Petit mot de l'auteure : Ahah ! Vous aviez cru qu'il n'y aurait jamais la suite hein ? Ouais, bah moi aussi. Mais passons : le thème du 14 mars, qui était " Cauchemar".
Merci à Angelica, Lassa, Marina et Wizzette pour leurs review sur les chapitres précédents !
Jaime Lannister faisait beaucoup de cauchemars.
La première nuit, Brienne n'y avait pas trop fait attention. Entre l'armée des Stark qui était sûrement partie à leur recherche, les bêtes sauvages et les bandits qui rodaient sur les nuits, Brienne était trop sur le qui-vive pour surveiller le sommeil de son prisonnier. De plus, celui-ci avait enfin cessé de parler. Elle était trop occupée à profiter de ce silence bienvenu pour vérifier si celui-ci faisait des cauchemars.
Elle s'en était aperçue la deuxième nuit. Il s'était tourné et retourné sur lui-même, le visage crispé – de peur, de douleur, de tristesse, elle n'aurait su le dire. Il était simplement manifeste que le rêve qu'il faisait n'était pas agréable. Brienne ne l'avait toutefois pas réveillé ; il avait besoin de repos et une longue journée de marche les attendait le lendemain.
La troisième nuit, Jaime avait aussi fait un cauchemar. Là encore, aucun son ne s'était échappé de lui. Replié sur lui-même et immobile, l'on aurait pû croire qu'il dormait paisiblement. Mais les traits de peur qui déformaient son visage pourtant d'ordinaire harmonieux traduisaient le contraire. Brienne avait alors songé à le réveiller – il semblait réellement souffrir. Mais elle s'était résignée : des cauchemars, tout le monde en faisait de temps en temps. Il dormirait mieux le lendemain.
La quatrième nuit, Brienne attendait de voir s'il referait un cauchemar – et cela n'avait pas loupé. Brienne s'était alors interrogée : cela faisait quand même quatre jours d'affilé que son sommeil était perturbé. Mais elle avait fini par hausser les épaules – peut-être avait-il été marqué par la guerre contre le roi du Nord ou par sa captivité dans le camp ennemi.
La cinquième nuit, une nouveauté fit son apparition : des larmes. Le Régicide n'émettait toujours aucun son qui aurait pu traduire son état de détresse, mais il pleurait manifestement, sans un bruit. Le cœur de Brienne s'était serré un instant – un instant seulement. L'image de Catelyn Stark pleurant ses petits garçons s'était superposée à celle du Régicide, et elle repris le contrôle d'elle-même. Il était hors de question d'éprouver quoi que ce soit ressemblant à de la compassion pour ce parjure estropieur d'enfant. Il pleurait ? Bien. Peut-être étaient-ce des larmes de regrets – et sinon, cela ne serait que justices pour celles que les autres avaient versé à cause de lui.
Et puis, sur le chemin du retour vers Port-Réal, Brienne avait compris.
Elle avait déjà commencé à comprendre à Harrenhal, alors que le Régicide (Jaime. Il s'appelait Jaime.) lui avait raconté Aerys et le feu grégeois.
Mais ensuite, alors qu'ils discutaient presque de manière civilisée, Jaime lui avait parlé des cris de Rhaella, des corps de Rhaenys et Aegon, du rire fou d'Aerys, des exécutions, de la mort des Stark... Ce n'était guère étonnant que l'homme fasse des cauchemars toutes les nuits. Il était même plutôt surprenant qu'il n'en fasse pas en étant réveillé – et lorsque Brienne le regardait attentivement quand il ne se croyait pas observé, elle avait la désagréable impression que c'était le cas.
