Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la foire aux prompts du FoF : inclure quatre contraintes (en décembre, "Je suis sûr que non", Des retrouvailles, Un objet pour le ménage (balais, détergent...))


Si on lui avait laissé le choix, Livai aurait aimé mourir le 25 décembre.

Il appréciait grandement l'idée de quitter cette terre le même jour où il l'avait rejoint : son esprit pragmatique considérait que pour calculer le nombre exact de jours où il avait vécu, c'était tout de même plus facile. Malheureusement, la vie n'avait jamais laissé beaucoup le choix à Livai.

Il n'était donc pas étonnant que la mort en fasse autant.

Elle vint frapper à sa porte le 24 décembre midi, laissant tout juste le temps à l'ancien caporal chef de pester. Ces abrutis de gamins risquaient d'être tristes ; ça allait gâcher leur réveillon, ces conneries. Enfin, comme il avait apparemment passé l'arme à gauche, ce n'était plus vraiment de son ressort.

Ce fut avec cette pointe d'égoïsme qu'il s'éveilla dans une pièce sombre, occupée par une figure qu'il n'aurait pas pensé revoir.

- Je ne suis pas lui, dit-elle posément.

Ce qui était étrange. La figure avait la même voix, les mêmes mimiques, la même manière de bouger ses sourcils bizarres. Mais si elle disait qu'elle n'était pas Erwin, c'est qu'elle ne l'était pas. Cet abruti de blond ne lui aurait pas fait un coup pareil.

- Ok, répondit-il donc avec une pointe d'agacement. T'es qui, alors ?

- Je suis le Tout. La personne au-delà du voile de la vie. Je suis chargé.e de vous accueillir à l'Embranchement.

- Super, commenta laconiquement Livai. Et pourquoi t'as pris sa forme à lui ?

- Je reconnais que ce n'est pas ordinaire. Je prends simplement la forme dans laquelle les âmes qui se présentent ont placé leur foi. Généralement, ce sont des dieux divers et variés. Vous... il faut croire que c'est différent.

Livai ne sut pas très bien quoi répondre à ça. Il préféra donc laisser enchaîner le « Tout » s'expliquer.

- L'Embranchement vous laisse le choix : retourner dans le monde sous une nouvelle identité, sans souvenirs mais avec votre essence. Ou sinon, vivre une seconde vie ici, avant de quitter définitivement toute conscience quand vous le souhaiterait.

L'être s'arrêta, comme pour laisser le temps à Livai pour réfléchir.

Comme si il y avait quelque chose à réfléchir.

- J'ai déjà connu suffisamment de merdes pour dix nouvelles vies. Vous croyez vraiment que j'aurais envie d'y retourner ?

- Je suis sûr que non, en effet.

L'Etre tendit la main vers la droite. Apparue alors une porte, que Livai ouvrit.

Quand il sortit du pas de la porte, il se retrouva devant... une nouvelle porte.

Une porte ornée d'une couronne de houx vert, appartenant à une charmante maison, toute enguirlandée. La demeure avait l'air d'être bien tenue mais Livai avait grandit avec les sens en alerte. Il se tourna donc pour observer les extérieurs : un grand jardin recouvert d'une neige si blanche qu'elle en devenait presque irréelle. Les seules couleurs provenaient des nombreuses décorations – kitch au possible, par ailleurs. Ce fut en remarquant le troisième renne que Livai comprit.

Une seule personne avait des goûts aussi douteux.

Son cœur se mit à battre furieusement dans sa poitrine. Malgré le vertige dont il fut prit, il remonta la petite allée du jardin pour retourner devant la porte au houx vert. Avant qu'il ne puisse y réfléchir deux fois, il frappa.

Quand elle s'ouvrit, Livai ne sut comment réagir.

Pleurer ?

Rire de joie ?

Se pincer ?

Au final, il opta pour une question.

- Qu'est-ce tu fiches avec du détergent ?

Puisque que l'autre fronça les sourcils devant la remarque, il se sentit obligé de préciser :

- Non mais c'est vrai, en dix ans t'as jamais été foutu de faire le ménage et tu t'y mets au moment où tu crèves ? Tu pouvais pas m'aider avant peut-être ?

- À vrai dire, c'est plutôt exceptionnel que je nettoie, si ça peut te rassurer. Je le fais une fois par an.

- Vraiment ? Leva les sourcils Livai.

- Oui, vraiment. Je sais que tu aurais aimé mourir le jour de ton anniversaire. Alors chaque année, je m'y mets un peu auparavant. Tu sais, pour que ce soit propre quand tu arriverais.

Encore une fois, le brun se retrouva sans mots.

- J'ai commencé hier, donc tout n'est pas terminé. Je suis désolé, c'est loin d'être parfait, je n'ai pas encore posé le vinaigre sur le calcaire mais...

Mais il se tenait là, un tablier sali par le produit vaisselle et il savait qu'il n'y avait meilleur anti-calcaire que le vinaigre.

Alors tant pis si cette charmante maison était dégueulasse. Il aurait tout le temps de la remettre à niveau.

Pour l'instant, tout ce qui comptait, c'était lui.

- T'inquiète. Je suis sûr que c'est parfait, murmura-t-il donc.

Et quand il retrouva enfin les lèvres de Erwin, il sut que c'était bel et bien le cas.