porte. Et on espérait, encore une fois, que cette fois serait la dernière. Dans l'attente, on avait besoin de bonnes nouvelles. La première d'entre elle fut délivré par Olivia Armstrong. En effet, celui qui tira le plus de bénéfice personnel de la victoire éclatante d'Amestris fut Alphonse Elric. Son sang froid et ses capacités alchimiques évidentes firent que la Générale des Armées céda enfin et décida d'accorder au jeune homme de passer les examens secondaires pour devenir Alchimiste d'État après seulement 6 mois de formation à l'École d'Alchimie.