18 Aout : Chaleur

Le temple de JingYun était silencieux en ce milieu de journée. Il était rare qu'il le soit autant. Normalement, du lever au coucher du soleil, les appels des disciples, les cris des petits shidi et le bruit des armes se réverbéraient de mur en mur et de bâtiment en bâtiments.

Ce jour là pourtant et depuis près d'une semaine, la vie se taisait lentement du milieu de la matinée jusqu'au coucher du soleil.

On était l'été depuis quelques semaines à peine.

Après un printemps sec et déjà chaud, l'été commençait tout aussi brutalement. Il faisait si chaud que les morts s'entassaient déjà dans les taudis des plus pauvres. L'eau ne manquait pas dans les canaux de la Capitale heureusement, mais l'eau ne pouvait pas rafraichir de la pierre chauffée par un soleil agressif que ne couvrait aucun nuage depuis des semaines.

Boya avait l'impression qu'il n'avait pas plut depuis l'hiver. Il avait raison.

S'ils étaient davantage protégés de la chaleur dans leur montagne, les chasseurs souffraient quand même. Habillés de cuir et de laine comme ils l'étaient, chasseurs et disciples peinaient assez sous la chaleur pour modifier leur rythme de vie.

Le seul avantage qu'ils avaient était que les démons souffraient tout autant qu'eux et restaient bien cachés le jour et ne sortaient à la nuit que pour se nourrir à minima des déchets des humains, trop épuisés eux même par la chaleur pour faire plus.

Même les animaux sauvages avaient fuit la région quand ils le pouvaient. Ceux qui n'en avait pas la force ou la capacité s'étaient cachés dans les forets qui entouraient la Capitale, étaient montés dans la montagne et survivaient avec épuisement dans une harmonie difficile qui trouveraient sa fin dès que la température baisserait ou que la pluie tomberait.

Boya roula sur le dos.

Comme le reste du temple, il avait jeté sa dignité par-dessus les moulins pour ne garder sur les fesses qu'un bas de pantalon de dessous en toile remonté au dessus des genoux. Et c'était tout.

Il faisait trop chaud pour s'encombrer de tissu inutile.

La transpiration roulait sur sa peau alors qu'il roulait sur le sol sur un zone de pierre encore fraiche. Enfin fraiche… Plus que le reste, quoi.

"- Shixiong… Ca va durer encore longtemps vous croyez ?"

Le chasseur grogna. Ses disciples faisaient eux aussi l'étoile de mer sur le carrelage.

"- J'en sais rien. Mais j'espère pas." Sinon, ils allaient tous cuire.

"- Pfff, vous croyez que ce sont les dieux qui nous punissent ?"

Boya tendit la main pour ébouriffer les cheveux du gamin. Le geste finit de l'épuiser.

"- ne soit pas bête. Je ne vois pas ce que nous aurions pu faire. Et c'est tout l'estuaire de la Capitale qui souffre." Il n'osait imaginer ce qui se passerait s'ils ne recevaient pas la "fraicheur" de la mer pour leur permettre de tenir.

Une douleur soudaine le força soudain à déglutir plusieurs fois pour se déboucher les oreilles. La pression atmosphérique venait de tomber d'un coup. Il ne fut pas le seul à se redresser, soudain inquiet. La lumière aussi était en train de diminuer.

"- Qu'est ce que ?"

Ils se trainèrent tous vers les fenêtres pour voir d'énormes nuages d'orage venir de l'Est.

La réalisation soudain les jeta tous dans une frénésie épuisante. Si la température continuait à monter, l'air était de plus en plus moite. L'humidité ambiante montait en flèche au point qu'il ne tarda pas à pleuvoir à l'intérieur des bâtiments.

"- FERMEZ TOUTES LES FENETRES ET LES PORTES !"

"- SECURISEZ TOUT CE QUI PEUT L'ETRE !"

"- QUE QUELQU'UN ETEIGNE LES CHEMINEES ET LES LAMPES !"

Le vent vint ensuite. Il hurlait dans les couloirs et les cheminées, emportait tout sur son passage et arrachait tout ce qui était léger et non scellé au sol. Plus d'une poule se retrouva emportée avec le vent.

Puis vinrent les trombes d'eaux.

Des rideaux de pluie si violente qu'on n'y voyait pas à quelques centimètres noyèrent le monde entre deux battements de cœur pendant que la température chutait d'un coup au point de les faire claquer des dents.

Les maitres rassemblèrent leurs élèves autour d'eux pour les rassurer. Ils avaient la chance de vivre dans la pierre de la montagne. Les éclairs avaient beau tomber tout près d'eux au point d'en faire trembler le temple, les bâtiments tiendraient.

La Capitale n'aurait pas cette chance. Les victimes allaient être nombreuses. Il n'y avait plus qu'à espérer que le gros de la tempête s'abattrait sur la montagne et que la pluie finirait de se répande dans la plaine après avoir exsudé le plus gros de sa colère sur eux.

L'orage dura longtemps. Suffisamment pour que les enfants autour de Boya s'y habituent et finissent par s'endormir roulés en boule contre lui, épuisés par les nuits sans sommeil et la chaleur.

Boya aura bien voulu faire comme eux mais se forçait à rester éveillé.

Il finit par succomber lui aussi malgré tout.

L'orage finit par s'éloigner peu avant le lever du soleil, après plus de douze heures de colère. Les habitants du temple ouvrirent lentement les huis et les fenêtres. Les dégâts étaient conséquents mais rien de vraiment catastrophiques. Nombreux étaient les animaux sauvages a avoir trouvé leur chemin dans les couloirs à l'air libre pour se protéger un peu, qui derrière une statue, un vase de pierre taillé à même la roche ou dans les étables restées ouvertes où chevaux, vaches et chèvres s'étaient aussi abrités dès la baisse de pression.

Boya inspira lourdement.
La chaleur atroce avait déserté la Capitale. Quoi que ce soit qui la retenait sur eux, l'orage l'avait chassé.

Restait à attendre que l'Empereur les appelle.

Comme les autres, il savait que ce n'était pas naturel.