7. La présentation.

Izuku attendit deux semaines. Deux semaines où Iida lui interdit presque de chercher du travail et le força à se reposer vraiment. Et en vrai, faire la grasse matinée, traîner en pantoufle sur le canapé, prendre du temps pour soi, pour ne rien faire, ça faisait du bien aussi. Quand Iida rentrait du boulot, ils dinaient ensemble et regardaient un film ou faisaient une partie de cartes. Uraraka se joignait à eux quelques fois.

Tous les jours Kacchan lui manquait et il avait envie d'aller le voir, mais ne sortait pas de l'appartement d'Iida pour autant. Il avait peur que s'il partait, il ne reviendrait pas, il n'oserait pas, il ne se sentirait plus légitime.

Donc après deux semaines, il expliqua à Iida et Uraraka qu'il voulait leur présenter son ami un peu spécial.

— Je sais que ça va vous paraître dingue, mais vous devez me promettre de ne pas rire okay ?

— Pourquoi on rirait de ton ami ? interrogea Uraraka éberluée.

Pourquoi en effet ?

Izuku n'avait pas de réponse. Iida les conduisit jusqu'au parc et se gara un peu plus loin. Izuku guida ses amis jusqu'au cerisier et plus il avançait, plus son cœur battait vite. La peur ou l'anticipation de revoir Kacchan, peut-être les deux.

Le blond n'était pas sous le cerisier et Izuku, pendant une demi-seconde, se demanda s'il n'avait pas tout halluciné au final, mais quand il s'approcha, Kacchan apparut à ses yeux et sans s'en rendre compte, Izuku se mit à courir vers lui, laissant Iida et Uraraka en arrière.

— Tu es revenu, constata Kacchan.

— Je te l'avais promis, fit Izuku.

Kacchan détourna les yeux et marmonna :

— Je t'ai attendu, et si t'étais pas revenu j'aurais dû te tuer.

Izuku lui sourit.

Iida et Uraraka le rattrapèrent finalement.

— On doit rejoindre ton ami ici ? demanda la jeune femme.

Elle et Iida cherchaient quelqu'un des yeux. Leurs regards glissèrent sur l'esprit sans qu'ils ne le voient.

— Tes amis sont venus avec toi, constata Kacchan.

Il n'avait pas l'air ravis. Izuku se tourna vers ses deux amis et pointa la direction de Kacchan.

— Bon ben voilà, euh… C'est Kacchan.

Kacchan grogna :

— Pour les invités, c'est seulement Bakugo.

— Enfin, il s'appelle Katsuki Bakugo, se rattrapa Izuku.

Uraraka et Iida avaient commencé à froncer les sourcils :

— De quoi tu parles Deku ? demanda la jeune femme. Ton ami Katsuki Bakugo doit arriver là c'est ça ?

Izuku se mordit la lèvre :

— Il est déjà là.

Puis posant sa main sur le tronc du cerisier, dit :

— Le voilà.

Iida demanda :

— Est-ce que tu te moques de nous ?

Izuku secoua la tête et regarda Kacchan :

— Tu peux leur montrer ? demanda-t-il.

— Non, répondit Kacchan direct.

— Kacchan !

— Non, je ne veux pas. Ils ne me voient pas, je ne veux pas devenir leur ami non plus. Pourquoi je devrais leur montrer ?

— Pour moi ? proposa Izuku.

Kacchan eut l'air d'hésiter, mais finit par se renfrogner.

— Je t'ai attendu deux semaines, c'était trop long, alors non.

Izuku allait dire quelque chose, mais il fut coupé par Uraraka :

— Deku ? À qui est-ce que tu parles ?

— Si tu ne le fais pas, fit Izuku, ils vont me prendre pour un fou.

Kacchan leva les yeux au ciel, mais doucement, il fit vibrer ses branches, comme si elles étaient ballotées par le vent.

Izuku sourit et montra le cerisier :

— C'est Katsuki Bakugo, dit-il.

Iida et Uraraka échangèrent un regard et Izuku comprit qu'ils ne le croyaient pas. Il se tourna vers Kacchan qui haussa les épaules, pas prêt à faire plus d'effort.

Izuku décida de mentir.

— Bon en fait, c'est bête, mais étant seul depuis longtemps, j'ai donné un nom à un cerisier et j'ai fait comme s'il était mon ami, voilà. Je suis désolé, vous devez me prendre pour un fou, mais disons que ça m'a aidé à tenir, à me dire que je n'étais pas complètement seul.

Uraraka s'approcha et doucement elle prit Izuku dans ses bras :

— Mon pauvre, dit-elle, tu as vraiment beaucoup souffert.

Les branches de Kacchan s'agitèrent bien plus vite.

— Qu'est-ce qu'elle fait la greluche là ? gronda Kacchan. Tu vois je te l'avais dit qu'elle était amoureuse de toi, mais tu ne m'écoutes pas.

Izuku ne pouvait pas lui répondre sans paraître plus fou alors, il se contenta de se séparer d'Uraraka et de reposer sa main sur le tronc.

— Kacchan, dit-il, voici mes meilleurs amis, Iida et Uraraka, ils prennent soin de moi et m'aident vraiment.

— Tant mieux, fit Kacchan, je suis content qu'ils t'aident, mais ne m'oublie pas d'accord, tu as promis !

— Je tiendrai ma promesse, fit Izuku, je viendrai toujours te voir.

Iida et Uraraka tentèrent de jouer le jeu pour leur ami :

— Salut Bakugo, merci d'avoir été un soutien pour notre ami Midoriya, fit Iida.

— Bonjour Bakugo, c'est un plaisir de te rencontrer même si tu n'es qu'un cerisier.

— Je ne suis pas qu'un cerisier, gueula Bakugo.

Et une branche fouetta l'air près d'Uraraka.

— Kacchan, calme-toi, siffla Izuku.

— J'y peux rien si elle m'énerve, ronchonna le blond. Mais après tout, tu voulais que je leur montre non ? Alors voilà ils ont vu.

— C'est étrange, fit Iida, il n'y a pourtant pas tant de vent que ça.

— Sans doute une branche cassée, donna Uraraka comme explication.

— Et ils trouvent des excuses bidon, s'énerva Kacchan.

Izuku le calma en se collant contre le tronc et en posant son front contre lui. Comme s'il était front à front avec Kacchan. Ce dernier commença à s'apaiser.

— Je reviendrai, dit-il.

— Seul ?

— Oui, je reviendrai seul.

— Promis ?

— C'est promis.

Kacchan acquiesça et doucement Izuku se recula. Il regarda Iida et Uraraka :

— Allez rentrons, désolé de m'être montré bizarre.

— Des fois quand on est désespéré, on fait des choses bizarres, voulut le rassurer Iida.

Mais Izuku était un peu déçu, d'une certaine façon, il aurait voulu que ses deux meilleurs amis le croient et l'écoutent au sujet de Kacchan. Ils s'éloignèrent et Uraraka fit remarquer :

— C'est marrant, les fleurs de ton cerisier sont plus pâles que les autres. C'est peut-être pour ça que tu le reconnais aussi bien.

— Peut-être, fit Izuku.

Avant de quitter le parc, il s'arrêta pour saluer Kacchan une dernière fois. Puis les trois compères s'en allèrent manger un bout.

xxx

Un mois passa. Izuku avait repris la recherche de boulots, en attendant Iida et Uraraka l'aidaient pour les dépenses quotidiennes (aides qu'Izuku notait dans un carnet pour pouvoir rembourser ses dettes plus tard). Izuku allait souvent voir Kacchan, ils discutaient longuement. Le temps passait vite quand ils étaient ensemble. Leur relation était bien différente de celle avec Iida et Uraraka. Ils ne se parlaient pas toujours, des fois Izuku s'asseyait dos contre le tronc et il lisait, avec Kacchan à côté de lui. Le cerisier ne savait pas lire, alors Izuku lisait à voix haute, doucement, pour lui. Des fois ils se lançaient dans des débats sur tout et n'importe quoi ou alors Izuku parlait de choses que Kacchan ne connaissait pas et n'avait jamais vu. De temps à autre des personnes le regardaient bizarrement. Il y eut même un enfant pour le pointer du doigt et dire :

— Le monsieur, il parle tout seul !

Mais Izuku s'en moquait. Il ne faisait attention qu'à Kacchan.

Le reste du temps, il arpentait la ville à la recherche d'un travail. Iida l'avait aidé à remanier son CV et lui en avait imprimé pour qu'il puisse les distribuer. Uraraka lui avait donné de l'argent pour qu'il renouvelle son forfait téléphonique.

— Ils sont adorables avec moi, et je ne sais pas comment les remercier, dit-il à Kacchan.

— Je pense toujours qu'Uraraka veut coucher avec toi.

— Tu racontes n'importe quoi.

— Elle t'aime, même moi un simple esprit de cerisier je peux le voir. Pourquoi es-tu si aveugle ?

— Elle ne m'aime pas.

— Et si elle t'aimait, tu ferais quoi ?

Izuku rougit violemment et les branches du cerisier se mirent à se secouer.

— Tu l'aimes aussi n'est-ce pas ?

— Non, assura Izuku.

Il se frotta la tête, gêné et murmura :

— C'est juste qu'aucune fille ne s'est jamais intéressée à moi.

— Ou peut-être que tu ne l'as pas remarqué parce que tu es aveugle.

Izuku eut un petit rire :

— Peut-être, mais ça m'étonnerait.

Puis il ajouta :

— Je ne crois pas que ce soit le cas pour Uraraka, mais si ça l'est, ce serait flatteur. Seulement…

— Seulement ?

— Je ne suis pas intéressé par les filles.

— Les gars alors ?

Izuku haussa les épaules sans répondre complètement oui ou non.

— Pourquoi tu me demandes tout ça ?

— Parce qu'un jour tu tomberas sur la personne que tu aimes, tu auras une famille et tu m'oublieras à nouveau !

Izuku soupira posa sa main sur le tronc de Kacchan pour le rassurer. L'écorce ne semblait pas très solide là où il posa sa paume, mais il n'y fit pas attention :

— Je te l'ai promis, je ne t'oublierai plus jamais, quoi qu'il arrive. Si un jour je ne viens plus du tout, c'est que suis dans l'impossibilité de bouger, dans le coma ou mort.

— T'as pas intérêt de mourir, ronchonna Kacchan.

Izuku murmura :

— Je remonte la pente, j'ai moins d'idées suicidaires. Et c'est en partie grâce à toi. Merci Kacchan.

L'esprit dit :

— Tant mieux si tu ne veux plus te faire de mal. Je suis content de l'entendre.

— Il ne me reste plus qu'à trouver un travail et je pourrai rembourser ma dette auprès d'Uraraka et d'Iida.

— Je me demandais une chose, fit Kacchan.

— Laquelle ?

— Pourquoi tu ne reprends pas un travail à la police ?

Izuku se recroquevilla sur lui-même.

— Tu as peur ? demanda Kacchan.

— Cela me rappelle de mauvais souvenirs, on va dire.

— Que de mauvais souvenirs ?

Izuku réfléchit et se revit à son boulot. Il y avait des moments plus durs que d'autres, mais il y avait aussi les bons moments, les gens soulagés qu'on ait pu les aider, les remerciements, la satisfaction d'avoir pu faire quelque chose de bien.

— Non, admit Izuku. Il y a eu de bons moments.

— Alors ferme les yeux et concentre-toi sur eux et uniquement sur eux.

Izuku s'exécuta.

Il voyait une vieille dame qui lui offrait une boite de chocolat parce qu'il avait retrouvé son chat. Il se souvenait d'un petit garçon disparu et le soulagement de ses parents quand Izuku leur avait ramené leur enfant perdu. Il se rappelait de toutes les fois où il avait pu aider quelqu'un, sauver une vie, faire de son mieux. Puis les moments de franches rigolades entre collègues quand ils avaient une pause. Le soutien qu'il recevait, notamment de la part d'Iida et d'Uraraka.

Bien sûr le métier était difficile, mais c'était aussi gratifiant et c'était tout ce qu'Izuku avait toujours voulu faire.

— Tu souris, constata Kacchan.

Izuku murmura :

— Mais je ne peux plus être policier, dit-il.

— Pour quelles raisons ?

— Je n'ai plus assez confiance en moi. J'ai peur de ne pas en être capable.

— Tu en es capable, assura Kacchan.

— Comment tu peux en être aussi sûr ?

— Je le sais c'est tout. Quelqu'un qui est prêt à passer pour un fou auprès des autres pour passer du temps avec l'esprit d'un cerisier, c'est quelqu'un qui est capable d'être policier.

Izuku eut un petit rire :

— Je ne comprends pas ta logique.

— Je ne te demande pas de la comprendre, je te demande de me croire. Deku, ce métier est fait pour toi.

— Non.

— Ça ne te manque pas ? Sois honnête avec toi-même.

Izuku se mit à crier :

— Si ça me manque, j'avais toujours rêvé d'être policier, mais à quoi bon ? Ma mère est décédée et je n'ai rien pu faire.

— Un policier n'est pas un magicien, tu ne peux pas sauver tout le monde.

— Mais…

— Je sais combien tu aimais ta mère, même moi je l'aimais. C'est injuste et dégueulasse qu'elle soit décédée et je peux essayer de comprendre ta peine, mais ça ne fait pas de toi un mauvais policier.

Izuku commença à s'ouvrir doucement aux paroles de Kacchan.

— Deku écoute-moi, tu peux le faire, tu peux y arriver. Tu as réussi à te relever, tu as réussi à revenir près de tes amis, tu peux aussi reprendre le travail que tu aimais tant.

— Et si je n'y arrive pas ?

— Alors tu pourras au moins te dire que tu as essayé et tu n'auras pas de regret.

— Kacchan ?

— Hm ?

— Pourquoi tu fais tout ça pour moi ? Juste parce que quand on était petit j'ai joué avec toi ? Juste parce que je suis le seul à te voir ?

Kacchan se tut un instant, puis dit :

— Je le fais parce que, Deku, tu…

Il ne put finir sa phrase. Uraraka arriva à ce moment-là en souriant :

— J'étais sûr que je te trouverais ici. Tu l'aimes vraiment ce cerisier hein ?

Izuku ne répondit pas, mais sentit ses joues chauffer.

— Bonjour monsieur Bakugo, dit-elle l'air amusé en regardant l'arbre.

Puis elle se tourna vers Izuku.

— Tu viens ?

— Pars devant, dit-il, je range mes affaires.

— Je peux t'attendre.

— C'est bon.

Uraraka décida d'obéir et s'éloigna.

— Qu'est-ce que tu allais dire Kacchan ? demanda Izuku en rangeant son sac.

— Rien, ronchonna Kacchan.

Izuku comprit qu'il n'obtiendrait rien de plus de lui maintenant alors il n'insista pas.

— Dans tous les cas merci, dit-il.

— Et repense à ce que je t'ai dit, pour la police.

Izuku acquiesça, puis lui fit un signe de main et s'éloigna.

Izuku parla à ses deux meilleurs amis de l'idée de Kacchan, sans dire que c'était l'esprit du cerisier qui la lui avait soufflée.

— Vous en pensez quoi ?

— C'est une super idée, s'exclama Uraraka.

— Je plussoie, renchérit Iida.

— Alors je vais tenter ça, dit-il.

— Et on t'aidera ! firent en cœur ses deux amis.

Izuku leur sourit.

Ses sourires étaient de plus en plus grands, de plus en plus vrais. Il retrouvait petit à petit la joie de vivre et Kacchan y était pour beaucoup. Iida et Uraraka aussi bien entendu, mais pas de la même façon.

xxx

Les choses s'étaient ensuite faites plutôt rapidement. Izuku avait postulé et il allait devoir passer un entretien et il était très stressé. Ses amis lui donnèrent une tonne de conseils, mais le soir juste avant l'entretien, il s'échappa de chez Iida et se rendit au parc. Kacchan était là, bien entendu. Uraraka avait raison, ses fleurs étaient étrangement plus pâles que celles de ses congénères. Izuku s'approcha et l'esprit apparut aussitôt devant lui. Qu'est-ce qu'il avait envie de le prendre dans ses bras, mais il savait qu'il passerait au travers. Izuku était fin excité, il raconta tout à Kacchan sans même lui laisser le temps d'en placer une. L'esprit du cerisier lui sourit, un sourire innocent et pur et tellement doux.

— Tu vas t'en sortir Deku, dit-il.

Sans se rendre compte une seule seconde qu'Izuku était bouleversé par son sourire.

— Tu crois ?

— J'en suis sûr.

— Alors si je suis pris, je viendrai t'annoncer la bonne nouvelle et on fêtera ça d'accord ?

Kacchan mit un temps avant de répondre. Il avait l'air fatigué. Heureux, mais comme s'il n'avait pas assez dormi. Est-ce qu'un cerisier dormait ?

— D'accord, répondit-il, on fêtera ça ensemble.

Izuku toucha le tronc de Kacchan, puis colla son front contre celui-ci :

— Merci pour tout ce que tu as fait pour moi. Vraiment, merci.

— Ce qui compte c'est que tu sois heureux, c'est ce que je voulais.

— Pour quelles raisons ça te tenait tant à cœur ?

— Tu ne devines pas ? s'amusa Kacchan.

— Parce qu'on est ami ?

— Parce que je t'aime.

Le cœur d'Izuku frappa si fort ses côtes qu'il aurait pu les fêler. Son visage vira au rouge vif et il se recula pour regarder l'esprit. Ce dernier avait les joues rougies aussi.

— Je t'aime Deku, c'est bête hein. Ce n'est pas seulement parce que tu es le premier à m'avoir vu ou le seul à m'avoir vu, c'est juste parce que c'est toi. Ton sourire, ou tes larmes, tes moments de doute et ton courage. Tu es si important pour moi que je te l'ai dit une fois, si tu meurs, je meurs aussi. Alors je t'ai sauvé la vie contre ton gré.

— Merci de l'avoir fait, souffla Izuku.

— J'ai aspiré le poison que tu avais dans le corps. Et je l'ai fait parce que je t'aime. Je voulais que tu le saches. Ce n'est pas grave si tu ne penses pas pareil, je ne suis qu'un cerisier, mais…

Izuku s'approcha tellement vite que Kacchan se coupa dans sa phrase. La bouche d'Izuku passa au travers celle de Kacchan mais le geste était assez explicite pour que le blond le comprenne.

— Tu n'es pas qu'un cerisier, tu es Kacchan.

À nouveau l'esprit sourit et le cœur d'Izuku n'allait pas tenir le choc. Il fallait qu'il fasse quelque chose alors il lança :

— Je t'aime aussi.

Et c'était vrai.

Ça faisait longtemps qu'il le savait. Longtemps qu'il l'avait senti. Kacchan s'était montré plus courageux que lui en lui avouant son amour.

Ils ne pouvaient pas vraiment s'embrasser ni se serrer dans les bras l'un de l'autre, mais ils se regardèrent avec de la fièvre au fond des yeux.

— Je suis heureux, fit Kacchan. Je ne l'ai jamais autant été.

— Je suis heureux aussi, avoua Izuku, et c'est grâce à toi.

Izuku posa la paume de sa main sur le tronc et sentit qu'il vibrait un peu.

— Merci, répéta Izuku.

— Toi aussi Deku, merci.

Ils restèrent un long moment ensemble, puis Izuku dut partir. Il commença à s'éloigner quand Kacchan cria :

— Deku !

Izuku se retourna.

Kacchan avait l'air plus transparent que d'habitude.

— Peu importe ce qu'il se passe, sache que je t'aime, d'accord ?

— D'accord ! fit Izuku. Moi aussi !

Izuku eut l'impression que le sourire de Kacchan était un peu triste, mais c'était peut-être une illusion. Il s'en alla et au dernier moment, avant de sortir du parc, il fit un dernier au revoir à Kacchan.

xxx

Izuku courrait de toutes ses forces, malgré son manque d'endurance à cause de ses fichues jambes, il courrait vers le parc même s'il n'était pas près, même s'il allait devoir courir longtemps, il avait tenu à y aller immédiatement, il avait refusé qu'Iida ou Uraraka l'emmène parce qu'ils ne comprenaient pas son lien avec le cerisier, même s'ils faisaient semblant.

Izuku courrait pour annoncer la bonne nouvelle à Kacchan. Pour lui dire « j'ai réussi l'entretien, j'ai réussi » ! Et ils fêteraient ça tous le deux.

Il arriva enfin au parc et ralenti, un sourire très grand jusqu'aux lèvres. D'abord il aperçut Ki et Kaju, puis un vide et enfin Sakura. Ses yeux scannèrent la scène.

Ki.

Kaju.

Sakura.

Où était Kacchan ?

Il s'approcha, un peu plus doucement, et ce qu'il vit fit battre son cœur un peu plus vite. Mais pas parce qu'il avait couru, pas parce qu'il était heureux. Quelque chose n'allait pas. Et plus il avançait et plus son sang se glaçait dans tout son corps. Il ne savait même pas comment il faisait pour avancer encore.

C'était un cauchemar.

C'était forcément un cauchemar.

Là à ses pieds, juste devant lui.

Un tronc.

Coupé.

Tout ce qu'il en restait était une souche.

Une simple souche.

Izuku tomba à genoux, posa ses mains dessus et appela doucement :

— Kacchan ?

Personne ne lui répondit.

Un homme s'approcha de lui sans comprendre son désarroi, il lui dit :

— Eh oui, l'arbre était malade, ils ont été obligés de le couper.

— Malade ?

— Oui.

Izuku se souvint alors des détails. Les fleurs plus pâles, le tronc qui s'effritait, l'air fatigué de Kacchan.

Il n'avait rien vu.

Il n'avait rien vu.

Encore une fois.

— Il était malade, souffla-t-il.

L'homme acquiesça et s'éloigna.

Il n'avait rien vu, bordel.

— Bordel, hurla-t-il.

Puis plus fort encore il appela :

— Kacchan !

Son hurlement fit se retourner les gens, mais il n'en avait rien à faire. Il posa son front sur la souche et supplia :

— Kacchan, réponds-moi.

Mais il n'y eut que le silence. L'esprit n'était pas là, il était malade, il était… Il était… Parti.

Non. NON. Nonononononononononononon…

Izuku serra les poings et se mit à crier et pleurer en même temps.

— Kacchan reviens je t'en prie, Kacchan, j'ai besoin de toi. Tu ne peux pas partir tu m'entends ? Tu ne peux pas me laisser seul ! On avait dit qu'on fêterait ça, on avait dit que si j'étais pris dans la police on fêterait ça. On devait le fêter Kacchan. Alors reviens, je t'en supplie, reviens.

Il hurla encore « reviens », puis se tut complètement et pleura toutes les larmes de son corps sans pouvoir s'arrêter. Les gens qui tentèrent de l'approcher, il les envoya bouler. Finalement il se recroquevilla sur lui-même et se coucha sur la souche en continuant de pleurer. Secoué de sanglots. Appelant sans cesse Kacchan.

Kacchan.

Kacchan.

Où es-tu ?

À suivre.

L'autatrice : bah donc voilà, ce chapitre était pas très joyeux.