Petit mot de l'auteure : Le thème du 10 mars était "protéger". Il répond aussi au défi 860 du mille prompt de la gazette (hocher la tête)

Merci à Angelica, Marina, Mana (x3) et Lassa pour leur reviews sur les drabble précédents.


- Vous pensez sincèrement qu'elle sera en sécurité ici ?

Jaime aurait aimé pouvoir répondre sans sourciller « oui » à Brienne, mais la vérité était qu'il ne pouvait tout simplement pas mentir à ces deux saphirs intransigeants. Surtout qu'ils savaient tout les deux que non, Sansa Stark n'était pas en sécurité à Port-Réal – et elle ne le serait jamais. Il aurait pourtant tellement été plus simple si cela avait été le cas ; Jaime aurait pu profiter d'être enfin rentré chez lui, profiter de Cersei, profiter de dormir de nouveau dans un lit et non plus dans ses excréments. Mais au lieu de cela, il se retrouvait à devoir formenter un complot pour faire évader Sansa Stark du piège dans lequel elle était fourrée.

Les yeux de Brienne étaient toujours insistants, attendant une réponse. Il fini alors par lâcher :

- Non.

Bien sûr que non, Sansa Stark n'était pas en sécurité ici, où elle était entourée de Lannister prêt à la manger à la moindre occasion – et surtout, où rodait Joffrey.

- Nous sommes d'accord, appuya Brienne. Alors vous allez m'aider à la faire évader, comme vous l'aviez promis à Catelyn Stark.

Il n'eut la force de répondre, alors il se contenta d'hocher la tête gravement pour marquer son accord. Et même si elle voulait paraître sûre d'elle, Brienne sembla soulagée de sa réponse affirmative.

- Je savais bien que vous étiez un homme d'honneur, ser Jaime.

Il ne put retenir un ricanement en entendant cela. Brienne ne releva pas, pensant que le rictus était l'une des nombreuses auto-dérision à propos son surnom, et Jaime n'eut pas le courage de la détromper. Comment aurait-il pu lui avouer qu'il acceptait de tenir sa parole non par pour respecter un serment fait à une défunte, mais pour une raison plus... viscérale ? Comment aurait-il pu li faire comprendre qu'il ne voyait pas les choses comme elle ?

Lorsqu'elle posait les yeux sur Joffrey, elle voyait un jeune roi à peine sorti de l'adolescence mais déjà bien plus cruel et malsain que de nombreux adultes. Peut-être – sûrement – voyait-elle en lui un bâtard né d'une adultère incestueuse.

Lorsqu'elle posait les yeux sur Sansa, elle voyait une jeune femme perdue, brisée, arrachée de sa famille. Elle voyait une âme à protéger, et un serment à respecter.

Jaime voyait toutes ces choses aussi – mais pas que.

Lorsqu'il posait ses yeux sur Joffrey, une autre image se superposait aux traits du jeune roi ; celle d'un autre souverain, à la même folie, à la même cruauté. Une image venue d'un passé continuait de le hanter, jour après jour. Une image dont il n'arrivait à se détacher – et le surnom qu'il y avait gagné n'était qu'une infime trace de ce temps qui était pour lui tout sauf révolu.

Et lorsqu'il posait les yeux sur Sansa, sa chevelure rousse s'argentait pour prendre la couleur de celle d'une autre princesse maltraitée.

Rhaella Targaryen.

Il n'avait passé qu'un jour à la cour et lors de cette intervalle, rien de ce qu'il avait vu indiquait que Joffrey avait maltraité Sansa Stark. Mais Jaime avait vu grandir le Baratheon et avait toujours redouté le moment où la soif de violence de Joffrey ne serait plus contestée car serait passée de cruelle à royale. Et surtout, il reconnaissait le regard qu'avait la jeune louve – c'était le regard de terreur qu'avaient les êtres qui ne savaient pas non pas si mais quand viendrait leurs prochains malheurs.

Des deux années qu'il avait passé à la garde d'Aerys, Rhaella avait constamment eu cet air – et Jaime avait fermé les yeux, tout comme il avait tenté de ne pas entendre ses cris lorsqu'elle était violée et torturée par son époux. Il essayait de se rassurer en ce disant qu'il était jeune, tellement jeune à cette époque, qu'il ne savait pas ce qu'il faisait, qu'il écoutait les ordres du roi et des autres chevaliers de la garde. Tu as juré de la protéger. Mais pas contre lui, avaient-ils dit lorsqu'il avait suggéré, estomaqué, qu'ils devraient faire quelque chose pour elle. Si ces grands chevaliers, si honorables et héroïques, disaient ainsi, c'est qu'il devait se tromper n'est-ce pas ?

À l'époque, il n'avait pas été convaincu par ce qu'il se racontait pour se rassurer – et encore aujourd'hui, sa lâcheté et faiblesse, ainsi que les hurlements de Rhaella, continuaient de le réveiller en pleine nuit, des larmes plein les yeux.

Alors non, il n'avait aucun honneur. Il n'acceptait pas d'aider Brienne pour respecter un fichu serment – les Sept savaient que ceux-ci n'avaient aucune valeur. Il aidait Brienne parce qu'il n'avait pas pu, pas su, protéger Rhaella, et qu'aujourd'hui il avait l'occasion d'empêcher une autre jeune femme de subir le même sort.

Il aidait Brienne parce que c'était la chose juste à faire, et que pour lui, la justice avait bien plus de valeur que l'honneur.


Petit mot de fin : j'ai toujours pensé que lorsque Jaime posait les yeux sur Joffrey, il y voyait le fantôme d'Aerys. Je pense que je reviendrais et développerais cette idée dans d'autres textes.