Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la 149e nuit du FOF sur le thème "Colonel"

Dans ma tête, ça m'a automatiquement crié "Seconde Guerre Mondiale"


Quand on avait annoncé à Livai que le colonel Erwin Smith avait été arrêté par la Gestapo, il n'avait pas bronché.

Il avait plutôt consacré son énergie à mettre en place un plan pour aller le libérer. Plan qui consistait surtout en « je débarque et j'assassine tout le monde », d'ailleurs. Ce n'était pas très subtile, mais c'était tout ce qui lui était venu en tête ; après tout, la subtilité, c'était plutôt Erwin qui s'en chargeait d'ordinaire. Et justement, Erwin était momentanément hors jeu. Notez bien le momentanément – à cette époque là, Livai s'accrochait à ce mot avec toute sa force.

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Quand on lui avait dit que Erwin avait été déporté, Livai n'avait pas plus bronché.

Certes, son plan d'assaut tombait à l'eau, il ne pouvait pas vraiment se rendre à l'autre bout de l'Europe pour aller le récupérer, mais ce n'était pas si grave que ça. Erwin Smith était fort et intelligent. Il arriverait bien à s'échapper. Sa déportation n'était qu'un simple contre-temps.

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Quand les camps avaient été libérés et que le colonel Erwin Smith ne rentrait pas, Livai n'avait toujours pas bronché.

À la place, il c'était plutôt agacé. Après tout, c'était à Erwin de diriger le Bataillon d'Exploration, pas lui. Lui, il était partant pour toutes les missions, saboter des trains, faire passer des messages, combattre l'ennemi, oui, c'était son domaine. Mais gérer une unité de résistance, non, c'était trop pour lui. Il ne l'avait fait que pour pouvoir râler sur Erwin à son retour ; quelque chose du genre « tu vois ce que tu me fais faire, abruti ? ». Sauf que voilà. Erwin ne rentrait toujours pas.

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Quand le major Hange Zoe était rentrée des camps et lui avait raconté les derniers jours d'Erwin, il n'avait pas bronché.

Il avait simplement tourné les talons. D'après la militaire, Erwin s'était blessé au bras et l'infection l'avait emportée. Elle-même coincée au lit à cause d'un œil malade, ils s'étaient tenus compagnie tout du long. Ils n'avaient jamais cessés d'espérer rentrer chez eux, jusqu'à ce que le colonel ne comprenne que ce plan risquait d'être mis à mal.

Apparemment, ses derniers mots avaient été pour Livai.

« Dit lui que je l'aime et que je suis désolé »

Ouais.

Ça lui faisait une belle jambe de savoir ça.

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Quand Livai été retourné à l'appartement dans lequel ils se retrouvaient clandestinement, il n'avait pas pleuré devant l'absence.

À la place, il avait rangé méticuleusement les affaires de Erwin.

Le blond n'aurait pas aimé les savoir froissées.

Et puis, il lui fallait bien s'occuper – sinon, il aurait risqué de se mettre à pleurer.

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Quand fut inaugurée la plaque commémorant les morts tombés pour la patrie, Livai ne broncha pas.

Il faut dire qu'il n'était pas venu à la cérémonie. Qu'est-ce qu'il aurait bien pu dire, de toute manière ? Il n'allait pas vraiment insulter Erwin pour l'avoir laissé tout seul devant toute cette foule.

Il attendit donc la nuit tombée pour se rendre devant la froide plaque de marbre.

Et là, seulement, il pleura.

Il avait bien prévu de s'énerver mais quand ses yeux tombèrent sur le nom d'Erwin, son ire s'envola.

Le blond ne lui faisait pas une stupide blague destinée à agacer ses nerfs.

Manifestement, il était bel et bien mort.

Comment était-il censé continuer à vivre, maintenant ?

Sûrement comme les millions d'autres qui comme lui ne reverraient jamais les leurs rentrer : tant bien que mal.