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4 - Équinoxe
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« Drew… - murmura Severus avec une pointe d'amertume - Et qu'est-ce que Drew a fait pour toi ? »
Harry hésita, ses yeux perdus dans le vague : « Il était magnifique, tu aurais dû le voir. C'était un ange et un putain de démon. Le plus beau de tous les connards. On a tout fait ensemble. On montait sur le toit des trains sans savoir vers quelles villes on filait. On se jetait des falaises pour atterrir dans les lacs gelés. On hurlait à la lune, dans les forêts, perchés sur des troncs fraichement coupés. On buvait et on baisait partout, dès qu'on le pouvait. On volait à droite à gauche pour survivre. C'était une vie qui n'était plus la mienne. Je n'étais plus moi. J'étais… je ne sais même pas ce que j'étais. Tu as dit, le jour où je suis revenu, que j'étais mort 5 ans auparavant. Je crois que tu avais raison. Je suis mort le jour où j'ai tué Tom… »
Sa respiration tremblota légèrement, puis il secoua la tête comme pour remettre de l'ordre dans ses pensées : « Drew m'a appris... beaucoup de choses... Il m'a trouvé des jobs… À cause de lui, j'ai rencontré des mecs... tu n'imaginerais même pas que ce genre de porcs existent. Je n'étais pas toujours d'accord au début. Mais on apprend vite que dans la vie, on n'a parfois pas le choix. »
Harry se blottit plus profondément entre les bras de Severus puis il prit une profonde inspiration : « Un soir, je me suis réveillé et il était au-dessus de moi. Il serrait mon cou si fort que j'ai cru que j'étais sous l'eau. Et je me suis dit : Vas-y, fais-le. Va jusqu'au bout. Serre plus fort. Ne laisse plus la moindre molécule d'oxygène parcourir mon corps... Il n'a pas pu finir. Je l'ai largué le lendemain. Pas parce qu'il avait essayé de me tuer, mais parce qu'il n'avait pas réussi. De toute façon je n'avais plus besoin de lui : je savais désormais comment survivre seul. J'ai appris quelques années plus tard, par une connaissance commune, qu'il était mort d'une overdose. Ça ne m'a fait ni chaud ni froid. On apprend vite à ne pas s'attacher, quand on vit cette vie. Les gens entrent et sortent de notre existence le temps d'un clin d'œil. Ils vivent, ils font de la merde et ils meurent. »
Il y avait, dans les propos d'Harry le détachement monotone de celui qui avait vieillit bien trop vite, bien trop tôt. Severus repensa à l'existence maudite du garçon. Il avait été perdu dès la naissance. 24 années d'errance. Comment pouvait-on s'en sortir indemne ?
La voix de Potter n'était plus qu'un vague murmure : « Après, j'étais dans une sorte de squat. C'était délabré, infesté de rats et de moisissures, mais comment pouvait-on se plaindre ? Un toit est un toit… Je vivais avec d'autres, tous unis dans la même misère. Une nuit, un type est entré. Il en entrait tous les jours, alors personne n'a fait attention. Il est tombé sur cette fille, à peine plus âgée que moi. Je ne connaissais pas son nom, là-bas les noms n'avaient aucune importance. »
Harry ferma les yeux et sa voix se fit encore plus distante : « J'ai entendu ses cris. Tout le monde les a entendus, mais personne n'a bougé. Moi aussi. J'étais paralysé. Après avoir tué des centaines et des centaines de personnes, j'étais incapable de lever le petit doigt. C'était facile pourtant. Il m'aurait suffi de sortir de ma cachette. De le buter comme je l'avais fait avec tous les autres. Mais je suis resté là, coincé entre le mur et un vieux matelas, à l'écouter pleurer. Tu comprends ? Et après, au matin, elle était partie. Disparue. Peut-être morte, peut-être partie ailleurs. Personne n'a jamais su. »
Severus ouvrit la bouche pour répondre, mais il ne trouva pas les mots.
« À ce moment-là, je me suis dit que je voulais rentrer. Je voulais retrouver un endroit où… où je ne sais pas. Mais je ne savais pas où aller. La première chose qui m'est venue à l'esprit, c'était l'école. J'avais toujours aimé Poudlard. Ce château… il représente… beaucoup pour moi. »
« Alors tu as postulé pour devenir professeur d'Histoire de la magie. »
Harry ricana froidement : « J'aurais pris n'importe quel poste, tant qu'on ne m'obligeait pas à utiliser la magie. J'ai tout de suite regretté mon idée. Tu aurais dû les voir, ils… ils me regardaient tous avec pitié. Tu étais le seul qui… qui étais comme d'habitude. Tu m'as repoussé si fort que je n'ai pas pu m'empêcher d'être attiré comme un aimant. Moins tu voulais de moi et plus moi, je voulais de toi. »
Severus leva les yeux au ciel : « On se demande toujours pourquoi… »
Cette fois-ci, un rire triste s'échappa des lèvres de Potter : « Parce que je sais que tu peux me comprendre. Tu es… comme moi… un peu ? Et plus je te côtoyais et plus… oh, là, c'est un peu honteux à dire… mais… plus j'étais avec toi, plus tu t'occupais de moi, et plus je te trouvais beau. Pas charmant ou séduisant… mais beau. Vraiment beau. C'est un tout, je pense. »
Severus haussa un sourcil perplexe. Il savait qu'il n'était pas beau. Il ne l'avait jamais été. Pourtant, Potter lui avouait, sans la moindre réserve, qu'il lui plaisait. Qu'il était à son goût. Intellectuellement et physiquement.
Il voulut ajouter quelque chose, mais Harry avait déjà dévié la conversation : « J'étais fatigué. J'étais si fatigué que je n'étais pas sûr de pouvoir revenir à Poudlard, tu sais. Sur le chemin du retour, j'ai croisé un troupeau de Sombrals. Ils étaient magnifiques. Ils galopaient librement, leurs ailes déployées dans le vent. Il y avait quelque chose de si pur et de si libre en eux. Et je les regardais… et quelque chose en moi s'est tordu parce qu'ils étaient libres, et que j'étais piégé dans cet enfer. J'ai eu envie de les tuer, je te jure. De leur arracher leurs ailes, juste pour leur reprendre cette liberté, pour qu'ils soient au même niveau que moi, à ramper au sol. »
« Mais je ne l'ai pas fait. » ajouta Harry rapidement. « Je me suis contenté de les regarder, de les envier, puis je suis parti. Quand je me suis rendu compte de mes pensées, j'ai su qu'il n'y avait plus rien à faire. Severus… je suis pourris, à l'intérieur. Il n'y a plus rien à sauver… Harry Potter, le Grand Sauveur… l'Élu… il est… il est monstrueux. »
Severus esquissa une moue incertaine : « Et qui te demande d'être le Grand Sauveur ? »
Harry se retourna brusquement et ses yeux, remplis de colère, fusillèrent le Serpentard : « Mais tout le monde ! »
« Je vais te dire ce que je pense : c'est l'histoire d'un garçon qu'on a élevé pour la guerre. On lui a donné tout un tas de titres impersonnels : 'le Survivant', 'l'Élu'…, juste pour qu'il comprenne bien qu'il ne s'appartenait plus. On lui a raconté qu'il était une création de toute pièce, une marionnette destinée à apporter de l'espoir au peuple. On l'a utilisé et, quand la guerre s'est terminée, on a coupé ses fils et le rideau est tombé. Mais ce qu'Harry Potter, le Survivant, ignorait, c'est qu'il n'était pas une poupée. Il l'avait cru pendant 20 ans. On l'en avait persuadé. Et il ne savait juste pas comment faire pour se lever seul, sans ses fils pour le soutenir. Il faut dire que le spectacle était long et de mauvaise qualité, alors ses jambes étaient probablement déjà bien engourdies. »
« Est-ce qu'il pourra jamais se relever ? »
Severus pencha légèrement la tête de côté et glissa une main dans les cheveux fous d'Harry : « Il ne s'en rend pas encore compte, mais il a déjà commencé à faire ses premiers pas. »
« Alors pourquoi c'est si douloureux ? »
« Parce qu'il n'en a pas l'habitude. - Severus approcha un peu plus son visage de celui d'Harry - La douleur, c'est ce qui nous rappelle que nous sommes vivants. C'est le signe que tu es en train de guérir, que tu es en train de trouver ta propre voie, sans qu'on te dise qui tu es ou ce que tu dois faire. »
Les pupilles du garçon naviguaient entre les yeux et les lèvres du Serpentard sans savoir où se poser. Il glissa lentement ses bras autour de son cou pâle et rapprocha encore plus leur corps : « Embrasse-moi. Maintenant. »
Severus grogna, mais il savait qu'il ne pouvait pas résister.
Pas ce soir.
Peut-être même jamais.
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Le résumé des feignasses. - 4
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HP : *raconte sa vie de merde*
SS : Mmmh. C'est vrai que je suis beau ?
Fin.
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