Ysa - Rassure toi pour lucile : elle a dit "moins d'un an" ^^
Concernant Price, en effet, il mérite pas trop que Drago le protège, mais bon... C'est Drago, il évolue tréééééés lentement...
Concernant les souvenirs de Drago, je ne vais bien sur rien révéler, mais...ils sont quelquepart :D

En passant - Contente que Nguyen te plaise !
Je pense que Rosier était mon préféré, mais il ne va quasi plus réapparaître :(

77Hildegard - Ahaha, c'est clair que quand j'imagine des petits bout de poisson bien découpé sur mes sushis, je bave, mais les poissons de Lucile, j'y touche pas !
Malheureusement, pas encore compltement débarrassés de Price '3'

Melynee - Je jure solennement que j'avais pas fait exprés °u°
Concernant Nguyen, la relation de Drago avec Price ne le regarde pas, en effet, mais le fait que Price vienne le déranger quand ils travaillent ensemble, si. (Et pis, soyons honnête, il s'est attaché à Drago, il le connait bien, et il a pas envie de le voir redevenir la loque de qqun d'autre...)
Et je coeur évidemment ton analyse des émotions de Drago

Drayy - Contente que ça plaise !


Drago n'alla pas tout de suite parler à Potter. Il termina ce qu'il avait commencé avec l'étiquetage des bocaux, et puisqu'il avait lancé une distillation de ravegourde la veille, il vérifia la concentration en éthanol du mélange, rajouta un peu de combustible, nota tout cela dans le petit classeur qu'il partageait désormais avec Nguyen.

Il fit tout cela sous l'œil attentif de l'infirmier qui ne prononça pas un mot, mais dont la présence rassura Drago ou, en tout cas, l'empêcha de se laisser totalement aller. Maintenir les apparences. Garder la tête haute.

Au bout d'un moment, il marmonna, plus penaud qu'il n'aurait voulu le paraître :

« Nous devrions faire une séance.

— Je suis soulagé que vous le proposiez de vous-même, Monsieur Malfoy. Maintenant ?

— Non. Votre hydrolat de…

— L'hydrolat peut attendre. »

Drago chercha une nouvelle excuse :

« Je devrais aller voir Monsieur Potter tout de suite.

— Monsieur Potter également peut attendre. »

Les yeux de l'infirmier étaient soucieux, mais son visage était inexpressif et neutre, comme si la séance avait déjà commencé. Il ne manquait que le « je vous écoute » rituel. Et le bureau. Et le parchemin.

« Je préfèrerais attendre, chuchota Drago.

— Alors nous attendrons », conclut l'infirmier en baissant les yeux sur son hydrolat de salamandre.

·

Il attendit la fin de la réunion quotidienne du Directeur et des Major et le départ de ceux-ci pour prendre leur place. Potter ne cacha pas sa surprise à sa vue, et quand Drago s'assit sur l'une des chaises – désagréablement chaude, probablement quittée à l'instant – il s'installa face à lui, en silence, et commença à se mâchouiller les lèvres.

Drago chercha longtemps ses mots, puis annonça, davantage pour se forcer la main que pour la pertinence de l'information :

« C'est Nguyen qui m'a suggéré de venir te voir.

— D'accord ? »

Drago hésita, gratta pensivement une écharde dans le bois de la table… Potter l'encouragea à reprendre la parole :

« Pourquoi ? »

Drago se mordilla la langue.

« Il a vu… Non, il a entendu… Il voulait venir te parler, mais il n'a pas tout vu, il t'aurait induit en erreur. J'ai préféré venir avant lui. »

Drago était conscient que son discours manquait de cohérence. Potter ne le lui fit pas remarquer :

« Okay. Qu'est-ce qu'il a vu ?

— Rien d'important », marmonna Drago. Il soupira et leva les yeux vers la fenêtre et le morceau de ciel nuageux que celle-ci permettait d'apercevoir. « Je me suis disputé avec Price. »

Il fixa ce bout de ciel en se demandant s'il avait bien fait de venir jusqu'ici. Nguyen était probablement l'homme auquel il faisait le plus confiance entre ces murs, et se le mettre à dos aurait été une mauvaise idée qui l'aurait privé de ces matinées agréables qu'il passait au laboratoire. En outre, Nguyen se fichait bien de sa relation avec Potter. Il était neutre dans cette histoire.

« Je me suis disputé avec Price, et il a eu des gestes… qui pouvaient prêter à confusion. »

Drago sentit très nettement la température dans la pièce chuter et l'éclat de la fenêtre se fit moins lumineux.

« Ça arrive, assura Drago. Ni toi ni moi ne pouvons lui reprocher cela. Je suis presque certain qu'il s'excusera dés que nous nous reverrons. Ça ne change rien à notre relation. »

Drago tourna le visage vers Potter. Comme il l'avait anticipé, celui-ci serrait les mâchoires à en rendre les tendons visibles. Son visage tremblait sous les émotions qu'il s'efforçait de contenir. Son cou était contracté et les veines qui le parcouraient pulsaient sur un rythme rapide.

Drago attendit patiemment que Potter ferme les yeux, avale bruyamment sa salive et se calme. Quand il reprit la parole, sa voix avait tout de même cette acidité qui faisait se dresser les poils sur les bras :

« Il est violent avec toi ?

— Non. C'était la première fois.

— Il n'y aura pas de deuxième fois.

— Non. Il n'y aura pas de deuxième fois.

— Tu ne veux pas que je m'en mêle, accusa Potter en soulevant les paupières pour le fixer à nouveau.

— Non, je ne veux pas que tu t'en mêles.

— J'en aurais le droit. Je peux… Je n'ai pas à accepter ce genre de comportement ici ! Je pourrais le virer.

— Oui, tu pourrais.

— Tu me le reprocherais.

— Oui. »

Ils se fixèrent en silence un long moment, puis Potter soupira. Étrangement, Drago sentit l'air qui s'échappa de sa gorge et celui-ci était chaud.

« Très bien, je… bafouilla Potter. Je laisse couler. Pour toi. Parce que t'es venu et que… Je te fais confiance. Je te laisse gérer ça à ta façon. Pour le moment. Pour toi. »

Drago hocha la tête et se leva.

« Ça va aller ? demanda-t-il avant de faire un pas de plus.

– Je sais pas, avoua Potter en ôtant ses lunettes pour se frotter les yeux. Je devrais aller voir Kathleen en urgence. J'avais pas pensé qu'il puisse être dangereux et on a pas parlé de ça. Mais j'ai peur qu'il se passe quelque chose ici pendant mon absence.

– Il ne se passera rien.

– Tu dis ça pour me rassurer ?

– Non, je…

– Pour te débarrasser de moi, alors ? »

Un éclat vert brilla à travers les doigts du Survivant. La voix était peut-être moqueuse, peut-être peinée. Difficile à dire.

« Non, affirma Drago. Je… Si tu vas à Londres, alors je ferais en sorte de repousser la confrontation. »

Potter étouffa un rire avant de se laisser glisser en arrière sur sa chaise, comme s'il était déjà épuisé par sa journée à peine entamée. Son rire décrut et il demanda d'une voix rauque :

« Avoue que ça t'arrange. »

Drago fronça les sourcils, puis décida d'être honnête : Depuis le temps qu'il fréquentait Lucile, sa pusillanimité s'était imposée à lui comme un éruptif dans le nid d'un jobarbille. S'il continuait d'en éprouver de la honte, il n'avait plus la force et la mauvaise foi de la nier. Il pouvait en revanche l'embellir.

« Ça m'arrange, en effet. J'aime réfléchir avant d'agir et je déteste courir après les gens. Je ne pense pas que tu puisses comprendre.

– Joliment dit ! ricana Potter. Par Merlin… »

Potter se leva, fit un geste désinvolte du bras, et la magie crépita autour de lui avant que son balai n'apparaisse de nulle part. Drago grimaça devant cette nouvelle démonstration arrogante de magie.

« Par Merlin, répéta Potter en allant ouvrir la fenêtre. Je sais pas comment tu fais pour être toujours aussi, genre… Fidèle à toi-même.

– C'est censé être une insulte ? cracha Drago en le toisant.

– Non, affirma Potter après s'être retourné vers lui avec son sourire de héro. C'est censé être un compliment. Et peut-être un remerciement, aussi. Un encouragement ? Je sais pas. Mais t'es libre de prendre ça comme tu veux. »

Drago pinça les lèvres.

Potter sortit par le fenêtre et le courant d'air fit s'envoler les compte-rendus sur lesquels lui et les Majors avaient travaillé. D'un coup de baguette, Drago les figea dans les airs et partit fermer le vantail. Potter était déjà loin et les albatros peinaient à le rejoindre.

·

Kieran Price vint frapper à sa porte cette après-midi-là, mais Drago avait installé le verrou d'argent. Potter ne rentra pas le soir venu et Drago en profita pour passer la soirée dans son canapé à écouter la musique moldue de son tourne disque, à lire des romans et à surveiller le petit battant de sa clochette d'or. Quand celui-ci sauta d'un coup dans une direction nouvelle, Drago sût que le Directeur d'Azkaban était de retour. Il rassembla ses affaires, mit une nouvelle bûche dans le feu et quitta les lieux.

Dans son couloir souterrain, il constata que ses petits tas de sel avaient été dérangés. Il les reconstitua avant de vérifier que Kieran Price n'avait rien touché dans sa cellule adorée. Cette fois-ci, il posa de lui-même les sorts d'alarme sur les portes. Sa puissance équivalait largement celle de l'architecte et il n'avait aucune envie d'être dérangé.

Il refusa de se rendre à l'infirmerie le lendemain matin : une nouvelle irruption de Kieran Price sur place aurait à juste titre agacé Nguyen, et Drago refusait de devenir personna non gratta au laboratoire à cause de lui. Il fallait qu'il subisse cette discussion avec l'architecte avant de reprendre ses petites habitudes, mais il n'avait aucne intention de provoquer celle-ci trop tôt. Puisque Potter était de retour, hors de question de monter dans ses appartements. Puisque Lucile n'était pas là, la plage n'était pas une option sûre. La Patinoire était évidemment exclue, ainsi que les salles de repos des gardiens. Il hésita à prendre son balai pour aller faire un tour, mais il faisait froid et sa peau de morse était un peu trop lourde et encombrante pour une promenade dans les airs. Il eut l'idée d'aller faire un tour au Hangar pour reprendre son entraînement sur le sortilège du Patronus, mais la taille de la salle et son écho l'intimidèrent.

Finalement, il déambula dans les couloirs déserts dont la rénovation n'était pas urgente. Certaines salles le mirent mal à l'aise sans qu'il parvienne à en comprendre la raison, et le mal de tête qui commença à l'agresser en y réfléchissant laissait entendre qu'il y avait vécu des moments heureux et oubliés.

Il se retrouva devant la chambre du mage Ekrizdis et hésita devant la lourde porte close.

Il se souvenait que même Potter n'était pas parvenu à y pénétrer.

Par curiosité, il posa la main sur la poignée : il voulait savoir à quel moment la magie obscure qui protégeait les lieux le repousserait. Ses doigts se posèrent sans soucis sur le bronze tiède. Il abaissa la poignée et poussa. Encore une fois, il n'éprouva aucune difficulté, ce qui n'avait rien d'étonnant, puisque même Mullan y était parvenue, lors de leur vieille visite des lieux.

La pièce n'avait pas changé : une chambre tristement ordinaire avec un lit à baldaquin en soie argentée, un tapis moelleux, un verre d'eau entamé sur la table de chevet… À l'abri du couloir, Drago resta une minute complète à observer les moindres détails.

Enfin, il avança d'un pas, puis d'un deuxième. Les orteils à la lisière du chambranle de la porte, il s'accrocha aux murs et se pencha en avant autant qu'il l'osa.

La pièce ne le repoussa pas.

Il se mordilla les lèvres, peu certain de l'attitude à adopter. Si Potter n'avait pas été présent sur l'île, il aurait fui avec encore plus d'empressement que la première fois, mais quelque-chose lui disait qu'il ne risquait rien avec un tel protecteur.

Il prit une inspiration brève et profonde et pénétra la pièce.

Et il ne se passa absolument rien.

Il piétina un peu, hésita, s'avança encore, puis se rendit jusqu'à la fenêtre en face qu'il ouvrit en grand, davantage pour se donner l'impression d'agir que par intérêt ou curiosité. L'air froid pénétra la pièce avec une lenteur peut-être légèrement anormale.

Il n'y avait rien d'autre à faire : rien à ranger, rien d'étonnant, rien de surprenant. Il y avait une table de chevet à fouiller, ainsi que deux autres portes intérieures – fermées – qui menaient de toute évidence à une garde-robe ou à un cabinet de toilettes.

Drago n'était pas stupide à ce point. Sans se presser, il fit le tour de la pièce mais ne toucha à rien. Avant de sortir, il bloqua la fenêtre en position entrouverte avec un loquet destiné à cet usage.

Il y avait là sujet à réflexion, mais Drago avait d'autres fléreurs à fouetter.

Il trouva finalement son bonheur à l'abri d'une coursive du chemin de ronde. Emmitouflé dans sa peau de morse, le froid n'était plus perceptible que sur son visage. Il s'installa avec l'un de ses romans moldus et fût rapidement rejoint par quelques albatros pleins d'espoir.

Il ne faisait que repousser le problème, comme toujours.

Concernant Kieran Price, il ne savait pas trop quoi penser de la situation et il hésitait à laisser passer une séance avec Nguyen avant de prendre une décision. Mettre les choses à plat. Le faire à l'oral devant l'infirmier était plus efficace que de dresser des listes sur le papier : les décisions aberrantes se révélaient un peu plus facilement pour ce qu'elles étaient. S'il lui avait parlé avant de se rendre dans la chambre d'Ekrizdis, il aurait probablement été plus prudent.

D'un autre côté, les albatros n'étaient pas inquiets, et il s'agissait là d'un indicateur de risque fiable.