Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la 157e nuit du FoF sur le thème "Projet"
ce texte est... canon. So much fun donc
Deux cadavres.
Une fiole.
Cela ressemblait à l'un de ces mauvais exercices de mathématiques que Erwin c'était mis en tête de lui apprendre. Comme si j'avais besoin de savoir faire tes putains d'équations, lui avait-il dit alors. À l'époque, Livai trouvait tous ces calculs bien inutiles. La seule formule qui importait, c'était l'opération délicate qui constituait à rester en vie. Aujourd'hui, Livai regrettait de ne pas s'être penché d'avantage sur ces équations. Peut-être que si il l'avait fait, il saurait quoi faire maintenant, peut-être qu'il aurait trouvé une solution à ce problème à première vu insoluble.
Deux cadavres, une fiole.
Il devait bien il y avoir quelque chose, non ? Une solution miracle, un résultat compliqué mais existant, n'importe quoi qui l'empêche de devoir faire un choix !
Malheureusement, quand il leva les yeux vers Hange, il n'y vit qu'une profonde tristesse. Ce fut à cet instant que Livai le voile de déni qui enveloppait son cœur se leva : la seule formule possible, cela serait un cadavre pour une fiole.
Tout naturellement, il se tourna vers Erwin. Comme il pouvait s'y attendre, les gamins protestèrent, Eren hurlant combien Armin importait pour lui, Mikasa expliquant tout ce que le freluquet avait apporté au camp. Livai ne pouvait vraiment leur donner tord ; le blondinet était intelligent et sa vivacité d'esprit leur avait sauvé la mise plus d'une fois. Néanmoins, face à Erwin, il ne faisait pas le poids.
- Erwin est notre major. C'est lui qui a porté le bataillon là où il est aujourd'hui. C'est lui qui sait manier les hommes et la politique. C'est lui qui a l'esprit tactique, la vue d'ensemble. Pour le bien du bataillon, nous devons le sauver lui.
Les mots sortirent tout seuls, si facilement que Livai cru qu'un autre avait prit possession de lui. Depuis quand était-il si loquace ? Toutefois, certaines phrases restèrent coincées dans sa gorge. Comment aurait-il pu expliquer à ces gamins qu'au fond, il n'en avait rien à faire du bataillon ? Que s'il voulait garder Erwin en vie, c'était surtout parce qu'ils avaient des projets tous les deux, des projets où rimaient avenir et s'unir ? Comment leur faire comprendre qu'en refusant de donner le sérum à Erwin, c'était tout son monde entier qu'il détruisait ?
Livai avait beau n'avoir jamais été à l'aise avec les mots, il pressentait qu'aucune langue n'était assez riche pour décrire ce sentiment.
Alors il se contenta de baisser la tête et asséna la sentence.
- Je donne le sérum à Erwin.
Bien évidement, Eren hurla et si Livai ne se prit pas une nouvelle fois son poing dans la figure, ce fut uniquement parce que Mikasa le retint.
Livai s'agenouilla vers Erwin et, quand il prit son bras, il l'entendit marmonner.
- Comment... comment on peut être sûrs qu'il n'y a rien dehors ?
Même dans la presque mort, Erwin ne se reposait pas.
Dans d'autres circonstances, Livai aurait pu en rire, voir lui faire des remontrances – va dormir, cinglé, qu'il lui aurait dit. Mais à cet instant précis, tout ce qu'il peut faire, c'est écarter le sérum de lui.
Oui, Erwin et Livai avaient des projets.
Explorer le monde.
Apprendre à cuisiner.
Peut-être même se marier, clandestinement certes, mais tout de même.
Mais aucun projet n'était plus important que celui d'être heureux jusqu'au bout.
Et ça... cela faisait bien longtemps que Erwin avait cessé de l'être. Trop de pression, trop de magouilles, trop de décisions qui l'avaient obligé à agir en monstre.
Alors peut-être qu'en lançant la fiole à un Eren médusé, Livai détruisit son cœur.
Mais cela lui importait peu.
Il avait libéré Erwin et ça, c'était peut-être le plus beau résultat du monde.
