JE SUIS AUSSI SUR WATTPAD
(***)
! ATTENTION ! Scène de lemon dans le chapitre ! Si vous ne voulez pas la lire, je la signale par des - 333 - au début et à la fin.
(***)
¤¤¤¤ - Chapitre 4 - ¤¤¤¤
===La Légende des Sept Mers===
Au bout de quelques heures de marche, ils retrouvèrent la roulotte d'Ysengrin et ses deux vieux chevaux de trait. Anna s'installa d'office avec lui pour le voyage, le questionnant sur ses marchandises et lui racontant sa vie. Officiellement par mesure de sécurité, Bohort resta avec eux. Officieusement, il leur fallait absolument satisfaire le besoin de solitude de Draco, toujours à cran, qui récupéra le destrier du chevalier. Perceval gardait une certaine distance avec lui, la mort dans l'âme, et personne ne savait vraiment pourquoi.
Harry appréciait beaucoup la compagnie du camelot, et calquait la vitesse de sa monture avec celle de la caravane pour se maintenir à leurs côtés. Les histoires de l'homme mûr ne cessaient de le fasciner : les descriptions de son pays d'origine, les diverses péripéties de son voyage à travers le monde, les personnes qu'il avait rencontré, les paysages qu'il avait contemplé, les situations extravagantes auxquelles il avait été confronté… Le Gryffondor se sentait redevenir un enfant émerveillé par les contes d'un fabuliste talentueux. Il avait toujours su que Remus était de nature curieuse, mais ne s'attendait pas à le connaître de cette manière. S'il n'avait pas été mordu par Greyback, si les événements avaient pu tourner différemment, celui qu'il considérait comme son oncle serait-il devenu un grand voyageur ? Il aimait cette idée. Cela soignait l'amertume qui étreignait encore son cœur depuis son décès.
C'était aussi durant ses longues conversations que Potter en apprit plus sur le caractère ingénu d'Anna. S'obligeant parfois à parler de sa sœur en terme masculin, elle avait éveillé les soupçons du brun. Elle expliqua alors avoir remarqué l'évident changement de sexe de son proche parent, qui lui avait seulement dit ne se souvenir de rien… Et elle, était bien plus gênée de devoir modifier ses habitudes de langage, que des innombrables autres problématiques qu'une telle situation pouvait engendrer. Harry ne savait pas quoi en penser. S'en moquait-elle vraiment ? Était-ce de l'inconscience ? De la foi ?... Et après tout, quelle importance ? Les faits étaient là, immuables, rien ne servait de trop y accorder d'importance. Le blond était devenu son frère au lieu de sa sœur, un roi au lieu d'une reine, mais cela n'influait en rien leur lien filial, ou la légitimité de sa gouvernance. Anna aimait toujours Elsa, qu'importait ce qu'il était. Aux yeux de Harry, le véritable amour devait ressembler à ça.
Malfoy, en revanche, continua à bouder dans son coin tout le long du trajet. Seul Neville parvenait à le dérider en lui tenant de temps en temps compagnie. Il était d'ailleurs le seul à pouvoir l'approcher sans être accueilli par une brise glaciale et la sécheresse de ses mots. Ce qui ne manqua pas d'étonner la totalité des personnes présentes, y compris Anna. Celle-ci ne s'en offusqua cependant pas, partageant toujours des moments privilégiés avec sa/son très chèr(e) "sœur/frère" le soir, dans ce qui était devenu leur tente. Les deux Gryffondors, eux, étaient très heureux de pouvoir se retrouver seuls dans l'abri royal, redevenant simplement "Harry" et "Neville", le temps d'une nuit.
Trois jours passèrent ainsi, sans qu'aucun événement ne vint perturber leur lente progression dans la forêt montagneuse. Et puis, au matin du quatrième jour, ils sortirent enfin du sous-bois. Malfoy en tête, ils grimpèrent le long d'une colline escarpée, Ysengrin attentif aux cahots de la route afin d'éviter de briser une de ses roues. Quand le blond s'arrêta au loin, ayant atteint le sommet… Lancelot le rejoignit lentement… et s'immobilisa également.
Face à eux s'étendait un immense panorama féérique : une plaine verdoyante où quelques moutons paissaient, des vergers en fleurs, une plage de graviers blancs, perdue au milieu de la côte rocheuse escarpée… et, à perte de vue, un océan gelé.
Draco retint son souffle, tétanisé. Au-dessus de sa tête se trouvait un grand ciel bleu azur. Mais devant, d'énormes nuages noirs semblaient sur le point de s'écraser sur la Terre. Il distinguait nettement la limite entre le doux printemps de la fin mai, et l'hiver éternel qui avait figé les flots… et il était le responsable de "ça" ?! Plus aucune vague ne venait s'écraser sur les falaises. Le verglas grimpait doucement vers l'herbe, comme si la froidure cherchait encore à grignoter du terrain… Et au loin, perdu dans l'horizon brumeux, devait se trouver Avalon… invisible au cœur du blizzard.
« Wow… hoqueta Neville, le souffle coupé. Si je m'attendais à ça… Je suis impressionné.
- Ce n'est pas drôle, gémit faiblement le blond, toujours pétrifié.
- Je ne plaisante pas… C'est… époustouflant ! Sincèrement. Même Lancelot ne pensait pas que tu serais un jour capable d'une telle puissance… et pourtant, ton pouvoir l'a toujours émerveillé. »
Très lentement, Draco connecta les informations dans son esprit, et fronça petit à petit les sourcils. Il se tourna vers le chevalier, suspicieux.
« Que veux-tu dire ? »
Le Gryffondor le regarda, surpris. Il hésita quelques secondes, peu sûr de lui. Il pensait pourtant que…
« Je croyais que toi aussi, tu t'en étais souvenu ? demanda-t-il, indécis. Nous deux… Le lac… Et que c'était pour ça que tu me… laissais t'approcher, dirons-nous… Remarque, c'est vrai : tu étais beaucoup plus jeune que moi. Tu devais avoir cinq ou six ans, pas plus. Et moi… Je crois que j'avais… Je ne sais pas trop… Quinze ans ? Alors c'est normal que tu ne t'en rappelles pas.
- Une minute… fit le sorcier, une migraine pointant le bout de son nez. Tu veux dire… Est-ce que tu ne serais pas en train de parler de cette… "fantaisie" ? Ce que tu as raconté à Caradoc, l'autre jour ?… Ne me dis pas que…
- Si, coupa Neville en souriant. C'était bien un vrai souvenir de Lancelot.
- Je croyais que tu avais tout inventé pour le convaincre…
- À la base, c'est ce que je voulais. Mais finalement, l'image s'est précisée dans ma tête… Je n'aurais jamais pu imaginer un récit pareil, tu sais ? Et plus je te parle, plus j'ai des "flashs"… Je crois que je t'entraînais… Ou j'essayais de tester tes limites. Je nous vois en train de combattre avec des épées de bois, aussi… Ça ne te dit toujours rien ?
- Peut-être… réfléchit honnêtement Draco, perdu. En fait… Je… C'était toi ? fit-il d'un coup, ses iris d'argent s'éclairant. Ce garçon qui me jetait à l'eau pour s'amuser ! Tu me tirais les cheveux !
- Faux : je te faisais des tresses.
- Mal. Je ne ressemblais à rien, après ton passage.
- Tu étais trop mignonne, ricana Neville, perdu dans ses souvenirs.
- Je ne te permets pas ! s'offusqua le blond, rouge de gêne. Et puis on s'en moque ! Cette vie ne nous appartient pas : il s'agit de "Lancelot et Elsa", et non de "Neville et Draco". Alors à quoi bon ? »
Le sorcier s'assombrit, le regard perdu vers l'horizon, là où devait se tenir l'île d'Avalon… Et Londubat devinait aisément le cheminement de ses pensées. Il avait maudit son propre Royaume, et n'avait aucune idée de comment le libérer… Il y avait de quoi déprimer…
« Wow ! s'exclama Harry, s'étant dépêché de les rejoindre avant les autres. C'est toi qui a fait ça ?! C'est… waaaouh ! Malfoy ! Ta colère devait être légendaire ! »
Neville se demanda comment son ami pouvait autant manquer de tact, avant d'apercevoir le coin des lèvres de Draco se retrousser légèrement, et très vite se remettre. Il ne s'était pas attendu à cela, et pourtant… il n'en était pas étonné. Après ces derniers jours, il ne savait plus s'il se trouvait en compagnie de "Harry et Draco", ou de "Arthur et Elsa"… Neville et Lancelot les connaissaient bien : la fausse désinvolture de l'un, et la fierté mal placée de l'autre… Et ces qualificatifs pouvaient aussi bien correspondre à l'un que l'autre. Exaspéré par ces deux-là, il leva les yeux au ciel.
« Ne t'inquiète pas, Potter, fit le sorcier, méprisant. Un jour, peut-être que tu arriveras à être à moitié aussi puissant que moi.
- Non merci, rit-il. Si c'est pour détruire mon pays, je préfère m'abstenir.
- Ce n'est qu'un peu de glace ! Le froid endort, il suffit d'enlever tout ça pour que la vie reprenne son cours normal, c'est tout.
- Si tu le dis, "Avalon au Bois Dormant". Ton royaume n'a plus qu'à attendre le baiser de son prince "charmant"… ou princesse. Ou reine ? Je suis plus très sûr…
- Où veux-tu en venir, Potter ?
- Nulle part. Je cherche juste à enlever la ride que tu as entre les sourcils avant qu'Anna arrive et t'assomme de questions auxquelles tu ne voudras pas répondre. »
La mâchoire de Draco s'ouvrit sous le choc. Le Gryffondor s'inquiétait pour lui ? Il devait avoir l'air sérieusement pathétique pour qu'il en vienne à de telles extrémités ! Au lieu d'en être touché, il ne fût que plus en colère. Il était sur le point de lancer son cheval au galop pour dévaler la pente et les distancer, quand les premiers chevaliers les rattrapèrent.
« Cette désolation me brise toujours autant le cœur, fit remarquer Caradoc en jetant un regard vers la reine qui se renfrogna.
- La malédiction ne s'est pas étendue plus qu'auparavant, c'est de bon augure, signala Tristan, pragmatique. Mais quelque chose a changé : regardez ! »
Le chevalier pointa l'océan, non loin de la rive : une goélette à trois mâts se frayait difficilement un chemin dans la glace. L'équipage au complet se trouvait au sol, devant la proue, pour briser la banquise à coups de pioches et de marteaux… Apparemment, ils s'attelaient à l'exercice depuis de nombreux jours, car une longue traînée d'eau salée libérée, parsemée de débris gelés, traçait une ligne sombre dans le paysage. Et à quelques centaines de mètres derrière la poupe, la fine couche de givre se reformait lentement…
« Ce navire n'était pas là lors de notre départ vers le château de glace de la reine, précisa Caradoc, intrigué. Ces marins sont déterminés pour avoir parcouru autant de distance ! Diantre ! Mais d'où viennent-ils donc ?
- Et où vont-ils ? ajouta Perceval.
- Allons voir. » décida Harry en fouettant les rênes de son destrier.
Lancé au galop, il entendit deux autres cavaliers sur ses talons, et n'eut pas besoin de se retourner pour savoir de qui il s'agissait. Cependant, une fois sur la plage, ils furent obligés de mettre pied à terre afin d'éviter aux montures de se blesser en glissant sur le gel, et évoluèrent lentement en les tenant par la bride. Draco restait au plus près d'eux, craignant certainement les intentions des marins énervés par leurs travaux forcés.
Mais petit à petit, Malfoy força le pas… Et en l'observant du coup de l'œil, Harry vit qu'il semblait curieux… comme s'il doutait de ses yeux… Comme s'il croyait reconnaître quelqu'un.
« Salut, les gaziers ! héla un des matelots, heureux d'un prétexte pour arrêter de trimer.
- Qu'est-c'vous faites là, les gnières ? Et avec une gonzesse, en plus ? Z'avez pas honte ? Faire marcher pareille jolie fleur ! Pfeuh !
- Sois pas couillon, Haroun ! fit un troisième homme en crachant un gros mollard sur la glace. T'vois pas qu'y sont d'la haute ? Y font jamais rien comme tout l'monde, ces gens-là. Hey ! Demi-tour, noblaillons ! C'est pas un temps pour gambiller à Avalon ! Ni aujourd'hui, ni demain ! Z'avez pas vu les vilaines balles d'coton bien dodues qu'attendent que des blasonnés dans vot'e genre pour crassiner jusqu'à plus soif ?
- Putain mais vos gueules ! grogna la voix d'un quatrième homme, torse nu et à la peau noire, jetant son outil au sol. Arrêtez de faire les marioles, les gars ! On en a tous marre, mais on a pas le choix ! Allez ! Plus que quelques jours à tenir, et…
- Blaise ?! »
L'homme à la carnation sombre se tourna vivement, ses yeux limes écarquillés en reconnaissant la voix…
« Draco ?! »
Le métis poussa un cri de joie et se précipita vers son ami, stupéfié. Il se jeta sur lui tel un boulet de canon, et le fit tournoyer en le serrant fort dans ses bras, riant à gorge déployée. Harry et Neville étaient perplexes, peu habitués à voir tant d'élans affectifs entre les Serpentards… Après trois tours, il reposa le sorcier, et lui agrippa les épaules pour le regarder sous toutes les coutures.
« Qu'est-ce que tu fais là ?! s'exclama Blaise, son sourire aux dents trop blanches allant jusqu'aux oreilles. Et avec les pires Gryffons qui soit, en plus ! T'as pas été gâté par l'arrivée, haha ! Bon sang, ce que ça fait du bien de te voir ! T'as l'air d'aller bien ! Et… wow ! T'es magnifique ! Plus qu'avant ! Qu'est-ce que t'as fait à tes cheveux ? Les avoir longs te va plutôt bien. Mais ça met vachement en valeur ton côté féminin, tu dois détester ça. Et puis t'as de ces lèvres ! Plus rouges que d'habitude… Et puis WOW ! Tes yeux ! Sublimes ! C'est quoi cette couleur ? C'est pas du tout naturel ! T'es qui comme perso, ici ? Et…
- Du calme, Blaise ! coupa Draco, désorienté. Qu'est-ce qu'il te prend ? Tu ne parles pas de cette manière, normalement…
- Passe cinq jours avec ces gars, et toi aussi tu deviendras bizarre, grommela-t-il, bougon. Ça change rien : je suis tellement content de te voir ! Et tu es vraiment super beau ! Je saurai pas dire ce qu'il y a de différent par rapport à ton vrai toi… Les yeux, les lèvres, les cheveux… C'est pas vraiment ça… Peut-être juste… tu as l'air… "bien". »
Malfoy n'était pas d'assez mauvaise foi pour ne pas comprendre à quoi son ami faisait allusion… Cependant, il refusait d'y penser, plus encore d'en parler devant deux Gryffondors un peu trop attentifs.
« Hey ! Cap'taine ! appela l'un des matelots. C'est quoi, là ? On fait une pause ?
- Moi oui ! répondit le mulâtre en ricanant, sadique. Vous, vous trimez !
- Mais chef !
- Il faut que j'accueille convenablement nos invités, les gars. Surtout de cette qualité. Je suis le capitaine ! J'ai une réputation à défendre.
- C'est ça, ouais ! À d'autres ! On vous a entendu, boss ! La bégueule est vot'e pote !
- Si c'était un de vos copains qui débarquait à l'improviste, je vous donnerai un congé. Alors au boulot, et sans beugler ! »
Blaise rit des grognements de ses hommes, et s'inclina exagérément pour indiquer la direction du navire aux trois nouveaux arrivants. Draco n'accorda pas un regard vers ses compagnons de voyage et s'avança sans hésiter vers l'imposante coque. Harry, en revanche, jeta un simple coup d'œil à son ami avant de lui emboîter le pas, le rattrapant le plus vite possible. Neville hocha la tête : message reçu.
Londubat fit demi-tour, et alla rapidement avertir le reste des chevaliers qui s'approchaient lentement. Il leur confia les chevaux et demanda à ce qu'ils attendent leur retour. Ysengrin et Anna se trouvaient toujours sur la plage à les observer : le marchand ne voulait pas avancer sa roulotte, de peur que la glace se brise et qu'ils coulent. Mais Perceval grimaça d'inquiétude en voyant sa très chère reine grimper une échelle de cordes pour monter sur la goélette, même si son roi se tenait non loin de lui afin de prévenir une potentielle chute. Et de loin, le nom du bateau écrit en lettres rouge sang n'était pas pour le rassurer : "Djinn's Revenge".
« Nous devrions venir avec vous, protesta-t-il, les yeux plissés vers le blond. Il n'est pas sage de laisser deux personnes royales seules avec un vil flibustier.
- Je les accompagne, précisa Neville. Ne vous inquiétez pas pour la reine, elle semble plutôt bien le connaître.
- Je ne peux y croire… Ce ne peut être qu'une odieuse fourberie !
- Rassurez-vous, mon ami. J'ai également déjà fréquenté cet homme, il ne nous fera aucun mal. Je n'en dirais pas autant de ces marins… Ceux-là, je ne leur fais pas confiance. S'il doit y avoir malice, elle viendra d'eux.
- Je veillerai » assura Perceval, plus tranquille à présent qu'il avait une mission.
De son côté, Harry remercia l'intelligence des chevaliers de ne pas voyager en armure de plates : il aurait été bien plus complexe d'escalader le franc-bord du vaisseau avec un tel poids sur le corps ! Seul un épais tabard de cuir noir le protégeait s'il devait combattre, et cela lui était bien suffisant. De même, le fait de ne pas avoir pu se laver plusieurs jours durant était rendu moins inconfortable par le changement d'habits régulier. Ce n'était pas l'idéal, mais c'était mieux que rien. Ainsi, il se sentait un peu plus à l'aise. Galahad, malheur à lui, le plus petit d'entre eux, avait été contraint de prêter ses rechanges à Draco, qui flottait tout de même dans sa chemise brune et ses braies bistre, une épaisse ceinture de cuir amarante à boucle en or ciselé maintenant le tout sur sa taille trop fine.
Une fois sur le pont, Zabini enfila négligemment un caban cobalt à boutons dorés, et les guida jusqu'à sa cabine, Neville les rejoignant au moment où ils en franchissaient le seuil. Le mulâtre les invita à s'installer dans d'épais fauteuils ouvragés en velours cuivre, bordeaux, ou prasin, et leur proposa diverses boissons alcoolisées… Visiblement, il bénéficiait de tout le confort dû à sa position, et son bâtiment n'avait rien à envier aux frégates royales.
Cependant, çà et là, le roi remarqua quelques dissonances : un siège au style divergent, un service de verres en cristal non assortis, des rayures sur la table en bois massif, des coussins de piètres qualité côtoyant d'autres plus riches, des rideaux aux teintes disparates… Tout semblait être un assemblage d'objets trouvés à différents endroits… ou subtilisés sur différents bateaux.
« Alors comme ça, tu es devenu pirate ? attaqua directement Draco, faisant écho sans le vouloir aux pensées de son ancien ennemi.
- Touché ! sourit Blaise, s'affalant sur son canapé usé. Toujours aussi perspicace à ce que je vois. Qu'as-tu découvert d'autre en observant ma cabine ?
- Que tu as très mauvais goût, mais cela n'est pas nouveau, sourit le blond en levant son fin sourcil d'aristocrate. Et tes activités de forban semblent… fructueuses.
- Ça, j'ai pas vraiment eu le temps de m'en rendre compte. Dès mon réveil, je me suis retrouvé sur un navire immobilisé par la glace ! L'équipage était en train de briser cette satanée banquise depuis plusieurs jours déjà pour nous frayer un chemin, jusqu'à trouver une mer plus "classique". Mon aventure n'a pas eu le meilleur démarrage qui soit… Mais j'espère bien me rattraper une fois qu'on pourra enfin prendre les flots ! Je me suis toujours demandé à quoi pouvait ressembler une vie de pirates ! Ça m'a quand même surpris : si on m'avait demandé mon avis, c'est pas ce que j'aurais imaginé pour mon "vrai moi".
- Ce n'est pourtant pas étonnant, fit distraitement le blond en sirotant son verre de vin. Tu as toujours eu ce côté "voyou opportuniste" que ta mère cherchait à éduquer. Il faut croire que l'adage "chasser le naturel, il revient au galop" est vrai dans ton cas.
- Comment se nomme ton personnage ? demanda Potter, curieux.
- Mes hommes m'appellent Sinbad… Mais je vois p…
- Sinbad ?! Comme dans "Les 1001 Nuits" ?
- Mille-et-une nuits ? s'étonna le blond. Et pourquoi pas juste mille ? Les moldus…
- C'est un recueil de contes très anciens du Moyen-Orient, l'ignora le brun, excité. Ils sont liés par le récit de Shéhérazade, l'épouse du roi. Puisque celui-ci a la fâcheuse tendance de faire exécuter toutes ses amantes après une nuit, considérant que toutes les femmes sont mauvaises et infidèles, elle décide de raconter une histoire différente chaque soir sans jamais la terminer, afin de le tenir en haleine et éviter un funeste destin. Ce manège se répète mille-et-une fois, d'où le titre de l'ouvrage, jusqu'à ce qu'il reconnaisse enfin ses qualités et abandonne l'idée de la tuer. Et la légende de "Sinbad le marin" en fait partie !
- Quelle imagination… renifla Malfoy, méprisant. À sa place, j'aurais plutôt monté une rébellion pour défaire cet être abject.
- Et qu'arrive-t-il à ce "Sinbad" ? demanda Neville, intéressé.
- Et bien… C'est là que c'est étrange… hésita Harry, concentré. Il ne me semble pas qu'il soit un forban. Ni capitaine, d'ailleurs… Dans mes souvenirs, c'est juste un marchand chanceux dans son malheur, qui parvient à s'enrichir malgré des échecs à répétition.
- Ça colle plutôt bien avec la situation actuelle, rit Blaise, pas du tout inquiet.
- En fait, à chaque fois qu'il veut monter une expédition et voir le monde, il se retrouve à faire naufrage quelque part, et est le seul à s'en sortir vivant. Parfois sans rien, parfois avec des trésors. À l'origine, il est un nanti qui, après avoir hérité de la fortune familiale, dilapide ses possessions en oisiveté et dépravation.
- Et ça, ça te correspond merveilleusement bien, enchaîna le sorcier, amusé.
- Alors comment se fait-il qu'il soit capitaine pirate ? interrogea Neville. Encore une autre variation de conte ?
- Comment ça "encore" ? demanda Zabini, piqué, en resservant les verres vides. À votre tour : qui êtes-vous dans ce monde ? Et comment êtes-vous arrivés ici… avec tous ces hommes armés qui vous attendent dehors ? Je veux tout savoir ! »
Malfoy noya son embarras dans sa coupe, peu pressé de dévoiler sa nature "féminine" à son ami si prompt à la moquerie… Et également qu'il était le responsable de cette mer gelée ! Son geste n'échappa pas au regard d'aigle du métis, qui plissa les yeux, de plus en plus intrigué… Il n'allait pas pouvoir y échapper. Et même en y réfléchissant longuement, il ne voyait pas comment inventer des boniments crédibles. Blaise était une personne trop clairvoyante pour son propre bien. Et il connaissait si bien le blond qu'il pouvait déceler ses mensonges en un temps record.
« En fait… Je suis le Roi Arthur, et Neville est Lancelot Du Lac » rougit Potter.
L'écumeur de mer recracha sa boisson, s'étouffant après en avoir avalé de travers. Il s'était attendu à tout, sauf à ça. Pourtant, après deux secondes de réflexion, il se morigéna pour sa bêtise : évidemment que le grand Harry Potter allait être le Roi Arthur ! Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ! Il n'avait juste pas songé que cette réalité historique serait inclue dans cet univers censé ne concerner que les contes et les légendes ! Le nom d'Avalon, l'île non loin de là où ils se trouvaient, aurait dû lui mettre la puce à l'oreille…
Il n'eut pas le temps de réfléchir plus en amont, et écouta attentivement le récit décousu des deux Gryffondors, son ami blond préférant garder un silence suspicieux. Et puis, il comprit.
« La "Reine des Neiges" ?! s'esclaffa-t-il, manquant à nouveau de s'étrangler avec sa salive. Une putain de Reine des Neiges ?! Vous êtes sérieux ?!
- Essuie donc le vin qui coule sur ton menton avant de tâcher ta veste, gronda sèchement la souveraine, les joues rouge coquelicot. Tu me fais pitié.
- Ça te va comme un gant ! rit franchement le métis. T'es trop parfaite dans ce rôle ! Tu savais que les autres Serpentards te surnommaient le "Prince des Glaces" quand on était à Poudlard ?
- C'est bon ?! Tu as fini de te moquer ?! Attends au moins la suite ! Tu riras beaucoup moins quand tu sauras à quel point je peux te faire payer tes railleries ! »
Harry se régalait : voir le blond aussi embarrassé par son meilleur ami était un spectacle dont il ne se lasserait jamais. Cela le rendait plus enfantin, plus épanoui, et faisait briller ses iris d'argent. Les voir se chamailler montrait à quel point les deux garçons étaient proches… Et quelque part, il enviait leur relation. Lui aussi voulait retrouver Ron et Hermione…
Finalement, Zabini se calma brusquement, les yeux ronds, en apprenant l'origine du froid polaire. Il resta coi tout le long du récit, ouvrant et fermant parfois la bouche lors de certaines révélations. Comme, par exemple, l'existence d'une petite sœur de la reine, ou la présence d'un faux Remus Lupin. Neville acheva la narration avec la fin de leur périple montagneux, et son souvenir d'enfance au bord d'un lac. Puis, un silence s'installa…
Blaise avait du mal à digérer le flot d'informations. En cinq jours, ces trois-là avaient vécu une véritable aventure, riche en rebondissements, alors que lui passait ses journées à briser de la glace… Il réfléchissait encore à ce qu'il allait pouvoir faire de son année, et eux avaient déjà une quête épique en cours : reconquérir un Royaume ! Rien que ça ! Mais était-ce si mirobolant quand on prenait le facteur "Potter" en compte ? Celui-là ne faisait jamais rien comme tout le monde. Et il avait entraîné son meilleur ami dans sa poisse ! Le Serpentard préféra momentanément oublier que ledit "meilleur ami" était l'origine de l'odyssée… Il choisit plutôt d'être affreusement jaloux ! Lui aussi voulait pouvoir profiter de son année dans les Contes et Légendes pour vivre une épopée homérique ! Lui aussi, il… Soudain, il eut une idée.
« Vous allez avoir besoin d'un navire, sourit-il.
- Au cas où tu n'aurais pas remarqué, il y a une épaisse banquise qui cerne ton bâtiment, précisa lentement Draco, un fin sourcil haussé avec dédain. Et elle relie le continent à l'île d'Avalon : nous pouvons traverser à pied.
- Tant pis pour vous, ricana Blaise en s'étalant tranquillement sur son canapé prasin, faisant tourner son verre entre ses doigts. Mes marins se déplaceront jamais sans le navire. C'est dommage, ils auraient été une sacrée main-d'œuvre pour la reprise d'un pays… Ils auraient… quoi ? Sextuplé vos effectifs ? Et puis, je ne suis pas certain que d'honnêtes chevaliers, bourrés de principes et de bons sentiments, soient les plus efficaces pour pénétrer un château. Lequel d'entre eux serait le plus à même d'accomplir une mission d'infiltration et d'assassiner quelques gardes en toute discrétion ? »
Draco se mordit la lèvre : il avait raison. Étrangement, le blond n'avait jamais cru qu'il lui suffirait de réapparaître pour que son beau-frère lui rende gentiment les clefs du royaume… Et ses gens n'allaient probablement pas être ravis non plus, après la catastrophe polaire qu'il avait déclenchée : il allait devoir reprendre sa capitale de force… Et donc, il avait besoin de brigands n'ayant pas peur de se salir les mains… Son personnage était vraiment une reine idiote ! Pourquoi serait-ce à lui, Draco Malfoy, de réparer ses erreurs ?... Il était à deux doigts de tout laisser tomber…
« Combien sont-ils ? »
Il releva brusquement la tête pour observer le visage de Potter : il avait le regard sombre, mais décidé de l'homme prêt à partir au combat. Il frissonna. Un souvenir de la reine lui revint brusquement : le Roi Arthur était un grand guerrier, un bon stratège, et un Général de Guerre reconnu mondialement ! Pour la première fois de sa vie, il était heureux de l'avoir avec lui.
« Soixante-dix, répondit le forban d'un air narquois. Bon, je reconnais, j'exagère : j'ai soixante-huit hommes à mes ordres. C'est un peu moins que six fois vos douze soldats surentraînés, mais c'est plutôt pas mal, non ? Enfin, puisque j'ai compté Londubat dans le tas, je devrais plutôt parler de onze chevaliers ? Ou treize, si je dois inclure le grandissime Roi Arthur ?
- Sont-ils tous prêts à combattre ? s'enquit le monarque, retrouvant des habitudes de chef militaire qu'il n'avait pas eu conscience d'avoir.
- Non, j'ai un médecin : celui-là restera loin du danger, il est trop précieux. Et mes canonniers savent se rendre utiles d'une autre façon… Les autres, même s'ils ont diverses compétences fort pratiques en d'autres circonstances, possèdent tous un sabre d'abordage et savent s'en servir. D'ailleurs, ça fait longtemps qu'ils n'en ont pas eu l'occasion, ils seront ravis de pouvoir ferrailler un peu. Ça les changera des pioches, haches et autres pics à glace improvisés. »
Malfoy ne se souvenait pas avoir déjà vu un air aussi carnassier sur le visage de son ami. Il ne savait pas s'il devait en avoir peur, ou au contraire être rassuré pour la suite des opérations. Mais ce fût l'expression sérieuse des deux Gryffondors qui lui réchauffa le plus le cœur : c'était pour lui qu'ils envisageaient la prise d'une ville fortifiée, la capitale d'un des plus puissants pays de ce monde…
De vagues réminiscences apparaissaient dans son esprit, sans image ni brusquerie. Une information qui remontait lentement et prenait forme jusqu'à devenir certitude, le faisant pâlir d'effroi : par des traités, le Royaume de Logres était lié à l'Île Fortunée. Le pays, pas la tête couronnée : il n'était pas censé se mêler des affaires politiques privées de la nation. Et il préparait une attaque sur Arendelle ? S'ils échouaient, si "Elsa" ne reprenait pas sa place, l'incident diplomatique serait cataclysmique. Un schisme comme il n'y en avait jamais eu entre Avalon et Loegrie, pourtant historiquement alliés depuis des temps immémoriaux. Tout ceci pouvait aboutir à une terrible guerre, et même entraîner les autres contrées dans ce sillage sanglant… Et même en cas de réussite, le roi montrerait au monde entier qu'il soutenait une personne, et non un État. Qu'importait les conséquences. Qu'importait la légitimité de ses actions. Et cela uniquement pour la reine ? Pour lui ?
Draco déglutit… Ils risquaient vraiment gros, ils n'avaient pas le droit à l'erreur. Quelque part, il savait que Potter était parvenu à la même conclusion, et ne cherchait pourtant pas à se défiler. La résolution dans son regard était terrifiante : pourquoi mettre en jeu la sûreté de son propre fief pour lui ?! Son ancien ennemi !... Cela le dépassait… et le réconfortait.
Pour la première fois, Potter était dans son camp ! Gryffondors et Serpentards s'unissaient pour une cause commune : lui ! Jamais de sa vie il n'aurait pu songer qu'un tel miracle se produirait. Il en avait le tournis… et en était aussi très angoissé. Durant ces derniers jours de marche, il n'avait pas pensé une seule seconde que le "Survivant" envisageait sincèrement de le remettre sur le trône. C'était bien trop improbable ! Et pourtant… Il en avait à présent la preuve.
Malfoy se redressa sur son fauteuil, soucieux de ne pas montrer son trouble. Il n'avait plus le choix : il devait leur montrer qu'ils avaient raison de croire en lui !
« J'ai besoin de savoir tout ce que tu sais sur tes hommes, affirma Arthur, déterminé. Leurs qualités, leurs points faibles, leurs habitudes, leurs savoirs martiaux, leurs connaissances et autres habiletés. N'omet aucun détail. J'en aurais besoin pour monter le plan de bataille, et…
- Alors nous avons un accord ? musa Blaise en tapotant distraitement sur le bord de son verre en cristal, générant un désagréable tintement strident.
- Que veux-tu ? demanda le blond, les yeux plissés, conscient de son rôle à jouer. Tu nous offres ton navire, ton équipage, et tout ce que cela représente en termes de force de frappe militaire, comprenant canons, poudre, boulets, ou mousquets… Tu ne fais pas cela par charité.
- Tu me brises le cœur ! Que fais-tu de notre amitié ? Je ne peux pas vouloir me mettre aux services de mon ami, en souvenir du bon vieux temps ?
- Tu parles de ce même ami qui marchandait son Whisky-Pur-Feu de contrebande dans la salle commune, en échange de bonnes notes en devoirs de Sortilèges ?
- Si je me souviens bien, tu n'en as jamais profité.
- Tu négociais d'autres arrangements avec moi… Parle : qu'attends-tu de nous ? »
Zabini eut l'un de ces fameux sourires chattemites dont il avait le secret, ménageant un silence calculé pour chatouiller leurs nerfs juste ce qu'il fallait. Mais Draco était habitué, et ne lui donna pas le plaisir de voir son irritation. L'astuce était de ne surtout pas être le premier à lancer la transaction. En réponse, il lui offrit la même chose : un air charmant et conciliant, adoucissant artificiellement ses traits. Il savait l'effet que son visage séraphique avait sur son ami. Et il en voyait déjà le résultat : Blaise serra les poings et mâchait sa langue.
« Rien de bien méchant, craqua le métis, fébrile, se redressant vivement dans le but vain de masquer son impatience. Vraiment trois fois rien…
- Crache donc le morceau ! s'impatienta Potter, avant d'être calmé par la main du blond se posant sur la sienne.
- Trois fois rien, donc ? chantonna doucereusement Malfoy, retrouvant ses réflexes de Serpentard.
- Et bien… hésita le pirate, la respiration un peu trop rapide. J'imagine que… Des lettres de noblesse et le pardon royal pour tout ce que j'ai fait et ferai dans le futur, de la part de deux monarques de deux nations différentes…
- Non, fit simplement le blond, un sourire désarmant sur les lèvres. Quoi d'autre ?
- Ça vous coûterait rien, pourtant…
- Allons, Blaise… Tu me déçois beaucoup : tu sais très bien que la première demande est automatiquement refusée, sinon il n'y aurait pas de négociations. Tu fatigues avec l'âge, je m'attendais à pire. Mais tu as posé les bases, il est temps pour toi de revoir tes exigences à la baisse.
- Je peux aussi vous laisser vous démerder.
- Alors tu n'auras rien, et nous pouvons partir. Merci pour le vin, et…
- Ok ! Ok, ok, ok ! Une lettre de commission ! De vous deux ! Et cent-mille pièces d'or !
- Dix-mille. Et tu n'auras que ma signature.
- Cinquante-mille.
- Vingt-mille.
- Vingt-cinq-mille !
- Accordé. »
Blaise sauta de son siège en criant de joie, s'apprêtant à faire la danse de la victoire quand il s'immobilisa. Il regardait Draco sourire tranquillement, satisfait.
« C'est quoi l'arnaque ?
- Tu crois que je possède vingt-cinq-mille pièces d'or sous ma chemise, et que ma signature vaut quelque chose si je ne suis plus reine ? ricana le blond en penchant la tête sur le côté d'un air innocent.
- Tu fais chier ! En gros, j'ai tout intérêt à ce qu'on réussisse, pas vrai ? Putain, j'aurais dû demander à Potter : il est déjà roi, lui.
- Mon royaume est immensément riche. J'aurais accepté les lettres de noblesse, et cinquante-mille pièces d'or. Je viens de t'avoir au rabais.
- Enflure. »
Cependant, Zabini riait. Il s'était toujours fait duper par Malfoy : savoir quand il pourrait le battre était devenu un jeu. Surtout que le blond avait conscience de son arme secrète, le "super pouvoir" qu'il avait sur lui pour lui faire perdre ses moyens, et l'utilisait à outrance. De leur côté, les deux Gryffondors se demandaient à quoi ils venaient d'assister.
« Maintenant que nous sommes d'accord, nous devons mettre en place un plan d'action, fit lentement Harry, peu sûr de ce à quoi s'attendre.
- Commençons par la navigation, proposa Neville. Comment allons-nous emmener ce bâtiment jusqu'à Avalon avec toute cette glace ?
- Vous avez la "Reine des Neiges" avec vous, non ? rétorqua Blaise, dédaigneux, en se rasseyant. Ça devrait pas trop poser problème.
- Je ne contrôle pas mon pouvoir, rappela Draco.
- Si tu comptes lever ta malédiction, va bien falloir commencer quelque part. Parce que si t'arrives pas à dégager tes icebergs de devant mon vaisseau, ça sert à rien d'aller sur ton île : tu feras pas revenir le printemps et ton peuple te haïra.
- Charmant…
- Et même… réfléchit Arthur. Les gardes d'Arendelle ne sont pas aveugles. Un bateau de cette dimension ne passe pas inaperçu au milieu de la banquise blanche, particulièrement lorsque celui-ci laisse des traînées de glaces brisées sur son passage. Comment allons-nous accoster ? Je maintiens que le plus sûr serait d'aller à pied.
- Si tu veux des canons et mon équipage, alors le "Djinn's Revenge" vient, insista le capitaine, têtu. Je n'abandonnerais pas ma goélette au beau milieu de l'océan.
- Pour cela, j'ai une idée, proposa le blond en allant vers une carte du secteur, épinglée au mur. Dans cette zone, se trouvent de nombreux récifs. En temps normal, il est très difficile de s'en approcher, le courant jetant régulièrement les bateaux des environs sur les pics rocheux. Les fonds sous-marins y sont jonchés d'épaves… Mais actuellement, il n'y a pas à craindre la houle. Et puisque la navigation est tant dangereuse dans ce secteur, la surveillance y est légère, voire inexistante. Nous pourrions donc nous y cacher, en attendant le bon moment pour sortir et canonner les murailles. »
Les trois hommes le regardèrent, ne croyant pas ce qu'ils venaient d'entendre.
« Je suis la reine ! s'offusqua Malfoy. Femme ou non, mon personnage est également le chef militaire de son royaume, et s'en sort même très bien ! Bande de machistes !
- Ce n'est pas ce que… bredouilla Harry. En fait, si. D'accord, c'est une bonne idée. Du coup, si je me souviens bien du château, il y a…
- Je voudrais pas interrompre vos tendres souvenirs d'une autre vie, mais on devrait faire monter tout le monde sur le pont avant d'élaborer une stratégie, coupa Zabini. Vous avez une dizaine de chevaux, et j'ai cru voir une carriole ! Ça risque de prendre un bon bout de temps… »
Potter et Malfoy hochèrent la tête de concert, commençant à se diriger vers la sortie…
« Alors c'est acté ? demanda Neville, perdu. Vous voulez vraiment attaquer la forteresse portuaire de la cité la mieux défendue de cette partie du monde, composée de milliers de soldats et d'un arsenal de défense au moins aussi conséquent que celui de Camelot, avec une petite goélette, dix canons, une soixantaine de bandits, treize chevaliers, une jeune fille et un vieux marchand ? »
Présentée de cette façon, leur entreprise ressemblait à une mauvaise histoire de fantaisie pour moldus. D'abord impatient, Draco se mit à douter… Ne feraient-ils pas mieux d'abandonner ? Ils n'avaient aucune chance de réussir, leurs pronostics de victoire dépendaient de beaucoup trop de facteurs incertains. Ses pouvoirs, pour commencer : il n'était même pas sûr d'être capable de tracer un chemin dans la mer gelée pour le navire, ce qui n'augurait rien de bon au sujet de l'acte final, la levée de la malédiction… Et même s'ils parvenaient à s'infiltrer dans l'enceinte du palais, il n'avait aucune idée de ce qu'ils y trouveraient. Avait-il encore des alliés ? Ses gardes demeureraient-ils fidèles à leur souveraine "méchante sorcière" déserteuse ?... Le prix à payer était bien trop énorme, ils ne pouvaient pas… Ils ne devraient pas…
Son angoisse dut se lire sur son visage, car Blaise passa brusquement un bras autour de ses épaules, et dévisagea Londubat avec toute la suffisance dont il était capable : beaucoup.
« Tu oublies que je suis Sinbad, la Légende des Sept Mers. Bénissez le jour où vous m'avez trouvé, car mon chemin est toujours pavé d'or. »
[===]
Installer la planche permettant de faire monter tout le monde sur le bâtiment ne fût pas une mince affaire. Et comme convenu, le plus difficile fût la roulotte d'Ysengrin : les vieux chevaux de trait n'avaient jamais connu le plancher d'un navire, et n'appréciaient pas le roulis constant de la coquille de noix flottante. Cependant, malgré leur rusticité certaine, les matelots étaient d'excellents manœuvres, et connaissaient bien leur métier. À l'aide de cordages pour tirer, et de rondins de bois pour empêcher les roues de reculer, ils réussirent tant bien que mal à hisser tout le monde sur le pont sans incident. Ils aménagèrent une place vers la poupe où le chariot serait le moins dérangeant, et guidèrent les animaux à la soute pour les panser et les nourrir aux côtés des chèvres et des poules.
Les chevaliers ne furent pas très heureux de la décision de leur roi, mais s'y plièrent sans trop protester. Girflet fût le plus réticent : côtoyer des pirates était bien éloigné de ses principes de chevalerie, et sa main ne quittait plus le pommeau de son épée. Certains, comme Perceval, n'avaient jamais pris la mer, et ressentaient déjà les prémices du mal commun à tous les néophytes. La plus large cabine leur fût réservée. Habituellement prévue pour le stock de marchandises, elle fût réaménagée avec de nombreux hamacs, quelques râteliers et des coffres vides afin qu'ils puissent déposer leurs effets. Cependant, la plupart d'entre eux préférèrent installer leur couchage à même le sol, ne souhaitant pas changer leurs habitudes de campement. Grâce au statut royal, Arthur Pendragon possédait naturellement ses propres quartiers, de même qu'Elsa et Anna Camlann.
Cette dernière, comme prévu, était extatique. En tant que princesse, elle n'avait jamais quitté la capitale avant la fuite de la souveraine, et ne pensait pas avoir un jour la chance d'embarquer sur un navire. Heureusement, tous les marins se montrèrent patients et amusés devant ses inépuisables questions, y répondant une par une avec une surprenante courtoisie teintée d'argot. Mais Draco soupçonnait surtout qu'une présence féminine les égayait un peu trop, et voyait la situation d'un très mauvais œil. Il profita alors de la défiance de Girflet pour lui demander de protéger sa très chère petite sœur contre de potentielles attentions pressantes inopportunes. Et le chevalier fût ravi d'y voir là un prétexte pour dégainer à la moindre occasion… Ce qui n'arriva pas, à son grand dam.
Finalement, Sinbad, Arthur, Lancelot, Elsa, quelques chevaliers réputés tacticiens, le quartier-maître Hindbad et le maître canonnier, se réunirent tous dans la cabine du capitaine pour élaborer leur plan de bataille. Malfoy, surtout, dû faire appel à toute sa concentration et son instinct pour réaliser le plus fidèlement possible une ébauche de l'agencement de la forteresse. Il se souvint même des diverses canalisations, et surtout de la grille d'évacuation vers la mer. Elle se trouvait en hauteur et presque inatteignable, mais s'y faufiler ne serait pas impossible pour un jeune mousse : un grand classique de l'infiltration.
Des heures passèrent sans qu'ils ne s'en aperçoivent, et petit à petit, une stratégie se mit en place. Elle n'était pas parfaite, comportait beaucoup de dangers et d'éléments incertains, mais épuisés, ils ne pouvaient pas faire mieux. Ils décidèrent de poursuivre après une bonne nuit de sommeil, et se saluèrent avant de partir. Quand Blaise retint son ami.
« Reste boire un verre avec moi, proposa-t-il aimablement. Ça fait tellement longtemps qu'on s'est pas parlé seul à seul, tous les deux. »
Harry fût d'abord soupçonneux, avant de réprimer le caractère phallocrate et protecteur d'Arthur : il devait se rappeler que le blond était non seulement un homme, mais également l'ami du métis, il était normal que les deux Serpentards aient envie de se retrouver. Le capitaine était peut-être un pirate sans morale, il restait Blaise Zabini, le meilleur ami de Draco Malfoy. De plus, ce dernier était loin d'avoir besoin de son secours, possédant des pouvoirs magiques impressionnants.
Fier de cette décision, et avec un incompréhensible pincement au cœur, il quitta la cabine du capitaine pour retrouver la quiétude de ses propres quartiers.
« Du vin ? proposa le métis devant son placard, choisissant avec soin le meilleur breuvage de sa collection. Tu as toujours préféré le rouge.
- Je te laisse choisir, répondit le blond en observant attentivement les bibelots sur les étagères. J'ai confiance en ton palais délicat.
- C'est pas facile dans ce monde, les noms des domaines me disent que dalle… même les dates ! « An 588 », je t'en foutrais, moi… Je sais même pas quelle putain d'année on est ! Je suis obligé de me fier à la quantité de poussière déposée sur le verre, si c'est pas malheureux… Celle-ci ! fit-il en tirant une lourde bouteille dissimulée derrière d'autres. Wow ! Elle a même des toiles d'araignée ! C'est sûrement la meilleure ! Et je la sors que pour toi !
- Ou bien elle a été oubliée et a tourné au vinaigre, sourit le blond en secouant une boule-à-neige, étrange objet à découvrir dans la cabine d'un capitaine pirate.
- Homme de peu de foi. »
Ce fût Sinbad qui eût raison : le vin était délicieux. Ils restèrent debout, appuyés contre une table ou une commode, flânant au milieu de cette caverne d'Ali Baba regorgeant d'objets hétéroclites insolites. Parfois inattendus comme un hochet, parfois aberrants comme une gigantesque défense d'éléphant, parfois obscurs comme une statuette de cheval en airain, à l'intérieur duquel se trouvait un anneau d'or…
Elsa ne mentionna pas une seule fois à quel point il était émerveillé par tous ces biens, même s'il mourait d'envie de poser des centaines questions sur leurs origines ou leurs utilités. Il se contenta de regarder ou les faire rouler entre ses doigts, poursuivant la conversation comme si de rien n'était. Ce petit jeu n'échappa pas au pirate, amusé. Il observait son manège en lui tournant autour, n'attendant qu'un mot pour satisfaire sa curiosité. Mais le blond était un homme fier et têtu.
« C'est marrant d'avoir des souvenirs d'une autre vie qui "flashent" d'un coup, sans crier gare, poursuivit le noir en regardant son ami tripoter un fourreau de soie peinte de mille couleurs, aux motifs semblables à des ailes. Au début, j'ai cru que j'avais des hallucinations.
- C'est comme si nous avions vécu deux existences totalement différentes, confirma le blond en caressant le riche tissu d'une incroyable finesse. Parfois, j'ai l'impression de ne plus être moi-même. J'ai peur qu'après quelques mois dans ce monde, "Draco" disparaisse totalement au profit de la reine.
- Je pense pas. Après tout, Shacklebolt a bien dit que nos personnages sont la parfaite représentation de notre "nous" profond. On change pas de personnalité, on assume seulement ce qu'on est vraiment. Et pour le moment, je trouve que c'est plutôt tombé juste : ça me va bien, la piraterie !
- Et que fais-tu des aspects volontairement cachés ? Le fait de réprimer certaines parts de nous fait également partie de notre caractère. Personne n'est totalement transparent. Il y a certaines choses… que je préfèrerais tenir secrètes. Et j'ai l'impression d'être forcé à me révéler.
- T'inquiète pas, je suis sûr que ce facteur est pris en compte : t'es pas en train de déballer toute ta vie que je sache. Tu vas les garder, tes mystères. À moins que tu décides de finalement lever le voile… comme tu es en train de le faire avec la robe d'Isis. »
Draco fixa son ami, étonné, puis reporta son attention sur l'habit qu'il ne pouvait s'empêcher de caresser. La soie était si douce, si fluide. Elle glissait entre ses doigts comme de l'eau. Un véritable trésor.
« Tu parles de la déesse égyptienne ? demanda-t-il, se sentant soudainement honteux d'oser toucher un vêtement divin, sans pour autant le lâcher. C'est de la mythologie : une simple histoire racontée aux moldus pour mieux les contrôler. Sans doute inspirée d'une sorcière antique qui aurait…
- Tu oublies où nous sommes : le monde des Contes et Légendes, rétorqua Blaise, se plaçant dans le dos de son ami et prenant son verre de vin pour déposer leurs deux coupes sur le buffet à côté. Pourquoi Isis ne pourrait-elle pas réellement exister, ici ? L'histoire de cette tunique est très intéressante, ajouta-t-il en posant ses mains sur ses hanches. Que tu sois à ce point fasciné par elle est plutôt révélateur… Je te raconte ?
- Non merci, répondit le blond, faussement nonchalant. Te connaissant, il doit certainement y avoir des allusions salaces. Et tu vas en profiter pour sous-entendre une proposition.
- Dommage, j'avais un super discours en tête. Mais je suis curieux : dans tous tes souvenirs en tant que reine, y a-t-il eu quelques moments charnels ? Peut-être des plaisirs solitaires ? Raconte-moi. Qu'est-ce que ça fait d'être une femme ? As-tu perdu ta virginité ?
- Tu es vraiment un pervers, dans ce monde comme dans l'autre, soupira Draco en se tournant vers l'homme, sans se dégager de ses mains de plus en plus baladeuses. Cesse de tergiverser et énonce clairement tes intentions. Toi et moi avons dépassé le stade du flirt depuis très longtemps, déjà.
- Je crève d'envie d'être l'homme qui te déflorera, ici aussi. En plus, nous avons tous les deux nos expériences de la vraie vie, ce sera beaucoup moins maladroit que notre première fois, à Poudlard.
- Depuis combien de temps y penses-tu ? sourit le sorcier, glissant ses mains le long du torse du métis jusqu'à son col de chemise, lui déclenchant volontairement des frissons. Si je me souviens bien, malgré tes tendances bisexuelles, tu préfères tout de même les femmes. On avait arrêté de se faire du bien à cause de ça.
- Pas que… souffla Blaise en pelotant les petites fesses fermes qui lui avaient tant manqué. On va dire que t'étais plus trop "dans l'ambiance", et j'ai trouvé deux autres plans cul… Mais je reviens toujours vers toi, de temps en temps, on n'a jamais vraiment arrêté.
- Si tu le dis… chuchota Draco en frôlant leurs lèvres. Mais tu ne peux pas voler une seconde fois ma vertu : je te rappelle que j'ai gardé mon corps. Celui d'un homme sur lequel tu es déjà passé de nombreuses fois.
- Tant pis, je m'en fous, gémit-il quand le blond se recula, maintenant une très mince distance entre eux. T'as jamais été aussi bandant. J'ai envie de toi depuis que je t'ai vu. T'as toujours été superbe, mais là c'est pire que tout. Je sais pas si c'est les cheveux longs ou tes yeux argentés… Peu importe : je te veux, là, tout de suite, ajouta-t-il la voix rauque, poussant sa "proie" contre le mur pour coller leurs corps.
- Tu n'as jamais eu aucune patience, rit la "victime" plus que consentante, dénouant les lacets de la tunique du noir. C'est peut-être l'idée d'ajouter une reine à ton tableau de chasse ?
- Possible, grogna le "prédateur" impatient, agrippant la cuisse mince pour la hisser contre sa hanche et commencer à onduler. Je me suis déjà tapé le "prince". Quoi de plus logique que de passer au niveau supérieur en baisant la "reine" ?
- Qu'est-ce que je disais ? fit-il en enroulant ses bras autour de son cou. Un voyou opportuniste, oisif et dépravé. Tu fais un parfait Sinbad. »
- 333 -
Draco mordit la lèvre de Blaise, et ce fût le signal pour ce dernier. Il se jeta sur la bouche rouge et charnue, et la dévora. En même temps, il attrapa fermement le tendre fessier royal, et le souleva. Automatiquement, le blond enroula ses longues jambes autour de son ami, s'accrochant à ses épaules pour ne pas tomber, et poursuivant leur baiser de plus en plus passionné et vorace.
Cela faisait trop longtemps que le blond n'avait plus couché avec personne. Il n'avait pas eu conscience d'être à ce point en manque avant de subir les avances délicieusement grossières de son ex-plan cul. Le désir lui vrillait le ventre et comprimait son cerveau. Il ne s'arrêterait pas avant d'être pleinement satisfait.
Le métis le posa sans ménagement sur la table, et ne s'écarta de lui que le temps de lui retirer sa chemise. Puis, il s'attaqua à la boucle de la ceinture, pestant contre ses mains tremblantes d'anticipation. Draco lui mordait la clavicule tout en ouvrant ses braies avec plus d'adresse, venant ensuite au secours des doigts crispés d'impatience pour prendre le relais. Pendant que le blond finissait de se déshabiller lui-même, Blaise retira précipitamment son haut avant de fondre à nouveau sur les délicieuses lèvres pour les ravager.
Il connaissait chaque centimètre de cette peau de velours, se souvenait parfaitement des endroits sensibles à caresser pour déclencher un doux gémissement de plaisir ou un frémissement d'extase. Il savait comment réagissait son amant à chacun de ses mouvements, savait ce qu'il aimait ou ce qui le rendait fou. Il pouvait anticiper ses spasmes de délices, ses cambrements lascifs, sa voix si pleine de luxure… Et il adorait ça ! Son cœur battait de plus en plus vite, tellement heureux de retrouver ce corps qu'il lui avait tant manqué. Sa libido explosait, une étincelle lubrique de plus en plus brillante dans les yeux. Enfin ! Il retrouvait son Draco.
« Ça y est, grogna-t-il à l'oreille de son partenaire pantelant, lui mordillant le lobe sensible, ses doigts profondément enfoncés en lui. Je sais pourquoi t'es encore plus désirable qu'avant… T'as juste plus l'air sur le point de t'effondrer au moindre coup de vent. Tu vas bien. »
Blaise ne lui laissa pas le temps de répondre, et le pénétra lentement, leur arrachant un cri à tous deux. Il avait presque oublié le plaisir vif de son étroite chaleur et haleta quelques secondes. C'était comme retrouver la partition d'un morceau qu'on affectionnait tant, et le rejouer sur son instrument préféré. Le frisson qui le prit le fit hoqueter, et son cœur manqua plusieurs battements. C'était tellement bon !
Incapable d'attendre que le blond s'habitue à l'intrusion, il enchaîna fébrilement les mouvements de va-et-vient. À chaque friction, son sexe devenait plus sensible, plus gros, plus dur, son appétit grimpait, une frustration crispait de plus en plus ses muscles… C'était cette joie obscène, cette douleur grivoise, l'hédonisme pur qui tiraillait le corps et l'esprit jusqu'à son extrême limite, à la recherche de la délivrance ultime, sale et crue.
Alors qu'il se délectait du visage fiévreux de son amant brûlant, caressant ses flancs, griffant son dos, mordant sa langue, léchant son cou, suçant la moindre parcelle de peau à sa disposition, quelque chose commença à rompre en lui. Le dernier fil qui le reliait à la raison. D'un coup, ce fût trop. La passion torride laissa place à la pure sauvagerie. Ses coups de rein devinrent bestiaux, ses doigts serraient durement les hanches pâles. Il ne voyait plus Draco, juste cette antre étroite et humide que son pénis pilonnait inlassablement. Il y était presque… Il était au bord…
Puis vint la libération dans un râle rauque. D'abord celle du blond, le dos cambré à se briser, puis la sienne, dont les violents spasmes manquèrent de le faire chuter. Sa semence s'expulsait en plusieurs longs jets puissants, remplissant ce corps si parfait qu'il avait l'impression de le souiller. C'était ce plaisir malsain de salir ce qui était beau, comme le premier à marcher dans la poudreuse immaculée, de marquer sa propriété en y laissant sa trace.
Il s'écroula sur son partenaire, couverts de sueurs et pantelants. L'orgasme dévastateur était passé, de même que ses pensées bestiales, le laissant à la fois vide et comblé. Aucun des deux ne purent émettre le moindre son avant quelques minutes, reprenant doucement conscience de la réalité.
« J'avais oublié que tu étais un sauvage. »
Ils éclatèrent d'un rire indolent, engourdis par l'épuisement et la satisfaction post-orgasmique. Ce calme après la tempête était si bon, tellement délectable… Vraiment : Draco était son meilleur coup. Mais jamais il ne le lui avouerait.
- 333 -
Lentement, avec révérence, il dégagea son sexe flasque, libérant un peu de sa crème blanche qui coula sur le bois de la table, et prit son ami-amant dans ses bras telle une princesse. Délicatement, il alla le déposer sur le canapé, prenant bien garde à ce que les conséquences de leur récent ébat ne vienne pas perturber la douce langueur du blond. Blaise ne prit pas la peine de relacer ses braies, et le pénis à l'air, alla chercher leurs verres à moitié plein, avec la bouteille à peine entamée. L'alcool après la baise était toujours meilleur !
« Ça faisait depuis combien de temps que tu l'avais pas fait ? demanda-t-il en remplissant les coupes à ras bord, avant de tendre la sienne à son acolyte.
- Cela ne te regarde pas, répondit-il en trempant ses lèvres dans le vin, étendu à la manière d'un empereur romain. Dis-moi plutôt : es-tu confiant pour la reprise d'Arendelle ?
- Quel changement de sujet ! Tu veux me poser cette question depuis le début, pas vrai ?
- Réponds…
- J'en sais foutrement rien, soupira le mulâtre en s'affalant dans un fauteuil, en face du blond. Je sais juste que j'ai rien à perdre. Soit on meurt tous, et on se réveillera à Poudlard, uniquement blessés dans notre amour-propre de pas avoir pu tenir plus longtemps. Soit on réussit, et alors j'aurais vécu une super aventure, mon équipage sera riche, et on pourra continuer à sillonner les mers en tant que corsaires protégés par le puissant Royaume d'Avalon. C'est plutôt pas mal, je trouve.
- Nous pouvons aussi être fait prisonniers et torturés…
- C'est pareil : le Ministre a expliqué qu'un système de sauvegarde psychique est mis en place pour éviter les traumatismes. Au moindre problème, on sera de retour dans la Grande Salle.
- Ce n'est pas très juste pour les véritables habitants de ce monde, hésita Draco, le regard plongé dans son breuvage. Nous débarquons de nulle part, prenons des décisions qu'ils pourraient juger illogiques et inconsidérées, ils ne peuvent rien dire car nous avons des positions de pouvoir, et nous n'avons rien à craindre des conséquences ? Et eux ? Pourront-ils continuer après le chaos que nous aurons engendré ?
- Avant de s'inquiéter pour eux, faudrait déjà savoir s'ils existent vraiment, contra Zabini, pensif. On est dans un univers parallèle, ou ce monde a été créé de toutes pièces au lancement du sortilège ? Dans le second cas, tout est qu'illusion, donc pas de scrupule à avoir.
- Comment le savoir ? La vie de la reine que j'incarne me semble si réelle… Ses sentiments, ses relations, son passé… Si tout n'est que chimère, alors nos émotions aussi ? J'aurais aisément pu y consentir le premier jour… Mais après tout ce que j'ai vécu… Les gens que j'ai rencontrés… Ce que j'ai ressenti et qui ne m'appartient pas… Même ma façon de parler change petit à petit !... Il est de plus en plus difficile de voir les choses ainsi. Et cela ne fait que cinq jours ! Dans un an, que se passera-t-il ? Serais-je persuadé d'être "Elsa Camlann d'Avalon" ? Et comment reprendre notre vie de sorciers lambda une fois que tout sera terminé ?
- Comme d'habitude, tu veux voir trop loin, trop vite. Prends les choses une par une, comme elles viennent. La vraie question est pas de savoir si je crois en la réussite du plan, mais plutôt si toi, tu as envie de gagner. Tu veux redevenir reine ? Tu veux reprendre la gouvernance ? Et attention, je parle pas de juste récupérer ce qu'on t'a volé par esprit de vengeance, ou de ce besoin d'acquérir du pouvoir, commun à tous les êtres humains. Je te demande ce que toi, Draco Malfoy, tu souhaites faire. Comment veux-tu passer cette année dans les Contes et Légendes ? C'est pas une expérience qu'on pourra avoir tous les jours. C'est un cadeau : un an à vivre des expériences folles et inédites dans la peau d'un autre. Il faut en profiter. Donc tu veux quoi ? Être reine et gouverner ? Partir à l'aventure, seul ou accompagné ? Parce que je suis grave chaud si c'est ce que tu décides, je te prends direct avec moi !… Ou alors, t'as juste envie de rentrer à Poudlard ? C'est du gâchis, mais ce serait ton choix. »
Draco réfléchit… Il avait voulu rentrer… Malgré tout, à ce moment-là, il avait été seul et dépressif. Il avait eu des pulsions suicidaires, et commençait seulement maintenant à comprendre pourquoi : il était à l'origine d'une malédiction en train de détruire son propre royaume, son peuple souffrait par sa faute, et il avait blessé sa très chère petite sœur par mégarde, manquant de la tuer… Tout cela en quelques minutes, à cause d'un coup de sang. Il était un monstre ! Et cette constatation venait à la fois de lui et d'Elsa. Il ne méritait pas de vivre une vie paisible après s'être rendu coupable de tels crimes. C'était une certitude… Et elle faisait douloureusement écho à la vie de Draco Malfoy. Dans son présent, dans sa réalité, il en était au même point…
Cependant, ici, il avait une chance de réparer ses erreurs. L'arrivée providentielle du Roi Arthur, alias Harry Potter, évidemment, lui donnait l'occasion inespérée de se racheter. Et c'était cela qu'il ne voulait pas gâcher. Il se moquait totalement de vivre une année d'expériences fantastiques et de profiter de chaque instant. Il se fichait de la royauté et du pouvoir. Il avait juste besoin de se prouver à lui-même et aux autres qu'il méritait de vivre. Qu'il n'était pas seulement un démon malfaisant, mais aussi un simple "méchant" repentant… Qu'il avait besoin d'une seconde chance, celle qu'il appelait de tous ses vœux dans le vrai monde. Qu'il ne rejetterait pas la main qu'on pourrait lui tendre. Qu'il pouvait être capable de faire le bien, lui aussi. Au moins une fois !
« Je veux sauver mon royaume, déclara-t-il finalement, l'air douloureux comme s'il arrachait un pansement tenace. Tu l'as dit, nous sommes dans des Contes : si je ne lève pas la malédiction, je vivrai une année entière en tant que "méchant". Et on sait tous comment ils finissent… Je pourrais dire "adieu" à l'aventure. Je serais toujours en train de surveiller mes arrières, au cas où un "gentil" voudrait me planter une dague dans le dos pour libérer Avalon de son Hiver Éternel. Le Roi Arthur en première ligne, pour changer… Je sais ce que ça donne pour l'avoir déjà vécu, et je n'ai pas envie de reproduire le même scénario aux mêmes conséquences que durant mon enfance. »
Blaise sourit : il n'était pas dupe. Il connaissait son meilleur ami sur le bout des doigts, et savait traduire le plus petit changement de ses expressions faciales. Et il avait vu le désespoir. Particulièrement après l'avoir trop souvent vu sur son visage, ces dernières années. De plus en plus présent, de plus en plus palpable… Au point de ne plus savoir quoi faire pour l'en sortir.
Leurs dernières relations sexuelles avaient été désespérées, comme un condamné se raccrochant au semblant de vie qui lui restait. Cela lui avait fait beaucoup trop mal. Son Draco si fier et arrogant était devenu une loque ayant un pied dans la tombe et plus envie de rien. C'était pour cela qu'il avait dû chercher ailleurs. Pour ne pas sombrer avec lui. Et il s'en voulait tellement ! Il savait qu'il était en train de se détacher de lui pour sa propre survie. Non : il l'avait déjà abandonné à son malheur. Et il avait été trop lâche pour se l'avouer. Cette trahison le faisait parfois hurler de rage…
C'était pour cela que le revoir si plein de vie avait réveillé ses bas instincts. Retrouver à la fois son meilleur ami et sa meilleure partie de jambes en l'air avait été un baume pour sa culpabilité. Et pourtant, il savait qu'il n'était pas le responsable de ce changement : il le devait à l'insupportable Saint Potter… Lui était seulement l'opportuniste qui en récoltait les fruits. Et même si ce n'était pas bien, même s'il n'aurait pas dû en avoir le droit, il comptait bien en profiter de tout son saoul !
« Alors c'est décidé, fit le forban en reprenant le verre du blond pour déposer leurs deux récipients sur la table. T'as plus qu'à laisser faire les pro, et croire en notre "super stratégie" pour reprendre la plus imposante forteresse du monde avec nos misérables moyens. Nom de code "sauver Avalon" ! À moins qu'une autre idée illumine l'esprit de quelqu'un pendant la nuit.
- Nous pourrions aussi prendre le temps d'aller chercher de l'aide ? proposa Draco, peu confiant. D'autres pays se retrouveraient dans une fâcheuse posture si l'Île Fortunée n'était plus le havre de paix qu'elle est habituellement. Le Royaume de la Rose, par exemple. Il est juste à côté, et il…
- Et tu leur proposerais quoi ? para le flibustier en se levant pour s'approcher de son beau blond. "Bonjour, je suis la reine légitime mais j'ai maudit ma nation par accident, je veux régler le problème mais je sais pas contrôler mes pouvoirs, aidez-moi" ?
- Tu y as bien trouvé ton compte, toi !
- Je suis un pirate, sourit Sinbad en s'allongeant sur Elsa. Et comme je t'ai déjà expliqué : j'ai rien à perdre. Tu veux miser sur le fait qu'un de nos compatriotes de Poudlard se retrouve aussi à la tête de ces autres nations ? Et même si c'est le cas, tout le monde est pas aussi altruiste que "Saint Potter"… je veux dire, le putain de "Roi Arthur". Va falloir trouver de bons arguments…
- Tu fais quoi, là ? s'offusqua Draco pendant que Blaise mordillait son cou.
- Je teste tes arguments, fit nonchalamment le métis en léchant derrière son oreille, récoltant un gémissement jouissif qui réveilla la partie basse de son corps. Faut que tu sois au point si tu veux séduire les monarques des autres royaumes.
- Tu es impossible… »
Mais le blond se laissa faire, répondant au baiser de son ami. Quelque part, dans son esprit, il se dit qu'il était tard et qu'il aurait dû rejoindre Anna dans leur cabine avant qu'elle s'inquiète. Mais la perspective d'un autre moment de plaisir dissipa ses dernières réticences, et il se livra aux mains expertes de celui qui savait si bien faire chanter son corps.
[===]
Sa grande sœur aurait dû rentrer il y avait un bon moment… Bien sûr, les chevaliers l'avaient prévenue qu'elle était restée discuter avec Sinbad, mais la nuit était tombée depuis trois bonnes heures. Elsa avait besoin de repos si elle voulait tenter de libérer le navire de la glace le lendemain. Elle devait être en pleine forme !
Fière de cette bonne résolution, et surtout extrêmement curieuse, Anna se faufila discrètement sur le pont. Elle n'avait pas le droit d'être là, les promenades nocturnes étant réservées aux marins de quart. Alors le plus silencieusement possible, évitant les rares hommes présents, elle se glissa jusqu'à la poupe… et se figea.
« Seigneur Perceval ? »
Sous la surprise, elle avait parlé un peu fort. Ce ne fût cependant rien en comparaison du bond que fit le guerrier. Il se trouvait dos à la porte des quartiers du capitaine, plus raide que la justice, et se mit à marcher précipitamment vers elle.
« Princesse Anna ? Que faites-vous donc ici, à une heure si avancée, seule de surcroît ?! Si la reine apprenait votre excursion, elle…
- Et vous ? coupa la rousse en croisant les bras, mécontente d'entendre parler de la possible colère de sa sœur, alors que c'était justement pour venir la chercher qu'elle était sortie. Sinbad n'a-t-il pas assez de matelots pour vous demander, à vous, de garder sa porte ? »
Un profond embarras se lut sur le visage du jeune homme, rouge pivoine sous sa barbe brune. Il ressemblait à un enfant pris en faute… Peut-être était-ce effectivement une mission honteuse pour un noble chevalier tel que lui ?
« Je viens chercher ma sœur, expliqua finalement Anna, pensant lui éviter d'avouer une humiliation quelconque. Il est tard, elle devrait se reposer. »
Soudain, un bruit sourd retentit, suivi d'un choc. Le pirate était-il en train de réorganiser les meubles ? Elle fit un pas pour s'approcher, quand le cerbère improvisé s'interposa.
« Vous devriez retourner vous coucher, princesse. Il n'est pas bon pour vous de vagabonder durant la nuit. Ne vous faites aucun souci pour la reine, je vous promets qu'elle sera… dans de bonnes dispositions au lever du jour. »
Elle allait protester quand un son significatif lui parvint. Et elle comprit. Son visage devint aussi pourpre que celui du soldat, balbutiant des borborygmes incompréhensibles, ses doigts triturant nerveusement les manches de sa chemise. Elle n'aurait jamais dû venir !
D'interminables secondes passèrent, leur gêne était de plus en plus insupportable, et aucun des deux ne savait comment se sortir de cette situation. Ils n'osaient plus se regarder, préférant se passionner pour les planches du navire. Puis, Anna se souvint… Elle leva timidement les yeux vers le chevalier, et vit exactement ce à quoi elle s'attendait… Doucement, elle lui prit la main.
« C'est vous qui ne devriez pas être ici, lui dit-elle dans un chuchotement. J'ai vu comment vous regardez ma sœur. Il n'est pas bon de vous torturer en restant devant cette porte…
- J'ai fait le serment de la protéger. Mais je ne peux la sauver d'elle-même : elle demeure une Altesse Royale, et un simple chevalier tel que moi n'a aucunement le droit de contester ses décisions. Croyez-moi, je serais intervenu prestement si j'avais douté un seul instant du consentement de la reine. Je vous en prie, personne ne doit apprendre ce qui est en train de se produire dans cette cabine. J'aurais dû vous éloigner plus promptement… Pardonnez mon erreur. Je vous supplie de taire ce secret ! J'en mourrais si son honneur était ainsi bafoué !
- Évidemment que je ne dirais rien ! répondit précipitamment la rousse, toujours d'une belle couleur cramoisie. Ce sont ses affaires privées, je n'ai pas mon mot à dire… Mon Dieu ! Rien que d'imaginer lui parler de ça… Jamais ! Mais vous n'avez rien à défendre, monsieur. Elsa n'est pas mariée, et n'a fait aucun vœu d'abstinence quelconque. Elle a bien le droit de faire ce qu'elle veut.
- Je ne comprends pas… hésita Perceval, confus. Une femme ne doit-elle pas se préserver pour son futur époux ? Sa vertu est un trésor que tout homme se doit de sauvegarder au péril de sa vie.
- Ah oui, quand même… bredouilla la jeune fille en se retenant de rire pour ne pas l'offenser. C'est vrai que vous n'avez pas tout à fait les mêmes mœurs que nous, au Royaume de Logres. Sachez juste que ce n'est pas vraiment un problème à Avalon…
- N'importe quel gredin peut donc s'introduire dans le lit de vos filles et les parjurer ?!
- N'allons pas jusque là… "Parjurer", sérieusement ?... Chez nous, les femmes ont les mêmes droits que les hommes, c'est tout. Elsa a passé la vingtaine, je ne suis pas bête au point de penser qu'elle n'a jamais… rien "fait". Elle doit juste faire attention à ne pas tomber enc… Mais pourquoi on parle de ça ?! s'arrêta-t-elle vivement, de plus en plus écarlate. Et puis, ça ne devrait pas être votre plus grande préoccupation : ma sœur est devenue un homme ! Ça ne serait pas plutôt son homosexualité, le problème ? Ça ne pose pas non plus de… disons de "gros soucis" chez nous, même s'il vaut mieux ne pas trop l'afficher, mais je crois savoir que c'est un crime pour vous… »
Perceval serra les poings et la mâchoire, en proie à de vifs tourments. Il jeta un regard empli de douleur vers la porte de la cabine, et prit une grande inspiration.
« Je serais bien hypocrite si je faisais un tel reproche à ma reine, laissa-t-il finalement échapper. Pas alors que je nourris un tel désir pour sa personne… Mon amour pour elle est bien plus condamnable que n'importe lequel de ses agissements, et la jalousie qui me consume n'est qu'un juste châtiment pour ce vil péché.
- Vous ne faites pas dans la demi-mesure à Camelot, dites donc… Venez, Seigneur Perceval. Il ne sert à rien de se faire du mal en gardant cette porte.
- Je préfère rester. Je me dois de veiller à la sécurité de la reine. Nous ne connaissons pas ce forban, il pourrait se révéler être un traître félon après avoir abusé d'elle !
- Dites plutôt que vous attendez le moindre prétexte pour lui faire la peau…
- Je ne lui fais pas confiance, insista le chevalier, têtu.
- Très bien… grogna faiblement Anna en faisant la mou. Vous êtes quelqu'un de bien, malgré vos idées d'arriéré. Si je vois un jour qu'il y a la moindre "ouverture", je jouerais moi-même aux entremetteuses…
- Pardonnez-moi, je ne suis pas sûr de comprendre…
- Ce n'est pas grave… Je vais donc vous laisser à votre veille, "seigneur sentinelle". Je retourne dans ma chambre. Tâchez de vous reposer un peu… »
Le cœur serré, la jeune fille tourna les talons pour regagner sa couche. Pleine de regrets, elle jeta un dernier regard en arrière : Perceval se trouvait face à la porte, la main posée sur la surface plane. L'expression de son visage était si pleine de souffrance qu'Anna se détourna vivement et courut presque dans les escaliers, ne s'arrêtant qu'après avoir rabattu sa couverture sur la tête.
Jamais, jamais, jamais elle ne dirait quoi que ce soit à Elsa ! Elle ne devait jamais savoir à quel point cet homme souffrait pour elle ! Qu'importe qu'elle soit fille ou garçon, Anna savait que sa sœur ne s'en remettrait pas…
[===]
Harry huilait la lame d'Excalibur sur le pont, ravi de trouver ses gestes si familiers bien qu'il s'adonnait à l'exercice pour la première fois : cela lui rappelait l'entretien de son balai, avant chaque match de Quidditch. Il profitait de la caresse du vent marin et de la chaleur du soleil matinal. Autre chose le surprenait : le nombre de fois où Malfoy baillait… De là où il se trouvait, il avait une vue directe sur le blond, assis sur le bastingage à observer la glace environnante, l'air anxieux. Sans doute réfléchissait-il à un moyen de tracer un chemin pour le navire ? Et il devait se demander s'il allait y parvenir…
Il n'était pas le seul à s'inquiéter pour cela. Lui aussi n'était pas très rassuré : tout reposait sur la capacité du blond à utiliser sa magie… Autant dire qu'il y avait peu de chance. Et quelque part, Harry espérait qu'il n'arriverait à rien. De cette manière, il n'aurait pas à risquer l'échec de la reprise d'Arendelle, et ainsi s'attirer les foudres du dirigeant actuel qui aurait alors tous les droits pour déclarer la guerre à Loegrie… C'étaient les conclusions de la partie logique de son cerveau.
La partie irrationnelle, en revanche, était affolée à l'idée qu'Elsa ne soit plus sur le trône. Il avait même envie de se précipiter à Avalon sur le champ pour faire place nette et lui ramener la couronne lui-même… Et il ne comprenait toujours pas pourquoi. Ce mauvais pressentiment ne le quittait pas. Ils devaient absolument réussir, ils n'avaient pas le choix. Sinon, le chaos s'abattrait sur le monde entier… Il y avait là un souvenir qu'il n'avait toujours pas récupéré, mais il ne doutait pas de la véracité de cette affreuse intuition. Alors il réfléchissait à un moyen d'aider le sorcier… sans trouver. Et puis il y avait ce miroir…
Après avoir poussé un énième soupir, le Gryffondor se décida. Il posa ses affaires sur le plancher, s'étira longuement, et se dirigea vers son ancien ennemi. Sans lui demander la permission, il s'installa à ses côtés et contempla la mer gelée avec lui… Le Serpentard le fixait, intrigué.
« Mauvaise nuit ?
- Au contraire, répondit-il énigmatiquement, détournant le regard en se mordant la lèvre. Juste… soucieux, j'imagine…
- Pourquoi ? sourit le brun. Dois-je te rappeler comment tu nous as accueilli dans ton château, Neville et moi ? On a eu du mal à passer ta "mini-tornade" et tes piques de glace. Faire fondre un peu de banquise ne devrait pas te poser de problèmes. »
Draco eut un rire léger, et se détendit. Le silence s'installa, plus paisible… Harry n'eut aucun mal à se mettre à sa place : il comprenait son angoisse pour l'avoir ressentie de nombreuses fois, des années auparavant. Savoir que la réussite dépendait entièrement de lui et de ses capacités, bien qu'il ne les maîtrise pas, bien qu'il y ait trop d'inconnues, était insupportable. Et l'attente était pire. Les incertitudes finissaient par tourner en boucle, encore et encore…
« J'ai posé cette question à Blaise, hier, dit tout à coup Malfoy, le regard perdu au loin. J'aimerai aussi avoir ton opinion : tu crois qu'on a une chance ? »
Les iris d'argent se braquèrent sur lui, et il déglutit. Il avait beau les connaître à présent, ses yeux lui faisaient toujours autant d'effet. Cette lueur irréelle, dans son visage de poupée trop parfaite, avait de quoi couper le souffle de n'importe qui. C'était fascinant et dérangeant à la fois.
« Regarde-moi… »
Harry se pencha vers lui, prenant son menton entre ses doigts pour l'empêcher de tourner la tête… Non, il ne rêvait pas : il y avait beaucoup moins de brisures. Elles demeuraient encore très nombreuses, mais çà et là, il voyait le miroir se reformer. À quoi tout ceci était-il dû ? Il allait devoir être plus attentif afin de déterminer les raisons de ces fissures… Il n'aimait pas du tout voir ces éclats brisés naviguer dans l'argent liquide, ni cette poussière de verre qui scintillait. Instinctivement, il savait que cela était très mauvais signe.
Deux bras sombres vinrent brusquement enlacer le blond, éloignant le Gryffondor qui n'avait pas eu conscience de s'être autant rapproché.
« Si tu veux te taper mon meilleur ami, Potter, va falloir demander la permission.
- Ne sois pas stupide, Blaise, grogna Draco, les joues d'un joli rose capucine. Et toi ? Est-ce bien sérieux pour un capitaine de faire la grasse matinée ? Tu viens de te réveiller, n'est-ce pas ?
- J'avais besoin de récupérer d'une nuit agitée, minauda-t-il, mielleux, serrant toujours le blond contre lui. T'aurais dû m'imiter : t'as de vilains cernes sous tes petits yeux.
- Tu ne connais pas l'expression "le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt" ?
- Je me fiche du monde, je ne prends que ce qui m'intéresse, rit le mulâtre, se collant au sorcier.
- Je vais vous laisser… »
Harry n'aurait su dire pourquoi il se sentait si mal. Les deux Serpentards avaient toujours été fusionnels, cela n'aurait pas dû le surprendre. Seulement, dans le passé, il ne les voyait que de loin…
« Potter ! »
Zabini trottina vers lui, la mine radieuse. Sa chemise ouverte dévoilait ses pectoraux musclés, sa peau brune luisait encore de la transpiration de la nuit, et ses yeux pistache brillaient de malice : ce type était le cliché du pirate fantasmé des romans à l'eau de rose… Et cette constatation ne fit que l'énerver encore plus.
« Qu'est-ce que tu veux ? gronda-t-il.
- Tout doux, petit roi, rit tranquillement le métis. Je viens en paix. Je voulais savoir si tu étais content.
- Pardon ?
- C'est bien toi qui venais me demander des nouvelles de Draco, au Ministère, non ? Je voulais savoir si ta curiosité était satisfaite ?
- Où veux-tu en venir… ?
- Nulle part. C'est plutôt à toi de me le dire. Pourquoi tu voulais tant savoir comment il allait ? Et maintenant qu'il est devant toi, tu aimes ce que tu vois ? Ou ce que tu as vu… ? »
Il y avait trop de venin dans ces paroles… N'ayant pas conscience des enjeux de cette étrange guerre entre eux, le Gryffondor préféra garder un silence prudent. Il ne voulait pas se battre, particulièrement contre un Serpentard sournois, et surtout quand celui-ci semblait très remonté malgré son air faussement affable. Ce qui, si on lui demandait son avis, était encore plus dangereux.
« Le voir si malheureux t'a fait plaisir ? susurra finalement le noir, acide, avançant d'un pas pour que personne d'autre ne puisse entendre. Un sale mangemort en dépression, c'est jouissif, pas vrai ? Dix ans de souffrance, à genoux, sans personne pour l'aider à se relever, c'était assez pour toi ? Et maintenant, tu débarques enfin, la bouche en cœur, et tu veux encore te faire passer pour le "Sauveur" ? Ma foi, mieux vaut tard que jamais. Parce que oui, il va mieux, et je sais que c'est grâce à toi. Je voulais pas le croire, mais je suis forcé de le reconnaître : c'était de toi dont il avait besoin. Et ça me fait franchement chier. Alors je vais me contenter de te dire "merci", putain de héros. »
Harry n'était pas sûr de savoir s'il venait de se faire insulter ou remercier… Peut-être les deux. Et il n'y avait que Zabini pour réussir cette acrobatie.
Tout à coup, la lame d'une épée vint se poser sur la gorge du pirate. Perceval se tenait près d'eux, l'air meurtrier. Par réflexe, Sinbad leva les mains en signe de paix, et son sourire factice devint plus nerveux… Bien qu'Arthur soit bien-aise d'être si ardemment défendu, la colère de son chevalier demeurait beaucoup trop intense pour la situation.
« Comment osez-vous vous tenir si près de mon roi ? cracha le soldat avec une véhémence que le monarque n'avait jamais vu chez lui. Arrière !
- Calme, mon ami, tempéra le Gryffondor. Il ne cherchait nullement à me nuire.
- Ce vaurien respire le Mal, Majesté. Je le vois dans ses yeux de serpent.
- Que se passe-t-il ? »
Malfoy, qui avait assisté à la scène de loin, s'approcha en compagnie du quartier-maître. Aussitôt, Perceval rangea son arme en grinçant des dents : après tout, le métis avait déjà reculé, la menace ne servait plus à grand-chose… Il fusilla cependant du regard celui qu'il considérait comme son pire ennemi.
« Ça va, cap'taine ? demanda le second. Si ça cherche l'embrouille, y a toujours temps d'les foutre par-d'ssus bord, ces nobliaux. C'est toi, l'patron.
- Ça ira, merci Hindbad, répondit Sinbad en plissant les yeux vers Draco. Vous avez de bons chiens de garde, "Sire". À l'occasion, vous me donnerez votre secret pour le dressage.
- Vous m'insultez ?!
- Ça suffit ! ordonna Potter en voyant son chevalier près à de nouveau dégainer. Capitaine, je vous prierais de rester courtois envers mes hommes, ou je ne pourrais plus répondre d'eux. Quant à vous, Seigneur Perceval, vous m'avez habitué à plus de maîtrise. En tant que chevalier, vous savez qu'une épée se doit de n'être tirée qu'en dernier recours. Nous sommes tous ici pour une mission de la plus haute importance, il serait de bon ton d'éviter de nous quereller pour des futilités. Des efforts sont nécessaires de la part de tous afin de maintenir une bonne entente, et je compte bien que nous y parvenions. Notre victoire en dépend. N'êtes-vous pas d'accord, Capitaine Sinbad ? »
Harry savait que même roi, il n'avait aucun pouvoir sur des pirates. Même leur chef se devait d'utiliser le savant mélange "punition récompense" afin d'éviter une mutinerie, conséquence courante dans ce milieu. Il avait donc besoin du soutien de Zabini. Heureusement, le principal bénéficiaire de leur alliance était son meilleur ami, il n'avait donc pas à craindre un coup de dague dans le dos… Du moins, il l'espérait.
Finalement, après des secondes qui lui parurent des heures, Blaise hocha la tête en souriant. Il exagéra une profonde révérence ironique, et s'éloigna en compagnie de son quartier-maître. Perceval attendit que l'homme soit loin avant de se confondre en excuses, honteux de s'être si vite emporté. Il partit à son tour, penaud, non sans avoir jeté un dernier regard contrit vers l'élu de son cœur. Le silence revint, uniquement brisé par l'activité habituelle sur un navire.
« J'ai l'impression que nous allons droit dans le mur, soupira Draco en passant une main lasse dans ses cheveux. J'ai compris pourquoi tu n'as pas voulu répondre à ma question, tout à l'heure : c'est perdu d'avance, n'est-ce pas ?
- Si je n'y croyais pas, je l'aurais dit à la réunion d'hier. Je n'ai pas pour objectif de laisser mourir mes hommes dans une entreprise vouée à l'échec. Le plus important serait plutôt de savoir pourquoi tu continues si tu n'as pas d'espoir ?
- Ai-je vraiment le choix ? Il s'agit de mon royaume, je me dois de le reprendre, ou de mourir en essayant.
- Cette noblesse est inattendue de la part d'un Serpentard, rit doucement le brun, se récoltant un regard noir du blond. En réalité, je me suis demandé pourquoi tu ne t'enfuyais pas. Après tout, tu n'es pas vraiment reine, et ce n'est pas vraiment ton pays… comme je ne suis pas vraiment le Roi Arthur, et ce monde n'existe pas vraiment non plus. Ce n'est pas comme si nos actions allaient avoir des conséquences dans le vrai monde. Attention, je ne dis pas que c'est ce que tu devrais faire, mais tu pourrais tout simplement partir. En plus, je suis sûr que Zabini serait ravi de t'embarquer avec lui.
- Et donc ? fit Malfoy, levant un de ses fameux sourcils si parfaitement bien dessinés. Tu as dit t'être "demandé", c'est qu'il y a une conclusion à ces réflexions. À moins que tu sois trop stupide sans Granger pour penser à ta place.
- Malgré ce que tu m'as dit il y a quelques jours, je crois encore ce que le Ministre nous a expliqué. Comme quoi nous ne pouvons agir qu'en accord avec notre nature profonde. Alors même si je ne sais pas "pourquoi", et je ne le saurais probablement jamais, voir que tu veux tout tenter pour sauver ton royaume me suffit. T'es un petit con, Malfoy. Mais t'es quelqu'un de bien. »
Constater qu'il était parvenu à clouer le bec au petit merdeux qui lui servait d'ennemi d'enfance valait tout l'or du monde. Ragaillardi, il se dit que c'était le moment parfait pour faire une sortie, et commença à se diriger vers Excalibur, toujours posée contre le bastingage. Quand il se ravisa…
« Au fait ! fit-il en se retournant vers le blond. Après avoir vécu des… "expériences similaires", on va dire, j'ai un conseil à te donner : au moment où il faut agir, il n'est plus temps de réfléchir. Il faut savoir faire confiance en son instinct, et foncer. Alors crois en toi. C'est que comme ça qu'on va gagner. Le reste n'a pas d'importance. »
[===]
Après avoir peaufiner leur plan de bataille quelques heures durant, il fût convenu d'attendre d'être face à l'île d'Avalon pour adapter leur stratégie si besoin. Avoir un point de vue sur la forteresse et espionner les rondes des gardes pouvait largement influer sur les décisions. Et avec le Gouverneur Kay aux commandes, beaucoup d'habitudes pouvaient avoir changé. Sans parler du blizzard… Ils n'auraient pas beaucoup de temps, l'objectif étant de profiter de l'obscurité pour plus de discrétion : tout se ferait cette nuit.
Draco s'était retiré dans la cabine de Sinbad pour se focaliser sur sa magie, le temps que les marins finissent les derniers préparatifs avant de larguer les amarres. Mais ses angoisses reprenaient le dessus. Qu'allait-il se passer s'il ne parvenait pas à faire fondre la glace ? Seraient-ils contraints à tout abandonner ? Avalon serait-elle condamnée à l'Hiver Éternel ?… Et Potter ? Allait-il toujours croire en lui ?
Le blond rit nerveusement, enfouissant son visage entre ses mains… Pourquoi les paroles du Gryffondor tournaient-elles en boucle dans sa tête ? C'était stupide ! Il n'avait dit cela que pour le motiver, il ne le pensait pas réellement… Malfoy savait qu'il n'était pas quelqu'un de bien : toutes les catastrophes qui ne cessaient de se produire autour de lui en étaient la preuve. Toujours l'origine des problèmes, jamais la solution… C'était Potter le héros. Le "Sauveur", le "Survivant", le roi… Alors pourquoi était-ce à lui d'agir ? Étaient-ils tous fous ? Il allait encore tout détruire ! Il était le total opposé du brun, il ne pouvait donc qu'être un porte-poisse puisque l'autre apportait la lumière partout où il passait… Lui, brisait tout ce qu'il touchait… À tous les coups, il allait aggraver la tempête, et…
« J'en étais sûr ! »
Le blond sursauta violemment, et vit Blaise sur le seuil, le visage renfrogné. Soufflant pour calmer son irritation grandissante, le pirate referma la porte, s'avança d'un pas volontaire… et dépassa son ami pour aller fouiller dans une malle.
« T'es devenu le champion de la déprime, ma parole ! pesta-t-il en sortant moult bibelots et tissus. Il est passé où, mon Draco prétentieux qui arpentait les couloirs de l'école en faisant fuir les petits "première année" d'un simple regard ? Je veux retrouver mon "Prince", celui à qui j'ai juré allégeance ! Pas cette chiffe-molle pathétique qui n'en a que l'apparence !
- Et quand m'aurais-tu "juré allégeance" ? » fit le sorcier en levant son beau sourcil fin.
Blaise se retourna d'un bond, yeux écarquillés.
« C'est tout ce que tu retiens de mon discours ?
- Tu es bien trop égoïste pour prêter serment à un monarque, sourit le blond, narquois.
- Je pensais que t'offrir mon corps pour ta jouissance personnelle était le signe de mon humble obédience.
- Ne serait-ce pas plutôt l'inverse ?
- Tu brises mon tendre petit cœur meurtri, gémit pitoyablement le forban en poursuivant son exhumation. Après avoir œuvré toute la nuit pour te satisfaire, tu me rejettes ? Quelle cruauté !
- "Toute la nuit" ? N'abuse pas, je n'ai pas autant d'endurance. Et heureusement, sinon je ne serais plus capable de marcher. Déjà que j'ai encore un peu mal…
- Je vous supplie de pardonner ma brutalité nocturne, ma douce reine. Je pensais bien faire… Mais apparemment, mon seul chibre, pourtant d'une dimension tout à fait honorable, n'est point suffisant pour votre Altesse Royale.
- Trêve de plaisanterie : que fais-tu ? soupira Draco en levant les yeux au plafond.
- Je cherche… ceci ! » s'exclama Blaise dans un cri victorieux, brandissant un petit écrin en bois clair.
Il se redressa en faisant craquer son dos, et vint s'affaler aux côtés de son ami, sur le canapé de velours vert. Religieusement, il frotta la poussière sur le couvercle avec un pan de sa chemise, passant même autour des têtes de clous en fer forgé. Le blond le regarda faire, de plus en plus intrigué… Et enfin, Blaise se laissa glisser sur le sol, mettant genou à terre, et présenta le coffret à la reine comme on demanderait sa bien-aimée en mariage.
« À quoi tu joues ? grogna le sorcier.
- La ferme et ouvre. Grouille, j'ai mal aux jambes. »
Draco pinça les lèvres, agacé, mais s'exécuta. Du bout des doigts, craignant une explosion quelconque, il souleva le fermoir et…
« Des boucles d'oreille ? hoqueta-t-il, interloqué.
- Pas n'importe lesquelles ! s'extasia Blaise en retournant s'asseoir, retirant la boîte des mains du blond. Il s'agit de Kundala ! Le bijou offert par Sūrya, le dieu du soleil hindou, à Karna, un grand guerrier légendaire !
- C'est vrai ?
- Pas du tout, rit le pirate, ravi d'avoir réussi à faire marcher son ami dont les yeux avaient brillé quelques secondes. C'est juste de très beaux pendants d'oreille hors de prix, avec de vrais diamants, de l'or pur, et cætera. Si je me souviens bien, Sinbad l'avait volé au pays du Bois Dormant, dans les coffres d'un convoi royal.
- Et pourquoi tu me montres ça ? grommela le blond, irrité de s'être si facilement fait avoir. Tu ne veux tout de même pas que je les porte ?
- Pourquoi pas ?
- C'est un bijou de femme…
- Suis-je bête ! Navré pour cette regrettable méprise ! Je pensais être en présence de son Altesse Royale, la Sérénissime Reine Elsa d'Avalon, Duchesse d'Arendelle et tout le tutti. Seule une Majesté de son acabit serait digne de porter ces petites merveilles.
- Je croyais que tu l'avais remarqué, cette nuit, mais je suis toujours un homme !
- T'es une putain de Reine ! Assume, bordel ! Tu comptes te pointer devant les hauts-dignitaires de ton palais avec tes loques de voyage ? Elle est belle la prestance royale, dis donc.
- Parce que tu comptes aussi me prêter des vêtements, peut-être ?
- Évidemment ! cria Blaise, scandalisé que Draco ait pu penser reconquérir son royaume ainsi. T'as peut-être de magnifiques cheveux d'or blanc et des yeux d'argent à tomber, tu ressembles à un mendiant ! Sublime, certes… mais miséreux quand même.
- De beaux atours n'ont jamais aidé à remporter des batailles…
- Tu crois ça ? sourit vicieusement Zabini. On va faire un pari : laisse-moi m'occuper de toi sans protester, et quand tu franchiras cette porte, tout le monde te regardera avec des yeux brillants d'admiration. Même mes pirates se sentiront indignes d'être en ta présence. Et tu peux être sûr que tous combattront avec dix fois plus d'ardeur pour toi. Parce que si tu veux qu'ils guerroient pour la reine, il va déjà falloir qu'ils la voient. »
Blaise attendait impatiemment sa réponse. Il savait qu'il lui en demandait un peu trop d'un coup : lui qui avait peur de perdre de vue "Draco Malfoy", il l'implorait de le mettre à la porte pour laisser place à "Elsa Camlann". Cependant, ils n'avaient plus le choix. Son meilleur ami Serpentard était un dépressif brisé qui avait tout perdu et se laissait mourir à petit feu. En clair : un poids mort. Ils avaient besoin de la reine charismatique aux pouvoirs quasi-divins. Et elle était là, sous ses yeux, ne demandant qu'à sortir.
Et puis… afin d'utiliser sa magie, le blond avait besoin de gagner en assurance. Quoi de mieux pour soigner son égo que de lui offrir des regards émerveillés posés sur sa personne ? Car le pirate ne doutait pas de la réaction de toutes les personnes présentes : il n'y avait pas grand-chose à faire pour polir le diamant brut qu'était le sorcier. Il lui fallait d'abord montrer à l'extérieur ce qu'il pouvait être à l'intérieur. Ce n'était pas un remède instantané, mais Blaise avait bon espoir qu'avec le temps, et avec l'aide de la reine, Draco parvienne enfin à panser les blessures de son âme.
« Je refuse de porter une robe, une jupe, ou des talons, compris ? »
[===]
Neville regardait avec curiosité les matelots s'activer dans les gréements. Parfois, il aidait l'un d'entre eux à ranger une corde ou à refaire un nœud. Il s'était toujours demandé pourquoi il y avait besoin de tant de marins pour naviguer sur un voilier de cette taille. Naturellement, personne n'avait le temps de répondre à ses questions ou de lui apprendre l'art subtil de la vie en pleine mer, mais ce ballet d'apparence désordonné était en réalité digne de grandes manœuvres militaires. Aucun geste inutile, les déplacements de chacun étaient efficaces, leur rigueur martiale, la hiérarchie respectée, et les ordres promptement exécutés. C'était magnifique !
Puis, alors qu'il allait épauler un pirate transportant une caisse, cette dernière tomba lourdement sur le plancher, déversant son contenu sur le sol. L'homme n'y fit aucunement attention, les yeux braqués sur un point fixe, droit devant lui, comme frappé par la foudre. Le Gryffondor s'apprêtait à ramasser les affaires quand il remarqua que petit à petit, d'autres marins imitèrent leur collègue, certains sifflant, d'autres poussant des exclamations ébahies…
Sur le pont arrière, Draco venait de faire son apparition. L'air embarrassé de celui qui ne sait plus où se mettre, il triturait nerveusement les manches de son riche chemisier pourpre en velours fin, le col à peine entrouvert pour dévoiler ses clavicules. Sa taille fine était mise en valeur par une large ceinture en soie noire, fermée par de petites boucles en or blanc délicatement ciselées. Son pantalon en cuir sombre allongeait plus encore ses jambes, et des bottes plates en peau de serpent noir épousaient ses mollets jusqu'au-dessous du genou. Et pour couronner le tout, un ensemble de bijoux assortis en diamants et or blanc scintillaient à la lumière du soleil, rappelant la lueur étrange de ses iris d'argent. La tenue sombre faisait ressortir la blancheur de sa peau de porcelaine, et la clarté de sa longue chevelure platine. Il était gracieux et raffiné, mi-masculin, mi-féminin… à couper le souffle.
Le style était clairement "pirate", malgré la richesse de la mise, et en voyant Zabini se tenir fièrement à ses côtés, l'origine de la métamorphose devint évidente. Lancelot se sentit gonfler de fierté ! Voir celle qu'il considérait comme sa très chère "cousine" ainsi vêtue était… il n'avait pas les mots. Et le "grand frère" en lui réalisait pour la première fois qu'Elsa avait bien grandi… Étrangement, il ne songea pas une seule seconde qu'il s'agissait de Malfoy.
Les chevaliers, même Caradoc et Galahad, pourtant les plus imperméables à ses charmes, se croyaient revenus au jour où ils avaient vu le sorcier pour la première fois : il était intimidant. Malgré sa gêne évidente, le blond gardait un port altier et une allure digne, signe de l'éducation stricte donnée aux enfants de haut lignage. Et cette attitude aristocratique était rendue plus visible par sa belle tournure. Girflet en hocha la tête d'approbation, heureux de voir enfin un semblant de royauté dans ce jeune "homme". Perceval, déjà conquis, était foudroyé comme au premier jour. Il tentait malgré lui de refouler son désir… À ses yeux, elle était la plus belle fleur au monde. Son cœur s'emballait.
« Je ne suis pas sûr que ce soit une tenue typique d'Avalon, rit sincèrement le Roi Arthur en s'approchant du pirate.
- Excuse-moi, j'ai pas ça dans mes coffres, s'indigna le capitaine Sinbad, piqué.
- C'est mieux que rien. Tu as eu une bonne idée : les vêtements blancs que la reine portait ne feront plus vraiment sensation, vu leur état après une journée de cheval, et il faut que ses gens puissent le reconnaître comme leur monarque au moment où ils le verront. Mais tu n'as pas plus… "royal" ?
- Nous allons peut-être devoir combattre, Potter, siffla Draco, indigné qu'on parle de lui comme d'une poupée à habiller. Je refuse de porter une tenue d'apparat !
- C'est tout ce que j'ai réussi à lui faire accepter, soupira Blaise, la mort dans l'âme. J'avais pourtant une robe magnifique, qui…
- Arrête avec ça ! s'offusqua le sorcier, rouge de honte. Je t'ai dit que je ne mettrais pas de vêtements féminins !
- Je sais ce qui manque ! intervint Anna en trottinant vers sa sœur, les yeux brillants et les joues roses. Pour une reine, il faut une couronne !
- Qu'est-ce que vous ne comprenez pas quand je vous parle de confort et de liberté de mouvement ? soupira Elsa, dépité. Comment ferais-je pour m'infiltrer dans le palais si je ne peux même pas me baisser sans risquer de faire chuter tous mes effets au sol ? Déjà que ces bijoux ne sont pas le summum de la discrétion…
- Il est hors de question que tu sois en première ligne, insista Harry, agacé de devoir revenir sur le sujet. Nous tracerons le chemin pour toi, il n'y aura plus besoin de te cacher lorsque tu suivras.
- Il s'agit de mon château ! protesta la reine en s'approchant du brun d'un air menaçant. Ma Cour ! Mes gardes ! Je ne vous laisserai pas leur faire du mal, et ils doivent me voir pour lâcher leurs armes en comprenant que je suis de retour.
- Et si nous croisons des fidèles de Kay ? rétorqua le roi en s'avançant également, le regard dur et sombre. Ils seront heureux d'éliminer la "méchante sorcière" qui pourrait mettre en péril l'ascension sociale de leur chef ! Et alors, il n'y aura plus de mission, plus de reprise du trône. Ce sera terminé. Avalon sera perdue à jamais, et Camelot devra entrer en guerre ouverte. C'est ça que tu veux ?
- Vous avez fini avec vos scénarios catastrophes ? C'est déprimant, soupira le flibustier en levant les yeux au ciel. Elsa ne sera pas en première ligne, et toi non plus, Arthur. Vous êtes des putain d'Altesses Royales, bordel ! Personne vous laissera faire, idiots ! Alors on descend d'un cran, et on revient au sujet principal : le vernis "pas assez royal" de notre douce reine. Princesse, vous parliez d'une couronne…
- Euh oui… hésita Anna, plus intimidée par la colère du Roi Arthur que par celle de sa sœur : il pouvait être vraiment effrayant !
- J'en aurai volontiers posé une sur sa tête, mais ces symboles de la monarchie sont plutôt délicats à "emprunter". Et il a pas voulu des tiares et des diadèmes…
- Étonnant, grommela Malfoy en croisant les bras, son célèbre sourcil levé dédaigneusement.
- Pas besoin de tout ça pour couronner une tête ! se reprit la jeune rousse, retrouvant son entrain habituel. Je m'en occupe ! Et puis, il faut bien coiffer Elsa : elle ne s'est jamais présentée devant ses ducs les cheveux emmêlés. J'ai juste besoin de quelques épingles…
- J'ai ! » s'écria Sinbad, les yeux brillants d'excitation.
Les deux complices attrapèrent leur victime, et le tirèrent de force dans l'antre du capitaine pour une nouvelle séance de torture. Amusé, Harry regarda son ancien ennemi soupirer de lassitude, abandonnant ce combat perdu d'avance.
Vraiment, Zabini avait eu une excellente idée. Le Gryffondor n'était pas près d'oublier le moment où il avait vu Draco sortir de la cabine, retrouvant l'élégance envoûtante qu'il avait perdu ces derniers jours.
[===]
Le soleil se couchait lentement à l'horizon, et Draco avait de plus en plus de mal à respirer. Il se tenait près de la figure de proue, craquant nerveusement ses longs doigts, le regard braqué en direction de son royaume dissimulé derrière la brume. L'heure de vérité avait sonné.
Non loin derrière lui, Harry voyait ses épaules se crisper de plus en plus… La longue chevelure d'or pâle avait été savamment relevée en un complexe chignon composé de nombreuses tresses, et parsemé d'une multitude de diamants discrets, dégageant sa longue nuque gracile. Et sur le devant, quelques petits peignes décoratifs en or, véritables bijoux d'orfèvrerie, simulaient un diadème royal… Anna avait fait un travail exceptionnel, il n'était pas étonnant que cela lui ait pris une bonne partie de l'après-midi. Et le résultat valait tous ses efforts.
Jetant un œil derrière lui, Arthur vit la jeune rousse aussi nerveuse que sa sœur, se mordant les lèvres d'angoisse. À ses côtés, Ysengrin le camelot avait une main rassurante posée sur son épaule, arborant le sourire de l'adulte confiant envers les capacités de la jeune génération. Sans doute n'avait-il pas totalement mesuré les enjeux de la situation…
En retrait, Sinbad avait perdu son air malicieux. Les muscles de sa mâchoire étaient tendus à l'extrême, le regard braqué sur le dos de son meilleur ami, attendant anxieusement que le blond fasse usage de sa magie… s'il y parvenait.
Lancelot se tenait sur le côté avec le reste des chevaliers. Tous étaient intrigués, impatients d'assister à la démonstration de magie de cette reine aux pouvoirs phénoménaux. Même si Neville semblait légèrement douter, Perceval était clairement le plus optimiste de tous. Caradoc et Galahad avaient l'air solennel de gens présents à une importante cérémonie, Tristan et Girflet plissaient les yeux de méfiance, Bohort semblait vouloir se cacher derrière ses camarades… Cependant, tous escomptaient que la reine gagne ses galons. Pour eux, il s'agissait d'une mise à l'épreuve : s'ils devaient se battre et verser le sang pour lui, il devait le mériter. Ils avaient besoin d'une assurance, la démonstration de sa grandeur, afin de mettre leurs épées à son service. Ils étaient tout de même les grands et fiers Chevaliers de la Table Ronde ! Ils n'iraient pas guerroyer pour n'importe qui, même s'il s'agissait d'un ordre de leur roi !
Et un peu partout sur le pont et dans les gréements, les pirates patientaient. Ils observaient le sorcier à la manière de spectateurs sur le point d'assister à la représentation du siècle. Depuis que la reine avait revêtu des atours un peu plus dignes de son rang, le regard de tous avait changé. Si auparavant certains ne cachaient pas des intentions grivoises à l'encontre des deux sœurs, largement calmées par la présence des soldats d'Arthur lourdement armés, il y avait à présent une crainte mêlée de respect dans leurs yeux. Intimidés, ils osaient à peine regarder le blond, et évitaient même de se trouver à moins de trois mètres de lui, quitte à faire des détours. Et ce soir-là, ils savaient qu'ils allaient participer à une nouvelle démonstration de la grandeur de l'"homme-reine".
Le roi soupira. L'aide ne viendrait de personne, c'était donc encore à lui de soigner les affres de son ancien ennemi… Irrité, il se décida néanmoins à le rejoindre, et posa une main dans son dos. Draco sursauta violemment et tourna la tête si vite qu'il sembla près de la dévisser. Et Harry se figea.
À ce niveau, ce n'était plus des angoisses : une pure terreur voilait les yeux d'argent, et quelques fissures réapparaissaient dans les parties du miroir à peine reformé. Les pensées de Malfoy étaient évidentes, le brun pouvait presque voir les pires catastrophes se dérouler dans ses prunelles. Le ventre du Gryffondor se tordit d'appréhension, et un signal d'alarme résonna dans son esprit : c'était très mauvais ! Dans cet état, le sorcier ne pouvait qu'aggraver la situation ! Il fallait agir, et vite !
Bridant sa peur et la dissimulant au plus profond de lui, Harry offrit son sourire le plus rassurant. Il tenta de lui transmettre toute sa confiance, qu'il la ressente ou non, et obtint le résultat escompté : le dos se détendit lentement sous sa main, et le visage tordu d'épouvante se lissa, dorénavant plein de doutes.
« Tu te souviens des règles de base pour lancer un sort qu'on a apprises à Poudlard ? lui chuchota-t-il pour que lui seul l'entende. Le "M-E-R-C-I" : Mouvement, Énergie, Réflexion, Connaissances et Imagination. Tu peux toujours faire comme si tu avais une baguette pour simuler un mouvement quelconque, ou même inventer une formule si ça peut t'aider. L'important, c'est que tu canalises bien ton énergie, et que tu te concentres sur ce que tu sais et ce que tu veux. C'est ce que Hermione nous répétait toujours quand on apprenait un nouveau sortilège : corps fluide et esprit vif. Se détendre, assouplir son poignet, décrisper les doigts, et fortifier ses pensées, se focaliser sur un unique point, se représenter toutes les étapes du sort, de la situation de départ jusqu'au résultat final.
« Regarde devant toi, Malfoy. Ce n'est pas un simple hiver. Ce n'est pas juste du froid et de la glace. C'est ta magie. Tout ceci est ton œuvre, elle t'appartient. Et si tu as fait, tu peux défaire. Ce n'est pas ton ennemie : elle est une partie de toi, et elle se pliera à ta volonté, de gré ou de force. C'est toi le maître, que tu sois "Prince des Glaces" ou "Reine des Neiges". Rappelle-toi : quand vient le moment d'agir, il n'est plus l'heure de se poser des questions. Et nous sommes tous ici pour toi, prêts à obéir au moindre de tes ordres. Ta volonté est loi. Tu es le monarque de ces terres, et il est temps de le rappeler à ceux qui ont eu le malheur de l'oublier. »
L'hésitation laissa place à l'assurance, et une étincelle s'alluma dans l'argent, faisant frissonner Harry. Draco hocha sèchement la tête et ferma les yeux, inspirant longuement… Ses épaules s'arrondirent, son dos se redressa, son visage se leva… Et Malfoy s'effaça. Le brun assistait à la renaissance d'Elsa, Reine d'Avalon et Maîtresse de l'Hiver…
Tout à coup, des crissements résonnèrent dans le silence. Le navire grinça et tangua brusquement, déclenchant des cris paniqués dans les gréements et partout sur le pont. Le roi s'accrocha au bastingage, se penchant dans le mouvement… et il eut du mal à en croire ses yeux.
Une immense crevasse fendait la banquise devant la proue, libérant la coque. D'énormes icebergs se soulevaient pour s'écarter, des blocs de glace se brisaient en milliards de débris… C'était comme si le doigt d'un Dieu avait plongé dans la mer afin de leur créer un chemin… Harry sentait des sueurs froides couler dans son dos : c'était inhumain ! Il le savait déjà, mais le voir était différent : la puissance de cette reine était terrifiante ! Si un jour elle parvenait à se maîtriser, plus personne n'oserait jamais la défier.
Puis, le calme revint… Draco s'écroula sur la rambarde, mains tremblantes et jambes flageolantes. Il transpirait, à bout de souffle, et regardait le résultat de ses efforts avec de grands yeux ébahis, choqué. Il bondit de peur quand des acclamations éclatèrent d'un peu partout sur la goélette. Les marins hurlaient de joie, Anna applaudissait à s'en faire mal aux mains, les chevaliers étaient bouche bée, et Sinbad était gonflé de fierté.
« Au travail, moussaillons ! vociféra le capitaine, en effervescence. À nous de jouer ! On va montrer à la reine ce qu'on sait faire, nous aussi ! Pas vrai les gars ?!
- Ouaiiiiiiiiiiiiis ! s'égosillèrent les pirates en chœur.
- Alors au boulot ! Larguez les amarres ! Et que ça saute ! »
Le navire devint une véritable fourmilière. Les passagers se tassèrent dans un coin pour éviter de déranger les allées et venues des matelots qui couraient dans tous les sens, surmotivés. Et Potter rit doucement en voyant le blond, toujours tétanisé : il n'avait pas encore réalisé le miracle qu'il venait d'accomplir. Le Gryffondor posa une main sur son bras, le reconnectant à la réalité. Malfoy l'observa quelques secondes, perdu… et lentement, il se mit à rire.
Jamais Harry n'avait vu visage plus radieux que celui de Draco. Il était aussi lumineux qu'un soleil, son sourire pouvait faire fondre les cœurs les plus durs, et ses yeux pétillaient d'un bonheur intense, voilés de larmes de joie… Et cela le rendait encore plus magnifique qu'il l'était déjà.
Et, tout doucement, plusieurs brisures fondirent, réintégrant le lac d'argent : une partie du miroir s'était reformée.
[==========================================================]
NOTE DE L'AUTEUR
Et voilà ! Et c'est parti pour Avalon ! L'aventure commence ! Et on retrouve un nouveau poudlardien : Blaise Zabini !
J'ai voulu en faire un personnage qui montre une autre facette de ce que pourrait être un Serpentard. Familier, plus "rustique", opportuniste, avec de grandes parts sombres et très égoïste, mais pourtant avec un bon fond. Un gentil qui a plus de parts sombres que les autres. Un pirate sympa comme on les aime, plutôt classique. Dans les dialogues, il est celui qui est le plus à mi-chemin entre le parler soutenu et le parler roturier. Un parler familier comme on pourrait l'avoir nous. Et finalement, peut-être celui qui est le plus "normal".
Il est aussi très porté sur le cul, comme vous avez vite dû vous en rendre compte. Dès le début, je voulais que Draco et lui soient des sex friends (dire d'éviter cet anglicisme dans le récit, que ce soit pour ce chapitre ou les suivants). Je voulais surtout pas faire de Draco une personne chaste ou vierge, je voulais qu'il soit avec d'autres hommes avant Harry (la question étant "combien" et "qui", mais ça, je vous le dirai pas ! peut-être n'y aura-t-il que Blaise). En fait, on expérimente très souvent d'autres relations avant de trouver "le bon" (qui parfois n'est pas le bon), c'est RARE de tomber juste dès le premier. Et puis, il faut aussi le temps à la relation Harry/Draco de se construire. Qu'importe que le temps ait passé, qu'ils ne soient plus des gamins immatures, ou qu'ils ne soient plus du genre à se chercher querelle pour un oui ou pour un non. Ils reviennent quand même de loin, un vrai lien entre eux ne peut pas se faire sur un claquement de doigts.
Pour parler amour et sexe, il y a là un exemple de parallèle que je voulais amener en faisant en sorte que Perceval tombe amoureux de Draco, comme je l'ai expliqué précédemment (la note de fin du chapitre de la reine des neiges). Il y a un comparatif extrême entre Blaise et Perceval, entre le sexe et l'amour courtois des chevaliers de la Table Ronde, entre les relations assez libres de nos jours et le guindé misogyne d'auparavant (grossièrement, en tout cas, ça reste ma version).
Ça m'a aussi permis d'installer la différence de mœurs entre Loegrie (à l'ancienne) et Avalon (moderne). C'est pas toujours évident, car les femmes durant la période de la renaissance n'étaient pas non plus très chastes. Et même au Moyen-Âge, les tromperies devaient aller à tout-va, comme à toutes les époques. La grosse différence vient surtout du fait que Elsa - Draco, est la Reine… À l'époque, la Reine était TRÈS surveillée (elle devait développer des trésors d'ingéniosité pour aller voir ailleurs), au risque d'être répudiée ou pire, mais c'était surtout une histoire de "vérifier la paternité" (ATTENTION, je ne suis pas historienne, si le sujet vous intéresse, je vous invite à vous documenter. Ne prenez pas ce que je dis pour argent comptant, je vous parle seulement de ma vision que j'essaie d'être à peu près réaliste). Hors, Elsa n'est PAS mariée. Donc libre de baiser avec qui elle veut, tant qu'elle tombe pas enceinte.
Petite parenthèse : PROTÉGEZ-VOUS ! J'aborde pas le sujet, parce qu'on est dans "le monde des contes et légendes", donc il n'y a pas de maladie vénérienne ou de préservatifs. C'est une volonté de ma part, parce que c'est un autre sujet et je vous raconte pas le bordel que ça serait si je devais inclure ça dans le récit… Donc vous attendez pas à lire ça dans cette histoire.
En fait, vous allez voir que j'ai voulu faire d'Avalon un pays "plus proche" de notre monde moderne de plusieurs façons, tout en restant féérique et monarchique. Un petit mélange, donc. La liberté des moeurs (malgré de grosses contraintes quand même, mais ça viendra plus tard), et l'homosexualité "ouvertement acceptée mais quand même un peu tabou", en font partie. Merci Anna et Perceval pour ce mini débat sur les mentalités de cet univers et la mise en lumière des différences entre des nations pourtant proches, ça m'a bien aidé. Petite parenthèse encore : j'ai eu mal au cœur pour Perceval en écrivant… Pauvre gars qui est vraiment très amoureux, qui n'est pas intervenu malgré sa douleur, et est même resté au cas où il faudrait protéger sa reine bien aimée… Respect, mec.
Dans tous les cas, c'est super agréable d'écrire Blaise dans un récit où les trois quarts des persos sont des nobles au langage soutenu, plus prompt à se servir d'images qu'à parler franchement et sans détour. Parfois, la personnalité de Harry ou celle de Draco ressortent, et on a droit à des "putain" "bordel" ou autres, mais c'est rien comparé à Blaise qui va même en rajouter à outrance. Il dira jamais "ne" dans les formules de négation (je dois parfois les retirer après coup, ça vient tout seul pour certaines phrases). Mais c'est celui avec qui j'ai le moins besoin de réfléchir pour le faire parler. Même parfois, il est un soulagement, et alors je me fais plaisir en balançant les mots les plus crus de mon répertoire. Si jamais il doit être poli et maniéré, c'est toujours ironique.
Le pire du pire du pire, c'est les pirates et leur argot ! J'annonce : je connais TRES PEU de vocabulaire argot ! Mon copain est un spécialiste, et j'ai appris beaucoup de mots avec lui (par exemple, pour moi, un greffier, c'était le mec qui retranscrit ce qui se passe durant un tribunal, pas un CHAT…). Mais c'était loin d'être suffisant. Alors, j'ai trouvé une PERLE sur internet : le dictionnaire d'argot "BOB" ! Sachez messieurs dames, que pour chaque putain de phrase des pirates, je passe des plombes sur ce dico d'argot pour trouver les bons termes ! J'imagine que je les utilise pas toujours comme il faudrait, alors pardonnez-moi à l'avance pour tous les prochains chapitres… Il peut se passer presque une heure avant que je finisse un dialogue avec eux… Mais je suis tellement contente après coup !
Voilà, je crois que j'ai abordé tout ce que je voulais dire… Évidemment, on voit Draco qui reprend un peu du poil de la bête. En fait, l'aide que Harry lui apporte à la fin est MEGA importante pour la suite de l'histoire. Les phrases et les conseils qu'il lui donne vont se marquer profondément dans la tête blonde, et non seulement ça va raffermir leur lien, mais ça fait aussi sortir la confiance et les compétences de la reine en Draco. Ce qui se passe à la fin du récit, c'est le top départ, le déclenchement du changement qui s'opère en lui. Adieu Malfoy, place à Elsa ! Et d'ailleurs, ça va être la même chose entre Harry et Arthur, même si plus subtile car ils restent assez proches l'un de l'autre. Ce sera encore différent pour Neville et Lancelot. Quant à Blaise et Sinbad, ils sont presque jumeaux dès le départ, donc bon…
J'ai aussi voulu faire des parallèles entre ce que vit Draco dans la vraie vie, ce qui lui est arrivé et lui arrive actuellement, et la vie d'Elsa. Même si ce n'est pas tout à fait pareil, il y a de TRÈS GROSSES similitudes entre eux. Dans ce chapitre par exemple, Draco et Elsa qui se considèrent eux-mêmes comme des monstres, pour deux raisons différentes et pourtant similaires sur certains points.
Bon, je m'arrête là. Merci pour ceux qui m'ont fait des petites reviews, j'ai sauté de joie quand je les ai vu ! Vous imaginez même pas à quel point ça fait plaisir de lire les réactions des gens ! Rien qu'un seul mot me donne des ailes ! J'espère en avoir encore plus cette fois-ci, je ne désespère pas ! Je vous réponds à tous consciencieusement, promis !
D'ailleurs, pour les reviews anonymes :
À Guest : Je suis contente que tu trouves ça marrant, et j'espère que ça continuera (ou changera en bien) avec la suite :) !
[===]
À bientôt ! J'espère vous lire bientôt !
Ashu
