.
6 - Horizon
.
Severus avait enfin quitté ses robes d'enseignant. Il se sentait mieux, en simple pantalon droit et t-shirt. C'était plus confortable. Il n'aimait pas, en général, montrer à quiconque sa peau labourée par les maléfices, les potions et les actes de tortures, mais Potter savait déjà. Avait déjà vu. Alors il pouvait se permettre de se mettre à l'aise chez lui. Il y avait toujours cette marque infâme sur son bras qui le troublait, mais il devait faire avec…
Ils avaient mangé, puis Potter avait disparu dans sa chambre et Severus ne l'avait plus revu de la soirée. Il soupçonnait bien la raison pour laquelle le jeune homme l'avait quitté si précipitamment, et cela le fit sourire. Le garçon était un petit génie, et s'il s'en donnait vraiment la peine, il retrouverait toute sa puissance en moins de temps qu'il ne le fallait pour le dire.
Comme il s'attendait à ce regain de motivation, il avait laissé dans la chambre d'Harry plusieurs fioles de potion de Sommeil sans Rêve. Il le laissait pour ainsi dire en totale autonomie.
Il s'allongea sur son lit et se perdit dans ses pensées. Les derniers événements l'avaient poussé à réévaluer bien des choses. Lui qui avait toujours vécu une vie solitaire, il se prenait pourtant, ces derniers temps, à apprécier la présence de Potter et il ne pouvait plus ignorer l'importance qu'il avait pris dans sa vie. Le garçon lui était aussi insupportable qu'indispensable et il n'imaginait pas le jour où ce dernier le quitterait pour vivre d'autres aventures.
Merde. Il était mordu, c'était clair. Et c'était franchement ridicule.
Ce fut ainsi que le sommeil le surprit et il s'endormit sans même s'en apercevoir.
.
La nuit était tombée depuis longtemps et Severus se réveilla en sursaut. Quelqu'un était dans sa chambre. Sa main glissa silencieusement sous son oreiller pour s'emparer de sa baguette, qu'il gardait toujours à proximité en cas d'urgence. Doucement. Tout doucement.
Parfaitement immobile, il attendait.
Le matelas s'affaissa légèrement de l'autre côté du lit et il sut : qui d'autre que Potter aurait l'audace de se glisser sous ses draps au beau milieu de la nuit ? Ce sale mioche borné.
Il le sentit s'approcher et un souffle léger, presque imperceptible, caressa son visage. C'en était trop. Severus bougea d'un geste vif, attrapant le bras de Potter avec une force impitoyable. En une fraction de seconde, il le plaqua contre le lit, se positionnant au-dessus de lui, et planta sa baguette dans son cou.
« Potter… si tu cherches la mort, je peux te l'apporter. »
Il vit les deux émeraudes scintiller à la lueur de la lune : « Je... je ne pouvais pas dormir… » Il avait l'air innocent et son petit jeu naïf aurait pu prendre au piège n'importe qui. Mais Severus était Severus. Sa respiration était haletante mais le Serpentard le connaissait désormais trop bien pour savoir que ce n'était pas de la peur.
Il resserra un peu plus sa prise sur le bras de Potter et sa baguette s'enfonça plus profondément dans la peau tendre de son cou. « Mauvaise réponse. »
Un ricanement retentit : « D'accord. Disons que j'ai menti. - Et il passa ses bras autour des épaules du plus vieux pour l'attirer à lui – C'est plus fort que moi… je te trouve toujours affreusement bandant quand tu es en colère. »
Severus sentit une vague d'irritation le submerger. Mêlée d'un tout petit peu de désir, peut-être. Il relâcha son emprise, retirant sa baguette du cou de Harry, mais ne se recula pas pour autant : « J'aurai pu te faire mal, réellement. »
Harry éclata de rire, un son rauque et provocant. Il se rapprocha un peu plus de Severus. Leurs visages étaient maintenant à quelques centimètres l'un de l'autre. « Je veux que tu m'embrasses. »
« Et moi je veux que tu dormes. » Son ton était intransigeant.
« Embrasse-moi. Rien de plus, promis. »
Severus soupira : « Tu as fait des progrès ? »
« Oui… » murmura Harry en laissant une main baladeuse glisser sous le t-shirt du Serpentard.
« Tu as l'air bien sûr de toi… Je vérifierai, tu le sais. Faisons un marché, puisque c'est comme ça que tu fonctionnes : nous ferons un combat. Si tu gagnes, tu pourras me demander une chose. Celle que tu veux. Si je gagne par contre… »
« Je vais gagner. - Le sourire de Potter était carnassier. - Oh Merlin oui, je vais gagner. Tu ne feras jamais le poids contre moi. »
« Nous verrons. Tu es sensé maîtriser ta magie d'ici la fin de la semaine. Nous combattrons à ce moment-là. »
« Donc… tu m'offriras un cadeau et tu réaliseras mon vœu ? Les deux ? »
Severus savait qu'il venait de se tirer une balle dans le pied. Mais une promesse était une promesse : « Oui. »
Harry plaça brusquement un bras sur ses yeux et un fou-rire le secoua. Snape demeura un instant interdit. Il n'arrivait décidemment pas à comprendre les réactions du garçon. Dans la lumière pâle de la lune, il pouvait voir ses dents blanches, légèrement effilées, luire faiblement. Ce fut plus fort que lui : il brisa les quelques centimètres qu'il restait entre eux et posa ses lèvres sur celles de Potter, juste pour faire cesser son rire de dément.
Harry se figea et son rire mourut instantanément dans sa gorge. Puis, presque immédiatement, il laissa échapper un geignement et enfonça une main dans les cheveux de Severus, l'attirant encore plus près de lui pour approfondir le baiser.
Son autre main, restée sous le t-shirt de Severus, qui suivait obstinément ses muscles, remonta le long de ses côtes. Severus sentit un frisson le parcourir tandis que les doigts d'Harry exploraient sa peau.
Harry rompit le baiser brusquement, haletant. « Tu penses vraiment que ça va me faire taire ? » Sa voix était rauque, provocante.
Severus ne répondit pas immédiatement. Au lieu de cela, il traça doucement une ligne le long de sa mâchoire, et son souffle chaud fit frissonner le jeune homme. « C'est la seule façon que je connaisse pour faire taire les démons dans ton genre. »
Harry ferma les yeux un instant, savourant la sensation avant de les rouvrir. « Je veux plus. » Son regard était brûlant, presque suppliant.
Severus se redressa, un sourire mauvais aux lèvres, et se laissa retomber sur le matelas. « Désolé, Potter. Ce n'était pas le deal. » Il croisa les bras derrière sa tête et se laissa un instant pour faire retomber le désir qui l'avait saisi. Juste de quoi retrouver un peu de contrôle.
Potter le fusilla du regard et désigna son érection palpitante de la main. « Tu ne peux pas me laisser comme ça ! »
Severus haussa un sourcil, visiblement amusé par la frustration de Harry. « Je peux totalement. » Sa voix était calme, presque trop calme, comme s'il savourait chaque instant de ce petit jeu de pouvoir.
Harry serra les poings et ses ongles s'enfoncèrent dans ses paumes. « Tu joues à un jeu dangereux. Quand j'aurai gagné, tu le regretteras, crois-moi. »
Snape se contenta de sourire. « Je n'en doute pas une seconde. Maintenant, sois un bon garçon et retourne te coucher. »
Mais Harry resta immobile : « Laisse-moi rester ici. »
Severus garda le silence. Potter ne se laissa pas déstabiliser : « Juste cette nuit. »
Le Serpentard savait que s'il laissait la porte ouverte, l'exception se transformerait en habitude. Mais il était tard et il se sentait soudainement trop vieux pour lutter : « Juste cette nuit, alors. »
Un grincement lui répondit et il fut persuadé que Potter, à cet instant même, croisait les doigts dans son dos pour contrer la promesse.
.
.
.
Le résumé des feignasses. - 7
.
HP : On baise ?
SS : Nope.
Fin.
.
