Petit mot de l'auteure : Le thème du 9 mars était "mariage" Il a aussi été écrit en une heure pour la 119e nuit du FoF sur le thème "magnolia"

Merci à Angelica (x2), Marina (x2) et Lassa (x2) pour leur reviews sur les drabble précédents.

Note : dans ce texte, Brienne et Jaime ont le même âge.


Elle monte les marches menant jusqu'à l'esplanade centrale du Septuaire, et découvre enfin son promis. Avec ses yeux verts émeraudes, son visage symétrique et ses boucles blondes, celui-ci est aussi beau que les rumeurs le disent. Et cependant, Brienne ne peut empêcher un frisson de dégoût de parcourir son corps.

Jaime Lannister est certes magnifique, mais il n'en demeure pas moins ce pour quoi il est connu : le régicide.

Et elle va être désormais unie à lui.

Elle a envie d'hurler son amertume, sa colère, et surtout, son sentiment d'injustice. Elle ne devrait pas être ici, à Port-Réal, dans le Septuaire, à attendre de recevoir un manteau qu'elle n'a jamais désiré. Son père lui avait promis qu'elle n'aurait pas à se marier contre son gré – mais même son père ne pouvait se dresser contre un ordre du roi.

Lorsqu'ils avaient reçu celui-ci, Brienne avait tout simplement explosé de rire. Elle était convoquée à Port-Réal pour épouser Jaime Lannister ? Brienne ne savait pas pourquoi le jeune roi Robert Baratheon, qui était encore en train d'installer son pouvoir et de gérer les retombée de sa révolte, perdrait du temps à lui faire une telle plaisanterie, mais elle ne parvenait à croire que la missive était sérieuse. Et lorsqu'il était apparu que oui, elle devait bel et bien épouser Jaime Lannister, les rires s'étaient transformés en larmes – d'autant plus lorsqu'elle avait compris le pourquoi du comment.

Jaime Lannister avait tué Aerys Targaryen, son roi – une telle action aurait méritée la mort ou un exil à la garde de la nuit, mais le nouveau roi ne pouvait se permettre de se mettre à dos Tywin Lannister, le plus puissant des seigneurs de Westeros. Toutefois, laisser cet acte impuni aurait été un signe de faiblesse de la part de Robert Baratheon. Celui-ci avait donc décidé de renvoyer le jeune lion, en lui organisant un mariage arrangé afin de couper l'herbe à Tywin en l'empêchant de forger une puissante alliance.

Il fallait donc à Robert Baratheon trouver une maison suffisamment puissante pour ne pas insulter le seigneur du roc, mais suffisamment faible pour ne pas tourner la punition en récompense. Son choix c'était donc finalement porté sur l'île de Tarth – et donc, sur Brienne.

Cette injustice l'a révulsé – un joli euphémisme pour dire qu'elle avait hurlé et pleuré pendant un mois. Mais toutes ses larmes et cris n'avaient empêché l'inévitable : son arrivée à Port-Réal, et la découverte de son fiancé.

.

Elle récite les mots, tâchant au mieux de cacher tout le dégoût qu'elle ressent – jusqu'à ce qu'elle entende l'émotion qui transperse la voix de celui qui est en train de devenir son époux. Il n'est pas dégoûté, voir en colère, comme elle aurait pu l'attendre.

Il est simplement las.

Cela l'étonna, et coupa son énervement. Jaime Lannister avait son âge – à peine dix-sept ans. Il n'aurait pas dû être aussi épuisé par... par la vie. Cela lui semblait exagéré, mais c'était pourtant son ressenti. Il était distant, non pas par un manque d'envie d'être ici, mais plutôt comme s'il n'était purement et simplement pas là. Elle le regarde donc plus attentivement, s'efforçant d'oublier sa colère envers lui, pour le regarder vraiment, et ce qu'elle voit plombe son cœur. Il ne semble pas énervé comme elle, mais... résigné.

Il ne semble revenir à la vie que lorsque le Septon leur intime l'ordre de s'embrasser pour sceller leur union ; il lui adresse un petit sourire, qui se veut rassurant, et elle ne sait pas s'il s'adresse à elle ou bien à lui.

Mais avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir, il se renferme de nouveau, et toute étincelle quitte de nouveau son visage.

.

Le reste de la cérémonie se déroule dans une brume dont elle a à peine conscience – et avant qu'elle ne puisse réelle s'en rendre compte, vient l'heure redoutée de la cérémonie du coucher. Elle perd alors son nouvel époux de vue, pour le retrouver dans leur chambre, déshabillé tout comme elle par les mains baladeuses de la cour. Honteuse, elle cache son corps, celui pour qui elle a été raillée toute sa vie – trop grand, trop masculin, pas assez formé, constellé de trop de tâches de rousseur... Mais à sa grande surprise, lui aussi dissimule comme il peut son corps, pourtant parfait.

C'est alors qu'elle remarque quelque chose sur ce dernier – celui-ci est constellé de cicatrices. Certaines sont celles que l'on attendraient d'un chevalier, héritées de combat à l'épée, mais d'autres... d'autres sont d'une origine qu'elle a peur de comprendre.

Des brûlures.

Des brûlures si nombreuses et à des endroits si disparates qu'elles ne peuvent avoir été causées par une erreur d'inattention, comme une bougie oubliée ou une tarte renversée.

Des marques de brûlures, à côté de morsures dont la cicatrisation témoigne de l'ancienneté, mais si profondes qu'elle n'ont pas encore disparues. Des morsures qui, et son estomac s'en retourne en le réalisant, sont humaines.

Des marques de brûlures, dont Brienne a la désagréable impression qu'elles étaient encore récemment accompagnées de bleus et d'autres cicatrices.

Puis elle se rend compte de l'examen qu'elle vient de faire subir à son époux, et elle rougit. Lui aussi rougit – comment pourrait-il en être autrement, lorsqu'ils savent tous les deux ce qui est attendu d'eux ?

Jaime se détourne d'elle, et la paranoïa que lui ont procuré des années de railleries la reprend – est-il si dégoûté par sa disgrâce ? Mais lorsque le blond se tourne de nouveau vers elle, elle a la surprise de le voir avec un petit objet dans la main – une fleur. Et plus précisément, un magnolia.

Elle regarde le végétal sans comprendre, et son époux lui parle pour la première fois :

- Je me doute que vous ne vouliez pas être ici, avec moi. Et que votre île doit vous manquer. J'ai lu quelques livres sur Tarth, et j'ai cru comprendre que le magnolia était une fleur répandue là-bas. J'espère que... c'est sûrement dérisoire mais...

- Elle est parfaite, murmura-t-elle. Merci beaucoup. Je... vraiment. Merci.

Jaime Lannister a raison. Comparé à ce qu'elle a perdu, cette fleur est dérisoire. Mais cela ne l'empêche pas de lui donner espoir – peut-être que son époux n'est pas que le Régicide. Peut-être qu'il n'est pas que l'homme sans honneur qu'elle s'imagine, mais également un homme qui a pris le temps de se renseigner sur sa terre d'origine, et de lui trouver une fleur pour lui offrir.

C'est en tout cas un homme qu'elle a envie de découvrir.


Petit mot de fin : j'ai vraiment envie de développer cet OS, d'en faire une partie 2. Je sais pas. Ca intéresse quelqu'un ?