Chapitre 1 : Beautiful outlaw
Mello avait de la ressource. De la ressource pour dix !
Il avait conservé dans son répertoire deux lettres "H. et M2."
L'une pour ses prouesses en piraterie informatique, l'autre pour son obéissance aveugle.
En marge de ses activités au sein de la Mafia, Mello s'était toujours plu à conserver ces deux-là à l'œil, "au cas où". Même le plus génial des plans était susceptible de foirer. Une solution de repli n'était pas une option. Mello le savait. Et même s'il était pétri d'orgueil, il n'était pas fou au point de ne pas prévoir la sortie de secours.
Snyder était bon. Il fallait lui laisser ça. Mais c'était tout. Il était bon et servile.
Mello et lui ne s'appréciaient pas. Mais qu'importait à Mello ; l'essentiel était que Rod lui fasse confiance. Une confiance aveugle.
Le "gamin" avait fait ses preuves. Et avait été suffisamment couillu pour lui apporter, planquée dans un sac poubelle opaque, la tête d'un rival que même Kira n'était pas parvenu à dégommer.
L'adolescent s'était pointé, sous les rires goguenards des hommes de Rod - pour la plupart des baraques sans cervelle - et s'était installé, vautré dans le canapé, après avoir déposé le sanglant présent sur la table.
"Maintenant que ce fils de pute est hors jeu, on va pouvoir causer business."
Le fait que Mello rapplique avec un tel trophée avait jeté un immense froid dans les rangs moqueurs de Rod.
"Vous avez tous vu ? Prenez-en de la graine." avait déclaré le boss.
Dès lors, les hommes de Rod craignirent Mello comme la peste elle-même. Et l'adolescent savait de quelle manière en jouer. Oser se foutre de la gueule du blond, le désigner comme la pute du patron, et vous étiez bon pour la noyade ou la décapitation.
Sa réputation taillée dans la cruauté, Mello vint dénicher H.
L'affaire s'était résumée à quelques échanges par SMS. Le lieur de rendez-vous était une boîte en périphérie de L.A., en fin d'après-midi.
H. y entre par la porte dérobée. Mouvement de menton nonchalant du gérant. Carré VIP sur passerelle.
Le regard de Mello, toujours aussi pénétrant et acéré, fixe chaque mouvement de H. comme si elle était la proie.
Elle s'installe.
M. lui avance le verre d'un soft.
Ouverture du bal.
"Je ne m'attendais pas à te trouver encore vivant."
"Tu connais l'adage que la sagesse populaire dédie à la mauvaise herbe, Hope." sur un sourire bref.
A la Wammy's déjà, les relations entre ces deux-là n'étaient guère apaisées. Mello a toujours été ce magma bouillonnant qui menaçait éruption à tout moment, sans créer d'ondes préalables sur le sismographe !
Une pastille effervescente !
Un rouleau compresseur !
Une centrale électrique en déroute !
Cela a commencé par un acte anodin dans la routine du blond ; tirer sur la queue de cheval haute de Hope. Pour le fun. Parce que dans l'univers du blond, les brimades faisaient partie du paysage. C'était sa façon de tester les gens et dissocier les forts des faibles.
Cela s'était terminé par une bataille aux poings dans le parc et un bain d'orties !
Cloques, hurlements et repli temporaire ! De trêve, il n'avait jamais été question.
Mello a les jambes montées sur la table basse, Dr. Martens chaussées.
C'est un fétichiste du noir.
"Je suppose que c'est à toi qu'on doit le blackout des trois banques de ce mardi. Joli coup, Hope. T'as fait plonger la bourse. On a frisé le krach. Que dirais-tu de réitérer l'exploit ?"
Mello ne tournait jamais longuement autour du pot, détestant les chemins détournés.
"T'as toujours été une quiche en informatique, Mello. Le binaire, c'est pas trop ton truc."
C'est armé. Vivant ! Et ça réplique. Ça a toujours répliqué !
On entre dans le vif du sujet. Mello s'empare d'une tablette de chocolat et la déshabille dans des gestes mesurés et sûrs.
"Je kiffe jouer avec les probabilités. Elles offrent davantage de surprises et de perspectives."
Petit sourire. Touchée.
"Et donc, ce service ?..."
Snyder a grimacé. Mis sur la touche par une gamine du même acabit que la slut du patron.
Mello place ses pions. Dans le silence des larbins et l'approbation du boss.
"Ça ne s'est jamais terminé, n'est-ce pas ?..."
Un craquement de carreaux lui répond.
"La petite guéguerre entre Near et toi. Elle se déploie juste sur un autre terrain que celui de la Wammy's."
"Et t'occuper de ton cul, c'est possible, ça ?"
Ça part comme un boomerang.
Le regard de Hope remonte le long du corps élancé de M. C'est fin. Nerveux. Ça tient de la brindille.
C'est tourné vers la fenêtre et ça observe les lueurs de la ville en contrebas.
Ça a un sourire saturé d'assurance.
"Le second court toujours après sa revanche..." soupiré, lassé par ces jeux de puces surdouées. Attrape l'ordinateur ouvert et se cherche un bon son.
"Que t'ai-je dit au sujet de ton cul, Hope ? Je déteste me répéter."
"Tu te planques derrière des grossièretés ou ta tablette de chocolat, Mello."
"Je me... planque ? Haha !"
La tornade est sur le point de s'abattre. Force 5.
Le laptop est projeté dans un coin du canapé et ce qui prend place sur les cuisses de Hope n'est pas pétri des meilleures intentions ! Preuve en est cet avant-bras plaqué contre sa gorge et la façon dont l'autre main gantée tire sur la racine des cheveux.
"J'ai plus à me planquer derrière quoi que ce soit, pigé, Hope ?!"
Yeux verts exorbités, émotions en boule, pupilles dilatées par l'excitation du jeu !
Il ne pèse presque rien sur ses cuisses et pourtant quelle poigne ! Les nerfs le commandent.
Il est magnifique ainsi projeté !
Il a toujours eu l'action théâtrale ; exigeant qu'on le regarde même lorsque le rideau est tombé.
"Let me go, Mello !" tentant de s'en défendre.
Mais le piège est similaire aux sables mouvants ; plus la proie se débat, plus les dents resserrent.
Lorsque les mots ne font plus mouche, Mello s'en prend au corps.
"Back off, Mello !"
Mello s'est suffisamment rancardé sur Hope pour savoir qu'elle pratique la self-défense et pourrait aisément se défaire de lui par un point de pression quelconque.
"Allez, Hope, réagis ! Brise-moi la nuque sur le tranchant de la table-basse !... Brise-moi, Hope !"
Baise-moi, bordel, Hope !
La provoc' et l'excès.
On en sort ivre.
Personne n'a jamais pris les lèvres du blond. Personne ne lui a jamais engoncé les injures dans le gosier à coup de langue.
Il a les putes du boss sous les yeux à longueur de soirée...
Rod aime afficher son hétérosexualité et sa puissante virilité ; tombant souvent la chemise pour afficher une armée de pectoraux dignes du plus pur mâle de calendrier.
A côté, Mello-la-brindille, tout gainé de cuir, cerveau en guise de détente.
C'est un paradoxe. Une absurdité.
A bien y réfléchir, Mello est, en apparence, toujours numéro deux après Rod. Pourtant... c'est lui qui manipule. Le clan n'est là que pour donner à Mello les moyens à la hauteur de sa soif de revanche et de son ambition démesurée.
Il pousse quelque chose de particulièrement obscène dans le cuir de Mello. Quelque chose qui le rend limite incrédule et d'autant plus téméraire.
Merde, ce corps, Mello n'a jamais su qu'en faire ! Il le glisse dans du noir, de cuir et de latex ; il l'exhibe et l'hypersexualise. Parce que ce corps est le siège de ses plus viscérales émotions ! Tout ce qui est hors réflexion lui vient des tripes ! Putain, il en bande tant que ça va saillir hors de son froc !...
Il ne le dira pas ; c'est affiché et visible. L'aveu est sans appel, hors de tout confessionnal. Le religieux n'y a pas sa place.
Bordel, attrape ce truc entre tes mains et fais-en quelque chose !
Mello cherche l'accord tacite dans les yeux clairs de sa guest.
Il l'obtient lorsqu'elle cherche à écarter les jambes.
Alors Mello se redresse, se défroquant à la hâte, glissant tout à mi-cuisses, soulève les jambes de Hope pour les poser sur ses épaules nues, la voûtant en deux, sexe tenu d'une main, l'autre agrippant férocement le dossier du canapé, s'engonçant en elle en éructant un rauque vibrant, lui faisant ouvrir la bouche sur un soupir du même acabit, poussant à fond les hanches pour trébucher au creux d'elle, s'y déversant sans tarder après quelques mouvements.
Les halètements décroisent. Les soupirs se taisent. Mello, toujours engoncé, pose son front contre celui de Hope, souriant presque.
Le contact s'efface lorsque cette dernière monte la tête pour le regarder.
A cent à l'heure, comme d'habitude.
Hope rit, un peu shootée aux endorphines. "J'te fais... un topo sur le risque de MST et de grossesse non désirée ou ça ira ?..."
Lors de grosses opérations, Mello pilote. Rod n'est là que pour faire bonne figure.
Les ordres sont secs et ne supportent aucun raté. C'est une discipline de survivaliste !
Dans le cadre privé, Mello et Hope s'apprivoisent ; "Tiens, un coup on pourrait retirer tous nos vêtements plutôt que de se prendre à la sauvette contre le mur ?..."
Le fait est que, bordel, la marge de manœuvre est mince. Ils sont constamment surexposés et sollicités.
Il faut faire gaffe aux regards, aux soupçons.
L'autre fois, ça s'est joué à un cheveu sur la banquette arrière de la Hummer !
Parce que cet abruti de Kirk y avait oublié son flingue ! Son flingue quoi, bordel !
Fort heureusement, aucun de ces couards n'ose poser de question à Mello. Mais la rumeur pourrait commencer à enfler.
Mello se pose contre le tranchant du bureau de Hope. Il dépose une carte magnétique à côté de son laptop ouvert.
"J'nous ai trouvé un lieu calme et sûr. Faut juste que je m'arrange pour qu'on nous lâche un peu."
"Et comment tu vas t'y prendre pour justifier notre absence à tous les deux ?" sans lever ses yeux de l'écran.
"Ça t'intéresse maintenant, la logistique ?" amusé. "J'ai juste Rod à convaincre. Les autres, je m'en branle comme de ma dernière cartouche de flingue."
"Alors ?... T'as argué quoi comme shit ?..." mains s'appliquant à les défaire avec une certaine frénésie, avançant dans la chambre en décrivant des cercles fermés.
"Qu'on avait... mmm... du repérage à faire..." embrassant Hope à mesure que leurs vêtements les quittent, finissant par l'acculer contre un mur pour faire cesser leur danse.
"C'est... pour ainsi dire vrai..."
Mello glisse ses mains gantées autour du visage de sa pirate en titre. "Ouais, j'ai... pas eu à exagérer des masses."
Baisers. Fous. Empressés. Enfiévrés.
Cette fille le rend dingue parce qu'ils sont du même sang. Et qu'elle ne demande rien. Qu'à être tirée avec un minimum de précautions.
Bah.
C'est un peu la cerise sur le gâteau.
