Chapitre 10
Quand Hermione se réveilla, elle était seule. Son cerveau se mit un instant en alerte avant de se souvenir d'où elle était et pourquoi. Elle se redressa et son corps lui fit un mal de chien. Elle étouffa un juron qu'elle s'apprêtait à lâcher. Ses épaules étaient si tendues qu'elle arrivait à peine à lever un bras sans avoir mal. Les courbatures dans ses jambes lui donnaient l'impression d'être si faible qu'elle avait l'impression de complètement devoir réapprendre à marcher. Elle attendit encore quelques instants assise avant de se lever. Dans un effort qui lui parut surhumain, elle poussa sur ses jambes, s'aidant de ses bras en prenant appui sur le canapé.
Elle avança, un pas après l'autre. Elle sortit de la pièce, arrivant dans le bureau de Snape. Il était vide. Elle put l'entendre parler à travers la porte séparant le bureau et la salle de classe. Bon, si elle voulait rejoindre ses appartements, elle allait devoir sortir d'ici et passer devant toute la salle sans en percuter aucun. Elle ne se sentit pas capable de le faire. Elle s'assit sur la chaise. Maintenant, ce n'était plus seulement son corps douloureusement engourdi et plein de courbatures qui lui faisait mal, mais aussi la fatigue qui recommençait à arriver et qui l'assommait. Pourquoi était-elle sortie du canapé déjà ? Ah oui, elle voulait prendre une douche et elle n'avait pas trop envie de demander à Snape d'emprunter la sienne, cela l'aurait énormément mis mal à l'aise.
Assise, ne sachant plus bouger, elle allait devoir demander de l'aide à Snape. Dans combien de temps aurait-il fini ? Quand allait-il revenir ? Elle croisa ses bras, posa sa tête dedans et s'endormit dans son bureau, entendant le sombre professeur marcher, parler, râler et grogner contre ses élèves. Bercée par tous ces bruits, son sommeil fut léger.
"Mais que faites-vous ici?"
Hermione grogna et réinstalla sa tête dans ses bras pour cacher ses yeux de la lumière.
"Granger ?
— Je dors." Répondit-elle.
Elle ne dormait plus, et elle commençait à sentir ses bras engourdis repliés sous sa tête.
"Vous seriez peut-être mieux dans un lit ?"
Elle se redressa et regarda Snape à travers ses yeux encore remplis de fatigue et lui répondit d'une voix encore rauque et pas tout à fait réveillée :
"J'ai voulu y aller, j'ai pas réussi.
— Venez."
Il se dirigea vers la porte de ses appartements. Elle se leva et le suivit toujours courbaturée. Et elle avait vraiment besoin de prendre une douche.
"Remettez-vous dans le canapé, vous n'auriez même pas dû sortir d'ici, ni même bouger. Inconsciente…" Souffla-t-il.
Elle rit et il la questionna du regard.
"Vous me faites penser à Mme Pomfresh." Dit-elle.
Il la fusilla instantanément de ses yeux. Il partit quelques minutes et revint avec plusieurs potions différentes.
"Prenez-les.
— Merci."
La première était contre l'épuisement magique, la seconde contre la douleur, mais elle ne connaissait pas la dernière.
"Qu'est-ce que c'est ?
— Des vitamines," lui répondit-il.
— Des vitamines ? Vous savez ce que sont les vitamines.
— Bien sûr. Ce n'est pas parce que je suis un sorcier que je ne connais rien aux sciences moldues. Ils ont fait des découvertes remarquables en science qui sont parfois très utiles pour les potions."
Elle avala la dernière fiole.
"Bien, maintenant reposez-vous. Je vais chercher de quoi manger."
Avant de s'endormir à nouveau, elle se dit qu'avoir Snape comme infirmier était vraiment une expérience étrange. Un sorte de mélange entre Mme Pomfresh et un buffle. Il n'était pas tendre mais faisait attention à vous.
Ce n'est que très tôt le matin qu'elle se réveilla avec assez d'énergie pour que Snape la renvoie chez elle prendre une douche et manger, lui disant au passage qu'elle avait la même tête qu'un hippogriffe percuté par le Poudlard Express.
Elle ne revint voir l'acariâtre professeur que plus tard dans la journée. Elle avait été si fatiguée que toutes ses questions étaient restées en suspens sans qu'elle ne soit capable d'y réfléchir.
"Monsieur ?"
Il releva la tête vers elle.
"Que s'est-il passé quand vous avez touché ma magie ?"
Il déposa sa plume sur le bureau et prit ce ton professoral qu'il réservait principalement pour ses cours.
"C'était comme de la légilimencie. Vous savez ce que c'est ?
— C'est une technique qui consiste à pénétrer l'esprit d'une personne pour extraire ou faire passer des pensées, des souvenirs ou des émotions. Une personne qui la pratique est appelée un Legilimens. Le contraire de la legilimancie est l'occlumencie.
— Je n'en demandais pas autant, mais oui. J'entrais à la fois en contact avec votre magie et votre esprit, je dirais dans la mémoire de votre magie. Chaque filament que j'ai touché me montrait un monde différent. Il était relié avec une partie de vous et forgé par votre vécu. Les matières que vous avez étudiées à Poudlard étaient différenciées les unes des autres, la métamorphose, la divination - elle eut un sourire crispé en l'entendant - ou encore les potions avaient chacune leur fil, leurs souvenirs. Il la regarda, vérifiant qu'elle suivait ce qu'il disait. D'autres formes de votre magie y étaient aussi représentées comme l'amour, dit-il avec une grimace. Je pouvais à la fois interagir directement avec, me déplacer dans ce monde.
— C'est pour ça que j'ai eu envie de faire des potions à un moment." Elle évita soigneusement le moment de panique qu'il l'avait prise.
Il acquiesça et reprit.
"J'étais capable de voir si un sort ou une potion était en train d'agir sur vous. Je pouvais aussi savoir si une source inconnue interagissait avec vous.
— Que s'est-il passé après ? Vous aviez dit passer à côté de quelque chose, que ce n'était pas logique. Je ne me souviens pas bien de tout...
— Chaque monde avait un pattern, quelque chose qui vous ressemblait et me permettait de comprendre. Votre magie aurait dû vous ressembler, les liens qui unissent les différentes branches ne semblaient en avoir aucun. Tout était entremêlé.
— Il y avait un fil, qui ne ressemblait pas aux autres.
— Oui. Cet endroit était différent des autres. Il n'y avait rien, un vide total. Je pouvais simplement sentir de la peur."
Il connaissait très bien la peur, froide et glissante, s'insinuant dans vos membres, paralysant votre corps tout en accélérant votre rythme cardiaque mais celle-ci ne ressemblait à aucune autre.
"C'est pour cela que vous m'avez demandé si j'avais peur."
Il acquiesça à nouveau.
Elle avait été surprise sur le moment, ne s'attendant pas à cette question. Snape ne parlait jamais de sentiments, de ressenti. Il était froid et calculateur, mais cette question avait été posée ouvertement. Ses souvenirs de la soirée étaient un peu flous mais elle se rappelait de son regard, de ce lien qui s'était créé entre eux. Pendant un instant, ils s'étaient compris.
"Cette peur vous appartient en partie.
— Comment ça en partie ?
— Je ne sais pas, elle n'était pas entièrement à vous.
— Vous ne savez pas ? Mais vous avez bien dû voir autre chose, il ne pouvait pas n'y avoir rien ? demanda-t-elle.
— Je vous le dis Miss Granger, il n'y avait rien dans cet endroit. Cette deuxième source me rappelait quelqu'un ou quelque chose mais j'étais incapable de savoir qui ou quoi."
Il n'avait pas aimé dire cette dernière phrase. Lui qui d'habitude était capable de comprendre rapidement s'était retrouvé devant une énigme qu'il n'avait encore jamais vue. Cela faisait même plusieurs fois qu'il ne pouvait pas répondre à certaines de ses questions.
"Alors que faisons-nous ?
— J'y ai réfléchi. La ressemblance avec l'art de l'esprit m'a certifié que nous devions regarder dans vos souvenirs. Votre peur vient de quelque part et ce fil noir a dû apparaître au moment où vous l'avez ressentie, enroulant votre magie et la transformant, ce qui a pu vous faire disparaître.
— J'aurais dû disparaître bien avant, non ?"
Si cette peur était en lien avec sa disparition, pourquoi n'avait-elle tout simplement pas disparu pendant la guerre alors qu'elle se sentait terrifiée ?
"Je pense que c'est cette deuxième chose, qui doit l'avoir amplifiée le jour où vous avez disparu. Elle a dû se lier à vous et en être le déclencheur.
— Mais alors comment expliquez-vous que vous pouvez me voir ? Pourquoi vous et pas quelqu'un d'autre ? Que s'est-il passé le jour où j'ai disparu ?"
Elle s'était levée de sa chaise et commençait à faire les cent pas, réfléchissant à voix haute.
"Si un lien s'est créé avec quelqu'un ou quelque chose, je dois être proche de cette personne, non ? j'ai dû entrer en contact assez souvent pour qu'il se crée...
— Granger ! Tonna-t-il, la ramenant par la même occasion à la réalité."
Elle se retourna, comme prise en flagrant délit. Elle qui babillait à la vitesse de l'éclair, elle aurait dû savoir que ce n'était pas la meilleure chose à faire devant Snape qui avait toujours horreur de l'entendre disserter pendant plus de trois minutes d'affilée. Surtout qu'après plusieurs mois à pouvoir parler et réfléchir a voix haute sans que personne ne vous entende, elle n'était plus habituée à devoir filtrer sa pensée.
Plus calmement, il dit :
"Nous allons commencer par voir d'où vient votre peur, peut-être qu'en diminuant la vôtre, l'influence de cette deuxième entité ne sera plus assez forte pour vous maintenir dans votre état."
Granger était enfin repartie. La jeune femme avait encore des millions de questions mais il était fatigué. Elle avait pu dormir assez longtemps pour se remettre de leur expérience mais lui avait encore une vie, peut-être peu remplie, et des cours à donner. Son voyage dans sa magie avait aussi eu un impact sur lui.
Dans quelle situation impossible s'était-il encore mis, pensa-t-il. Pinçant l'arête de son nez, il se dit que sa vie ne serait jamais simple. Il était enfin libre, ses deux maîtres avaient disparu mais il se retrouvait maintenant avec une Gryffondor invisible, une magie étrange et des problèmes en plus. Il ne serait jamais tranquille.
Le sommeil l'appelait. Il avait peur. Il n'avait jamais bien dormi, les cauchemars avaient toujours fait partie de sa vie. Mais les terreurs nocturnes, elles, non. Ce sentiment terrifiant d'impuissance qui le prenait quand il se réveillait en sueur, seul dans son lit, incapable de se souvenir de ce à quoi il rêvait après avoir fermé les yeux à peine deux ou trois heures. Les yeux grands ouverts, cherchant une petite lueur autour de lui, comme un enfant qui a peur des monstres, il n'osait plus dormir.
