Chapitre 11

Hermione entra dans le bureau de Snape quelques jours plus tard comme il lui avait demandé. Il était vingt et une heures, tout Poudlard était plongé dans le noir. La pièce était aménagée différemment. Le bureau était contre un mur, la paillasse où il préparait ses potions avait, elle aussi, été mise sur le côté, laissant un espace assez grand au centre avec deux chaises l'une en face de l'autre. Elle se sentit tout de suite mal à l'aise. L'ambiance calme qui d'habitude l'apaisait la rendait cette fois nerveuse.

"Installez-vous", avait-il seulement dit lorsqu'elle était entrée.

Elle s'était assise sur l'une des deux chaises et il l'avait imitée. Face à face, son regard la transperçait et elle trembla. Elle garda ses mains jointes sur ses cuisses, les jambes serrées et le dos droit.

"Aujourd'hui, Miss Granger, je vais vous apprendre quelque chose qu'il n'est pas possible d'apprendre dans les livres", dit-il.

Elle répondit à sa pique en gardant le menton relevé, sans broncher.

"L'occlumencie et la légilimencie sont deux choses à la fois très similaires et différentes. Pour l'une, il faut ouvrir son esprit à l'autre, et plonger dans celui de la personne en face sans se noyer. Et pour l'autre, être capable de se fermer totalement et consciemment, en gardant un contrôle total sur soi. Je vais d'abord commencer par entrer dans votre esprit. Je vais vous demander de ne pas tenter de résister, notre but est de trouver ce qui vous fait le plus peur. Quelle forme prend votre épouvantard ?

— La dernière fois que j'en ai croisé un, c'était une déception scolaire", dit-elle en marmonnant, un peu honteuse.

— Une quoi ?" demanda-t-il.

— Un échec scolaire, le professeur McGonagall me disait que j'avais raté mes examens, dit-elle plus distinctement. Elle le vit hausser un sourcil moqueur. Mais je n'en ai pas vu un depuis le cours du professeur Lupin.

— Bien, c'est un début. Nous allons commencer par là, concentrez-vous.

— Comment ?"

Il ne lui répondit pas, leva sa baguette et entra dans son esprit. La première chose qu'elle ressentit fut la panique. Elle sentit comme un étau dans son esprit se former, une présence inconnue se balader dans sa tête. La voix de Snape qui lui disait de se calmer se confondait avec sa propre voix répétant qu'il devait partir. Qu'elle devait à tout prix le repousser. Elle le sentit forcer un peu plus, mais son instinct de survie répondit automatiquement en le repoussant le plus loin possible d'elle. Mais il était bien plus fort. Elle était incapable de le faire sortir. Elle continuait de l'entendre parler et elle, elle répétait en boucle : "sortez, sortez !"

"Sortez de là !"

Ses yeux se rouvrirent, elle se trouvait à genoux, devant Snape, toujours assis et droit devant elle.

"Je vous ai dit de ne pas résister ! s'énerva-t-il.

Elle sentit la colère monter en elle.

"Je ne l'ai pas fait exprès.

— Nous allons recommencer, concentrez-vous.

— Sur quoi ? dit-elle sèchement.

— Sur vous.

— Comment ? Expliquez-moi.

— Vous devez trouver par vous-même, répondit-il.

— Comment ?" demanda-t-elle à nouveau.

Il semblait énervé. Elle le regarda. Des cernes presque noirs étaient dessinés sous ses yeux, son corps était tendu et chaque mouvement qu'il faisait était saccadé. Il avait l'air complètement épuisé. Elle l'avait déjà vu dans cet état pendant leur séance de travail. D'habitude, quand il était comme ça, elle essayait de resister le moins longtemps possible, sachant très bien qu'à n'importe quel faux pas, il lui exploserait dessus. Snape était une véritable bombe à retardement quand il était dans cet état-là.

Elle le vit inspirer puis expirer.

Ils se calmèrent tous les deux, et Hermione retourna à sa place.

"Expliquez-moi comment faire", demanda-t-elle.

Il sembla réfléchir un instant.

"Bien. Levez votre baguette, regardez-moi. Elle suivit les instructions. Et dites 'Legilimens'.

— Vous voulez que j'entre dans votre esprit ?

— Je vais vous montrer quelque chose."

Alors, elle se tint droite, regarda Snape dans les yeux, fixant son regard sur les deux orbites noires qui formaient ses iris, leva sa baguette et dit dans un souffle :

"Legilimens."

Elle se sentit absorbée, comme tombant dans un puits sans fond. Elle se trouva dans un brouillard sombre où la lumière passait difficilement autour d'elle. Tout y était calme, comme si rien n'était présent.

La voix de Snape résonna dans sa tête :

"Regardez."

Une onde sembla se déplacer jusqu'à ce qu'elle se retrouve dans le bureau de Snape, quelques instants plus tôt, alors qu'il levait sa baguette vers elle.

"Vous devez rester calme, vous concentrez simplement sur vos pensées pour qu'elles deviennent claires."

Elle pensa qu'il aurait peut-être dû commencer par là...

"Je n'ai jamais appris cela à personne, Miss Granger", l'entendit-elle répondre.

— Vous avez essayé avec Harry.

— Et voyez le résultat."

Il lui montra d'autres souvenirs, elle et lui en train de travailler, le moment où elle s'était illuminée de tous les filaments de sa magie.

"Je ressemblais vraiment à un sapin de Noël.

— Je n'aurais pas dit ça", l'entendit-elle faiblement.

Peu à peu, elle reprit conscience de la réalité et eut l'impression d'ouvrir les yeux. Mais tout ce qu'elle vit fut simplement les yeux de Snape, légèrement plissés comme amusé.

"Comment faites-vous cela ?

— J'ai construit mes barrières mentales pendant des années. Je peux grâce à elles vous montrer ce que je veux."

Ils restèrent silencieux un instant, se jaugeant simplement du regard.

"Bien, reprenons.

— Sur quoi est-ce que je dois me concentrer ?

— Sur votre respiration. Comme pour méditer.

— Je n'ai jamais fait cela auparavant."

Elle n'avait jamais trouvé d'intérêt à toutes ces choses en rapport avec le calme intérieur, et tous ces yogis adeptes de positions étranges comme le chien tête en bas.

"Je vais vous guider, dit-il. Fermez les yeux. Inspirez. Sentez simplement l'air remplir vos poumons."

Elle inspira, suivant les instructions de Snape.

"Puis expirez. Vos poumons se vident, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien dedans."

Elle l'écouta le guider, répéta ce schéma plusieurs fois.

"Bien, maintenant, ouvrez les yeux, regardez-moi, et restez détendue. Il leva sa baguette, legilimens.

Encore une fois, ce fut comme un étau, la panique la submergea à nouveau.

"Concentrez vous sur votre respiration, chuchota-t-il dans sa tête comme un souffle d'air frais.

Elle essaya de suivre ce qu'il disait, d'inspirer entièrement puis de souffler tout son air, mais ses poumons se bloquèrent et sa tête commença à vibrer. Ses pensées se bousculèrent, Snape n'arrivait pas à voir une seule phrase complète, et entre chaque mot, chaque pensée, il l'entendait résonner : "Sortez, sortez, sortez."

Tous deux reprirent conscience. Elle était à nouveau à terre.

"Nous allons réessayer. Inspirez..."

Et ils recommencèrent, encore et encore, et à chaque fois, Hermione paniquait. Elle n'arrivait pas à se calmer, sa tête hurlait de douleur. Elle luttait contre la panique, essayant chaque fois de reprendre sa respiration, mais elle se bloquait systématiquement au fond de sa gorge. Puis il sortait, et elle retombait à nouveau à terre. Tout son corps lui faisait mal.

Elle releva la tête vers Snape, les yeux remplis de larmes et de rage. Il la regarda avec dédain.

"Rasseyez-vous, nous allons recommencer une dernière fois."

Elle se releva, frotta ses genoux, prit une grande inspiration et expira. Elle prenait de plus en plus de temps à se reconcentrer, à faire descendre son rythme cardiaque et à apaiser son angoisse. Quand, après plusieurs minutes, elle se sentit prête, elle ouvrit les yeux et fixa son regard à celui de Snape, qui leva sa baguette et entra dans l'esprit d'Hermione. Il y resta en retrait, à la frontière de ses pensées. Il avançait par étapes, ayant tenté la manière forte sans que cela ne fonctionne, il tentait maintenant la manière douce. Il attendit qu'elle se calme, et quand ce fut le cas, il avança, un pas après l'autre. À peine eut-il touché une première pensée qu'une première résistance lui barra la route.

"Miss Granger, respirez.

— Je n'y arrive pas", répondit-elle difficilement.

Dès qu'elle le sentait dans sa tête, c'était comme si elle ne répondait plus de rien, elle n'avait plus aucun contrôle sur ses actions. Elle tenta de prendre une grande inspiration, mais comme toutes les fois précédentes, celle-ci resta bloquée.

"Miss Granger, expirez.

— Je... je... peux... pas...

— Vous pouvez. Calmez-vous, expirez."

Elle souffla par à-coups, essayant de faire abstraction à Snape dans sa tête.

"Je ne peux pas... je ne peux pas…" commença-t-elle à répéter à nouveau.

Snape retint un soupir devant cette réaction. Impossible d'étudier ses souvenirs si elle ne le laissait pas entrer et continuait à paniquer à chaque fois qu'elle le sentait.

"Hermione?"

Elle expira d'un coup en entendant son prénom sortir de sa bouche.

"Oui ?"

Elle inspira à nouveau.

"Faites-moi confiance."

Elle avait été choquée, par son prénom dans sa bouche, pas un Granger ou un Miss impersonnel, mais son prénom, Hermione. Depuis combien de temps on ne l'avait pas appelée ainsi. Perdu dans ses pensées, Snape put enfin avancer. Il y avait encore beaucoup de résistance, mais il était dans son esprit. Enfin.

"Hermione ?

— Vous avez réussi ? demanda-t-elle, la voix tremblante.

— Restez calme, continuez de respirer et ne luttez pas devant les souvenirs qui reviennent."

Il put enfin commencer à remonter le fil des pensées de la jeune femme. Il chercha McGonagall jusqu'à trouver un souvenir d'elle. De connexion en connexion, il arriva enfin dans le cours de Lupin lors de sa troisième année.

Il regarda l'épouvantard de la jeune fille, son air terrorisé. Il remonta alors ce sentiment, petit à petit, essayant toujours de trouver une source plus forte de la peur, encore plus forte. Il sentait la panique d'Hermione remonter.

Elle voyait ses souvenirs défiler à une vitesse ahurissante devant ses yeux. La terreur prenant petit à petit le pas sur le calme, et la panique qui s'était enfin apaisée elle aussi revenait à grand coup. Mais Snape était dans sa tête, voyageant à l'intérieur sans se soucier du monde autour, avançant, connexion après connexion. Hermione commençait à voir le schéma, mais surtout où il allait arriver.

"Arrêtez, arrêtez, arrêtez ! Stop !" Elle sentait des larmes couler à grand flot sur ses joues, incapable de chasser l'homme de sa tête.

Snape sentait qu'il touchait enfin au but. Il devait continuer, comprendre d'où venait toute la peur de la jeune femme. Il ralentit le fil des souvenirs, la jeune femme était au bord de la crise. Il la sentait complètement tremblante et terrorisée. Il avança doucement, puis il reconnut cet endroit. Une immense salle avec bien trop de décorations et de luxe. Il grimaça devant la salle à manger du manoir Malfoy. Il entendit des cris stridents puis des rires. Contournant la table, il tomba sur Hermione Granger recroquevillée dans un coin.

"Miss Granger ?" l'appela-t-il.

— Tu as perdu ton courage, petite sang-de-bourbe ?"

En plus du mot qui fit monter une rage en lui, la voix qu'il entendit lui glaça le sang. Il se retrouva nez à nez avec le souvenir de Bellatrix Lestrange. Il regarda Granger relever la tête et lancer un regard noir à cette folle furieuse de Bellatrix. Qu'est-ce qu'il aurait aimé la tuer lui-même.

"Pauvre petite fille perdue." Elle s'approcha d'Hermione et posa un doigt sous son menton, lui relevant la tête. "Tu comprends que ce n'est pas bien de voler ? Où avez-vous trouvé l'épée ?"

Granger serra les dents sans baisser les yeux. Elle ne lui répondit pas.

"Tu ne dis toujours rien ? Bien... comme tu veux."

Elle s'éloigna d'Hermione, leva sa baguette et lança :

"Endoloris !"

L'éclair rouge s'abattit sur Hermione qui se tordit de douleur. Elle arrêta le sort quelque instant pour reposer la même question.

Les yeux d'Hermione finirent par croiser ceux de Snape et sa bouche articula difficilement :

"Arrêtez."

Il sortit de sa tête. Elle allait à nouveau s'écrouler à terre, mais cette fois-ci il eut le réflexe de la rattraper.

Elle tremblait dans son étreinte, incapable d'arrêter de pleurer.

"Je vous déteste." Dit-elle seulement mais elle ne s'écarta pas de lui.

Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que ses pleurs ne se calment. Et elle commença à l'entendre.

"C'est fini, Hermione. Elle n'est plus là... C'est fini, tout est fini."

Il la gardait serrée contre lui, sa tête collée contre son torse, assis à terre sur le carrelage froid de son bureau.