Petit mot de l'auteure : Le thème du 11 mars était "roi / reine ". Il répond aussi au défi 575 du mille prompt de la gazette (relation - un Stark et un Lannister) En fait on voit pas vraiment Braime, c'est plus une mention en passant x)

Merci à Angelica, Marina, et Lassa pour leur reviews sur les drabble précédents.

Rar (Lassa) : je suis d'accord que Bran, c'était horrible. Mais Jaime ne se limite pas à cela et est un personnage tellement plus complexe ! (c'est pas pour rien que c'est mon personnage préféré) Merci pour ta review :)


Jaime n'avait jamais aimé les rois.

Petit, il avait grandi avec la notion lointaine du nom d'Aerys Targaryen, l'homme qui retenait si longtemps son père à la cour, et l'avait ainsi associé à un homme sans scrupule qui le privait de son père. Et lorsqu'il l'avait lui-même rencontré, la jalousie enfantine qu'il éprouvait envers le souverain s'était mue en un dégoût et une haine profonds – assorti d'un sentiment de peur constante.

Il n'avait pas d'avantage apprécié Robert. Bien sûr, celui-ci n'était pas pire qu'Aerys – mais il aurait été impossible d'être pire qu'Aerys. Robert Baratheon n'était pas un monstre sanguinaire, mais un guerrier qui perdait toute prestance loin du champ de bataille. Il n'avait pas voulu assassiner sa population mais excepté les prostituées, ne s'y était jamais intéressé, laissant toutes ses occupations royales au soin de ses conseillers – ce qui avait amené à une décrépitude inévitable du royaume. De ce fait, Jaime ne le respectait guère en tant que roi, de même qu'il ne le respectait guère en tant qu'homme ; comment l'aurait-il pu alors qu'il battait sa sœur ?

Joffrey, lui, n'était guère mieux. À chaque fois qu'il le voyait, l'image d'Aerys se superposait à lui ; il y retrouvait la même folie et cruauté.

Il s'était longuement demandé pourquoi le destin avait placé sous sa garde trois rois aussi piètres – joli euphémisme pour ne pas dire lamentables. Puis, alors qu'il était rentré dans la grande salle pour voir Cersei couronnée, il avait compris. Sa sœur avait toujours été ambitieuse, ayant les capacités de régnait et désirant le faire – il connaissait donc bien la lueur dans son regard alors que sa main la proclamait reine. Mais cela ne l'empêcha pas d'avoir l'impression d'être face à une étrangère : là où, encore un an auparavant, le beau visage avait hurlé de désespoir et de tristesse devant la mort de ses deux premiers né, il ne trouvait qu'une froide résignation (il n'osait dire indifférence) à la disparition du cadet. Et tout cela pour quoi ? Parce que le trône de fer avait remplacé la place précédemment occupée par des enfants.

S'il en doutait encore, il en avait la confirmation : le trône était néfaste. Et ce n'était pas la déception de Daenerys Targaryen, consumée par son désir de le conquérir, qui allait le convaincre du contraire.

Oui, ce trône était néfaste, et tout ceux qui l'approchaient n'en ressortaient pas indemnes. Lui-même ne faisait pas exception ; il avait fermé les yeux, accepté des horreurs pour conserver ce trône. Mais il ne voulait plus être cet homme là, si lâche et faible.

Aujourd'hui, il voulait être fort, pour lui, pour Brienne, mais aussi pour leur enfant à venir.

C'est pour cela qu'il se tenait droit dans le bureau de Sansa Stark, qui levait actuellement un sourcil médusé en répétant, incrédule :

- Vous voulez... me proclamer allégeance ?

- Oui, confirma-t-il. Je ne l'ai jamais fait. Et ce n'est pas tant pour moi que je le fais. C'est pour mon enfant. Je veux qu'il soit placé sous votre protection.

- Brienne reste et restera ma garde du corps, c'est donc déjà le cas.

- Je veux que ça soit fait de manière officielle. Je veux rester avec Brienne, et avec mon enfant. Ce qui implique que je doive rester à Winterfell. Alors autant vous reconnaître officiellement comme ma reine, non ?

Son interlocutrice était visiblement méfiante – chose dont il ne pouvait lui en vouloir. Malgré leur entente cordiale et sa tolérance à Winterfell, Jaime restait un Lannister.

- Ser... Vous pourriez vivre ici sans à demander à faire partie du royaume du nord. Vous ne seriez pas le seul. Pourquoi voulez-vous tant abandonner le sud ? Ne reconnaissez vous pas mon frère Bran comme votre souverain ? Le considérez vous faible ?

Jaime envisagea un instant de mentir, mais opta finalement pour la vérité :

- Je ne veux plus avoir à faire avec le sud. Avec Port-Réal en particulier. Cette ville... vous y avez vécu, alors je suppose que vous voyez ce dont je veux parler. J'y ai vu des choses... horribles. Je ne les ai pas vécu comme vous, mais je les ai vues. Entendues.

Lorsqu'il leva les yeux vers elle, Sansa vit pour la première fois derrière le masque je-m'en-foutiste qu'il gardait en permanence. Elle y vit quelqu'un qui avait souffert tout comme elle de la capitale, du trône et de la folie que les hommes commettaient en son nom. Elle y vit quelqu'un qui comprendrait ce qu'elle ressentait, ce qu'elle avait vécu. Alors, sans pouvoir expliquer tout à fait cet élan si ce n'est le fait qu'elle avait désespérément besoin de parler sans qu'on la juge pour ce qu'elle avait fait, pas fait, ce qu'elle n'avait pas su ou pu refuser, elle commença à parler. De Joffrey, de Ramsay, des coups, des viols, des humiliations. Lui écouta, consola, compati, rassura – non, ce n'était pas sa faute. Oui, elle n'était qu'une enfant. Non, elle n'avait pas à culpabiliser de ne pas avoir pu se défendre – c'était les autres qui n'auraient pas dû l'attaquer. Tant de choses qu'elle savait au fond d'elle, mais qu'elle n'avait jamais réalisé avoir besoin d'entendre.

Et lorsqu'elle termina de parler, lui pleura à son tour, expliquant Aerys, Rhaella, les coups de Robert, les humiliations, les surnoms moqueurs, les crachas à la figure, la souffrance qu'il avait vu et laissée faire – mais que pouvait-il faire d'autre que d'obéir ? avait-elle alors murmuré. Elle aussi avait obéi, elle aussi avait placé ses espoirs dans les mauvaises personnes, elle aussi avait vu sa naïveté voler en éclats.

Elle aussi avait vu son enfance être arrachée par la capitale.

Et même s'il pensait sincèrement que Bran Stark ferait un bon roi, Jaime refusait que son enfant connaisse le même sort que le leur – chose que la reine du Nord pouvait comprendre mieux que personne.

Alors lorsqu'elle ordonna à Jaime de s'agenouiller devant elle pour lui prêter allégeance, il n'hésita pas une seule seconde. Il se demanda un instant ce que penserait Eddard Stark s'il voyait ainsi un Lannister dans son bureau – peut-être serait-il furieux.

Ou peut-être serait-il fier de voir la force de sa fille, et soulagé de voir une réconciliation entre leurs deux camps.