Auteur : Lady Zalia

Type : Post-Poudlard. Humour, Romance. Pairing à venir [Harry/Drago].

Résumé du chapitre précédent : Harry rêve de résoudre une enquête pour prouver à tous qu'il est encore capable d'être Auror. Après avoir surpris une conversation cheminée entre Drago et son père, il décide de le suivre à l'extérieur de Poudlard, convaincu qu'il prépare quelque chose d'illégal. Mais il tombe sur un dîner arrangé entre Drago et une demoiselle…

Disclaimers : Merci pour tous les reviews ! #^_^#

Ce chapitre (et les suivants) alternera les points de vue des deux personnages principaux.


Chapitre 3

Merlin que cette greluche était ennuyeuse !

Drago devait utiliser tout son self-contrôle d'héritier Malefoy pour éviter de dévoiler le contenu de ses pensées. Il offrit un sourire hypocrite à la jeune femme assise face à lui et hocha la tête pour se donner contenance, incapable de formuler une remarque construite tant il avait déjà épuisé tous les sujets de discussion possibles.

Son père lui avait dégoté une sang pur française, physiquement très jolie mais absolument pas dans ses goûts et pour cause, il était strictement homosexuel.

Mais au-delà de ça, elle était quasiment mutique, et les seules fois où elle s'était exprimée avaient été dans un anglais très approximatif. Drago avait bien essayé de faire la conversation en français, mais la malheureuse ne semblait pas avoir beaucoup de centres d'intérêts, et la sinistre duègne assise à ses côtés n'aidait pas à alléger l'atmosphère.

Il semblait manifestement encore d'usage en France de ramener un chaperon à un rendez-vous galant et si Drago n'y avait pas été préparé, il aurait sans doute éclaté de rire en la voyant. La vieille femme, toute vêtue de noire, ne s'était pas déridée une seule fois depuis leur arrivée dans le restaurant. Elle n'avait commandé qu'une tasse de thé, comme si le simple fait de manger pouvait la détourner de sa mission sacrée. Lorsque Drago avait eu le malheur de demander à sa "promise" si elle avait déjà voyagé sur un balai, la duègne s'était fendue d'un "c'est indécent !" offusqué, et lorsqu'il avait tenté d'orienter la discussion sur ses éventuels voyages, elle était à nouveau intervenue en intimant à la jeune femme de ne pas répondre.

Du fait, il ne savait plus trop de quoi discuter, et il comptait les minutes jusqu'à ce qu'il soit décemment acceptable de quitter les lieux.

Il pouvait déjà imaginer son père lui dire qu'il avait fait mauvaise impression et que la famille ne souhaitait pas donner suite. Grand bien leur fasse !

Après plus d'une dizaine de minutes de silence, il décida de lui parler de son quotidien et des situations auxquelles il était confronté en tant que professeur de potion. Il devait encore tenir une heure alors autant s'amuser un peu…

Avec un amusement puéril, il lui raconta les bêtises d'élèves les plus stupides qu'il avait eu à gérer dans sa carrière ou encore les conséquences d'accidents de potion les plus impressionnants.

Bien qu'il fasse l'effort de parler en français pour faciliter sa conversation, la jeune femme avait conservé son sourire figé, comme si c'était là la seule consigne qu'elle avait reçue.

Finalement, le repas se termina sur des platitudes absolues, et Drago donna congé après avoir payé le dîner. Il avait rempli sa part du marché, son père allait donc le laisser tranquille quelques mois supplémentaires, désormais sa véritable soirée allait pouvoir commencer.

Il profita d'une ruelle pour métamorphoser sa lourde tenue sorcière en un ensemble bien plus moderne et surtout plus moldu : t-shirt et jean moulant accompagné d'une veste en cuir. Puis il transplana jusqu'au Blink, son lieu de détente habituel. Le seul endroit où il pouvait être lui-même. Sans masque, sans avoir à jouer un rôle.

Il passa les portes avec un soupir de soulagement, saluant le videur d'un signe de tête. La musique rock résonna à ses oreilles, et il se dirigea vers le bar pour commander ce qui serait sa première conso de la soirée : un virgin mojito.

Il était encore tôt pour ce genre d'endroit, mais après une soirée comme celle-ci, il avait un besoin urgent de décompresser. Il sirota quelques gorgées avec bonheur avant de rejoindre l'une des banquettes qui entourait la salle. Cela ne faisait même pas 20 minutes qu'il était installé qu'un homme le rejoignit avec un sourire aguicheur.

- Salut Dracke ! Comment vas-tu ?

- Salut Samuel. La journée a été longue. Et toi ?

Le nouveau venu déposa un simple baiser sur ses lèvres en guise de salutation.

- Ça va ! Tu as l'air d'avoir besoin de te détendre.

- Tu n'imagines pas combien j'avais hâte de venir ici.

Le dénommé Samuel était un moldu brun aux cheveux courts et aux yeux bleus. Drago l'avait rencontré par hasard dans un bar près d'un an plus tôt, et le jeune homme lui avait fait découvrir toute la richesse du milieu gay moldu. Ils avaient été amants un temps et l'étaient encore de manière occasionnelle, mais leurs vies étaient trop différentes pour quelque chose de sérieux. Drago n'avait jamais voulu lui révéler sa nature de sorcier, et la magie était bien trop indissociable de son existence pour qu'il abandonne son monde.

Depuis, ils se voyaient régulièrement, essentiellement pour du sexe, et cette situation semblait convenir à tous les deux.

Samuel s'installa à ses côtés, un verre à la main.

- Raconte-moi ! J'imagine que si tu es ici ce soir, c'est que tu n'as toujours pas rencontré l'homme de ta vie.

- Non. Je me demande même s'il existe. Et à côté de ça, mon père continue à essayer de me marier. J'ai passé le début de soirée avec une femme dans un rendez-vous arrangé. Même si j'avais été hétéro, je n'aurais jamais pu épouser une personne pareille ! Elle était ennuyeuse à mourir.

Le brun lâcha un petit rire et tapota son épaule avec compassion.

- Mon pauvre Dracke. Mais tu ne vas pas attendre indéfiniment que ton père meure, non ?

- C'est compliqué. Si je fais mon coming-out, je te promets qu'il va me tuer, littéralement. Crois-moi, faire disparaître son propre fils n'est pas quelque chose qui l'arrêterait…

- Enfin, Dracke, il te faut un homme dans ta vie ! Pourquoi n'essayerais-tu pas de trouver quelqu'un ce soir ?

Autour d'eux, la musique était entraînante, mais Drago n'avait pas envie de ce genre de danse.

- Sam', c'est de toi donc j'ai envie. Je suis terriblement en manque.

Dans un même temps, il avait attrapé la main libre de son ami et l'avait attirée vers lui pour les rapprocher. Puis il profita de leur proximité pour l'embrasser, d'une manière bien plus sensuelle que la première fois. Le jeune homme ne chercha pas à esquiver son étreinte, répondant au contraire à son baiser avant de s'installer sur ses genoux.

- Tu sais que je ne te dirais jamais non à une bonne partie de jambes en l'air, mais je ne serais pas toujours là pour toi.

- Je sais. Mais ce soir tu es là. Pourquoi n'irions-nous pas tout de suite à ton appartement ?

Les deux hommes s'embrassèrent à nouveau, leur corps s'échauffant sous l'excitation. La lumière tamisée était propice à ce genre de rapprochements, et d'ailleurs ils n'étaient pas les seuls, mais si Drago avait envie de plus, ce n'était pas encore le cas de son amant providentiel qui reprit sa place sur la banquette.

- Tout doux ! On vient juste d'arriver. Laisse-moi profiter un peu de la soirée, et toi essaye donc de trouver un partenaire. Si tu croises quelqu'un à ton goût, tente ta chance, et si d'ici minuit tu ne trouves personne, je te promets d'être là pour toi.

Drago soupira mais acquiesça néanmoins avant de vider le reste de son mojito d'une traite.

- Très bien. Je vais tenter ma chance.

Il se dirigea vers la piste et commença à danser, mais alors qu'il tournait sur lui-même à la recherche d'un amant potentiel, le regard d'un homme attira son attention. Il était accoudé au bar et venait de détourner précipitamment les yeux, comme s'il avait honte d'avoir été surpris dans son observation. Son visage lui était parfaitement inconnu, en revanche sa tenue lui était familière, sans qu'il ne parvienne immédiatement à déterminer où il l'avait vue. Il semblait un peu trop habillé pour ce genre de club, mais ce fut surtout sa canne, coincée entre le bar et son tabouret, qui alerta Drago.

S'immobilisant dans son geste, son visage s'écarquilla d'horreur alors qu'il prenait conscience de l'identité de son observateur : Harry Potter.

Ce maudit Potter l'avait suivi, Merlin savait pourquoi, et voilà qu'il avait découvert son plus intime secret, cette parcelle de sa vie qu'il n'avait jamais révélée à qui que ce soit ! Même Neville n'était pas au courant, et pourtant il avait parfaitement confiance en lui, mais il n'avait jamais osé l'avouer, et aujourd'hui Potter l'avait surpris dans le seul endroit où il se pensait en sécurité.

D'un geste vif, il retourna à sa place pour emporter sa veste et quitta le club, sans même donner la moindre explication à Samuel. Il était dans une telle fureur, une telle rage qu'il s'en sentait incapable. Il avait envie de tout détruire, et il s'arrêta un instant dans une ruelle pour reprendre son souffle, tout son corps tremblant sous la violence des émotions contenues.

Mais alors qu'il allait transplaner, le bruit d'une canne sur le pavé le fit s'immobiliser. Potter venait vers lui, et le Serpentard rangea sa baguette dans sa poche dans un sursaut de lucidité. Étant un ancien Mangemort, il ne pouvait se permettre d'utiliser sa baguette pour commettre un acte violent, cependant ce sale fouineur ne payait rien pour attendre…

Il s'était plaqué contre le mur pour se cacher aux regards des moldus, et il serra le poing, prêt à frapper dès que Potter allait se présenter. Cela ne manqua pas, et ses phalanges heurtèrent violemment le visage du Survivant à peine celui-ci avait-il dépassé le mur.

L'ex-Auror avait été pris par surprise et il n'eut pas le temps de faire le moindre geste pour se défendre, si bien que son corps fut repoussé en arrière sous la violence du choc. Mais Drago était beaucoup trop enragé pour s'arrêter là.

Sans lui laisser l'opportunité de se relever, il l'avait empoigné par le col de son manteau pour le remettre à sa hauteur et le plaquer contre le mur, sa colère décuplant ses forces.

- POTTER ! Qu'est-ce que tu fous là ! Pourquoi tu me suis ?!

- Malefoy… Je… je suis désolé… Je croyais… que tu préparais un mauvais coup.

Un nouveau coup de poing atteignit la pommette déjà malmenée du Survivant qui tenta de le repousser, sans succès.

- MAIS J'HALLUCINE ! TU… Je te hais, tu n'imagines pas à quel point tu m'insupportes, Potter ! Je te jure sur Merlin que si tu racontes à qui que ce soit ce que tu as vu ce soir, je trouverais un moyen… Et ne m'adresse plus JAMAIS la parole !

Il le repoussa contre le mur de toutes ses forces avant de transplaner.

***/+/***

Harry reprit lentement son souffle, alors que le vertige provoqué par les coups du Serpentard se dissipait peu à peu. Drago n'y était pas allé de main morte, mais il devait bien reconnaître qu'il l'avait mérité.
Il avait suivi le potionniste toute la soirée en pensant qu'il allait commettre quelque chose d'illégal, mais il s'était lourdement trompé. Lucius n'avait rien prémédité d'autre qu'un rendez-vous arrangé avec une jeune femme et Drago n'avait rien à cacher si ce n'est son homosexualité manifeste.

Et le regard qu'il lui avait lancé… Un regard blessé, horrifié… Trahi. Ce simple regard lui avait renvoyé sa faute en pleine face. Alors qu'il lui avait tendu la main et avait fabriqué un baume pour lui, lui avait violé son intimité sans aucune autre raison que ses préjugés. Et il semblait de surcroît que Drago était terrorisé à l'idée que quelqu'un d'autre ne l'apprenne…

L'ex-Auror soupira longuement. Il avait sacrément merdé et il ne savait pas comment réparer sa bêtise sinon faire profil bas.

Maudissant son caractère impulsif, il décida de transplaner au chemin de Traverse pour retourner à Poudlard. Il n'y avait rien d'autre à faire dans l'immédiat. Il avait manifestement ruiné la soirée du Serpentard et où qu'il soit à l'heure actuelle, le voir était sans doute la dernière chose dont il avait envie.

Comme à l'aller, il passa par la cheminée du Chaudron Baveur pour réapparaître dans son bureau. Une chance que les professeurs aient le droit d'accéder au réseau de Cheminette…

De retour dans son appartement, il se laissa tomber sur le lit. Il se sentait sale, honteux… Il n'avait entendu que des bribes de conversations et il en avait immédiatement tiré des conclusions, sans même chercher à connaître celui que Drago était devenu.

Il aurait aimé pouvoir retourner en arrière pour s'empêcher de faire cette erreur monumentale, mais c'était impossible et désormais il ne lui restait plus qu'à assumer…

Le lendemain, il décida de rester dans son appartement toute la journée. Il ne savait pas si Drago était au château mais il ne voulait pas lui imposer sa présence à table, et de toute façon il avait des cours à préparer et des copies à corriger.

En soit, ce n'était pas un si grand sacrifice, car il ne parlait guère qu'à Neville et Hagrid parmi les professeurs. Il se sentait encore trop intimidé par le professeur McGonagall, tout comme le professeur Flitwick qu'il avait du mal à considérer comme un collègue.

Il passa ainsi son dimanche entre sa salle de classe et son salon, plongé dans son travail d'enseignant. S'il n'y avait qu'une seule chose à retenir de positif à garder de sa méprise, c'est qu'elle lui avait ouvert les yeux : Il ne pouvait plus devenir Auror.

Il avait été incapable de mener une enquête de manière impartiale, incapable de suivre quelqu'un sans se faire repérer et incapable de lutter face à un adversaire qui l'avait battu à mains nues. Désormais, il devait s'efforcer d'être le meilleur professeur de défense contre les forces du mal, et il comptait bien y consacrer toute son énergie.

Le lundi, il esquiva à nouveau la Grande Salle pour rester manger dans son appartement. Il se doutait bien qu'il ne pourrait pas fuir la table professorale jusqu'à la fin de l'année, mais il avait bon espoir de pouvoir le faire suffisamment longtemps pour que la haine de Drago à son encontre diminue en intensité.

C'était bien sûr sans compter sur Neville, qui n'avait pas manqué de s'interroger sur son absence. Le lundi soir à 19h, le botaniste débarqua dans son appartement, une étrange plante en pot entre les bras.

Il ne s'était même pas donné la peine de frapper, posant son végétal sur le sol avant de se laisser tomber sur le fauteuil le plus proche.

- Salut Harry !

Le Survivant s'était assis dans son canapé, occupé à corriger ses copies depuis une tablette installée sur ses genoux. Sa jambe était sur un coussin lui-même posé sur la table basse du salon et une généreuse tasse de thé était à côté de celle-ci.

- Salut Neville. Comment vas-tu ?

- Je vais très bien, et toi ? Je m'inquiétais car tu ne venais plus dîner avec nous…

Immédiatement, le visage de Harry se ferma. Il soupira et passa machinalement sa main sur son visage.

- J'ai fait une grosse connerie…

- Ah. Pourrais-tu m'en dire plus ? Ce n'est sans doute pas si grave.

L'ex-Auror se mordit la lèvre. Il s'était juré de ne rien révéler à personne de ce qu'il avait vu, mais sans doute pouvait-il expliquer la nature de son erreur à son ami sans trop en dévoiler…

- Hum… Bon… Samedi soir j'ai… j'étais… Bon, autant commencer par le début. En début de semaine, j'ai entendu par hasard une conversation entre Malefoy et son père. C'était involontaire, mais je n'ai pas pu m'empêcher de m'imaginer des choses. Et du coup samedi soir j'ai décidé de le suivre pour voir ce qu'il manigançait. J'étais persuadé qu'il préparait un mauvais coup et il m'a grillé. Non seulement j'ai violé sa vie privée mais je me suis montré insultant.

Au fur et à mesure de son discours, Neville avait perdu son sourire et croisé les bras.

- Je vois. Tu es vraiment stupide. Tu mérites des baffes, tu sais ça ! Et dire que je m'inquiétais pour toi.

- Je suis désolé, je m'en veux tellement. J'ai envie de me gifler tellement j'ai été stupide.

- Ce n'est pas auprès de moi que tu dois t'excuser et te faire du mal ne servirait à rien. En revanche, j'ose espérer que tu comptes faire ton possible pour te rattraper.

Harry n'avait jamais vu Neville aussi vindicatif. Il baissa les yeux.

- Malefoy m'a ordonné de ne plus jamais lui adresser la parole. J'imagine que la meilleure chose que je puisse faire est de respecter sa volonté et de me faire oublier.

Nouveau soupir de la part du botaniste.

- Tu as beau être mon ami, parfois tu n'es vraiment pas très malin… Déjà tu vas lui écrire une lettre d'excuses en bonne et due forme et ensuite tu vas revenir à table et te comporter comme un adulte !

- Ok… Tu le connais mieux que moi. Si tu penses que c'est la meilleure chose à faire…

Il se sentait misérable, mais écrire une lettre d'excuses était quelque chose d'assez censé…

Il avait baissé les yeux, perdu dans ses pensées à réfléchir au contenu de la fameuse lettre lorsque Neville se leva pour partir.

- Tu sais Harry, je ne vous demande pas de devenir les meilleurs amis du monde, mais j'aimerais vraiment que vous puissiez avoir une conversation cordiale tous les deux. Drago a fait des efforts, et je pense que si tu laissais de côté tes préjugés, vous vous entendriez très bien. Vous avez bien plus de points communs que tu ne l'imagines. Bien, sur ce je te laisse avec cette plante. Arrose-la tous les jours et elle te fera de jolies fleurs mais si tu l'oublies elle viendra te mordre. Je m'attends à te voir demain dans la Grande Salle.

Il l'abandonna sans même lui laisser le temps de répondre et Harry jeta un coup d'œil dubitatif en direction de cette nouvelle présence dans son appartement.

Elle semblait calme pour l'instant, et il estima qu'il pouvait l'ignorer pour se concentrer sur sa lettre. Il était déterminé à obtenir le pardon du Serpentard et bien qu'il n'ait jamais été particulièrement talentueux dans le maniement des mots, il voulait exprimer ce qu'il avait sur le cœur : Il s'en voulait réellement pour sa méprise et était profondément désolé de l'avoir blessé par ses actions. Il comptait bien respecter sa parole et ne jamais dévoiler ce qu'il avait vu à qui que ce soit, tout comme il respecterait la volonté de Drago si celui-ci ne voulait plus jamais lui adresser la parole. Enfin, il voulait qu'il sache qu'il avait beaucoup de respect pour lui et qu'il ne se permettrait jamais de le juger concernant cet aspect de sa vie qu'il avait malencontreusement découvert.

Finalement, il consacra toute sa soirée à rédiger une lettre qui le satisfasse, et ce fut sur les coups de 23h qu'il se décida enfin à l'envoyer.
Il avait mandaté un elfe pour la déposer sur son bureau et il s'était couché dans la foulée, toutes ses pensées tournées en direction du Serpentard. Ce fut sans doute pour cela qu'un étrange rêve vint lui tenir compagnie…

Il était dans ce club où Drago s'était rendu l'avant-veille, mais cette fois c'était avec lui que le Serpentard dansait. Ils étaient collés l'un à l'autre, bougeant leur corps de manière synchronisée, si proches que Harry pouvait voir le duvet sur la peau pâle de son partenaire. Les enceintes crachaient une musique industrielle à un volume excessif, néanmoins il ne trouvait pas cela si désagréable. C'était comme si cette cacophonie ambiante l'aidait à se déconnecter. Sa jambe était intacte et il pouvait bouger comme il l'entendait, sans saccade ni douleur.

Drago avait les yeux fermés, perdu dans son monde, et pourtant il se déhanchait si parfaitement en rythme que Harry avait l'impression qu'ils étaient connectés télépathiquement. La lumière noire rendait ses cils et ses cheveux blonds phosphorescents, lui donnant une allure surnaturelle, au point qu'il ne pouvait détacher son regard tant il le trouvait fascinant. Soudain, Drago humidifia ses lèvres, et le Survivant se sentit rougir. Pour une raison étrange, il avait envie de goûter cette langue, et bien que ce soit une pensée totalement inédite, elle ne le rebuta pas.

Le Serpentard semblait avoir les lèvres si douces…

Il faisait chaud mais rien n'aurait pu lui faire quitter cette piste de danse. Ils étaient hors du monde, hors du temps, et Harry espéra que la musique ne se termine jamais. Il n'osait pas s'approcher pour concrétiser son souhait, de peur de briser le moment. Alors il se contentait de danser, tout contre lui, devinant les formes de son corps tandis qu'ils se frôlaient.

Tout d'un coup, Drago ouvrit les yeux, et son visage si serein se transforma en une grimace de haine. Il hurla, et en même temps repoussa Harry si violemment que son corps tomba en arrière, le réveillant en sursaut.

L'ex-Auror inspira longuement, tentant de calmer le rythme effréné de son cœur. Il se souvenait de son rêve dans les moindres détails. Il avait… eu envie d'embrasser le Serpentard. Et ce dernier l'avait repoussé. Si la dernière partie n'était pas très étonnante, il ne pouvait s'empêcher de s'interroger sur son sens. Était-il attiré par les hommes, ou bien cela n'était-il qu'un rêve absurde comme tant d'autres ?

Il prit le temps d'y réfléchir. Dans sa jeunesse, il ne s'était jamais posé la question, mais il devait bien reconnaître qu'il avait trouvé certains hommes séduisants, et l'autre soir dans le club, il n'avait pu s'empêcher d'être fasciné et troublé par son ancien rival. Lorsqu'il l'avait vu embrasser cet autre homme, lorsqu'il l'avait vu danser…

Comme dans son rêve, il sentit son corps s'échauffer sous les images que lui envoyait son cerveau. Oui, Drago Malefoy était un bel homme, et il sentait… curieux à l'idée de pouvoir un jour l'embrasser.

Mais s'il y avait bien quelque chose de certain, c'était que ce dernier n'avait pas le moindre sentiment pour lui, si ce n'est de la haine…

***/+***

Drago ne décolérait pas. Potter, ce maudit Potter…

Il ne cessait de faire les cent pas dans son appartement, déchiré entre l'angoisse et la colère. Si son père venait à apprendre son homosexualité, il était mort, et Lucius Malefoy avait le bras long. Mais au-delà de sa crainte, il était furieux. Potter l'avait espionné, il l'avait suivi parce qu'il avait cru qu'il s'apprêtait à commettre quelque chose d'illégal, le renvoyant aux années sombres où il était soumis au Seigneur des Ténèbres… Comme s'il ne pouvait pas changer… Comme s'il était condamné à reproduire le même schéma encore et encore.

Dans l'intimité de sa chambre, il laissa les larmes couler sur ses joues. Sur son bras gauche, il en restait encore la trace, de cette marque des ténèbres qui avait bouleversé sa vie. À la mort du mage noir, l'encre s'était consumée pour ne laisser que cette cicatrice, discrète mais néanmoins perceptible pour qui savait où regarder. Impossible à oublier.

Nerveusement, il griffa sa peau, comme s'il avait pu l'arracher.

Lorsqu'il avait commencé à fréquenter le milieu moldu, il avait envisagé de la recouvrir avec un tatouage, mais il restait partagé entre le désir de ne plus jamais souiller sa peau et celui de dissimuler ce passé honteux.

Après avoir enfin obtenu ses ASPIC, il s'était plongé dans les études pour faire ses preuves. Il voulait être vu à travers son talent de potionniste et non à travers son passé, et il avait obtenu son diplôme en étant major de promo.

Il était devenu professeur, apprécié de ses élèves comme de ses collègues, depuis plusieurs années maintenant. Mais manifestement pour certaines personnes cela ne changeait rien. Il restait un Mangemort, fils de Mangemort.

Potter n'était sans doute pas le seul à avoir de tels préjugés, mais au moins tant qu'il travaillait à Poudlard, il restait plus ou moins épargné…

Il repensa à Samuel, son ami et amant occasionnel. Le moldu n'avait pas dû comprendre quelle mouche l'avait piqué. Il avait quitté le club sans même le prévenir, et bien entendu, il ne pouvait guère lui envoyer un hibou pour lui en expliquer les raisons.

Après son altercation avec Potter, il avait transplané au chemin de traverse et avait repris la cheminée en sens inverse pour regagner ses appartements et s'y enfermer, mais maintenant il se sentait désespérément seul.

Il se laissa tomber sur son canapé de fatalisme. Décidément, cela avait été sa pire soirée depuis bien longtemps…

Après quelques secondes d'hésitation, il jeta un Accio en direction du buffet d'où sortirent une bouteille et un verre. Il avait un besoin urgent de se détendre, et à défaut d'une bonne partie de jambes en l'air, il pourrait au moins compter sur cet excellent cidre de glace, subtilisé directement dans le cellier de son père.

Il s'en servit un premier verre qu'il savoura lentement, appréciant le mélange à la fois acidulé et sucré sur sa langue. Il aurait aimé inviter Neville à le boire avec lui, mais cela aurait entraîné bien plus de questions qu'il n'était en état de répondre.

Le second verre fut bu en quelques gorgées rapides, quant au 3e, il fut ingurgité cul sec.

Il pouvait imaginer sans peine l'air scandalisé de son père s'il avait pu le voir. Il pouffa de rire et avala un 4e verre.

Ça y est… La douce pesanteur de l'alcool avait envahi son cerveau. Il soupira de plaisir. Il ne voulait plus penser à Potter ni à son père, il voulait juste laisser son esprit vagabonder. Oublier pendant un moment la douleur et les soucis.

Lorsqu'il ferma les yeux, il songea distraitement à la recette de la potion contre la gueule de bois… Il espérait qu'il lui en restait une fiole.

***/+/***

Drago reprit conscience avec un gémissement, la bouche pâteuse et la tête lourde. Il s'était endormi directement sur son canapé après avoir bu les ¾ de la bouteille à lui tout seul. Il ne se sentait pas particulièrement plus joyeux que la veille, mais au moins il était "anesthésié" de ses émotions les plus violentes : l'angoisse ne lui dévorait plus les entrailles et sa rage destructrice avait laissé place à une rancœur sourde.

Il jeta un Tempus et vit qu'il avait largement raté l'heure du petit déjeuner. Ce n'était pas plus mal. Il n'était pas certain d'être déjà en état de croiser Potter sans lui cracher son mépris au visage.

Il soupira longuement et se traîna jusqu'à sa salle de bain pour une douche brûlante. L'eau chaude lui fit du bien, et il en ressortit l'esprit un peu plus clair. Manifester sa haine envers le Survivant ne ferait qu'amener des questions supplémentaires, et il était hors de question que qui que ce soit sache où il se rendait chaque premier samedi du mois. Il devait taire sa colère, rester imperturbable… porter un masque lisse, comme à l'époque où il était Mangemort.

S'il y avait au moins une chose de bonne à récupérer de son adolescence, c'était l'entraînement de sa tante à l'Occlumancie. Il avait rapidement démontré des facilités dans cette matière, et c'était sans doute ce qui l'avait sauvé. Ne rien dévoiler de ses sentiments, voilà quelque chose qu'il savait faire…

Il absorba une dose de potion contre l'ivresse et s'habilla de vêtements propres. Il restait encore une quarantaine de minutes avant l'heure du midi et il décida d'aller inspecter la salle commune de Serpentard.

Il avait pris l'habitude de faire des contrôles de manière inopinée, en particulier les dimanches matin, et cela se révélait souvent intéressant.

Les lendemains de matchs victorieux, il lui arrivait de retrouver des bouteilles d'alcool tandis qu'à l'approche des examens, il récupérait régulièrement des potions dopantes plus ou moins réussies. Il confisquait à vue la plupart des produits issus de la boutique des frères Weasley ainsi que du tabac, et se montrait intraitable pour toutes les formes de drogues.

Ce matin ne fut pas exception et il fut contraint de retirer une cinquantaine de points à Serpentard à cause de deux élèves qui avaient monté un trafic de poussière de fée de synthèse.

Lorsqu'il ressortit, c'était avec un sac plein d'objets interdits, et une liste de consommateurs à remettre à l'infirmière. Les deux dealers venaient de récolter une heure de retenue avec lui chaque soir de la semaine, et il comptait bien s'assurer qu'ils ne recommencent pas de sitôt.

Il se rendit dans la Grande Salle avec un sourire satisfait et s'assit aux côtés de Neville, face à la table des Gryffondors. Après l'inspection qu'ils venaient de subir, il savait qu'il n'aurait pas besoin de surveiller ses petits serpents avant plusieurs jours…

Le botaniste était en train de scruter les élèves de sa maison et Drago lui tapota l'épaule en guise de salutation.

- Salut Drago ! Comment s'est passée ta soirée ?

Il tressaillit, tentant de rester imperturbable. Neville ne lui posait cette question que par pure gentillesse, sans se douter qu'il avait passé l'une des pires soirées depuis la fin de la guerre… Il s'efforça malgré tout de formuler une réponse qui ne donne pas lieu à de nouvelles questions.

- Pas génial. Mon père m'avait organisé un dîner avec un "bon parti" et c'était chiant à mourir. Ensuite j'ai vu un ami et on a un peu picolé. Rien de spécial.

- J'espère que tu n'as pas transplané en état d'ivresse !

- Je ne suis pas inconscient, et puis j'avais laissé la cheminée de mon bureau ouverte. Et toi ? Tu sembles étonnement soucieux aujourd'hui…

Le directeur des rouge-et-or désigna une élève du menton.

-. Elle est maigrelette et elle ne mange presque rien. J'en ai discuté avec Dolly et elle a essayé de lui parler, mais elle n'a rien voulu reconnaître. Du coup la seule chose qu'on puisse faire est de la surveiller.

- Tu penses à de l'anorexie ? Elle est en 3e année, mais tu pourrais mettre une préfète sur le coup. Préviens-moi si ça s'aggrave. Je verrais avec Dolly pour lui faire un traitement.

Neville hocha la tête tout en continuant à manger, et Drago eut un bref soupir. S'occuper des problèmes des élèves était une bonne manière de ne pas avoir le temps de penser aux siens, et avec près de 300 adolescents à Poudlard, il y avait toujours quelque chose à faire.

Il nota mentalement de demander au Baron Sanglant de surveiller ses deux terreurs de Serpentard et se servit généreusement en crudités. L'alcool et l'absence de petit-déjeuner l'avaient affamé et le repas tombait à pic.

Après le déjeuner, il passa le reste de sa journée à lire et à travailler, confortablement installé dans son salon. Il était parvenu à s'occuper l'esprit suffisamment pour ne plus se torturer avec l'incident de la veille, mais ce fut finalement après le dîner que sa bulle de tranquillité éclata. Une sonnerie avait retenti pour signaler un appel par cheminée, et Drago avait immédiatement deviné l'identité de son interlocuteur.

- Père.

- Bonsoir Drago. J'imagine que tu sais pourquoi je t'appelle.

Le visage sinistre de Lucius Malefoy semblait encore plus démoniaque à travers un feu de cheminée et le potionniste s'efforça de ne rien manifester de son angoisse.

- Je n'ai pas le temps pour des devinettes, Père, je suis occupé. Allez droit au fait.

- La famille Duchemin m'a envoyé une lettre de refus. Il semblerait que tu n'aies pas fait preuve d'une grande élégance lors de ton rendez-vous avec leur fille.

Drago ressentit un tel soulagement qu'il faillit éclater de rire. Manifestement son père n'était toujours pas au courant pour son homosexualité…

- Par Salazar, cette sorcière a cherché à m'ennuyer à mort ! Elle parle à peine anglais et n'a aucun sujet de conversation ! Vraiment, Père, cessez d'essayer de me marier avec n'importe qui. Quand bien même ils auraient donné suite, je n'avais aucunement l'intention de l'épouser.

L'expression sévère du patriarche se tordit alors qu'une braise incandescente jaillissait de la cheminée.

- Drago, je ne te laisserai pas avilir notre famille par un mariage impur ! Tu te dois de respecter les traditions.

- Je sais. Je trouverai une épouse de Sang Pur, ne vous inquiétez pas. Laissez-moi faire les choses à ma manière et transmettez mes amitiés à mère. Bonsoir.

Il coupa la communication et poussa un profond soupir. Si seulement ce vieux Mangemort pouvait être emprisonné pour ses magouilles, il en serait débarrassé, malheureusement il semblait toujours plus malin que les Aurors…

Il eut une pensée fugace pour le Survivant. Si seulement il n'avait pas été aussi antipathique, peut-être aurait-il pu lui demander son aide…

***/+/***

Potter ne s'était pas montré de tout le dimanche, et lorsque le surlendemain il ne se présenta pas à table, Drago ne put s'empêcher de s'inquiéter pour lui.

Était-il possible qu'il ait trop frappé cet idiot et que ce dernier ait perdu connaissance dans la ruelle moldue ? Il y avait peu de chances, mais peut-être que sa tête avait heurté le mur et qu'il ne s'en était pas aperçu ?

Finalement, il demanda à Neville le lundi soir, et il crut que ce dernier allait renverser son verre de jus de citrouille tant il semblait énervé.

- Ah oui, je viens de lui parler ! Figure-toi que cet idiot m'a tout raconté !

Immédiatement, Drago devint livide. Il allait définitivement buter Harry Potter…

- Il t'a tout raconté ? C'est-à-dire ?

- Il m'a dit qu'il t'avait suivi et que tu t'en étais aperçu. Non mais vraiment, tu aurais dû me le dire, je serais allé l'engueuler bien plus tôt ! J'ai vraiment honte d'être son ami, quand il est comme ça…

Le Serpentard soupira longuement, tentant de calmer son rythme cardiaque.

- Ce n'est pas ta faute.

- Je te jure que je ne savais rien de son plan, sinon je l'en aurai dissuadé ! Je suis désolé qu'il se soit montré aussi sans gêne. J'espère que tu sais que je ne pense pas ça de toi ?!

Le botaniste avait l'air réellement mortifié et Drago ne put s'empêcher de sourire.

- À quel propos ?

- Et bien… S'il a fait ça, c'est parce qu'il pensait que tu étais toujours… un Mangemort. Mais tu es mon ami ! Je sais que tu es quelqu'un de bien. Et je te fais confiance. Je suis vraiment furieux après lui, tu sais.

Neville avait rougi en prononçant le mot "Mangemort", et le potionniste secoua la tête avec amusement. Pour le Gryffondor, le mot devait sonner comme la pire des insultes.

- Merci Nev'. Ton amitié me touche beaucoup, tu sais. Si ça peut te rassurer, j'ai mis deux coups de poings à Potter samedi soir. J'espère que ça lui servira de leçon.

- Il le méritait amplement. Je pense qu'il ne recommencera plus jamais. Il s'en veut vraiment.

- C'est donc pour ça qu'il fuit la table des professeurs depuis dimanche ?

- Ouai. Il a dit que tu lui avais ordonné de ne plus jamais t'adresser la parole et donc il préférait se faire oublier.

- C'est le cas, et ce n'est certainement pas moi qui vais aller le consoler.

- Je m'en doute, mais vous êtes collègues, et il ne peut tout de même pas éviter la Grande Salle jusqu'à la fin de l'année. Je sais que Harry peut parfois se montrer immature, mais j'ai bon espoir qu'il trouve sa place ici comme nous avons trouvé la nôtre. Je lui ai dit qu'il avait intérêt à être présent mardi matin, sinon j'allais le chercher par la peau des fesses !

Cette fois, Drago dû se retenir pour ne pas éclater de rire. Neville avait vraiment le chic pour lui remonter le moral. Tout son corps était animé par l'intensité de ses sentiments et ses émotions se lisaient sur son visage.

La conversation lui avait réellement remonté le moral et lorsqu'il retourna dans sa salle de classe pour surveiller les élèves en retenue, il souriait largement.

***/+/***

Le lendemain, Drago avait trouvé une lettre d'excuses signée de Harry Potter sur la table de son salon, cependant il n'avait pas trouvé le temps de la lire avant le soir. Il avait bien remarqué que le Survivant était revenu fréquenter la table professorale, néanmoins il l'avait totalement ignoré et ce dernier ne lui avait pas adressé la parole, ce qui lui convenait parfaitement.

La lettre en soi ne contenait rien de fondamentalement original, mais il avait apprécié le geste. Il ne comptait pas lui offrir son pardon avant plusieurs semaines, si ce n'est plusieurs mois, mais c'était au moins un prérequis.

Son quotidien de professeur et de directeur de maison lui apportait bien suffisamment de distraction pour qu'il n'ait pas le temps de penser à Potter ni à son père. Plusieurs semaines passèrent ainsi jusqu'au début du mois de novembre.

À cette époque de l'année, le ciel était le plus souvent recouvert de nuages gris et des trombes d'eau tombaient sans discontinuer. Le va-et-vient des élèves rendait certains couloirs particulièrement glissants et Miss Peterson avait fort à faire entre les premières grippes et les jambes cassées.

Le premier match de Quidditch de la saison allait avoir lieu à l'occasion du second samedi de novembre et comme toujours, la saison débutait par une rencontre entre Gryffondor et Serpentard. L'approche de ce match exacerbait les tensions entre les maisons, en particulier chez les élèves de 3e année. Drago devait régulièrement gérer des histoires avec la tentation toujours plus forte de leur jeter des sorts, et sa patience était mise à rude épreuve.

Ce matin-là, il avait justement un groupe de verts et rouges et il avait prévu de leur faire brasser une potion de ratatinage mais les premiers incidents avaient eu lieu alors qu'ils venaient à peine de rentrer en cours.

Terence Sharp et Timothy Kelleen étaient en train de se battre pour récupérer leur chaudron respectif et Drago se mit à élever la voix pour se faire entendre.

- MESSIEURS ! Avez-vous fini de vous comporter comme des gamins de 5 ans ?! On s'attendrait à votre âge à ce que vous ayez suffisamment de maturité pour prendre un chaudron chacun votre tour !

- Mais m'sieur ! Y a Terence il met trois plombes ! Moi j'veux pas être en retard !

- Monsieur Malefoy, Timothy m'a donné un coup de pied !

- C'est parce qu'il m'a insulté !

- Wesh, c'est même pas vrai ! J'vais t'niquer !

Drago inspira longuement et jeta un Silencio sur les deux élèves qui continuèrent de s'agiter pendant encore quelques secondes malgré le sortilège. Il les attrapa chacun par le col de leur uniforme pour les sortir de la réserve, et invoqua deux bulles pour enfermer les élèves récalcitrants.

Pendant ce temps, le reste des élèves étaient partis en bavardages et il dû enlever 15 points à chacune des maisons pour enfin obtenir le silence.

- Bien ! Vous avez tous appris j'espère la recette, puisqu'il s'agissait de votre devoir à faire pour aujourd'hui. Qui veut réciter la leçon ? Oui, miss Saxby ?

- Alors, euh… des figues séchées, des racines de marguerite hachées, des chenilles processionnaires, des sangsues, une rate de rat et de l'armoise.

- Vous oubliez la ciguë. Bien. J'ai préparé exactement les ingrédients nécessaires pour chacun d'entre vous. Faites attention, je vous rappelle que cette potion peut être extrêmement toxique si elle est mal préparée. Je vous remets les étapes au tableau, bien que vous soyez censés les connaître.

Bientôt, le bruit d'une petite vingtaine de chaudrons bouillonnants envahit la pièce et Drago s'autorisa à souffler. Les deux élèves punis étaient privés de pratique, mais ils ne pouvaient rien faire d'autre sinon observer leurs camarades en silence, et au moins il avait la paix.

Cependant, cela ne faisait que quelques minutes qu'il avait pensé cela qu'un nouvel éclat de voix brisa la quiétude ambiante.

- Monsieur Malefoy ! Y a Kelly qui m'a volé un ingrédient !

- Sale menteuse, va t'recoiffer ! J'suis pas une voleuse !

- Mesdemoiselles. Un mot de plus et je vous mets en retenue, c'est bien clair ?

Immédiatement, les deux élèves se turent, non sans lui avoir lancé un regard noir.

- Oui monsieur.

- Oui mais… Comment je fais pour ma potion ?

- Vous en êtes où ?

- J'viens d'rajouter les 4 racines de marguerite et maintenant je dois mettre les chenilles mais j'les r'trouve plus ! J'suis sûre c'est elle !

Leur professeur retint un soupir et observa les deux potions ainsi que les tables. Finalement il trouva la preuve qu'il lui manquait près du chaudron de la Serpentard. La jeune femme avait manifestement écrasé ses chenilles au lieu de les trancher dans le sens de la longueur, et avait subtilisé celles de la Gryffondor pour les remplacer.

- Kelly Duffield, 10 points en moins pour avoir volé les ingrédients de votre camarade et pour m'avoir menti. Tenez Julie, je vais vous en redonner.

Heureusement pour elle, l'adolescente n'osa pas répliquer et continua sa potion comme si de rien n'était.

Malheureusement pour Drago, 15 minutes plus tard, un nouvel incident éclatait.

- M'sieur Malfoy !

- C'est Malefoy mon nom. Et qu'y a-t-il, Peter ?

- Y a Nigel il joue avec une sangsue ! C'est dégueulasse !

Immédiatement, plusieurs filles se mirent à crier de dégoût tandis que le dit-Nigel retirait précipitamment la sangsue qu'il avait posée sur son bras.

- Peter, vocabulaire ! Nigel, cessez de perdre du temps ! Je vous rappelle que les sangsues ont trois mâchoires chacune dotée d'une centaine de dents qui peuvent potentiellement véhiculer des maladies.

- Mais monsieur, j'croyais que Sainte-Mangouste en utilisait parfois ?

- C'est vrai, mais ce sont des sangsues élevées spécifiquement dans ce but. Celles que nous utilisons en cours ne sont certainement pas soumises aux mêmes précautions. Maintenant écrasez vos sangsues pour en extraire le jus. Il ne vous reste plus qu'une trentaine de minutes pour terminer votre potion.

Les élèves se remirent au travail et Drago pria Salazar et Merlin que les classes suivantes soient moins agitées. Il avait eu plus que son lot d'interruption au cours de la matinée et il avait encore les 3 cours de l'après-midi à assurer.

À midi, il préféra rester dans son appartement pour s'isoler du bruit ambiant, ainsi, lorsque vint l'heure du dîner, cela faisait 11 heures qu'il n'était pas remonté des cachots.

S'il y avait au moins un mérite aux innombrables escaliers de Poudlard, c'est qu'ils maintenaient en forme. Drago eut une pensée fugace pour le Survivant alors qu'il parcourait les couloirs jusqu'à la Grande Salle. Cela faisait plusieurs mois qu'il ne lui avait plus adressé la parole, cependant il n'avait aucun mal à imaginer à quel point son quotidien pouvait être compliqué. Halloween avait été célébré le weekend précédent et il avait entendu que des élèves avaient transformé tout un couloir en marécage à l'aide d'une invention des frères Weasley. Certains passages entre les bâtiments étaient de vraies patinoires à cause du mauvais temps et un vent puissant s'engouffrait dans les chemins de rondes.

À cette période de l'année, Drago était particulièrement content de vivre dans les sous-sols. Certes, les couloirs étaient glacés, néanmoins la température ne tombait jamais dans les négatifs comme dans certaines tours et ni le vent ni la pluie ne parvenaient jusqu'à lui. Avec les feux allumés sous les chaudrons, sa salle était toujours chauffée et il n'était pas dérangé la nuit par le fracas du vent contre ses fenêtres.

Lorsqu'il arriva dans la Grande Salle, les plats étaient déjà apparus sur la table, et il s'empressa d'aller s'asseoir à côté de Neville tandis que celui-ci remplissait son assiette.

- Salut Neville ! Comment s'est passée ta journée ? Pas trop frigorifié ?

Le Gryffondor eut un sourire crispé.

- Moi ça va, mais Harry est tombé dans les escaliers. Je sais que tu lui en veux toujours mais… est-ce que tu pourrais aller le voir à l'infirmerie… pour moi ?

Drago soupira, perdant immédiatement son sourire. Bien qu'il ait décidé de ne pas pardonner l'ex-Auror pour ce qu'il avait fait, il devait bien reconnaître qu'il avait tenu sa parole. Il n'avait jamais cherché à lui reparler et il était évident que son père n'en avait jamais eu vent, sans quoi il aurait déjà été déshérité.

- Pourquoi devrais-je aller à l'infirmerie ? J'imagine que tu n'attends pas de moi que je lui tienne la main.

- Drago, tu es un excellent médicomage…

- Je suis potionniste, pas médicomage.

- Mais je t'ai vu à l'œuvre. Même si tu as décidé de te spécialiser, tu as énormément de connaissances. Je voudrais que tu examines sa jambe.

- Et tu penses qu'il se laissera faire ?

- Il est inconscient. Dolly l'a plongé dans un sommeil sans rêve pour éviter qu'il souffre.

- Nev', tu crois vraiment que je pourrais trouver une solution à laquelle les médicomages de Sainte Mangouste n'ont pas pensé ? C'est Harry Potter, je suis certain que tous les plus hauts gradés se sont penchés sur son cas.

- Je ne sais pas, tu as vu comme moi l'efficacité du baume qu'ils lui ont prescrit. Harry a été touché par un sortilège de magie noire et peut-être aussi que cela te sera familier. Et tu pourrais éventuellement fouiller dans la bibliothèque de ton père ?

Nouveau soupir de la part de Drago. Il avait épuisé tous ses arguments.

- Bon, très bien. Je suppose que je peux jeter un coup d'œil, par amitié pour toi.

Immédiatement le visage de Neville s'illumina.

- Oh, merci Drago. C'est vraiment sympa de ta part…

- Je n'ai pas dit que c'était gratuit. J'avais 2 collés après dîner. Tu vas les surveiller à ma place. Terence Sharp et Timothy Kelleen. Je suis certain que tu sauras leur trouver une activité pertinente.

Le botaniste ricana.

- Très bien, j'avais besoin de larbins pour couvrir les géraniums dentus avant qu'il ne fasse trop froid. Ils vont être enchantés.

Le potionniste mangea en vitesse, malgré lui curieux de pouvoir enfin ausculter son ancienne Némésis.

Au début de ses études, il avait longtemps hésité entre devenir potionniste ou médicomage, et c'était la passion pour l'expérimentation et l'enseignement qui avaient achevé de le convaincre. Néanmoins, il restait fasciné par la médicomagie et proposait régulièrement de nouveaux remèdes pour Sainte-Mangouste.

De ce fait, avoir Harry Potter comme cobaye humain, et carte blanche pour tenter d'améliorer son sort, était hautement enthousiasmant à ses yeux.

Lorsqu'il débarqua dans l'infirmerie, Dolly Peterson avait installé les paravents autour du lit du Survivant, et elle l'accueillit avec un grand sourire.

- Drago, tu es venu m'aider ?

- Neville m'a supplié pour venir ausculter son pote.

- Je ne sais pas ce qu'il y a entre Harry et toi, mais j'espérais qu'il parviendrait à te convaincre.

Drago attacha ses cheveux et enfila une blouse blanche avant de pénétrer dans l'espace délimité. Le Survivant avait le visage crispé malgré son sommeil, sa jambe blessée surélevée par un coussin.

- Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ?

- Il est tombé dans les escaliers. J'imagine qu'il a glissé. Il s'est cogné la tête contre une marche. J'ai déjà résorbé le traumatisme, mais j'ai l'impression que sa jambe va de pire en pire. Tu penses que le maléfice pourrait continuer à faire effet malgré le temps ?

- C'est possible.

Il souleva le drap d'un coup sec et eut un moment de stupeur en constatant non seulement que Potter était en caleçon, mais aussi qu'il était très bien fait de sa personne.

Son torse était finement musclé, tout comme ses bras et ses cuisses, preuve qu'il s'entretenait régulièrement malgré son handicap.

Il secoua la tête pour se reconcentrer et commença à observer sa jambe. On aurait dit que sa chair était en train de se nécroser. La peau était d'un rose surnaturel et parcourue de veines violacées. C'était comme si des lambeaux de chair avaient été arrachés et recollés de manière aléatoire, sans tenir compte de leur position originelle.

Délicatement, il palpa la zone située sous le genou, et il eut la surprise de la sentir dure et froide. Il devait y avoir un problème d'irrigation, car le muscle avait perdu toute son élasticité naturelle.

- Est-ce qu'il t'a dit quel maléfice l'avait touché ?

- Il m'a dit qu'il ne l'avait pas entendu. Je n'y connais rien en magie noire, je n'ai jamais vu une telle blessure.

Drago avait sorti un calepin et une plume à papote de son sac pour prendre des notes.

Bon, je vais devoir aller chez mes parents pour essayer de trouver des informations. En attendant, je vais brasser un nouveau baume qui devrait apaiser les symptômes les plus graves. Je te le ferai parvenir par un elfe de maison dans la nuit. Bonne soirée Dolly.

Il avait remis le drap et retiré la blouse avant de quitter l'infirmerie, pressé de rejoindre son laboratoire. Il n'allait sans doute pas se coucher avant plusieurs heures, mais qu'importe. L'expérimentation n'attendait pas.


Fin du chapitre 3

J'espère que vous avez apprécié ce chapitre ! ^^

Bon j'ai décrit les choses essentiellement du point de vue de Drago mais je vais essayer d'être plus équitable au chapitre suivant.

J'étais plutôt inspirée et trouvé comment emboîter toutes les intrigues de manière cohérente. Booon, Harry en a pris plein la tronche dans ce chapitre XD mais il l'a cherché aussi. Il n'a pas été très malin. Maintenant les choses vont s'améliorer petit à petit entre ces deux-là... 😉 Mais il va falloir encore un peu de temps (et de rebondissements) avant qu'ils ne filent le parfait amour ! J'ai pleins d'idées ! 😇😈 Gnyark gnyark gnyark...