Quand mon réveil a sonné ce matin-là, je crois bien que j'étais la femme la plus heureuse du monde parce qu'aujourd'hui je pouvais enfin retourner au lycée. Bien sûr je devais rattraper des tas d'évaluations que j'avais ratées mais c'était le petit point négatif. Je devais aussi faire attention à cause de mes blessures. Mais ça concernait seulement le poids que j'allais porter sur mon dos et les bagarres que j'allais devoir éviter. Pour cette dernière partie je doute qu'elle arrive de sitôt puisque Esmeralda avait été plutôt discrète à ce sujet. Quant à moi, je n'avais mentionné à personne que la belle femme dormait chez moi en attendant d'étouffer cette affaire avec son connard d'ex.
Esme pendant ce temps là n'avait pas quitté mon appart' et nous avions conclu qu'il était mieux qu'elle continue les cours en ligne. Bien que ce fût une requête difficile à demander au proviseur, ce dernier finit par céder.
Mais en éloignant les points négatifs, je sentais que cette journée n'allait être que du bonheur !
Je m'étais réveillée plus tôt pour ne pas avoir à stresser et courir pour rattraper le bus. Bien qu'un peu d'exercice ne me ferait pas de mal, je doute que glisser sur du verglas soit bon pour moi. Parce que oui, l'hiver était belle et bien là, en tout cas son froid.
J'avais réussi à ne pas faire trop de bruit et à sortir sans avoir à réveiller Esme qui dormait sur le canapé (parce que finalement j'avais enfin réussi à la virer de mon lit). À peine un pied fut posé dehors que j'avais la certitude que l'automne s'était barré à coup sûr. Un petit vent hivernal gelait les routes et la rosée du matin peignait les herbes de blancs. De la fumée sortait de ma bouche à chaque respiration et je poussais un soupir de contentement. J'adorais l'odeur que laissait l'hiver le matin. J'adorais cette fraîcheur.
Ce ne fut pas le cas de tous.
Quelques arrêts plus loin du mien, j'aperçus Anna et Elsa monter dans le bus. D'un signe de main j'ai attiré leur regard et elles s'approchèrent. Et de loin je pouvais voir qu'Anna tremblait. Je pouvais voir qu'elle n'appréciait pas autant ce froid que moi. Et je pouvais aussi voir qu'elle paraissait beaucoup plus enveloppée que d'habitude.
« Salut » Leur dis-je avec un sourire radieux.
« Hey » Me dit Elsa avec la même énergie en s'asseyant à côté de moi. Puis vint la salutation d'Anna, tremblante et faible.
« Sa-sa-sal-lut » Et je n'avais jamais entendu quelqu'un grelotter aussi forts même avec autant de couches. En effet, la femme avait bien une dizaine de couches sous son immense veste. À ce stade on aurait dit un immense ballon.
« Heu...J'ose demander combien de couches tu portes ? » Demandais-je avec amusement.
« qu-qua-quatorze »
« Quoi, autant ? » Ma bouche formait un ''o'' d'étonnement.
« Anna n'est pas vraiment une femme d'hiver » Répondit Elsa, qui était tout le contraire d'Anna. Elle ne portait qu'une seule couche simple et n'avait pas la moindre présence d'un quelconque désagrément suite au vent glacial. Encore une preuve que son surnom lui allait comme un gant.
« Tu ne t'assieds pas ? » Demandais-je, un peu inquiète qu'elle puisse s'étouffer dans tous ces vêtements.
« S-s-si je m-m'assieds j-je pourrais p-plus me re-relever » Répondit-elle avec difficulté. J'imaginais Anna rouler dans tout le bus avec ses vestes et allais presque rire.
« Quand même... » Commençais-je d'une voix tremblante d'amusement. « Tu es sûre qu'ils t'accepteront en classe habillée comme ça ? » Le rire que j'essayais tant bien que mal de cacher pris le dessus un instant. Assez pour qu'Elsa puisse rebondir dessus et rire à son tour. La situation l'amusait autant que moi.
« I-ils ont pas l-le choix ! » S'exclama Anna. « C-c'est ça ou r-rien ! »
« Ah » Soufflais-je avec compréhension, mais ma voix tremblait toujours autant alors que je me retenais de rire. « Et juste pour information, t'es placée où dans la classe ? »
« D-de-devant » Sa réponse était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Je l'imaginais à sa place en gênant le champ de vision de tout le monde et je ne pouvais que rire, Elsa m'accompagnant.
« J'espère pour les autres que le chauffage n'est pas cassé autrement tout ce qu'ils verront c'est toi » Rétorquais-je. Puis je me tournais vers Elsa et lui demandais avec amusement « C'est comme ça chaque hiver ? »
« Non » Dit-elle après avoir essayé de calmer son rire. Elle essuyait la goutte de son œil. « elle n'a pas trouvé ses gants chauffants. C'est pour cette raison qu'elle s'est habillée comme ça aujourd'hui » M'expliqua Elsa.
« C-c'est Olaf j-j'en suis sûre ! » Marmonna Anna dans ses 14 couches de vêtements. Et je ris à cette réponse.
« Alors tu es prête à retourner au cours ? » Me demanda la blonde platine. Mon sourire s'est amplifié.
« Plus que jamais. Ça fait du bien de sortir, même sous ce froid » Expliquais-je. « Et puis chez moi ça devient insupportable » Entre autres à cause d'Esme qui ne respectait pas certaines règles. Néanmoins, elle ne débarquait plus à l'improviste quand je suis nue dans la salle de bain. C'est un progrès. Un petit, mais c'est un pas en avant.
« Contente de voir que tu as l'air en forme » Répondit Elsa en me lançant un petit sourire en coin.
« M-moi j'ai surtout hâte que ce soit la fin de l-la semaine » Dit Anna en grognant. « Adieu le l-lycée pendant 2 semaines »
« Comment ça 'adieu le lycée pendant deux semaines' ? » Demandais-je.
« Les vacances c'est à la fin de la semaine. Tu avais oublié? » Quand les nouvelles sortirent de la bouche d'Elsa, mon visage s'est effondré. Ça veut dire qu'il faut que je me trouve un autre moyen pour échapper à mon appart ?
« Disons que j'étais trop occupée à penser au fait que je reviendrais en cours... » Répondis-je d'un air penaud.
« Eh bien d-désolée mais pas désolée » Dit Anna en se frottant un maximum pour se réchauffer.
« Ne t'en fais pas » Me réconforta Elsa en posant une main sur mon épaule. « Je ne pense pas qu'on ne fera rien avec le groupe. On trouvera plein d'activités »
« Tu as raison » Ai-je répondu avec un petit sourire. C'est vrai, nous aurons peut-être un Noël à passer ensemble et peut-être aussi le Nouvel An qui sait. Sans oublier les sorties qu'on pourrait s'organiser, et puis manger au resto. D'ailleurs. « J'ai oublié avec tout ce qui s'était passé mais je dois tenir ma promesse »
« Q-q-quelle promesse ? » Demanda Anna.
« Celle de vous payer le resto. Que diriez-vous d'en faire un pour fêter le début des vacances ? » Sous toutes les couches de vêtements, j'ai vu les yeux d'Anna scintiller.
« J'ai cru que tu n'allais jamais nous le proposer ! » S'écria-t-elle.
« Nous pourrions en discuter avec le reste du groupe mais je pense qu'ils seront d'accord »Répondit la belle blonde platine en souriant. « Mais tu es sûre de vouloir payer pour nous tous ? Je peux payer ma part tu sais.. » J'ai secoué la tête et j'ai pris sa main(qui se trouvait toujours sur mon épaule d'ailleurs).
« Je vous l'ai promis et je n'aime pas rompre mes promesses. Et puis je ne fais rien d'autre de mon argent » Bien que pour cette dernière partie, ce soit un peu faux. Depuis qu'Esmeralda vit chez moi, je dépense pour deux. Mais je pense pouvoir payer le restaurant.
Le teint d'Elsa prit une couleur plus foncée et elle semblait gênée. « B-bien si tu le dis »
« Tu n'as pas à être gênée pour ça, ça me fait plaisir de payer » Lui répondis-je avec le meilleur sourire que j'avais.
C'est à ce moment que notre arrêt vint et j'ai lâché la main d'Elsa. Quand le chauffeur s'arrêta, il a bien fallu une dizaine de secondes à Anna pour descendre les marches du bus et j'étais à deux doigts de filmer la scène tellement elle était hilarante. Mais finalement je ne l'ai pas fait. À la place j'ai prévenu le chauffeur de bus que ça allait prendre plus de temps que prévu et il me répondit avec un grognement.
À l'entrée du collège, Kristoff attendait déjà avec Mérida.
Quand Anna couru dans la direction de Kristoff en levant son bras pour le saluer, Mérida n'a pas réfléchi à deux fois avant de se mettre devant Kristoff et d'attaquer la grosse boule qui venait à eux.
« Krist-AAAH ! » Anna s'est retrouvée propulsée en arrière et roulait comme un ballon.
« Reste en arrière Kristoff, je vais te protéger ! » S'écria Mérida en levant ses deux poings, parée à attaquer de nouveau.
« Les gars c'était Anna ! » Criais-je tout en aidant avec la participation d'Elsa à relever sa sœur. Kristoff n'a pas attendu non plus pour accourir vers elle.
« Anna ?! » Mérida dit dans la stupéfaction.
« Anna tu vas bien ? » Demanda en même temps Kristoff. Anna gloussa.
« Tout va bien, les couches ont amorti la chute ! Je suis comme un gros ballon » Dit-elle en se tâtant elle-même. Mérida s'approcha et fronça les sourcils.
« J'aimerais m'excuser mais en même temps te demander pourquoi t'es habillée comme ça ? » Dit-elle.
« Elle a perdu ses gants chauffants » Lui expliquais-je.
« Ooh, c'est logique » Concéda-t-elle en poussant un soupir compréhensif.
« Je me demande à partir de combien de mètres je ressens quelque chose » Murmura Anna en se triturant le menton, ce à quoi Kristoff répondit par une négation.
« Et on ne va certainement pas essayer de découvrir tes limites » Là, Kristoff sortit des gants de son sac et les tendit à Anna en soupirant. « Tiens, je garde toujours une paire de gants chauffants sur moi. Juste au cas où » A-t-il précisé en regardant tout le monde.
Moui, juste au cas où..
« Oh merci Kristoff, tu me sauves la vie ! » S'exclama Anna en sautant dans les bras de Kristoff et je retenais le rire qui voulait s'échapper en voyant la tête que faisait le blond « Il faut que je me dépêche d'enlever le surplus de vêtements si je veux arriver à l'heure au cours ! » Puis elle courut à l'intérieur, se faisant remarquer par absolument tout le monde.
« Où sont Eugène et Raiponce ? » Demandais-je à Mérida.
« En tout cas je ne les ai pas vu passer, alors c'est soit ils sont déjà à l'intérieur, soit ils ne sont pas encore arrivés »
« Nous devrions rentrer » Annonça Elsa et j'étais d'accord avec elle. Nous pénétrions donc dans le collège et je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que je me faisais scruter par absolument chaque gens que je rencontrais. Les regards étaient tous imposants et je m'enfonçais dans une angoisse comme dans des sables mouvants. Plus encore quand les regards s'accompagnaient de chuchotements.
« Heu...Je rêve ou beaucoup de gens me regardent ? » Chuchotais-je aux filles en faisant du mieux que je pouvais pour fuir le regard des autres. Mes doutes ont été confirmés quand j'ai entendu quelqu'un parler de moi par rapport à l'accident.
« Beaucoup de gens ont vu ton état quand on t'a transporté dans une ambulance » M'expliqua Elsa. « Peut-être même que certains t'ont pris en photo pour l'envoyer à d'autres. Quoi qu'il en soit, l'histoire a fait le tour du collège et pendant un certain temps la tension ici était pesante, beaucoup même ne sont pas venus pas peur qu'il leur arrive la même chose »
« Ouais, tout le monde avait les jetons » Continua Mérida. « Et maintenant que tu es revenue, le feu qui était éteint a repris de plus belle » Super, comme si je n'avais pas assez de yeux braqués sur moi à cause de cette rumeur avec Esme, il a fallu que celle de la bagarre les virent tous sur moi. Et je dis bien tous.
« C'est vraiment déstabilisant d'avoir tous ces yeux sur moi, finalement je veux bien retourner chez moi » Ai-je murmuré entre mes dents, prête à décamper. Seulement pour que la voix d'Elsa m'encre et me rassure.
« Tu verras, ces yeux se détourneront de toi un moment ou un autre, tout ce qu'il faut c'est garder la tête haute. Et je serais avec toi toute la journée, tu n'as pas à t'en faire »
« C'est vrai ? »
« Je ne te quitterais pas d'une semelle » M'avait-elle confirmé. Et ça m'avait suffi. J'étais rassuré et j'avais un peu plus confiance. J'étais avec Elsa après tout et du moment que j'étais à ses côtés, tout allait bien.
Tout allait bien.
Eh bien, je pense que c'était trop beau pour être vrai.
J'étais partie aux toilettes et Elsa a insisté pour m'accompagner, ce à quoi j'ai refusé bien évidemment. De toute façon, je ne pense pas que quelqu'un viendra aux toilettes juste pour me demander ce qu'il m'était arrivé.
Mais j'avais tort. À peine sortie des toilettes pour me laver les mains que deux filles sont venues m'aborder.
« Alors c'est toi qu'on a frappé à mort ? » Demanda l'une d'elles en se mettant à l'un de mes côtés. L'autre fille vint se caler de l'autre côté et continua l'interrogatoire.
« Est-ce que c'était quelqu'un du bahut ? »
« Je-hum » J'ai marmonné. Les deux se sont rapprochées plus encore et ça commençait un peu à être gênant. Comment les renvoyer gentiment ?
« Tu ne veux pas nous dire qui l'a fait ? »
« C'est que- » J'ai commencé, seulement pour que la deuxième me coupe la parole.
« Tu sais que tu nous rendrais un immense service si tu nous le disais, hein ? »
« On veut juste avoir le nom de celui qui t'a fait ça, comme ça on saura de qui s'éloigner, si bien sûr il faisait parti des élèves »
« Je- je suis désolée mais je ne peux pas » Ai-je finalement réussi à dire. Ouf, ce n'était pas si compliqué finalement.
« Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ? » Souffla la première des filles, irritée. « Qu'est ce que tu veux en échange, nous peloter comme tu l'as fait avec Esme ? » Ça y est, ça recommence… « Si cela nous permet de rester en vie et bien soit, nous pourrions te laisser nous toucher »
J'allais ouvrir la bouche pour retirer ce malentendu une bonne fois pour toutes, mais la porte de la salle s'est violemment ouverte pour montrer une Elsa très remontée. Le teint des deux filles pâlit à vue d'oeil alors que la blonde platine s'approchait à grands pas en leur lançant le regard le plus meurtrier que je n'ai jamais vu.
Et est-ce que c'était normal que je trouve ça affreusement attirant ?
« Laissez la tranquille, elle ne veut rien avoir affaire avec vous deux. Si elle ne veut pas vous le dire vous devriez respecter son choix, compris ? » Fait entendre d'un point d'honneur la femme qui a volé mon coeur. Elle est arrivée juste à temps et m'a sauvé encore une fois. L'une d'elles bégayait une réponse mais sans succès, le regard imposant d'Elsa lui fit fermer son clapet. Finalement les deux femmes se sont tut et sont partis sans aucune information. Il ne restait à présent que nous deux et le regard d'Elsa était posé sur la porte quelques secondes de plus avant qu'elle ne soupire. « Ces femmes, vraiment….à profiter que tu sois seule pour te poser de telles questions.. »
Est-ce qu'Elsa m'avait suivi pour être sûre qu'il ne m'arrive rien ?
« Tu m'attendais devant la porte ? » Demandais-je d'une petite voix, légèrement ébahie. Quand Elsa entendit ma question, elle se pinçait légèrement les lèvres. Puis elle prit une grande respiration et se tournait vers moi toute timide.
« Eh bien je t'ai dit que je ne te quitterai pas d'une semelle, mais je n'aurais peut-être pas dû venir si cela t'a rendu mal à l'aise- » Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que je l'ai prise dans mes bras. Je n'ai en aucun cas été mal à l'aise. J'étais touchée, vraiment touchée par l'action petite mais néanmoins attendrissante. Au début je sentais Elsa se crisper à l'étreinte, mais finalement son corps s'est détendu quand elle ma entendu dire :
« Merci » Le mot n'était qu'un chuchotement mais je suis sûre qu'elle l'a entendue. Ses bras m'ont entouré et nous sommes restés comme ça un moment. « Je suis contente que tu sois venue même si je ne te l'ai pas demandé. Je ne sais pas comment j'aurais pu gérer la suite sans toi »
« Je ne te laisserais pas tomber cette fois » Ça aussi n'était qu'un murmure, mais j'en ai apprécié chaque mot, chaque syllabe que j'enregistrais, mémorisais et portais dans mon coeur. Et je savais que ce moment j'allais le chérir pour toujours comme celui où je savais qu'on ne m'avait pas abandonné. De savoir que c'était Elsa parmi toutes ces personnes que j'aimais m'emplissait de joie, d'une satisfaction à nul autre pareil.
Notre étreinte s'est finalement arrêté quand quelqu'un entrait dans la salle. Et la bulle de confort dans laquelle nous étions a éclaté, pour transformer mes émotions en une petite gêne.
« Nous heu, devrions y aller... » J'ai dit en bégayant et elle hochait simplement la tête avec la même gêne en me suivant jusqu'à la cafétéria où nous devions rejoindre les autres. La bande était toujours là, à la même place, formé des meilleures personnes que je connaisse. Je souris en les voyant tous manger et parler avec entrain. « Alors, de quoi parlez-vous encore ? » Demandais-je joyeusement en m'asseyant à ma place habituelle, Elsa à mes côtés.
« Anna qui range ses vêtements n'importe où » Expliqua Kristoff en croisant les bras.
« Ah oui, tu les as mis où finalement ? » Demandais-je à la plus petite des Winters.
« Une partie dans mon casier, l'autre dans celui de Kristoff et le reste dans mon sac » Expliquait la rousse. « À chaque problème une solution » Puis Mérida enchaîna en me demandant.
« En parlant de solutions, est ce que tu en as trouvé une avec Esme ? » Tous les muscles de mon corps se sont tendus et j'étais droite comme un pic. Une solution sur le fait qu'Esme soit chez moi ou de mon lien avec elle ?
« De quoi tu veux parler ? » Ai-je répliqué en jetant un coup d'oeil vers Eugène. Ce dernier me rassura en rebondissant sur le sujet.
« Mais oui » Dit-il « Tu sais par rapport à la rumeur qu'il y a entre toi et elle. Est-ce que tu y as mis un poing d'honneur ou pas ? »
« Oh ça » Soufflais-je, rassurée.
« Tu as cru que je parlais d'autre chose ? » Demanda Mérida en penchant sa tête d'un côté.
« Non non ! Mais tu sais cette rumeur ne partira pas aussi vite. Les gens ne croient que ce qu'ils ont envie de croire » Répondis-je ne me grattant l'arrière de la tête tout en pensant à l'aventure que je venais d'avoir aux toilettes. Et Mérida haussa les épaules.
« C'est pas faux » Ouf, elle n'a pas posé d'autres questions sur le sujet..
« D'ailleurs en parlant d'Esmeralda, je ne l'ai pas vu depuis quelque temps » Souligna Raiponce en regardant partout dans la cafétéria. Et mon corps se crispa de nouveau.
« Maintenant que tu le dis c'est vrai » dit Mérida en triturant son menton. « Vous pensez qu'il s'est passé quelque chose avec elle ? »
« Je ne sais pas » Répondit Anna. « Mais son copain n'a pas l'air très enchanté non plus » En effet, de loin nous pouvions voir Phoebus tendu, engueulant les gens de sa bande « Diana tu ne saurais pas quelque chose à ce sujet ? Même avec cette rumeur, tu semblais amie avec Esmeralda » Oh non.
« Si Esmeralda n'est plus là tant mieux pour nous » Répondit Eugène en croisant les bras. Ouf..Merci Eugène « Un problème en moins à gérer pour nous » NON EUGÈNE !
« En quoi elle serait un problème pour nous? » Interrogea Kristoff en fronçant les sourcils. Quand Eugène comprit la gourde dans laquelle il s'était mise, il se crispa. Quant à moi, je regardais l'ancien voleur avec insistance et mon regard était très clair. Ferme-la Eugène !
Puis avec une chance improbable, Elsa rebondissait sur le sujet avec hardiesse. « Elle implique des gens dans des rumeurs qui ne sont pas vraies et ne fait rien pour dissiper le malentendu. Maintenant Diana se retrouve en plein coeur de propos malsain et difficile de l'en sortir. Avec cette histoire, Esmeralda est forcément quelqu'un de ne pas très fréquentable. Estimons-nous heureux qu'elle n'ait pas engagée d'autre personne dans sa rumeur »
« Je n'avais pas vu les choses sous cet angle » Murmura Kristoff. « Tu as probablement raison, il vaut mieux qu'elle ne pointe pas le bout de son nez » OUF.
ELSA, JE T'AIME !
Afin de vite changer de sujet, j'en abordais un autre qui pourrait détourner l'attention du groupe. « Sinon » J'ai commencé. « Je n'en ai parlé qu'à Elsa et Anna mais je voulais faire quelque chose d'ici la fin de la semaine pour fêter le début des vacances. Le resto que je vous ai promis entre autres »
« Oh oui c'est vrai ! J'ai oublié de vous en parler ! » Ajouta Anna avec des étoiles dans les yeux. « Vous en dites quoi ? Ça pourrait être une bonne idée non ? »
« Oh pour goûter à nouveau aux lasagnes de Tony, c'est quand vous voulez » Répondit Mérida avec une expression rêveuse. Tout le monde commentait de façon positive l'idée du resto et alors que chacun donnait sa réponse, Raiponce, Eugène et moi soupirions de soulagement. Le sujet avait été évité avec succès.
Une main vint se poser sur mon épaule. C'était Elsa. « Tu vas bien ? » Me murmura-t-elle, visiblement inquiète.
J'ai hoché la tête et accompagnait un sourire à travers ma réponse « Oui, un peu fatiguée c'est tout »
Mais mes pensées étaient ailleurs. Entre autres sur les événements qui ont enchaîné dans ma vie. Le groupe secret et l'enquête que j'entreprends avec Eugène et Raiponce, le fait qu'Esme crèche chez moi en ce moment et cet événement en particulier a donné une parfaite raison à Phoebus de me dézinguer encore une fois.
Je pinçais mes lèvres ensemble une microseconde en pensant à Esme qui était très certainement entrain de finir ma boîte de céréales (encore une fois) tout en regardant la télévision dans mon salon, sur mon canapé avec rien d'autre que son string et son soutien-gorge comme tenue.
Non, je suis on ne peut plus dans la merde si Phoebus le découvre. Cela dit Esme pourrait peut-être me donner des informations et je pourrais les refiler à Eugène en faisant mine de me rappeler ce qu'Esme m'avait dit une fois.
Je verrai ce soir avec elle...
« Je suis rentrée » Ai-je dit en déposant mes clés sur le meuble d'entrée tout en retirant mes chaussures. En entrant dans le salon, je vis Esmeralda sur le canapé, couchée et endormie, sans rien d'autre que ses sous-vêtements. Depuis elle avait pu récupérer quelques vêtements que le propriétaire de son ancien logement n'avait pas encore jetés. Je me retrouvais donc nez à nez avec un string et un soutien-gorge en dentelle rose très finement cousu. La couleur faisait un contraste joli avec sa peau bronzée mais je ne m'attardais pas plus sur le sujet. Le fait est qu'on était en hiver et qu'elle dormait sans couverture. Sans attendre, je pris celle qui logeait juste au dessus de sa tête et cachait sa peau caramel le plus doucement que je pouvais.
En fait, avoir une Esmeralda chez soi équivoquerait à avoir un enfant. Certes un enfant d'âge adulte avec des formes généreuses, mais un enfant quand même.
La plupart du temps je rangeais à sa place et faisais la vaisselle. Quand je trouvais ses sous-vêtements qu'elle laissait traîner sans honte dans mon appartement je les ramassais et les déposais dans son carton à vêtements et parfois je l'aidais à dessoûler quand elle buvait trop. Elle a préparé qu'une ou deux fois le repas mais c'était tout.
Et ce soir j'allais devoir m'accommoder de ses services.
C'est en à peine 30 minutes que j'avais préparé des pâtes à la carbonara et l'odeur avait fait remuer Esme sous la couette. Finalement, elle s'est levée et la première chose qu'elle fit c'était de se s'asseoir à table avec de petits yeux.
Je lui tendis automatiquement une assiette. « T'as passé une bonne journée ? » Lui demandais-je en me servant à mon tour.
« Mmh » Marmonna-t-elle, sa voix encore rauque. Puis nous mangions tranquillement et par moments il m'est arrivé de regarder dans sa direction en me demandant si je devais aborder le sujet concernant sa disparition soudaine et du fait que Phoebus soit à cran.
Mais finalement je ne l'ai pas fait et nous avons mangé dans le silence. En tout cas pendant le repas. C'est seulement à la fin qu'Esme m'a parlé.
« Je suis requinquée, c'était bon » Commenta-t-elle en se levant.
« Pour me remercier tu pourrais faire la vaisselle ? » Dis-je d'une petite voix. Elle se retourna et me fixa un moment et je fis les meilleurs yeux de chien battu que je pouvais. Finalement elle poussa un long grognement et fit volte face, débarrassant la table.
« Alors comment c'était le retour au bahut ? » Me demanda-t-elle depuis la cuisine, l'eau qui coulait cachant un peu sa voix. Je me suis alors approchée de la cuisine afin de mieux l'entendre et me suis adossée à la table de travail.
« J'ai pu enfin bouger d'ici donc je dirai bien » Commençais-je.
« Moh, tu ne te plais pas avec moi ? » J'ai ri à sa fausse tristesse.
« J'ai pas dit ça, seulement que j'ai aimé sortir et faire quelque chose de mes journées. Enfin c'est ce que je pensais au début... » Puis je soupirai. Esme s'est arrêtée de faire la vaisselle et me fit face.
« Il s'est passé quelque chose ? Quelque chose de grave ? » Demanda-t-elle, puis elle plissa les yeux. « C'était à cause du connard dégénéré ? »
« Pas directement. Il ne m'a pas parlé si c'est ce qui t'inquiète » Elle lâcha un soupir quand elle entendit ma réponse et retournait faire la vaisselle. « Cela dit il était à cran et ça a peut-être un rapport avec ton absence, on en est pas sûrs »
« Frost m'en a informé » En entendant son nom, je me suis redressée.
« Tu continues à lui parler ? » J'ai demandé, légèrement alarmée. « Tu ne lui as pas dit pour.. ? » Esme roula des yeux.
« Je ne suis pas assez stupide pour lui dire où je suis, il serait encore prêt à me balancer pour sauver sa peau. Cela dit il est insistant » A-t-elle répondu. « Il dit que le connard dégénéré devient de plus en plus à cran et demande où je suis. Pour Frost, il vaudrait mieux que je me rende directement ou bien je risquerais gros »
« Ce n'est pas une solution ça, c'est du suicide » J'ai ri sans humour. « Ce type est tellement obsédé par toi qu'il en viendrait à détruire une ville, c'est alarmant à ce stade » J'ai balancé.
« En même temps est-ce que tu aurais abandonné un corps de rêve comme le mien ? » Taquina Esme en souriant, tendant légèrement son cul dans ma direction. En poussant un rire je lui ai concédé ce point. Cela dit je me demande s'il n'y avait pas plus, si Esme ne savait pas quelque chose qui pourrait compromettre Phoebus. « Alors qu'est-ce qu'il s'est passé ? » A-t-elle repris.
J'ai soupiré. « En revenant après plusieurs mois d'absence à cause de la bagarre, tout le monde avait les yeux rivés sur moi. D'après Elsa ils étaient effrayés quand ils ont vu mon visage déformé et certains même ne se sont pas pointés pendant un certain temps »
« Tu m'étonnes, si je savais qu'un malade mental à la force meurtrière se baladait autour du lycée je ferais très certainement pareil »
« Et c'est ce que tu fais en cet instant » Ajoutais-je. Puis il y eut une pause.
« C'est vrai » Dit-elle d'une petite voix. Ses mouvements ralentirent, puis s'arrêtèrent. Un long moment de silence et je savais qu'elle était dans ses pensées.
« Dis Esme, je ne t'ai pas demandé mais...est-ce que tu veux retourner à ta vie d'avant ? »
« Qu'est ce que tu veux dire par là ? »
Je me suis détachée du plan de travail et me suis posée à côté d'elle. « Sortir dehors en ayant plus jamais la crainte d'être remarqué par un fou. Pouvoir faire ce que tu veux quand tu veux. Vivre ta vie » Elle regardait dans le vide un moment, seulement pour cacher sa vulnérabilité par une plaisanterie.
« Quoi tu veux me virer c'est ça ? Tu sais il y a des moyens plus simples de le faire » Puis elle poussa un rire. Mais j'étais sérieuse, c'est un sujet qui me tient à coeur.
J'ai alors posé ma main sur son avant-bras. « Sérieusement Esme, si je voulais te virer je l'aurais fait depuis longtemps. Et puis je me sentirai un peu seule dans ce grand appart sans toi » Lui répondis-je avec un petit sourire. Ce par quoi elle roula des yeux mais me lança un sourire affectueux « ça me dérangerait pas que tu restes, mais je veux aussi pouvoir dire à tout le monde que tu vis ici sans avoir la certitude qu'après je me fasse tabasser ou que tu puisses te retrouver en danger »
« Tout ce qu'on peut faire face à ce dégénéré c'est rien. Nous devons attendre » Finit-elle par dire.
« Attendre quoi ? Il continuera de te poursuivre jusqu'à t'avoir. Ce jeu du chat et de la souris ne pourra pas durer éternellement et à moins d'affronter le problème directement je ne vois pas d'autres solutions. À part si nous avons des preuves assez accablantes pour l'incriminer »
« Et comment veux-tu qu'on ait ces preuves ? » Elle soutenait mon regard avec crainte. « On n'a rien. Quand il t'a frappé il a certainement effacé toutes les traces de son passage quant à son trafic...Il le dirige dans l'ombre et personne n'osera témoigner contre lui, tout le monde a peur...J'ai..peur » Elle renifla légèrement et repoussa d'un coup de main ses larmes. C'est vrai qu'elle n'avait pas totalement tort là-dessus. Les choses avançaient trop lentement. Il y a quelques jours le père de Raiponce avait eu un entretien avec le proviseur et ce dernier lui avait annoncé que les caméras fonctionnaient bel et bien, cependant et en cherchant dans ses enregistrements, il découvrit qu'ils n'étaient plus là. Le point positif c'est qu'on savait que quelqu'un cherchait à dissimuler les fautes de Phoebus, le problème c'est qu'on ne savait pas qui exactement. Bien que mes soupçons soient portés sur Pheobus, il est très possible qu'il ait fait appel à quelqu'un de plus intelligent que lui pour dérober les preuves… Quoi qu'il en soit la seule piste que le père de Raiponce pouvait avoir à présent (du moins jusqu'à ce qu'il trouve les enregistrements si ces dernières n'avaient pas déjà été broyées) c'était de parler au voisinage en espérant trouver un témoin dans le lot. Mais ça ne suffisait pas et je ne sais pas si Esme tiendra bon à force de rester chez moi…
L'emmener voir le père de Raiponce ne semblait pas être une bonne solution non plus puisqu'elle n'avait rien de concret contre son ex et jusqu'à preuve du contraire des paroles ne suffiront pas à l'enfermer ou du moins l'éloigner de nos vies.
Et la peine avait saisi mon visage tandis que je regardais la femme en face de moi s'effondrer peu à peu. « Ce n'est pas correct non plus de vivre comme ça, à se terrer dans un trou en espérant que personne ne nous trouve... » J'ai murmuré. « Pour ma part je ne veux pas avoir peur de lui et si je dois avoir assez de courage pour nous deux, je le ferai »
Quitte à me blesser une deuxième fois...
FIN DU CHAPITRE
Des impressions ?
