Merci à ma famille pour les encouragements. Mille mercis aux revieweuses qui ont pris le temps de me laisser un petit mot, cela m'a fait grand plaisir : j'espère que vous aimerez ce nouveau post.

Chapitre 1 : La rage :

Quelques mois plus tôt...

Il n'était pas encore midi lorsqu'un cri de rage brisa la paix de Fondcombe. Il fut suivi d'un grand fracas qui raisonna jusque dans l'étude du Lord Elrond. L'elfe soupira et se prit la tête dans les mains, sachant ce qui l'attendait. Déjà il entendait les pas précipités approcher de son bureau.

-Lord Elrond, elle a recommencé, annonça l'elfe essoufflé qui ouvrit la porte.

Elrond se leva dans un soupir et emboîta le pas de son suivant qui semblait fort embarrassé.

-Elle est dans la cour aux roses, indiqua-t-il tout en trottinant pour rester à hauteur d'Elrond qui avançait à grande enjambée. C'est Demdir, seigneur, il a semble-t-il provoqué la dame une fois encore...

Le seigneur elfe hocha la tête d'un air agacé. Ils furent rejoints sur leur route par les fils d'Elrond qui arrivèrent en trottinant. A contre-pied de l'humeur de leur père, les jumeaux semblaient amusés.

-Il semblerait que pour une guérisseuse, votre élève envoie beaucoup de nos soldats en maison de soins ces temps-ci, se moqua Elladan.

-Cela semble quelque peu contre-productif, père, ajouta Elrohir, plus contenu mais tout autant rieur.

Elrond ne répondit pas, le visage fermé, le pas ferme. Lorsqu'ils arrivèrent dans la cour aux roses, ils furent accueillis par la vision d'elfes hilares assemblés en cercle. Le tumulte venait de leur centre, et semblait grandement les divertir. Ils se calmèrent néanmoins à la vue de leur seigneur et ouvrirent le cercle pour le laisser avancer.

Là, au centre, une elfe brune à l'air farouche maintenait un autre elfe bien plus robuste qu'elle au sol, ses jambes à elle passées autour de son cou à lui alors qu'il gémissait de colère et se débattait.

-Neniel, c'est assez, ordonna Elrond. Relâche Demdir.

-Il a mérité quelques secondes de plus sans air, rétorqua la dénommée Neniel sans desserrer son étreinte.

La rage semblait s'échapper d'elle par tous les pores, ses yeux verts brillaient d'un feu intense, et son visage d'apparence jeune et doux était tiré par la colère et quelques égratignures. Le susnommé Demdir, un elfe blond aux traits normalement rieurs, semblait en plus mauvaise posture, mais tout aussi enragé.

-Elladan, Elrohir, aboya sèchement Elrond.

Les jumeaux bondirent pour s'emparer des bagarreurs sans se séparer de leurs sourires. Elrohir aida Demdir à se relever alors qu'Elladan ceinturait Neniel qui se débattait pour continuer le combat. Elladan la souleva et la transporta plus loin. Il la déposa et fit barrage, campé face à elle pour qu'elle ne retourne pas se battre.

-Elle est folle à lier ! Cracha Demdir en essuyant le coin de ses lèvres où du sang avait coulé. C'est un danger pour tout le monde ici, Lord Elrond !

-Attends de sentir ma lame sur ta gorge, là tu verras le vrai danger ! Répondit Neniel en cherchant à passer le barrage d'Elladan.

-Assez ! Intervint Elrond. Retournez à vos occupations, loin l'un de l'autre. Il n'est plus question de vous croiser dans les jours à venir.

Mais Neniel ne fit pas mine de se calmer, elle continua à tenter de se détacher d'Elladan. Elle semblait prête à tout pour continuer à se battre. Demdir de son côté semblait tout sauf satisfait de la situation. Elrond soupira et se tourna vers l'elfe brune.

-Est-il nécessaire d'être plus clair, Neniel ?

-Avec tout le respect que je vous dois, il me le paiera avec ou sans votre accord Lord Elrond, répondit-elle sans quitter Demdir des yeux.

-Je suppose que quelques jours à l'écart seront donc requis ? Menaça Elrond d'un ton désabusé.

Neniel ne répondit pas, elle ne montra même pas un signe qu'elle avait compris ce qu'il avait dit. Elladan leva les yeux au ciel et attrapa le bras de l'elfe brune pour l'emmener au loin. Elrohir les rattrapa pour prendre l'autre bras de Neniel et la forcer à avancer. Elle se débattit mais finit par tourner les yeux et suivre les jumeaux. Elrond poussa un autre soupir et appela le public à se disperser avant de se tourner vers Demdir.

-La cour aux roses est un endroit adoré de tous, placé sous le symbole de l'apaisement et de l'amour. Compte tenu des dégâts que vous avez causé Neniel et toi, tu comprendras que j'attends réparation.

-Lord Elrond, seigneur, plaida l'elfe blond, elle m'a attaquée par surprise !

-Neniel est beaucoup de chose, Demdir, mais elle n'attaque jamais sans y avoir été invitée de quelques manières que ce soit. Son tempérament est certes prompt à la violence, mais je ne doute pas de ton verbe, termina-t-il avec un regard appuyé et réprobateur.

Demdir soupira et se résigna. Il serait donc jardinier pour le reste de la semaine.

oOo

La porte de la cellule se referma et Neniel fit volte face pour fusiller les jumeaux du regard derrière les barreaux. Elle épousseta son pantalon puis croisa les bras, l'air mauvais.

-Ne nous regarde pas ainsi, ce n'est pas notre faute si tu ne sais pas te contenir, soupira Elrohir.

-Il le méritait, tonna-t-elle.

-Demdir n'a jamais brillé par son intelligence, répondit Elladan.

-Ne te lasses-tu jamais d'envoyer nos soldats en maison de repos ? Soupira Elrohir. Père t'a offert cette place pour que tu apprennes à guérir les gens, pas les blesser.

-Je n'avais rien demandé, rétorqua Neniel.

-Et que feras-tu si tu n'as plus ce rôle ? Rétorqua le brun.

-Je sais me battre.

-Père l'interdit, répondit Elladan avant son frère – qui aurait été moins modéré dans ses paroles.

-Alors qu'il me laisse partir, répondit Neniel d'un ton suppliant en attrapant les barreaux entre elle et les jumeaux.

Elladan parut peiné et détourna son regard. Elrohir sembla se calmer et posa une main qui se voulait réconfortante sur celle de son amie.

-Tu sais quel est le prix, Neniel, murmura-t-il.

Elle retira sa main et se détourna d'eux pour aller s'installer au fond de la cellule.

-Combien de temps cette fois ? S'enquit-elle.

-La dernière fois nous ne t'avons laissée là qu'une journée et tu as failli tuer l'un de nos meilleurs soldats en sortant, répondit Elladan. Je ne pense pas que père te laissera sortir demain...

Neniel leva les yeux au ciel et croisa les jambes en s'appuyant contre le mur, résignée.

-Pouvez-vous prévenir Bilbo que je ne pourrais pas me joindre à lui au dîner dans ce cas ? Demanda-t-elle avant que les jumeaux ne tournent les talons.

Ils acquiescèrent silencieusement puis se dirigèrent vers la porte. Elladan sembla pris de remord et lui jeta un dernier regard. Elle le toisa un moment, puis voyant sa mine déconfite, elle soupira.

-Tout va bien, je ne vais pas faner, ironisa-t-elle. Je commence à m'habituer à cette cellule, les souris qui me tiennent compagnie sont plutôt amusantes.

Elladan eut un pâle sourire mais parut néanmoins rassuré, et suivit son jumeau. Laissée à son sort, Neniel s'étendit sur le lit en grognant. C'était un comportement peu digne d'une dame elfe, mais elle n'était qu'une demi-elfe. Tous ceux qui la connaissaient disaient qu'elle avait les traits de beauté de son père, le seigneur elfique Lord Lómion, et le tempérament de feu de sa mère, l'humaine Tanya. Tous deux disparus depuis longtemps, mais bataillant encore des siècles plus tard pour la domination de l'un de leurs deux mondes dans son cœur à moitié elfe. Elle avait la longévité des elfes, mais certainement pas leur grâce ni leur retenue, en attestaient ses nombreux séjours dans les cellules de Fondcombe.

Elle ne pouvait guère le reprocher au seigneur Elrond, depuis qu'il lui avait offert de devenir guérisseuse, elle avait envoyé presque autant de personnes se faire soigner qu'elle n'en avait vraiment soigné elle-même. Elle s'entendait peu avec les elfes de Fondcombe, à quelques exceptions près. Ses nombreuses disparitions et son refus de se plier aux règles de sa propre race les agaçaient beaucoup. Ils disaient d'elle qu'elle avait passé trop de temps auprès des hommes, qu'elle avait adopté leurs valeurs et leur tempérament colérique. Et peut-être n'avaient-ils pas tort. Les enfants d'Elrond étaient ses amis parce qu'ils passaient la majorité de leur temps avec des rôdeurs, humains donc. Ils connaissaient et avaient appris à apprécier la spontanéité humaine.

Un toussotement familier la sortit de ses rêveries et elle se redressa pour faire face à un vieil homme tout petit, de la taille d'un enfant. Il lui souriait, les mains sur les hanches, un sac de toile à ses pieds, et elle ne put s'empêcher de lui sourire faiblement en retour.

-Bilbo, l'accueillit-elle alors qu'elle se levait pour venir s'asseoir par terre devant lui, derrière les barreaux. Désolée d'avoir dérangé nos plans.

-Oh ce n'est rien, voilà qui pimente un peu ma soirée, sourit-il en retour.

Il ouvrit le sac et étala une petite couverture pour s'asseoir face à elle.

-Je nous ai amené de quoi manger quand même, déclara-t-il fièrement, j'espère que la bagarre ne vous aura pas coupé l'appétit.

Elle rit, le vieux hobbit était très attaché à ses repas et pas même la perspective d'un dîner en prison ne pouvait entamer son inclinaison à grignoter. Elle accepta une grappe de raisins.

-Que s'est-il passé cette fois ? S'enquit-il en coupant un morceau de pain.

-Demdir, grogna-t-elle, la mine renfrognée. Il a insulté mon père.

-Alors même que votre père n'est plus là pour s'en offenser ?

-Il faut bien que quelqu'un le défende, personne d'autre ne le fera ici.

-Lord Elrond le fait, répondit Bilbo. Il semble qu'il était attaché à votre père.

-Ils étaient amis, ils ont combattu maintes années ensemble.

-Voilà qui sûrement atteste de la noblesse de votre père, avez-vous vraiment besoin d'y ajouter vos poings pour le défendre ?

-L'arrogance des elfes demande à ce qu'on leur rappelle régulièrement que mon père était un elfe de bien, conclut-elle, fermée.

-Bon, bon, allez, ne vous fâchez pas, mangeons donc. Bien des tracas dans la vie seraient évités si on se souvenait de bien manger. Un ventre vide prend rarement les bonnes décisions.

-Il n'y a que vous pour ramener des questions d'honneur à votre estomac, cher Bilbo, sourit Neniel en attrapant une autre grappe de raisins.

Il rit en réponse et étala toujours plus de nourritures entre eux avant d'informer son amie elfe des pages qu'il était parvenu à écrire dans son livre depuis leur dernière rencontre. L'humeur de Neniel s'améliora soudainement et elle écouta avec attention le vieux hobbit raconter ses aventures.

Tous deux ne soupçonnaient pas encore qu'ils partageaient là une des dernières soirées paisibles de Fondcombe, et que bientôt, l'ombre les atteindrait.

Suite avant la fin de semaine (n'hésitez pas à vous fâcher si je faillis). Merci encore de me lire !