JE SUIS SUR WATTPAD

¤¤¤¤ - Chapitre 1 - ¤¤¤¤

===Les Chevaliers de la Table Ronde===

Harry ouvrit les yeux. Du blanc à perte de vue… Il cligna des paupières… Il se sentait si lourd ! Un poids énorme lui comprimait la poitrine, la tête, les bras, les jambes… Tout était si froid… C'était… Un cliquetis métallique ? Une carapace ? Qu'est-ce que… Est-ce qu'il portait réellement une armure de plates ?!

Choqué, il tenta de se redresser sans succès. Merlin ! Ces trucs pesaient plus lourd qu'un hippogriffe ! Allait-il réellement rester bloqué dans la neige parce qu'il était incapable de se relever ? Le ridicule de la situation le fit s'étrangler d'un rire nerveux, légèrement paniqué. Son aventure commençait bien : il allait mourir de froid, étouffé dans sa propre armure parce qu'il… était tombé. Merveilleux !

« Sire !

- Votre majesté !

- Que vous est-il arrivé ?

- La vile sorcière vous aurait-elle jeté un sort ?!

- Où se cache-t-elle ?! Elle va tâter de mon épée !

- Personne ne peut s'en prendre impunément à notre Roi ! Il en va de notre honneur de chevaliers, mes amis !

- Du Lac est à terre également ! cria une autre voix un peu plus loin.

- Diantre ! Il nous faut débusquer la félonne !

- Nous attaquerait-on réellement ?

- Protégez le Roi ! »

Qu'est-ce que… Quoi ?! Qui étaient ces hommes, que racontaient-ils, et comment faisaient-ils pour se mouvoir aussi aisément dans leurs carapaces ! Tous portaient également des épées dégainées et d'épaisses capes d'hiver… jusqu'à ce qu'il remarque un lourd tissu de velours rouge sombre et de fourrure noire dans lequel il était empêtré. Ah… Donc lui aussi était équipé pour ce froid polaire. C'était plutôt une bonne nouvelle… La seule. Si seulement il parvenait à se redresser…

Des mains puissantes l'aidèrent à se mettre debout, et Harry tangua plusieurs fois avant de trouver son équilibre… Saleté d'armure qui pesait une tonne ! Et son manteau, même si très utile dans la neige, ne l'aidait nullement à se stabiliser. Ses mouvements lents et désordonnés semblèrent inquiéter plus encore les hommes autour de lui, et le jeune brun mit un certain temps avant de comprendre pourquoi. Évidemment, le personnage qu'il incarnait à présent devait être plus adroit et habitué à un tel accoutrement. Le voir si soudainement malhabile devait être particulièrement alarmant. Et Harry espéra être capable de s'accoutumer en quelques secondes… Peine perdue.

Parfaitement immobile de crainte d'une nouvelle chute, il prit le temps de regarder autour de lui, le cœur battant. Il y avait des tentes installées, un énorme feu de camp à présent éteint, et le soleil était en train de se lever. De la neige, partout. Des montagnes… Où était-il, bordel de merde ?!

« Sire ? Vous sentez-vous mal ? »

Qui est-ce qu'il appelait "Sire" ? Harry préféra ne rien répondre, peu sûr de sa voix et de ce qu'il pourrait dire. Plusieurs chapiteaux étaient pliés, d'autres en cours de rangement. Visiblement, ils levaient le camp, et avaient été contraints de cesser toutes activités suite à sa chute. Ils pensaient encore être attaqués et l'entouraient comme pour le protéger.

« Je vais bien, finit-il par articuler difficilement. J'ai… juste eu un… vertige ? Personne ne m'a… frappé ?

- Vous en êtes sûr, Sire ? demanda un autre homme en se tournant vers lui. Cette reine abjecte a peut-être eu vent de notre venue, et décidé de venir nous affronter par surprise !

- Non, non, tout va bien. Je vous assure. Mais euh… Enfin, je veux dire… »

Comment demander à ces hommes qui il était et pourquoi ils l'appelaient "Sire", sans les conforter dans l'idée qu'il avait été victime d'un "sortilège de confusion"… Était-il un roi ? Sérieusement ?! Lequel ? Et pourquoi se trouvait-il hors de son château ?! Et qui était cette "reine abjecte" ou "vile sorcière" qu'ils semblaient tous vouloir "trucider" ? En tout cas, il n'était pas encore au point pour la prestance royale. De cela, il en était certain !

« Lancelot est revenu à lui ! »

Ce nom lui fit l'effet d'un Stupéfix. "Lancelot" ? Comme dans "Lancelot Du Lac" ? Le Chevalier ? Membre de la Table Ronde ? La Légende Arthurienne ?! Vraiment ?!

Harry sentit comme des papillons dans son ventre. Il adorait ce mythe, comme beaucoup d'autres garçons avant lui. La vivre réellement était un rêve ! Et il était là ! Entouré de chevaliers ! Le célèbre "Lancelot Du Lac" non loin de lui. Ses yeux verts se mirent à pétiller de bonheur. Il était si impatient de découvrir à quoi pouvait bien ressembler cet homme ! Ce véritable héros !

Son cœur tambourina si fort à ses oreilles qu'il eut le courage de faire un pas… puis un autre… Il arrivait à marcher avec son armure ! Il n'était certes pas très assuré, mais ne tombait pas. Ce qui était un progrès non négligeable. Il devait absolument le voir ! Il devait… Harry se figea.

« Neville ?!

- Harry ! »

Ils se seraient volontiers jetés dans les bras l'un de l'autre s'ils ne portaient pas tous deux des kilos de métal qui auraient rendu l'entreprise périlleuse. Se voir et se reconnaître les rassurait plus qu'ils ne voulaient bien l'admettre : ils n'étaient pas seuls ! Ils étaient… ! Qu'étaient-ils au juste ? Le sourire d'Harry se fana d'un coup…

« L… Lancelot ?! bredouilla-t-il, choqué. C'est toi, Lancelot ?!

- Hein ? »

Autour d'eux, les chevaliers étaient sans voix.

« Sire… ? Qui sont ces "Neville" et "Harry" ? » se risqua à demander l'un des hommes.

La situation devenait chaotique… Ils devaient en reprendre le contrôle. Inspirant longuement pour se donner du courage et trouver rapidement une parade, Harry réfléchit à toute allure. Bien… Il était un "roi", n'est-ce pas ?

« Reprenez le démontage du campement, ordonna-t-il d'une voix si autoritaire qu'il se choqua lui-même. Nous n'avons pas toute la journée. Il nous faut reprendre la route au plus vite. »

Voilà… Aucune explication ni justification, un roi n'avait pas l'obligation d'en apporter… pas vrai ? Il n'était pas sûr… Mais effectivement, personne n'osa protester. Tous les hommes se mirent en mouvement, clamant des "À vos ordres, Sire" à tout-va… Et Harry ne se risqua pas à bouger le petit doigt, de peur que son soudain élan de charisme royal soit réduit à néant par le petit couinement plaintif qui menaçait de remonter dans sa gorge.

« Ouah… souffla finalement Neville, une fois seuls. J'aurais jamais cru t'entendre donner des ordres comme ça, un jour. Tu fais presque peur, tu sais ?

- Ils t'ont appelé "Lancelot" ! s'exclama Harry d'une faible voix suraiguë, apeuré qu'un autre puisse l'entendre. Tu es Lancelot Du Lac ?!

- Je… Bah… Je sais pas trop… hésita Londubat, regardant ses mains comme si elles pouvaient lui donner la réponse. Peut-être ? Mais, et toi ? J'ai entendu un homme dire que le "roi" était tombé, comme moi. Ça veut dire que tu es… Tu es… »

Harry n'attendit pas et tenta de sortir l'épée à son côté, le cœur battant… Il dût s'y reprendre à plusieurs reprises et manqua de la faire tomber au sol tant il tremblait. L'idée avait doucement commencé à s'installer dans son esprit, mais il ne parvenait toujours pas à y croire. Il n'avait pas osé y penser. C'était beaucoup trop incroyable ! Il ne s'en sentait pas digne ! Et pourtant… Son épée luisait doucement d'une lumière rouge, magique.

« Excalibur, fit Neville d'une voix blanche, pâlissant à vue d'œil. Le "Roi Arthur" ! Harry ! Tu es le Roi Arthur ?! Le Roi Arthur ! »

Le jeune homme ne parvenait pas à réagir… Les yeux posés sur la lame luminescente, il se demanda comment il en était arrivé là. Il devait y avoir une explication. Quelqu'un avait forcément manipulé le sortilège des Contes et Légendes pour le mettre dans la peau d'un protagoniste aussi important. Car il ne pouvait pas être le Roi Arthur ! C'était impossible ! Toute sa vie, il avait été victime des machinations d'autrui, que cela soit de Voldemort ou Dumbledore. Alors une de plus, une de moins… Mais pourquoi ? Quel était l'objectif de tout ceci ? Qu'attendait-on de lui, encore ?

« Ça te va comme un gant ! sourit soudainement le nouvellement Lancelot comme un enfant le jour de Noël, surexcité, et réduisant à néant sa conviction d'avoir été manipulé. J'en étais sûr ! J'en attendais pas moins de ta part ! C'est fou ! C'est génial !

- Mais non… je… mais enfin… c'est…

- Plus j'y réfléchis, et plus je me dis que c'était évident ! Aucun autre personnage pouvait t'aller aussi bien !

- Parle pour toi, "Lancelot", sourit nerveusement Harry, penaud et rouge de gêne. Toi aussi t'es parfait dans ce rôle.

- Alors c'est ça notre "nous profond" ? Ça déchire ! On est les plus grands héros de la Légende Arthurienne ! J'adore ! Quand je vais raconter ça aux autres…

- T'es pas censé me piquer ma femme ? rit franchement le jeune Arthur.

- Quoi ?! Non ! Non, non, non ! Jamais je ferais ça ! Je te jure !

- Je plaisante. Je ne sais même pas qui est "Guenièvre"...

- Peut-être Ginny ?

- J'en doute, grimaça Harry en imaginant difficilement la rousse en reine désœuvrée, attendant le retour de son roi. Et puis, on n'est plus ensemble, je te rappelle. Plus important : où on est ? Je n'ai pas souvenir d'une Légende Arthurienne dans les montagnes enneigées. Généralement, ça se passe en Angleterre ou en Bretagne. Dans des forêts denses ou de grands châteaux de pierres…

- Il nous faut récolter des informations tout en jouant notre personnage, en faisant comme si nous savions très bien ce qu'il se pass…

- Messire ! » fit un chevalier en s'approchant.

Les deux amis sursautèrent, une sueur glacée coulant dans leur dos. C'était beaucoup trop tôt ! Ils n'étaient pas encore au point ! Ils allaient passer pour des fous s'ils se mettaient à dire n'importe quoi !

Pourtant, Harry ne put s'empêcher de dévisager l'homme… Il avait l'air jeune, entre dix-huit et vingt ans, et était très beau. Malgré son air juvénile, il possédait une belle barbe brune et un physique plutôt avantageux : les pommettes saillantes, les yeux noisettes, la peau hâlée par le soleil, d'épais sourcils sombres bien dessinés, un nez droit et long, des lèvres fines… Et surtout, il était grand et large d'épaules, même avec une armure ! Il devait avoir une sacrée carrure en dessous ! Il était l'image même du chevalier au port altier, celui pour lequel n'importe quelle "demoiselle en détresse" adorerait s'enticher ! Le prototype parfait du héros pourfendeur de dragon et protecteur de jouvencelle en détresse… C'en était presque intimidant.

« Navré de vous déranger en plein repos, mais nous devons partir sous peu si nous souhaitons atteindre le château de glace avant la nuit.

- Ah ? fit bêtement Harry, ne sachant pas trop comment réagir. Le château de glace…

- Euh… oui, votre Majesté…

- Désolé mais j'ai reçu un… "choc" en tombant… J'ai encore un peu de mal à reprendre pied… De quel château parlons-nous, exactement ? »

Le nouvel Arthur savait pertinemment être peu crédible, mais n'avait pas trouvé de meilleur moyen pour en savoir plus. Merde ! Il était en pleine improvisation ! Et puis après tout, il était leur roi, donc ses chevaliers étaient contraints de lui répondre sans poser de question… N'est-ce pas ? Il avait simplement oublié de mettre un peu de "charisme royal" dans ses phrases… Il était plutôt difficile de s'improviser souverain quand on avait passé sa vie en tant que simple roturier.

Suspicieux mais fidèle et obéissant, l'homme se tint bien droit pour répondre à son roi.

« Nous sommes partis en quête pour forger notre Légende, Majesté. Afin que vos exploits et votre grandeur soient contés aux générations futures. Nous avons déjà terrassé des dragons, et sauvé des régions entières, grâce à votre bravoure et à votre courage. Nul doute que les habitants de ces contrées chanteront vos louanges pendant plus de mille ans ! »

« Un brin excessif, cet homme », pensèrent les deux Gryffondors en même temps.

« Puis, nous sommes arrivés au Royaume d'Été, où le Gouverneur nous a suppliés de les débarrasser du mal qui les plonge dans un hiver sans fin. Cette malédiction aurait été jetée par une sorcière très puissante appelée "La Reine des Neiges". Une terrible et maléfique magicienne ! Elle vit dans un château de glace qu'elle a construit avec ses pouvoirs magiques, au sommet de la plus haute montagne. Après quatre jours de voyage, nous atteignons enfin notre but. C'est pour cette raison que nous devons partir maintenant. Vous en sentez-vous capable, ou préfèreriez-vous que nous restions ici une journée de plus, afin que vous vous soigniez ?

- Non, non, cela me revient maintenant. Merci pour vos explications… Chevalier… ?

- Avez-vous oublié jusqu'à mon nom ? geignit piteusement l'homme, blessé. Je suis Perceval, Messire. Votre humble et dévoué vassal. Je donnerai ma vie pour vous !

- Pardon, oui c'est vrai… Ce coup à la tête a vraiment été fort… Cela va revenir petit à petit, ne vous inquiétez pas. Cela va aller pour vous aussi, Lancelot ?

- Hein ? euh… baragouina Neville. Oui, oui… Euh… Je crois que… Oui, oui… »

Perceval sembla hésiter, mais préféra s'incliner sans rien dire. Silencieusement, il se dirigea vers le reste des chevaliers qui avaient déjà terminé d'attacher leurs paquetages aux montures, leur indiquant révérencieusement de le suivre… Et sans trop savoir quoi faire d'autre, ils lui emboîtèrent le pas, mal-à-l'aise.

Un chevalier finissait de seller un grand et puissant cheval noir, et s'écarta en s'inclinant. Et Harry comprit : cet énorme destrier était le sien ! Mais… Il n'avait jamais monté de sa vie ! Un Sombral et un Hippogriffe, cela ne comptait pas ! Il s'était totalement laissé guidé par les bêtes, se contentant de s'accrocher avec la force du désespoir pour ne pas tomber. Ici, il était censé être le Roi Arthur ! Nul doute qu'il était supposé être un cavalier émérite !

Nerveux, Harry bondit de peur quand Perceval s'approcha discrètement de lui. Celui-ci ignora autant que possible sa réaction blessante, et fit preuve d'une grande délicatesse en murmurant le nom du chevalier qui se tenait près du Pur-Sang pour l'aider à monter : "Galahad". Un garçon encore plus jeune que le premier, peut-être… seize ans ? La peau pâle, la crinière blond cendré, un nez court et retroussé, des tâches de rousseurs, des iris café, les joues creuses et lisses…

Tout à coup, ce nom interpella le brun. Ce n'était pas lui qui trouvait le Graal, à la fin ? Dans une version du moins… Il ne savait plus trop laquelle… Ou peut-être s'en était-il juste approché ?... Les récits étaient multiples, et il n'avait pas eu le temps de réviser ses classiques avant d'atterrir dans cet univers… S'il avait su…

Il observa cet homme aux longs cheveux clairs. Il avait un petit quelque chose de noble et de loyal qui lui plaisait particulièrement. Et bizarrement, le "Survivant" ressentit une sorte de… plaisir qu'il ne s'expliquait pas. C'était… de la fierté. La satisfaction d'être entouré d'hommes bons et puissants… Tous fidèles et à ses ordres. C'était étrange. Comme s'il était celui qui avait fait d'eux ce qu'ils étaient… Comme un… "père" ? Ou un mentor…

Tout ceci était tellement déroutant : il se mettait à penser comme il ne l'aurait jamais fait habituellement ! Comment pouvait-il se sentir à ce point satisfait d'avoir des êtres humains à ses ordres ? De penser qu'il les avait "fait" et qu'ils lui devaient "tout" ?!

Encore embarrassé par son orgueil, il posa un pied sur les mains jointes de Galahad et se hissa sur la selle… sans problème. Harry resta un moment interdit, éberlué… Il n'avait pas cru pouvoir s'installer si haut du premier coup, même avec de l'aide. Pas quand son armure pesait si lourd… Puis, il fût encore plus interloqué : il avait presque oublié le poids du métal sur lui ! C'était comme si… il en avait l'habitude. Si vite ?! Il ne s'était même pas rendu compte du changement !

Neville, alias Lancelot, dût se débrouiller par lui-même juste à côté de lui, sur un cheval blanc. Il n'avait pas l'air rassuré, étant aussi inexpérimenté que lui… Et pourtant, il s'en sortit aussi bien, et sembla tout autant sidéré.

Les deux amis se regardèrent, les yeux écarquillés. Ils possédaient le même corps et la même apparence que dans la vraie vie, mais c'était comme s'ils découvraient avoir vécu une toute autre existence pendant des années. Ils n'avaient même pas réfléchi en prenant les rênes, les mains positionnées comme il fallait, ou en plaçant leurs pieds dans les étriers, le talon bien bas. C'était instinctif. Ils avaient les réflexes de cavaliers professionnels. Ils surent exactement comment guider l'animal avec une aisance innée. Mieux encore : ils les connaissaient sur le bout des doigts, sachant exactement pourquoi le noir donnait un petit coup de tête, ou le blanc bougeait les oreilles. Leurs gestes étaient sûrs et fluides. C'était épatant ! Incroyable !... Et vivifiant !

Stimulés par la découverte de ce nouveau talent, ils partirent avant les autres dans un petit trot qui leur donna envie de ricaner. Ils se regardèrent, et ne purent plus se retenir : un éclat de rire remonta dans leur gorge pour franchir leurs lèvres, à la fois nerveux et libérateur. Heureusement, ils étaient assez loin pour que personne d'autres ne les entende. Cette situation était si extraordinaire !

Enflammés, ils poussèrent le vice jusqu'à galoper. Leurs jambes étaient fermes, leur équilibre parfait… Au loin, ils entendaient à peine les chevaliers s'activer, craignant de perdre leur roi de vue. Mais ils n'en avaient cure. Cette découverte d'un nouveau talent imprévu était un régal !

Même si cela était loin d'être nouveau pour Arthur, Harry expérimentait pour la première fois le plaisir de l'équitation et le lien étroit qu'il partageait avec l'animal entre ses cuisses. Il sentait ses muscles s'activer, sa force le mener de plus en plus vite. Et il répondait à la moindre de ses impulsions, tournant, accélérant, ralentissant exactement comme il le désirait, juste avec une torsion des mains. Son propre corps se mouvait au rythme du cheval, s'adaptant pour l'aider dans son effort tout en se maintenant en place. C'était grisant ! De retour dans le vrai monde, il s'empresserait de prendre des cours ! Allait-il retrouver toute cette maîtrise ? Il l'espérait tant !

« C'est vraiment… intervint tout à coup Neville après qu'ils eurent ralentis, satisfaits.

- Le paradis ! sourit Harry, plus heureux qu'il l'avait été depuis des années.

- Pourquoi j'ai jamais fait ça avant ?...

- Je me demande la même chose. Et plus encore : quelles autres compétences avons-nous sans le savoir ?! Sans doute savons-nous nous croiser le fer ? Il faut qu'on essaie dès que possible !

- En parlant de ça, fit Lancelot, la mine inquiète. Qu'allons-nous faire une fois au château de glace ? Tu sais comment combattre une méchante sorcière, toi ? Un mage noir, ok, tu gères. Mais là ? Et puis, je ne suis même pas sûr qu'on puisse utiliser la magie, ici…

- Bonne question, réfléchit Arthur, devenu plus sérieux. Si je me souviens bien du conte, la "Reine des Neiges" a le pouvoir de tout geler, d'où son nom… Elle est également capable d'envoûter les hommes : elle est magnifique, et tout est sublime autour d'elle. Mais elle ne possède aucune chaleur, son château est fait de courants d'air, elle glace tout sur son passage… Il faut s'en méfier, car elle pourrait nous obliger à rester avec elle et nous ôter toute envie de s'échapper, un peu à la manière des sirènes. On ne s'en rendrait même pas compte.

- Dangereux, ça ! Tu sais comment elle s'y prend ?

- Je ne sais plus… Je crois que ça avait un rapport avec les yeux… Il y avait une histoire de miroir brisé… Des éclats à récupérer et à réparer. Dans le conte, il y avait un frère et une sœur… une dispute… Je crois que les brisures symbolisaient leur relation, et ils devaient reconstruire la psyché pour faire cesser la discorde…

- C'est bizarre…

- Peut-être. Je n'ai lu ce récit qu'une seule fois, il y a longtemps. Mes souvenirs sont un peu flous. Et si la reine était quelqu'un de notre monde, elle aussi ? Dans ce cas, elle doit être aussi perdue que nous. Et elle est seule ! S'il faut, elle ne sait même pas quel personnage elle est…

- Toi, tu as une idée derrière la tête…

- Tu me connais bien, sourit Harry. Il faudrait qu'on y aille seuls, sans tous les autres. Juste pour être sûrs qu'il ne s'agit pas d'une amie. T'imagines s'ils tuaient Hermione, Luna ou Ginny sous nos yeux ? On ne peut pas prendre ce risque.

- C'est une sorcière maléfique, ils ont dit ! Et ce que tu m'as vaguement raconté sur le conte coïncide avec ça. Tu crois franchement que nos amies pourraient être des "méchantes" ?! Et puis, franchement, je vois mal Ginny en "Reine des Neiges"…

- Et toi, rappelle-toi ce qu'on nous a expliqué juste avant que le sort soit lancé : il y a interactions entre les légendes, et les personnages sont toujours plus complexes qu'il n'y paraît. Tout le monde a ses propres raisons pour agir, bonnes ou mauvaises. Je refuse de tuer qui que ce soit, "Roi Arthur" ou pas, sans savoir si la personne qui se trouve devant moi est un réel ennemi ou un simple incompris. »

Neville ne put rien répondre, les autres chevaliers les avaient rejoints. Mais il lança un regard angoissé à son ami. Ce plan lui paraissait stupide et irraisonné. Et s'ils se retrouvaient face à une vraie magicienne malveillante ? Ils auraient l'air malins, à deux, avec des armures qui ne protégeaient probablement pas des sorts, et des lames dont ils n'étaient même pas sûrs de pouvoir se servir !

Cependant, ici, il était le roi : sa volonté prévalait sur tout. Et l'idée de laisser à tout le monde la possibilité de prouver sa valeur était digne de lui : être le Roi Arthur lui allait décidément vraiment bien ! Celui-ci n'avait-il pas créé une Table Ronde pour que tous puissent y siéger en égaux ? N'avait-il pas engagé ses chevaliers sans un regard sur leur noblesse ou leur expérience ? L'égalité des chances. La méritocratie à l'état pur. Pourtant, Potter s'était souvent laissé guidé par les préjugés dans le passé. Peut-être l'influence du roi commençait-elle déjà à tracer son chemin dans son esprit, et faisait ressortir ce qu'il avait toujours été destiné à être ?

Il espérait que "Harry" allait vite laisser la place à ce guerrier légendaire, leur survie en dépendait ! Certes, le "Sauveur" avait vaincu un mage noir, mais ils n'avaient pas de baguette magique dans ce monde ! Juste leur épée… Et même s'il s'agissait d'Excalibur, seul "Arthur" savait la manier, pas "Harry Potter". Lui-même n'était pas certain de pouvoir manœuvrer son arme avec autant d'aisance qu'il avait compris comment guider sa monture ! Ne tenir qu'une journée dans ce monde au lieu d'un an, juste à cause d'une sorcière un peu trop vindicative, serait une véritable honte ! Et Neville avait envie de profiter de son tout nouveau statut un peu plus longtemps. Qu'aurait-il pu raconter de retour à Poudlard ? "J'étais Lancelot Du Lac, mais je me suis fait tuer par la Reine des Neiges le premier jour" ?… Pitoyable…

[===]

Un mal de crâne le foudroya. Tout était beaucoup trop lumineux et scintillant autour de lui. Le sol était dur, la lumière était froide et aveuglante, les couleurs étaient glaciales, tout était immense et vide… à l'image de son cœur.

Il se redressa difficilement, oppressé sans savoir pourquoi. C'était comme un lendemain de beuverie, comme être encore en plein cauchemar, comme si l'enfer était autour de lui, de plus en plus présent. C'était pire que de rendre visite à son père à Azkaban, pire que de voir sa vie s'effondrer lentement, pire que de comprendre qu'il n'avait plus aucun avenir. C'était cette stase terrible. Cet état d'immobilité forcée puisque toutes les portes s'étaient fermées. Il était coincé. Prisonnier. Seul. En lui-même. Dans ce… cette grande pièce ?

Il suffoqua. Une douleur atroce lui vrillait la poitrine. Il n'arrivait même pas à se lever… Recroquevillé, les bras serrés autour de son corps maigre, il ne savait pas s'il avait envie de vomir ou de s'arracher le cœur pour ne plus avoir mal. Il sentait physiquement quelque chose se briser en lui, lentement, terriblement, cruellement… Ça craquait. Ça se découpait. Et les lambeaux de cette meurtrissure partaient déchirer tout ce qui se trouvait autour. C'était horrible. Pire qu'un Doloris… Parce qu'au moins, le sortilège avait une fin. Ici, la peine lui semblait éternelle.

En ouvrant péniblement les yeux, il se retrouva face à des gouttes. Il… pleuvait ? Non. Il pleurait. Tremblant, il porta ses doigts vers ses joues… Il ne se souvenait plus de la dernière fois où cela lui était arrivé. Des sanglots, oui. Il en avait beaucoup quand il était seul. Mais ils étaient toujours secs. Cela ne les rendait que plus pénibles. Comme si du sable venait enrayer ses cris de détresse pour écorcher sa trachée brûlante. Comme si l'aridité de son être n'était plus qu'une machine dysfonctionnelle, incapable de huiler ses rouages encrassés. Devait-il être heureux de revoir des larmes ? Non. Certainement pas. Pas quand il avait l'impression de mourir à petit feu.

Laborieusement, il tenta de récupérer ses facultés cérébrales… Que lui était-il arrivé ? Pourquoi était-il dans une telle détresse ? Et par Merlin ! Qui était-il ?!

Il voyait bien qu'il n'était pas chez lui, et les vêtements qu'il portait n'étaient certainement pas les siens ! Qui avait eu l'idée absurde de lui fournir des habits blancs ? Lui qui préférait nettement se camoufler dans le noir. Certes, les restes de son éducation aristocratique l'informèrent sur la qualité de la coupe et de la matière : du très bel ouvrage, voire même de la haute-couture. Sa riche veste brodée cintrait parfaitement sa taille fine, et son pantalon mettait en valeur ses longues jambes… Génial… Qu'est-ce qu'il en avait à foutre, bordel ?! Il aurait largement préféré s'emmitoufler dans un vieux plaid usé et puant pour évacuer sa souffrance !

Que faisait-il là ? Qui l'avait enfermé ?... Une petite voix lui souffla qu'il s'était lui-même infligé cette tourmente. Pourquoi ?! Mais enfin pourquoi ?! C'était incompréhensible ! Quel grave péché avait-il pu commettre pour se punir aussi atrocement ? Il allait devenir fou ! Peut-être l'était-il déjà ?

Soudain, un éclair de génie lui fit relever la tête. La Grande Salle ! Poudlard ! Le Sortilège ! Il était devenu un personnage de conte !

Rationalisant de toutes ses forces en essayant d'ignorer la douleur qui le piquait jusqu'au bout des doigts, il tenta de tenir sur ses jambes. La personne qu'il interprétait avait de très sérieux problèmes mentaux pour s'obliger à supporter un tel supplice ! Où se trouvait-il ? Peut-être qu'en analysant les environs, il comprendrait un peu mieux sa situation ?

Les poumons comprimés par la douleur, il haleta en se traînant vers ce qui semblait être une fenêtre… De la neige ? Des montagnes ? Était-il en plein cœur d'une légende nordique ? Le silence était oppressant. À l'intérieur, tout était majestueux et… immensément vide. Et tout à coup, il réalisa. De la glace ! Il était cerné par la glace ! Tout n'était qu'eau gelée, flocons et sérac ! Mais alors… pourquoi ne ressentait-il pas le froid ? Et par Merlin, pourquoi n'arrivait-il pas à arrêter de pleurer ?!

De rage, il essuya les larmes qui coulaient sans fin sur ses joues. Elles n'étaient pas froides. Elles ne gelaient pas. Pourtant, son souffle ne créait pas cette fameuse brume de condensation… Était-il mort ? Non, il n'aurait pas aussi mal si c'était le cas. Peut-être… était-il juste froid à l'intérieur ?

Un frisson de dégoût lui traversa le corps. Mais qui était-il, bon sang ?! À quel conte appartenait-il ? Il ne connaissait pas les histoires moldues… Pourquoi était-il seul ?! Pourquoi s'infliger une telle solitude ! Si torturante, si traumatique ! Il aurait donné sa vie pour voir un visage, n'importe lequel ! Mais il n'en avait "pas le droit". Pourquoi ? Aucune idée. Il était juste pris d'une terrible certitude qu'il s'agissait de sa punition. Il le méritait.

Cette dernière pensée le figea. Il le "méritait" ? Non… Ça ne pouvait pas être possible… Il…

Il se précipita hors de la pièce, le cœur au bord des lèvres, affolé. Une angoisse sans nom lui retournait le ventre. Il ne comprenait pas. Rapidement, il se rendit compte que cette demeure était gigantesque. Il cria, appela, traversa chaque salle… Chacune étaient semblables : magnifiques de froidure et totalement vides. Pas un meuble, juste des motifs de fractales sur les murs et le sol. Pas une babiole, juste des colonnes. Et surtout beaucoup de courants d'air… Par la fenêtre, il ne voyait que de la neige et des montagnes. Pas un animal, ni même un arbre. Rien… Il était au milieu de nulle part, seul et perdu…

Le désespoir s'abattit sur lui. Il ne comprenait pas, il suffisait de raisonner, de partir… Mais quelque chose l'en empêchait. Depuis le réveil, cette tristesse l'accablait. Il se sentait dépressif, la solitude le brisait, comme si… Comme si on l'avait abandonné. Rejeté. Trahi… Prostré sur le sol après avoir fouillé le château de fond en comble, il laissa libre court à ses pleurs. Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes d'être ainsi ! Il devait se ressaisir, se maîtriser ! Trouver une solution à ce problème ! Partir chercher de l'aide, quelque part ! Un collègue de Poudlard, un de ses amis de préférence… Mais comment ? Il n'y avait même pas un bout de pain dans cette demeure d'une taille scandaleuse ! Pourquoi ne pouvait-il se résoudre à partir ? Pourquoi pleurait-il comme ça ? Pourquoi ne pouvait-il pas s'en empêcher ?

Une soudaine colère lui fit frapper le sol de rage, et le choc arrêta brusquement ses sanglots : sous son poing venait de se former une couche de verglas plus épaisse… Un mécanisme ? Il retapa… Rien ne se produisit. Il renouvela son geste plusieurs fois jusqu'à ce que quelque chose se passe et cogna de plus en plus fort. Rien, rien, rien, rien ! Il s'énerva encore et tambourina jusqu'à s'en faire mal. Il se remit à crier et pleurer en même temps quand tout à coup, des arabesques de givre s'étendirent sur le sol, jusqu'à former des stalagmites.

Il se releva avec précipitation, apeuré de ce qui venait de se produire. C'était lui qui avait fait ça ? Il regarda ses mains… Il n'avait pourtant pas de baguette, ni n'avait lancé aucun sort… Que se passait-il ? Était-il un mage ? Pouvait-il faire autre chose ? Du feu ? Faire apparaître de la nourriture ?… Il tenta de visualiser un bon feu ronronnant et lança sa main d'un coup devant lui… Rien ne se produisit… Il la lança plusieurs fois sans succès, et recommença en imaginant de la glace… Toujours rien… Il frappa le mur… Rien… Il se sentait ridicule… Cela ne fonctionnait-il que lorsqu'il était soumis à de fortes émotions ? Ce n'était pas le summum du pratique… Et cette peine qui ne cessait de le prendre à la gorge… C'était insupportable ! Il n'arrivait toujours pas à sécher ses yeux.

Il passa le reste de la journée ainsi… À tourner en rond, à sangloter et tenter de refaire de la magie sans succès. Doucement, l'idée de mettre fin à ses jours pour réapparaître à Poudlard faisait son chemin… Il avait été question d'un système de sécurité pour éviter tout traumatisme, non ? Il lui suffisait de se tailler les veines pour mettre fin à ce calvaire… Cette peine ne lui laissait aucun répit ! Il devait… Il devait en finir !

Lentement, il se dirigea vers une fenêtre… S'il sautait… Est-ce que ce serait douloureux ? Peut-être cela lui ferait moins mal que de sentir sa poitrine se déchirer de plus en plus… ? Et tout cesserait… Tout se terminerait enfin. Il se réveillerait dans la Grande Salle et reprendrait sa vie d'avant… sa non-vie. Il ne pleurerait plus. Il retrouverait son corps sec, et la peine dans les yeux de sa mère… L'absence de Blaise, qui avait avancé dans sa vie en les laissant derrière. La colère dans les iris de Theo, qui avait envie de hurler à l'injustice à chaque seconde. L'incompréhension de Pansy, qui bientôt ne serait plus capable d'espérer un avenir meilleur. La peur dans les prunelles de Millicent, qui cherchait encore une lueur d'espoir pour ne pas s'enfoncer dans les ténèbres. Et lui…

Lui retrouverait son état de stase.

Il s'éloigna de la fenêtre. Non, il ne voulait pas retourner à cette non-existence. S'il devait en finir ici, il devrait le faire une seconde fois dans la vraie vie… C'était déjà bien assez difficile de se résoudre à commettre cet acte une fois avec succès. Devoir recommencer juste après était d'une cruauté inimaginable ! Il n'avait pas encore réussi à plonger assez profondément dans le désespoir dans sa réalité pour en venir à une telle extrémité… Cela allait venir… Il le savait depuis longtemps. Mais pas encore… Pas tout de suite… Pas tant que sa mère était toujours là.

Alors c'était bien ainsi qu'il était, au fond de lui ? Même dans un conte de fée, il n'était qu'une boule de peine et de douleur ? Un rire amer le fit grimacer. C'était bien ce qu'il avait voulu, avant le lancement du sortilège : être seul et tranquille, en haut d'une tour, afin de se "reposer" au calme. Il était servi ! Personne ne viendrait le déranger, au fin fond des montagnes enneigées !

Résigné, il s'assit sur un trône de glace qu'il venait de trouver. Un an. Il avait un an à tenir dans cette prison. Et il savait qu'à son réveil à Poudlard, il aurait perdu la raison depuis longtemps…

[===]

Le soleil déclinait au-dessus des sommets… Ils se rapprochaient de plus en plus du château. Quand ils l'avaient aperçu en milieu de matinée, Harry et Neville pensaient qu'ils étaient arrivés. Mais en réalité, la demeure toute étincelante de bleu givré était loin, très très loin… Et elle était gigantesque ! Jamais ils n'avaient vu de palais aussi grand ! Même Poudlard faisait pâle figure à côté de cette merveille ! Accolée au dernier pic qui couronnait la montagne, la plus haute tour semblait vouloir percer le ciel. C'était impressionnant de savoir qu'un tel édifice était l'œuvre d'un pouvoir magique. Celui-ci devait être phénoménal ! Neville avait de plus en plus peur… La Reine des Neiges lui sembla plus proche de la divinité que de la sorcellerie…

Harry, ou plutôt Arthur, ordonna à ses hommes de s'arrêter derrière un rocher qui cachait la forteresse à leur vue. Il avait rapidement pris le pli en tant que souverain, et cela ne manquait pas de surprendre encore Neville, qui connaissait pourtant la modestie et le désir de normalité de "Harry Potter"… En une journée, la métamorphose était spectaculaire !

Il somma ses chevaliers de rester dissimulés pendant que lui et Lancelot iraient en éclaireurs repérer les environs afin d'établir un plan de bataille. Beaucoup protestèrent : ils ne pouvaient pas laisser leur roi courir le risque d'être tué ! Ce serait une calamité pour Camelot et le Royaume de Logres ! Mais Arthur ne se laissa pas convaincre. Sa décision était ferme, personne ne pourrait le faire changer d'avis. Et en tant que vassaux, aucun ne pouvait lui désobéir…

Sans un regard pour ses pauvres sujets contrariés, le roi s'enveloppa dans un tissu blanc pour mieux se camoufler dans la neige, et avança d'un pas décidé. Enroulé dans une étoffe similaire, Lancelot hésita une fraction de seconde avant de lui emboîter le pas. Malgré ses craintes, il ne pouvait pas le laisser affronter le danger seul !

À plusieurs mètres de la cache des chevaliers, Neville voulut raisonner son ami… Mais se mit à douter : pouvait-il se le permettre ? Le regard déterminé de Harry lui faisait peur : il prenait son rôle un peu trop au sérieux. Il ne le reconnaissait plus en cet homme. Son ami n'était plus celui qu'il avait toujours connu… ou cru connaître !

C'était donc ainsi qu'il était vraiment ? Un meneur au grand cœur, mais à la poigne de fer ? Une légende à lui seul : un homme qui avait bâti un royaume digne des plus grands empires, et uni des peuples en guerre sous une même bannière ? Un guide dans la quête spirituelle de la recherche du Graal, qui avait fait passer tout en douceur la transition d'une religion à une autre… Rien qu'y penser lui faisait tourner la tête. Pas étonnant que lui-même, Lancelot et bien d'autres, aient mis leur épée au service d'un tel homme. Et puis ils étaient amis, dans ce monde comme dans le leur…

Plus il le voyait devenir le Roi Arthur, plus il se sentait rempli d'admiration. Il avait toujours su que Harry Potter n'était pas n'importe qui. Neville savait qu'il pourrait suivre ce héros au bout du monde, s'il le fallait. Il en avait à présent la confirmation. Oui, le "Survivant" était bel et bien le berger qu'il appelait de tous ses vœux ! Il était plus que temps que son ami oublie son désir d'anonymat pour prendre sa vraie place dans leur monde ! Maintenant qu'il le voyait réellement, il ne le laisserait plus retourner dans l'ombre !

« Harry, t'as un plan ? osa finalement interroger Lancelot, le cœur gonflé de fierté de lui emboîter le pas.

- Absolument pas, répondit-il sans se retourner. Ne t'en fais pas, il ne nous arrivera rien. J'ai même l'étrange intuition que nous n'aurons même pas à dégainer nos épées.

- La tienne a des pouvoirs magiques, non ? Lesquels à ton avis ?

- Aucune idée. Cela viendra avec les souvenirs que nous n'avons pas encore.

- T'es sûr de ne pas encore te rappeler du passé du Roi Arthur ? Parce que tu m'as l'air vachement dans ton personnage, là…

- Que veux-tu dire ? demanda-t-il en s'arrêtant brusquement, surpris.

- Tu n'agis pas du tout comme le "Harry" que je connais. Normalement, tu refuserais de commander une armée, alors que tu n'as eu aucun mal à donner tes ordres.

- Et toi ? s'amusa le "Survivant" en détaillant son ami. Tu as toujours été courageux, mais tu es plutôt du genre à tout faire pour arrêter une bataille avant de t'y lancer, pas d'aller au-devant d'un danger qui pourrait être évité. Normalement, tu m'aurais déjà sorti tout un tas d'arguments pour qu'on rebrousse chemin et que nous rentrions à Camelot. Un peu comme en "première année", quand tu as voulu nous empêcher de sortir du dortoir en pleine nuit. Je me trompe ? »

Il ouvrit la bouche pour répondre… et la referma aussi sec. Comment était-ce possible ? Harry avait raison, il n'aurait jamais suivi le brun sans protester un minimum s'il était entièrement resté lui-même ! Ce constat le rendit muet de stupeur… Alors il se contenta d'acquiescer, et continua à marcher derrière son roi. Que pouvait-il répondre ? Cette fois-ci, il était parfaitement conscient de ne plus être "Neville Londubat", mais plutôt "Lancelot Du Lac". Lui aussi avait changé pour coller à son personnage… Et il ne s'en était même pas rendu compte ! C'était tout autant perturbant que parfaitement grisant ! Cela avait été si rapide ! Il en avait le tournis !

Perdu, il se mit à réfléchir à toutes les implications… Pourquoi acceptait-il un tel changement si facilement ? Cela n'était pourtant pas sa conviction profonde ! Il avait toujours été un garçon pacifique, persuadé qu'il fallait cesser de se battre, que tout le monde devait vivre en paix pour accéder au bonheur. Et pourtant il était là, prêt à tuer une sorcière sans savoir de qui il s'agissait, alors qu'il n'était pas vraiment concerné par cette histoire… Parce qu'il le sentait au fond de lui : Lancelot bouillait d'impatience de dégainer son épée pour défaire le mal et protéger son souverain. C'était son devoir d'homme lige ! Et Neville en était glacé d'effroi…

Ce n'était pas si terrible, cette malédiction : on pouvait très bien vivre en plein hiver, non ? Plusieurs pays le faisaient déjà. Ce n'était pas comme si la magicienne kidnappait des enfants, ou décapitait tous ceux qui se trouvaient sur son passage ? Elle ne faisait de tort à personne en restant sagement en haut de sa tour de glace… Pourquoi l'en déloger si hâtivement ?

Mais qu'est-ce qu'il faisait là ? Pourquoi il ne se révoltait pas ?... Quand tout à coup, il se souvient des paroles de McGonagall et du Ministre de la Magie…

« Toutes actions ou paroles d'importance ne pourront être faites ou dites qu'en fonction de votre véritable personnalité. »

« Vous pourrez avoir des réactions qui vous surprendront, ou des pensées que vous n'avez jamais eu. Vous aurez l'impression d'être étrangers à vous-mêmes. »

« Vous serez ce que vous êtes réellement ! »

Alors, sa vraie personnalité était celle d'un chevalier belliqueux au service de son roi ? Était-ce son manque de confiance en lui qui l'avait obligé toutes ses années à éviter les conflits ? Il n'était pas certain d'aimer ce trait de caractère, chez lui… Mais que pouvait-il y faire ? Il n'avait pas le choix, il devait accepter cette part sombre de lui-même…

Car c'était cela pour lui : être aussi prompt à éliminer une personne jugée "maléfique" par d'autres, uniquement parce que cela servait la cause de son Seigneur et Maître… Non, il n'aimait pas cela du tout ! Et pourtant… Quelque part, il sentait que si Harry lui ordonnait d'exterminer un pauvre paysan, il le ferait sans poser de question. Et cette idée lui donnait des frissons de dégoût.

D'un autre côté, s'il était à ce point fidèle à cet homme, c'était surtout parce qu'il était juste et noble. Jamais il ne donnerait des commandements immoraux ou contre ses principes. Et il connaissait bien ses vassaux, il savait ce dont ils étaient capables ou non. Il avait la notion ce qui était "bien" ou "mal". Et puis il y avait cet objectif si grandiose et héroïque : le Graal ! Tout le monde avait rêvé au moins une fois dans sa vie de pouvoir participer à ce projet titanesque, capable de remodeler des Royaumes, d'élever des consciences et de toucher la divinité du doigt…

Et bordel ! Neville était le Grand Lancelot Du Lac ! Il était aux premières loges de cette quête époustouflante ! Il en était tout émoustillé ! Que représentaient ses états d'âme face à l'aventure de sa vie ?! Il s'imaginait déjà passer cette année à chercher la Coupe Sacrée, accomplissant des exploits épiques et vivant des épopées fantastiques pour la gloire de Camelot et de son roi. Il allait en avoir des choses à raconter quand ils retourneraient dans la Grande Salle de Poudlard ! La guerre contre Voldemort et sa petite révolution au sein même de l'école durant sa septième année ferait bien pâle figure.

Plongé dans ses pensées, entre angoisses et euphories, il ne remarqua pas qu'ils étaient déjà arrivés au château, et que son ami grimpait tranquillement les centaines de marches du perron.

Harry ne semblait pas se poser plus de question que cela, ni même douter de son intuition pourtant mauvaise à Poudlard… Car une fois devant la porte de l'immense palais de glace…

Il toqua.

[===]

Il tournait en rond, incapable de se poser plus de cinq minutes sans pleurer toutes les larmes de son corps. Un personnage dépressif et suicidaire était-il vraiment un personnage de conte de fée moldu ?! C'était quoi l'intérêt ? Était-il puni pour avoir mal agi ? Devait-il… attendre bêtement qu'on vienne le délivrer comme une foutue princesse sans défense ? C'était ridicule ! Ou bien… il était un méchant ? Et le gentil de son histoire l'avait déjà vaincu et enfermé ici ? Mais qu'est-ce qu'il avait bien pu faire ? Il méritait de savoir, tout de même, non ?

Écroulé sur le sol, les muscles douloureux d'avoir trop sangloté, il tenta de se relever et tendit le bras en avant pour aider ses abdominaux douloureux à fonctionner… et un sort fusa. Face à lui, le mur s'était couvert de piques acérées. Certaines étaient si longues que leur pointe se trouvait à quelques centimètres à peine de son visage… Il se figea, déglutissant difficilement…

Donc… s'il ne faisait pas attention, sa propre magie pouvait se retourner contre lui ? Car il sentait que ces lances gelées auraient pu lui entailler la peau et le défigurer à vie s'il s'était trouvé un tout petit peu plus près du mur d'où elles avaient surgi… Alors seulement tendre la main, sans penser à rien de précis, ni ressentir une vive colère ou tristesse, pouvait lancer un sortilège de glace ? Mais s'il tentait d'en incanter consciemment, cela ne fonctionnait pas ? C'était incompréhensible… C'était… extraordinairement frustrant ! La dernière fois qu'il n'avait pas pu lancer un simple petit sort basique, il n'avait pas encore six ans ! Il avait l'impression d'être redevenu un petit enfant naïf et maladroit, et cette pensée le mettait dans une rage folle.

Non ! C'était inadmissible ! Même dans un univers inconnu, dans la peau d'un personnage dont il ne savait rien, il ne pouvait pas tolérer de ne pas savoir utiliser sa magie ! Il sécha ses larmes encore en train de rouler sur ses joues et se concentra de toutes ses forces… Il pensa au Congelo, le prononçant plusieurs fois à haute voix, le criant même au point de s'écorcher la gorge… sans succès. Sa colère associée à ses crises de larmes allaient le rendre fou ! Tout son corps était perclus de douleur, ses yeux rouges et gonflés le brûlaient horriblement, ses mains étaient en sang d'avoir trop frappé le sol et les murs, ou trop serré les poings, enfonçant ses ongles dans ses paumes…

Quelques instants, il caressa l'idée de s'endormir, espérant ne jamais se réveiller… De se laisser aller, d'abandonner… Mais non ! Il ne pouvait pas se le permettre ! De toute façon, ses sanglots ne le laisseraient jamais tranquille. La crispation dans sa poitrine était lancinante, constante, sans jamais lui permettre de l'oublier. Il avait presque l'impression d'entendre les débris de son cœur crisser les uns contre les autres, comme des éclats de verre que l'on piétinait. Même prendre de grandes inspirations ne parvenait pas à apaiser sa peine, bien au contraire.

Il ne pouvait pas rester sans rien faire. Une journée ne s'était même pas encore écoulée, et il avait une année entière à tuer ! Il ne pouvait pas céder si vite ! Il devait se prendre en main et apprendre à contrôler son pouvoir ! Sa santé mentale était en jeu. Et sa vie également.

Pendant deux heures, il tendait ses bras dans différentes directions en pensant à plusieurs choses, essayant de faire appel à ses sentiments, ses meilleurs ou ses pires souvenirs, listant tous les sortilèges qu'il connaissait… Et de temps en temps, il eût un résultat. Pas grand-chose : quelques flocons dans les airs, une légère arabesque de fractales sur une vitre, ou bien un autre stalagmite un peu timide… Il ne parvenait pas à obtenir un effet aussi conséquent que les longues piques ayant failli l'embrocher, mais c'était un début. Une seule certitude émergea dans son esprit : il ne pouvait faire que de la glace.

Toc ! Toc ! Toc !

Il sursauta, le cœur au bord des lèvres… Quoi ?!... Était-ce une blague ? Venait-on réellement de frapper à la porte ?! Quelqu'un frappait à sa porte ?! Quelqu'un… Une personne était là ?! Il…

Sa gorge se crispa violemment alors que de nouvelles larmes s'accumulaient dans ses yeux. Et pour la première fois, une légère chaleur atténua les meurtrissures dans sa poitrine. Sans réfléchir, il se mit à courir le long des couloirs et des escaliers, le pouls battant dans ses tempes, le cerveau enveloppé d'une brume cotonneuse. Il n'était plus seul ! Le calvaire se terminait enfin ! Il ne savait pas de qui il s'agissait et s'en moquait totalement. N'importe qui ferait l'affaire ! Juste voir un visage, même hostile…

Tout à coup, il s'arrêta en haut des marches menant vers l'entrée. "Hostile"… Et si… cette personne venait pour lui faire du mal ? L'angoisse soudaine le fit suffoquer. Et cette idée de danger était bien plus crédible que l'espoir qu'il avait eu la folie d'avoir. Ses mains se mirent à trembler pendant que ses doigts fins serraient convulsivement la rampe de l'escalier monumental. Il avait l'impression d'être sur le point de tourner de l'œil… Que devait-il faire ? Comment se défendre ? Il n'avait pas d'arme ! Et aucune protection ! Seulement ces murs qui…

La personne toqua à nouveau, le faisant de nouveau bondir de surprise, les nerfs à vif. Mais… si cette personne cherchait à lui nuire, pourquoi se présenter aussi poliment sur son perron ?... Et surtout… Qui, dans ce monde, pouvait être assez crétin pour grimper en haut d'une montagne et frapper à la porte d'un immense palais de glace ?! Cela n'avait aucun sens ! Même les hiboux ne devaient pas livrer le courrier jusqu'ici ! Sa mâchoire commença à trembler, il n'arrivait plus à déglutir, il devait absolument agir !

« Qui… Qui est là ? » demanda-t-il d'une voix mal assurée, redoutant le pire.

Il se sentait pitoyable ! Son ton était ridiculement faible ! Il n'avait pourtant pas été élevé ainsi, il devait se reprendre, par Merlin ! Et il ne devait surtout, surtout pas continuer à pleurer devant cet inconnu !... Même si ses yeux rougis ne faisaient aucun mystère quant à son activité des dernières heures, il avait un soupçon de dignité !… Du moins, il lui en restait… un peu…

« Nous ne te voulons aucun mal, Reine des Neiges ! Seulement discuter ! » cria une voix grave, étouffée par l'épaisseur de la porte de glace.

Il hoqueta… "Reine des Neiges" ? Pardon ? De… Reine ?! Une reine ?! Mais… Que… Il était si interloqué qu'il en perdait le fil de ses pensées. C'était… terriblement offensant. Lui ? Une "Reine" ?! Même pas un roi ou un prince, ou encore un sorcier… Non, non, non. Dans ce conte, il était une putain de reine ?!

« Je suis un homme ! » ne put-il s'empêcher de s'écrier, comme si cela pouvait lui permettre de soigner son orgueil froissé.

Un long silence accueillit son affirmation. Son visiteur devait être aussi choqué que lui. Et il se mit à réfléchir soudainement au sens de la phrase de l'inconnu. "Nous" ? Ils… étaient plusieurs ? Devait-il s'attendre à voir des fourches brandies contre lui ? Ses tremblements reprirent de plus belle. Et de nouvelles larmes montèrent à ses yeux. Non, non, non ! Se reprendre, se reprendre…

Il ne pouvait pas croire cet homme qui clamait venir en paix. Cela aurait été profondément naïf et stupide de sa part. Ce pouvait être un piège ! Une embuscade ! Un guet-apens ! Il avait été victime de bien trop de ruses pour se laisser convaincre aussi facilement. Et de trahison… des rejets… de la haine…

Étrangement, ces sentiments ne lui appartenaient pas totalement. Certes, lui aussi avait vécu tout cela, mais il y avait beaucoup de son personnage dans ces doutes… et ces "regrets". Cette… "Reine des Neiges" avait certainement eu son lot de déceptions, elle aussi… Ce qui n'était pas très surprenant, au vu de sa situation actuelle… et de ses sentiments incontrôlables.

« Ah… fit sottement la voix de l'homme derrière la porte, embarrassé. On nous a pourtant dit que la "Reine des Neiges" vivait en ces lieux ? Qu'importe. Ouvrez-nous la porte… "monsieur". Que nous puissions discuter face à face. »

Hors de question ! Il se tendit comme une corde, le souffle rendu court par la panique. Il ne pouvait pas prendre un tel risque ! Même si son cœur se gonflait d'espoir à l'idée de voir des gens, n'importe qui. Mais l'optimisme n'apportait jamais rien de bon ! Il ne pouvait aboutir qu'à la désillusion et à une amertume encore plus vive. Il allait donc faire bénéficier cette reine de sa propre expérience, et étouffer le peu d'illusions qu'elle pouvait encore couver en elle.

« Qui êtes-vous ?! » cria-t-il à sa propre surprise.

Bordel ! Qu'est-ce qu'il faisait ?! Il avait voulu leur ordonner de partir, pas se présenter ! Il y avait trop de risques à les laisser entrer, alors pourquoi ses mots n'avaient pas été ceux qu'il souhaitait ? Comment s'était-il retrouvé à dire autre chose ? Il se moquait de qui ils étaient ! Même s'il désirait tant voir un visage… Tout ceci était de la pure folie ! Il…

« Je suis le Roi Arthur, accompagné de mon fidèle ami et chevalier, le Seigneur Lancelot Du Lac. Tu as notre parole d'honneur que nous ne te ferons rien. Si tu connais notre réputation, tu sais alors que nous respecterons notre promesse. Ouvre-nous, reine. Je veux dire… "monsieur". »

C'était une blague ?! C'était quoi ce délire ?! Que faisaient donc "Arthur" et "Lancelot" en haut de sa montagne ?! Il n'avait jamais lu une Légende Arthurienne avec une Reine des Neiges ! Il ne comprenait plus rien. C'était n'importe quoi ! Il n'aurait jamais dû rencontrer ces personnages ! Leurs histoires ne pouvaient pas se mélanger, c'était… impossible !

Il connaissait bien le mythe des Chevaliers de la Table Ronde : quel enfant sorcier n'avait pas un jour rêvé de voir Merlin et d'être choisi par le Roi en personne ! Particulièrement quand tous les mages du monde savaient qu'ils avaient réellement existé : seule la nature extraordinaire et épique de leurs aventures leur avait conférés le statut de légende. C'était sans doute pour cela qu'ils se retrouvaient ici : de simples personnages dans cet univers de Contes de Fées… Et il allait rencontrer un tel protagoniste ? Pire : il toquait à sa porte ?! C'était de la démence !

« Qu'y a-t-il donc ? demanda le roi. Aurais-tu peur de nous ? »

Il était tétanisé. Il n'avait pas peur : il était glacé d'effroi ! Les Chevaliers de la Table Ronde n'étaient pas réputés pour leur clémence, mais plutôt pour leur bravoure au combat. Et s'il était un "méchant" ? Ou plutôt, "une" ? "Reine des Neiges" n'était pas un nom qui sonnait "gentil"... Et s'il était une sorcière ? Le Roi Arthur n'hésiterait pas un seul instant à l'occire ! Et il n'était pas équipé pour lui résister : il ne savait même pas utiliser sa magie !

« Ouvre donc, reine ! »

Surtout pas ! Jamais ! Il était terrorisé ! Mais pourquoi, après tout ? N'était-ce pas lui qui souhaitait mourir il y avait quelques heures à peine ? Là, l'épouvante avait supplanté la douleur de son cœur, et c'était un véritable soulagement. S'il mourrait de la main du roi, il se réveillerait à Poudlard, et retrouverai… C'était pitoyable ! Il n'aurait même pas survécu vingt-quatre heures dans ce monde ! Quelle honte ! Pourtant, quelle autre perspective avait-il ?... Vivre une année entière seul, dans ce château plein de courants d'air ? La mort ou la solitude ?

Alors que ses pensées partaient dans toutes les directions, les portes s'ouvrirent tout à coup d'elles-mêmes. À force de pratiquer, il s'était habitué à sa magie, et il l'avait sentie sortir de son corps… Mais il ne lui avait rien demandé ! Ce don avait donc sa propre volonté ?! Il n'avait jamais voulu que…

Puis, il réalisa… Lui, n'avait pas voulu, mais la "Reine des Neiges", si. Et malheureusement, il était elle. Cette constatation lui fit grincer des dents. Que c'était frustrant ! C'était du grand n'importe quoi ! Le Ministre de la Magie avait pourtant promis que le personnage qu'il incarnerait serait celui qu'il était réellement ! Visiblement, il avait menti !

La porte s'entrebâilla, et sa panique monta encore d'un cran : et s'ils l'attaquaient quand même ? Le Roi Arthur n'oserait pas… Pas alors qu'il était faible, seul et sans défense ! Mais s'il était vraiment une méchante sorcière ? Alors il n'hésiterait pas un instant à la tuer pour une quelconque quête de justice et d'honneur… Mais si elle était déjà punie, enfermée ici, alors quel était l'intérêt ?... Son cerveau fonctionnait à toute vitesse, incapable de se fixer sur une idée : méchant, gentil, attaque, mort, justice, punition, solitude… Tout tournait en boucle, et il ne pensait même pas à trouver une arme pour se défendre. Il était figé. Dans l'expectative… Crispé…

Puis, il vit…

« Potter ? hoqueta-t-il.

- Malfoy ?! » crièrent les deux Gryffondors en même temps.