Petit mot de l'auteure : Voici en retard le thème du 26 mars, qui était " Je suis là". Il a aussi été écrit pour une des journées mondiales du FoF : l'inauguration, il y a trente ans, de la pyramide du Louvre. Etant donné que je suis à l'école au Louvre, je ne pouvais pas ne pas faire quelque chose dessus.

Merci à Angelica, Lassa, Guest, Marina, Maneeya et Mana2702 pour leurs review sur les chapitres précédents ! On a passé la barre des 100 review, merci énormément ! Et Mana, comme c'est toi qui l'a mise, tu gagnes le droit de me donner un prompt Braime que je vais essayer d'intégrer dans les quelques mots qui me restent pour ce recueil !


Depuis maintenant dix minutes, Brienne attendait, tout en s'insultant mentalement. Mais qu'est-ce qui lui ferait croire qu'il viendrait ? Elle n'apprendrait décidément jamais. Mais pour une fois, elle avait eu envie de faire confiance à quelqu'un – sauf que voilà. Elle s'était encore fourvoyée. Il ne viendrait pas.

Enfin. Ce n'est pas dramatique, essaya-t-elle de se rassurer. Tu vas vite t'en remettre. Tu ne connais rien d'autre que son nom. Jaime. Un joli nom, d'ailleurs. Un joli nom pour une jolie tête. Mais un autre idiot, qui ne veut rien d'autre que toi que se moquer. Alors ravale ta déception, et part.

Mais malgré ses bonnes résolutions, Brienne resta assise sur les mêmes marches où elle se trouvait maintenant depuis dix minutes.

Onze maintenant.

Onze minutes.

Elle n'aurait jamais dû accepter ce rendez-vous.

.

Brienne avait toujours aimé aller au Louvre. Après avoir fait les incontournables, toujours remplis de touristes mais tout de même à voir, elle avait commencé à explorer les salles moins connues du musée. C'est ainsi qu'elle était tombée par hasard dans un cabinet présentant les tableaux d'un collectionneur féru de portraits. Elle était restée quelques temps devant celui de madame de Verninac, sœur de Delacroix et peinte par David. Son regard avait ensuite été attiré vers une autre femme peinte, dont le cartel indiquait Portrait de la duchesse de Chaulnes en Hébé. La silhouette, se dégageant d'une brume en arrière-plan pour se dresser fièrement, un aigle s'approchant d'elle, l'avait si fasciné qu'elle était restée plusieurs minutes devant le tableau. Sa contemplation silencieuse avait été brisée par une voix masculine :

- Ce tableau a été accroché au Salon de 1745.

Après un instant de flottement pour reprendre ses esprits, Brienne demanda au jeune homme qui avait parlé :

- Pardon ?

- Le tableau que vous regardez. Il a été présenté au Salon du Louvre. Des milliers de personnes l'ont vu à cette occasion. La modèle, la duchesse, avait demandé à se faire représenter poitrine dénudée, tout en sachant le nombre de personnes qui verrait l'œuvre et les critiques qu'elle risquait d'avoir.

- Et il y en a eu ? demanda Brienne, intéressée.

- Il y a en toujours, haussa des épaules l'autre. Comme elle s'est fait représentée en Hébé, déesse de la jeunesse, plusieurs personnes sont allées voir le mari de la duchesse en lui disant qu'il avait dû être bien hébété de voir sa femme comme ça.

Brienne mis quelques instants de flottement avant de laisser échapper un rire nerveux :

- « Hébété » ? C'est le pire jeu de mot que j'ai jamais entendu.

- C'est que vous n'avez pas encore entendu les miens, souri l'inconnu.

- Je ne sais pas vraiment si j'ai envie de les découvrir, rigola-t-elle.

Ils avaient ensuite parlé des autres tableaux de la pièce, et avait terminé leur visite ensemble, s'échangeant des anecdotes. Au moment de se séparer, Jaime – il avait fini par lui apprendre son nom – lui avait donné rendez-vous la semaine prochain à la même heure, dans la cour Puget.

Mon endroit préféré du musée, avait-il dit.

Alors certes, la cour était très belle, le Milon de Crotone sublime, mais cela ne changeait en rien le fait que Brienne attendait stupidement un jeune homme qu'elle ne connaissait pas et qui ne viendrait sans doute jamais.

.

Les dix minutes étaient devenues quinze et Brienne allait se lever, dépitée et en colère contre elle même pour les faux espoirs qu'elle avait eu, lorsqu'une forme essoufflée déboula précipitamment devant elle.

Elle reconnut avec surprise Jaime, qui essayait tant bien que mal de reprendre son souffle.

- Je suis... là... articula-t-il péniblement.

Il s'asseya sur les marches à côté d'elle et après avoir ingurgité de grandes gorgées d'eau, s'expliqua :

- Désolé du retard. L'entrée Richelieu était fermée alors j'ai dû faire la queue sous la pyramide, c'était interminable. Et les gens sont pas fichus de se mettre à droite dans les escalators, j'ai perdu un temps fou à leur dire de se pousser. Encore heureux qu'on avait pas rendez-vous aux peintures école du nord, avec les quatre escalators je serai jamais arrivé à l'heure. Ou du moins à l'heure acceptable pour un retard. Bref. Tu veux voir un truc en particulier ?

Oui.

Brienne voulait voir où cette inattendue rencontre allait la mener.

Mais elle se garda bien de dire cela, et opta plutôt pour un grand sourire :

- Et bien... j'ai entendu dire qu'il y avait dans le coin une statue de Voltaire nu, j'avoue que ça m'intrigue.

- C'est partit pour le Voltaire nu, alors !