Bonjour à tous/toute !
Je suis toujours très motivée à continuer cette fiction et j'ai pas mal d'avance donc je vais continuer à publier un nouveau chapitre tous les 5-6 jours !
Voici donc le Chapitre 18
Je vous souhaite une bonne lecture ;)
Chapitre 18
Île estivale, Moby Dick
Lance avait très peu dormi cette nuit. Il avait ressassé tout ce qu'Isaya lui avait raconté durant de longues heures. Comment elle était arrivée dans ce lieu étrange, sa perte de pouvoir qui expliquait l'état d'Ojutaï, quel était ce monde et son fonctionnement en général, qui étaient ces hommes qui l'avaient recueillie et toutes les conclusions qu'elle avait tiré de ses expériences et découvertes. En fin de compte Dame Cassandre était encore très loin de la réalité complète et le dragonnier était sûr qu'elle le harcèlerait de questions, quand il rentrerait à Erevan. Car au moins une chose le rassurait, il pouvait rentrer, lui. Certes, il fallait remplir certaines conditions de ce qu'il avait comprit mais il en fut profondément rassuré. Il ne se sentait pas du tout à sa place ici.
Par respect pour la dragonnière Bengali et tout ce qu'elle avait traversé, il s'était contenté de l'écouter parler péniblement à cause de ses blessures, sans jamais la couper ou soulever certains points qui lui semblaient plus que vitaux. Le guerrier appréciait le fait que la jeune femme fasse de son mieux pour qu'il ait le plus d'informations possible afin de mieux appréhender son « passage ». Mais dans le fond un sentiment d'inquiétude commençait à prendre place et il n'aimait déjà pas le peu qu'il avait pu apercevoir dans ses interactions avec cet « équipage ».
Elle avait changée, au point où il avait du mal à la reconnaître. Jamais elle n'avait été aussi expressive, sereine et à l'aise. Elle semblait avoir une confiance absolue envers ces hommes, qui au final n'étaient rien d'autre que des brigands des mers. Même Ojutaï semblait avoir accepté son sort et le petit dragon avait utilisé le terme « ami» pour parler de ce grand groupe hétéroclite. Pour Lance ce n'était pas normal mais comme Roeg le lui avait indiqué dans son flegme habituel : pas son monde - pas ses règles. Alors il rongeait son frein, se retenant de dire quoi que ce soit pour l'instant et se contentait d'observer d'un œil critique.
C'est donc après avoir passé cette deuxième nuit sur la plage à l'écart de l'étrange équipage, qu'Isaya était venu le chercher pour des présentations officielles. Ce n'est pas qu'il était ingrat mais le dragonnier n'était pas vraiment enchanté et n'avait sûrement pas envie de se mélanger à ces gens. Il les avait analysé de loin et malgré l'air débonnaire qu'ils arboraient presque tous, il les sentait forts et potentiellement dangereux. Quelques uns en particulier mais le plus flagrant était leur « capitaine », non par sa taille de géant, mais par la puissance de son étrange pouvoir, qu'il pouvait très aisément percevoir. Il en allait de même pour son « second » qui n'avait eut de cesse de l'observer en retour derrière des yeux plissés et un masque d'impassibilité.
Tandis qu'Isaya parlait à la foule rassemblée sur le navire, le guerrier se décidait qu'il ne la lâcherait pas d'un iota et que son devoir était de la protéger, en partie à cause de ses blessures mais surtout à cause de ses pouvoirs amoindris. Il n'écoutait la dragonnière que d'une oreille car il prêtait attention à Roeg qui était resté à terre avec Ojutaï et qui lui expliquait qu'il pouvait se nourrir de créatures marines gigantesques qui pullulaient dans les eaux claires.
Revenant aux propos de la jeune femme blessée, Lance se rendit compte que les hommes présents sur le pont devaient déjà en savoir beaucoup au sujet de leur royaume vu le peu de questions qui fusaient. Beaucoup trop même à son goût mais il se garda de le dire tout haut. Quand elle eut terminé, il se contenta alors de saluer en s'inclinant respectueusement vers leur chef ainsi que ses subalternes les plus hauts gradés. Mais ce serait tout, s'ils avaient la moindre question, il les redirigerait vers Isaya. Le guerrier se contenterait d'une entente cordiale et neutre, préférant largement ne pas trop s'impliquer dans la vie à bord du navire.
Ensuite il suivit la femme aux cheveux blancs à l'intérieur du labyrinthique bâtiment de guerre tandis qu'elle lui faisait visiter les lieux. Le dragonnier devait s'avouer qu'il était impressionné par toutes les infrastructures modernes et nombreuses pièces spécifiques qui s'y trouvaient. Au bout de presque une heure, ils s'arrêtèrent dans un long et large couloir où la jeune femme se stoppa devant l'une des portes, lui indiquant de l'attendre. Elle disparut plus loin dans une autre pièce et en ressorti avec des vêtements. Il la regarda, interdit. À son regard, elle pouffa très subtilement.
- Tiens, pour te changer. Le climat est extrêmement chaud et humide sur cette île. Tu dois étouffer dans ton pourpoint et pantalon de cuir.
Malgré sa réticence à quitter ses habits d'origine, il ne pouvait que lui donner raison.
- Tu n'as pas tort, merci.
- Derrière toi c'est une salle de bain. Tu y retrouveras tout ce dont tu as besoin pour te laver. Je vais faire de même de mon côté, on se retrouve ici quand tu auras fini.
Elle se détourna de lui et s'engagea dans une salle identique à celle dans son dos où il la vit retourner une petite pancarte sur la poignée de la porte, indiquant le mot : occupée.
Il fit alors de même et prit grand plaisir à relaxer son corps et surtout son épaule encore douloureuse, sous une eau fraîche plus que bienvenue. Une fois fait il s'habilla et regarda son reflet, circonspect par sa nouvelle apparence. Le guerrier se retrouvait affublé de braies légères s'arrêtant mi-mollet et d'une chemise beige ample aux manches courtes, s'ouvrant sur son torse. Il remit tout de même ses bottes de cavalier refusant de porter d'étranges chaussures ouvertes puis s'attela à remettre son baudrier en cuir, soutenant son épée longue. Hors de question qu'il se promène désarmé. Lance se sentait déjà mal dans ses nouveaux vêtements, ayant seulement l'habitude d'en porter des épais et près du corps.
Quand il sortit, ses effets sous le bras, il se stoppa net et sut qu'il n'avait pas réussi à garder une expression neutre suite au regard interrogateur qu'Isaya lui lançait. Il n'en revenait pas de son apparence. Elle si pudique et ne portant d'ordinaire que ses longs pantalons et chemises à cols hauts, était affublée d'une sorte de haut à bretelles blanc et d'un bas noir qu'on ne pouvait décemment pas appeler pantalon, court s'arrêtant à mi-cuisses. Le tout révélait bien trop sa silhouette et des pans de peaux entiers, ne laissant que peu de place à l'imagination. De plus ses cheveux relevés dans un chignon humide permettait une vue dégagée sur la naissance de sa poitrine, sa nuque et le haut de son dos.
- Qui y-a t-il Lance, un problème ?
Une étrange irritation s'empara de lui à l'idée que tous allait la voir ainsi et à quel point elle s'était trop rapidement adaptée à cette dimension. Il serra alors inconsciemment les poings.
- C'est toi qui a un problème. C'est quoi cet accoutrement vulgaire ? Autant sortir complètement dévêtue pendant que tu y es ! Je te rappelle qu'en tant que dragonnière, tu as une certaine image à maintenir.
Et malgré sa face tuméfiée dont l'œil avait seulement commencé à dégonfler, il put sous le pansement, y lire une fureur qui lui reconnaissait bien. Elle siffla alors entre ses lèvres :
- Ma manière de m'habiller ne te regarde absolument pas ! Et je te signale que tout le monde fait de même ici. De plus je ne suis pas à Erevan donc je me fiche de l'image que je peux renvoyer.
Il rigola sur un ton sardonique.
- On dirait que tu t'es déjà bien habituée à ce monde et ses mœurs légères. Mais cela ne te ressemble guère. Où est ta dignité de femme ?
- Ma dignité de femme ? Comment oses-tu ! Parce que je suis une femme, je dois souffrir plus que les hommes à cause du climat ? Parce que je suis une femme, il me faut me cacher pudiquement de peur du regard des autres ? Parce que je suis une femme, je suis supposée ne pas assumer tout simplement mon corps d'être humain ?
À chaque question son index exerçait une pression sur son torse et il fut obligé de reculer de quelques pas sous ses véhéments assauts. Dans son indignation les yeux d'Isaya brillaient d'un dangereux, profond émeraude et son corps tremblait légèrement. Il savait qu'il la poussait trop loin mais, par habitude sûrement, il ne voulait pas lui laisser le dernier mot. Alors il lui lança d'une manière froide et hautaine:
- Très bien, fais donc ce que tu veux. De toute façon j'ai personnellement déjà tout vu de toi et de ce que ton corps dénudé avait à offrir !
Lance regretta instantanément ses paroles, c'était le pire coup bas qu'il pouvait lui asséner. Il s'en serait mordu les doigts mais c'était déjà trop tard et par fierté il ne pouvait pas faire machine arrière. Cela laissa tout de même un arrière goût amère dans la bouche du dragonnier quand il vit dans son regard qu'il l'avait profondément blessée et qu'elle regrettait maintenant de s'être livrée à lui par le passé.
Il se figea, tendu dans un moment de flottement se reprochant de plus en plus vivement ses paroles immondes. Soudain, brisant la tension elle le gifla de toutes ses forces, le bruit raisonna dans tout le couloir. Le coup fut si puissant et empli de rage qu'il vacilla malgré ses tout juste deux mètres de haut. Lorsqu'il reporta son regard sur la jeune femme, ses épaules tremblaient imperceptiblement et quelques larmes s'étaient amoncelées le long de ses cils blancs qu'elle ravala néanmoins rapidement, les empêchant de s'écouler.
Une voix profonde et glaciale mais tout de même contenue, s'éleva depuis l'autre bout du couloir :
- Isaya ? Il lui y a un problème ?
{-}
Marco avait tout entendu et un frisson de choc et de colère s'était rapidement emparé de lui mais il réussit à se maîtriser tant bien que mal.
En effet il venait à la rencontre des deux dragonniers pour remettre la clé de la cabine d'Ace, absent pour les prochaines semaines, à Lance Aglion afin qu'il s'y installe. Mais le phénix s'était stoppé à l'entrée du couloir à la vue des deux sortant de leur salles de bains respectives. Enfin surtout à la vision d'Isaya en débardeur, short et de légères sandales aux pieds. Il ne pu s'empêcher de l'admirer et trouva que malgré la taille un peu trop grande des habits pour elle, cela lui allait à ravir. Le commandant fut même sincèrement heureux qu'elle se sente assez à l'aise et en confiance sur le Moby Dick pour dévoiler sa peau légèrement halée et parsemée de discrètes cicatrices.
Mais le camarade de la jeune femme avait coupé court à ses réflexions quand la dispute éclata. Alors il était resté figé sur place, sidéré par les propos violents et son point de vue sexiste et arriéré. Le pirate s'en voulut quelques secondes de les espionner et s'apprêtait à mettre fin à la querelle en faisant acte de sa présence mais la dernière diatribe du guerrier l'avait prit au corps comme un coup qu'on lui assénait dans le ventre. Fort heureusement pour ce Lance, Isaya l'avait frappé avant qu'il ne s'en charge lui-même. Mais c'était trop tard, son opinion de l'homme venait d'être cimentée et elle était bien négative.
Retenant toute sa rage il avait fait quelques pas dans leur direction avant d'interpeller la jeune femme qui le regarda, étonnée et meurtrie.
Il finit de rejoindre à grandes enjambées le duo qui venait de se faire surprendre. Alors le regard redevenu ambre d'Isaya se posa sur lui, elle semblait inquiète.
- Marco ? Tu as tout entendu ?
Il comprit au ton de sa voix qu'elle ne voulait pas que quelqu'un sache pour sa « relation » avec le dragonnier. Et même si le phénix mourrait d'envie de savoir ce que ce Lance représentait pour elle et surtout qu'elle place il détenait dans son cœur, il lui mentit pour la première fois en veillant à toujours rester impassible.
- Non, j'ai juste entendu quelques éclats de voix. C'est tout, je viens seulement d'arriver.
Un minimum rassurée, la jeune femme tourna brusquement les talons et les laissa là. Le pirate la suivit du regard et quand elle disparut il reporta son attention sur le blond. Une trace rouge commençait déjà à apparaître sur sa joue et Marco dut se retenir de ricaner de satisfaction à cette vision. Car ça oui, maintenant il le détestait profondément.
Se recentrant sur sa mission, il donna la clé de la cabine à l'homme toujours interdit et lui indiqua le bon numéro de porte plus loin.
- C'est cette chambre, ce sera vos quartiers pendant votre séjour. Vous pouvez faire usage des salles communes comme bon vous semble et quand vous le désirez. Nous avons des horaires pour les repas mais au début on viendra vous chercher le temps de vous y habituer. N'hésitez pas à vous adresser aux commandants si vous avez la moindre question.
Le phénix se détourna et planta son vis à vis muet, sur place. Même s'il savait qu'il n'avait rien laissé transparaître de ses pensées profondes envers le dragonnier, il n'avait pu s'empêcher d'adopter un ton finement condescendant. Dans le fond il s'en fichait si ce Lance l'avait remarqué et il se moquait également qu'il se perde dans le navire. Le pirate préférait vivement s'employer à retrouver Isaya.
[...]
Intérieurement elle fulminait et une nervosité profonde la tenait à la gorge même si rien de son langage corporel ne le laissait présager. Seuls ses pas pressés auraient pu la trahir sous l'œil inquisiteur d'une tierce personne avisée. En réalité Isaya ne regrettait pas d'avoir giflé l'homme au comportement odieux dont elle était plus ou moins habituée. Cela lui avait permis de reprendre, ne serait-ce qu'un peu, de contenance.
Ainsi quand la jeune femme déboucha sur le large pont, personne ne lui prêta attention. Les pirates étaient agglutinés sur le bord du bateau, hypnotisés par une scène qu'elle ne remarqua pas de suite. Calmant donc ses pensées chaotiques, elle s'y pressa également tandis qu'une légère secousse se fit sentir sur la plage puis à travers le bois sous ses pieds.
Roeg, sous les encouragements d'Ojutaï depuis le rivage, tentait férocement de sortir de l'eau par la queue, un monstre marin géant ressemblant fortement à une sorte d'anguille. Celui-ci se débattait comme un beau diable, sentant sûrement son heure arriver. Alors le dragon argenté, agacé par les soubresauts de sa proie, bondit une dernière fois et ferma d'un coup sec sa puissante mâchoire sur le cou de son futur repas. Un bruit puissant de vertèbres qui se broient raisonna lugubrement et dégoûta certains membres de l'équipage, au point de presque leur donner la nausée.
Inconscient de l'émoi qu'il provoquait, le dragon traîna victorieusement la carcasse un peu plus haut dans le sable avant de s'y installer confortablement et de réfléchir à comment se délecter de sa prise de la meilleure des manière. Il tenta d'abord cru mais la dragonnière put voir à ses naseaux frémissant qu'il n'était pas très friand de cette nouvelle saveur et sans aucun doute, particulière. Alors après avoir jeté un regard au petit dragon émeraude qui semblait lui suggérer une idée, il contrôla du mieux qu'il put son feu et arrosa la créature marine sans la réduire en cendre. Il goûta prudemment du bout de la gueule et sa queue se mit à frémir d'excitation à cette nouveauté, qui rôtie semblait être un véritable délice.
Isaya rigola doucement devant cette scène de découverte gustative qu'elle trouvait presque attendrissante mais se rendit vite compte que l'équipage à contrario, n'y voyait rien de « mignon ». Pour sa défense, la jeune femme avait été largement habituée par son dragon à son lot de viscères, boyaux et carcasses en tout genre. Elle reporta alors de nouveau ses yeux ambrés sur les deux créatures qui happaient des morceaux de chaires fumantes et ses pensées négatives revinrent en force.
Lance était allé encore trop loin. Les mots qu'il avait prononcé l'avait vexée et blessée. Pourquoi fallait-il toujours que cela finisse ainsi entre eux ? Pourquoi étaient-ils incapables de communiquer autrement que par des joutes verbales ? Cela avait toujours été le cas mais elle en était fatiguée et avait sincèrement espéré qu'ici tout se passerait mieux. Mais même dans un monde inconnu, sa fierté mal placée avait eu raison de lui. En plus du fait qu'il voulait toujours avoir le dernier mot. Dans le fond elle savait qu'il devait s'en vouloir terriblement comme à chaque fois, Roeg lui confiait souvent ses remords sans que son dragonnier ne le sache et c'est ainsi qu'elle arrivait toujours à passer au dessus. Du moins jusqu'à la fois d'après.
D'ailleurs le dragon avait dû sentir sa propre fébrilité et celle de son maître à travers leur lien car il releva ses pupilles verticales dans sa direction, l'interrogeant du regard. Elle soupira et descendit sur la plage via une passerelle de débarquement, à la rencontre des deux créatures. Puis sous les yeux interloqués des témoins, s'installa naturellement à quelques pas afin de ne pas finir couverte de sang et autres joyeusetés, sans vraiment prêter attention au bruit de mâchoires tout proche.
Ce fut Roeg qui brisa le silence en premier.
- « Il m'a coupé ses pensées, qu'a-t-il fait ? »
Isaya se concentra et fermant les yeux, partagea sa mémoire de la scène grâce à un sort qu'elle récita mentalement. S'installant le long de ses jambes, Ojutaï grogna de contentement, faisant une pause dans son repas. La jeune femme l'observa attentivement. En effet le dragon vert semblait faire plus de vingt kilos et debout il lui arrivait dorénavant, à mi-cuisses. On aurait dit que la récupération de ses pouvoirs avait un réel effet exponentiel sur sa masse. Il pourrait sûrement bientôt commencer à voler et si elle pouvait avoir l'assistance du dragon d'argent pour booster sa croissance, cela ne pourrait que l'aider grandement.
Ce dernier la ramena à leur sujet de conversation initial après un temps de réflexion.
- « Oh, jalousie et fierté. »
Ojutaï surenchérit :
- « Comme d'habitude pas de quoi s'alarmer. »
- Oui, mais là c'était plus une histoire de contrôle je pense. Pourquoi doit-il toujours essayer d'avoir l'ascendant sur moi ? Surtout si c'est pour culpabiliser bêtement à la fin ! Ça n'a aucun sens.
- « Isaya, tu sais que je ne saisis pas la subtilité des relations et émotions humaines ? »
- Je sais Roeg, je sais.
- « Il m'en parlera peut-être plus tard. En attendant laisse le ruminer dans son coin, n'y pense plus et repose-toi. Tu sembles épuisée. »
À bien y réfléchir la jeune femme se sentait extrêmement lasse et son visage la faisait de nouveau terriblement souffrir. Sa dispute n'avait clairement pas aidé. Malgré les anti-douleurs que Gil lui donnait à heures fixes, sa pommette la tiraillait de nouveau atrocement en lui rappelant sa présence. Elle survola alors le pansement du bout des doigts dans une grimace avant de s'étendre sur le dos. Le bras sur les yeux, elle s'endormit rapidement sous le soleil au son des mastications du puissant dragon.
Peu de temps après une main large se posa sur son épaule et la sortit de sa bien trop courte sieste. La jeune femme grogna de mécontentement et ouvrit ses paupières sur un bras musclé relevé au dessus de sa tête, lui faisant de l'ombre et la protégeant des rayons cuisants. Elle reconnut de suite le phénix et se redressa subitement, ce qui lui tira une moue douloureuse. Les yeux baissés elle apposa encore par réflexe sa main sur son visage et celle du commandant apparut à nouveau dans son champ de vision. Mais cette fois-ci elle tenait un sachet de médicaments et une gourde.
- Désolé pour le réveil rapide mais j'ai vu que tu souffrais et le doc' tenait à ce que je te rappelle d'éviter de trop prendre le soleil par cette chaleur. Mieux vaut que tu remontes un peu plus haut à l'ombre des palmiers.
La jeune femme aux cheveux blancs regarda le massif dragon qui brillait au soleil puis à nouveau le pirate impassible à quelques pas seulement de lui. Elle ne put alors retenir un petit sourire en coin car si quelqu'un était bien capable de braver la présence de la formidable créature sans la moindre inquiétude, c'était bien Marco. Après sa violente dispute avec Lance, elle était bien heureuse de ce petit geste d'attention et qu'il ait pensé à prendre de quoi calmer ses douleurs. Elle lui en fut reconnaissante.
Il lui tendit la main pour l'aider à se relever, ce qu'elle accepta et ils se déplacèrent quelques mètres plus haut sous les frondaisons des arbres côtiers. Là ils s'assirent le long d'un tronc au sol, très proches l'un de l'autre et Isaya avala bien volontiers les anti-douleurs dans une grande lampée d'eau. Leur proximité ne la dérangeait pas, surtout après avoir réaffirmé leur amitié la veille. Jamais elle ne s'était sentie aussi proche de lui et ce dans un naturel presque banal.
La jeune femme inspira doucement les embruns et une légère odeur fruitée la perturba, il semblait que celle-ci provenait du phénix. Elle n'avait jamais vraiment prêté attention à l'odeur corporelle de Marco mais à cet instant précis cela la frappa. Il dû percevoir son regard car il tourna la tête vers elle, intrigué.
- C'est moi ou tu sens le fruit ?
Il rigola, surprit par sa question de but en blanc.
- Oui, c'est mon savon. Cadeau des hommes de ma division.
- Alors quel fruit ?
- Ananas, c'est mon préféré.
Ce fut alors au tour de la dragonnière de rire avec légèreté et elle jeta un coup d'œil légèrement taquin à sa coupe de cheveux.
- Plutôt bien trouvé de leur part.
- Ne te moques pas toi aussi ! J'avoue qu'au début j'ai été un peu vexé mais après tout, c'est un présent et maintenant je ne peux plus m'en passer.
Ils retombèrent dans un silence confortable tout en regardant les deux dragons finir leur proie. Puis la voix de Marco se fit un peu plus sérieuse :
- Ça va toi ? Un souci avec ton ami ?
Isaya se tendit imperceptiblement et se demanda si finalement il n'avait pas été témoin de la discussions volcanique et si oui, s'il avait entendu un certain détail en particulier. Elle ne savait pourquoi mais dans le fond la jeune femme ne voulait pas que le commandant soit au courant de sa relation charnelle passée avec le dragonnier. Ça la mettait terriblement mal à l'aise. Mais il la rassura tout aussi rapidement qu'il l'avait inquiétée.
- Je veux dire, j'ai vu la trace de main sur sa joue donc je me doute que vous vous êtes violemment disputés.
Intérieurement Isaya soupira de soulagement. Elle choisit tout de même prudemment ses mots.
- Disons qu'avec Lance nous avons une relation compliquée. En réalité, on n'est pas vraiment amis, ce serait mieux de parler de camarades voire collègues, plutôt qu'autre chose. Certes on a grandi et appris ensemble à se battre ainsi qu'à exercer la magie mais nous n'avions pas le même maître. Et cela a toujours été dans une certaine – rivalité, pour être honnête. On se fait totalement confiance malgré tout, on a combattu et mené des hommes ensemble à la bataille. Mais même adulte, je crois qu'on a gardé cette habitude de se mesurer l'un à l'autre pour savoir qui aurait le dessus et qui est le plus fort. Enfin je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.
Pendant qu'elle lui expliquait, Marco la regardait sérieusement, attentif. Il finit par hocher la tête, compréhensif.
- Je vois et je comprends parfaitement. Avec l'équipage on a un peu la même relation à propos des autres pirates qui sont nos alliés. À la fois on partage des idées et valeurs identiques mais en même temps on a du mal à ne pas être en compétition constante. À vouloir se chercher des noises et se mesurer les uns aux autres pour savoir quel équipage est le plus puissant et ce malgré nos alliances. Donc pour moi, oui, ça fait totalement sens.
Ravie, Isaya lui offrit un sourire chaleureux auquel l'homme répondit. Puis ils discutèrent de tout et de rien pendant presque deux heures, au point d'en oublier le déjeuner mais personne sur le navire n'osa les interrompre. D'un côté à cause de l'interdiction du capitaine de déranger Isaya mais également due à la présence des deux dragons qui leur servaient, sans le savoir, de sentinelles féroces.
{-}
Sans s'en rendre vraiment compte, ils avaient glissés le long du tronc et se trouvaient à moitié affalés au sol, leurs épaules reposant l'une contre l'autre. Sûrement à cause des médicaments et la fatigue accumulée, Isaya s'endormit après qu'ils soient tombés de nouveau dans un silence confortable. Se faisant Marco sentit la tête de la dragonnière glisser sur son épaule et il se figea, soudainement pleinement conscient de sa proximité et des quelques mèches de cheveux lui chatouillant le cou.
Après quelques minutes il se risqua un coup d'œil et soulagé de la voir profondément assoupie, il se permit de la contempler de tout son saoul. Depuis qu'il avait reconnu son attirance physique envers la jeune femme, il n'avait pas encore pu vraiment la détailler avec un regard neuf et sûrement bien moins objectif qu'auparavant.
Il laissa alors ses yeux se poser sur ses cheveux beaucoup plus fins qu'il ne pensait et résista à l'envie d'y glisser ses doigts pour en attester la véracité. Puis il observa ses longs cils blancs qui au final rehaussaient son regard d'ambre, qu'il trouvait incroyablement envoûtant et attractif. Puis il descendit le long de son nez que de très discrètes taches mouchetées avaient commencé à coloniser à cause du soleil. Il continua sa course sur ses lèvres et bien qu'elles soient un peu fines, restaient joliment dessinées. Mais le phénix grimaça à la vue de sa lèvre inférieure, fendue, dans une teinte rouge sombre. Il en profita alors pour vérifier l'état de son œil gauche, qui heureusement avait bien dégonflé mais qu'une sombre couleur tirant sur le violet peignait. Et enfin sur sa joue malheureusement méchamment abîmée sous le pansement blanc.
À sa vue le phénix sentit de nouveau la colère gonfler en lui et tenta d'apaiser celle-ci en reprenant son exploration visuelle sur le reste du corps de la jeune femme. Sa peau était légèrement halée d'une teinte presque dorée qui semblait vraisemblablement naturelle et héréditaire car à part pour aujourd'hui elle ne se découvrait jamais. Il constatait alors pour la première fois des épaules et des bras délicatement sculptés par ses entraînements militaires sans pour autant que ce soit excessif.
Son regard reprit sa course vers sa poitrine, qu'il devinait à travers le débardeur blanc un peu large, exposant le haut d'un bandeau qui couvrait ses seins. Finalement ceux-ci n'étaient pas si petits que ça, loin de là, sans pour autant être volumineux ils étaient tout simplement toujours cachés et comprimés sous les habits. Ce devait être la raison de pourquoi l'homme ne s'en était pas encore rendu compte. Honteux de détailler leur forme qu'il devinait, il se reprit et suivit la ligne de son corps en passant sur son ventre plat.
À cause de sa position et du tissu fin collant à sa peau, il fut capable de voir des abdominaux très finement travaillés tout en restant peu prononcés et discrets. Rien qu'à cela on pouvait savoir que la dragonnière avait une vie active de combattante et ce depuis quelques années déjà. En vérité tout son corps était légèrement musclé et sculpté sans que cela reste grossier et prépondérant.
Le pirate faillit sursauter quand l'une de ses jambes tressauta dans son sommeil. Cette dernière était galbée et sûrement dessinée par de longues heures de chevauchée avec sa puissante monture. Ses cuisses semblaient également fermes et capables de la maintenir sur le dos du dragon sans fatiguer. Et de nouveau cette peau - qui paraissait d'une douceur sans égal même si elle était recouverte de cicatrices assez discrètes. D'ailleurs il trouvait étrange que ces dernières soient aussi fines, sans aucune boursouflure, comme si elles avaient été lissées ou gommées. Cela était sûrement lié à une sorte de magie et Marco fut subitement et extrêmement tenté de passer sa main sur l'une des marques légèrement décolorées afin de tester sa théorie.
Néanmoins il fut violemment arraché à ses pensées honteuses qui trouvaient la jeune femme tout simplement magnifique – du moins à ses yeux – par sa perception aiguisée de bruit de pas dans le sable, au loin. Le pirate se recomposa rapidement et hésita à réveiller Isaya mais stoppa le début de mouvement de son bras quand il vit que c'était le dragonnier qui s'avançait dans leur direction.
Il eut subitement une idée puérile et indigne d'un homme de son âge : il voulait que Lance les voit ainsi. Aussi proche l'un de l'autre et Isaya lui faisant assez confiance pour s'assoupir profondément à ses côtés. Et même si le guerrier avait sûrement un léger problème d'ego et de possessivité, apparemment le phénix en était également pourvu. Cette constatation le fit grincer des dents mais il ne réveilla tout de même pas la belle endormie, après tout tant pis, autant assumer sa bassesse.
Arrivé au niveau du dragon étincelant et donc quasiment à leurs pieds, l'homme au visage marqué par la main d'Isaya, la regarda longuement avant de poser son regard azuréen dans celui sombre du commandant. Les deux hommes restèrent silencieux pendant de nombreuses secondes avant que Lance Aglion ne se détourne sèchement. Il résuma ses pas vers Roeg qui finissait de s'étirer et s'élança souplement sur la patte puis l'épaule de la bête avant de s'installer sur son dos.
Le dragon se ramassa sur le sol et de plusieurs coups d'ailes puissants commença à s'élever dans les airs. Se faisant il dégagea des bourrasques de vent et du sable fut projeté dans tout les sens, faisant tressaillir le corps endormi de la dragonnière. Alors Marco put voir sur le visage, d'ordinaire fermé du dragonnier, un très fin sourire moqueur.
Mais le pirate n'eut pas le temps de s'indigner de cette flagrante provocation et préféra profiter de la réaction de la jeune femme qui se réveillait sur son épaule. Surprise dans son sommeil profond, cette dernière reprenait difficilement contact avec la réalité, sa tête toujours appuyée contre lui. Puis se rendant soudainement compte d'où elle était et surtout contre qui elle se tenait, Isaya se redressa vivement. Et malgré sa tête légèrement abaissée dans sa gêne, le phénix eut le plaisir de voir sa seule joue visible, prendre une teinte bien plus rose que d'habitude. Il fut prit d'un sentiment de contentement et de satisfaction intense. Ainsi il pouvait faire rougir la dragonnière et cela n'était pas pour lui déplaire.
[...]
Tout juste deux semaines s'étaient écoulées depuis le retour d'Isaya sur le Moby Dick et ils étaient toujours sur la même île estivale. Barbe Blanche avait décrété qu'ils y resteraient le plus longtemps possible afin d'en profiter pour faire du nettoyage, des réparations et s'occuper des amélioration du navire qui n'avaient de cesse d'être toujours repoussées à plus tard. Ils étaient de plus largement approvisionnés pour tenir longtemps et au pire il suffisait de rejoindre la seule petite ville de l'île, pour acheter des vivres.
Son quotidien était alors rythmé de la même manière. Elle passait les différentes heures de la journée entre des passages pour des soins à l'infirmerie, de longues discussions avec Izou, de bien trop nombreuses siestes sur la plage parfois en compagnie de Marco ainsi que des moments passés avec Roeg, Ojutaï et Lance.
Ils tentaient tous trois d'aider un peu le petit dragon à accélérer sa croissance via un transfert de magie et d'énergie entre les deux bêtes. Les débuts furent des échecs mais en peaufinant leur technique il firent des progrès, même si le meilleur moyen restait tout de même de récupérer des fragments. Le dragon émeraude avait prit du volume et de la masse, lui arrivant maintenant à hauteur de hanche. En tout cas assez pour s'essayer à ses premiers vols et rapidement il en fut capable, ce qui le rendit presque insupportable tellement il débordait de joie et d'énergie.
Ojutaï avait également retrouvé l'un de ses passe-temps favori : tourmenter Watson et Gabriel. Ces derniers n'avaient eu de cesse de venir se plaindre auprès de la jeune femme qui n'y pouvait malheureusement pas grand chose. Heureusement pour les jumeaux, après les presque deux semaines, leur division et commandant Satch, étaient partis la veille au soir. Ils avaient été récupérés au passage par la division de Vista, sur l'une des répliques du Moby Dick pour une mission de trois-quatre jours.
De son côté Isaya avait fait la paix avec Lance, qui pour la première fois de sa vie, s'était formellement excusé le lendemain de leur dispute. Elle en avait été extrêmement surprise et se demanda sincèrement si sa venue dans ce monde l'avait fait mûrir sur ce point en particulier. Seul revers de la médaille, il ne la lâchait presque pas d'une semelle. De ce fait l'équipage n'osait pas trop l'approcher car toujours distant avec les pirates, il les repoussait de son aura impénétrable telle une bulle de protection, l'englobant malgré elle.
Le seul qui semblait en faire fi était le phénix et plus les jours passaient plus la dragonnière avait l'impression qu'il se tramait quelque chose entre ces deux là. Mais leurs visages lisses et impassibles ne laissaient rien transparaître, elle était donc bien incapable de mettre le doigt dessus.
Malheureusement pour Isaya le temps semblait de plus en plus long. Elle n'avait toujours pas le droit de s'exercer au combat ni de repartir à la recherche de ses pouvoirs. Gil était catégorique là-dessus et mettait un point d'honneur à la faire respecter un certain délai de guérison. La jeune femme savait que le médecin avait raison mais elle ne pouvait s'empêcher de se languir de plus en plus souvent dans une certaine morosité, préférant parfois s'isoler dans son coin. Le pire c'était quand elle voyait Ojutaï virevolter gaiement au dessus des pirates amusés ou qu'elle apercevait Lance et Roeg partir pour s'aventurer par delà l'île afin d'explorer les environs. En tous cas elle était sincèrement heureuse pour son dragon mais le ciel lui restait quant à elle, toujours inatteignable.
Tristement aujourd'hui était l'un de ces jours de déprime. La dragonnière s'était encore une fois recluse loin des autres et même si elle se trouvait allongée en hauteur, le dos sur le large bastingage, ses pensées étaient elles très loin. Elle n'entendait même plus la clameur et les rires de l'équipage juste en contrebas sur le pont qui profitant d'un pause, s'entraînait bruyamment au combat. Isaya avait cru entendre à un moment des appels dans sa direction mais trop dans sa bulle, elle n'y prêta pas attention. Non, elle regardait fixement le ciel bleu entre ses doigts, au bout de son bras étiré vers le haut. Comme si l'azur était en cage tout comme sa propre personne.
Soudainement une présence se fit ressentir derrière elle et la jeune femme étira son cou et sa tête en arrière pour observer, à l'envers, le phénix qui venait de grimper. Il s'assit non loin tout en l'observant pensif, les pieds battant dans le vide. Ne voulant parler, elle reporta derechef ses yeux ambres sur sa contemplation solitaire mais il respecta son silence et ne le brisa pas.
Seulement quelques minutes plus tard une deuxième personne fit son apparition entre elle et le pirate, elle refit le même mouvement que précédemment et vit cette fois-ci Lance, accroupit. Son visage un peu plus clair que d'habitude, voire à la limite du pâle, semblait tiré dans une certaine fatigue. Elle l'avait remarqué, enfin elle avait plutôt vu son absence à ces côtés depuis la veille, même si sur le coup cela l'arrangeait au plus haut point. Était-il malade ?
Rapidement elle secoua la tête, après tout, du haut de ses 27 ans, il était assez grand pour se débrouiller seul et se faire ausculter par Gil ou un autre infirmier.
Le-dit dragonnier lui jeta un bref regard avant de se tourner vers le commandant.
- Si c'est comme ça que tu comptes la sortir de ses rêveries moroses, je me fais du soucis à l'idée de rentrer à Erevan.
La jeune femme observant toujours la scène à l'envers, tilta. Depuis quand le dragonnier s'était mis à tutoyer Marco ? Toujours silencieuse, elle se contenta de suivre l'échange entre les deux hommes.
- Et que comptes-tu faire personnellement ? La brusquer peut-être ou la forcer à discuter ?
- C'est toujours mieux que de rester là, à ne rien dire.
Isaya haussa les sourcils. Était-ce de la dissension qu'elle captait entre les deux hommes ? Leurs tons respectifs évoquaient un certain agacement mutuel.
- Eh bien qu'elle merveilleuse idée as-tu ? Éclaire moi je suis tout ouïe.
S'agaçant, elle leva – littéralement – les yeux au ciel. Étaient-ils conscients qu'elle était présente et entendait tout ? Mais surtout combien de temps les deux allaient la déranger ainsi ?
Ses questions restèrent sans réponses quand une voix puissante trancha à sa place :
- « Dragonnière ! Un vol acrobatique te ferait-il envie ? »
Instantanément Isaya se redressa sur ses coudes, n'osant espérer avoir bien entendu. Normalement les dragons n'acceptaient que rarement d'autres cavaliers et ce uniquement en cas d'urgences ou d'exceptions particulières. Il était même très mal vu et impoli de quémander cela. C'est pourquoi, même si elle y avait déjà fortement pensé, la jeune femme n'avait jamais osé demander la permission à Roeg malgré leur fort lien d'amitié.
Mais apparemment elle avait bien entendu ce dernier, car à présent il volait en cercles lents autour du bateau, faisant se tourner toutes les têtes devant son manège. D'ailleurs le chef d'équipe des charpentiers gesticulait frénétiquement sur le pont lui criant de faire attention aux nombreux mâts. Le pauvre homme semblait au bord de la crise cardiaque.
Toute à sa joie, Isaya avait bondi sur ses pieds et cria en retour, reportant sur elle l'attention du capitaine et toutes les personnes présentes sur le navire.
- OUI ROEG, OUI !
Dans un léger panache de fumée, le dragon ria de la voir si excitée tout en continuant ses tours.
- « Alors saute petite humaine ! »
La jeune femme passa prestement les deux hommes abasourdis à ses côtés et courut le plus rapidement possible sur le bastingage, prévoyant le passage de l'immense créature qui dans un dernier virage s'inclina et s'abaissa le plus possible au ras de l'eau et de la coque. Alors elle sauta le plus loin possible par dessus le bateau et atterrit à peu près souplement sur le dos de Roeg, de ce fait elle stupéfia l'assemblée générale.
N'ayant pas de harnais, le dragon argenté lui laissa le temps de ceinturer comme elle le pouvait, les quelques sangles présentes sur la selle autour de sa taille tandis qu'il continuait ses rondes. Mais quand elle fut fin prête, il s'éleva puissamment et à toute vitesse à la verticale sous les exclamations des pirates et le rire puissant d'Edward Newgate.
Rapidement la clameur des témoins de la scène disparut dans le bruit du vent sifflant. Arrivé à une hauteur vertigineuse où l'oxygène devenait presque rare, Roeg cessa tout simplement de battre des ailes et se laissa tomber à la renverse pour enchaîner dans une vrille donnant délicieusement le tournis à Isaya. Fonçant à toute allure vers le navire, il se déploya de nouveau à la dernière seconde au ras des vigies des mâts faisant encore hurler le charpentier sous les rires débridés de la jeune femme.
- Encore Roeg ! Encore !
Le dragon ne se fit pas prier et enchaîna volontiers de nouveaux loopings et pirouettes toujours plus périlleuses, au plus grand bonheur de la dragonnière. Alors quand il passa au ras de l'eau près du Moby Dick, ses pattes effleurant la mer, elle se tint debout les bras grands ouverts et cheveux lui cinglant le visage, qui lui était fixé dans une expression de joie sauvage. Roeg continua sa voltige aérienne faisant toujours plus augmenter l'adrénaline dans les veines d'Isaya et son cerveau déversa la dose d'endorphine qui lui avait fait défaut ces derniers mois.
Au bout de longues minutes, la puissante créature s'éleva cette fois dans les hauteurs azurées vers les confins de l'horizon et adopta une vitesse de croisière permettant à la dragonnière de se remettre de ce flot d'émotion calmant ainsi son cœur palpitant. Elle respira longuement, emplissant profondément ses poumons et se délectant de cette sensation qui lui avait tellement manqué. Puis la jeune femme se laissa porter par cette impression délectable d'apesanteur. Le vent sifflant à ses oreilles, l'humidité de l'air sur sa peau et la perception du corps puissant sous elle lui firent monter les larmes aux yeux. Alors de joie et dans une reconnaissance profonde, Isaya se pencha dans une étreinte sur la base du cou recouvert d'écailles rugueuses.
- Merci Roeg, merci infiniment.
- « De rien petite dragonnière. Saches que si c'est pour toi, cela ne me dérange pas alors dorénavant si tes sombres pensées ressurgissent, n'hésite pas à m'en parler car je suis prêt à recommencer. En plus Lance n'est pas trop adepte des acrobaties contrairement à toi. De mon côté cela me permet de me défouler, je m'ennuie mortellement. »
À ses paroles Isaya ne sut retenir les larmes qu'elle contenait et pleura ouvertement de bonheur et encore plus de gratitude envers la formidable créature qui lui accordait ce privilège immense et intime. Mais quelques instants plus tard, ce moment hors du temps cessa quand le dragon se crispa.
En effet au loin et dans le soleil qui commençait à décliner, un point minuscule se dessinait sur la mer. Au bout de plusieurs minutes, la vision hors norme de Roeg put enfin la voir correctement. Un bateau faisait route vers la petite île estivale. Il en informa Isaya qui ne pouvait distinguer ce que c'était avec ses yeux d'humaine, surtout à cette distance.
- Vite rentrons au navire prévenir Edward !
Ils rebroussèrent alors rapidement chemin dans un virage serré. Mine de rien ils s'étaient pas mal éloignés et mirent plus d'une demi-heure à rentrer.
Tandis qu'ils arrivaient en ralentissant la cadence au minimum vital, le dragon se mit de profil, dos au navire et le rasant au passage dans une violente bourrasque. Isaya qui s'était détachée sauta donc sur le pont pleine balle, dans une roulade plus ou moins maîtrisée. Tout à son impatience, elle ne calcula pas sa trajectoire et faucha malheureusement Curiel et deux-trois pirates au passage. Mine de rien la jeune femme s'était fait mal et son visage la tiraillait très douloureusement mais elle passa outre s'excusant platement auprès des hommes d'équipage (heureusement solides) qui se relevaient choqués de son atterrissage.
Le phénix plus loin avait essayé de l'intercepter au passage mais il était trop éloigné et la dargonnière bien trop rapide, pour réussir à l'attraper et amortir sa chute. Arrivé à sa hauteur il écarta les hommes présents autour et lui tendit une main pour l'aider à se relever doucement. Il s'enquit de son état :
- Isaya ça va ? Rien de cassé ? Yoi, tu saignes du nez !
Elle n'eut même pas le temps de lui répondre, qu'une furie en blouse blanche menaçante débarqua dans son champ de vision.
- Jeune demoiselle ! Dois-je te rappeler l'interdiction des entrées fracassantes ? Tu es en CONVALESCENCE ! J'espère pour toi que la fracture qui commençait tout juste à se ressouder n'a pas empirée sinon je te ligote à un lit de l'infirmerie.
Malgré l'aura intransigeante du médecin, la dragonnière l'ignora tout en essayant de retenir le sang qui s'écoulait de sa narine.
- Désolée Gil, attends deux secondes !
Le brun à lunette se figea, outré.
- Marco ! Un navire approche. Il est vraiment loin mais se dirige droit dans notre direction. D'après Roeg c'est un imposant bâtiment de guerre et il pense qu'il ne devrait pas arriver avant demain matin au plus tôt.
Des murmures s'élevèrent dans l'air et le capitaine traversa le pont vers l'attroupement.
- Commandants, rendez-vous en salle de réunion dans dix minutes. Je m'occupe de réunir de plus amples informations auprès du dragon. Marco, à ma suite fils.
La foule se dispersa efficacement, chacun sachant ce qu'il avait à faire selon son rôle dans l'équipage. Ainsi Isaya se retrouva seule avec un Gil mécontent. Alors tout en se pinçant l'arrête du nez sanguinolent, elle lui offrit un sourire contrit avant de se faire pousser sans ménagement vers l'infirmerie. Ojutaï à leur suite.
À la fin de la journée elle avait gagné un nouveau surnom de la part de l'équipage : le boulet de canon.
[...]
Marco revenait de son tour de reconnaissance et salua au passage, les nombreuses sentinelles montant la garde dans les vigies du Moby Dick, éclairé par de nombreuses lumières dans la pénombre. La réunion entre commandants n'avait pas duré longtemps et ils avaient rapidement mis en place l'état d'alerte sans pour autant annoncer le branle-bas de combat. Après tout, leur équipage était celui d'un des quatre empereurs et ils ne risquaient pas grand chose mais sur ces océans traîtres, la rigueur et la prudence étaient toujours de mise.
Alors sachant que chaque homme était à son poste et connaissait la marche et règles à suivre, le pirate s'engouffra dans les couloirs jusqu'à l'infirmerie. Ses pas le menant par automatisme vers son but, il repensa à Isaya et à ses délirantes acrobaties sur le dos de Roeg.
La témérité dont la jeune femme avait fait preuve en avait impressionné plus d'un et il se comptait largement dans le lot. Enfin il comprenait profondément à quel point le fait de voler à dos de dragon était une partie indissociable d'elle-même et savait maintenant à quelle profondeur son âme était meurtrie d'en être ainsi privée. Car ce n'était pas juste un moyen de déplacement ou un lien exceptionnellement unique avec une créature mythique, pour elle cela relevait de quelque chose de bien plus vital. Il s'agissait de sa vie entière qui tournait autour, au delà de son rôle de dragonnière. Le phénix s'était alors imaginé privé de ses ailes et de son pouvoir, chose qui le fit frémir de mal-être. Alors oui maintenant il se sentait encore plus proche d'elle et de sa vision du monde.
Le phénix repensa subitement au dragonnier Aglion. Il avait grand mal à le supporter ces derniers temps car il n'avait eut de cesse de les interrompre ou d'accaparer l'attention de la jeune femme et ce quasiment constamment, l'empêchant ainsi de se rapprocher d'elle. Alors une sorte de compétition puérile s'était installée entre eux deux.
Au tout début le commandant avait tenté de l'ignorer mais l'agacement avait fini par prendre le dessus, il restait un pirate tout de même ! Et un pirate avec honneur ne devait se laisser barrer la route face à un nouveau venu impudent. Mais en cet instant il était presque reconnaissant envers ce Lance d'avoir débarqué dans son monde. Lui permettant ainsi de voir Isaya sous un nouveau jour. Et quelle vision !
La manière dont son faciès s'était illuminé à la proposition du dragon, sa façon intrépide de se jeter dans le vide par dessus le bateau ou encore ses mains qui frénétiquement s'attachaient à la selle, tout cela lui revenait à l'esprit et le fit sourire. Il rigola en repensant à comment elle avait éclaté de rire au dessus de leur têtes, les rasant après une vrille infernale. Mais ce qui hanterait à jamais son esprit et qui lui reviendrait toujours en mémoire quand il penserait à la dragonnière, c'était une image bien précise qu'il se jurait en aucun cas d'oublier. Celle d'Isaya, debout les bras grand ouverts, sur le dos de Roeg frôlant les vagues tout près d'eux.
Un frisson avait alors parcouru son dos et son cœur s'était figé à cet instant. Il la revoyait clairement : ses cheveux blancs défaits et voletant furieusement autour d'elle, sa peau dorée légèrement rosie par l'effort, une expression sauvage fichée sur son visage ainsi que ses yeux ambrés qui brûlaient d'une flamme intense et indomptable. Isaya avait été à ce moment incroyablement et magnifiquement libre, d'une beauté irréelle dans les rayons du soleil et les gouttes d'eau salées l'éclaboussant sur son passage. Oh comme la liberté lui allait à ravir.
Arrivé à destination, Marco tenta d'effacer son sourire rêveur et entra dans la pièce. L'objet de ses réflexions s'y trouvait assis sur une table d'osculation, le médecin de bord tentant de la maintenir en place alors qu'il examinait sa pommette, libre de tout pansement. À son entrée, Isaya ne put s'empêcher de tourner la tête dans sa direction faisant grommeler Gil.
- Marco ! Alors ce navire ?
Son ton était enjoué, encore grisée par sa « balade mouvementée », ses yeux pétillaient de joie mais le phénix ne put s'empêcher de pouffer discrètement à la vue d'un coton ressortant de l'une de ses narines.
- Tout est en place, pour l'instant on est dans l'incapacité de savoir s'il s'agit de la marine ou autre. En tous cas Roeg avait raison, il n'arrivera pas avant demain matin. Sinon l'état de ce visage Gil, des dégâts ?
Se rappelant à leur présence l'homme à lunettes, qui affichait à présent son fameux sourire en coin, entreprit de reprendre entre ses doigts gantés le visage de la dissipée.
- Heureusement rien du tout. À part un saignement de nez tout va bien. Avant que tu n'entres j'essayais de retirer les points de sutures. La cicatrisation de la plaie en surface a été rapide. Il faudra en revanche encore deux bonnes semaines pour que la fracture ne se consolide complètement.
Ce faisant il montra au phénix qui s'était approché, l'état de la joue encore colorée de bleus légèrement passés. Le commandant détailla alors la déchirure irrégulière de quelques centimètres. Malgré le travail délicat et précis du médecin, il savait que cela laisserait une trace sur la peau dorée. Il en profita pour demander à la jeune femme :
- Dis Isaya, j'ai remarqué quelques cicatrices sur ton corps mais elles sont toutes lisses et fines, quasiment gommées. Tu n'as aucun sort pour te soigner plus rapidement ?
Les deux hommes relevèrent alors les yeux vers elle, très intéressés par sa réponse. Surtout Gil qui ne vivait que pour la connaissance médicale. Mais avant qu'elle ne puisse répondre, un rideau se tira dans son dos, révélant Lance allongé sur un lit médical. Une bassine se trouvait près de lui et son visage transpirant était pâle.
- Non, elle ne peut pas sinon on ne serait pas tous deux couverts de marques. La magie liée à la guérison est complètement différente de la nôtre. Peu de personne la maîtrise et il existe donc un nombre limité de guérisseurs. En général après une bataille on se faisait soigner une fois au camp ou rentrés à la capitale. Donc pour répondre à ta question muette, oui ça va laisser une cicatrice.
Le dragonnier se rallongea alors péniblement sur ses oreillers. Le phénix lui demanda interrogateur :
- Malade ?
- Oui, fièvre après une sorte d'intoxication à je ne sais quoi, enfin d'après le docteur. Je dois devenir allergique à ce monde.
Il referma sèchement le rideau derrière Isaya, qui siffla légèrement de désapprobation suite à sa dernière réflexion malvenue.
- Ne faites pas attention, il est ronchon. Je crois qu'il préférerait se retrouver avec un carreau d'arbalète planté dans le corps plutôt que terrassé par un simple microbe.
Un grognement de mécontentement se fit entendre de derrière le tissu les séparant. Marco ne put s'empêcher d'étirer un sourire en coin, amusé par l'échange.
Il prit alors place sur une chaise près de Gil, l'observant retirer délicatement les fils du visage de la jeune femme tandis qu'il s'employait à lui apprendre comment faire. Puis tous allèrent se reposer dans leurs chambres et cabines respectives en vue d'une matinée qui pouvait potentiellement être mouvementée.
[...]
L'aube était arrivée bien rapidement, tout comme le navire ennemi d'où le mot « Justice » en bleu, trônait fièrement et jurant sur la blancheur des voiles et de la coque. Enfin il n'était plus si immaculé que ça car on pouvait y voir des traces d'explosions, de poudre et tout autres signes d'attaques. Une des voiles était en lambeaux et le gouvernail semblait avoir été touché rendant le bâtiment de guerre incontrôlable. Les marins à bord avaient dû garder un seul et unique cap, c'est à dire droit devant. Et c'est ainsi que le bateau de la Marine stoppa sa courses grâce à une ancre jetée à la va-vite, dans les eaux peu profondes à seulement une cinquantaine de mètres du Moby Dick.
Les pirates comprirent très vite qu'il n'y avait plus la moindre figure d'autorité ou supérieurs hiérarchiques à bord vu l'agitation affolée qui régnait sur le pont. Ce fut même une véritable débandade quand les marins se rendirent enfin compte vers qui ils avaient eu la stupidité de se diriger. Alors dans un chaos le plus total tous les hommes en blanc avaient tout bonnement abandonné le navire à bord de grande chaloupes, canots de sauvetage et autres embarcations en tout genre. Ne prenant également pas la peine de tenter leur chance sur la terre ferme, ils prirent tout simplement le large préférant la compagnie des monstres marins plutôt que du terrible équipage de Barbe Blanche.
Certains pirates étaient tout de même déçus, rêvant d'un peu d'action tandis que les autres étaient hilares, pleurant de rire à ne plus savoir respirer. En tout cas c'était une aubaine pour eux car les navires de la Marine contenaient souvent de nombreuses cartes maritimes ou autre, des trilog et eternal pose ainsi que moult armes et munitions. Un petit groupe partit donc piller le bateau vide.
Les membres d'équipage revinrent une demi-heure plus tard avec les chaloupes pleines. Puis les hommes dispatchèrent le tout entre deux groupes : les navigateurs et les armuriers. Ceux-ci prirent le relais afin de lister tout ce qui s'y trouvait et trier ce qui leur serait utile et bénéfique. Le verdict tomba quelques temps plus tard et à part l'armement qui n'était jamais de trop, il n'y eut aucune nouveauté navale que l'équipage d'Edward Newgate ne possédait déjà pas.
Ce fut une légère déception mais le moral revint quand ils décidèrent de fêter tout de même ça avec un banquet qui aurait lieu le midi même. Isaya vit alors les pirates courir de nouveau à droite et à gauche afin d'organiser le festin qui aurait lieu quelques heures plus tard. Et ce dans une joyeuse cacophonie.
Elle les avait regardé avec attention depuis l'une des plus hautes vigies en cette matinée. La dragonnière était sincèrement admirative de leur organisation et efficacité, ils ne cessaient de la surprendre malgré leur nombre élevé. Car même si elle se trouvait dans ce monde depuis presque cinq mois maintenant, elle n'avait jamais eut l'occasion de les observer s'occuper de choses qui n'étaient pas relatives à la gestion de la vie quotidienne sur un navire. D'ailleurs à part les entraînements fréquents, elle ne les avait non plus pas vu se battre contre le moindre ennemi et apparemment ce ne serait pas pour aujourd'hui. Elle repensa tout de même à la mission qu'elle avait menée avec Ace mais on ne pouvait décemment pas appeler cela un combat tellement c'était déséquilibré et expéditif.
Alors qu'elle s'étirait paresseusement tout en se relevant dans son perchoir, elle passa machinalement sa main sur sa joue blessée, dépourvue de bandage maintenant. Et tandis qu'elle pensait rejoindre Ojutaï qui passait ces derniers temps en compagnie de Roeg, la jeune femme se stoppa net en regardant l'horizon. Elle plissa les yeux quelques secondes avant d'observer un point sur la mer et reprit ses esprit quand elle comprit qu'il s'agissait d'un autre bateau. Rapidement la jeune femme se pencha au dessus de la rambarde, vers le pont en contrebas.
- Navire en vue !
À son cri la frénésie festive se calma rapidement. Le premier commandant qui se trouvait sur le pont l'interpella :
- Quelle distance ?
- Je ne peux que répondre en temps de vol, pas en temps de navigation mais il est proche. Très proche même.
Alors usant de son pouvoir, le phénix la rejoignit rapidement dans la vigie. Ils observèrent à deux la forme de voile au loin. Puis Marco plongea vers la mystérieuse apparition, Isaya en profita alors pour redescendre auprès du capitaine. Le commandant revint quelques temps après avec des nouvelles bien plus inquiétantes que celles de la veille.
- Père ! Il y a en effet un autre navire qui devait sûrement poursuivre les marines. Il sera là d'ici deux heures.
- Quel pavillon ?
- Pirate. C'est le Red Force.
Seul un lourd silence lui répondit et une chape de plomb tomba sur l'assemblée. La dragonnière comprit alors que ce nom devait signifier un danger potentiel vu la nervosité de certains membres d'équipage. Les commandants décidèrent donc d'une nouvelle réunion à huit clos mais la jeune femme curieuse ne put s'empêcher de lancer un regard à Edward Newgate, qui le sentant se tourna vers elle.
- Mauvaise nouvelle ? Ce nom signifie-il quelque chose en particulier ?
Barbe Blanche la regarda longuement et sérieusement avant de lui offrir un mince sourire.
- Oui dragonnière c'est le navire de Shanks Le Roux, l'un des autres empereurs, comme moi. Ce serait potentiellement problématique si un combat venait à éclater maintenant. Il y a bien trop d'enjeux concernant l'équilibre de ce monde même s'il ne reste qu'un jeunot ambitieux.
Il soupira devant son air ignorant avant de reprendre :
- Je me rend compte seulement maintenant à quel point tu es désarmée face à la politique de ce monde. Vu ton intégration rapide à cet équipage, on a tendance à oublier que tu ne viens même pas de cette dimension. Mais ta vie sur ce navire est sous ma responsabilité alors veux-tu te joindre à nous ?
Isaya fut honorée de cette marque de confiance et accepta immédiatement la proposition. C'était en effet un très bon moyen d'apprendre ce qui se tramait sur ces mers et ce bien plus qu'à travers les livres qu'elle avait pu étudier. Elle emboîta le pas à la suite du géant jusqu'à l'immense salle et se posta en arrière le long d'un mur. Elle tâcha également d'ouvrir un peu plus ses pensées à Ojutaï afin qu'il puisse suivre la discussion depuis la plage.
Au bout de presque trente minutes de discussion elle en savait déjà beaucoup plus sur la situation et sa gravité. Et ce grâce à Marco qui l'avait rapidement invité à prendre place à ses côtés, sur une chaise qu'il lui avait ramené. En effet le pirate lui expliquait parfois plus en détail certains points et informations qu'elle n'était pas en mesure de comprendre sans éclaircissements. D'ailleurs la dragonnière avait cru voir un sourire en coin très fugace sur le visage du capitaine tandis que le phénix reprenait son rôle de professeur très investi.
À présent le débat était sur ce que l'empereur rival pouvait bien vouloir à la marine et si cela valait un affrontement. Les suppositions fusaient de part et d'autre de la table avec quelques contre-arguments. La jeune femme suivait toujours très attentivement les échanges.
- C'est simple, ils voulaient sûrement tout simplement piller et récupérer des informations navales, peut-être aussi de l'armement. On l'a bien fait nous. En tout cas il n'y avait pas de prisonnier de leur équipage dans les geôles donc ce n'est pas un sauvetage.
- Si c'est le cas, il faut qu'on prenne en compte le fait qu'on ait déjà volé la marine. Peut-être qu'ils voudront tout récupérer ? Mais ça ne déclencherait sûrement pas un combat, il n'y avait rien de sensible ou particulier sur le navire.
- Même si un combat devait éclater, on est bien assez forts pour les écraser !
- Curiel, je te rappelle qu'il nous manque quatre divisions et commandants et pas des moindres. Celles de Ace, Vista, Satch et Blamenco! Ça fait quand même un sacré paquet d'hommes en moins.
- Rappelez vous aussi que Shanks maîtrise également le Haki des Rois ! Il serait capable de coucher la moitié de l'équipage au minimum.
- Sinon on évite la rencontre et on lève l'ancre pour aller plus loin ?
- Et passer pour des pleutres ?! Voyons Namur, qu'elle idée !
- Il n'a peut-être pas tort ! Un affrontement bouleverserait l'équilibre de ce monde, ce serait plus prudent de se déplacer.
- Non c'est impossible, on est en pleines réparations et on a sorti pas mal d'équipement à l'extérieur. En plus dois-je vous rappeler qu'on a un trou béant dans la coque ?
- Haruta a raison, l'équipe des charpentiers sera incapable de renflouer le navire en quoi, une heure et demi maximum ?
- Dans l'hypothèse qu'il y ait un combat, cela devra se passer sur la terre ferme mais ça laisse le navire à leur merci, à moins de diviser l'équipage en deux.
- Non cette option comprend trop de risques !
Les discussions commençaient à prendre une tournure houleuse. Alors le capitaine qui était toujours silencieux, posa son regard sur le phénix, qui prit la parole.
- L'heure tourne. Nous avons envisagé toutes les possibilités ainsi que nos options. Le plus raisonnable et logique serait de ne pas engager le combat. Car nous ne pouvons pas réunir toute les conditions nécessaires à une victoire immédiate sans même parler des enjeux et des conséquences pour le nouveau monde. De plus on ne peut pas se retirer alors le mieux qu'on puisse faire est de se préparer à toute éventualité et d'attendre pour savoir quelles sont les intentions réelles de nos rivaux. Puis aviser selon celles-ci et la décision de Père.
À ses paroles, Edward Newgate se leva.
- Mes fils, accueillons comme il se doit ce jeunot de Shanks !
Déterminés, tous les commandants se levèrent en cœur afin de rejoindre leurs hommes respectifs et assumer leurs rôles au sein de l'équipage. Alors la salle se vidant rapidement, Isaya ne put retenir une expression impressionnée qui fit assurément sourire le capitaine et son second.
Voilà ce chapitre est terminé, j'espère qu'il vous aura plu.
N'oubliez pas de laisser un petit mot et dites moi si vous voulez que j'écourte un peu les chapitres et que j'accélère le rythme. J'ai tendance à toujours vouloir faire beaucoup de descriptions, peut-être trop ?
En tous cas je vous dit à très bientôt pour la suite !
AprilAwake
