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7 – Singularity

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Potter avait fini par se calmer.

Severus lui avait de nouveau administré une potion de Sommeil sans Rêve et le jeune homme avait sombré, non sans protester, dans les bras de Morphée. Puis il l'avait déshabillé et porté jusqu'à sa chambre, prenant soin de le coucher avec une délicatesse surprenante pour quelqu'un de son caractère. Il avait bordé le garçon comme il l'aurait fait avec un enfant en bas âge. Après tout, ce n'était pas si différent.

Potter ne pesait rien dans ses bras. Il n'avait jamais été bien gros, bien sûr, mais il était loin du poids qu'un adulte de 24 ans en pleine forme aurait dû peser.

Severus était inquiet. Le jeune homme avait toujours eu une constitution frêle, conséquence d'une enfance passée chez les Dursley, où il avait été mal nourri, maltraité, mal tout ce que l'on voulait. Mais cette époque était révolue depuis longtemps et Potter aurait dû s'en remettre.

Restaient les cinq années durant lesquelles il avait disparu. Qui Harry avait-il fréquenté ? Chez qui avait-il logé ? Comment avait-il survécu ? Dans quelles conditions ? Quels nouveaux traumatismes avait-il développé après la guerre ? Quelle terrifiante créature le dévorait donc de l'intérieur sans que personne ne puisse rien y faire ?

Severus passa une main pensive dans les cheveux du garçon, effleurant les mèches désordonnées avec une tendresse qu'il ne se connaissait pas.

Les vacances tombaient à point nommé. Il avait laissé Potter respirer, faire ce que bon lui semblait. Il était désormais temps maintenant de remettre un peu d'ordre dans sa vie. Il repensa à James et à Lily. On ne pouvait plus rien pour les morts. Mais il restait encore les vivants.

Bien sûr, il ne comptait pas emprisonner Harry. Il serait libre de partir quand il le désirerait.

Ou de rester.

Severus se leva de la chaise où il était assis et sa silhouette se découpa dans la lumière tamisée de la chambre.

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De Pré au Lard, ils avaient directement transplané jusqu'à Glencolmcille, puis, ils avaient marché un peu, longeant les côtes et quittant le village pour s'aventurer un peu plus dans la campagne. C'était là, enfin, que Potter avait pu découvrir le domaine Prince.

« C'était le nom de ta mère, n'est-ce pas ? » demanda Harry en observant la maison qui se dressait devant eux.

Severus hocha silencieusement la tête. Potter s'en souvenait donc. La demeure n'était pas aussi grande ni aussi opulente que le manoir des Malfoy, mais elle dégageait un certain charme, une tranquillité bienvenue. La maison en pierres grises semblait s'harmoniser parfaitement avec le paysage sauvage environnant, offrant une vue imprenable sur l'océan déchaîné.

Severus désigna de la main un point lointain : « La plage de Malin Beg est pittoresque. Je ne saurais que te conseiller d'aller y faire un tour. »

« Tu m'accompagneras ? »

Snape laissa un souffle moqueur s'échapper de son nez. Potter était un poussin et lui, la mère poule. Il ne voyait pas d'autre explication. Il poussa d'une main le petit portillon de fer forgé qui menait au jardin de sa maison. Il semblait morne en hiver, car les plantes étaient assoupies sous une fine couche de givre mais, en été, des fleurs sauvages s'y développaient en nombre, créant un patchwork multicolore et Severus se prit à penser qu'Harry aimerait probablement voir ça.

« Je vais te montrer ta chambre. Tu pourras y poser tes affaires. » Il guida Harry à travers le couloir étroit, s'arrêtant devant une porte en bois sombre qu'il poussa doucement.

C'était la première fois que le professeur de potions amenait quelqu'un dans l'une de ses résidences. Une légère nervosité l'envahit, et il se sentit obligé de préciser : « C'est petit… mais j'espère que tu y trouveras satisfaction. »

La chambre était simple mais accueillante, avec des murs peints dans des tons apaisants et un lit recouvert d'une couverture épaisse. Une petite fenêtre offrait une vue imprenable sur la campagne environnante.

Il sentit la main d'Harry effleurer la sienne et il ne recula pas à ce contact : « C'est le plus bel endroit que j'ai jamais vu. »

C'était peut-être exagéré, mais Severus sentit une onde de chaleur le traverser à ces mots. Il y avait quelque chose de réconfortant dans le fait qu'Harry apprécie cet endroit qu'il avait si soigneusement préservé.

« Ha. Une dernière chose : Noxie ! »

Un pop retentit derrière eux et une petite elfe de maison à l'allure frêle apparu. « Le maître est de retour ! Noxie est si heureuse ! »

Severus soupira : « On entre comme dans un moulin ici. Tu pourrais être un peu plus attentive aux allées et venues. »

Noxie laissa un rire la secouer : « Mais Maître, ici, personne ne vient jamais ! »

Harry haussa un sourcil. Il devait être surprit du ton si familier que l'elfe employait avec lui.

Il n'y avait qu'un seul elfe au domaine. Il n'y avait pas besoin de plus. Severus s'amusait souvent d'elle : ses oreilles pointues semblaient bien trop grandes pour sa tête, et ses yeux globuleux, d'un bleu plus scintillant que l'océan, brillaient d'une étonnante vivacité. Souvent, sa voix, aiguë et chantante, résonnait dans les couloirs, accompagnée du claquement de ses petits pieds nus qui trottinaient rapidement d'une tâche à l'autre. Elle avait une démarche légère et gracieuse, presque dansante.

Elle portait toujours autour de son cou un petit collier orné d'une pierre bleue, un cadeau du maître de maison, qu'elle chérissait profondément. Cette pierre semblait avoir une signification particulière pour elle, et elle la touchait souvent, comme pour se donner du courage ou pour se rappeler de ses devoirs.

Quand elle vit qu'Harry l'observait avec attention, elle s'inclina légèrement devant lui : « Le Maître a ramené un invité. Il aurait pu prévenir à l'avance. » Elle laissa sciemment la lumière du soleil s'accrocher sur son collier et offrit au garçon un sourire confiant : « Noxie voit que l'invité regarde son bijou. C'est le Maître qui l'a offert à Noxie car elle fait un excellent travail. »

« Ça suffit. » Grogna Severus.

Harry plissa les yeux : « Moi aussi je fais de l'excellent travail. »

« Mais le Maître ne vous a rien offert du tout. »

« Noxie. - Le ton était sec et il était clair que la conversation devait s'achever là. – Si Monsieur Potter a besoin de quoi que ce soit, je compte sur toi pour le servir aussi bien que tu le fais avec moi. »

Noxie renifla avec dédain et Severus crut bon de devoir insister : « Aussi bien, Noxie. Si ce n'est mieux. C'est bien compris ? »

« Noxie fera tout ce que le Maître désire. Même si elle n'en a pas envie. » Et elle disparut sans plus attendre dans un nouveau « pop » sonore.

Severus soupira. Il avait quitté l'insolence de ses élèves pour trouver l'insolence de son elfe. Décidemment, rien ne changeait dans ce monde.

Il allait sortir de la chambre quand il sentit la main d'Harry s'accrocher à la sienne : « Tu ne m'as jamais rien offert… »

Le potionniste se retourna, cherchant à croiser le regard de Potter, mais ce dernier avait détourné la tête. Il n'était tout de même pas jaloux, n'est-ce pas ? Pas d'un elfe de maison ? Les doigts du jeune homme jouaient sur sa paume, suivant lentement les lignes de sa main. Il reprit, toujours sans le regarder : « Offre-moi quelque chose. N'importe quoi. »

Il avait peut-être été trop indulgent. Envers tout le monde.

« Encore faudrait-il le mériter… »

Potter lui lança un coup d'œil assassin et Severus retint avec difficulté un sourire. Puis il ouvrit légèrement son manteau et tira de l'une de ses poches intérieures une baguette. Celle du Seigneur. Enfin… celle du gamin désormais.

« Ha, c'était toi qui l'avais… » grogna Harry sans faire mine de vouloir la récupérer.

« Je te laisse une semaine. » Dit Severus en refermant les doigts d'Harry sur l'arme.

« Une semaine pour quoi faire ? »

« Pour la maîtriser totalement. »

Harry s'ébroua. 'Un labrador' pensa Snape avec sarcasme.

« Non. » Le ton était catégorique, mais le professeur de potions n'avait pas dit son dernier mot : « Deux raisons : la première, cela atténuera tes crises de magie instinctive et Merlin sait que l'on en a besoin, tous les deux. Dans l'idéal, je voudrais arriver à te faire dormir sans potion. Mais pour ça tu dois maîtriser tes émotions et tes pouvoirs. La baguette canalisera tout ça. »

Potter eut un air encore plus sombre : « Je n'utiliserai pas ce truc. »

C'était juste un morceau de bois, un outil qui n'avait intrinsèquement aucun biais moral. Mais le garçon semblait croire que l'objet était maudit. Pas seulement parce qu'il avait appartenu au Seigneur des Ténèbres, mais tout simplement parce qu'il renfermait de la magie. Il semblait vouloir se dissocier de tout artefact ou acte magique. Pourtant, son subconscient l'avait conduit à Poudlard, où il était devenu enseignant. Et cette contradiction révélait la lutte intérieure qu'il devait mener contre lui-même.

Severus laissa un demi-sourire naître sur ses lèvres. Il allait définitivement réconcilier Potter avec sa véritable nature : « Tu dis ça parce que tu n'as pas entendu la deuxième raison. »

Le gamin leva vers lui un regard méfiant et Severus ne put s'empêcher de saisir entre ses doigts son menton, forçant un contact visuel plus direct : « Si tu arrives à la maîtriser en moins d'une semaine, ce dont je doute fortement, alors je t'offrirai quelque chose pour noël. »

Harry recula légèrement et un son sifflant et menaçant sortit de sa gorge : « Tu n'as pas intérêt à te dédire, Professeur. »

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Le résumé des feignasses. - 7

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N : Le Maître me préfère.

HP : Non. C'est moi qu'il préfère.

N : Non.

HP : Si.

Fin.

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