JE SUIS SUR WATTPAD

¤¤¤¤ - Chapitre 2 - ¤¤¤¤

===La Reine des Neiges===

Ils se tenaient tous trois immobiles, ne parvenant pas à croire ce qu'ils voyaient. Neville avait l'impression de ne pas avoir été remarqué, le regard du Serpentard étant figé sur Harry seul. Et il ne pouvait qu'en remercier Merlin : il n'avait pas envie de subir les foudres du blond, qui était devenu une sorcière, ou plutôt "sorcier", capable d'ériger un gigantesque château de glace par la seule force de ses pouvoirs. Ce qui était assez terrifiant… Lui, n'avait que son épée même pas magique, et aucun bouclier. Et pourtant, il sentait comme une forme de jalousie envers son ami l'envahir petit à petit. Car le jeune homme devant eux était une pure merveille !

De très long cheveux si blonds qu'ils en paraissaient blancs, tressés en une longue et épaisse natte un peu désordonnée, des mèches, et ce qui devait être une frange, délicieusement décoiffées caressant son visage de porcelaine. Sa peau laiteuse sans aucune imperfection avait l'air plus douce que de la soie, et contrastait magnifiquement avec ses lèvres pulpeuses aussi rouges que des groseilles bien mûres… Et ses yeux ! Merlin ! De tels yeux pouvaient aisément pulvériser la conscience de n'importe quel homme ! Même de loin, Neville en avait le souffle coupé : en amande, encadrés par de longs cils noirs, ses iris d'argent en fusion semblaient luire… presque comme… du métal ? Ou un miroir ? Il n'aurait su le dire.

Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu Malfoy, bientôt dix ans, et il se souvenait certes d'un beau garçon androgyne… Mais pas à ce point ! Il ne pouvait pas réellement ressembler à ça dans la vraie vie ! Ce qu'il avait sous les yeux était au-delà de la "beauté", c'était même irréel ! Il était comme une nymphe découverte dans la forêt, au détour d'un arbre. Une dryade sortant des eaux. La personnification même de la noble dame aux charmes si irrésistibles qu'ils pouvaient corrompre l'âme du plus vertueux des chevaliers. Une telle rencontre ne pouvait être possible que dans un Conte de Fées… Son roi l'avait pourtant prévenu que la Reine des Neiges était capable de l'envoûter par son apparence séduisante… Il n'avait juste pas compris qu'il en serait foudroyé sur place. Et que ce serait Malfoy !

Harry n'était pas en meilleur état, le cœur battant furieusement dans sa cage thoracique, comme s'il cherchait à s'échapper pour se précipiter entre les doigts fins du bel éphèbe. Cela faisait déjà quelques années que le souvenir de son ennemi d'enfance venait parfois hanter ses rêves. Cependant, il se rappelait d'un adolescent délicat, à l'élégance froide et inaccessible… pas de cette sublime apparition qu'il n'aurait même pas pu imaginer dans ses fantasmes les plus fous ! Était-il réellement devenu cette créature de rêve ou était-ce l'influence de son personnage de conte, réputé ensorcelant ? Cette silhouette gracieuse et élancée, aux longues jambes fines, la taille étroite, le tout sublimé par un costume d'une blancheur immaculée brodé d'argent… et était-ce des diamants qui scintillaient à ses oreilles ?

Cependant, le nouvellement roi ne pouvait s'abandonner à sa contemplation. Quelque chose le dérangeait… Ces yeux rougis et gonflés, cet air triste et paniqué, ces mains tremblantes et ces épaules crispées… Il n'avait jamais vu le blond dégager autant de détresse. Même lorsqu'il l'avait surpris en pleurs dans les toilettes de Mimi Geignarde, en sixième année. Cela remua une crispation douloureuse au creux de son ventre, une démangeaison insupportable dans tout le corps, retournant ses tripes. Il sentait cet appel à l'aide avec la force d'un coup de poing dans le ventre. Il ne s'était pas attendu à voir une telle affliction. Et cela lui rappela sa position "délicate" dans la vraie vie.

Peut-être l'avait-il soupçonné ? Peut-être était-ce pour cela qu'il n'avait jamais trouvé le courage d'aller frapper à sa porte pour le revoir ? Quelque part, il savait que le Serpentard ne pouvait pas aller bien, avec tout ce qu'il avait vécu, et la situation politique et sociale actuelle. Ce n'était qu'une question de temps avant que des groupes Anti-Mangemorts s'en prennent à lui ou à sa mère… Peut-être même cela s'était-il déjà produit ? Il s'était douté qu'il n'aimerait pas voir ainsi son si fier et arrogant adversaire… ni ressentir cet étrange sentiment qui le submergeait et qu'il ne comprenait pas. Alors il avait repoussé l'échéance, sachant pertinemment qu'un jour, il ne pourrait plus résister à l'envie de revoir cet homme qu'il avait tant détesté… et qui l'avait toujours obsédé.

« Wow… » ne put s'empêcher tout à coup de soupirer Neville, émerveillé.

Cela eut le mérite de sortir Potter de sa torpeur. Il lui ferma la mâchoire d'un geste sec de la main, agacé, et voulut prendre la parole après s'être éclairci la gorge… mais fût coupé dans son élan en voyant le blond dévaler les marches en courant.

« Qu… Quoi ?! » Il écarquilla les yeux, la main se dirigeant inconsciemment vers le pommeau d'Excalibur, sur son flanc gauche. Il allait attaquer ? Mais… Il n'arrivait pas à se résoudre à intervenir, hésitant à dégainer… Il ne voulait pas porter le premier coup, il ne souhaitait pas non plus attendre d'en recevoir sans réagir. Il était sur la défensive, les muscles bandés, prêt à toutes éventualités…

Soudain, après avoir descendu l'escalier sans rien tenter, Draco courrait vers lui… et se jeta dans ses bras. Harry était tétanisé. Qu'était-il en train de se produire ? Certes, il était dans un univers parallèle, mais jamais il n'aurait pensé que Malfoy se précipiterait un jour contre son torse pour l'enlacer ! Même s'il ne sentait rien à travers son plastron d'acier. Était-ce l'apocalypse ? Gèlerait-il en enfer ? Et… il pleurait ?!

Tout aussi brusquement, le blond se détacha et le gifla de toutes ses forces. Qu… ?!

« Qu'est-ce que vous foutez là ?! hurla-t-il en sanglotant. Il n'y a rien, ici ! Je ne sais pas où et qui est votre fameuse "reine", mais elle n'est pas là ! Alors partez ! Partez d'ici ! Allez-vous-en ! »

Ses paroles étaient contredites par ses mains crispées sur le col de l'armure de Harry, le tirant vers lui pour l'empêcher de s'éloigner. Il semblait vouloir montrer de la colère, mais tout ce que les Gryffondors pouvaient voir était un profond désarroi. Le "Survivant" avait peur de réagir… Se prendrait-il une autre baffe s'il l'enlaçait à son tour pour le calmer ? Sa joue le lançait horriblement… Allait-il s'effondrer s'il se dégageait de sa poigne ?

« M… Malfoy… commença-t-il en bredouillant, peu sûr de lui.

- Dehors ! Il n'y a rien ici ! Personne ! Juste… du vide et du froid ! Juste… »

La suite de sa phrase fût coupée par un sanglot plus fort, et le blond posa vivement une main devant sa bouche pour retenir un gémissement. Sans grand succès. Le brun était désemparé. Qu'est-ce que c'était que ça ? Que se passait-il ? Qui était ce jeune homme en souffrance ? C'était comme s'il faisait face à… quelqu'un d'autre.

La réalité le frappa : il était précisément quelqu'un d'autre ! Tout comme lui ! Sans être différent pour autant. Il était juste… ce qu'il était réellement. Sans faux-semblant, sans masque, sans paraître… Et Harry était à mille lieux d'imaginer que Malfoy était… "ça" !

« Malfoy… » retenta-t-il sans savoir quoi ajouter après le nom de famille.

Draco lui jeta un regard noir empli de larmes, le coupant efficacement dans son vain effort d'empathie. L'effet avait de quoi déstabiliser n'importe qui : comment sentir l'hostilité dans des yeux si beaux et emplis de chagrin ? Des reflets brillants miroitaient dans ses prunelles, comme des milliers d'éclats de cristal. Harry était muet devant ces iris d'argent pur, encore plus magnifiques vus de près. Ils étaient étranges, pas du tout naturels, et… il ne parvenait pas à bien voir. Quelque chose le dérangeait au point de lui retourner le ventre. Mais surtout, il était dérouté face à ce mélange de rage et de tristesse… Le blond semblait partagé entre deux personnalités diamétralement opposées. Comment était-ce possible ? Ne se trouvaient-ils pas justement dans un univers où ils pouvaient être entiers ? Pourquoi réagissait-il donc ainsi ?

« Qui es-tu ? ne put-il s'empêcher de demander.

- Je n'en sais rien ! cria Draco, faisant grimacer Harry dont les oreilles étaient trop proches. Je ne vois pas dans quel conte j'ai bien pu atterrir ! Vous parlez d'une "reine", mais il n'y a personne ! Tout est froid et vide, ici… Juste de la neige et de la glace partout… Je peux… Je crois que je… C'est seulement… »

Le blond se mordit la lèvre, comme pour contenir ses paroles, et le jeune roi observa la chair rouge se faire maltraiter. Il se morigéna : c'était Malfoy !... Il n'arrivait pas à reconnaître son ancien ennemi en en cet adonis à mi-chemin entre l'homme et la femme… Il était beaucoup trop beau ! Ce n'était pas humain ! En réalité, c'était digne des contes de fées où les héroïnes, princesses ou non, étaient toujours les plus belles d'entre toutes : ici, en l'occurrence, une "reine" !

Des larmes recommençaient à couler sur ses joues pâles, et le brun n'eut pas le temps de les essuyer que le Serpentard les frotta rageusement. Mais d'autres revenaient… À bout de nerfs, il cacha son visage derrière ses mains, inconscient que le mouvement le faisait se pencher, et donc s'approcher plus près du Gryffondor désemparé, respirant l'odeur grisante de ses cheveux d'or blanc… Et en plus, il sentait comme la rosée du matin ! Harry serrait les mâchoires à s'en briser les dents, quand Neville se racla la gorge.

« Personne ne nous a certifié que nous appartiendrons au même genre dans ce monde, précisa-t-il en détournant les yeux, gêné. Juste que nous serons dans la peau d'un personnage qui nous correspond, tout en gardant notre propre corps. Alors peut-être bien que tu es effectivement cette "Reine des Neiges", mais c'est surtout par rapport à son tempérament, et non son…

- J'ai la personnalité d'une femme ?! le coupa Draco en relevant la tête avec colère, manquant de cogner le visage d'Arthur au passage. C'est ce que tu es en train de me dire ?!

- J'imagine que ça dépend des filles ou des garçons en question, mais je ne pense pas qu'un caractère dépende entièrement de ce facteur… Ça existe, les hommes qui pleurent, hésita-t-il à ajouter. Je trouve justement que montrer ses larmes demande beaucoup de courage, et…

- Je ne suis pas faible ! hurla Draco en réponse, hors de lui. C'est juste cette… ! Cette… !

- Qu'importe, intervint Harry, profitant de l'éloignement du blond pour inspirer un grand coup et se reprendre. La question n'est pas là. Nous étions venus débusquer une sorcière, mais c'est toi que nous avons trouvé. Alors voici la proposition que je te fais, Malfoy : souhaites-tu rester ici, ou venir avec nous ? »

Cela eut le mérite de tarir les larmes du blond, interloqué. Celui-ci jeta un regard derrière lui, vers le hall glacial du palais… puis derrière eux, dans le paysage enneigé. Harry pouvait voir l'incompréhension dans l'argent, et aurait aimé pouvoir le rassurer. Cependant, il ne savait toujours pas si son ancien ennemi, aussi magnifique était-il devenu, se révèlerait être un allié ou une menace. Car dans les contes, il y avait aussi de très très belles maléfiques méchantes reines. Il ne pouvait pas prendre de risque… Et pourtant, il ne pouvait pas non plus se résoudre à le combattre, ou même à le laisser là. Seul. Particulièrement en voyant l'état déplorable dans lequel il se trouvait.

De son côté, Draco ne savait plus quoi penser. Quelque chose en lui souhaitait hurler de bonheur de pouvoir enfin s'échapper de sa prison. Une autre part rappelait sans cesse qu'il s'était lui-même construit cette geôle… pour une raison mystérieuse. Et enfin, une petite voix au loin dans son esprit précisait qu'il n'aurait normalement pas dû avoir besoin d'eux pour partir s'il le voulait vraiment… Alors pourquoi n'avait-il pas pu ouvrir la porte avant leur arrivée ? Qu'est-ce qui l'avait empêché d'agir ? Et pourquoi le pouvait-il maintenant que les deux Gryffondors étaient présents ?... Il ne comprenait pas… Pourtant, il s'agissait de sa chance ! Sa seule chance ! Il le sentait, tout au fond de lui : s'il les laissait repartir sans lui, jamais il ne pourrait plus sortir de cette prison dorée.

Et puis soudain, un rappel à l'ordre… Une idée. Un sursaut de conscience.

« Vous n'aviez pas dit appartenir aux Chevaliers de la Table Ronde ? demanda-t-il avec méfiance. Où sont les autres ? »

Les regards embarrassés des deux bruns lui répondirent plus efficacement que n'importe quel mot. Lui avaient-ils tendu un piège ? « Encore une trahison ! » hurla une voix dans sa tête. Une haine fulgurante remonta dans sa nuque, chauffant ses oreilles bourdonnantes, embrouillant ses pensées, et il recula de quelques pas en tremblant.

« Non ! s'exclama vivement Harry en tendant la main vers lui pour le retenir. Ce n'est pas ce que tu crois ! Je ne veux vraiment pas te…

- Harry ! »

Neville agrippa le bras levé de son ami pour le tirer en arrière, l'éloignant le plus vite possible du Serpentard furieux. Une lente brise glacée s'élevait autour du blond, tournant doucement autour de ses jambes, remontant paresseusement le long de son corps crispé par la rage. Des flocons apparurent petit à petit, en même temps que le vent gagnait en vitesse. La glace s'épaississait sous les bottes blanches, s'étalant sur le cuir souple… Et un éclat inquiétant s'alluma dans les iris métalliques. Une dangereuse lueur qui faisait ressortir la teinte irréelle de ses yeux… Comme les débris d'un miroir brisé.

Ce fût à cet instant précis que le "Survivant" n'eut plus aucun doute : Malfoy était bel et bien la "Reine des Neiges". Et son pouvoir était à la fois terrifiant et fascinant ! Il pouvait sentir sa magie sur sa peau, même à travers son armure, comme des milliards de petites aiguilles plantées dans sa chair. Des frissons contractaient les muscles de son dos, et ses tripes se vrillèrent : il avait peur. Une véritable frayeur comme il en avait souvent ressenti dans sa vie, face à des Mangemorts plus puissants, et surtout devant Voldemort. Et cette habitude lui avait conféré des réflexes offensifs.

Sans réfléchir, il dégaina Excalibur et la pointa vers le sorcier. En réponse, la lame brillante se mit à flamboyer, sa chaleur commençant à faire fondre la glace autour de lui. Mais Harry ne voulait pas se battre… Son regard était hésitant, presque suppliant.

« Malf…

- Alors c'est ça, le célèbre honneur des Chevaliers de la Table Ronde ?! cracha Draco, déversant son trop-plein de venin. Aller jusqu'à la demeure paisible d'une jeune femme, endormir sa méfiance avec des mots doux pour mieux la massacrer dans une embuscade ?! Seulement à cause d'une rumeur de sorcellerie ?! Je n'ai rien fait qui mérite un tel traitement !

- Je sais ! cria Potter pour se faire entendre à travers les bourrasques de plus en plus violentes. Ce n'est pas un piège, Malfoy !

- Menteur ! Menteur ! Menteur ! hurla le blond de toutes ses forces, le corps plié, la gorge en feu. Gryffondors ou chevaliers, vous êtes tous pareils ! Jugeant sans savoir ! Vous êtes capables du pire sous couvert de votre putain de noblesse d'âme !

- Je ne te ferai aucun mal ! grimaça le brun en avançant difficilement vers le sorcier, Excalibur brandit pour se frayer un chemin à travers les rafales gelées.

- Hypocrite !

- Sire ! »

Neville n'avait pas su comment réagir jusqu'à présent. Désemparé, il avait regardé son ami se débattre sans rien pouvoir faire. Cependant, en voyant des milliers de stalagmites se former autour de la "reine", prêts à transpercer son roi, quelque chose s'éveilla en lui, tuant les dernières réticences de "Londubat".

Avec une force insoupçonnée, Du Lac dépassa son suzerain, le bras gauche en avant… Sa chevalière se mit soudain à luire à son index, et un immense pavois d'énergie dorée vint se planter lourdement devant Arthur, brisant efficacement les piques de glace.

Cela ne sembla étonner personne, pas même lui : le souverain poursuivait sa lente progression vers le sorcier en colère, Excalibur en avant afin de faire fondre le gel, et son chevalier à ses côtés, prêt à toutes éventualités, le bouclier magique évoluant au même rythme qu'eux. Ils devaient absolument passer les barrières du blond pour le rejoindre. Son comportement n'était pas normal. Il fallait calmer sa folie, lui faire entendre raison… Il devait comprendre !

« Je veux t'aider !

- Tu veux que je disparaisse ! s'égosilla Draco en s'agrippant le crâne, ses sanglots revenant secouer son corps plié, la tornade rugissant de plus belle.

- Non !

- Vous voulez tous que je disparaisse ! Le monde se porterait mieux sans moi…

- Arrête !

- Je détruis tout ce que je touche… souffla-t-il si faiblement que le brun eut du mal à l'entendre à travers le vent. Je ferai mieux… Je serai mieux…

- Arrête ! »

Dans un ultime effort, Harry franchit le dernier mètre qui les séparait, attrapant son bras de sa main libre. Draco leva d'un coup son visage vers lui, les yeux écarquillés de surprise et les joues toujours baignées de larmes. En même temps, la tempête disparut en un clin d'œil, de légers flocons virevoltant doucement dans les derniers courants d'air.

« Ça suffit, haleta Arthur, essoufflé. Tu crois vraiment que j'aurais toqué à ta porte si je voulais te tendre un piège ? Réfléchi ! C'est stupide !

- Mais tu as… Tu… bredouilla le blond, dérouté, le regard se dirigeant vers l'épée toujours dans la main du guerrier.

- C'est toi qui a commencé avec ta magie ! répondit rageusement Arthur en devinant la question muette du sorcier, rengainant Excalibur pour marquer son propos. Tu comprends tout de travers, et tu réagis sans vérifier tes conclusions ! Alors maintenant, tu te calmes, et t'arrêtes ta crise d'hystérie !

- Ma quoi ? gronda Draco dans un regain de colère.

- Doucement, intervint timidement Neville, sentant le danger revenir. Ce qu'on veut te dire, Malfoy, c'est qu'il n'y a pas de traquenard ou quoi que ce soit… C'est vrai que les autres chevaliers ne sont pas loin, mais il n'a jamais été question de t'attaquer ou de te capturer. On doit juste les convaincre que tu n'es pas… disons… un "méchant" ? »

Le sorcier douta encore quelques secondes avant d'être rassuré par le regard franc de Potter. C'était un idiot, mais un imbécile honnête : il n'aurait jamais pu nier sa traîtrise aussi ouvertement si elle existait… Il n'était pas un Serpentard, comme lui. Il était le héros stupide et sincère.

L'éclat étrange de ses iris disparut alors, détendant définitivement les deux Gryffondors. Harry relâcha lentement le blond, les doigts engourdis de s'être trop crispés sur l'os. Depuis quand son ennemi d'enfance avait-il perdu autant de poids ? Et voir Draco enrouler ses bras autour de son corps dans un geste défensif ne le rasséréna pas…

« Comment allez-vous faire ? demanda faiblement le blond, embarrassé de s'être emporté, ne comprenant même pas lui-même la rage qui l'avait tant étouffé quelques secondes plus tôt. Pour convaincre les autres, je veux dire… Ils nous ont peut-être entendus… Peut-être sont-ils déjà en chemin pour me détruire ?

- Je ne les laisserai pas faire, répliqua Harry avec assurance.

- Tu ne doutes de rien, toi, ricana nerveusement Malfoy. Ça te ressemble… »

De nouvelles larmes vinrent s'ajouter à celles qui n'avaient pas eu le temps de sécher sur les joues d'albâtre, rapidement essuyées par les mains tremblantes du sorcier… Mais d'autres coulèrent encore, le contraignant à se détourner pour cacher ses pleurs. Le cœur de Harry se serra… Non, il n'aurait jamais cru voir un jour son vieil ennemi dans un tel état. Lui qui respirait habituellement force et confiance, persuadé d'être supérieur aux autres de part sa richesse et son statut social… À présent, il semblait déborder d'insécurités, brisé et… dépressif. Et ses derniers mots, avant de l'avoir rejoint au centre des rafales… Il semblait vouloir… mourir ?

Il secoua la tête, chassant ses réflexions avant qu'elles n'aillent plus loin. Il n'était pas l'heure de penser à tout cela, ils devaient…

« J'en ai putain de marre ! s'exclama brusquement le blond, dos à eux, les faisant sursauter. J'ai passé toute cette stupide journée à chialer sans aucune raison ! Cette "Reine des Neiges" n'est qu'une idiote, faible et méprisable ! Ne sait-elle donc pas se tenir un minimum ?! Je vais finir par me dessécher sur place, à force ! Merde ! J'en peux plus ! »

Cet emportement soulagea les deux Gryffondors qui sourirent, amusés. Neville également s'était senti triste et embarrassé en le voyant encore en larmes. Même alors que celui-ci avait failli blesser son roi. Son intervention ne solutionnait aucun problème ni ne répondait à leurs questionnements sur son état, mais avait l'avantage de détendre l'atmosphère. Ils ne lui demandèrent pas la raison de son affliction, de toute façon ils n'auraient eu aucune réponse, et préférèrent ignorer poliment ses yeux rougis.

« J'imagine que tu ne souhaites pas rester dans ton palais ? fit Harry pour en revenir au sujet principal. Ça va prendre un peu de temps avant que mes hommes acceptent ta présence, mais je ne pense pas que tu ais beaucoup à craindre d'eux.

- Pourquoi ? commença Draco en se retournant vers eux en frottant ses joues. Comment peux-tu… oh ! s'interrompit-il en se crispant, amer. J'avais oublié, "majesté" ! Il est vrai que tes "gens" se doivent de satisfaire le moindre de tes désirs. Le "Roi Arthur", rien que ça ! Je me retrouve dans la peau d'une pathétique pleureuse enfermée dans son propre château, et toi, tu deviens le plus grand héros de la plus fabuleuse légende de tous les temps ! Et le pire, c'est que ça ne m'étonne même pas.

- Tu n'as pas à être jaloux, "ma reine", ironisa le brun, piqué par sa remarque. Toi aussi tu as hérité de la royauté.

- Tu parles ! Je règne sur le froid et le vide ! J'ai même dû construire mon propre palais tout seul ! Si c'est pas tragique… Et cela me remplit visiblement de joie !

- Ne dis pas ça, tenta bravement Neville. Tes pouvoirs sont extraordinaires ! Dans notre monde, même le plus grand des mages ne pourrait pas construire une demeure aussi monumentale que la tienne avec sa seule baguette ! Et toi, il te suffit de tendre la main pour ce résultat ! Sincèrement, c'est vraiment impressionnant !

- Et tu es qui, toi ? éructa le Serpentard avec toute la morgue dont il était capable. Laisse-moi deviner : Lancelot Du Lac ! Tu n'as pas l'accoutrement de Merlin, et il est l'un des personnages les plus emblématiques de la légende. As-tu ramené toute ta troupe avec toi, Potter ? Vais-je devoir supporter une armée de Gryffondor, si je vous accompagne ? Qui d'autres nous attendent ? Je vois mal "Weasel" en Merlin, mais peut-être Granger ? Lui pourrait être Galahad, par exemple ? Oh ! Et j'allais oublier : la belette femelle ne peut être que ta précieuse petite Guenièvre, n'est-ce pas ?

- Tu as fini ? grogna Potter, une colère sourde difficilement contenue au fond de la gorge. Personne ne t'oblige à venir, au contraire. Après tout, comme tu l'as si bien dit, tu sembles "si heureux" au milieu de tes courants d'air !

- Harry… soupira Neville, dépité par la tournure de la conversation.

- Par contre, tu seras bien gentil de mettre fin à ta putain de malédiction. Sinon, on sera bien obligé de revenir pour régler ton compte !

- Une malédiction ? hoqueta le blond, surpris. Quelle malédiction ?

- Celle que tu as jeté sur le Royaume d'Été. Tu les as tous plongés dans un hiver éternel ! »

C'était impossible. Draco en était certain. La Reine des Neiges ne pouvait pas avoir fait cela. "Il" n'aurait pas pu ! Il n'y avait pas une once de ressentiment ou de haine dans son personnage de conte, seulement une infinie tristesse. Peut-être pouvait-elle se mettre en colère, comme il y avait quelques instants, mais jamais au point de lancer une malédiction ! Il fallait beaucoup de rancœur pour cela, et elle n'en avait aucune. À moins que…

L'irritation de Harry s'était instantanément envolée en voyant l'expression du blond. Il pouvait presque lire le cheminement de ses pensées sur son visage, et se demanda depuis quand il parvenait à décoder le "Prince des Serpentards". Peut-être qu'avec le temps et l'après-guerre, le jeune homme avait perdu l'habitude de cacher ses émotions ? Cette idée le fit froncer les sourcils… Non, cela devait simplement être à cause de son personnage de conte. Ou peut-être qu'Arthur était plus fin observateur ?

« Je n'arrive pas à contrôler mes pouvoirs, grimaça finalement Draco, mécontent d'être contraint à un tel aveu de faiblesse, tout en essuyant de nouvelles larmes.

- Pardon ? souffla Potter, choqué.

- Je ne sais pas utiliser ma glace ! répéta-t-il plus fort comme si le brun était sourd. Alors pour lever une malédiction, il va falloir demander à quelqu'un d'autre !

- Tu te fous de moi ?!

- Harry…

- Et qui vous dit que c'était la Reine des Neiges, la coupable ? C'est facile d'accuser sans savoir !

- Sérieusement ?! Une Reine des Neiges ! Qui vit pas très loin d'un royaume soumis à une malédiction d'Hiver ! Tu ne vois pas le rapport ? Le champ lexical est plutôt parlant, je trouve !

- Harry…

- Ce n'est pas elle ! insista Draco, les yeux à nouveau baignés de larmes malgré la hargne qui remontait doucement en lui. Ou alors ce n'est pas une malédiction.

- C'est quoi, alors ? Ou qui ?

- Je n'en sais rien, je viens de l'apprendre ! C'est votre job, à vous, pas à moi ! Je n'ai rien à voir avec tout ça !

- Oh que si !

- Non !

- Si !

- Du calme, vous deux ! cria finalement Neville, à bout de patience. Harry, c'est pas en étant aussi agressif que tu vas en tirer quoi que ce soit, tu devrais le savoir depuis le temps que vous vous connaissez. Roi ou pas, je t'assomme si tu continues à rentrer dans son jeu ! Et toi, Malfoy, ce n'est pas parce que tu n'arrives pas à arrêter de pleurer que tu dois te montrer aussi désagréable. Ça ne te rendra pas plus "honorable" ou qu'importe ce que tu veux nous faire croire.

- Un Malfoy ne pleure jamais, grommela Draco en se frottant encore les yeux de rage. C'est cette maudite "reine" !...

- Et si tu nous disais pourquoi tu… commença Harry, hésitant une seconde. Pourquoi "elle" pleure ? Il doit bien y avoir une raison, non ?

- Je n'en ai foutrement pas la moindre idée ! s'énerva plus encore le blond, qui tentait toujours en vain de se montrer menaçant malgré les larmes qui dégringolaient ses joues. Cette femme n'est qu'une crétine, fragile, émotive, et misérable ! Ça devrait répondre à vos questions ! »

« Sa mauvaise foi ne s'est pas arrangée avec l'âge », songea Potter en levant les yeux au ciel. Il mentait effrontément et avait le culot de le regarder droit dans les yeux en même temps… Quand il se souvint brutalement : ils incarnaient les personnages de contes qui leur correspondaient à la perfection, et étaient contraints d'agir en accord avec leur véritable personnalité. Et Malfoy luttait de toutes ses forces contre cela. La question était plutôt de savoir depuis combien de temps avait-il pris l'habitude de dissimuler ce qu'il était et pensait réellement ? Et de se voiler la face, par la même occasion.

Et puis… ne venait-il pas de s'insulter lui-même ?

« Ça ne va pas nous avancer à grand-chose, soupira Neville en voulant se frotter le visage avant de se rappeler qu'il portait un gantelet de plates.

- Rester ici à discuter ne nous aidera pas non plus, ajouta Harry, encore énervé. Il n'y a plus qu'à espérer que tes souvenirs en tant que Reine des Neiges referont surface avant d'arriver au Royaume d'Été.

- Pardon ? fit Draco, interloqué. Parce que tu pars du principe que je vais vous accompagner ? Je ne me rappelle pas avoir "oui" !

- Ne te rend pas plus bête que tu n'es ! On sait tous les trois que tu vas venir. Tu ne voudrais pas risquer la folie en restant seul pendant une année entière dans ton palais, n'est-ce pas ? »

Le Serpentard désirait visiblement lâcher une réplique cinglante, et mâcha sa langue pendant quelques secondes… avant de soupirer. La mort dans l'âme, mâchoires crispées, il hocha la tête pour signifier son accord. Avait-il le choix ? Il trouverait bien un moyen de leur fausser compagnie plus tard…

« Alors rejoignons vite les autres chevaliers avant qu'ils ne se décident à prendre ce château d'assaut, sourit Neville, heureux que la situation se soit enfin désamorcée. Prends tes affaires, Malfoy ! On part à l'aventure !

- Quelles "affaires" ? siffla le sorcier d'un air dédaigneux. À part de la glace, il n'y a rien ici.

- Mais euh tu… Tu n'as même pas de manteau ? bredouilla le Gryffondor, incertain.

- Je suis la "Reine des Neiges", sourit-il méchamment, un unique sourcil fin savamment levé. Tu as peur que j'attrape un rhume ?

- On a compris l'idée, grogna Potter, agacé. Allons-y. »

Tournant le dos à ses interlocuteurs, il entreprit de redescendre les nombreuses marches du perron, priant pour ne pas recevoir un sort de gel dans le dos. Il n'eut pas à attendre une seconde avant d'entendre son ami cliqueter dans son armure à sa suite… Cependant, il lui fallut patienter bien plus longtemps avant de finalement distinguer le pas délicat et aérien des bottes aux semelles fines du Serpentard. Et il ne put s'empêcher de sourire, satisfait.

« Au fait, Neville, sourit Harry en voyant son ami le rejoindre à ses côtés.

- Oui ? répondit celui-ci en vérifiant si Malfoy les suivait… ou au moins ne les attaquerait pas par surprise.

- Trop classe ton bouclier magique ! »

[===]

Draco déglutit d'appréhension en voyant la troupe armée jusqu'aux dents, cachée derrière un rocher, non loin de sa demeure. Si Potter n'était pas devenu le Roi Arthur, et ainsi changé le cours de l'histoire, il n'aurait pas survécu deux minutes face à eux ! Inconsciemment, il accéléra le pas pour se rapprocher du brun, tout en se dissimulant derrière son imposante cuirasse. L'autorité royale allait-elle suffire à les convaincre qu'il n'était pas une "sorcière maléfique" ? Le manichéisme avait toujours été omniprésent dans les Légendes Arthuriennes, et le blond savait pouvoir difficilement se faire passer pour une blanche brebis égarée… Particulièrement avec des pouvoirs magiques incontrôlables.

« Majesté ! Vous êtes enfin revenus ! s'exclama Perceval en se précipitant vers eux, la mine inquiète. Nous commencions à avoir peur pour votre v… Qu… Qui est cette gente damoiselle ? » hoqueta-t-il en apercevant le Serpentard angoissé.

Celui-ci triturait nerveusement sa longue tresse quand il leva un sourcil aristocratique. "Damoiselle" ? Sérieusement ? Il avait conscience de ne pas être le plus viril des hommes, mais pensait au moins être reconnu en tant que tel ! Cependant, l'épée pendue à son côté et sa carapace de métal rutilante le dissuadèrent d'exprimer le fond de sa pensée.

« Sire ! intervint un autre chevalier, "Galahad" si la mémoire d'Harry était bonne. Votre bravoure n'a d'égal que votre courage ! Ainsi, vous avez déjà vaincu la méchante sorcière, et même libéré cette délicieuse créature ! »

Cette fois-ci, les deux sourcils de Draco se levèrent, un désagréable sentiment lui tordant le ventre et nouant sa gorge. Il ne savait pas s'il préférait être considéré comme la "méchante sorcière" ou la "délicieuse créature"... Et le regard fixe du premier chevalier sur sa personne ne le rassurait pas le moins du monde.

« Ce n'est… commença le roi, oubliant qu'il était roi. C'est… Il est… Enfin, euh…

- Il était seul dans le château, mes amis, reprit Lancelot avec une assurance qu'il était loin de ressentir. Nous n'avons combattu personne, et aucun signe de la Reine des Neiges. Ce ne peut pas être lui, puisqu'il s'agit d'un homme.

- Un "homme" ?! s'écria Perceval, le choc de l'annonce l'ayant sorti de sa léthargie.

- Impossible, trancha sérieusement Galahad. Cette beauté ne peut être un homme, elle vous a trompé. La preuve en est qu'elle n'a pas de barbe ! »

Donc, la pilosité faciale était une preuve flagrante de l'appartenance à un sexe pour les célèbres Chevaliers de la Table Ronde. Ce constat fit soupirer mentalement Draco, incapable de réellement bouger son corps crispé d'effroi. Il avait toujours été imberbe ! Ce n'était pas faute d'avoir longuement prié devant son miroir tous les matins, ou d'avoir usé de nombreuses lotions, qu'elles soient moldues ou magiques. Depuis le temps, il s'était fait une raison… Cependant, il n'aurait jamais cru entendre un jour que cela faisait de lui une fille !

« Elle doit donc être la sorcière ! décida Galahad en dégainant son arme, prêt au combat, ce qui fit couiner Draco de frayeur.

- Je ne peux y croire, l'arrêta Perceval, une main sur le poignet de son camarade vindicatif. Cette fleur délicate ne peut point être malfaisante, je m'y refuse ! »

Malfoy aurait tant souhaité pouvoir s'offusquer d'être ainsi appelé. Plus encore en entendant Potter retenir son rire, les épaules secouées de tremblements significatifs. Mais il était pieds et poings liés ! La méprise du chevalier pouvait lui sauver la vie, il aurait été profondément stupide de le contredire.

« Mensonge ! intervint un troisième chevalier, arrivant l'épée au clair. Vous avez été ensorcelé, mon ami ! Regardez donc ces frusques ! Un tel accoutrement ne peut être que signe d'hérésie : une femme se doit de porter des robes, et non ce… ces "choses" ! »

Potter et Londubat se tournèrent d'un bel ensemble vers le sorcier tétanisé, détaillant ses vêtements avec plus de considération. Certes, ils n'y avaient pas prêté beaucoup d'attention plus tôt, n'étant pas particulièrement choqués par leur allure contemporaine. Pourtant, à la remarque de leur compagnon, ils ne pouvaient nier qu'une veste et un pantalon, aussi riches et sophistiqués soient-ils, ne pouvaient pas passer inaperçus dans un univers purement médiéval. La question étant : pourquoi la Reine des Neiges portait-elle ces habits puisqu'elle appartenait à ce monde ? Ils en eurent très vite la réponse.

« Nous avons croisé tant de gens aux cultures divergentes, protesta Perceval, si bien campé sur ses positions qu'il en vint à se placer devant Draco pour le protéger de ses propres frères d'armes. Je m'étonne que vous puissiez encore en être surpris ? Il ne me semble pas vous avoir entendu palabrer sur les mises des habitants du Royaume d'Été ! Qui ne sont pourtant pas bien différentes des atours de cette charmante jeune femme. Du moins, dans la semblance… Elle vient bien de ces régions, n'est-il pas ? Il n'y a donc point lieu à tant d'émotions ! Apaisez votre courroux, mes chers compagnons. Et croyez en la sagesse de notre roi ! Le pensez-vous capable d'une telle méprise ? S'il nous affirme que cette divine créature n'est point une menace, nous nous devons de lui accorder le même jugement. Après tout, la parole de notre roi est Loi ! »

Tous se tournèrent alors vers Potter, clairement mal-à-l'aise.

« Le moment est venu » pensa douloureusement Draco. Si le Gryffondor souhaitait réellement sa perte, il n'avait qu'un mot à dire, et il se ferait embrocher par au moins dix des douze lames présentes… Il vit le brun inspirer longuement et se redresser pour paraître un peu plus… "royal".

« Rengainez vos armes, ordonna-t-il avec un charisme que le blond ne lui connaissait pas. Je pense qu'il est effectivement cette Reine des… Je vous ai dit de rengainer ! »

Les chevaliers étaient encore en train de passer les lames dans leur fourreau quand ils les ressortirent immédiatement après l'affirmation de leur roi. À présent, ils étaient perdus… Et Malfoy ne pouvait que les comprendre : qu'était-il passé par la tête déficiente de Potter pour avoir dit une chose pareille ?! S'il avait voulu sa mort, il y avait plus simple !

« Il s'agit d'un malentendu, poursuivit Arthur pour justifier son commandement, attendant que tous obéissent avant de continuer. Il est bel et bien un homme, assura-t-il en observant intensément Perceval qui donna l'impression de recevoir un coup de poing. Et il était seul dans ce château. Il possède également des pouvoirs permettant de manipuler la glace, ce qui me porte à croire qu'il est cette fameuse "Reine des Neiges". L'appellation venant certainement de sa figure… "féminine", sourit-il en voyant les yeux plissés et les lèvres pincées du blond. Cependant, il n'a jamais cherché à nous nuire, et ne semblait même pas avoir connaissance de la malédiction du Royaume d'Été. Il s'est révélé plutôt… désorienté. De plus, il ne maîtrise pas ses capacités extraordinaires. Ce qui suggère plutôt qu'il aurait pu jeter la malédiction par mégarde. S'il ne s'agit pas de son œuvre, il pourrait certainement tenter d'annuler ce fléau. Dans tous les cas, mieux vaut l'emmener avec nous pour régler ce problème. Vous avez donc l'interdiction de lui faire le moindre mal. Suis-je bien clair ?

- Oui, votre Majesté ! répondirent les fidèles sujets du roi en chœur, presque par réflexe.

- Allez donc préparer les chevaux, nous repartons immédiatement ! Avec lui comme invité ! »

Après une légère indécision due à cette situation si singulière, tous retournèrent à leurs paquetages, rééquipant les montures pour reprendre la route, Harry, Neville et Draco restés en retrait. Perceval sembla hésiter quelques secondes, fixant le blond d'un air indéchiffrable, avant de suivre ses camarades. Et une fois qu'ils se furent tous éloignés, Malfoy ne tint plus.

« Es-tu complètement cinglé ?! persifla-t-il en maîtrisant difficilement sa voix pour qu'elle ne dépasse pas le volume d'un murmure. Pourquoi leur as-tu parlé de mes pouvoirs ?! Pourquoi leur as-tu dit que j'étais la sorcière ?!

- Tu aurais préféré qu'ils le découvrent par inadvertance ? rétorqua le brun, sûr de lui. Je suis le roi, ils me doivent obéissance, tu ne courrais aucun risque. Par contre, si je n'avais rien dit, l'un d'entre eux aurait fini par te voir faire mumuse avec des flocons, et t'aurait tranché la gorge avant que je puisse intervenir. Au moins, maintenant, c'est clair pour tout le monde.

- Merveilleux ! Je suis seulement devenu le pestiféré ! Un sorcier maléfique capable de les tuer dans leur sommeil par mégarde !

- Ce qui n'est pas faux, reconnais-le, s'amusa Neville. Si tu ne sais pas brider ta magie, tu pourrais effectivement tous nous geler pendant qu'on dort. Ce qui est un problème, ajouta-t-il après réflexion, le visage sombre.

- Cela n'arrivera pas, assura Harry.

- Attention à l'excès de confiance, Potter… grommela Draco, cynique.

- Si je devais avoir peur à chaque fois qu'une personne un tant soit peu dangereuse m'approchait, je n'aurais jamais connu Sirius ou Remus.

- Et tu aurais pu t'éviter de très très très nombreux autres dangers.

- Et je m'en suis très très très bien sorti ! Qu'importe, la question n'est pas là. Nous sommes tous dans la même galère à nous demander qui nous sommes et comment réagir avec les personnes de ce monde. Tu avais besoin d'aide, et tu ne sembles pas vouloir nous nuire, actuellement. Ça me suffit. Concentrons-nous plutôt sur le plus urgent : ta mémoire ! Tu dois absolument te souvenir de comment utiliser tes pouvoirs pour lever la malédiction d'ici à ce qu'on arrive au Royaume d'Été. Sinon… Et bien, on improvisera. Mais je préfère éviter d'en arriver là.

- Sire ! »

Perceval revint vers eux en trottinant, les joues roses et les yeux brillants fixés sur Draco. Comme le reste de ses camarades, il avait retiré son armure pour voyager plus léger, et sa carrure d'athlète de haut niveau n'en était que plus visible. Au dernier moment, il reporta son attention sur son souverain pour annoncer qu'ils étaient prêts au départ, Galahad et Caradoc s'étant occupés des chevaux de Lancelot et du roi.

« Je peux prendre notre invité avec moi, précisa-t-il, son sourire s'élargissant sans pouvoir s'en empêcher. Je n'ai pas beaucoup d'affaires, et ma monture est endurante.

- Inutile, répondit Harry en fronçant les sourcils. Il viendra avec moi.

- Les autres tenteront de s'y opposer, hésita le jeune chevalier. Ils craignent toujours que vous ayez pu être ensorcelé et redoutent sa magie. Il serait trop dangereux de vous laisser avec elle… "lui", je veux dire… Et même s'ils ne peuvent aller à l'encontre de vos décisions, le voyage deviendrait un calvaire. Tous resteront près de vous, aux aguets… Et…

- J'ai compris, soupira Arthur, las. Et j'imagine que Lancelot ne conviendrait pas non plus parce que… ?

- Pourquoi contraindre votre ami quand je me propose de conduire la belle… je veux dire… ce "jeune homme" ? »

Potter semblait clairement amusé par la situation, et le blond priait intérieurement pour qu'il trouve une parade à tous ces arguments. Il ne voulait pas, mais alors pas du tout, chevaucher pendant des jours entiers collé contre un inconnu ! Et un rapide coup d'œil lui permit de constater qu'ils n'avaient pas prévu de monture supplémentaire… À choisir, il préférait effectivement faire le trajet avec Londubat ! Celui-ci le détestait assez pour vivre un moment aussi désagréable que lui.

« Très bien, Perceval. Vous avez mon accord » se moqua le maudit roi en posant des yeux rieurs sur Malfoy.

Le sorcier serra les mâchoires, promettant mille tortures d'un simple regard, et suivit le chevalier guilleret vers un destrier à robe isabelle. Avec une galanterie qui aurait pu être flatteuse du point de vue de Draco s'il avait bel et bien été une femme, le jeune soldat noua ses doigts pour l'aider à grimper sur la selle… et le blond se vit contraint d'accepter l'offre : il avait toujours eu un marchepied pour monter sur son cheval, avant que celui-ci ne soit vendu pour éponger les dettes de sa famille. Et la monture devant lui était bien plus haute !

Gêné, il posa un pied indécis sur les mains jointes, agrippant le harnachement d'une main et l'épaule charitable de son aide de l'autre… avant de se hisser maladroitement. Heureusement, le guerrier était fort et solide, parvenant à le pousser vers le haut tout en se relevant, et le retint de justesse, lui évitant le ridicule d'une chute. Pendant que le galant réglait les sangles, Malfoy se morfondait sur sa bêtise… Il était rouge de honte, certain que les deux Gryffondors devaient bien se gausser. Et effectivement, les deux rustres dont on était en train de retirer la cuirasse, ricanaient en le voyant si gauche. Ils le lui paieraient !

Draco eut un sursaut quand Perceval grimpa à son tour, se plaçant derrière lui. Son torse touchait son dos, et ses hanches frottaient outrageusement son fessier. La teinte de ses joues passa de "cuisse de nymphe" à carrément "cinabre" ! Le pire étant qu'il n'avait aucun moyen de protester : la position était inévitable. Cette situation allait le rendre fou ! Et ils avaient plusieurs jours à partager ainsi ! C'était un cauchemar…

« Avez-vous déjà chevauché ? » demanda timidement le chevalier en passant les bras des deux côtés de son corps pour prendre les rênes, frôlant sa taille.

Jamais le Serpentard n'aurait avoué à qui que ce soit avoir cru pendant un instant que l'homme parlait d'un autre genre de "chevauchée". Il faillit le gifler !

« Un peu… marmonna-t-il, encore sous le choc de ses pensées.

- Parfait, vous savez donc comment bouger le bassin pour suivre le mouvement. N'hésitez pas à vous calquer sur mon rythme. Je vous laisse les étriers pour prendre appui : je les ai ajustés à la longueur de vos jambes pour que vous soyez plus à l'aise. J'ai l'habitude de galoper à cru, alors je n'en ai pas vraiment besoin. »

Draco se tourna vivement vers lui, hésitant entre la honte, le scandale, ou l'effarement. Mais les yeux du jeune homme, malgré leur aspect un peu trop lumineux, ne transpiraient que joie et sincérité. Il n'y avait aucune concupiscence, ni malice… Sans doute ne se rendait-il même pas compte de ses paroles ou de la position gênante dans laquelle ils se trouvaient. Il était presque "mignon" de naïveté.

« Je… hésita le blond, désemparé. Merci… »

Le visage du Serpentard devait à présent avoisiner la couleur carmin, mais ce ne fût rien en comparaison du moment où le cheval se mit en mouvement. S'il devait rester un peu de glace sur son visage, elle aurait certainement fondu tant sa peau était en surchauffe.

Le pire n'était pas la friction de leurs vêtements, mais sentir la chaleur et l'odeur de Perceval l'envelopper, deviner la fermeté de son pectoral à chaque fois que leur corps se touchait, ou encore son souffle caressant sa nuque… Cela n'avait rien à voir avec toutes les fois où son père l'avait pris avec lui, sur son palefroi, pour lui apprendre l'équitation : leur relation n'avait rien d'équivoque, et il était encore un jeune enfant à l'époque. Merlin ! Son père avait plusieurs fois aidé sa mère à changer ses couches ! Contrairement au cas présent… Ils étaient deux adultes… Pire : deux inconnus ! Et leur position suggérait un niveau d'intimité très… privé ! Savoir que l'homme respirant dans ses cheveux lui faisait les yeux doux n'aidait pas… Car il n'était pas stupide : il avait parfaitement compris le regard luisant, les joues roses, les gestes attentionnés, la galanterie excessive…

Toujours figé par son profond malaise, Draco ne fit pas attention à la route. Tête basse, il essayait de se concentrer sur ses mains, serrant le pommeau de la selle à s'en désarticuler les doigts, ou sur les mouvements du destrier entre ses cuisses. Malheureusement, son corps était si rigide qu'il ne parvenait pas à suivre l'allure, même en s'appuyant correctement sur les étriers. Courtois, Perceval ne lui faisait aucune réflexion… Le blond se sentait encore plus ridicule…

Sans crier gare, le chevalier les arrêta, ignorant ses compagnons qui poursuivaient la marche un peu plus loin devant eux. Le Serpentard avait perdu la notion du temps et n'aurait su dire combien de lieux ils avaient déjà parcouru, mais le soleil touchait presque l'horizon. Le guerrier sauta à terre, murmurant précipitamment qu'il revenait vite, et trottina vers la lisière d'une forêt de sapins, à une vingtaine de mètres.

Draco se demanda vaguement s'il ne devrait pas aussi profiter de cette halte inespérée. Il était épuisé, les muscles perclus de douleur par sa longue crispation et par l'équitation dont il avait perdu l'habitude. Ses yeux le brûlaient d'avoir trop pleuré, et le contrecoup de toutes les émotions de la journée le rendait somnolent. Il rêvait d'un bon matelas et de… non, en réalité, même une couverture jetée sur un sol dur et glacé lui aurait convenu tant il était éreinté. Ce qui allait certainement être son couchage pour la nuit…

Il fût coupé de ses songes par le retour de Perceval, un large sourire plein de fierté sur les lèvres. Le chevalier reprit place derrière son passager, mais au lieu d'attraper les rênes, il présenta quelque chose sous le nez du sorcier…

Une fleur…

« C'est une hellébore, expliqua Perceval, une légère nervosité dans la voix. La floraison durant la dureté de l'hiver, dans la froidure de la neige, est un événement fort rare. Il en devient d'une grande préciosité. Et cette race est l'une des seules à pouvoir prétendre à cette distinction. J'ai aperçu au loin cette magnifique battante, qui a su percer la couche de glace de la terre pour atteindre la lumière du soleil… Elle… hum… Elle m'a fait penser à vous. »

Trop… C'était beaucoup trop… Draco en avait le souffle coupé d'embarras. C'était donc cela les techniques de séduction chevaleresques ? Le fameux "amour courtois" ? Beaucoup de mièvrerie et de gros clichés ?! Il n'allait tout de même pas avoir droit à un poème, n'est-ce pas ?! Et il ne pouvait pas le rejeter fermement parce que… et bien… l'homme était gentil et affable. Il l'enchaînait par cette "prévenance" et cette "délicatesse" d'un autre temps. Ce qui était bien éloigné de son état d'esprit actuel… Le "non" tonitruant qui menaçait de franchir ses lèvres serait bien trop violent.

Pire encore : il connaissait le langage des fleurs, sa mère le lui avait appris depuis sa plus tendre enfance. Cela faisait partie de l'éducation de la noblesse. Par conséquent, Perceval devait également avoir des bases. Il n'avait donc même pas le luxe de pouvoir mettre cette attention "déplacée" sur le compte du hasard ou de la maladresse… Il souhaitait tant jeter cette chose par terre et la piétiner !... Mais il se retint : cela aurait été cruel, et il ne voulait pas être vu comme la "méchante sorcière". Ce garçon était bien trop candide, il pourrait le détruire en un claquement de doigts. Et au vu de sa situation actuelle, cela n'aurait pas été très malin : il était le seul à ne pas vouloir le décapiter ! Cependant, il ne désirait pas non plus lui faire croire qu'il avait une chance… Il était pris au piège !

« Elle… euh… Elle est très… belle, bredouilla difficilement Draco sans oser prendre la fleur, le regard figé.

- Cette Rose des Neiges est un symbole de paix et de sérénité, fit doucement son soupirant en caressant délicatement les pétales.

- Ah… ? »

« Pas vraiment, non ! » hurla-t-il très fort dans sa tête.

« C'est ce que je ressens près de vous. »

« Mais tais-toi, par pitié ! » continua de crier la voix intérieure du Serpentard. L'homme devait très certainement connaître le véritable sens de cette fleur, et il se jouait de l'ignorance prétendue de sa cible. C'était sadique !

« Il y en avait beaucoup ? demanda le sorcier, plus pour meubler le silence de plus en plus gênant que par réel intérêt.

- Celle-ci était la plus jolie. C'était la seule à avoir ce bleu parmi les touches rouges et roses. Je… Même si le rouge ou le rose serait magnifique sur vous, je pense que le bleu vous va aussi très bien. »

Le fourbe venait de l'achever. Il ne s'était pas attendu à cette attaque sournoise. Car les teintes des fleurs influaient grandement sur leur signification… Et cette hellébore double était blanche, veinée de bleu, et piquée de milliards de petits points rouges et roses… Objectivement, elle était réellement magnifique. Subjectivement, Draco la détestait. Elle lui giflait les sentiments de l'homme à son égard.

Car le sens historique de cette fleur était la folie. La paix étant arrivée plus tardivement, suite à l'utilisation de cette plante pour soigner les délires de jeunes filles dans certains récits mythologiques. Il s'agissait aussi d'un poison très toxique, pouvant entraîner de graves maladies ou malformations… D'où la symbolique sinistre.

La couleur venait parachever le tout. Le blanc était naturellement associé à l'innocence et la pureté. Mais le rose signifiait la féminité et la douceur… Le rouge étant la passion et l'amour véritable… Et le bleu, le désir et l'espoir, avec une touche d'inaccessibilité en prime.

Ce que Draco lisait en observant cette superbe Rose des Neiges, hormis le lien évident avec le titre de la Reine qu'il était censé incarner, était une déclaration d'amour désespérée. Le chevalier reconnaissait sa démence et être malade d'un amour passionné, empli de désir charnel, tout en admettant que le sorcier n'avait rien fait pour cela, qu'il était innocent et… "féminin"... et "interdit". Parce qu'il était un homme, et l'homosexualité était jugée comme pure hérésie dans cet univers… Ce qui parachevait le délire furieux de ce mauvais séducteur sans aucune subtilité !

Le Serpentard priait pour mourir d'une crise cardiaque dans la seconde. Il haïssait sa mère de lui avoir un peu trop bien appris ce langage, et ainsi l'empêcher de se réfugier dans l'ignorance. Dans d'autres circonstances, il n'aurait pas forcément été contre une activité en chambre, l'homme étant plutôt beau garçon… Mais la conjoncture actuelle n'était pas à la prise de "bon temps" ! C'était même la dernière de ses priorités ! Par Merlin ! Ils ne s'étaient rencontrés que quelques heures auparavant ! Qu'allait donc faire cet homme dans trois jours ? Lui sauter dessus ?!

Draco sursauta quand Perceval retira la maudite plante de sous ses yeux, voyant qu'il ne ferait aucun geste pour la prendre. Pourtant, le blond regretta son inaction quand le chevalier décida qu'il était une bonne idée d'accrocher la fleur dans sa coiffure. Le sorcier se mordit férocement la lèvre, retenant un hurlement outré… ou un couinement plaintif.

« Aussi belle soit-elle, elle demeure bien fade à côté de vous. »

« La ferme ! La ferme ! La ferme ! » fût le cri hystérique tournant en boucle dans la tête du Serpentard tétanisé.

« Perceval ? »

Draco redressa si vivement la tête qu'il eut peur de se briser la nuque. Londubat s'approchait d'eux, l'air curieux : son sauveur !

« Y a-t-il un problème ? Pourquoi vous êtes-vous arrêtés ?

- Ne vous faites aucun souci, mon ami. J'étais simplement descendu pour cueillir une fleur.

- Une fleur ? » répéta Neville, incrédule.

Son regard dériva vers les cheveux de Draco où se trouvait la coupable. Un instant, la surprise se peignit sur son visage et il sembla vouloir s'exprimer… avant d'être rendu muet par les yeux menaçants et paniqués de la personne décorée. Le message était clair : pas un mot ou je t'étripe ! Le Gryffondor se contenta alors de hocher la tête, le coin des lèvres retroussé dans un frémissement.

« Nous allons voyager un peu plus longtemps pour profiter au maximum de la lumière, les informa-t-il, préférant changer de sujet. Encore quelques heures avant de monter le campement. Si vous avez faim, il me reste un peu de viande séchée en attendant, vous en voulez ?

- Merci, mon ami. Mais… »

Sa réponse fût coupée par le grognement sonore et plaintif de l'estomac du blond, mortifié. Il ne savait même plus quand était la dernière fois où il avait avalé un peu de nourriture. De mémoire, cela remontait à l'époque où il pouvait encore se faire appeler "Draco Malfoy"… La Reine des Neiges, elle, ne semblait pas avoir besoin de se sustenter, si l'on devait en croire la vacuité absurde de sa demeure. Or, ce n'était pas le cas du Serpentard, dont le corps demeurait celui d'un simple mortel.

« Après réflexion, je pense que nous allons accepter votre proposition, cher ami » sourit Perceval, indulgent.

[===]

« C'est quoi cette fleur ? Tu l'as trouvé où ? »

Le sorcier se figea à la question du roi, l'air affolé. Ils s'étaient arrêtés afin de monter les tentes pour la nuit, et Arthur venait de finir de distribuer les tâches à ses chevaliers. Naturellement, il n'avait donné aucun ordre à Malfoy, étant considéré comme un invité et non l'un de ses sujets. Surtout qu'il était "reine"... peut-être. Du moins, il en portait le titre, que cela soit une invention ou non.

« Qu'est-ce que ça peut te faire ? » cracha le blond en réponse, détournant vivement le regard.

Mais Harry eut le temps de voir ses joues rosies, et ce n'était certainement pas à cause du froid… « Intéressant ».

« Rien, je suis juste curieux. Et quand tu refuses de me répondre, comme tu viens de le faire, ça me rend encore plus intrigué. Alors ? D'où vient cette jolie fleur ? C'est du gâchis de cueillir cette petite merveille pour l'accrocher sur ta sale tête.

- Pourquoi tu m'emmerdes, Potter ? Va jouer au petit roi !

- Elle n'est pas en glace, donc c'est une vraie… Mais je ne vois pas quand tu aurais trouvé le temps de la ramasser, à part quand Perceval s'est arrêté pour… Non ! »

Le Gryffondor éclata d'un rire bruyant, attirant l'attention de tous les soldats aux alentours. Draco se sentait humilié, crucifié en place publique. L'envie d'arracher cette maudite hellébore lui chatouillait les doigts, mais il ne voulait pas peiner le seul chevalier qui l'appréciait. Il pourrait un jour avoir besoin de son soutien, si les autres membres de la Table Ronde décidaient que la survie d'une "sorcière" n'était plus compatible avec leur chrétienté naissante : c'est-à-dire très bientôt.

« Sérieusement, Malfoy ? ricana encore le brun en essuyant ses larmes de joie. Tu l'as laissé mettre une "fleur" dans tes cheveux ? Merlin ! Si j'avais su que la flore était ton point faible, j'aurais employé cette technique beaucoup plus tôt !

- Si jamais tu avais approché tes sales doigts de ma tête, je te les aurais arraché un par un !

- Et pas lui ?

- Merci Merlin, il n'est pas toi ! Et c'est sa plus grande qualité !

- La sorcière vous importune, sire ? »

Draco fit un bond en se retournant, le cœur battant. Il n'avait pas entendu Galahad s'approcher dans son dos, et la main qu'il avait sur le pommeau de son épée le pétrifia de terreur. L'espace d'un instant, il avait oublié où et avec qui il était, trop heureux de retrouver un semblant de normalité en se chicanant avec son ancien ennemi. Le regard meurtrier du chevalier confirma ses doutes : il le prenait toujours pour un "méchant", plus digne de souiller sa lame de son sang que de chevaucher avec ses compagnons d'armes… encore moins de "parler" avec son roi.

« Tout va bien, mon ami, le rassura Arthur. Nous ne faisions que converser. »

Cependant, Potter se plaça tout de même devant le Serpentard pour le protéger, ce qui rassura grandement ce dernier. Le mouvement n'échappa pas au chevalier, pinçant les lèvres de frustration : il ne pouvait pas désobéir à son suzerain, même s'il n'était pas d'accord avec ses décisions. En l'occurrence : garder la "Reine des Neiges" vivante et en bonne santé. Galahad s'inclina, et jeta un dernier regard noir vers le sorcier terrifié avant de tourner les talons.

Draco prit une inspiration haletante, inconscient d'avoir cessé de respirer. Il avait parfaitement compris le message : "à la moindre occasion, au moindre prétexte, je t'occis". Un frisson glacé lui parcouru le dos, remontant jusqu'à la nuque. Et une idée commença à germer dans son esprit : il devait s'enfuir ! Il ne pouvait pas rester près d'hommes comme celui-ci. Alors, dès qu'il en aurait l'opportunité, il…

« Il ne te fera rien, tenta de l'apaiser Potter dans un sourire hésitant. Cela reviendrait à se rebeller contre mon autorité, et jamais il ne se le permettrait.

- Et si tu n'es pas là ? rétorqua Malfoy en grimaçant, serrant ses mains jointes pour les empêcher de trembler. Il pourrait détourner un de mes mots ou de mes gestes pour prétendre à une quelconque félonie de ma part. Il pourrait facilement convaincre les autres que je t'ai manipulé avec mes pouvoirs magiques… même si j'ai encore du mal à imaginer comment la glace seule pourrait aboutir à un tel résultat. Mais je ne suis pas certain que cet argument fasse mouche auprès de tes chevaliers…

- Alors reste près de moi. Ou de Neville… Ou de Perceval, ajouta-t-il d'un air taquin. Celui-là, quelque chose me dit qu'il ne te fera aucun mal, et serait même prêt à te défendre contre vents et marées.

- Il est légèrement insistant, souffla Draco en s'affalant sur un coussin. Franchement, Potter… Une "fleur" ?! Qu'est-ce que tu apprends à tes vassaux ?

- Je n'ai pas pour mission de les éduquer sentimentalement parlant, ricana Harry en s'installant près de lui. Je serai un très mauvais professeur…

- Tu n'imagines même pas l'état dans lequel j'étais quand il m'a sorti son discours mielleux. La syncope n'était pas loin !

- J'aurais aimé voir ça, rit le brun en leur servant deux verres de vin. Mais pourquoi tu ne lui dis pas ? C'est cruel de lui laisser de faux espoirs. Je ne doute pas que tu prennes toujours un malin plaisir à faire souffrir les honnêtes gens, mais… Rien qu'en gardant son cadeau dans tes cheveux, c'est… Tu ne devrais pas. Il est gentil et… naïf, si mes souvenirs sont bons. Je crois qu'Arthur l'a toujours considéré comme… son "petit frère inexpérimenté", je dirais. Quelque chose comme ça… C'est un garçon intelligent, un excellent combattant, plein de bonne volonté et de compassion… et au grand cœur tendre.

- C'est délicat, hésita le blond en prenant la coupe tendue et remuant le breuvage d'un air pensif. Comme tu l'as remarqué, je n'ai pas beaucoup d'alliés dans ta compagnie. Je ne peux pas me permettre de me mettre à dos l'une des trois rares personnes à ne vouloir que mon bien… En fait, il pourrait même être le seul : je ne suis toujours pas convaincu par vos motivations, Londubat et toi. Nous n'avons jamais été cordiaux les uns envers les autres. C'est suspect…

- Crois ce que tu veux, répliqua Harry en haussant les épaules. Je n'ai aucun intérêt à ton malheur, je cherche juste à venir en aide au Royaume d'Été. Et il se trouve que tu peux être utile.

- Et si je n'arrive pas à lever la malédiction ? Est-ce que je pourrais toujours compter sur votre soutien si je dois m'enfuir en catastrophe pour éviter la peine capitale ?

- Ça n'arrivera pas.

- Et si c'est le cas, insista le sorcier, agacé. Tu ne peux pas toujours vivre au jour le jour, Potter. Il faut savoir monter des stratégies et établir des plans pour se sortir des situations compliquées. Et là, c'est de la mienne dont il s'agit ! Granger n'étant pas là pour le faire à ta place, permets-moi d'endosser ce rôle, si ça peut sauver ma peau.

- D'accord, sourit le roi étrangement conciliant. Alors que proposes-tu ? Charmer mes soldats les uns après les autres pour qu'ils jurent sur leur honneur de te défendre jusqu'à la mort ? Ils finiraient par s'entretuer pour gagner ta main.

- Tu ne surestimerais pas un peu mes capacités de séduction ? s'amusa Draco, à la fois étonné et secrètement flatté. Si j'étais une belle jeune femme, je pourrais peut-être en entourlouper deux ou trois, mais onze ? Et malheureusement pour Perceval, je suis un homme. Cela m'étonnerait qu'un autre de tes chevaliers présente les caractéristiques du gay refoulé. Un seul, c'est déjà statistiquement surprenant dans un monde où l'homosexualité est purement et simplement prohibée.

- Tu ressembles à une fille.

- Merci, Potter. Je crois que tes chevaliers se sont chargés de me le faire comprendre lors de notre première rencontre. Cela ne change rien.

- Non, je veux dire… Tu ressembles vraiment à une fille. Plus que dans le vrai monde. C'est peut-être parce qu'à la base, ton personnage est féminin… Et dans le conte, la "Reine des Neiges" envoûte les hommes, je crois…

- Honnêtement ? fit le Serpentard, dubitatif, le nez dans son verre de vin. Déjà, cela fait près de dix ans que nous ne nous sommes pas vu : comment peux-tu affirmer que je sois si différent, ici ? Tu as un peu changé, toi. Et je ne mettrais pas cela sur le compte de ton "personnage de légende". Ensuite, tu sembles commencer à récupérer petit à petit la mémoire du Roi Arthur. Moi aussi, j'ai quelques réminiscences de la vie de la reine… Enfin, quelques flashs qui n'ont pas vraiment de sens pour le moment… plutôt des impressions ou des sensations… Je n'ai jamais lu le conte en question, et il y a encore beaucoup trop d'inconnus, mais je peux te garantir qu'elle ne peut en aucun cas ensorceler qui que ce soit.

- Tu en es sûr ? hésita Harry, méfiant.

- Certain. Ses seules capacités se limitent au froid, à la neige et à la glace. Rien de plus, rien de moins. Tout ce que je pourrais faire, c'est vous geler le sang et vous transformer en statues.

- Je suis beaucoup plus rassuré…

- Ne pose pas de question si tu n'aimes pas la réponse, grinça le sorcier, irrité. Ce n'est pas toi qui certifiais que tout irait bien ? Tu sais pourtant que je ne maîtrise rien.

- La magie obéit à la volonté de son possesseur, déclara Harry en remplissant leur deux coupes. Tant que tu ne nous veux aucun mal, il ne nous arrivera rien. »

La "reine" s'arrêta juste avant de boire la première gorgée de son second verre. Était-ce une blague ? Depuis quand "Harry Potter" était-il persuadé que "Draco Malfoy" ne souhaitait pas lui nuire ? Certes, dix ans avaient passé… Cependant, ils ne s'étaient jamais revus ni parlés. Comment pouvait-il proclamer son innocence aussi vite ? Comment pouvait-il être aussi optimiste, après sept années de querelles enfantines, vite rendues tragiques par la guerre…

« C'est toi le vrai naïf » murmura Draco si bas que Harry ne l'entendit pas.

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« Je ne lui fais pas confiance. »

Neville se tourna vers son acolyte. Caradoc et lui étaient chargés de ramasser du bois pour entretenir le feu durant toute la nuit, et c'était naturellement qu'ils avaient engagé la conversation. Le Gryffondor était curieux de la vie de ces guerriers légendaires, et n'en revenait toujours pas d'avoir endossé l'un des rôles les plus emblématiques de la légende. Mais petit à petit, le sujet avait naturellement dérivé vers le plus récent chapitre de leur histoire : Malfoy.

« Il y a quelque chose de dérangeant chez ce… "garçon". Si on peut appeler "ça" un "garçon". »

Le mépris dans sa voix était évident, et le langage bien plus familier en l'absence du roi. Le jeune botaniste avait vite compris que plusieurs des chevaliers jonglaient entre deux personnalités différentes : la noble, honnête, fidèle et vertueuse en face du monarque, afin de garder son respect et de lui témoigner tous les égards qui lui étaient dus ; et celle plus sombre et tranchante, la version naturelle et sans fard d'un être humain ordinaire. Lancelot se demandait si lui aussi entretenait la même habitude… Cela aurait pu expliquer son futur, où il serait capable de voler la femme de son meilleur ami et de son roi. Sa propre reine.

« Comment ça ? demanda-t-il, intrigué.

- Non mais tu l'as bien regardé ?! C'est pas un homme cette… "chose" ! Un vil serpent envoyé par Satan lui-même pour corrompre le cœur de notre roi ! Voilà ce que c'est ! Une femelle avec des attributs de mâle ! C'est pire que de la sorcellerie ! Uther Pendragon n'aurait pas hésité une seule seconde avant de l'envoyer au bûcher ! Je ne comprends pas ce qui a bien pu vous passer par la tête pour le ramener. De quelle malice cette… "reine-homme" a-t-elle bien pu user pour vous retourner le cerveau ? Raconte-moi ! Je ne peux croire que le Grand Arthur Pendragon ait pu être ainsi mystifié ! »

Neville était bouche-bée. Certes, il s'était attendu à de la résistance, mais pas à une haine si vive. Il ne savait pas quoi répondre pour convaincre le chevalier de l'innocence de Malfoy… Jamais il n'aurait cru devoir un jour défendre le Serpentard qui l'avait harcelé durant ses premières années à Poudlard ! L'exercice en devenait extrêmement complexe…

« Il… euh… n'est pas "si méchant" ? proposa-t-il sans grande conviction.

- Tu le connais ? fit Caradoc en fronçant les sourcils.

- Pourquoi dis-tu ça ?

- Ce sont ce que tes paroles semblent sous-entendre… Comment pourrais-tu attester de sa pureté d'âme sans l'avoir côtoyé auparavant ? T'aurait-il déjà sauvé la vie ? Auriez-vous combattu ensemble ?

- Non, je…

- Alors pourquoi déclarer qu'il n'est pas "méchant" ?

- Parce que c'est vrai ! Je… Oui, d'accord ! C'est vrai, je l'ai déjà rencontré !

- Vraiment ? s'exclama Caradoc, les yeux brillants d'excitation. Où ? Comment ? »

Dans quelle galère venait-il de se fourrer… Qu'allait-il bien pouvoir inventer ? Il ne pouvait décemment pas relater la vérité, il passerait pour un fou… Mais quoi qu'il puisse improviser, il devait impérativement en informer Harry et Malfoy. Et ce, le plus vite possible !

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Cela faisait un temps infini que Draco n'avait plus regarder les autres travailler à sa place. Ce constat le mit mal-à-l'aise, et il s'empressa de noyer sa gêne dans une autre gorgée d'alcool. Le vin dans ce monde était délicieux. Sucré… Traître. Il allait vite sentir sa tête tourner s'il continuait d'accepter les verres que lui resservait Potter.

« Cherches-tu à me saouler pour me faire avouer quelque chose ? demanda soudainement le Serpentard, suspicieux.

- Mince, je pensais avoir un peu plus de temps avant que tu t'en rendes compte, rit sans aucune honte le Gryffondor, remplissant à nouveau la coupe de son vis-à-vis malgré tout.

- Technique surannée et sans aucune finesse, soupira le sorcier en sirotant le breuvage, signe qu'il se laissait tout de même faire. Vas-y, je t'écoute. Pose tes questions.

- Tu n'es pas assez ivre…

- C'est maintenant ou jamais. À toi de voir.

- Très bien… Je voulais surtout comprendre pourquoi tu pleurais autant quand on était au château, et pourquoi tu n'as plus versé une seule larme dès l'instant où tu en as franchi les portes. »

Draco se figea.

« Et tu as besoin de l'alcool pour ça ?

- Je ne pense pas que ce soit un sujet facile à aborder pour toi, même auprès de tes proches. Alors avec moi… Et n'essaie pas de gagner du temps ou de détourner la conversation. Réponds.

- Pourquoi tiens-tu tant à savoir ?

- Réponds. »

Le blond réfléchit rapidement à ce qu'il pourrait dire… Il n'avait pas du tout envie de déballer la vérité, mais n'était pas en position de négocier… Et en y réfléchissant, il ne savait même pas ce qu'elle était.

Cela faisait si longtemps qu'il était malheureux, il en avait oublié la raison. Bien sûr, la guerre, son père, la déchéance de sa famille, le rejet des autres, l'absence d'avenir… Les ingrédients parfaits de la dépression. Il n'avait tenu que pour sa mère. Et pour ses rares amis aussi, peut-être. Il n'était plus sûr de rien. Avec le temps, tout se mélangeait. Il ne survivait que par habitude, prenant les problèmes les uns après les autres pour ne pas se laisser submerger. Il préférait oublier. C'était plus simple, plus facile. Il n'avait plus envie de rien… Juste respirer un peu plus longtemps, jusqu'à ce que même cela lui soit interdit. Au final, il n'y avait pas eu de très grandes différences par rapport à "avant". Il n'avait jamais eu le droit de faire ou d'être ce qu'il voulait. C'était peut-être pour cette raison que son corps du vrai monde ne parvenait plus à pleurer…

Mais Potter parlait certainement de la "Reine des Neiges". Et dans ce cas, il savait encore moins quoi répondre. Il n'avait toujours pas eu "ce" souvenir permettant de tout expliquer. Ce sentiment d'avoir été puni… Non, de se condamner soi-même ! Pour une faute inconnue…

« Je crois qu'elle s'est enfermée toute seule dans sa prison de glace, essaya finalement d'expliquer le sorcier, incertain. Je ne sais pas encore pourquoi mais… C'est comme si… elle jugeait ne plus avoir droit au bonheur… Ce qui est profondément stupide, si tu veux mon avis, poursuivit-il avec détachement, se redressant sur ses coussins. Quitte à passer pour la méchante, autant être libre de ses mouvements. Mais je ne pense pas qu'elle soit "mauvaise"... Peut-être juste quelqu'un qui a fait des erreurs dans sa vie, comme tout le monde. Et elle a vu votre venue comme une sorte de… rédemption, peut-être ? »

Pourquoi le regard de Potter le fixait-il avec autant d'intensité ? Il n'avait pourtant pas menti, il n'avait simplement pas eu envie de plonger plus profondément dans la psyché d'une personne, même s'il était censé l'incarner. C'était comme violer l'intimité d'une inconnue, et cette idée le révulsait.

« Tu sais que tu parles de toi, n'est-ce pas ?

- Depuis quand ? pouffa Malfoy. Ne me dis pas que tu crois encore aux mandragores du Ministre de la Magie ? "Des personnages incarnant notre véritable personnalité" ? Ne me fais pas rire. Tu es un héros ? Te voilà dans la peau du plus grand héros de tous les temps. Neville aurait pu le devenir à ta place ? Naturellement qu'il serait ton bras droit. Et moi ? Doit-on vraiment être surpris que je me retrouve enfermé dans un palais glacial, totalement dépendant de la gentillesse du protagoniste principal ou de la haine du peuple en colère ? Où sont les caractères dans tout cela ? Je ne vois que des situations à peu près similaires. Rien n'a changé. Les "méchants" seront toujours les "méchants". Et les "gentils" demeureront les "gentils". C'est ainsi que fonctionne la pensée manichéenne des contes de fées, autant que celle de la société.

- Halte ! Qui va là ?! »

Le sorcier sursauta. Trop pris dans son argumentaire, il avait presque oublié qu'ils se trouvaient dans une clairière, en plein cœur d'une forêt montagneuse, de nuit. Harry se leva, attrapant le fourreau d'Excalibur au passage. Ce simple geste, exécuté si naturellement, faisant fi de l'alcool ingurgité, impressionna le blond plus qu'il ne voulait l'admettre.

« Déclinez votre identité ! ordonna à nouveau Tristan, le chevalier chargé de monter la garde.

- Pardon, pardon ! fit précipitamment une petite voix fatiguée. Navrée de vous déranger ! »

Une jeune femme s'approcha, les mains en l'air, dont une tenait une grosse branche. Elle était couverte de boue, quelques feuillages encore accrochés à ses deux longues nattes rousses, et ses grands yeux verts semblaient épuisés. Son visage rond et enfantin était couvert de tâches de son, son petit nez retroussé ajoutant à son côté mutin. Elle avait les joues rougies par le froid et une longue marche, mais un sourire sincère étirait ses lèvres rouges, témoignant de son affabilité. Elle portait une longue jupe noire en feutre et un épais manteau d'hiver rouge vif d'aspect moldu plutôt moderne…

Le blond plissa les yeux… Cette fille ne lui était pas inconnue… Mais où avait-il bien pu la rencontrer ? De ses connaissances, seuls les Weasley étaient roux. Et elle n'était pas la belette femelle, et encore moins la mère… Mais alors qui ?

« Qui êtes-vous ?! Que fait une jeune jouvencelle en pleine nuit dans la montagne, à plusieurs jours du premier village à la ronde ?

- Je suis partie à la recherche de ma sœur, expliqua-t-elle toujours souriante et transie de froid. Mais je crois que je me suis perdue en chemin… Alors quand je vous ai vu, je me suis dit que j'allais peut-être pouvoir profiter de votre feu ? Ça fait longtemps que j'ai quitté ma maison, et j'en ai un peu marre de la neige… Vous n'auriez pas entendu parler d'un grand château de glace ? C'est là que je dois aller. Ma sœur est…

- Anna ?! »

Draco se leva si vite qu'il manqua de tomber à la renverse. D'où lui était venu ce nom ? Pourquoi était-il à ce point terrifié ? Cette jeune femme n'avait rien de dangereux, son arme improvisée n'étant pas très menaçante face à des soldats surentrainés. Alors pourquoi voulait-il la fuir ?! Il y avait urgence ! Il devait s'éloigner le plus vite possible ! Un malheur allait arriver !

La rousse se tourna vers lui, et ses yeux se mirent à pétiller de bonheur.

« Elsa ! »

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NOTES DE L'AUTEUR

Je voulais seulement parler de mon choix pour présenter Draco ainsi. En fait, je voulais faire honneur aux contes de fées en le décrivant comme "la plus belle de toutes les jeunes filles", comme c'est le cas de quasiment toutes les héroïnes des contes. Il y a le prince charmant (Harry) et la belle princesse (Draco)... qui sont roi et reine. Si je peux pas utiliser les GROS CLICHES dans des Contes de fées, personne ne le pourrait plus jamais ! Mais rassurez-vous, il y a aussi une VRAIE raison à son apparence, mais l'explication viendra bien plus tard dans le récit. Oui, Draco est TRÈS féminin, et oui, il est plus magnifique que tout. Si je ne peux pas utiliser ça dans un conte de fée, on ne peut l'utiliser nulle part. Alors oui, j'avoue ! Draco est MAGNIFIQUE et j'en abuse de ouf !

Petite précision : dans la "réalité" (comprenez par là, dans le monde de Poudlard), le Draco de ma fic est androgyne, mais on voit quand même qu'il est un homme. Pourtant, dans le monde des contes de fées, tout ce qui pouvait lui donner un aspect masculin a été gommé. Il garde un genre masculin, il n'a pas de poitrine, mais c'est tout. C'est pour cela que j'évoquais une "forme" de transgenre sans en être réellement. Car Draco se considère toujours comme un homme.

Autre chose… Je n'avais pas prévu DU TOUT que Perceval tombe follement amoureux de lui au premier regard. L'idée est venue après coup, pour une raison très simple : montrer un exemple d'amour courtois des Chevaliers de la Table Ronde, et l'aspect très excessif. Je n'ai pas la prétention de dire "c'est ça l'amour courtois", parce que j'ai conscience que ce n'est pas exact. Mais après avoir lu plusieurs Romans Arthuriens et avoir lu un loooong exposé sur l'amour courtois, j'ai eu envie de l'illustrer un peu. Et ce n'est que le début ! Rassurez-vous, je n'ai pas envie de faire de Draco une "Angélique Marquise des Anges", dont tous les hommes tombent à ses pieds…. Du tout. Même si j'aurais pu, en brandissant l'excuse de "contes de fées". Par contre, ça me servait à rien alors non.

En fait, je voulais aussi me servir de Perceval et de son amour pour Draco d'une autre façon dans le futur, et je ne vais pas vous spoiler. Sachez simplement que ce n'est pas totalement gratuit, il va être utile pour la construction des personnages et plusieurs événements.

Voilà ! C'est tout ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! Je pense publier tous les vendredis pour le moment, tant que j'ai des chapitres à fournir.

En espérant vous lire bientôt !

Des bisous et à très vite !

Ashu