Petit mot de l'auteure : Le thème du 16 mars était " pomme". Et voici donc la suite du texte d'hier !

Merci à Angelica, Marina, Mana2702 pour leur reviews sur les drabble précédents.


Ses yeux habituellement saphirs étaient actuellement noirs.

Et légèrement larmoyants, ce qui atténuait l'impression qu'avait Jaime quant à leur capacité de l'assassiner sur place. Mais ça restait Brienne, et Jaime savait qu'il valait mieux se méfier avec la fillette.

Bien que peu rassuré, il s'approcha du lit, avec autant de précautions que s'il s'approchait d'un ours ou autre bête sauvage. Brienne poussa un léger grognement et il se retint de dire « tout doux » juste parce que son instinct de survie lui disait qu'il vallait mieux s'abstenir. Il se contenta donc de déposer sur la table de chevet l'assiette qu'il avait apporté.

Brienne se saisit d'une main tremblante le plat, sans se départir de son regard furieux :

- C'est en quel honneur ? demanda-t-elle, suspicieuse.

- Et bien... tu es malade, alors je...

- Je ne suis bas malade ! protesta la blonde tout en reniflant fortement.

- Mais bien sûr. Sinon pourquoi tu me fusillerais du regard depuis trois jours si ce n'est parce que tu m'accuses de t'avoir refilé mon rhume ?

- Parce que tu es un très mauvais colocataire.

- Ah bon ?

- Oui. Tu... tu ne rabaisses jamais la cuvette des toilettes. Et tu ne vides jamais la poubelle. Et...

- Avec ma main...

- « C'est compliqué » dit-elle en imitant la mauvaise foi de son interlocuteur. Pour jouer à Mario Kart ça ne pose pas de problème, mais récurer les toilettes, ya plus personne. Donc voilà. Je suis énervée pour ça. Et pas parce que je suis malade.

- Très bien. Tu n'es pas malade, et moi je suis horrible colocataire. Alors je vais te laisser, et on verra si je reviens un jour, s'énerva-t-il en se levant.

Il avait atteint la porte de la chambre de Brienne lorsqu'il entendit celle-ci murmurer :

- Je suis désolée. Tu as raison. Je suis malade.

- Et ?

- Et tu es un très bon colocataire.

Les mots paraissaient être arrachés comme un aveu, mais curieusement très sincères. Jaime s'autorisa alors un petit sourire et alla s'asseoir près de Brienne, dans le lit de celle-ci.

- Je peux te poser une question ? murmura-t-il.

- Bien sûr.

- Pourquoi tu as autant peur d'admettre que tu es malade ?

Le silence fut si longtemps que Jaime cru que son interlocutrice s'était endormie – ou plus probable, qu'elle ne répondrait pas à sa question. Il allait s'excuser lorsqu'elle répondit finalement :

- J'avais deux frères. Deux petits frères. Ils sont tout les deux morts quand j'avais dix ans. Ils étaient de constitution très fragile... et lorsqu'ils ont attrapés la grippe pendant un hiver particulièrement froid, leur corps n'a pas pu lutter. Alors je... j'ai toujours peur de connaître le même sort, et de laisser mon père tout seul. Il n'a plus que moi...

Jaime pouvait la sentir trembler à côté de lui. Il la prit alors dans ses bras, et sentit sa chemise s'humidifier sous les larmes silencieuses de la jeune femme.

- Je suis vraiment désolé, murmura-t-il. Mais tout va bien aller, d'accord ? Je vais prendre soin de toi, et tu vas vite guérir.

- Si tu prends soin de moi comme tu as géré la cuisson de cette tarte aux pommes, je suis mal, rigola-t-elle faiblement en montrant de la tête le plat carbonisé dans l'assiette.

- Eh ! s'insurgea-t-il. Ma tarte aux pommes est très bien. Juste un peu différente, c'est tout.

Brienne se contenta de rouler les yeux, toussa encore une fois, et croqua délicatement dans la chose brûlée – Jaime s'était tout de même bien embêté à la faire, elle n'allait pas la laisser sans y toucher. Après quelques minutes de mastications silencieuses, elle demanda :

- Je peux te poser une question, moi aussi ?

- Tu viens de le faire.

- Ah, ah. Je vais prendre ça pour un oui. Donc... pourquoi es-tu aussi insupportable quand tu es malade ? Je veux dire... je vois bien que tu es malade, mais je sais pertinemment que tu en rajoutes.

- Je ne...

- Si. Tu en rajoutes.

- Bon, ok, tu as raison, soupira Jaime en rendant les armes. J'en rajoute peut-être un peu.

- Mais pourquoi ? insista Brienne.

- Parce que j'aime qu'on s'occupe de moi, lâcha Jaime. Personne ne s'est jamais occupé de moi. Je veux dire... ma mère est morte avant que je ne puisse m'en souvenir, mon père est... mon père. Cersei ne s'intéresse à toi que si tu es suffisamment fort et bien portant pour être digne d'intérêt. Quant à Tyrion, c'est moi qui me suis toujours occupé de lui et jamais l'inverse. Alors quand je vois que quelqu'un est prêt à s'occuper de moi quand je suis malade, je me laisse un peu aller... Ce qui est une certainement une erreur, puisque tout le monde finit par fuir.

- Je ne fuirai pas, répondit spontanément Brienne.

Jaime haussa un sourcile,surpris :

- Tu dis ça parce que tu n'as subi qu'un round de « Jaime malade »

- Je suis prête à en subir dix, et dix encore, s'entetta-t-elle. Je ne fuirai pas. Je serai là si tu as besoin de moi. Pas qu'avec la maladie, d'ailleurs. Pour tout le reste. Tu sais... tu n'es pas tout seul.

Sur ce, elle lui tendit la main, et Jaime s'en saisit en répondant :

- Toi non plus.

Suite à cela, ils s'endormirent, côte à côtes.

Le lendemain, ils étaient tous les deux enrhumés – mais ce n'était pas important, car comme ils se l'étaient dit, ils n'étaient plus seuls pour faire face à leur maladie.