En passant : ça, ça me fait plaisir, parce que j'aime pas trop les dark romance où le héro est trop facilement pardonné :D

Review : Trop contente que ça t'ait plu jusqu'ici ! J'espère que la suite te décevra pas !

77Hildegard : Hello toi ! en effet, ça fait longtemps ! La vie de famille n'aide pas trop à garder une production constante, mais on fait avec X,D
Un début de réponse concernant Price et Draco dans ce chapitre, pour votre, euh... bonheur ?

Guest : Hey oui, Harry partait bien, mais le pauvre part de plus loin, et avec un sacré boulet au pied...


Ça devait finir par arriver : Drago croisa de nouveau Macnair.

Il ignorait pourquoi le détenu avait finalement obtenu le poste que Lucius Malfoy avait exigé pour lui, le jour où Drago avait voulu rejoindre le corridor 3. Johnson devait savoir ce qu'il faisait, et Potter faisait confiance à son nouveau Brigadier.

Ce fut lui qui amena le prisonnier dans la salle de réunion. La plupart des Maîtres d'œuvre étaient déjà là, occupés à discuter entre eux ou à siroter le thé que Drago avait préparé. Lui-même se tenait près de la machine à café et écoutait Kieran Price lui raconter ses premiers travaux dans la partie incartable de la Tour de Londres et les difficultés que lui avaient posées les touristes moldus.

La robe grise attira son regard comme un aimant, et il sentit immédiatement le rythme de sa respiration accélérer. Ses doigts se crispèrent sur sa propre tasse qu'il maintenait contre son torse.

L'œil unique de Macnair parcourut l'assemblée du regard et survola Drago comme les autres. Il jugea probablement la situation comme sous-contrôle et l'homme s'assit à une place libre avant d'étudier plus attentivement Potter, puis de fixer Drago en silence.

« Désolé, marmonna-t-il à voix basse à l'intention de Kieran Price. Je dois lui parler. C'est mon ancien codétenu. »

Rien ne l'y obligeait, mais c'était un vieux réflexe : Avec Macnair, il valait mieux faire les choses le plus rapidement possible. Il n'attendit pas la réponse de l'architecte avant d'aller tirer la chaise voisine de la sienne pour s'asseoir à ses côtés.

L'homme l'observa faire, puis son œil se dirigea de nouveau vers Potter tandis qu'il énonçait, avec une voix basse et rauque :

« Ton père était censé m'écrire.

– Je doute qu'il finisse par le faire, répondit Drago sur le même ton. Rosier ne l'autorisera probablement pas.

– Les choses se déroulent mal dans le corridor 3. Les gens ne savent plus à qui obéir.

– Dolohov… » commença Drago, mais Macnair l'interrompit et tourna de nouveau son visage vers lui :

« Dolohov n'est pas ton père. »

Drago déglutit. Les signes étaient discrets, mais ils étaient là : La moustache que Macnair taillait habituellement à la perfection, chaque jour et de façon quasi obsessionnelle, manquait d'entretien et était légèrement asymétrique. L'odeur qui se dégageait de lui était celle d'un homme qui n'avait pas pu changer de robe depuis plus de deux jours – une odeur que Lucius Malfoy n'aurait pas supportée dans sa cellule. Sa paupière était rouge.

Le leader des Mangemorts était parti, et ses lieutenants ne savaient plus vers qui se tourner.

« Dolohov est le… reprit Drago, mais une nouvelle fois, Macnair lui coupa la parole :

– Je n'obéirai pas à Dolohov. Yaxley non plus. »

Drago calcula en silence, replaça les pièces de son échiquier mental…

« Rabastan Lestrange ? » proposa-t-il.

Macnair fronça le nez.

Drago ferma les yeux, chercha désespérément quel homme était capable de ménager une paix acceptable dans les rangs… En vain. Comment un Malfoy digne de ce nom réglerait cette affaire ?

Il réouvrit les yeux.

« Non, fit-il simplement.

– L'idée vient de Scabior, annonça Macnair. Yaxley et moi sommes d'accord.

– Non. »

Il avait un peu trop haussé la voix, et il parcourut la table du regard. Sa respiration se bloqua dans sa gorge quand il s'aperçut que Potter s'était interrompu dans une discussion avec l'un des bâtisseurs pour l'observer du coin de l'œil. Elle reprit doucement après que celui-ci ait finalement décidé de l'ignorer et se fut remis à parler.

Rien ne l'obligeait à prendre parti. Rien ne l'obligeait à se mêler des affaires du corridor 3.

Et pourtant…

« Combien ont pu obtenir un poste d'ouvrier ? bredouilla-t-il malgré lui.

– Deux. Rowle. Cobror. Et moi. Le reste de l'équipe vient des autres corridors. »

Drago grinça des dents. Johnson avait bien calculé son coup.

« C'est impossible, grogna-t-il en désespoir de cause. Aucun d'entre eux n'acceptera de me respecter. Tu oublies qui je suis. »

L'expression de Macnair ne changea pas d'un iota. Elle ne le faisait jamais.

Drago savait. Il n'avait même pas besoin de demander. Les horaires du réfectoire avaient changé, forcément. Johnson avait ordonné une fouille des cellules la veille d'une visite aux douches et aux sanitaires. Certaines correspondances avaient été autorisées et d'autres non. Évident. Dolohov ne travaillait plus aux archives, et… Voyons, quatre détenus avaient quitté le corridor 3 : Les deux Malfoy, Jugson, Carrow. Des déménagements étaient donc à prévoir. Si Drago parvenait à déplacer Dolohov dans l'ancienne cellule de Lucius Malfoy, celle qui se trouvait le plus près de la chaufferie, alors…

Et puis, il n'y avait pas que les détenus du corridor 3 que Drago connaissait bien. Il avait recopié tant et tant de comptes rendus qu'il connaissait les hommes à surveiller de chaque corridor…

Il avait toujours du papier sur lui. Il se mit aussitôt à la rédaction de petits mots destinés aux fortes têtes du corridor 3, puis à tous les autres. Macnair l'observa faire quelques secondes, puis il croisa ses bras musculeux et s'enfonça dans sa chaise, satisfait, en attendant que la réunion commence.

Potter ne lui fit jamais de remarque, et Johnson non plus.

Drago leur en fut reconnaissant. Il aurait eu du mal à se justifier. Il aurait eu du mal à expliquer pourquoi il ne voulait pas voir ceux qui l'avaient violé s'entretuer. Il aurait eu du mal à assumer avoir été manipulé par Johnson, l'avoir deviné, et s'être laissé faire.

C'était simple : Macnair obéissait. Macnair avait toujours obéi à un Malfoy. Il se fichait bien duquel il s'agissait. Macnair pouvait refuser un ouvrier sur le chantier, et le suivant sur la liste prenait sa place. Et bien sûr, la liste avait été dressée par Johnson avec la minutie d'un joaillier et l'intelligence d'un diplomate. Drago dut sacrifier quelques-uns des Gallions qu'il avait gagné, mais tout le temps des travaux, aucun Cridurut ne résonna sur l'île.

La vie était simple, la vie était douce. Réveil, tour de l'île, une fois, deux fois, trois fois, ça dépendait de l'endurance qu'avait Potter chaque matin. Petit déjeuné : Poisson cru. Garder les pots de confiture pour plus tard. Au cas où. Garder le pain, pour le soir. Matinée, potions. Selon les disponibilités de Nguyen, selon les préparations en cours, deux séances de psychologie moldue chaque semaine. La première en solitaire, la seconde en groupe. Midi. Sortir. Aller admirer la croissance du bébé albatros, aller vérifier où en était la floraison du pommier de Gregory – parce que c'était un pommier, finalement. Et puis le travail. Commencer par les comptes-rendus, aller vérifier les travaux, donner un ou deux ordres à Macnair, retourner à son bureau, et s'occuper de la paperasse. Les Patronus, souffler un coup. Aller vérifier le contenu des plateaux repas, y prendre ce qui était pratique, retourner dans son bureau, s'y préparer un sandwich, et le déguster en finissant la soirée par les courriers les plus amusants de Potter. Et puis retourner à sa cellule, s'y débarbouiller, et se coucher.

Une fois par semaine, prendre une douche à la patinoire, discrètement, en journée, après avoir vérifié qu'il n'y avait personne. Le moment le plus stressant de la semaine, mais il était nécessaire – vital, même – pour Drago. Parfois, il embarquait un petit chariot de linge propre de la laverie, puis se donner une raison d'être là, au cas où il se ferait surprendre.

Et puis un soir par semaine, le repas avec Potter. Peut-être… Peut-être l'un des moments les plus amusants et divertissant de la semaine. En tout cas, un moment qui s'était inscrit dans son emploi du temps et qu'il appréciait de plus en plus.

Et de temps en temps, au détour d'un couloir, à la fin d'une réunion, en attendant une livraison, le temps d'une promenade sur la plage, Kieran Price.

Kieran Price n'avait pas l'audace de Potter ou la possibilité de l'inviter à dîner, mais il ramenait de ses permissions hors de l'île tantôt des paquets de biscuits, tantôt des boites de thés en sachets individuels, et même une fois, un plaid en mohair d'une jolie couleur ivoire. Ce jour-là, Drago s'était attendu à ce que l'architecte lui fasse enfin sa déclaration… L'homme s'était contenté d'un vague : « Je sais qu'il fait froid, dans les souterrains. J'ai demandé l'autorisation à Harry Potter, et il a dit que ce n'était pas interdit. »

Drago n'avait pas trop su quoi faire de l'objet : il avait déjà un tapis, et il préférait utiliser sa peau de morse en guise d'édredon. Il l'avait d'abord plié et replié sur lui-même pour en faire un petit pouf confortable à installer derrière sa table basse, mais la matière jurait avec la laine du tapis. Finalement, il l'avait accroché aux anneaux du mur de sa cellule pour un faire une tapisserie douce et claire qui agrandissait l'espace et donnait une impression de chaleur dans la pièce. C'était sans aucun doute l'aménagement le plus dispensable qu'il s'était permis jusqu'ici – pire encore que l'étagère à chaussures – mais le résultat le satisfit.

Drago avait rarement eu besoin de faire le premier pas dans une relation. Plus le temps passait, cependant, et plus il semblait évident que Kieran Price ne se déciderait pas à se déclarer, et qu'il attendait un signe du prisonnier. À l'époque de Poudlard, Drago fixait sa cible jusqu'à ce que celle-ci ne lui murmure des avances plus ou moins osées. Ensuite, un certain sourire accompagné du haussement de sourcils adéquat lui permettait invariablement d'être emmené dans une salle vide où on lui offrait un bon moment. Avec Kieran Price, ce genre d'attitude ne provoquait qu'une rougeur des joues et un regard fuyant.

Drago fit comme à son habitude : Il dressa une liste. Il nota les phrases d'approche qu'il avait déjà entendues ou lues, les rangea mentalement par ordre d'efficacité, et attendit l'occasion idéale pour se lancer. Celle-ci se présenta à la fin d'une réunion matinale, au milieu du mois d'avril : Comme souvent, Kieran Price vint lui offrir une tasse du triste thé d'Azkaban.

« C'est bien aimable, remercia poliment Drago en inclinant la tête. Je pense que je vais la déguster dehors, puisque le temps nous offre une éclaircie. Vous joindriez-vous à moi ? »

Kieran Price bredouilla un assentiment, puis il suivit Drago hors de la salle de réunion. Une fois qu'ils se furent un peu éloignés, Drago lui adressa un regard par-dessus son épaule, et précisa :

« Évidemment, si tu préfères que l'on se trouve un endroit un peu plus tranquille et intime, protégé du vent, je pense pouvoir dénicher ça… »

Kieran Price gloussa, comme toujours quand Drago passait du vouvoiement des réunions professionnelles au tutoiement qui était de rigueur entre eux.

« Je ne sais pas si… » Et puis le sous-texte dût le frapper, puisqu'il rougit de nouveau, s'éclaircit la gorge, redressa ses lunettes sur son nez, puis bégaya : « Comme… Comme tu préfères.

– Ici, la vue est jolie… »

La vue était peu ou prou la même que partout ailleurs, mer noire et ciel gris, mais de cette fenêtre-ci, on pouvait voir un bout de la zone de nichage des albatros. En outre, la petite salle dans laquelle ils venaient de pénétrer ne gardait de son usage précédent qu'une seule et unique table d'écartèlement dépourvue de la moindre trace de sang.

Drago s'y assit et observa Kieran Price se diriger vers ladite fenêtre. Il avala ensuite une gorgée de thé pour se donner du courage. La phrase était simple et clichée au possible : « D'ici aussi la vue est jolie. » Ensuite, Kieran Price se retournerait, constaterait que la vue en question, c'était lui-même, et il comprendrait le message.

Une seconde gorgée de thé.

Après réflexion, une troisième.

Ou alors, il y avait le fameux « tu as quelqu'un en ce moment ? »

Finalement, Kieran Price se détourna de la fenêtre, lui adressa un petit sourire timide, puis, désignant la table d'écartèlement :

« Je peux ? »

Drago acquiesça et Kieran Price s'assit à ses côtés.

Ils restèrent silencieux une minute entière. Drago voyait défiler dans son esprit toutes les réponses qu'il était trop tard pour prononcer et se jurait de ne plus jamais se moquer de quiconque le draguerait maladroitement.

Finalement, Kieran Price se tourna vers lui, et répéta « Je peux ? » en tendant les mains vers le mug de thé que Drago tenait solidement. Il se laissa débarrasser de l'objet. Son visage le brûlait affreusement. Kieran Price reposa le breuvage à ses côtés, fit de nouveau face au prisonnier, et ses yeux plantés vers les siens, murmura un dernier « je peux ? »

Cette fois, il attendit une réponse orale.

Drago avala sa salive.

« S'il-te-plait. »

Les lèvres de l'architecte se posèrent sur les siennes.