Petit mot de l'auteure : j'enchaîne deux expos coup sur coup demain


Les gestes de Livai, pourtant d'ordinaire si précis, se font tremblants.

Alors que sa main vacille une nouvelle fois, le brun ne peut empêcher un tss rageur de s'échapper de sa bouche. Erwin l'observe sans dire un mot ; il sait qu'il devrait le rassurer, lui dire qu'il fait un très bon travail – comme d'habitude, pourrait-il même rajouter. Mais il se tait. Livai semble si énervé que le moindre de ses mots pourrait faire exploser la tempête qu'il tente de contenir. Alors il laisse le brun faire, râler, s'appliquer et pester de nouveau, tandis que lui tâche de ramasser son mètre quatre-vingt pour se faire le plus petit possible. Et cela fonctionne bien. Du moins, un certain temps.

Car les yeux de Livai finissent par se poser sur le vide qu'occupait avant le bras droit d'Erwin.

- Tu peux partir, si tu ne le supporte pas, lâche amèrement le blond.

Il sait qu'il ne devrait pas être si sec ; cette réaction est complètement injuste. Un titan lui a arraché le bras, il n'est donc guère étonnant que des regards surpris, compatissants voir effrayés se posent sur lui. Erwin en a affronté beaucoup la semaine passée. Mais là, c'est différent.

Car là, c'est Livai qui a ce regard qu'il ne saurait vraiment définir mais qui ne lui plaît pas beaucoup.

- Si je supporte pas quoi ? Marmonne le brun en continuant de s'activer.

- La vue de mon moignon. Je le comprendrais si elle te rebute. Mais ne me laisse pas croire que tu es près à rester à mes côtés alors que tu es dégoûté.

À ces mots, Erwin voit Livai se figer. Le brun le regarde comme s'il a l'air particulièrement stupide, et à le voir le dévisager comme ça, Erwin en vient à se demander si ce n'est pas le cas.

- Tu crois que je suis dégoûté quand je te vois sans ton bras ?

- Je ne sais pas. Tu as l'air si... énervé dès que tu poses les yeux sur le moignon.

Là, Livai lâche un profond soupire. Il s'assoie sur le lit, la chemise qu'il aidait Erwin à enfiler toujours dans ses mains.

- Je suis énervé, oui. Mais certainement pas contre toi ou ta blessure.

- Alors contre quoi ? Ce titan ?

- Même pas. C'est dans sa nature de chercher à nous bouffer. Et c'est dans la mienne de l'en empêcher. Et... je n'ai pas réussis.

L'aveu tombe dans le silence de la chambre. Erwin dévisage avec surprise Livai dont les yeux le fuit. C'est alors qu'il comprend, et qu'il se dit que oui, il est bien idiot.

- Tu n'as pas à t'en vouloir, Livai. Ce n'est pas de ta faute.

- J'aurais dû être là.

- Tu étais blessé.

- C'était juste une égratignure.

- Une cheville cassée, ce n'est pas une égratignure.

Erwin sourit parce qu'il voit bien que Livai ne sera jamais d'accord avec lui. Et même s'il est attristé de le voir se flageller alors qu'il n'y est pour rien, il ne peut s'empêcher d'apprécier de voir son petit-ami aussi concerné. Alors il s'assoie à ses côtés, pose sa main gauche dans l'espace du lit entre eux.

- Tu sais, Livai, ma plus sombre peur n'est pas de vivre avec un bras en moins. C'est de vivre sans toi. Alors tant que tu es là maintenant, ça ira. D'accord ?

Un tss, la main de Livai qui vient se poser dans la sienne, et Erwin a sa réponse.

D'accord.