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5 - Solstice

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« L'invité est parti courir, Maître. »

« Mmmmh. » grogna Severus en portant la tasse de café brûlant à ses lèvres. Potter n'avait pas cauchemardé cette nuit. En tout cas il n'avait rien entendu. Et quand il s'était réveillé, Harry était déjà parti.

Finalement, ce n'était peut-être pas une si mauvaise idée, de laisser le garçon dormir à ses côtés : il pouvait le monitorer plus facilement de cette façon.

« Maître. Je n'aime pas l'invité. »

« Appelle le Harry, Noxie. Qu'est-ce que tu n'aimes pas chez lui ? »

« Il y a quelque chose de mauvais en lui. »

« Mmmh. – Severus sirota pensivement une nouvelle gorgée de café. Sa langue picota méchamment. – On a tous un peu d'ombre en nous. »

« Mais pour l'invité, ce n'est pas un peu, Maître. Quand je le regarde, je vois un gros trou dans son ventre. C'est vide. Il n'y a rien. Rien du tout. Personne n'a rien du tout dans son ventre. »

« J'essaye de le réparer. »

Noxie secoua la tête : « Madame disait toujours qu'il ne faut pas essayer de réparer les choses cassées. Si elles sont cassées, c'est que le destin veut qu'elles le soient. Alors il faut les jeter. »

Severus ne répondit rien. Il n'avait jamais aimé sa mère. Ni son père d'ailleurs. Ils avaient tous les deux été absents de son éducation et Severus avait tout apprit par lui-même. C'était pour cela qu'il avait parfois quelques lacunes dans certains domaines. Comme les relations sociales, par exemple.

« Il vous ressemble un peu… - murmura Noxie incertaine – Pas comme maintenant, mais comme avant. »

Severus savait exactement de quoi elle parlait. « Et pourtant, tu ne m'as pas jeté, à l'époque. » Il se leva de sa chaise et se dirigea vers la fenêtre pour observer distraitement le paysage hivernal.

Les yeux de l'elfe s'agrandirent d'effroi : « Comment Noxie aurait pu jeter le Maître ? Noxie aurait préféré mourir que de jeter le Maître ! »

Severus soupira, laissant ses doigts effleurer le verre froid de la fenêtre. « Alors, nous ferons de notre mieux pour remplir le vide dans son ventre. C'est tout ce que nous pouvons faire. »

Noxie s'approcha timidement, sa petite silhouette se reflétant dans la vitre. « Mais Maître, et si l'invité ne veut pas que le vide soit comblé ? »

Severus tourna légèrement la tête. « Parfois, Noxie, les gens ne savent pas ce dont ils ont besoin. Ils ont peur du changement, même si c'est pour leur bien. Il faut de la patience et de la persévérance. Et un peu de manipulation, aussi, peut-être. »

« C'est pour ça que le Maître a laissé l'invité dormir sans sa chambre ? Pour le manipuler ? »

Cette fois-ci, un franc sourire naquit sur les lèvres du Serpentard : « Pour tout te dire, c'est moi qui me suis laissé manipuler, cette nuit. »

Noxie afficha un air soucieux : « Le Maître devrait se méfier. Il pourrait tomber bien plus rapidement qu'il ne le pense s'il ne fait pas attention. »

Un souffle moqueur s'échappa des lèvres se Severus. Il était reconnaissant du conseil, mais il semblait qu'il arrivait trop tard.

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Quand vint l'heure du coucher, Harry ne fit même pas semblant de se diriger vers sa chambre et se rendit directement dans celle de Severus.

« Je croyais que ta chambre te plaisait. »

« Elle me plait. – grogna Harry en retirant son pull – Toute ta maison me plait. Mais je préfère les pièces où tu te trouves. »

C'était direct au moins. Severus ne répondit rien et se dirigea vers la salle d'eau, alors que Potter retirait sans pudeur le reste de ses vêtements. Une fois certain d'être seul, il appuya ses deux bras contre le mur carrelé et inspira profondément. Il n'était pas surpris du comportement d'Harry. Il savait qu'en l'autorisant à rester une nuit dans son lit, il l'y autorisait implicitement à vie. Mais c'était surtout cette petite phrase qui l'avait pris de court : « Je préfère les pièces où tu te trouves. » Merde. Il ne s'y était pas attendu. Comment était-il sensé se contrôler, après cela ?

Il se redressa et fit couler de l'eau froide dans le lavabo, éclaboussant son visage pour tenter de retrouver son calme. Ses mains tremblaient légèrement alors qu'il s'observait longuement dans la glace. Il pouvait le faire. Ça irait.

Il savait que s'il laissait ses émotions prendre le dessus, il risquait de franchir une ligne qu'il ne pourrait jamais retracer. Pourtant, la tentation était là, omniprésente, chaque fois qu'il voyait Harry se rapprocher de lui, chaque fois qu'il sentait son regard vert brûlant posé sur lui. Il marchait au bord du précipice, à deux doigts de la rupture et il avait sans cesse envie de sauter.

Lorsqu'il sortit enfin de la salle d'eau, il trouva Harry déjà allongé sur le lit, torse nu, les draps remontés jusqu'à sa taille. Le jeune homme tourna la tête et leurs regards se croisèrent. Severus sentit une vague de chaleur monter en lui, mais il tenta de maintenir le masque de froide indifférence qui lui servait de bouclier.

Il tira les couvertures pour se glisser à son tour dans le lit. Quand sa nuque toucha l'oreiller, il sentit ressurgir dans ses muscles toute la tension qu'il avait accumulé jusque-là et grimaça.

Potter se redressa légèrement pour l'observer : « Tourne-toi. »

« Quoi ? »

Le garçon s'approcha légèrement : « Je vois bien que tu as mal. Tourne-toi, je vais te masser. »

Severus serra les dents. La situation lui échappait totalement. Il ne pouvait décemment pas accepter. « Je ne vais certainement pas te tourner le dos, Potter. »

Il entendit pouffer et il se détendit légèrement.

« Je n'en profiterai pas. Je te le jure. Si tu acceptes, je te raconterai un truc. »

Mmmh. La proposition était tentante… Severus se redressa à son tour et s'empara de sa baguette : « Si jamais tu tentes quoi que ce soit, je m'arrangerai pour que tu ne puisses plus jamais marcher. Compris ? »

Harry hocha la tête, un sourire amusé sur les lèvres. « Compris. Maintenant, tourne-toi. À moins que je ne doive t'y contraindre ? »

« M'y contraindre ? » Cela ressemblait à une invitation.

Potter se glissa au-dessus de lui, et Severus put voir son torse nu se soulever irrégulièrement. « Je te jure, tourne-toi avant de me faire mentir. »

Le Serpentard hésita. La vue lui plaisait, et cela l'ennuyait de ne plus pouvoir l'admirer. Mais il soupira et, malgré ses réticences, il se tourna lentement pour offrir son dos à Harry. « Attends. - ordonna précipitamment le jeune homme. - Ton t-shirt. Enlève-le. Non. Laisse-moi faire. » Et sans attendre la réponse, il laissa ses mains se glisser sous le vêtement.

Les doigts d'Harry parcoururent la peau de Severus, soulevant délicatement le tissu. Ce dernier frissonna malgré lui : le contact était comme une brûlure glacée. Une torture et un délice à la fois.

Il fit glisser le t-shirt le long de ses bras, exposant son dos nu aux caresses de la lumière de la lune.

« Elles sont vraiment partout… - murmura le garçon en dessinant le contour d'une large cicatrice qui serpentait le long de sa colonne vertébrale. – raconte-moi pour celle-là. »

Ce genre de récit était probablement cathartique pour lui. Une façon de se dire qu'il n'était pas le seul à avoir vécu l'enfer. La douleur des autres devait être… réconfortante, d'une certaine manière, et Severus laissa sa voix grave couler, doucement, dans l'intimité de la nuit : « Un jour, ils ont douté de ma loyauté. Il les a laissé m'emmener, pour passer le temps, probablement. Un groupe de ses fidèles a cherché, durant trois jours et trois nuits, à me faire avouer. »

« Et tu n'as rien dit. »

« Et je n'ai rien dit. Après cela, j'ai… comment dire… été promu en quelque sorte. »

« Pourquoi tu ne prononces jamais son nom ? »

Severus marqua un temps de réflexion : « Parce qu'il ne mérite pas que je le considère comme un être humain. Et parce que je ressens toujours dans mes chairs sa domination. Un peu des deux, je pense. »

Harry ne répondit pas immédiatement et ses mains parcoururent le dos du Serpentard, trouvant et apaisant les nœuds de tension avec une précision surprenante. Un son grave répondit à ses gestes. C'était si bas et rauque qu'il mit du temps à comprendre qu'il s'agissait d'un gémissement.

Il se figea quelques secondes : « Oh… oh Merlin… attends deux minutes s'il te plait… je… je dois… - Severus l'entendit inspirer et expirer profondément plusieurs fois. – Tu ne peux pas faire ce genre de bruit quand je suis sur toi. Jamais en fait. Ça ne va pas le faire. »

Le potionniste tourna légèrement la tête pour regarder Harry, un sourire en coin sur les lèvres. « Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. Je n'y peux rien si tu es doué. » Sa voix était légèrement moqueuse et il sentit les mains du garçon se crisper sur son dos.

« Tu n'as absolument aucune idée de l'effet que tu as sur moi. »

Pourtant, contrairement à ce que pensait Harry, Severus pensait en avoir une idée assez précise. Il n'était encore ni sourd ni aveugle et il pouvait sentir sur sa peau chacune des réactions du garçon. Seulement… une partie de lui lui hurlait de ne pas se laisser aller, de prendre son temps, de s'assurer que tout était sous contrôle.

Quelque chose frissonna dans la pièce et l'atmosphère changea subitement. Il semblait que la chambre était plus sombre, tout à coup. Le silence s'étira, lourd et épais, avant qu'Harry ne brise finalement le sort : « J'ai tué Tom. » Sa voix était lointaine, indifférente, comme s'il n'avait jamais été le principal protagoniste de cette histoire.

Severus sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine. Pas un mot ne devait sortir de sa bouche. Pas maintenant. Il savait que c'était un moment charnière : la clef rouillée qu'il essayait désespérément de tourner dans le cœur de Potter venait de se dégripper. Il ignorait juste ce qui allait en sortir.

Harry s'arrêta un instant, incertain de la suite qu'il devait donner à son histoire.

« Quand j'ai tué Tom, il m'a dit : 'Regarde, Harry Potter, tous ces hommes et ces femmes dont tu as pris la vie. Souviens-toi de leur visage. Et repense chaque jour à ceux que tu as brisé.' »

Severus serra les dents. Ce fils de chien avait osé parler à Harry, même dans ses derniers instants, pour essayer de le briser davantage.

Un rire glacial monta de la gorge du garçon. Snape ne pouvait pas voir son expression, mais il la devinait, hideuse, bondée de haine refoulée.

« Il l'a dit comme une malédiction, mais ce n'était rien du tout. Tu sais, tous ces gens, tous ces mangemorts ou ces partisans que j'ai assassinés, il y en avait tellement que je ne me souviens d'aucun de leur visage. Ils sont tous flous dans ma mémoire. À ce moment, ils n'étaient plus des Hommes pour moi. C'était juste des cibles. Une marée de chairs inertes dont je devais me débarrasser. Et tu aurais dû me voir jubiler dès que j'en faisais tomber un. J'aurais pu continuer toute la nuit… »

Le silence reprit sa place. Severus pouvait entendre la respiration chaotique de Potter au-dessus de lui.

« Quand Tom est mort et que j'ai su que tout était fini, la toute première chose que je me suis dit c'est : il faut finir le travail. Il y en a encore tellement debout. Je dois finir le travail… »

Harry s'arrêta à nouveau, comme perdu dans ses pensées.

« Tout était fini et je n'étais pas rassasié. Je voulais enfoncer mes mains dans leur poitrine pour prendre leur cœur. Et je m'en foutais de savoir s'ils étaient bons ou mauvais. C'était comme si toute la douleur et toute la haine que j'avais accumulées durant ces années se concentraient en un seul point, me poussant à détruire tout sur mon passage. Ce jour-là, je me suis vraiment vu. J'ai vu l'homme que j'étais. J'ai vu celui que j'allais devenir. J'ai vu le corps de Tom et j'ai su qu'il était moi. Moi dans le futur. »

Severus sentit un frisson parcourir son échine.

« J'ai vu tous ces gens qui m'acclamaient et je voulais seulement les faire taire. Si j'étais resté... tu sais... si j'étais resté, je vous aurais probablement tous tués. »

Le silence retomba. Il faisait presque froid désormais dans la chambre. Le Serpentard savait. Oh oui, il savait. Les mots d'Harry résonnaient profondément en lui, évoquant des souvenirs qu'il avait tenté d'enterrer depuis longtemps.

Enfin il prit la parole : « Quand je suis devenu un... partisan, j'ai dû renoncer à plusieurs choses. Mon humanité en faisait partie. Je suis devenu une machine. Incapable de faire la différence entre ce qui était juste et injuste. Tu as vu les cicatrices sur mon corps, mais tu n'as pas vu celles sur mes proies, sur mes victimes. Je m'étais dit que je ne m'y ferais jamais. Mais crois-moi, la mort et la torture deviennent vite une habitude, un geste machinal. Aussi simple que se servir une tasse de café. Et, le temps de s'en rendre compte, on est déjà devenu le monstre que l'on répudiait. Ces blessures en toi ne guérissent jamais vraiment. Ça coule comme un poison dans nos veines. Il faut apprendre à vivre avec. À les accepter. C'est ça le plus difficile. Nous avons tous nos démons. Personne n'est pur, Harry. Ce qu'il faut savoir, maintenant, c'est ce que tu veux faire de tout ça. »

Harry ne répondit pas, mais Severus sentit sa tête prendre appui entre ses deux omoplates. Le garçon resta ainsi, un long moment, en silence, prostré sur lui. Quand il se redressa enfin, ce fut pour se reculer légèrement, comme s'il souhaitait s'en aller. Doucement, lentement, le Serpentard se retourna. Ils se faisaient face désormais. Il ouvrit les bras : « Viens. »

Harry hésita un instant puis il fondit dans l'étreinte rassurante de l'homme. Il ne le jugeait pas. Il ne le blâmait pas. Pire. Il le comprenait et c'était probablement tout ce qu'Harry n'avait jamais pu trouver.

Ici, protégé, il pouvait un peu continuer : « J'ai tout abandonné et je suis parti. Je ne pouvais pas voir d'autre solution. J'ai détruit ma baguette et j'ai pris des routes au hasard. Je me suis retrouvé sans affaires, sans argent... c'était... compliqué. »

« Pourquoi tu n'as pas pris un peu d'argent avec toi. Tes coffres sont pleins non ? »

« Eh bien, je quittais le monde magique, alors... »

« Alors le change reste possible à la banque. »

Harry ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois : « Ha... ah bon ? »

Severus soupira. Pourquoi ça ne le surprenait pas. Il préféra changer de sujet : « Tu t'es donc retrouvé seul... »

Harry secoua la tête avant de se nicher un peu plus profondément dans les bras de Severus : « Non j'ai vite rencontré Drew. »

Le Serpentard renifla avec mépris. Pourquoi sentait-il qu'il n'allait pas aimer la suite de l'histoire…

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Le résumé des feignasses. - 5

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HP : « Je préfère les pièces où tu te trouves »

SS : OMG OMG *blush* *faint*

Fin.

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