- Harry Potter = Le Roi Arthur Pendragon = Royaume de Logres (ou Loegrie) - Capitale Camelot
- Draco Malfoy = La Reine Elsa Camlann = La Reine des Neiges = Royaume d'Avalon (ou Royaume d'Été / l'Île Fortunée) - Capitale Arendelle
- Neville Londubat = Le Chevalier Lancelot Du Lac (origine inconnue) = vassal et bras droit du Roi Arthur (amoureux de la Reine Guenièvre)
- Blaise Zabini = Le Capitaine Sinbad (originaire d'Arabia) = Pirate devenu Corsaire au service d'Avalon et de la Reine Elsa (à bord de la goélette "Djinn's Revenge")
- Eddie Carmichael = Le Vaillant Petit Tailleur = Le "Chat Botté" = Le Marquis de Carabas = Kristoff Sturlusson = Maître Espion au service de la Reine d'Avalon
Chevaliers de la Table Ronde : Perceval (amoureux de la Reine) / Galahad (fils de Lancelot) / Tristan / Érec / Caradoc / Bohort / Yvain / Gauvain / Gliglois / Girflet / Claudin
Pirates (nommés dans l'histoire) : Hindbad (quartier-maître et second du capitaine) / Haroun / Amin (jeune mousse d'une dizaine d'années)
Nobles d'Avalon (nommés dans l'histoire) : la Princesse Anna Camlann (sœur de la reine) / la Duchesse Gerda de Monmouth (Grande Chambellan) / Iseut et Énide (Dames d'Honneur de la Reine) / Ysengrin = Remus Lupin (loup-garou qui se maîtrise, camelot du pays Fabliau, accueilli à Arendelle par la Reine)
Vus précédemment : Theodore Nott = le Nain Tracassin / Zacharias Smith = Kay (anciennement Duc de Glastonbury et ex-époux de la Princesse Anna) / Titania (la Reine des Fées et mère spirituelle d'Elsa)
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¤¤¤¤ - Chapitre 8 - ¤¤¤¤
La Belle et la Bête
Devant la coiffeuse de sa chambre, Angharad déposa une dernière fois la couronne officielle du Royaume d'Avalon sur la tête de Draco. Il devait se parer de tous ses atours pour se présenter devant son peuple, et comme d'habitude, il pouvait à peine se mouvoir. Naturellement, une fois qu'il serait sur le navire, sa dame de compagnie reprendrait son inestimable coiffe, bien trop précieuse et symbolique, pour la remplacer par une autre de moindre importance, le temps de saluer la foule qui le regarderait partir depuis les quais… L'emblème du trône resterait à Arendelle en attendant son retour, tout comme le sceptre qu'Iseut lui tendait. Même Anna n'aurait pas le droit d'y toucher.
Le blond inspira, toujours sans se reconnaître dans le miroir… Et pour la première fois, avoir l'impression d'être quelqu'un d'autre lui fit du bien. Cette femme aux yeux d'argent le regardait avec pitié et dédain dans le miroir, il avait envie de lui laisser les commandes de son corps pour qu'il puisse se recroqueviller dans un coin et dormir… Mais qu'il le veuille ou non, elle était lui, et il était elle… Et autant l'un que l'autre avait des obligations. Alors il se leva, avec la sensation de peser une tonne.
Quand il descendit le tapis rouge du grand escalier de marbre blanc, tout le monde était déjà présent. Blaise lui fit un immense sourire espiègle, Potter l'attendait solennellement avec Neville et ses chevaliers qu'Elsa évitait de regarder, Anna se tenait devant l'entrée en se tordant les mains d'appréhension, près de l'Archiduc Évalac et de la Duchesse Gerda de Monmouth, et Eddie se fondait dans la foule de courtisans. Ce dernier lui fit un clin d'œil encourageant quand leurs yeux se croisèrent. Draco se composa un masque de bienveillance, et prit le temps de saluer le plus de personnes possible avant de rejoindre sa sœur.
« Ça va ? lui chuchota-t-elle, inquiète. Tu as une tête épouvantable…
- Mes dames de compagnie ne seraient pas très contentes si elles t'entendaient, s'amusa-t-il en lui prenant la main d'un geste fraternel. Elles se sont données beaucoup de mal pour cacher mes cernes.
- C'est juste que je te connais bien… Et tu ne souffres pas seulement du manque de sommeil.
- Je quitte tout ce que j'ai toujours connu, j'abandonne ceux que j'aime, et surtout mon adorable petite sœur. Cela me semble être des raisons suffisantes pour avoir triste mine. »
Il ne mentait pas, même s'il ne lui donnait pas le véritable motif… Penser qu'il laissait le pouvoir à sa fragile Anna s'ajoutait à son désarroi. Même s'il lui faisait confiance, il ne parvenait pas à s'empêcher d'angoisser… Cependant, il ne pouvait plus rien y changer. Alors il fit signe aux valets d'ouvrir les portes, et s'avança sous les acclamations, dans la lumière éblouissante du jour.
La foule était en liesse. Il était étonnant de voir qu'autant de gens s'étaient déplacés malgré la nuit de fête qu'ils venaient de passer. Certains pleuraient ce départ, d'autres exprimaient leur joie de voir leur souveraine en chair et en os, plusieurs agitaient le drapeau de la nation… Elsa était apostrophé de partout, mais une monarque ne pouvait se permettre d'aller serrer leurs mains. Alors il se contentait de les saluer de loin, au milieu de la large allée d'honneur que ses soldats maintenaient.
La marche jusqu'au port fût longue et lente, et Harry s'impatientait. En tant que roi, il était contraint de demeurer au milieu de ses chevaliers, très près de la reine et la régente, mais juste un pas derrière elles, puisqu'il n'était qu'un invité… Pourtant, toutes ses pensées étaient tournées ailleurs. Et il attendait le moment où il pourrait briser les rangs.
Enfin, ils arrivèrent sur le quai où était amarrée la goélette, déjà chargée des bagages et pleine de pirates surexcités à l'idée de reprendre la mer. Zabini s'avança pour vérifier si tout se passait comme prévu, le temps que la reine échange un dernier mot avec Anna, ses ministres et ses conseillers. C'était maintenant ou jamais !
Potter fit signe à ses propres hommes de l'attendre, chuchota rapidement à Neville qu'il revenait vite, et chercha un visage bien connu… Qu'il trouva ! Et dès que leurs regards se croisèrent, Eddie s'éloigna discrètement du troupeau de nobles qui ne faisaient que commenter la fête, les tenues, le peuple, ou établir des pronostics pessimistes ou optimistes sur l'avenir.
« Qu'est-ce qu… ?
- Nous n'avons pas beaucoup de temps, le coupa le Gryffondor, nerveux. Si je te dis "Titania", vois-tu de qui je veux parler ? »
Le roi fût ravi de le voir hoqueter, confirmant sa connaissance de l'existence de la Reine des Fées. Il n'aurait pas dû s'attendre à autre chose de la part du "Chat Botté", Grand Espion d'Avalon.
« Rares sont ceux qui ont eu l'honneur de l'apercevoir, s'exclama Carmichael d'une voix aiguë tant il était surpris. Les histoires et les descriptions varient beaucoup, mais tous s'accordent à dire qu'elle est la plus belle femme jamais vue sur cette terre ! Ne me dis pas que tu l'as aperçue ?!
- D'assez près, oui, rit Harry, bêtement flatté par la réputation de sa conquête d'une nuit. Ce serait trop long à raconter… Disons que nous nous sommes… "crêpé le chignon".
- Quoi ?!
- Qu'importe. Nous sommes arrivés à un accord : je dois amener Elsa au Royaume de la Rose, alors j'ai besoin que tu nous envoies dès que possible toutes les informations dont tu disposes sur ce pays. Je ne m'en souviens pas très bien, je ne suis même pas sûr qu'Arthur y soit un jour allé. Là-bas, nous devons trouver une fée qui aurait élu domicile dans une chaumière dans les bois.
- Le Royaume de…
- Et je veux aussi tout savoir sur cette Titania et sur une fleur appelée "pensée d'amour". Je n'ai pas du tout confiance en elle, même si nous avons un… "intérêt commun"…
- Mais enfin, qu'est-ce qu…
- Du moins, pour le moment, l'ignora le brun en jetant un coup d'œil vers le bateau. Je t'expliquerai plus en détails dans une lettre, tu comprendras… Autre chose : tu te souviens que nous t'avons parlé du Nain Tracassin ?
- Nott ? Vos marchés super dangereux ? Évidemment ! D'ailleurs, tu dois toujours me dire ce que tu…
- Il aurait un point faible, l'interrompit à nouveau Arthur en voyant que Malfoy allait bientôt monter sur le navire. Son véritable nom ! Si nous le trouvons, nous pourrons annuler un de ses contrats !
- Comment tu…
- Trouve ce nom ! l'arrêta encore Potter d'un geste sec. Nous ferons tout de notre côté aussi, mais nous allons avoir besoin de ton génie. C'est toi le spécialiste pour dénicher les secrets.
- Attends ! l'arrêta-t-il en agrippant son bras, le voyant faire demi-tour. Tu te doutes bien que je suis déjà sur le coup pour ce mage noir ! Dès que j'ai su ce qui vous était arrivé, j'ai lancé tous mes espions sur le sujet. Mais je n'ai encore rien découvert. Et…
- J'ai beaucoup appris, cette nuit. Mais nous n'avons pas le temps, je dois partir. Je te dirai tout, mais là je dois…
- Et tu as dit "le Royaume de la Rose" ? insista le tailleur, soucieux. J'en ai parlé à la reine il y a deux jours : une lourde malédiction est à l'œuvre, là-bas ! Le pays est désert ! N'y allez pas !
- Nous devons nous y rendre ! martela Arthur, la voix dure. Ce n'est pas négociable ! Je te le répète une dernière fois : je t'écrirai. Et toi, tu vas nous fournir toutes les informations que je t'ai ordonné de…
- Tu n'es pas mon roi, gronda Kristoff, irrité. Tu n'as pas d'ordre à me donner ! »
Harry se figea, choqué. Il avait parlé sans réfléchir… Venait-il vraiment de le commander ? Lui ? Son ami ? Son tempérament de roi lui était-il devenu si naturel ? Cela ne faisait pourtant même pas tout à fait un mois depuis leur arrivée dans ce monde, et il se souvenait encore de son malaise lorsqu'il s'agissait d'agir en monarque.
« Ce… Ce n'est pas ce que…
- Je sais, trancha Eddie d'un air courroucé. Mais si tu veux bénéficier de mes services, tu vas devoir m'écouter : n'allez pas au Royaume de la Rose ! Vous avez déjà assez d'une malédiction, pas besoin d'en subir une seconde ! Et c'est exactement ce qu'il va se passer si vous posez un pied là-bas !
- Tu ne comprends pas : nous n'avons pas le choix ! Nous y arriverons ce soir, donc rédige vite une missive où tu nous relateras tout ce que tu sais. Ainsi, nous aurons toutes les chances de notre côté… "s'il-te-plait". »
Carmichael fronça les sourcils, fulminant, prêt à rétorquer véhément. Cependant, Harry ne lui en laissa pas le temps et se dirigea à grands pas vers ses chevaliers qui l'attendaient, curieux. Heureusement, ils n'osèrent pas poser de questions, mais observaient le Marquis de Carabas d'un œil intrigué. Ils n'avaient pas été très discrets… Par chance, le Gryffondor savait que le "Chat Botté" trouverait vite un subterfuge pour justifier leur entrevue : après tout, c'était le Roi Arthur lui-même qui l'avait introduit dans la Cour d'Arendelle, leur "bonne entente" n'était un secret pour personne… Du moins, avant que Kristoff n'arbore ce visage frustré.
Le souverain ne s'en soucia pas outre-mesure : ce n'était pas le moment. Il échangea quelques derniers mots d'encouragement à ses hommes, et ils se promirent de bientôt tous se retrouver à Camelot. Ce serait difficile, Harry le savait… Chacun allait vaquer à ses propres quêtes, voyageant par monts et par vaux, au gré des rumeurs et des défis pour atteindre l'objectif de toute une vie. Le Graal.
Le petit garçon en lui ne pouvait s'empêcher d'avoir des étoiles dans les yeux en observant ces fiers combattants destinés à une vie si riche et mouvementée. De braves aventuriers conquérants, diffusant leurs principes à travers le monde plus efficacement que des évangélistes. L'espace d'un instant, il oublia ses propres objectifs pour se complaire dans le plaisir d'être en leur compagnie, pour ce qui était sûrement la dernière fois. Peut-être en reverrait-il quelques-uns avant son retour dans le vrai monde, mais certainement pas tous. Et ces adieux lui compressaient le cœur.
Il eut à peine le temps de remarquer l'air fatigué, distrait et sombre de Perceval que la cloche sonna, signalant l'heure d'embarquer. Quelque chose n'allait pas… Il allait partir quand il surprit un regard… Et il ne lui en fallut pas plus pour comprendre.
« Allons-y, Majesté », lui fit Lancelot en posant une main sur son épaule, un sourire hésitant aux lèvres.
Arthur le dévisagea… et lui tourna le dos. Il ne voulait pas savoir. Il en savait déjà trop.
Lorsqu'il arriva sur le pont, Audhild était déjà en train de retirer la couronne royale de la tête de Draco, à l'abri des regards, pour lui ceindre une tiare moins fastueuse. Angharad attendait à côté et récupéra l'emblème monarchique avec révérence.
« Mes prières vous accompagnent, ma reine, fit la jeune femme aux cheveux auburns, les yeux humides.
- Allons donc, pourquoi tant de désarroi ? sourit Elsa. Je ne pars pas vers l'échafaud. Il s'agit simplement d'une tournée diplomatique, je reviens dans quelques mois. Priez plutôt pour ma jeune sœur, elle en aura plus besoin que moi. Et surtout, prenez soin de vous, mon amie. »
La femme s'inclina, émue, et redescendit sur le quai en séchant ses larmes. Audhild, quant à elle, se plaça derrière la reine lorsque celle-ci s'avança vers le bastingage pour saluer la foule.
La brune serait la seule à accompagner la souveraine durant son périple. Draco aurait préféré s'en passer : il avait beaucoup trop de secrets, et ne serait pas libre d'agir comme bon lui semblait avec cette demoiselle d'honneur qui ne le quitterait pas d'une semelle… Mais il n'avait pas pu faire autrement : en embarquant de jour, aux yeux de tous, il aurait été impensable qu'aucune de ses dames ne l'accompagne. Cela n'aurait pas été décent…
Ses joues lui faisaient mal à force de sourire. Il était épuisé, fourbu, les yeux brûlants, le cœur encore serré… Pourtant, il s'obligea à montrer un air radieux en se présentant devant son peuple. Il se devait d'être parfait et rayonnant jusqu'au dernier moment. Jusqu'à ce que le navire s'éloigne, et que plus personne ne puisse lire la peine sur son visage. Mais Blaise mit du temps à lever l'ancre, et le bateau s'éloignait si lentement…
Et alors que les vivas et vœux de bon voyage s'élevaient dans les airs, le blond croisa par mégarde le regard qu'il s'évertuait tant à éviter.
Quelque part, la détresse qu'il lut dans les yeux de Perceval l'apaisa. C'était comme si quelqu'un exprimait à sa place tout ce qu'il ressentait et cherchait à cacher. Une dernière fois, il imagina ce qu'aurait pu être sa vie aux côtés d'un homme tel que lui. Pleine d'amour et de bonheurs simples, une existence paisible où il n'aurait pas à payer ses fautes ou à être hanté par des fantômes. Sans magie, sans damnation, sans jugement, sans obligation autre que celle de chérir. Il aurait pu abdiquer, comme il pourrait abandonner le nom des Malfoy. Il aurait pu s'enfuir avec lui, comme il pourrait tourner le dos à sa famille. Il aurait pu tenter de l'aimer, comme il pourrait essayer de vivre.
Mais il ne pouvait pas. Les mains du destin appuyaient de toutes ses forces sur ses épaules pour le clouer sur place, l'obligeant à faire face à ses responsabilités. Qu'il soit une reine aimée ou un criminel haït, sa situation demeurait inchangée : figée. À voir la joie lui filer entre les doigts, et l'affection seulement effleurée pour mieux lui être enlevée. Ce n'était que justice. Après tous les malheurs qu'il avait causés, il ne méritait pas de connaître l'amour.
Tout à coup, il la vit. Le chevalier portait à sa hanche, sur le pommeau de son épée… une hellébore… Et autour de la garde, une étoffe blanche : la ceinture de sa robe de chambre en soie dont il s'était revêtu en le quittant, il y avait quelques heures seulement.
Draco ferma les yeux, submergé par un flot d'émotions contradictoires. La peine de ce matin qui était ravivée. La colère de le voir si peu disposé à tourner la page. L'incompréhension face à ce geste désespéré. Le choc de constater jusqu'à quelle extrémité pouvait aller les élans chevaleresques. Le regret d'avoir offert un cadeau empoisonné à cette âme noble. La culpabilité d'être incapable de l'aimer comme il le méritait. Et le bonheur égoïste de savoir qu'il ne serait pas oublié.
Alors il l'observa, peut-être pour la dernière fois, et lui offrit un sourire. Son seul vrai sourire.
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À peine avaient-ils quitté le port qu'Arthur demanda à ce qu'ils se réunissent dans la cabine du capitaine pour "partager une information de dernière minute". Même s'il n'avait pas du tout apprécié le ton autoritaire du pseudo-roi, qui n'était que passager sur son navire, la curiosité de Blaise était piquée. Les yeux verts avaient été pleins de sous-entendus, et Sinbad n'avait rien répondu avant d'aller quérir la Reine Elsa. Message reçu : seules les personnes du vrai monde devaient être présentes, Draco, Potter, Londubat, et lui-même.
Et il ne fût pas déçu. Apprendre l'existence de la Reine des Fées Titania n'aurait pourtant pas dû le surprendre, connaissant la nature de cet univers. Cela lui avait malgré tout fait ouvrir de grands yeux exorbités. Et ce n'était rien par rapport à la suite…
Il ne savait pas ce qui le stupéfiait le plus : la nature semi-elfique d'Elsa, que cette dernière soit la fille spirituelle de la fée, l'origine du Nain Tracassin, le seul et misérable point faible de ce dernier, le pouvoir de la poudre rose qui rendait la cible follement amoureuse de la première personne vue au réveil, observer une véritable "pensée d'amour", devoir rencontrer plusieurs hauts-mages et puissantes fées pour aider la Reine à maîtriser sa magie de Glace, la halte obligatoire au Royaume de la Rose, les avertissements du "Chat Botté" au sujet d'une autre malédiction à l'œuvre là-bas… ou tout simplement que LA Titania avait décidé de se montrer à Potter !
« Pourquoi c'est toujours toi ?! s'exclama le pirate, dépité. Elle est connue pour être la plus magnifique femme du monde ! Sinbad se serait crevé un œil pour avoir la chance de la contempler avec l'autre !
- Tu aurais voulu être sa victime ? rétorqua le roi, agacé. Parce qu'il est certain qu'avec toi, elle aurait réussi : tu n'aurais jamais eu les réflexes suffisants pour échapper à sa poussière de fée.
- C'est pas la modestie qui t'étouffe ! T'as beau être un putain de héros, t'es pas le seul mec compétent dans cette histoire !
- Pourquoi ne pas nous avoir appelé ? s'inquiéta Neville, blême à l'idée que son monarque ait subi une attaque sans en avoir été averti. Pourquoi l'avoir laissée partir ?!
- Tu voulais que je fasse quoi ? grommela Harry, de plus en plus énervé que ses interlocuteurs se concentrent sur un sujet aussi trivial comparé au reste. Que je demande à la Reine Elsa de châtier sa "mère fée" ? Après tous les efforts qu'on a fait pour consolider notre alliance ?
- Elle a tout de même tenté de te corrompre !
- Et elle avait des tas d'informations à donner ! Notre quête n'est pas de se faire justice, mais d'aider Malfoy à gérer ses pouvoirs afin de corriger le désastre qu'il a provoqué, et d'en éviter un nouveau !
- Joli choix de mot, rétorqua Zabini d'un ton aigre. Tu cherches quoi, là ? Le faire culpabiliser encore plus ?
- Ce ne sont que les faits ! Si ça ne te plait pas, tu n'as qu'à…
- Ça suffit ! » hurla Draco en tapant du poing sur la table.
Le silence se fit. Ils furent sidérés de le voir si irascible alors qu'il n'avait pas émis le moindre son depuis leur départ. Et Blaise n'avait pas souvenir d'un moment où son ami aurait interrompu une dispute… Surtout avec le balafré !
« Punir Titania n'aurait rien apporté. Pire : les fées auraient pu se retourner contre la Couronne, et cesser de bénir mes terres ! Ce qui aurait abouti à une misère bien plus définitive que mon Hiver Éternel ! Alors je te suis reconnaissant, Potter, merci, ajouta-t-il en se tournant vers son ancien ennemi, le regard dur. Encore un secret de mon pays que tu as découvert et protégé. Je vous demande à tous de garder cela pour vous : seuls les membres de la famille royale sont au courant. Des règles ont été instaurées afin d'éviter de possibles querelles entre fées et humains, et le silence en fait partie. Considérez-les de la même manière que les sorciers pour les moldus. Et je vous laisse imaginer ce qui pourrait advenir si certains pays avaient vent de cette bénédiction. Vous ne voulez pas savoir ce que je serai capable de faire si jamais quelqu'un venait à dévoiler ce mystère. »
La menace était limpide : si Avalon venait à tomber, la "Reine des Neiges" deviendrait le pire fléau que cette terre ait porté. La plus terrifiante "méchante" des contes de fées… Et ils avaient tous eu un aperçu de ce dont elle était capable, même sans maîtriser totalement ses pouvoirs. Alors ils opinèrent silencieusement de la tête.
Blaise, qui avait d'abord été étonné de voir son ami remercier Potter, y vit soudainement la vraie raison : en condamnant la Reine des Fées, il aurait révélé son existence et sa localisation… Le Gryffondor n'avait pas seulement été clément, il avait évité à Elsa de choisir entre les humains et le peuple féerique. Entre son Humanité et la sauvegarde de son Royaume… Et il savait déjà quel aurait été son choix… Son silence durant le récit d'Arthur prit un tout autre sens…
« Par contre, hésita Draco, perdant toute son assurance et sa vindicte en quelques secondes. Je n'étais pas au courant de mes… "origines". Elle t'a dit que je… dansais avec eux les nuits de pleine lune ? Je n'en ai aucun souvenir ! En fait, je crois qu'Elsa n'a jamais rencontré Titania. Ni aucun autre membre du peuple féerique. Et elle serait ma "mère spirituelle" ? C'est insensé !
- C'est pourtant ce qu'elle affirme, répondit Potter en fixant le blond d'un regard intense. La danse est peut-être métaphorique, je ne vois pas pourquoi elle mentirait. En plus, cela expliquerait beaucoup de choses…
- C'est pas faux, soupira Blaise en se frottant le visage, comprenant de quoi il voulait vraiment parler. Ta magie, entre autres. À ma connaissance, les mages et sorciers ont pas des pouvoirs aussi spécifiques que les tiens.
- Elsa est la seule, confirma Neville en hochant vigoureusement la tête. J'avais demandé à Eddie de faire quelques recherches sur le sujet, cette semaine. Et en fait, il m'a tout de suite sorti un énorme dossier de ses sacoches magiques : il avait enquêté sur la reine et ses pouvoirs avant de travailler pour elle. Kristoff avait déjà compris qu'elle devait avoir une ascendance magique quelque part dans son arbre généalogique, sans jamais parvenir à découvrir le fin mot de cette histoire. Mystère résolu. Et dans toutes ses investigations, il n'a pas trouvé un seul exemple à peu près similaire à sa Glace. Même d'un autre élément.
- Pourquoi ne m'en a-t-il jamais parlé ? gronda Draco, mécontent d'apprendre qu'il avait été l'objet d'une enquête de son propre espion.
- Il est gênant d'avouer à son employeur qu'il a été la source de sa méfiance par le passé, sourit timidement Londubat. Tout ceci s'était déroulé avant que la reine l'engage.
- C'est lui qui est venu à moi dès ma première année de règne, je n'avais rien demandé ! Pourquoi et comment s'est-il soudainement pris de l'envie d'étudier mon histoire ? Sont-ce ses trouvailles qui lui ont donné l'idée de se mettre à mon service ? Et qu'a-t-il découvert d'autres que je pourrais ignorer ?!
- Malheureusement, il n'est pas là pour te répondre, fit Potter pour couper court à des réflexions stériles. Je devais justement te demander si je pouvais t'emprunter ton corbeau, afin de relater ma rencontre avec Titania au "Chat Botté". Tu pourrais en profiter pour lui écrire également ?
- Je vais dire à Hugin de lui picorer les oreilles jusqu'à ce qu'il me donne une réponse, grommela le blond énervé. Ça lui apprendra d'encore oser me faire des cachotteries !
- À ce propos, il m'a dit t'avoir parlé du Royaume de la Rose, il y a peu. Que s'est-il passé là-bas ?
- Ce n'est pas encore très clair, souffla Malfoy en se frottant le front d'un air fatigué. Ce n'était d'abord qu'une simple rumeur dans les pays voisins. Et au bout d'un moment, les gens se sont rendus compte que quiconque entrait sur les terres de Rosa n'en ressortait pas. Un agent du "Chat Botté" a voulu l'en tenir informer avec un courrier, mais celui-ci s'est perdu : Kristoff était en plein dans ma malédiction d'Hiver Éternel, et s'était retrouvé piégé de l'autre côté du miroir. Et après, il y a eu sa perte de mémoire… Il n'a pu récupérer la missive qu'il y a quelques jours seulement, et a immédiatement dépêché Munin pour en savoir plus. Nous avons reçu la réponse il y a deux jours.
- Pourquoi ne pas m'en avoir parlé plus tôt ? ne put s'empêcher de reprocher Arthur. Certes, il est ton émissaire et nous étions sur tes terres, mais je suis aussi un monarque, en plus d'être ton allié ! Tu aurais dû me tenir au courant !
- C'était il y a seulement deux jours ! protesta Elsa, irrité. Et franchement, les informations sont réduites à peau de chagrin : l'espion d'Eddie, n'ayant eu aucune réponse de son employeur, a poussé ses investigations plus loin et a eu la mauvaise idée de pénétrer dans le Royaume maudit. Il n'en est jamais ressorti ! C'est un de ses amis qui a reçu le pli du "Chat Botté" et y a répondu. Il l'attend encore dans une taverne des alentours et se ronge les sangs ! Apparemment, les postes avancés disséminés le long des frontières ne détectent plus aucun signe de vie nulle part. Ils croisaient pourtant parfois leurs collègues de Rosa lors de rondes occasionnelles… Mais depuis deux mois maintenant, rien !
- Deux mois ?! s'étonna Lancelot. Comment est-ce possible ? Nous avons eu vent de l'hiver d'Avalon quelques jours seulement après son apparition ! Pourquoi n'avons-nous rien su au sujet de Rosa ?!
- Le spectacle, mon vieux, sourit Sinbad en croisant les mains derrière la tête. La malédiction d'Elsa était impressionnante et immanquable : n'importe quel passant pouvait voir la mer gelée et les nuages noirs au-dessus de l'Île Fortunée. Et puis il s'agissait de la Grande, la Sublime, la Célèbre, la Majestueuse, la Puissante Avalon ! Ça m'étonne même que vous ayez mis des jours avant d'en entendre parler. Par contre, le petit pays de Rosa… qui se meurt dans le silence le plus total, sans effet rocambolesque pour signaler son malheur : ça, c'est surprenant qu'on en entende parler si vite. Tout le monde se fout du Royaume de la Rose ! Ils sont pauvres et vivent aux crochets d'Arendelle qu'ils ont la chance d'avoir non loin. Si y avait pas cette histoire de fée à aller voir, j'aurais jamais accosté là-bas. Malédiction ou pas.
- Cela ne me plait pas du tout, maugréa Harry. J'ai effectivement peu d'intérêt avec eux, mais j'ai le souvenir d'échanges cordiaux, voire même amicaux, avec le dirigeant de cette contrée.
- Évidemment ! soupira Zabini en levant les yeux au ciel. T'es le putain de Roi de Logres, le Royaume militaire le plus effrayant de cette partie du monde. Un mot de travers, et tes armées pourraient éradiquer ce misérable petit pays dont personne ne veut. Le monarque de Rosa s'est pas comporté comme un gentil petit Poufsouffle timide, il était juste terrifié à l'idée de te mettre en colère pour un "oui" ou pour un "non" ! Parce que c'est ta réputation, le balafré ! Dans ce monde comme dans le nôtre, t'es un impulsif irréfléchi toujours plus prompt à sortir les armes qu'à parlementer !
- Tu exagères, Blaise, le gronda Draco, un léger sourire au coin des lèvres. Disons plutôt que le Roi Arthur est… un homme d'action.
- Et au grand cœur ! corrigea Du Lac, soucieux de la notoriété de son roi. Il se déplace en personne pour sauver des nations ! Il répond toujours présent, parfois sans rien avoir en retour ! Toujours en quête d'un idéal, le symbole même de l'abnégation ! Il l'a déjà prouvé maintes fois et continuera à le faire ! Ne t'a-t-il pas sauvé de ton palais de glace alors qu'il était mandé pour te détruire ? Et toi, n'a-t-il pas cru en ta promesse de nous aider alors que tu n'étais qu'un vil pirate ? N'a-t-il point laissé la vie sauve à un loup-garou, même s'il avait déjà mordu ? N'a-t-il point tout fait pour sauver Avalon, allant même jusqu'à passer un pacte avec le diable ?!
- Tout doux, fidèle petit chiot, ricana le corsaire. Je fais que répéter ce qu'on raconte.
- Comment m'as-tu appelé ?! s'écria Lancelot, la main sur son épée.
- Assez ! hurla Arthur en frappant des deux mains sur la table et se levant d'un bond. Nous allons rester ensemble pour de longs mois encore, alors si vous n'êtes pas capables de vous entendre une seule journée, nous nous passerons de vous ! Je n'ai que faire de ma popularité, tant que cela permet aux autres nations d'éviter de me chercher querelles ! Mais là n'est pas le sujet ! Le Royaume de la Rose mérite qu'on lui porte secours, qu'importe sa taille ou sa richesse. Même sans fée pour instruire Elsa, si j'avais été mis au courant de cette malédiction, j'aurais ordonné qu'on s'y arrête afin d'aider le souverain à remettre son pays à flot ! Et vous auriez été contraints de vous plier ! »
Tous se figèrent, encore plus pétrifiés par l'ire du roi que par celle de la reine. Si Elsa les refroidissait de l'intérieur avec ses menaces glaçantes, Arthur leur brûlait l'épiderme par sa colère ardente. Même Blaise se retint de lancer une petite pique, soucieux de rester en vie.
« Potter et son altruisme légendaire, rit Draco, dont l'audace stupéfia pirate et chevalier. Heureusement que j'ai un intérêt à aller là-bas, ou nous aurions passé un très long moment à nous disputer. Car je ne vois pas comment tu pourrais un jour me faire "plier à ta volonté". »
Le silence se fit. Tendu. Peu importait l'univers, le blond avait toujours été insensible à la fureur du Gryffondor. Pire : cela lui donnait envie de le provoquer encore plus ! Et aujourd'hui, ils étaient deux monarques orgueilleux… Zabini regretta soudain d'avoir joué au plus malin avec Londubat, et engendré cette situation malaisante…
« Toi, ce n'est pas pareil, lui accorda Potter en se rasseyant, étrangement calme. Certes, nous aurions bataillé des heures durant, mais nous aurions fini par trouver un arrangement. N'est-ce point ainsi que nous avons l'habitude de fonctionner, maintenant ? Du moins, quand tu ne cherches pas à me cacher des informations.
- Et toi, tu ne nous dis pas tout ! l'accusa Malfoy. Penses-tu sincèrement que je vais croire que Titania se serait infiltrée dans mon palais, dans ta chambre, en pleine nuit de la Saint Jean, pour te manipuler ?! Tu apprendras que c'est impossible ! Tant que les feux sont allumés, personne…
- Personne ne peut faire de mal à qui que ce soit, compléta Harry à sa place. Je le sais, c'est elle qui me l'a dit. Elle a profité des festivités pour m'approcher, puisque la surveillance était moindre, et a fait en sorte de rester jusqu'aux premiers rayons du soleil.
- Tu déconnes ?! s'exclama Blaise, qui comprit plus vite que les autres. Tu te fous de moi ?! T'es en train de dire que non seulement t'as vu cette beauté, mais qu'en plus tu l'as baisé ?! »
Sinbad aurait donné cher pour arracher le petit sourire satisfait qui fleurit sur le visage de cet exécrable veinard. Il l'aurait félicité s'il n'était pas ce crétin de "Survivant" ! À l'inverse, il enrageait ! Putain mais pourquoi c'était toujours Potter le chanceux ! Neville avait curieusement pâlit, et Draco en eut la mâchoire tombante.
« Là encore, nous nous éloignons du sujet, fit Arthur après s'être éclairci la gorge, arborant toujours un horripilant air suffisant. La manière dont cette femme s'y est prise pour m'atteindre n'a aucune importance. Tout ce…
- Au contraire, le coupa sombrement le blond. Je viens d'apprendre que j'ai une "mère spirituelle" et tu annonces avoir couché avec elle ? Toi ? Potter ?!
- Je ne savais pas qui elle était ! Et…
- Tu ne lui as pas demandé ? s'enquit Londubat, pâle comme la mort.
- Vous n'étiez pas là ! Vous pouvez pas sav… oh et puis merde ! Oui, c'est vrai, c'était stupide de ma part ! J'ai bien mérité ce qu'elle a voulu me faire ! Mais le résultat est là : j'ai toujours sa poudre en ma possession, et une fleur magique comme carton d'invitation pour approcher une fée !
- Comment ? renchérit Elsa, une colère froide grondant dans la gorge. Comment as-tu pu la convaincre de te donner ces présents ? Je sais que les membres du peuple féerique sont loin d'être prudes, mais elle est tout de même allée jusqu'à briser la loi de l'hospitalité, si chère au cœur des êtres féeriques, en cherchant à nuire à un de mes invités dans mon palais ! Elle doit te haïr avec tellement d'intensité ! Alors comment as-tu réussi à la…
- Elle t'aime ! le coupa Harry de plus en plus agacé, fixant ses prunelles d'argent pour appuyer ses mots. C'est toi, notre terrain d'entente. »
Malfoy s'immobilisa, ouvrant de grands yeux ronds.
« Mais… je ne la connais même pas… fit-il d'une voix blanche.
- Et bien elle, si ! Cette femme est folle, mais je suis parvenu à lui faire comprendre que je voulais te protéger, et non te nuire. Évoquer Tracassin lui a fait perdre ses moyens, et c'est comme ça que j'ai pu lui faire entendre raison… Du moins à peu près. Elle me déteste toujours à cause de tout ce que le Roi Arthur représente et véhicule. Pourtant, elle a décidé de mettre ses ressentiments de côté pour toi. Parce que j'ai juré de t'aider à contrôler tes pouvoirs, et sauver Avalon. C'est avec toi qu'elle échangera, maintenant. Même si je ne sais pas encore comment. Nous verrons bien. »
Lentement, Draco se cacha le visage dans ses mains et appuya les coudes sur la table. Il semblait abattu, et personne ne comprenait pourquoi. C'était comme s'il avait reçu une mauvaise nouvelle et ne savait plus quoi faire pour arranger les choses… Pourtant, du point de vue de Sinbad, la situation n'était pas si mal. Un puissant allié les avait rejoint dans leur quête, avec de grandes capacités, un nouveau réseau de contacts, des informations primordiales, et même des objets clefs. Dans n'importe quel roman d'aventures, cela aurait marqué un tournant décisif pour les héros en augmentant leurs chances de réussites. Alors pourquoi son ami était-il accablé ?
« J'ai besoin de prendre l'air. »
À la surprise générale, le blond se leva, tête basse, et s'éloigna. Lorsque la porte se referma derrière lui, personne ne souffla mot. Blaise hésita quelques secondes avant d'amorcer un mouvement pour le rejoindre, quand Potter l'arrêta d'un geste.
« Laisse. J'y vais.
- C'est mon pote, protesta le Serpentard. Tu vas juste l'énerver !
- J'ai dit : j'y vais. »
Le pirate se rassit, cloué par le regard vert trop intense. Il détestait avoir des sueurs froides quand ce maraud de "Sauveur" utilisait son "charisme de Roi Arthur" pour obliger ses interlocuteurs à se soumettre. Lui désobéir n'était alors plus une option… Et c'était tellement frustrant !
Harry n'eut pas à chercher longtemps avant de trouver le blond, accoudé au bastingage vers la proue. Il le rejoignit sans se faire discret, allant même jusqu'à se râcler la gorge pour signaler sa présence. Il ne voulait pas le prendre par surprise. Malfoy soupira.
« J'ai besoin d'être seul, grommela-t-il sans se retourner. Est-ce trop demandé ?
- Oui. »
Potter s'installa près de lui, et s'amusa de son visage étonné en le voyant. Apparemment, il s'était attendu à la présence de Zabini, et non la sienne.
« Parle-moi. Qu'est-ce que tu as ?
- Parce que tu crois que c'est avec toi que je vais m'épancher ?
- C'est moi qui ait vu Titania. Je me suis dit que tu avais peut-être des questions à me poser, seul à seul. Et puis, ce n'est pas parce que nous ne sommes plus à Arendelle que je compte arrêter nos échanges. Au contraire. Maintenant plus que jamais, nous avons besoin de nous faire confiance pour la réussite de notre entreprise. Je te renouvelle donc ma promesse de ne pas te mentir. En aucun cas. »
Arthur chercha à transmettre toute son honnêteté dans son regard, conscient que leur passé commun ne pouvait engendrer que méfiance. Il était impossible d'effacer leur histoire. Toute leur haine, leur colère et leurs affrontements demeureraient dans leur mémoire, comme une ombre dans leur tableau. Peu importait leurs efforts pour l'ignorer, leurs engagements, ou les contraintes des circonstances.
Cependant, Harry discernait petit à petit un nouveau dessin de leur relation. Leur ancienne lutte tissait un motif plus grand et plus résistant que tout autre. S'ils parvenaient à s'entendre malgré leurs vieux conflits, leur lien n'en serait que plus fort. Et lentement, il apercevait une autre personne, tapie profondément dans ce garçon. Un écorché qui n'avait fait que des mauvais choix, et ne demandait qu'à avoir une seconde chance. Et si ce qu'il devinait était bien réel, le Gryffondor serait ravi de l'aider à faire sortir cette belle âme timide.
« Elle est si belle que ça ? demanda finalement Draco, l'air hésitant.
- Sublime, sourit-il. Le fantasme de tous les hommes, réuni en une seule personne.
- J'imagine que tu as passé une très bonne nuit…
- Plutôt, oui. Même si c'était un peu… Comment expliquer… Même avec une créature de rêve au corps parfait, si le caractère ne suit pas, l'alchimie ne peut pas être idéale… Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.
- Je comprends surtout que tu fais le difficile. Tu as couché avec la plus belle femme du monde, et tu n'es pas content ?
- Si, si. Ce n'était pas la "façon" que je préfère, et le réveil a été un peu brutal, mais je suis pleinement satisfait. Et je dois avouer que même si j'avais su qui elle est, et ton lien avec elle, je n'aurais pas agi différemment.
- Je n'arrive pas à la considérer comme… ma "mère" ? Je ne l'ai jamais rencontré ! C'est trop… "abstrait". J'ai déjà une vraie mère. J'en ai même deux : celle d'Elsa et celle de Draco. Alors une troisième…
- C'est plus symbolique. Elle n'est pas ta génitrice ou même ton ancêtre. Si j'ai bien compris ce qu'elle m'a dit, cela ressemble plutôt à… une forme d'adoption. Parce que tu es le premier dans la lignée des Camlann à avoir développé les gênes elfiques. Ce qui te rapproche d'elle et du peuple féerique, même si ce n'est qu'à moitié. En plus, tu es reine, et elle aussi. Vous vous protégez mutuellement… Je comprend qu'elle en soit venue à te considérer comme sa "fille". Et je suis sincère : elle t'aime vraiment beaucoup. Elle fera n'importe quoi pour te venir en aide, même s'allier à un humain qu'elle déteste. »
Au lieu de le réconforter, ses mots semblèrent l'affliger. C'était incompréhensible : qu'avait-il dit de mal ? En quoi ses paroles pouvaient-elles causer une telle amertume ? Le blond détourna la tête, et Harry se demanda dans quel état était le miroir de ses yeux… Il se pencha sur la rambarde, rapprochant brusquement son visage du sien.
« Qu'est-ce qui te prend ?! grogna Malfoy en reculant.
- Quel est le souci ? ne put-il s'empêcher de demander.
- Cela t'a plu d'apprendre que ta mère t'aime sans la connaître ? rétorqua Draco, aigre. Toi plus que quiconque devrais le concevoir. Cette femme est une inconnue pour moi. Et si je suis l'objet de tels sentiments sans en avoir conscience, alors de parfaits étrangers peuvent également me haïr plus que tout au monde ! Ce qui serait bien plus logique.
- Alors c'est ça, le problème ? sourit-il, rassuré. C'est une habitude, chez toi ? Voir le négatif même dans des événements positifs ? Ma mère est morte, je ne pourrais jamais la rencontrer. Mais Titania est bien en vie, et vous allez bientôt vous côtoyer puisque la situation l'exige. Pour ce qui est du reste, attendons de voir venir : les détracteurs existent pour tout le monde, particulièrement quand on est monarque d'un Royaume. Moi aussi j'ai des ennemis. En fait, je te rappelle que j'en ai depuis ma naissance. Je suis en terrain connu, je t'aiderai à gérer ça, rassure-toi. Le secret, c'est d'avancer un pas après l'autre, et régler les ennuis un par un. »
Harry était à deux doigts de se frapper la tête contre un mur en constatant que son discours avait l'effet inverse. Le blond fuyait son regard, les lèvres pincées et l'air tourmenté. Ce Serpentard était une énigme ! Pourtant, ils allaient vivre une épopée ensemble, ils devaient trouver un moyen de se comprendre et accorder leur longueur d'onde ! Sinon…
« Malfoy… soupira-t-il, vaincu. J'essaie vraiment, là… Si tu ne m'expliques pas ce qu'il se passe dans ta tête, je vais avoir du mal à le deviner… Parle-moi : qu'est-ce qu'il y a ? »
Draco grimaça d'un air méprisant. Harry ne savait pas pourquoi il s'attendait à autre chose de la part de son ancien ennemi… Il avait pourtant cru que… mais non. Cependant, il ne pouvait pas le lui reprocher : après tout, il ne lui mentait pas, il gardait simplement le silence, peu enclin à révéler le fond de ses pensées… Il allait faire demi-tour, voyant que cette conversation ne menait à rien…
« C'est injuste, dit soudainement le Serpentard, le visage fermé. C'est toi, le héros. Pourtant, c'est moi qui ai connu la chaleur de bras aimants. Alors que toi, tu as passé ta vie à te battre… Et maintenant, ce serait à mon tour de sauver le monde ? De quoi, d'ailleurs ? De moi ? Protéger mon Royaume de mes propres pouvoirs ? Et je dois en plus t'entraîner dans ma galère ? Je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ceci va mal finir pour moi. Nous sommes dans des contes de fées, là où toutes fins entraînent une morale… Et… même si je refuse de croire qu'Elsa est une "méchante", ce n'est pas mon cas. C'est un fait reconnu de tous. Je suis loin d'avoir l'étoffe d'un protagoniste principal. Ce n'est pas dans ma nature. J'ai bien peur que tu doives faire tout le sale travail à ma place… Tu vas encore une fois être obligé de ressortir ta panoplie de "Sauveur"… pour moi. Quelle ironie… Après tout ce qu'on a été, l'un pour l'autre… Alors, plus je reçois de bienfaits, plus j'ai l'impression que ma dette envers toi augmente. Et j'ai bien peur de ne pas pouvoir te rembourser, le moment venu. »
Le Gryffondor n'en revenait pas. C'était donc de cette manière que le blond voyait les événements ? Un cumul de redevances ? Une balance de bien et de mal qui le jaugeait en permanence afin de déterminer quel allait être son destin ? Sans savoir pourquoi, une phrase de Tracassin lui revint en mémoire : « Le prince qui se croit dragon »…
« Tu te prends pour le "méchant" ? hoqueta-t-il, surpris. T'es sérieux ?!
- Parce qu'être devenu le "gentil" de l'histoire est plus crédible, peut-être ? cracha Malfoy, hargneux. Pose-toi la question trente secondes et essaie de faire fonctionner ton cerveau atrophié, pour une fois ! J'ai maudit mon pays. Je t'ai obligé à venir pour le sauver. Par ma faute, tu as passé un marché avec Theo à ma place ! Et puisque tu n'as jamais voulu nous révéler la contrepartie, j'imagine qu'elle doit être terrible ! Tu as été contraint d'abandonner tes chevaliers et de mettre en pause la quête de ta Légende ! Et tout cela à cause de moi ! Pourtant, malgré tout ce que j'ai fait, mon peuple continue à m'adorer ! Tu as même dû m'offrir deux de tes hommes pour protéger mon Royaume ! J'ai beau tout tenter pour faire les choses bien, tu es encore et toujours en train de te sacrifier pour moi ! Et pour couronner le tout, c'est moi qui apprend avoir une "mère" aimante, sortie de nulle part ! Mère qui a tenté de te faire du mal, en passant ! Et avec tout ça, tu ne vois toujours pas où est le problème ? Ne trouves-tu pas que l'équilibre est faussé ? Et dans ce monde de contes, tout finit par se payer. À l'heure actuelle, je ne vois vraiment pas comment je vais réussir à m'en sortir… »
Harry ne put s'en empêcher : il éclata de rire ! C'était tellement… inattendu ! Et ridicule !
« Tu trouves ça drôle ?!
- Si j'avais su qu'un jour, j'entendrais "Draco Malfoy" me dire qu'il ne mérite pas d'être aimé, rit Potter en essuyant ses larmes.
- T'es qu'un sale con ! tempêta le blond en commençant à partir.
- Attends, attends, attends, l'arrêta le brun en agrippant son poignet, toujours souriant. Te rends-tu compte qu'il y a des milliards de façons d'interpréter nos rôles dans cette histoire, et c'est celle-là que tu as choisie ? Tu pourrais être la belle princesse sauvée par son prince charmant, le protagoniste qui aide le héros à déjouer les embûches, ou même le personnage principal qui arrive à vaincre l'adversité grâce au soutien des autres ! Mais non ! Tu es tellement pessimiste que tu as décrété être mauvais.
- Le passé me donne raison ! Et…
- Le "passé" ! Bordel, Malfoy ! C'était il y a dix ans ! Les gens changent, et ça fait plus de trois semaines que tu me le prouves chaque jour ! Je te l'ai déjà dit : tu es quelqu'un de bien ! Les contes de fées ne punissent pas les gens qui font des erreurs ou subissent la fatalité, ils récompensent les efforts et les bonnes actions. Ce qui est ton cas. Tu crois que je t'aiderai si je te voyais toujours comme le crétin prétentieux que tu étais ? Personne ne peut encore prédire ce que sera notre statut et notre influence dans ce récit, mais je suis sûr d'une chose : tu es très loin d'en être le méchant. »
Draco le regardait, yeux écarquillés, et Potter se délecta de son air abasourdi. C'était la seconde fois qu'il lui clouait le bec, et encore en le complimentant. Il commençait à mesurer à quel point son ancien ennemi avait perdu sa confiance en soi. C'était même pire : il se détestait. Il n'avait aucune idée de ce qu'il avait traversé ces dix dernières années, mais cela l'avait rendu aveugle à toutes ses qualités. Paradoxal en sachant qu'adolescent, c'était ses défauts qu'il snobait. Et alors qu'enfant, le brun s'évertuait à le remettre à sa place, sa version adulte se jura de tout faire pour lui faire redresser la tête.
Il allait ajouter d'autres mots, quand un coup de vent décoiffa ses cheveux déjà en bataille, et quelque chose lui griffa le visage. Harry se retourna d'un bond en portant la main à sa taille, et pesta d'avoir laissé Excalibur dans sa cabine. Puis un bruit d'ailes. Un croassement.
« Munin ? »
Arthur pivota à nouveau vers le blond, et vit un gros corbeau noir s'installer tranquillement sur l'épaule de la reine en plantant ses serres dans sa jolie veste blanche. Sur son dos, un épais rouleau de parchemins.
« J'ai l'impression qu'il ne m'apprécie pas beaucoup, grimaça-t-il en essuyant le sang sur sa joue. Je ne lui ai pourtant rien fait…
- Il n'aime personne à part son maître, sourit Elsa en flattant le poitrail de l'animal avant de décrocher son chargement.
- Et toi, visiblement…
- Seulement parce qu'il me connaît depuis un bon moment. Et son frère Hugin m'a accepté, alors il me tolère aussi.
- Mais oui, bien sûr, ricana Harry en croisant les bras, l'air moqueur. Tu veux pas pousser la chansonnette, pour voir ? Je suis sûr que tous les piafs des environs viendront chanter avec toi.
- Je ne suis pas une princesse, cracha le blond. Et si tu allais plutôt chercher un morceau de viande pour récompenser Munin ? Peut-être évitera-t-il de te blesser, la prochaine fois ?
- Vos désirs sont des ordres, princesse. »
Harry aurait voulu faire une révérence grotesque pour aller avec sa blague, mais préféra esquiver le coup de poing que le blond voulait lui donner sur l'épaule. Et il s'en alla en riant, le cœur léger. Sa relation avec Malfoy avait fait un grand pas en avant, ce qui était bon signe pour l'avenir. Il n'avait pas pu voir l'état du miroir dans ses yeux, n'ayant pas réussi à s'approcher assez pour cela, mais se doutait qu'une fissure ou deux s'étaient refermées après leur conversation.
Pourtant, rien n'était encore gagné. Il n'avait pas compris l'ampleur des dégâts que la Guerre contre Voldemort avait provoqué sur le psychisme de cet adolescent perdu, construisant sa personnalité d'adulte en se terrant dans son manoir, terrifié par le monde extérieur… Lui-même n'en était pas ressorti indemne… Hermione avait eu raison, comme d'habitude. Il l'avait toujours écouté un peu distraitement, ne se sentant pas concerné. Il aurait dû être plus attentif. Finalement, aucun d'entre eux n'avait appris à connaître le vrai "Draco Malfoy", se contentant de voir sa facette la plus méprisable. Et ce qu'il découvrait petit à petit le fascinait, autant qu'il en était sidéré. Il n'aurait jamais soupçonné… "ça". Qu'en réalité, il était vraiment quelqu'un de bien.
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Neville se demandait ce que son ami et Malfoy avaient bien pu se dire pour que l'atmosphère se soit autant allégée. Même Zabini fronçait les sourcils en les dévisageant. Un léger sourire flottait sur les lèvres de Harry, et le blond avait l'air plus calme… Certes, c'était un bon présage pour leur coopération à venir, mais sa curiosité ne le laissait plus tranquille.
Ils s'étaient à nouveau rassemblés tous les quatre dans la cabine du capitaine pour la lecture du courrier du "Chat Botté". Sinbad était déjà allé prévenir son équipage de leur halte au Royaume de la Rose, afin que le timonier corrige leur trajectoire. L'énorme corbeau noir était perché sur le dossier du fauteuil de la reine, attendant sûrement une réponse de sa part, et son frère albinos l'avait rejoint pour profiter de sa présence. Bizarrement, un écureuil se trouvait aussi là, grignotant un gland sur une poutre du plafond, juste au-dessus des deux volatiles. Et ceux-ci lui jetaient de temps en temps des regards soupçonneux.
« Apparemment, le Roi de Rosa n'est pas un personnage très sociable, fit Elsa en plissant les yeux durant sa lecture. Il s'occupe bien de ses gens et de ses terres, mais se contente du strict minimum et échange peu avec ses voisins. De temps en temps, il organise des fêtes simples avec ses nobles, et… l'idiot ! s'exclama-t-il brusquement. Je retire ce que j'ai dit : il est un très mauvais dirigeant !
- Comment ça ? s'enquit Potter en rapprochant sa chaise pour lire par-dessus son épaule.
- Il ne sait pas gérer la trésorerie ! Il se permet des dépenses inutiles et scandaleuses au gré de ses envies, et creuse la dette de son pays ! Il n'écoute pas ses conseillers. Et même s'il refuse de lever trop d'impôts pour son peuple, le peu de fortune dont il dispose ne fait que décroître au fil du temps. Et c'est la population qui en fait les frais : plusieurs des infrastructures du Royaume ont besoin de réparations, les équipements sont dépassés et ralentissent la production…
- Il a quand même décidé d'arrêter ses réceptions pour économiser, signala Arthur en pointant une ligne du texte. Il essaie de bien faire.
- Non seulement c'est trop tard, mais c'est aussi la pire décision possible : un dirigeant se doit de rester près de ses nobles, particulièrement les plus puissants ! Il doit parler avec eux, répondre à leurs attentes, être au fait des derniers événements… Sans un rappel constant de la présence royale, les seigneurs peuvent se croire tout permis en agissant dans son dos.
- Si plus personne ne s'intéresse à eux, ni ne les recadre lorsqu'ils vont trop loin, ils prendront eux-mêmes ce dont ils ont envie, confirma Harry en grimaçant. Je sais tout ça. Mais il semble seulement avoir besoin d'aide pour apprendre à contrôler sa nation. Il n'est pas cruel, juste maladroit.
- C'est pire que tout pour un monarque ! L'ignorance et la sottise peuvent causer de très graves dégâts lorsqu'on est au pouvoir !
- Il n'a pas été aidé par ses prédécesseurs non plus… Cela fait plusieurs générations que la richesse du Royaume s'épuise…
- On s'en balance de l'historique ! gronda Blaise. Qu'est-ce que ce tailleur à la manque nous apprend sur la malédiction ? C'est ça qui nous intéresse !
- Rien, répondit Draco d'un air soucieux. Puisque ce fameux "Roi Adam" entretenait peu de contacts à l'international, il s'est passé beaucoup de temps avant que les pays limitrophes se rendent compte que quelque chose n'allait pas. L'agent de Kristoff s'était trouvé non loin de la frontière par pur hasard, et c'est dans une taverne qu'il a tout appris… C'est-à-dire pas grand-chose.
- Vous croyez qu'il pourrait être une personne du vrai monde ? s'enquit Londubat.
- Peut-être… S'il existe toujours, répondit Potter d'un air grave. Nous n'avons aucune idée des effets de cette malédiction : elle pourrait faire se volatiliser toutes les personnes vivantes sur ces terres, pour ce qu'on en sait… Cela ne me plait pas beaucoup. Vous devriez rester sur le bateau pendant que je…
- Pendant que rien du tout ! l'interrompit Lancelot, le regard chargé de reproches. Je ne laisserai pas mon roi prendre des risques !
- Titania n'aurait jamais envoyé Elsa dans un lieu dangereux pour elle. Et je possède sa fleur. Par contre, vous…
- Et tu crois que je vais te laisser embarquer Draco sans moi ? le coupa à son tour Sinbad. Bats les couilles que tu sois roi : on vient, que ça te plaise ou non. »
Blaise fit tout son possible pour cacher sa nervosité afin de montrer sa détermination. Il aurait tant aimé laisser les deux Gryffondors se débrouiller, et les attendre au chaud avec son petit prince. Pourtant, il se souvenait du marché qu'il avait passé avec Theo… et il avait promis de protéger autant Draco que Potter… Il détestait ça, mais se devait de respecter sa part du contrat s'il souhaitait que son ami "gagne" à la fin… Et rencontrer la femme dont il tomberait follement amoureux…
« Crois-tu que la "pensée d'amour" nous protégera du maléfice ? demanda le blond à Arthur, intrigué. Que t'a dit la Reine des Fées à ce sujet ?
- Rien… avoua Harry en se grattant la tête, penaud. Mais ça m'étonnerait que Titania ne soit pas au fait de cette malédiction. C'est de la magie, et une de ses amies fées se trouve là-bas. Je suis certain que nous ne craignons rien.
- Ça t'arrive souvent d'avancer à l'aveugle, comme ça ? grommela le pirate renfrogné. Ton instinct est pas infaillible, et t'as l'art de t'attirer les ennuis…
- Mais il s'en sort toujours, répliqua Neville. C'est grâce à son intuition que nous nous sommes rendus au château de glace sans les autres chevaliers, évitant ainsi qu'ils attaquent Malfoy avant d'avoir parlementé avec lui. Et pourtant, à ce moment-là, c'était de la folie ! »
La reine jeta un regard étonné à un Potter embarrassé. Puis, reporta son attention sur le compte-rendu. Personne n'avait rien à redire, et un lourd silence s'installa. Aucun d'entre eux n'était rassuré. Cependant, ils n'avaient pas le choix. Et pas de meilleur plan.
« Ça, c'est étrange, fit tout à coup Elsa en posant les parchemins sur la table. L'ami de l'espion du "Chat Botté" relate un événement insolite : une nuit, un homme ivre s'est mis à hurler, réveillant de nombreux clients de l'auberge. Son récit était décousu, mais il serait question d'une hallebarde se déplaçant toute seule.
- Une hallebarde ? s'étonna Arthur en se penchant près de lui pour lire aussi.
- C'est juste un mec bourré… » soupira Sinbad en levant les yeux au plafond.
Tout à coup, l'écureuil sauta de son perchoir, et les deux corbeaux l'esquivèrent habilement. Pourtant, ils n'étaient pas la cible : le rongeur rebondit lestement sur le dossier du fauteuil de la reine, sauta par-dessus la tête de celui-ci, et se précipita vers le visage du pirate qui hurla en tombant en arrière. Lancelot se porta à son secours, et réussit à attraper l'animal qui couinait de colère en se débattant.
« Putain de saloperie de merde ! ragea Blaise en frottant ses joues griffées.
- Ratatosk ne semble pas être de ton avis, ricana Draco.
- Tu le connais ? s'étonna Harry, estomaqué. Qu'est-ce que c'est ? Et qu'est-ce qu'il fait là ?
- Il est un des familiers de Kristoff. Il me l'a confié pour notre périple en disant qu'il nous serait utile.
- À part massacrer ma belle gueule et distraire mes matelots en leur faisant des crasses, je vois pas en quoi ! protesta le capitaine en lançant un regard noir à la bestiole. J'ai vu ce chieur se balader dans les gréements en sautant sur la tête de mes hommes pour les emmerder ! Il a même fait tomber la longue-vue de la vigie, le con ! Si tu casses mes effets, petit salopard, je te passe à la broche ! menaça-t-il en pointant le fautif du doigt.
- Tu ne feras rien du tout, contra Neville en éloignant l'écureuil en un geste protecteur, heureux d'avoir enfin un allié pour remettre le pirate à sa place. Je ne sais pas de quoi tu es capable, petit être, mais je t'apprécie déjà.
- Si Eddie m'assure qu'il nous aidera, je le crois, déclara le blond en souriant.
- Et il semble savoir comment se faire entendre, ajouta le roi d'un air mesquin, tout aussi content que son ami Gryffondor. Apparemment, il croit les racontars de l'ivrogne qui affirme avoir vu une arme se promener toute seule… Devons-nous nous attendre à des fantômes ?
- Peut-être… hésita Draco. Cela n'a pas l'air d'être la seule fois où l'incident s'est produit : après avoir calmé le paysan aviné, d'autres clients, et le tavernier lui-même, se sont mis à relater des épisodes similaires. Toujours la nuit. Une épée, une fourche, une brouette…
- Même une commode ? s'exclama Potter en lisant en même temps que la reine. Qu'est-ce donc que cette diablerie ! Un meuble en plein milieu d'un champ ?
- Vous êtes sûrs qu'on doit aller là-bas ? maugréa Zabini sans conviction, tapotant sa pommette éraflée avec un mouchoir. Ça pue votre truc ! C'est peut-être un connard de sorcier qui se venge de je-sais-pas-quoi, je-sais-pas-comment !
- Ou bien la fée ? proposa Londubat, Ratatosk grimpant sur son épaule. Et si c'est bien elle, Harry a raison : la fleur de Titania nous protégera, puisqu'elle signifie que nous sommes des amis du peuple féerique. »
À ces mots, l'écureuil couina comme s'il gloussait, et fit trois fois le tour de son cou avant de se jucher sur son crâne. Là, il ébouriffa ses cheveux et s'installa confortablement entre deux épis.
« J'ai vu juste ! clama Neville, fier de lui. Il est d'accord !
- Depuis quand on suit l'avis d'un sale rat ? fit dédaigneusement Blaise. Ça t'est pas venu à l'esprit qu'il pouvait être complètement à côté de la plaque ? »
En réponse, le rongeur fit un son semblable à un feulement, en même temps que les deux corbeaux croassaient de reproches. Draco ne put s'empêcher de rire, entraînant les deux Gryffondors à sa suite. Lancelot était ravi : non seulement les trois animaux étaient loin d'être de simples bêtes, et étaient assez intelligents pour les comprendre comme des êtres humains, mais en plus, ils n'aimaient pas Sinbad, ce qui les rendait encore plus précieux à ses yeux ! Et en caressant le doux pelage roux de Ratatosk, il se dit qu'une belle amitié était en train de naître entre eux.
« On est pas sortis du sable », soupira le pirate, las.
[===]
Le soleil était encore bien au-dessus de l'horizon quand ils arrivèrent au Royaume de la Rose, et entraient dans le port de sa capitale, Églanteria. Les flibustiers, prévenus qu'une malédiction était à l'œuvre et qu'ils avaient l'interdiction totale de poser pied à terre, observaient les alentours avec beaucoup de méfiance. Elsa se trouvait toujours dans sa cabine, en compagnie de sa dame d'honneur Audhild, sûrement pour revêtir des vêtements plus confortables et prévenir la jeune femme de la situation. Ratatosk ne quittait plus Lancelot et s'était fait une place confortable dans la sacoche à sa ceinture.
Le roi et la reine avaient passé une bonne partie de l'après-midi à rédiger une réponse pour le "Chat Botté". Le premier pour relater sa rencontre avec Titania et tout ce qu'il avait appris, le second afin de l'inonder de questions et de remontrances au sujet des investigations de son Maître Espion à son égard. Munin était reparti, encore plus lourdement chargé qu'à l'arrivée, mais ne semblait pas en être incommodé. Depuis, son frère Hugin était resté perché sur le nodra du petit perroquet, tout en haut du mât de misaine. Il guettait l'approche de la terre, et avait même averti de sa vue avant que la vigie l'aperçoive.
Harry avait renfilé son confortable tabard de cuir noir et épais, ajoutant quelques pièces de plate sur ses bras et ses jambes au cas où ils auraient à se battre. À ses côtés, Neville avait adopté une tenue à peu près similaire, en plus d'un large sac en bandoulière pour transporter divers objets utilitaires. Blaise les rejoignit à la proue, le visage renfrogné, une simple chemise de toile bisque et son éternel caban bleu sur les épaules. Il sortit à nouveau sa longue-vue et observa les rues bordant le port pour la quatrième fois.
« Pas un chat… grommela-t-il. Un embarcadère n'est jamais désert, de même que les docks… C'est la première fois que je vois ça de ma vie.
- On s'y attendait, soupira Neville en vérifiant que l'écureuil se trouvait toujours dans sa sacoche.
- Tu comptes emmener cette saleté avec nous ?
- Il a compris avant nous de quoi il était question, ici. Je suis sûr qu'il saura nous aider.
- L'espoir fait vivre. Enfin, je m'en fous : s'il crève, ça me fera des vacances. »
Arthur sourit, amusé par l'échange, quand un bruit d'ailes attira son attention derrière lui : Draco s'approchait, vêtu d'une jolie veste en jersey bronze, avec ceinture à boucle argentée, sur un léger pull en laine terre d'ombre, et d'un pantalon taupe près du corps. Ses longs cheveux blancs étaient tressés en une épaisse natte qui se balançait dans son dos au rythme de ses pas. Comme d'habitude, il était très élégant. Un peu trop pour partir à l'aventure. Heureusement, il portait également des bottes en daim anthracite, et des gants de la même matière pendaient de la poche de son blazer : il n'avait pas oublié la déconvenue de ses mains douloureuses après avoir escaladé la muraille d'Arendelle avec une corde.
Hugin décrivit un large arc de cercle avant de se poser délicatement sur l'épaule du blond qui s'arrêta près de Potter, sans prêter attention au volatile.
« Tu veux faire un défilé de mode ? se moqua Harry en l'observant de haut en bas.
- Contrairement à ce que tu peux penser, Potter, ces habits sont le summum du confort et sont conçus pour les longues marches.
- Vraiment ?
- Quand on ne sait pas, on se tait.
- Et lui aussi, il veut venir ? » grogna Blaise en désignant le corbeau blanc.
Malfoy haussa sa seule épaule libre, l'air peu intéressé. Le capitaine soupira une énième fois en levant les yeux au ciel, dépité, et reporta vite son attention vers les quais où ils s'apprêtaient à amarrer.
Les pirates manœuvrèrent habilement en approchant du ponton, mais Sinbad et Lancelot furent les seuls à sauter à terre pour attacher le navire aux bites d'amarrage. Le corsaire refusait que ses hommes prennent le moindre risque tant qu'ils n'en savaient pas plus. Et merci Merlin ! Ils ne furent pas évaporés sur place ou transformés en fantômes : il avait vérifié en laissant le chevalier aller en premier. Depuis l'appontement, ils réceptionnèrent la large planche que lui lancèrent les marins et la fixèrent solidement afin que le roi et la reine puissent descendre en sécurité.
Arthur fût le premier à s'avancer, méfiant, rapidement suivi par Elsa. Chacun tenait deux lanternes : ils en auraient besoin s'ils se trouvaient toujours dehors quand la nuit tomberait. Draco en déposa une près des quais pour que les matelots puissent voir si quelqu'un s'approchait sans avoir à quitter le bâtiment. Harry confia les siennes à Blaise et Neville, et alla récupérer la dernière des mains du blond.
« Le Seigneur Du Lac et moi-même avancerons en premiers, les informa Potter en dégainant Excalibur. Capitaine, vous fermerez la marche. La Reine Elsa demeurera entre nous.
- Super, ironisa Blaise en sortant un de ses deux mousquets. Et donc ? C'est quoi, le plan ?
- Allons au château.
- Je croyais qu'on devait chercher une fée dans les bois…
- Vous comptez fouiller toutes les forêts du Royaume mètre par mètre ? pesta le souverain, agacé. Au palais, nous aurons plus de chance de trouver un renseignement quelconque. Et si une âme réside encore en ces lieux, elle se trouve certainement là-bas.
- Il a raison, sourit Draco à son ami en enfilant ses gants. Ce pays n'est certes pas aussi grand qu'Avalon ou Loegrie, nous ne pouvons nous permettre de le sillonner à l'aveugle. Leur roi doit bien avoir des documents signalant la présence d'un être féerique quelque part. À nous de le trouver.
- Si tu le dis… »
Les marins leur souhaitèrent bonne chance, quelques-uns enjoignant à leur capitaine de ne pas "barrer le boulon" et de bien protèger la reine, ce qui fit rire l'un et bougonner l'autre. Et Hugin s'envola pour sillonner la ville en hauteur.
Les rues étaient si silencieuses qu'ils avaient l'impression d'entrer dans un tombeau. Cà et là, des échoppes étaient encore ouvertes, des assiettes attendaient sur la table des restaurants, du linge suspendus entre les maisons était sec depuis longtemps, des fenêtres battaient dans les courants d'air, des chopes étaient encore à moitié remplis de bière sur le comptoir d'une taverne, des chaises étaient restées sur les terrasses… C'était comme si les gens avaient quitté les lieux en catastrophe, abandonnant leur tâche en cours sans s'en soucier.
Et surtout, pas un roucoulement d'oiseau. Pas de mouche volant au-dessus des boissons. Pas un rat à la recherche de nourriture. Juste le silence. Pesant. Oppressant…
La nuit commençait à tomber, et ils pressèrent le pas pour arriver au palais avant les derniers rayons du soleil. Quand Zabini se retourna d'un coup !
…
Rien. Il était pourtant persuadé d'avoir entendu le froissement d'un tissu.
« Blaise ? chuchota Draco, faisant pivoter les deux autres.
- Fausse alerte », murmura-t-il.
Pourtant, il redoubla de vigilance, observant frénétiquement autour de lui. Il était si sûr…
Ils s'engagèrent dans la Grand Rue centrale, et longèrent les bâtiments vers l'immense portail de fer forgé noir et or, surplombé d'une colossale rose en vitrail, symbole de Rosa. Des confettis jonchaient le sol, des banderoles pendaient un peu partout. Des cotillons, des instruments, des sarbacanes, même des petits feux d'artifice. Il y avait eu une célébration avant que le malheur s'abatte sur le pays. Un moment de joie avant le désespoir…
Un mouvement sur les toits. Sinbad y pointa son mousquet… trop tard. Cela avait été beaucoup trop vif. Trop furtif… Elsa observa son ami en fronçant les sourcils, pendant que les deux autres continuaient à avancer, n'ayant rien remarqué. C'était pas bon… Il y avait quelque chose qui rôdait autour d'eux… « Ça pue grave, là… » pensa le métis en se rapprochant de son petit prince.
Lancelot s'arrêta quelques secondes pour refermer plus solidement sa sacoche, et empêcher Ratatosk de vouloir grimper sur lui. Un croassement retentit au loin. Faible. Trop faible. Et il la vit.
Une ombre se découpa à l'angle d'une ruelle et fondit vers Potter avant qu'il franchisse les grilles du château. Blaise s'élança à toute vitesse en criant. Harry se retourna vers lui, surpris. Il n'allait pas avoir le temps de voir le danger pour l'esquiver ! À quelques pas à peine, le Serpentard sauta et plaqua le Gryffondor au sol, le choc leur coupant la respiration à tous deux. Quelque chose avait frôlé le dos du pirate quand il était encore dans les airs !
« Arthur ! » cria Lancelot.
Un grognement sourd et puissant lui glaça le sang, et Sinbad roula sur le côté pour se relever plus vite. D'une main tremblante, il chercha son mousquet qu'il avait laissé tomber dans la manœuvre, et un rugissement terrible le pétrifia. Mais Potter était déjà debout, Excalibur brandit, et se posta devant lui pour le protéger. Draco et Du Lac accouraient vers eux. Et au milieu, le monstre.
Une énorme bête de plus de deux mètres, le corps couvert d'une longue fourrure fauve, une imposante mâchoire aux dents acérées, de longues défenses prêtes à les empaler, d'épaisses cornes de bouc pour les assommer, d'immenses pattes ou mains aux griffes affutées, des yeux bleus exorbités injectés de sang… Blaise était paralysé par la peur, et n'arrivait pas à s'étonner du pantalon abricot de la chose, ou sa longue capote assortie, trop petite pour son corps de bœuf.
« Harry ? »
Le démon velu se calma brusquement, les traits de son visage s'adoucissant d'un coup. Il recula, levant ses "mains" en l'air. Le roi était perdu… Il avait été prêt à combattre de toutes ses forces, mais entendre son vrai nom prononcé par la voix grave et profonde l'avait coupé dans son élan, et les flammes d'Excalibur s'amenuisèrent en réponse.
Cependant, Neville arriva et donna un coup d'épée dans le dos de la créature qui rugit de douleur. Le géant se retourna en balançant son bras, et éjecta son assaillant qui alla s'écraser sur les pavés, à trois mètres de là. Non loin derrière, Elsa se statufia, figé d'effroi : il était face à face avec la bête…
« Malfoy… »
Le grognement était lourd et résonnait dans les tripes. La peau d'Arthur se couvrit de chair de poule. « Danger ! » hurla son instinct. Alors que le monstre recula une de ses pattes arrière pour bondir sur le blond, Potter s'interposa juste à temps. Son épée enchantée levée bien haut, le regard dur, il était de nouveau prêt à se battre pour défendre la reine.
« Qu'est-ce que tu fais ?! »
Le hurlement offusqué ressemblait à un rugissement, et demeurait pourtant parfaitement compréhensible. Qu'est-ce que c'était que ce bordel ?!
« Qui es-tu ? demanda-t-il, menaçant.
- Ron ! »
La voix féminine venait du château, et une fine silhouette courait à toute allure dans leur direction. Elle semblait paniquée, et Harry l'aurait reconnue entre mille : Hermione !
La scène était surréaliste… Londubat se redressait péniblement, Malfoy était paralysé, Zabini s'était immobilisé, une main sur son pistolet qu'il venait de retrouver… et le monstre se tassait sur lui-même, comme pris en faute.
« Ronald Weasley ! s'emporta la petite brune en se penchant pour aider le pirate à se relever, un regard sévère braqué sur la chose poilue. Combien de fois dois-je te répéter qu'il ne faut pas attaquer toutes les personnes qui viennent nous rendre visite ?!
- Mais je les ai pris pour des voleurs ! se défendit la bête de sa voix grave. Ils avançaient en catimini, armes au clair ! Et puis j'ai vu Malfoy ! cracha-t-il en se retournant vers Elsa d'un air mauvais. Ce sale Mangemort qui…
- Tu as attaqué Harry ! le coupa-t-elle, fulminant de colère. Et ne mens pas, j'ai tout vu par la fenêtre de la bibliothèque ! Tu aurais pu le tuer si Zabini n'était pas intervenu à temps ! Merci à toi, Zabini, sourit-elle au métis d'une voix plus douce. Heureusement que tu étais là.
- Mais Hermignonne… geignit "Ron".
- Idiot ! asséna-t-elle en reportant sa hargne sur la créature, penaude. Tu n'as déjà pas assez de problèmes comme ça, il faut que tu en rajoutes ?! Et en plus, tu as fait mal à Neville ! »
Potter ne savait plus où se mettre. Il n'arrivait pas à réagir… Ses deux meilleurs amis étaient là, devant lui… et tellement différents ! Il reconnaissait pourtant Hermione, mais ne l'avait jamais vue aussi belle !
Ses longs cheveux chatoyaient dans les derniers rayons du soleil, et ses lourdes boucles brunes rebondissaient gracieusement dans les airs. Son beau visage était lisse et parfait, ses traits étaient fins et parfaitement dessinés, ses joues délicieusement rougies par la colère, ses grands yeux cuivrés étaient hypnotisants, ses lèvres vermeilles et charnues, son petit nez mutin se plissait de rage… Sa taille svelte était mise en valeur par une magnifique robe de taffetas lapis-lazuli aux nombreux jupons de dentelles écrues, dont l'encolure descendait assez bas pour dévoiler le haut de ses seins opulents… Même le soir du Bal de Noël, en quatrième année, elle n'avait pas été aussi resplendissante ! Elle pouvait rivaliser avec Titania !
« Tu agis toujours comme une brute ! lança-t-elle en aidant un Londubat rougissant et sidéré. C'est à cause de ça que je me retrouve ici !
- Il voulait prendre mon pays ! protesta la bête.
- Pour ce que tu en fais ! siffla la brune, comme le coup de grâce. Big Ben et moi en avons encore pour des mois à clarifier toutes tes bêtises !
- Je n'ai hérité que de dettes ! se défendit-il, de plus en plus hargneux. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour…
- Et tu fais mal ! Lumière t'avait pourtant prévenu que ce marchand n'était pas fiable ! Pourquoi a-t-il fallu que tu lui achètes tout ce système pour moissonner soit-disant révolutionnaire !
- Je voulais aider mes gens !
- Tu ne fais qu'agir par foucades ! Comme pour mon père ! Comme pour Harry ! Quand est-ce que tu vas apprendre à te mesurer ?! »
Ce fût sûrement la phrase de trop. La Bête rugit à en faire trembler les fenêtres des bâtiments alentour, et s'élança vers le palais dans de grands bonds surnaturels. Le calme revint, brisé seulement par les bougonnements frustrés de la jeune femme qui vérifiait si Neville n'était pas trop blessé.
« Her… Hermione ? bredouilla Potter, encore ébranlé. Tu n'es pas… Tu es "Belle" ?! Comme dans "la Belle et la Bête" ?!
- Surprenant, n'est-ce pas ? sourit-elle, soudain timide. Et vous ? Qui êtes-vous devenus ? Que faites-vous ensemble ? Et comment vous êtes-vous retrouvés ici ? »
Au lieu de se diriger vers son ami, elle alla vers le blond toujours pétrifié d'angoisse. Malfoy recula, s'attendant à une gifle… au contraire, la jolie brune lui prit doucement la main.
« Tu vas bien ? demanda-t-elle d'une voix gracieuse. Ne t'inquiète pas, je ne laisserai pas Ron te faire du mal. Et… je sais que cela fait dix ans qu'on ne s'est pas vu, mais… tu es vraiment devenu aussi magnifique dans la vraie vie ? »
De la part d'une femme sulime, la question était invraisemblable. Et le tableau que ces deux beautés formaient, l'une à côté de l'autre, avait de quoi rendre admiratif le plus blasé des hommes.
Draco était incapable de répondre, et ouvrit plusieurs fois la bouche sans qu'aucun son n'en sorte. Arthur rengaina Excalibur et se frotta le visage pour faire passer le choc : comment n'avait-il pas compris plus tôt avec le nom du Roi Adam ?! C'était donc dans ce conte qu'ils avaient atterri ? Et la fée devait être celle qui avait maudit le monarque orgueilleux… Pourtant, considérer Ron comme un homme arrogant lui était impossible.
« On a beaucoup de choses à se raconter », conclut-il, dépassé.
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Une théière nommée "Miss Samovar" lui servait du thé… Draco n'arrivait toujours pas à y croire ! Même dans leur monde, il n'avait encore jamais vu un tel objet enchanté de façon à lui parler si aimablement, avec ses grands yeux pleins de gentillesse et son air affable. Même sa tasse, un enfant appelé "Zip", rigola quand il eut le malheur de boire, clamant que cela lui faisait des "chatouilles"… C'était du grand n'importe quoi !
« Tu es le Roi Arthur ?! s'exclama la brune à ses amis. Et toi, Lancelot Du Lac ?! C'est incroyable ! Je n'aurais jamais pensé que cette réalité historique puisse faire partie des Contes et Légendes !
- On s'est tous dit la même chose », sourit Neville.
Ni Blaise, ni lui n'osaient intervenir dans ces retrouvailles entre Gryffondors. Ils laissaient les deux lions raconter leur histoire en restant blottis dans leur coin, tout en ayant l'impression d'être deux indésirables. Le salon était chaleureux, tout de rouge et or, avec tapis épais et fauteuils moelleux. Pourtant, le blond se sentait frigorifié. Il n'était pas sûr du traitement qu'on allait lui réserver. Il n'était pas "chez lui", ce n'était pas son "domaine", et il était reconnaissant à Blaise d'être avec lui. Ils s'attendaient à tout instant à voir la Bête surgir de l'ombre pour les dépecer vivants, son ami gardant son arme près de sa main, au cas où. Et la théière continuait à leur faire la conversation, l'obligeant à répondre poliment alors qu'il ne désirait que s'enfuir à toutes jambes !
Au bout de longues minutes, la brune les surprit en s'installant devant eux. Ils n'avaient pas écouté un traître mot de leur conversation, attentifs au danger qui rodait dans l'obscurité, et ne comprenaient pas ce qu'elle leur voulait. Le pirate ouvrit la main, prêt à prendre son mousquet…
« Alors tu es la Reine d'Avalon ? sourit la féline en regardant le blond, des étoiles dans les yeux. C'est un honneur de te rencontrer… ou plutôt devrais-je dire "vous". J'ai lu dans les comptes-rendus que vous aviez aidé ce Royaume à de nombreuses reprises. Au nom du roi, je vous en remercie infiniment. »
Draco se figea, rendu muet par l'incrédulité. Il n'avait pas souvenir d'avoir "aidé" à quoi que ce soit. Le Royaume de la Rose se trouvant sur le trajet de beaucoup de ses commerces, il avait été logique d'en faire un port de passage. Et puis, leurs parfums étaient réputés dans le monde entier ! Elsa adorait entrer dans une pièce et sentir l'odeur de différentes roses embaumer l'air. Il n'avait jamais fait preuve de charité !
« C'est un plaisir, fit-il cependant au bout de plusieurs secondes de silence.
- Quelle chance de vous recevoir dans notre humble petit Royaume ! gloussa Miss Samovar en se dandinant. Si nous avions su, nous vous aurions réservé un accueil triomphal, à vous et au Grand Roi Arthur ! Je vais donner l'ordre aux dames Plumette et Babette de vous préparer nos meilleures chambres ! fit-elle, sautant sur le sol pour s'éloigner avec la petite tasse dans des cliquetis de porcelaine.
- Elle a raison, enchaîna la brune, inconsciente du malaise du blond. Vous méritez tous deux le meilleur que nous puissions offrir. Sans Avalon et Loegrie, ce pays aurait disparu depuis des années. Il ne survit que grâce à vous. Lumière et moi avons de grands projets pour redorer notre blason, mais cela ne pourra se faire sans votre soutien. Harry… je veux dire "le Roi Arthur", m'a déjà fait part de son intérêt pour ces plans. J'aimerai vous les exposer en détails demain, à tous les deux. Si vous le voulez bien ? »
Sérieusement ? Ils allaient parler politique ?! Inconsciemment, il hocha la tête, se demandant dans quoi il venait d'embarquer. Cependant, la diplomatie étant devenue une seconde nature pour Elsa, le sujet eut l'avantage de remettre en branle son esprit rationnel et méthodique. Et il comprit vite être tombé dans un piège : le souverain de Rosa étant le meilleur ami de Potter, ce dernier allait évidemment lui offrir tout ce dont il aurait besoin ! Et Arthur était à présent un allié un peu trop soudé à l'Île Fortunée… En conclusion, Avalon allait être contrainte et forcée de soutenir à outrance le petit Royaume de la Rose !
Draco soupira et se prit la tête entre les mains, las… Ne restait plus qu'à limiter au maximum les pertes à venir. Et au milieu de gentils Gryffondors, il allait devoir sortir ses crocs de serpent !
« Tu crois pas qu'il y a plus urgent ? s'énerva Blaise. Et si tu nous racontais plutôt ce qui s'est putain de passé ici ?! C'est quoi ce bordel ?! Je connais pas cette connerie de conte, moi ! Alors c'est quoi cette malédiction de merde ?! Et pourquoi ton mec est devenu une grosse bête poilue qui défonce tout sur son passage ?!
- Tu as trouvé le mot juste, sourit Harry en venant s'asseoir avec eux, suivi par Neville. Il est effectivement "la Bête" dans le conte "La Belle et la Bête". Et voici "Belle".
- J'ai toujours trouvé ce nom un peu prétentieux, fit Hermione, les yeux baissés sur sa jupe et les joues nacarat de gêne. Je ne m'attendais pas à ça en arrivant dans cet univers. Au début, j'ai atterri dans un beau manoir, avec deux sœurs disons… "coquettes".
- À comprendre : "insipides", traduisit Londubat en ricanant.
- Bref ! reprit la brune en lui jetant un regard noir. Ce n'était pas trop ma tasse de thé, alors je me suis mise à lire tous les ouvrages de la demeure pour en apprendre plus sur ce monde.
- Étonnant… s'amusa le blond.
- J'ai compris que j'étais la fille cadette d'un duc désargenté du Royaume du Bois Dormant. C'est assez loin d'ici. Et apparemment, la malédiction de Maléfique n'était pas encore à l'œuvre, puisque nous n'étions pas plongés dans un sommeil profond.
- Pardon ? s'étonnèrent les deux Serpentards à l'unisson.
- C'est un autre conte, expliqua Potter.
- Ce n'est pas important, coupa Hermione dans un vague geste de la main. Mon père, le duc, partait souvent en voyage pour trouver de quoi rembourser ses dettes, et il est revenu quelques jours plus tard. Il était en joie : durant ses pérégrinations, il avait eu vent d'un Royaume soit-disant déserté par son roi, et s'est mis en tête de le gouverner à sa place.
- Quelle idée de merde… soupira Zabini.
- J'étais du même avis… Mais impossible de le raisonner. De son point de vue, s'il ne pouvait pas prendre le pouvoir, il pourrait au moins récupérer de grandes richesses, et devait se dépêcher avant que d'autres aient le même projet que lui. Heureusement, j'ai réussi à le convaincre de m'emmener avec lui : c'était l'occasion pour moi de quitter mon logement, afin de partir à l'aventure et retrouver d'autres personnes du vrai monde, comme l'avait conseillé le Ministre de la Magie. Alors j'ai pris mes affaires, et plusieurs livres qui auraient pu nous être utiles, et nous sommes partis.
« C'est ainsi que nous sommes arrivés à Églanteria, après une semaine de voyage. Et je n'ai pas besoin de vous décrire l'accueil que nous avons reçu… Merlin soit loué, Ron m'a vite reconnu, même si ce n'était pas mon cas : j'ai mis beaucoup de temps avant de digérer sa nouvelle apparence… Et j'ai alors saisi dans quelle histoire nous étions : ils m'appelaient tous "Bella", et je n'ai pas fait le rapprochement… Quelle idiote ! J'aurais pu prévenir mon père et lui éviter d'être blessé…
- Il est encore en vie ? s'enquit Lancelot.
- Oui, évidemment. Ron n'a jamais tué personne. Il était dans une colère noire contre lui. Mais je le connais, et je sais comment il fonctionne. J'ai pu l'amener à plus de clémence : le duc a été chassé du Royaume, et je suis restée en… "paiement" pour le châtier de son crime. Ce qui nous arrangeait bien. Ainsi, nous restions ensemble.
- Dans le conte, ce n'est pas juste une rose que ton père aurait dû voler ? demanda Harry.
- L'emblème du pays est une rose, sourit malicieusement la jeune femme. J'avais toujours pensé qu'il était démesuré de vouloir punir le vol d'une simple fleur dans un jardin. C'est bien plus crédible quand on comprend qu'il s'agit d'une métaphore : mon père a carrément voulu s'emparer de la nation ! Au contraire, je trouve maintenant le châtiment un peu laxiste… Et surtout, très patriarcal !
- Et la malédiction ? insista Blaise. C'est quoi ? Qu'est-ce que ça fait ?
- Ah ça… souffla Hermione, plus sombre. Ron m'a tout raconté : le pauvre est arrivé dans ce monde avec l'apparence d'une bête terrifiante, cernée par des objets animés. Il ne connaissait pas l'histoire, je vous laisse imaginer le choc que cela a été pour lui. Il a cru devenir fou et s'est enfermé dans une pièce pour tout saccager ! Ses gens ont mis des jours avant de parvenir à l'amadouer et à le faire sortir.
- Ses "gens" ? s'étonna Draco. Tu veux parler des bibelots ? Ils sont les nobles de sa Cour et ses domestiques ?
- Exactement. Ce sont surtout les Ducs Lumière et Big Ben, ses deux conseillers les plus proches, qui ont réussi à le calmer. Il était difficile de leur expliquer pourquoi il avait soudainement perdu la mémoire, mais ils ont fini par lui relater la cause de ce drame.
« Il y a deux mois environ, la plus grande célébration du Royaume battait son plein. C'était l'anniversaire des mille ans de "Belle Amour", la fête nationale qui rendait grâce au jour où la plus belle rose du monde a éclos pour la première fois sur ses terres, donnant ainsi son nom au pays. C'est à partir d'elle que nos meilleurs parfums sont créés, et bien d'autres spécialités qui ont permis au commerce de se développer.
- Encore une fois, on s'en fout, grogna le pirate. La malédiction !
- J'y viens ! s'agaça Hermione en se redressant dans son fauteuil et lissant à nouveau sa robe. Il y avait beaucoup de visiteurs, dont certains hauts-dignitaires étrangers que le roi devait loger dans son château et accueillir décemment. Cependant, les caisses de l'État étaient déjà presque vides, et il ne savait pas comment faire pour les recevoir… Avec le Duc Big Ben, son Ministre des Finances, ils avaient passé les dernières semaines plongés dans les comptes, afin de trouver un moyen de tous les héberger dignement sans se ruiner encore plus. C'était des économies de bout de chandelles, et plusieurs nobles du Royaume ont dû participer financièrement pour soutenir le pays.
- Granger…
- Un peu de patience ! Je vous explique le contexte, c'est important !
- Tu… !
- Blaise, l'interrompit Draco en posant une main sur la sienne. On ne va jamais s'en sortir si tu ne cesses de la couper. Continue, Granger.
- "Weasley", corrigea-t-elle d'un air boudeur. Je suis mariée. Bref ! La situation était tendue, tout avait été calculé au centime près… Quand le soir, une vieille dame frappa à la porte du château.
- Et elle a demandé l'hospitalité pour la nuit, compléta Harry en soupirant et se massant le front, comprenant la suite.
- Oui… Ron… Je veux dire, le "Roi Adam" était à cran. Ses invités étaient déjà en train de boire et manger plus que prévu, il voyait les chiffres de ses dettes augmenter à chaque seconde… Autant dire qu'il n'a pas fait dans la dentelle : il lui a ri au nez, lui a crié dessus, et a claqué la porte.
- Et c'était une fée…
- La fée ? s'intéressa tout à coup Malfoy en se penchant en avant.
- Et une très puissante, apparemment, confirma-t-elle en hochant la tête. Elle a rouvert le portail du palais d'un coup, toutes les lumières se sont éteintes et les bougies soufflées, les rires de la fête en ville se sont transformés en cris horrifiés… et la vieille dame rabougrie s'est métamorphosée en une immense et magnifique femme étincelante de majesté. D'une voix puissante que tous entendirent, elle a jeté sa malédiction : « Puisque votre cœur n'est que sécheresse, vous ne pourrez plus cacher la laideur de votre âme. Si vous ne réussissez pas à aimer avant le jour de votre vingt-et-unième anniversaire, plus aucune "Belle Amour" n'éclora sur ces terres. Et vous serez à jamais condamné à garder l'apparence de la Bête que vous êtes. »
- Vingt-et-un ? s'étonna Zabini. Weasel à vingt-huit ans, non ?
- Mais pas Adam. Et son anniversaire approche… Il est dans cinq mois.
- Il y a quelque chose que je ne comprends pas, hésita Neville en fronçant les sourcils. Vous vous aimez, non ? Alors tout devrait être fini, maintenant.
- Je sais, soupira Hermione en balançant les pieds, mal à l'aise. J'ai même essayé de l'embrasser, au cas où ce serait une histoire de "baiser d'amour véritable pour rompre le charme"… Mais rien à faire : Ron est toujours une Bête, et le peuple demeure des objets du quotidien… Mais je vous arrête tout de suite ! ajouta-t-elle très vite en levant l'index d'un air menaçant. J'aime sincèrement Ron ! Alors ne venez pas me dire que nous ne sommes finalement pas faits pour être ensemble, compris ? C'est déjà assez dur comme ça… »
Un silence s'installa, chacun tentant de digérer le récit. L'idée que Ron et Hermione n'étaient peut-être pas des âmes sœurs planait dans le petit salon comme une épée de Damoclès. Pourtant, personne ne dit rien. Ne supportant pas cette ambiance morose, la jeune brune se remit à déblatérer sur la façon dont elle avait passé ces douze derniers jours.
Ils apprirent que le Roi Adam avait commandé à la population de se cacher aux yeux des étrangers, afin que personne ne découvre leur déconvenue. Ce fût ainsi que les gardes des frontières reçurent la directive de ne patrouiller que la nuit, ce qui expliquait la hallebarde se déplaçant seule au clair de lune. Leur arrivée au port d'Églanteria avait été très remarquée, contrairement à ce qu'ils avaient cru : le peuple-objet s'était caché dans les maisons ou immobilisé dans les moindres recoins afin de ne pas être vu, conformément aux ordres de leur monarque. Les rares visiteurs repartaient alors très vite, sans prendre la peine de chercher plus loin, convaincus que l'endroit était maudit. Et si certains se montraient trop curieux ou venaient avec de mauvaises intentions, la Bête se chargeait de les capturer et de les emprisonner.
« Dans les cellules du château ? s'écria Draco. Alors peut-être avez-vous enfermé un des mes agents…
- Ah oui, rit la femme. L'un des émissaires du fameux "Chat Botté", ton Maître Espion !
- Tu lui as dit ? s'insurgea le blond en se tournant vers un Potter gloussant. Tu m'avais promis de garder le secret !
- C'est Hermione ! sourit le roi. Tu peux lui faire confiance.
- Ne lui en veux pas, s'amusa Belle en secouant la tête pour retrouver son sérieux. Entre personnes ayant grandi dans le monde moldu, savoir qui est réellement ce célèbre personnage est assez incroyable. Mais je ne crois pas qu'il y ait eu des prisonniers durant la période concernée… Je demanderai à Ron de vous autoriser à descendre aux cachots, si vous le voulez. On verra ce qu'on peut faire si vous l'y voyez. En tout cas, rassurez-vous : je veille à ce qu'ils soient tous bien traités. Et si votre homme n'est pas là, vous finirez peut-être par le trouver en allant chercher la fée ?
- Cela aussi, tu lui as raconté… soupira Elsa en se massant les tempes.
- Pas dans le détail, le rassura-t-elle en pinçant les lèvres, frustrée. Je ne sais pas pourquoi vous voulez la rencontrer. Cependant, nous ne pourrons pas vous être d'une grande aide sur ce sujet : le Roi Adam a lancé plusieurs bataillons de son armée pour la retrouver, et a même mis sa tête à prix. Pour aucun résultat. Elle demeure introuvable.
- Génial, maugréa Blaise. Nous voilà bien avancés. En plus, je suis sûr que vu votre pauvreté, vous pouvez pas loger tout mon équipage ou nous fournir du ravitaillement pour quand on repartira ?
- Et bien… Ce n'est pas en mon pouvoir, je ne suis officiellement qu'une "invitée" dans le château, même si tout le monde me traite comme la maîtresse de maison… Pourtant, le seul point positif de cette malédiction, c'est qu'elle nous a permis de faire de belles économies. Peut-être pas assez pour vous accueillir comme il se doit, mais suffisamment pour vous fournir le gîte et le couvert sur plusieurs jours. Par contre, il me faut demander à Ron pour tes pirates…
- Merveilleux, il va être ravi. En attendant, file-moi une carte du Royaume, Granger. Ou plutôt "Weasel". Je suis pas mauvais en orientation, je vais peut-être nous trouver un truc en étudiant toutes les forêts du territoire…
- C'est possible ? s'étonna Neville. Rien qu'en étudiant un plan ?
- T'as une meilleure idée ? »
Miss Samovar revint avant que quiconque eut le temps de répondre : le dîner allait bientôt être servi. Elle proposa aux invités, et surtout aux dames, d'aller se changer dans la chambre qui leur avait été allouée, afin de revêtir une tenue plus propice pour l'occasion. Et Draco mit quelques secondes avant de comprendre qu'il faisait partie de ces fameuses "dames" en question…
Ils se levèrent et suivirent les domestiques chargés de s'occuper d'eux. En marchant, la reine ne put s'empêcher de sourire en voyant les objets s'incliner sur leur passage et s'activer juste après dans tous les sens. Ils semblaient surexcités à la perspective de recevoir des convives dans leur demeure, et leur joie visible allégea le découragement qu'il commençait à ressentir. La théière avait l'air particulièrement fière, et se dandinait en levant bien haut son bec verseur, entre deux sautillements tintant sur le sol en pierre. Le blond avait presque peur qu'elle casse sa porcelaine.
Les lieux n'avaient pas la grandeur ni la prestance d'Arendelle, et respiraient pourtant une certaine gloire passée. De grandes dalles en marbre blanc, si rutilantes qu'on pouvait y voir son reflet. D'énormes colonnes de calcaire entourées de rosiers vivants ou sculptés. De riches tableaux de grands artistes talentueux, encadrés de fines dorures travaillées. Des lustres monumentaux chargés de milliards de perles en cristal. Partout, les roses étaient à l'honneur, taillées dans la roche, ciselées dans le métal, dessinées dans le verre des fenêtres, ou soignées dans des végétaux qui grandissaient en s'accrochant aux murs.
Mais çà et là, on pouvait voir un carreau fissuré, une sculpture cassée, de la poussière sur les meubles, un miroir brisé, des rideaux déchirés… Même l'escalier possédait une marche branlante qui aurait fait hurler au scandale la Duchesse Gerda de Monmouth. Et certains églantiers n'avaient pas été taillés depuis plusieurs années, si on en jugeait leurs branches mortes et leurs fleurs fanées.
Et surtout, tout était si sombre… Les lourdes tentures de velours poussiéreuses ne laissaient pas filtrer un seul rayon de lune, et les chandeliers peinaient à éclairer leurs pas. C'était comme… une maison en deuil. Draco sentait une terrible angoisse lui nouer la gorge. Cette demeure lui rappelait le manoir Malfoy après la guerre, et il s'attendait presque à voir surgir sa mère au détour d'un couloir, le regard fou, vérifiant s'il était toujours bien en vie…
« C'est ici, Majesté. »
La reine sursauta. Sa femme de chambre était une jolie plumette trop "maquillée" nommée "Babette", et elle venait de s'arrêter devant une porte en bois qui aurait eu bien besoin d'être revernie.
« Madame Ward va s'occuper de vous, Majesté, minauda-t-elle en courbant ce qui lui tenait lieu de tête. Elle vous attend à l'intérieur. N'hésitez surtout pas à appeler si vous avez besoin de quoi que ce soit. Je suis à votre entière disposition. »
Sur ces mots, elle s'éloigna en déhanchant ses longues plumes d'oie, faisant voler la poussière du tapis vert usé… Draco souffla pour se remettre les idées en place, et actionna la poignée.
Sa chambre était plongée dans l'obscurité et sentait le renfermé. Il plissa le nez et s'apprêta à aller ouvrir la fenêtre quand un mouvement brusque le fit bondir en arrière, le cœur battant : une chose énorme se déplaçait lourdement, comme en courant, depuis le fond de la pièce. Le "boum boum" de ses "pas" faisait trembler le parquet, pétrifiant le blond d'effroi.
« Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Je vous demande pardon, Majesté ! Je ne pensais pas que vous arriveriez si tôt ! »
La chose ouvrit grand les rideaux, et il vit : c'était une grosse armoire blanche !
« En apprenant de qui j'allais m'occuper ces prochains jours, j'ai été excitée comme une puce ! roucoula-t-elle d'une voix veloutée de cantatrice, tout en ouvrant les lucarnes. Normalement, je me charge de la petite Belle, mais celle-ci n'aime que les vêtements simples. Comprenez mon malheur… Alors quand j'ai su qu'une reine… Une Reine ! était au château, j'ai ressorti toutes les plus belles robes de mes placards ! J'étais tellement absorbée que je n'ai pas vu le temps passer ! Quelle sotte je fais ! Approchez ! Entrez donc, Majesté ! Oh quel bonheur ! Vous êtes aussi belle que Belle ! »
Draco était figé, incapable de réagir. Plusieurs raisons de s'enfuir plus vite que le vent lui venait à l'esprit, mais une seule retenait toute son attention : des putains de robes ?!
« Avec votre teint de porcelaine et vos cheveux blancs comme la neige, toutes les couleurs doivent vous sied à merveille ! Et vos yeux sont magnifiques ! Peut-être devrions-nous les mettre en valeur ? J'ai là une superbe robe de soirée en taffetas et mousseline noire, avec broderies et dentelles argentées ! Cela vous ira à rav…
- Pas de robe ! » s'écria le blond, des sueurs froides coulant dans son dos.
L'armoire ouvrit de grands "yeux" étonnés. Petit à petit, son expression devint plus choquée et scandalisée. Malfoy avait soudainement l'impression d'avoir brisé tous ses rêves, comme s'il venait de tuer son enfant devant elle. Dans quel guêpier venait-il d'atterrir ?!
« Mais… Mais mais mais mais… bredouilla-t-elle, alors que ses planches de bois pâlissaient à vue d'œil. Mais enfin… Je ne comprends pas… Vous…
- Dans mon pays, les femmes ne sont pas contraintes de revêtir jupes et jupons, expliqua-t-il, mal à l'aise. Et je n'apprécie point… ceux-ci… Peut-être auriez-vous… un joli… "pantalon" à me proposer ?
- Un pantalon ?! hurla l'armoire en reculant, horrifiée. Non non non non non ! C'est impossible ! Je ne pourrais plus jamais me regarder dans une glace si jamais j'osais vous habiller ainsi ! Ce serait le plus grand scandale du siècle ! Je serais la honte du Royaume ! Je… !
- Calmez-vous, calmez-vous ! fit précipitamment Elsa en s'approchant, les mains en l'air. Vous allez faire un malaise si vous continuez ainsi…
- Je vous en supplie, ma reine. Je ne peux subir un tel affront ! J'en mourrais !
- Je… Très bien, lâcha Draco, la mort dans l'âme, le sang désertant sa tête. D'accord… Il faut savoir respecter les coutumes de la contrée où l'on est… J'accepte de porter ce que vous voulez ce soir, à condition que vous me laissiez m'habiller seul, et en privé.
- Mais…
- C'est un ordre, gronda-t-il, à bout de patience.
- Un… Je me plierai à votre volonté, oui. Mais c'est seulement que… Allez-vous parvenir à nouer la fermeture sans aide ? »
Malfoy inspira lentement, et expira doucement en soufflant. Jamais de sa vie il n'avait songé un seul instant qu'il pourrait potentiellement un jour porter… une robe ! Pourtant, il venait à l'instant d'y consentir, et cette simple idée le révulsait au plus profond de son âme. Et voilà qu'il apprenait qu'en plus, ce maudit vêtement était impossible à enfiler seul ?! C'était un cauchemar !
« Et bien vous m'aiderez à apporter la retouche finale après ! trancha-t-il, fulminant de rage. Je vais faire mander ma dame d'honneur pour demain : c'est elle qui m'habillera pour le jour, je vous laisserai vous charger du soir pour sauvegarder votre honneur de camériste. Mais mes exigences demeureront les mêmes : je me vêts seul ! »
Madame Ward opina ses motifs au-dessus de ses placards, ne sachant pas sur quel pied danser. Finalement, il était bien content qu'Audhild soit venue avec lui ! Il ne voulait pas causer de tort à cette… ce "meuble". Mais cela exigeait de lui un si grand sacrifice ! Pire que tout : Potter allait le voir en robe ! À ce moment précis, il regretta de ne pas s'être jeté par la fenêtre de son palais de glace quand il en avait eu l'occasion, et ainsi éviter un tel déshonneur !
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Harry portait une longue redingote en velours vert impérial et broderies d'or qui lui plaisait beaucoup. Sa large tunique en chiffon céladon et manches bouffantes était confortable et un délice sur sa peau. Seules ses braies lui serraient un peu trop les cuisses, et sa lavallière lui comprimait la gorge. Il préférait la mode d'Avalon, mais ce n'était pas si mal que ça… Son valet de pied, un porte-manteau fort charitable, avait même eu la courtoisie de lui ceindre la tête d'une couronne d'or non officielle, mais purement symbolique, afin de rappeler à tous son statut de monarque.
« Toi aussi ils t'ont engoncé dans ses culottes moulantes ? » grimaça Neville en marchant vers lui, tirant sur le tissu pour libérer l'articulation de sa hanche.
Lancelot arborait un joli frac en gabardine sarcelle, et une tunique fumée similaire à la sienne. Une épingle émeraude décorait son foulard de soie blanche qu'il avait attaché un peu plus lâchement. Sinbad, derrière lui, avait carrément dénoué sa propre cravate pour laisser pendre le tissu de satin noir sur ses épaules. Sa jaquette en velours côtelé puce était largement ouverte sur sa blouse de laine rouge de falun : même revêtu des vêtements les plus nobles, le pirate gardait toujours son allure débraillée.
« Ils ont décidé de nous écraser les couilles avec leur collants ? râla-t-il en pliant les jambes pour tenter d'élargir le tissu, en vain. Me tarde déjà de retrouver ma "douce" toile de lin : elle gratte, mais au moins, j'ai pas l'impression de m'émasculer à chaque pas. »
Les deux Gryffondors rirent face à ces répliques crues, et néanmoins réalistes. Pour une fois, ils semblèrent tous les trois sur la même longueur d'onde, et Zabini se hasarda même à poser une main sur l'épaule de Harry pour garder l'équilibre, le temps de s'escrimer à lever les jambes.
Cependant, le roi était surtout ravi de se rapprochement inattendu entre eux. Il n'avait pas oublié que le Serpentard l'avait sauvé quelques heures plus tôt : Ron aurait pu le tuer, ou au moins sérieusement le blesser, en le chargeant comme il l'avait fait, et le flibustier aurait aussi pu y rester à une fraction de seconde près. Il n'était pas certain que des remerciements seraient appréciés à leur juste valeur par ce serpent, mais il se promettait de montrer sa reconnaissance à la première occasion.
« Que vous êtes beaux ! »
Hermione descendait les escaliers pour les rejoindre, encore plus magnifique dans son ample robe bouton d'or de satin brillant. Ses innombrables jupons froufroutaient à chaque marche, dévoilant la dentelle blanche et ses escarpins dorés. Un beau décolleté bustier gonflait le haut de sa poitrine en la comprimant, et les manches d'organza jaune reposaient mollement sur ses bras, dévoilant ses fines épaules graciles. Le capitaine eut soudain des étoiles dans les yeux. Même Neville en ouvrit la bouche d'admiration.
« Ça devrait être interdit de faire la gueule quand on est marié à une telle merveille, sourit Blaise, séduit. Si vous décidez de tenter une union libre, fais-moi signe, Belle.
- Ça ira, merci, grimaça la brune en prenant la main qu'il lui tendait par galanterie. Je pensais aller revendre cet habit et bien d'autres au pays voisin pour renflouer les caisses de l'État, autant le porter une dernière fois tant que j'en ai l'occasion.
- Gardez-le : aucune autre femme ne pourra s'en montrer digne, roucoula le corsaire en lui faisant un baise-main.
- N'en faites pas trop, pirate, protesta Belle en retirant vivement sa main. Bien, nous n'attendons plus que… Harry ? »
Arthur n'écoutait plus. Son attention était toute entière en haut des escaliers, vers une apparition qu'il jugeait encore plus mirifique : Draco venait d'arriver, et son cœur tambourinait si fort qu'il en avait mal.
Tête basse, mordant sa sensuelle lèvre écarlate, les joues rosies par sa gêne, et les yeux d'argent fuyants. Il portait une longue robe près du corps en soie bleu azurin, cousu de milliards de petits sequins rectangulaires qui scintillaient de mille feux. Un voile de mousseline blanc lunaire cachait légèrement son absence de poitrine en s'enroulant élégamment autour de ses épaules nues, les dégageant à peine pour en deviner la courbe. Une cape transparente était accrochée à l'arrière de sa robe et ondulait au moindre déplacement d'air pour dévoiler de discrets motifs de fractales chatoyants. Aucun jupon ne venait étoffer sa longue jupe, laissant la forme de ses hanches et de cuisses imprimer la matière à chaque mouvement. Sa coiffure était relevée en un chignon bas parsemé de tresses, quelques mèches frôlant son visage et sa nuque, et un diadème de diamants couronnait sa tête.
Hermione le trouva époustouflant, et n'arrivait pas à croire qu'elle s'extasiait sur la féminité d'un homme. Vêtu ainsi, il n'avait plus rien de masculin… hormis peut-être le léger volume de sa pomme d'adam. Elle se tourna vers son ami et observa cette lueur bien connue qui faisait pétiller le vert de ses yeux. Et un léger sourire fier se dessina sur ses lèvres sans qu'elle ne puisse le retenir : encore une fois, elle avait vu juste ! L'obsession de Harry ne pouvait pas être simplement une lubie ou de la curiosité, et elle s'était doutée d'un intérêt plus profond à son égard. Même s'il n'en avait pas lui-même conscience. Même s'ils ne s'étaient pas vus pendant dix ans.
Blaise siffla tout à coup, appréciateur, et Potter bondit, comme arraché à un doux rêve.
« Je vous interdis de vous moquer ! prévint Malfoy en les fusillant du regard, les pommettes d'un beau rose capucine. Je n'ai pas eu le choix ! »
Personne ne répondit, et Sinbad haussa les sourcils : à tous les coups, son petit prince se croyait ridicule, et ne se doutait pas un instant que tout le monde était béat d'admiration… Ce stupide déni envers ses charmes avait peut-être été amusant au début, cela commençait à présent à l'agacer.
Arthur se râcla la gorge pour se reprendre, et s'avança afin de lui proposer son bras.
« Me feriez-vous l'honneur de vous conduire, ma reine ? »
Elsa ouvrit de grands yeux incrédules, et s'apprêtait à répondre vertement quand il distingua la présence des domestiques au quatre coins du hall : tous les observaient à la dérobée. Ayant l'apparence de meubles ou d'objets, ils se fondaient encore mieux dans le décor que le plus subtil des serviteurs… Alors il serra les dents, posa sa main sur l'avant-bras du roi… et se mordit les lèvres dans le vain espoir d'atténuer le rosissement de ses joues.
La salle-à-manger était immense, et la table en bois massif monumentale, ce qui rendait les cinq couverts disposés dans un coin parfaitement ridicules. Un mur entier n'était composé que de grandes fenêtres en ogives, encerclées d'épais rideaux en velours grenat. Le plafond était peint d'une gigantesque fresque digne des tableaux de grands maîtres. Un énorme lustre à pampilles en or trônait au centre, et était aidé d'une trentaine de chandeliers rutilants pour éclairer la pièce. Leur lumière se reflétait sur les dalles de marbre jaune, et des dizaines de miroirs rajoutaient à l'éclat du lieu.
« Vous vous êtes donnés du mal, sourit Belle en regardant vers les assiettes. Je n'avais encore jamais vu cette pièce aussi resplendissante.
- Il fallait au moins ça pour recevoir convenablement un roi et une reine de cet acabit, répondit l'un des chandeliers posés sur la table, faisant sursauter les quatre invités. Je suis enchanté de vous rencontrer, douce Reine Elsa d'Avalon, et puissant Roi Arthur de Loegrie, ajouta-t-il en esquissant une profonde révérence sans faire tomber une seule goutte de cire sur l'acajou verni.
- Qu'est-ce que c'est que ça, encore, soupira le métis. Les chaises aussi vont nous taper la causette ?
- Je vous présente le Duc Lumière, Grand Chambellan et Conseiller du Roi Adam. Le Duc Big Ben n'est point avec vous ?
- Il a préféré rester tenir compagnie au roi, hésita le candélabre, gêné. Il ne se joindra pas à vous…
- Ce… commença Hermione avant de refermer la bouche, rouge de colère. Je suis sûre que cet idiot a trop honte de se présenter devant vous après ce qu'il a fait, choisit-elle de dire à la place. Ça lui passera. »
Malgré cette déception, qui n'en était pas une pour les deux Serpentards, soulagés de ne pas avoir à subir le "phrasé délicat" du pire Gryffondor au monde, le repas se déroula sans encombre. Les plats étaient simples mais excellents, et la brune montra ouvertement son plaisir d'avoir enfin une compagnie "humaine" en entretenant une conversation agréable avec chacun d'entre eux. Elle était une hôte parfaite ! Lumière avait même eu la délicatesse de prévoir un petit orchestre de violons et violoncelles qui jouaient sans personne pour les manier, étant eux-mêmes les musiciens transformés.
Cependant, arrivés au dessert, Harry exprima son désir d'aller retrouver Ron, seul à seul. Il n'eut pas besoin de donner d'explication : étant son meilleur ami qu'il n'avait pas vu depuis longtemps, et au vu des circonstances actuelles, il était même étonnant qu'il ait eu la courtoisie d'attendre aussi longtemps. Neville en profita pour manifester son envie d'aller se promener dans les jardins, et Blaise signala qu'il devait aller prévenir son équipage de la situation, et ramener Audhild avec lui, puisque la reine avait profité du repas pour lui en faire la requête. Draco s'apprêtait à prétexter une envie d'aller dormir quand Hermione lui coupa l'herbe sous le pied.
« Veux-tu bien rester un peu avec moi ? » lui demanda-t-elle simplement.
Comment refuser sans passer pour un malotru… Dépité, il accepta.
La jeune femme l'emmena sur le balcon attenant, et lui proposa un fauteuil vert sapin moelleux et usé. Une desserte roula jusqu'à eux presque immédiatement, avec une bouteille de rosé dans un seau de glace, et deux verres à vin.
« Merci, sourit poliment Belle au meuble, prenant les différents éléments pour les disposer sur la table en verre et fer forgé. C'est un peu étrange au début, mais on s'habitue vite, ajouta-t-elle à l'intention du blond.
- De quoi voulais-tu me parler ? questionna Malfoy en acceptant le breuvage qu'elle lui tendait. Car tu as bien une idée en tête pour réclamer ma société.
- Typiquement Serpentard, s'amusa-t-elle après une première gorgée. Chaque action est toujours faite par intérêt, pour vous. Je ne peux pas simplement vouloir apprendre à mieux te connaître ?
- Dis plutôt que tu es intriguée par le fait que deux de tes amis les plus proches ont accepté de côtoyer deux des pires serpents de notre génération…
- Je n'aurais pas formulé les choses ainsi. Mais je suis surtout fascinée par ta nouvelle apparence et par ton rôle dans les contes : la Reine des Neiges, Reine d'Avalon ! Rien que ça ! De ce que j'ai compris en lisant les livres, tu es au sommet de la hiérarchie dans cette partie du monde, aux côtés de Harry… ou plutôt du "Roi Arthur".
- Je suis simplement un bon dirigeant.
- Pourquoi une "femme", à ton avis ? Pourquoi n'es-tu pas le "Roi d'Avalon" ?
- C'est cela qui t'intéresse ? s'étonna Draco en reposant son verre, conscient qu'il allait avoir besoin de toutes ses facultés mentales pour cette discussion. Je suis toujours "techniquement" un homme, si tu veux tout savoir.
- Ce n'était pas ma question. J'ai conscience que je suis bien plus jolie dans cet univers qu'en réalité, je n'ai pas pour autant changé de genre. Toi, en revanche, tu es la personne la plus magnifique qui m'ait été donnée de voir. Tu as toujours été un beau garçon androgyne, mais à ce point ?
- Tu me trouvais "beau garçon" ? sourit le blond.
- Tu es sublime, insista Hermione en se penchant vers lui. Et ce n'est pas que physique… Il y a un quelque chose en toi d'indéfinissable, et pourtant visible au premier regard. Peut-être sont-ce tes yeux ? Leur couleur argent surnaturelle pourrait être dérangeante, ou même repoussante… Malgré ça, ils sont captivants. Et à chaque fois que je les regarde, j'ai la sensation de passer à côté d'une information capitale…
- Potter ne t'a pas dit ? Il s'agit du signe distinctif de la lignée royale d'Avalon. Avoir les iris en métal signifie que nous sommes les héritiers légitimes du trône.
- Ce n'est pas ça… Est-ce que… Ne me dis pas que tu es capable d'"envoûter" les hommes ?
- Es-tu en train de suggérer que la seule raison pour laquelle tes amis m'accompagnent, serait parce que je les ai manipulés ? gronda-t-il en levant un fin sourcil aristocratique, vexé.
- Non, non, je n'ai jamais pensé ça, le rassura-t-elle, l'air penaud. J'essaie juste de comprendre ce que…
- Il n'y a rien à comprendre, la coupa-t-il. J'ai besoin d'aide, et ils sont de stupides Gryffondors philanthropes. C'est tout. Je ne leur ai rien demandé, mais il est difficile de se débarrasser de lionceaux lorsqu'ils ont décidé d'accomplir une œuvre de bienfaisance. Si tu veux les reprendre pour défendre ta propre cause, vas-y ! Je ne m'y opposerai pas.
- Tu crois que… Non ! s'exclama Hermione, stupéfaite. Cela n'a jamais été mon intention !
- Alors qu'est-ce que tu veux ?! asséna Draco, de plus en plus énervé.
- Être ton amie, c'est tout ! lâcha-t-elle en désespoir de cause. Je veux vraiment apprendre à mieux te connaître parce que… tu es important pour Harry.
- Pardon ?
- Je l'ai vu, ce soir, fit-elle en détournant les yeux. La façon dont il te regarde… Crois-moi : tu n'es pas une simple "bonne action" pour lui.
- Qu'est-ce que tu essaies de dire ? Tu penses que je cherche à le séduire ?
- Quoi ? Non !
- Que je me sers de sa naïveté pour mieux le détruire ?
- Non !
- Je ne m'abaisserai jamais à ça ! Ni maintenant, ni jamais !
- Arrête de tout déformer ! Je n'ai jamais dit ça !
- Alors sois plus claire ! Tu n'iras jamais bien loin en politique si tu n'es pas capable de formuler tes idées sans équivoque ! Mais maintenant, c'est à mon tour de poser des questions. Tu te retrouves coincée dans un conte sans possibilité d'un "dénouement heureux", condamnée à voir ton mari demeurer une bête jusqu'à la fin de l'année. Cette histoire d'"amour véritable", qui n'en est finalement pas un, va mettre beaucoup de bulles dans le chaudron de votre couple, si cela ne va pas directement le briser. Venir dans cet univers était censé être une aubaine pour tout le monde, mais est devenu un cauchemar pour vous deux. Tu es une fille intelligente, cela fait longtemps que tu as abouti à cette conclusion, et tu as eu une douzaine de jours pour y réfléchir. Alors je te le demande : que comptes-tu faire, maintenant ? »
Hermione avait l'impression d'être crucifiée. Comment cette conversation, qu'elle avait voulu bon enfant, s'était métamorphosée en pugilat ? Elle avait cru avoir la main de prime abord, mais le blond avait vite retourné la situation. Au début, il répondait vaguement, de façon assez docile pour endormir sa méfiance. Puis, d'un coup, il avait attaqué. Et en commençant à paniquer, elle avait perdu le contrôle.
Relevant timidement les yeux vers son vis-à-vis, elle discerna un léger sourire au coin de ses lèvres : il l'avait si bien manipulée qu'elle n'avait rien vu venir, et il l'avait emmenée pile là où il voulait aller.
« Tu es démoniaque… souffla-t-elle, stupéfaite.
- Je te l'ai pourtant dit : je suis un bon dirigeant. Savoir mener les échanges fait partie des prérequis de base, et c'est trop facile avec toi. Considère cela comme ta première leçon en tant que future Reine du Royaume de la Rose.
- "Reine" ? Moi ? fit-elle en souriant nerveusement, perplexe. Comment serait-ce possible ? Je n'arrive même pas à lever la malédiction de mon époux… Alors devenir sa reine…
- Si je dois approfondir mes transactions avec ce pays, je préfère que ce soit avec toi. Tu es la seule personne censée, ici. Entre deux maux, je choisis le moindre.
- Mais je…
- Le roi de cette contrée n'a même pas pris la peine de se présenter, asséna Draco, le regard dur. Non seulement il attaque tous les gens de passage, sans prendre le temps de s'enquérir sur leur identité, mais il n'a même pas eu la politesse la plus élémentaire de s'excuser ! Qu'il se terre dans la colère ou dans la honte m'importe peu : il n'est pas digne d'être un monarque ! Il n'en a pas les épaules, ni le caractère. Ce qui n'est pas ton cas. Toi, tu peux faire quelque chose de cette terre. Je me fiche de savoir de quelle manière tu accèderas au pouvoir, mais je peux d'ores et déjà te prévenir que je ne signerai aucun traité avec Rosa si seul le Roi Adam est à sa tête. D'où ma question : que comptes-tu faire, à présent ? »
Belle était choquée : Malfoy voulait la mettre sur le trône ? S'était-elle cogné la tête quelque part ? C'était…
« C'est de la trahison, suffoqua-t-elle en portant la main à son cœur.
- Nous ne sommes pas les sujets du roi, la contredit Elsa. Et je suis la souveraine d'Avalon, le seul capable d'aider ce Royaume à se relever, d'après tes dires. J'estime donc avoir le droit d'imposer mes conditions.
- Attends avant de porter un tel jugement sur Ron, s'il-te-plaît ! C'est… Ce n'est pas vraiment le Roi Adam que tu as vu tout à l'heure, mais les reliquats de votre ancienne discorde ! Laisse-lui un peu de temps. Je te jure qu'il peut être un bon roi s'il est bien aiguillé. Donne-lui une chance…
- Es-tu en train de me supplier ? siffla Draco les yeux plissés d'incrédulité.
- Si cela peut te faire changer d'avis, je n'hésiterai pas une seconde. Diffère au moins ta décision le temps de voir si Harry parviendra à calmer Ron ! La situation est… Je n'ai pas perdu espoir. Je l'aime vraiment, contrairement à ce que tout le monde pense. Il doit simplement y avoir… une subtilité dans la malédiction qui nous échappe. Et qui fait que je ne peux pas encore le rendre… "humain". »
Hermione réfléchissait à ce qu'elle pouvait ajouter, mais était déjà fière d'avoir semé le doutes dans les iris d'argent. Elle devait trouver un argument choc pour faire taire ses dernières réticences. Elle n'avait pas prévu d'avoir cette conversation, souhaitant simplement jauger si le blond pouvait un jour répondre aux possibles sentiments de Harry. Belle erreur : qui pouvait prétendre sonder l'esprit tortueux d'un serpent !
« Voilà ma réponse à ta question, conclut-elle en relevant la tête et redressant les épaules, l'air déterminé. Je veux tout faire pour que Ron devienne un meilleur roi ! Je sais qu'il en est capable ! Tu ne le connais pas, tu ne sais pas à quel point il est vaillant et se donne du mal ! Lorsqu'Adam est monté sur le trône il y a trois ans, ce pays était voué à la ruine. Mais il s'est retroussé les manches, et s'est démené pour y remettre un peu d'ordre. Rosa tient encore debout grâce à lui ! Certes, il a fait des erreurs… et il se laisse trop souvent mener par ses impulsions, je te l'accorde… Pourtant, il est plein de bonne volonté et a bon cœur. La preuve en est de tous ses gens qui l'aiment et lui obéissent malgré cette situation désastreuse ! Ils auraient pu se rebeller, ou même partir avant la malédiction. Mais non ! Ils se donnent tous du mal pour l'aider à redresser la barre ! Ils croient en lui ! Il doit juste apprendre à mieux écouter ses conseillers, et je sais comment faire. Avec lui à la tête de la nation, le Royaume de la Rose deviendra une contrée prospère et resplendissante. Cependant, cela ne pourra pas advenir sans lui. Je te l'assure !
- Tu es en train de me demander de soutenir un roi qui ne me respecte pas ? grogna le blond en serrant le pied de son verre qu'il n'avait pas lâcher. Qui a failli s'en prendre à ma personne ? Qui m'insulte à la moindre occasion ? Qui me déteste ?!
- Ce ne sera plus le cas s'il apprend à te connaître, insista Belle en se penchant à nouveau vers la reine. Harry va l'y aider, car il ne t'aura jamais épaulé si tu n'étais pas quelqu'un de bien. Il va lui faire entendre raison, j'en suis sûre ! Il y a juste… un lourd passif entre vous. Et Ron est… disons qu'il a moins de raisons de pardonner que Harry. Il ne t'a pas côtoyé pendant un mois, lui. Je t'en prie, laisse-lui une occasion de te convaincre… Ne le condamne pas pour ses erreurs. Il le mérite. »
Draco se renfrogna, peu enclin à satisfaire sa demande… Pourtant, les paroles de Potter résonnèrent dans son esprit. « Les contes de fées ne punissent pas les gens qui font des erreurs ou subissent la fatalité, ils récompensent les efforts et les bonnes actions. » Et voir un écho à sa propre situation le mettait hors de lui. Si lui avait droit à une seconde chance, le Roi Adam aussi. Il n'avait juste pas pensé qu'il serait un jour celui qui offrirait cette opportunité à quelqu'un qu'il exécrait.
« Si demain, il ne vient pas m'accueillir comme n'importe quel monarque devrait saluer un autre souverain invité sur ses terres, j'ordonne à tous mes navires de commerce de fuir ce Royaume.
- Merci, soupira Hermione, soulagée. Merci, vraiment. Tu n'imagines pas à quel point Rosa dépend d'Avalon et de Loegrie, alors savoir que tu…
- Réalises-tu que ton plaidoyer m'a conforté dans l'idée que ce pays s'en sortirait bien mieux si tu étais à sa tête ? l'interrompit Elsa, implacable. Je veux bien laisser le bénéfice du doute à "Weasel", mais c'est avec toi que je veux traiter. Toi, et toi seule ! Je suis "ravi" que tu n'aies pas perdu espoir pour sauver ton couple. Il n'en demeure pas moins que chaque contrat que je ratifierai devra porter la condition de ton couronnement.
- Mais…
- Tu ne me feras pas changer d'avis, la coupa-t-il en levant la main pour signifier la fin du débat. Si cela ne plaît pas au roi, ce sera à lui de me convaincre. Qu'il me prouve à son tour ses talents d'orateur. S'il souhaite diriger ses terres, il doit s'en montrer digne, et pas se cacher derrière les jupons de plus compétents que lui. Ou bien épouser la seule personne capable de prendre sa place, même si elle n'est finalement pas le Grand Amour qu'il croyait. Ou plutôt devrais-je dire, le "Belle Amour". »
Belle garda le silence, soudain consciente d'avoir outrepassé son rang de simple "invitée"... et officiellement "prisonnière pour payer la faute de son père". Elle avait parlé à une souveraine comme si elle était déjà la Reine de Rosa. Pourtant, elle ne regrettait rien. Car Ron ne lui avait pas laissé le choix ! Cet idiot aurait pu tout détruire sur un simple coup de sang, si elle n'avait pas été là pour corriger le tir ! Et pour cela, elle ne pouvait que donner raison à Elsa…
Levant les yeux vers le blond, elle se mit à réfléchir. Pas un seul instant durant le débat, elle n'avait eu l'impression de parler à Malfoy. Pas une seule fois il ne l'avait méprisée ou rabaissée, contrairement à ce qu'il avait l'habitude de faire, à l'époque. Au contraire, il lui parlait comme à une égale… Il avait son visage et son apparence globale… Cependant, il semblait être… quelqu'un d'autre. Une vraie reine. Intelligente, autoritaire, confiante, imposante… et tellement belle !
Elle n'en revenait toujours pas ! À chaque fois qu'elle posait le regard sur lui, il lui semblait encore plus magnifique. Et plus elle l'écoutait et découvrait son caractère, plus elle était fascinée. Était-ce donc ainsi qu'il était réellement ? Féminin et magnétique. Et ils étaient tous passés à côté durant sept longues années ?! Était-ce ce que Harry avait détecté chez lui, et qui l'avait rendu tant obsédé par sa personne ? Au point de toujours penser à lui, même après dix ans sans le voir… Face à cette réalité, elle ne pouvait que le comprendre.
Et ses iris ! Cet argent liquide qui scintillait à la lumière des bougies… Il y avait un secret dans ces yeux. Une magie que personne n'avait encore comprise, elle y mettrait sa main au feu. C'était subjuguant et… séduisant ! Et puis il y avait autre chose… Un "je-ne-sais-quoi" d'anormal. Une tâche noire sur une rose blanche. Un défaut, comme un pétale froissé. Une fêlure… Cette "femme" devant elle était un mystère insondable. Et elle ne savait plus si cela tenait d'Elsa ou de Draco…
« Tu penses vraiment être une "œuvre de bienfaisance" pour Harry ? » demanda-t-elle à la place des milliers de questions qui tournoyaient dans sa tête.
Le blond leva un sourcil, et cela la fit sourire : dans ce geste, elle voyait le vrai Malfoy.
« C'est un Gryffondor, répondit-il simplement. Vous vous précipitez tous pour sauver "la veuve et l'orphelin".
- Tu te prends pour une "veuve" ? sourit-elle d'un air taquin.
- Évidemment que non, cracha-t-il. Mais je ne contrôle pas son cerveau déficient. Je ne peux définir la façon dont il me voit, et je serai bien bête de ne pas en profiter. Bien que je n'ai rien fait pour… ajouta-t-il avec hésitation, tout en faisant tourner le verre de vin plein entre ses doigts. Il m'a simplement vu… durant un de mes "mauvais jours". »
L'esprit de Hermione tiqua, faisant sonner la cloche de l'information capitale. Elle ne saisissait pas encore pleinement la portée de cette donnée, mais la rangea soigneusement dans un coin de son esprit.
« Tu crois que tu lui as fait "pitié" ? tenta-t-elle le tout pour le tout, espérant faire mouche.
- Si c'était le cas, je lui aurais arraché la tête, grommela le blond, hargneux. Non, je crois juste qu'il veut faire… la "bonne chose". Comme le digne petit lion qu'il est. Ce n'est pas vraiment pour moi. Juste… "sauver le monde", encore une fois.
- Ce n'est pas l'impression qu'il m'a donné. Je ne pense pas qu'il serait parti à l'aventure avec n'importe qui.
- Qu'est-ce que tu en sais ? contra Draco d'un air mauvais. Il ne t'a pas expliqué pourquoi nous cherchons la fée qui a maudit ton homme.
- Je connais Harry. Qu'importe si c'est pour une bonne raison, il ne partirait pas avec une personne pour qui il a peu d'estime. Je ne sais pas tout ce qu'il s'est passé et pourquoi vous voyagez ensemble, mais je peux t'assurer qu'à ses yeux, tu en vaux la peine. »
Belle observa attentivement l'expression du visage de Malfoy… sans rien parvenir à déchiffrer. Et le blond reporta son attention sur son verre qu'il tournait toujours sur la table, se murant dans le silence.
[===]
Lorsque Blaise franchit le portail du château, il eut le temps d'apercevoir une lumière s'éteindre dans une maison. S'il avait été plus près, il aurait certainement entendu des chuchotements craintifs, ou vu un meuble se ranger un peu précipitamment contre un mur. C'était ridicule ! Comment ce crétin de roi pouvait ordonner à son peuple de se cacher des étrangers ?! Et puis, il devait bien y avoir des réfractaires, il ne pourrait jamais vérifier si tout le monde respectait bien la consigne aux quatre coins du pays ! D'où toutes ces rumeurs…
En s'avançant dans la Grand Rue, il s'interrogea : comment aurait-il réagi en surprenant un balai ou un tabouret l'approcher sans y avoir été préparé ? Mal, pour sûr. Peut-être aurait-il tiré… Il aurait pu attaquer ces gens sans défense par… peur. « Mouais… "Weasel" est peut-être pas totalement stupide » se dit-il finalement.
Pourtant, cela ne pouvait pas être une solution à long terme. Il suffisait d'un éternuement, d'un enfant effrayé, d'une réaction un peu tardive, ou d'une personne n'ayant pas vu l'inconnu arriver… Certes, lorsqu'on cherche à débusquer quelqu'un dont on soupçonne la présence, on s'attend à un humanoïde, pas à des objets… Ces personnes avaient le camouflage parfait. Malgré tout…
Il marcha vers le port en grommelant, repérant çà et là le mouvement discret d'un pied de chaise qui évitait un caillou, ou d'une chope dont le liquide ballottait encore. Autant de signes impossibles à détecter si on ignorait la nature réelle de tous ces éléments du quotidien.
« Mais il revient du château, fit remarquer un chuchotement à peine audible.
- Ta gueule, putain ! répondit un murmure plus agressif. Il est là. »
Sinbad esquissa un sourire et pressa le pas, ne ralentissant qu'une fois arrivé aux quais.
« Chef ! cria Hindbad en le voyant arriver. C'est l'patron, les gars !
- Et la reine ? s'enquit Haroun en courant sur le pont. L'est où, la reine ?!
- Elle va bien, pesta Blaise en s'arrêtant près de la coque. Y a pas de lézard, on est reçu au palais. Vous craignez rien, les gaziers : la malédiction vous fera rien. Par contre, Haroun, va te falloir lâcher l'affaire, vieux. Tu vas te faire envoyer au diable, à force de lui faire des ronds de jambe.
- Y a pas d'risque : c't'un amoureux d'carême, rit le quartier-maître en tapant dans le dos du pirate rougissant.
- Bande de pignoufs ! C'est quelqu'un, elle ! Elle est du Gotha ! Z'êtes loin d'avoir son calibre, alors faites pas les malins !
- Lèche-cul, sourit un troisième pirate.
- Répète !
- Hey, Boss ! appela le petit Amin en grimpant sur le bastingage. Ça v'dire qu'on peut battre la calabre ? J'en ai plein les baloches d'm'emmerder à cent sous d'l'heure ! J'ai b'soin d'me dégourdir les gambettes.
- Tu peux. Et j'ai même une petite surprise ! »
Blaise trottina le long du ponton vers les quais, et sauta sur une caisse qui piailla de surprise.
« Je sais tout, les babioles ! hurla-t-il à la cantonade. Et on est là pour encore un bon bout de temps, alors sortez votre quincaille ! »
Les pirates s'étaient tous assemblés sur le pont, et regardaient leur capitaine avec de grands yeux ébaubis, le prenant pour un fou. Sinbad souriait de toutes ses dents, pressé de voir leurs têtes quand le premier tonneau cancanera avec eux.
« Allez ! Faites pas les timides ! Votre roi est au courant, plus besoin de vous planquer !
- Vraiment ? »
Le métis se retourna d'un bond, manquant de chuter. Il ne s'attendait pas à une réaction venue de derrière lui… et en bas. C'était une petite chaloupe qui ouvrait de minuscules yeux étonnés, clapotant paisiblement dans les remous.
« Attention, chef ! »
La voix de Haroun était pleine de terreur. Tout l'équipage s'agitait en criant de panique, Hindbad hurlant des ordres à peine compréhensible dans l'affolement général. Car le long de la berge, des meubles sortaient craintivement des maisons. Une chaise à bascule par ici, une étagère par là… Un chaudron, un livre, une louche, une table de nuit, même un petit hochet.
« Si tu sais tout, l'jeunot, ça serait sympa d'descendre, grommela la caisse sur laquelle Zabini s'était juché. T'es pas un poids plume, gougnafier ! »
Blaise éclata de rire et sauta à terre pour libérer l'homme, sans doute un débardeur. Il fit de grands gestes vers ses hommes en plein branle-bas de combat, et leur cria que tout allait bien afin d'éviter un malencontreux incident. Amin fût le premier à le rejoindre, l'air émerveillé : le gamin était de nature curieuse, principale raison pour laquelle il avait embarqué sur le "Djinn's Revenge". Et voir des objets s'animer tout seuls avait de quoi surprendre le plus blasé des sceptiques.
« C'est quoi c'délire ? souffla le petit rouquin, ébahi.
- La malédiction, expliqua Sinbad en lui ébouriffant les cheveux, fier de son mousse. Le peuple de Rosa a été transformé en bibelots par la fée qu'on cherche.
- C'pas chaud ?
- À moins que t'es l'envie soudaine de te mettre au service du roi de ce pays, tu crains rien. Venez donc, les gars ! lança-t-il à ses hommes apeurés. J'y crois pas, quel ramassis de couards ! Je savais pas que j'avais embauché un tas de poltrons dans votre genre !
- Mais chef… bredouilla Haroun, blafard.
- Vous allez quand même pas rester cloîtrer sur le navire ! On va devoir rester un bon moment au port, alors faites pas les marioles !
- Encore ?! protesta Hindbad, réveillé par l'annonce. On a à peine eu l'temps d'se dégourdir les pattes en mer, et on doit rebelote s'taper l'plancher des vaches ?!
- De quoi tu te plains ? T'étais le premier à danser la gigue en apprenant qu'on allait conduire un roi et une reine à bord de notre petite goélette. C'est le prix à payer pour le prestige : on pourra pas repartir tant qu'ils ont pas fini ce qu'ils doivent faire ici. »
Son second sembla grommeler dans sa barbe un long moment avant de se décider à descendre sur le ponton. Voyant leur supérieur faire, quelques autres pirates suivirent son exemple et s'avancèrent lentement, craintifs. Ce qui était loin d'être le cas du petit Amin, plus loin, entouré par tout un amas de breloques et mobiliers de basse facture.
« Et y a moyen d'accélérer la cadence ? souffla le vieux quartier-maître en s'arrêtant près de son capitaine. Y sont sympas, ces nobliaux, j'les aime bien. Mais ça va vite m'emmerder leurs histoires.
- T'as une astuce pour débusquer une fée ?
- Une fée ? hoqueta le cinquantenaire. Z'êtes cinglés ! C'est jamais bon d'fricoter avec la magie ! T'mêles pas d'ça, boss. J'suis sérieux, ça sent pas bon c't'affaire.
- J'ai pas vraiment le choix, grimaça Sinbad en observant son mousse s'accroupir devant une petite cuillère. Moi aussi je suis pressé de me barrer vite fait. C'est glauque comme endroit. C'est pas vraiment la malédiction, mais la pauvreté ambiante qui me fout le cafard. Y a rien à grappiller, ici. Ils ont même pas assez de frics pour nous ravitailler, c'est dire… Mieux vaut pas traîner trop longtemps.
- Z'avez un indice ? Que'qu'chose pour dénicher la belle dame ?
- Que dalle, sinon je t'aurais pas demandé. On sait juste qu'elle se cache dans une forêt…
- Quand j'pêche le merlan, j'utilise un gros hameçon. »
Blaise regarda son second, et laissa passer deux secondes…
« Je suis ravi pour toi… fit-il d'un air interdit.
- Fais pas l'idiot, maugréa l'homme âgé. Pourquoi la chercher au lieu d'la faire sortir du bois ? J'sais pas comment ça fonctionne, une fée, mais doit bien y avoir un truc qui pourrait l'appâter, non ? »
Sinbad dévisagea son second, stupéfait. Il lui avait posé la question par tocade, mais ne s'était pas du tout attendu à avoir une vraie réponse. Et il devait reconnaître qu'il y avait de l'idée…
« C'est rare que tu me rappelles pourquoi t'es mon bras droit », se moqua-t-il gentiment.
Hindbad rouspéta en tapant l'épaule son capitaine hilare, et s'éloigna à grands pas avant de s'arrêter brusquement… et faire demi-tour.
« Par contre, patron, prévint-il en levant l'index sous le nez du métis. T'as pas intérêt à t'frotter à ça ! C'est pas pour nous, la magie. On s'est déjà fait avoir à Arendelle, pas besoin d'recommencer ! J'ai déjà pas mal crisé avec c'te malédiction ! En plus, c'est hargneux, une fée. Y a que des sales histoires autour d'ces machins, et ça finit toujours mal !
- Tu t'inquiètes pour moi ? sourit mesquinement Zabini.
- C'est pas rigouillard ! T'es p't'être mon cap'taine, t'es qu'un jeunot ! Un coquart qu'a rien dans la caboche et qui s'croit invincible ! J'en ai vu plein, des béjaunes qui s'sont brûlés les plumes à trop batifoler avec la faucheuse ! J'laisserai pas mon fils jongler avec des boules de feu ! Encore moins avec une saleté d'Djinn !
- Oui, "papa" », ricana Blaise, goguenard.
Le quartier-maître lui redonna un coup sur le haut du crâne, ce qui ne calma pas la gausserie du métis. Le vieil homme lui jeta alors un regard noir, et partit rejoindre le reste de l'équipage en compagnie de la foule de bibelots, non sans lui lancer de nombreux regards menaçants. Cependant, malgré sa gaillerie, Zabini était surtout ému. Un de ces fameux "flash" lui revenait à l'esprit…
Il se souvenait de la première fois où Sinbad avait rencontré Hindbad, sur un rafiot de commerce. Il n'avait alors été qu'un jeune mioche de huit ans, et l'adulte l'avait tout de suite pris sous son aile. Avec la rudesse d'un vieux loup de mer, il lui avait appris tous les rudiments de la marine, et avait même refusé une proposition d'embauche alléchante pour rester avec lui. C'était lui, des années plus tard, qui l'avait aidé à fomenter une mutinerie, et prendre le commandement de la goélette qu'ils avaient rebaptisée. Il l'avait sacré Capitaine comme un pape aurait couronné un roi. Il était son plus fidèle allié, et certainement celui qui s'assurait de la loyauté de tout l'équipage. Il était le père qu'il n'avait jamais connu.
Nostalgique, le Serpentard grimpa sur le pont de son bâtiment, sautillant de bonheur. Ses hommes allaient faire la fête toute la nuit avec des breloques, il venait d'avoir une réminiscence joyeuse lui faisant retrouver une figure paternelle qu'il n'avait pourtant jamais perdu, il avait un plan pour partir à la chasse au fée dès le lendemain, et une jolie demoiselle ravie de se faire trousser les jupons l'attendait sagement dans sa cabine.
Il toqua d'ailleurs à sa porte, entrant dès qu'elle le lui permit. Et en voyant la belle brune dans sa robe de crêpe pervenche, il se dit qu'il avait bien le temps pour quelques culbutes avant de rentrer au château.
[===]
Harry poussa la porte que Lumière lui indiqua, sur ses gardes. Il avait eu une très mauvaise première impression de la Bête, même en sachant qu'il était son meilleur ami, et se méfiait de ses sautes d'humeur.
L'endroit où le chandelier l'avait mené semblait être au sommet d'une tour, juste sous le toit, et l'état de délabrement du château y était encore plus visible : des traces d'humidité témoignaient d'une fuite entre les tuiles, les poutres poussiéreuses pourrissaient par endroits, des toiles d'araignées s'accrochaient partout, et de longues fissures craquelaient le plâtre des murs au blanc passé. À l'intérieur de la pièce, l'obscurité régnait en maître. Seule une gigantesque rosace brisée laissait passer la lueur timide de la lune, n'éclairant que les alentours de son dessin à présent indiscernable, et dévoilant l'air poudroyant. De lourdes tentures déchirées et élimées pendaient misérablement de la charpente, occultant les différents recoins de ce grenier aménagé…
Et au centre, un guéridon en bois de santal et marbre blanc, brillant de propreté, trônait au centre d'un tapis rond à motifs floraux. Sur le dessus, une cloche en verre dans laquelle luisait une magnifique rose d'une belle teinte Bleu de France, flottant comme par magie.
Harry s'approcha, hypnotisé par la fleur scintillante dont le cœur d'or semblait renfermer un secret. Elle lui sembla irréelle, et composée d'une matière impossible à trouver dans la nature… comme la "pensée d'amour" de Titania, qu'il gardait précieusement dans la sacoche à sa ceinture.
« Que fais-tu là ?! »
Arthur bondit et faillit dégainer Excalibur qu'il ne portait pas, avant de se calmer : il ne devait pas se montrer hostile s'il souhaitait apaiser la colère de la Bête… Car c'était bien elle… ou plutôt lui, Ron.
Un des rideaux améthyste se souleva, révélant le monstre poilu qui les avait attaqué devant le portail du palais. Un grondement sourd roulait dans sa gorge comme une menace, et ses yeux bleus le fusillaient de rage.
« Tu ne vas pas t'amuser avec tes nouveaux amis ? lui reprocha Adam de sa voix baryton. Tu as pitié de l'immonde créature qui se tapit dans l'ombre ?
- Ron… soupira le brun, dépité. Tu ne vas pas me refaire le coup comme en quatrième année, quand j'ai été choisi contre mon gré pour participer au Tournoi des Trois Sorciers ? Tu es mon meilleur ami depuis si longtemps, maintenant. Bon sang, j'ai été témoin à ton mariage !
- Parlons-en, tiens, siffla la Bête, l'air encore plus sombre. Encore une "réussite" ! Il semblerait que je sois condamné à échouer tout ce que j'entreprend…
- Arrête ! Hermione t'aime ! S'il y a bien une chose dont je suis sûr, c'est de son amour pour toi ! Il doit y avoir une raison pour laquelle son baiser ne parvienne pas à rompre le charme. Et je suis certain qu'elle pense de la même manière : elle doit passer tout son temps le nez plongé dans les livres, à chercher la réponse à cette énigme.
- Je sais… soupira tristement le monstre en s'approchant du vitrail pour contempler l'extérieur. C'est bien ça le problème…
- Comment ça ? s'enquit Arthur en s'approchant.
- Elle mérite mieux que ça… Elle devrait profiter de cette année dans les Contes et Légendes… Si tu l'avais vu, dans la Grande Salle : elle était surexcitée à l'idée de parcourir ce nouveau monde et de vivre toutes les légendes de son enfance. La savoir piégée avec moi, à perdre son temps à s'échiner pour nous sauver, moi et mon Royaume… Cela me met dans une rage folle ! gronda-t-il furieusement en frappant le mur qui s'effrita un peu plus. Mais j'ai beau tout tenter pour la faire fuir, rien n'y fait… Elle demeure avec moi… à partager mon malheur. »
Harry resta silencieux, conscient qu'aucun mot ne pourrait soulager son ami. Il n'avait jamais été doué pour consoler les gens, et hésitait même à poser une main sur son épaule… Déjà, parce qu'il l'atteindrait difficilement, la Bête mesurant plus de deux mètres de haut, mais aussi parce qu'il avait peur de sa réaction, et ne désirait pas se faire projeter contre un mur… ou à travers la fenêtre.
Réfléchissant encore à ce qu'il allait dire, son regard fût attiré en contrebas. Juste en dessous de la rosace, plusieurs étages plus bas, Draco et Hermione discutaient autour d'un verre de rosé, tranquillement installés sur la terrasse.
Arthur esquissa un sourire. Le blond était vraiment sublime dans cette robe azurin, le moment où il avait descendu les marches du grand escalier resterait à jamais gravé dans sa mémoire… « Comme toutes les fois où il apparaît devant moi » se dit-il après réflexion. Il n'aurait jamais cru qu'il s'extasierait un jour devant un homme vêtu d'un habit de femme. Et le voir si paisible en compagnie de sa meilleure amie le ravissait plus encore, sans pouvoir mettre le doigt sur la raison de cette joie soudaine.
« J'ai tout entendu…
- Pardon ? se réveilla Harry, perdu.
- Votre histoire. Tout ce que vous avez vécu depuis votre arrivée dans ce monde. Je connais ce château comme ma poche, et il est rempli de passages secrets. Je me trouvais derrière le mur lorsque vous avez fait votre récit à Hermione, et quand elle vous a expliqué… le nôtre.
- Pourquoi ne pas nous avoir rejoint ? lui reprocha-t-il avec une pointe de colère.
- Après ce que je vous ai fait ?! grogna Adam, tout aussi irrité.
- Tu préfères nous espionner ? C'est toi le Seigneur de ces terres, et moi aussi je suis officiellement un roi, et Malfoy, une reine ! Tu as laissé Hermione, une "prisonnière", être la maîtresse de maison auprès de personnes royales ! Si tu n'étais pas Ron, j'aurais pris cela comme un des pires outrages qui soit !
- Parlons-en ! cracha la Bête, une haine terrible dans le regard. Malfoy ! Une Reine ?! Tu ne me feras pas avaler ça ! Et d'Avalon, en plus ?! Ouvre les yeux : c'est une horrible sorcière qui se fait passer pour la véritable reine légitime de l'Île Fortunée ! Il n'y a pas d'autres explications !
- Tu as tort ! Il est réellement ce qu'il prétend être ! Tu n'as pas vu ce que j'ai vu, tu n'as pas vécu tout ce que nous avons traversé ! Je te l'affirme sans l'ombre d'un doute : "Draco Malfoy" est bel et bien "Elsa Camlann d'Avalon" ! Peu importe que tu y crois ou non, c'est un fait, et tu vas devoir faire avec !
- Un Mangemort… !
- C'était il y a dix ans ! Il a largement payé ses fautes, et même plus ! Tu vas devoir apprendre à laisser le passé là où il est, et à voir les choses telles qu'elles sont vraiment : n'est-ce pas justement la morale du conte dans lequel nous nous trouvons ? Tu es très mal placé pour le juger ! Et d'ailleurs, tu vas vite devoir te faire une raison : encore une fois, je te répète qu'il est la Reine d'Avalon, et tu l'as snobé ! Évidemment que Hermione est obligée de rester, si elle doit rattraper toutes tes bourdes ! Et celle-là, c'est bien la pire de toutes !
- Es-tu en train de suggérer que j'aille le saluer ?! Je refuse !
- Alors toi et ton pays êtes condamnés à sombrer dans la misère la plus totale, trancha Arthur, impitoyable. Comme tu le fais si bien remarquer, Malfoy n'est pas ton ami. Il ne va pas gentiment t'aider alors que tu l'insultes ouvertement. Et tu as besoin du Royaume d'Été !
- N'es-tu pas le Roi Arthur ? contra Adam. Nous pourrions très bien nous en sortir avec le seul soutien de Loegrie ! Vas-tu me le refuser ?
- C'est… compliqué, hésita Harry, embarrassé.
- Tu es sérieux ?! Tu ne vas pas nous donner un coup de main ?!
- Ce n'est pas ça ! C'est juste que… Le Royaume de Logres est très lié à Avalon… À un point où autant l'un que l'autre ne pouvons nous impliquer dans un tel projet sans un accord commun. Si Elsa rechigne à te secourir, mes actions seront limitées…
- Tu te moques de moi ?!
- Et toi ?! Tout ce que tu veux, c'est éviter Malfoy, quitte à utiliser notre amitié pour tirer avantage de ma patrie ! Tu ne veux faire aucun effort ! Mais tu apprendras que le monde ne fonctionne pas ainsi, même celui des Contes et Légendes, et surtout pas quand on est au pouvoir ! Tu. Es. Roi ! Apprend à agir en tant que tel ! La politique et la diplomatie vont devenir ton quotidien, et tu es loin d'être en position de force pour pouvoir imposer tes conditions.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Tu as le soutien inconditionnel de "Harry Potter", quoi qu'il arrive ! Mais je ne pourrai faire que le strict minimum pour toi, ce qui sera loin d'être suffisant pour sauver Rosa. Alors tu vas devoir te bouger un peu ! Si tu veux plus, tu vas devoir proposer mieux ! Je ne lèverai pas le petit doigt si tu ne me convaincs pas que tu feras tout ce qui est en ton pouvoir pour ta nation ! Parce que sinon, cela ne servira à rien. Et ça passe par Malfoy !
- Quoi ?!
- Il te faut notre accord à tous les deux si tu veux avoir une chance de ratifier un traité commercial capable de subvenir aux besoins de ton Royaume. Tu as le mien, ne te reste plus que le sien. Et tu l'as insulté ! Il faudra bien plus que des salutations demain pour corriger ta bêtise ! Un monarque dans une position de faiblesse comme la tienne ne peut pas se permettre de faire le difficile ! C'est ça, la politique ! Moi aussi j'ai dû ronger mon frein plus d'une fois, et faire des courbettes à des crétins pour obtenir ce que je voulais. Elsa aussi a eu son lot de serrages de dents et de sourires crispés. Mais on l'a fait ! Et la meilleure des récompenses est de voir nos deux pays plus florissants qu'au début de nos règnes.
- Je suis maudit, Harry ! Regarde-moi ! Regarde mon peuple ! Qui voudrait commercer avec des canapés et des pupitres ! Qui voudrait signer avec une Bête !
- Et ça te donne le droit de baisser les bras ? Et puis d'ailleurs, pourquoi pas ?! Pourquoi vous cacher dans la honte ? Si vous devenez officiellement un pays d'objets animés, les gens n'auront plus peur de passer par ici, et le commerce pourra reprendre.
- Tu plaisantes ?
- Pas du tout. Tu ne sais pas quand, ou si la malédiction se lèvera, alors autant d'ores et déjà en prendre ton partie.
- Que… !
- Demande aux pirates de Sinbad. Tout un équipage va découvrir l'apparence de tes gens, nous verrons alors comment ils prendront la chose. De quoi te plains-tu ? Ce n'est pas comme si tu allais vraiment garder cette apparence pour toujours, ce n'est que pour un an. »
Arthur s'obligea à garder un air sérieux, bien qu'il mourait d'envie de rire devant la mine abasourdie de la Bête. Avec une tête pareille, il n'avait plus rien de terrifiant ! Et cet air perdu et indécis ressemblait bien plus au Ron qu'il connaissait.
Celui-ci s'affala par terre dans un bruit sourd qui fit trembler le sol, inquiétant Harry sur la solidité du plancher. Adam prit son visage cornu entre ses grosses pattes griffues, désemparé. Potter se gratta l'arrière du crâne, à nouveau indécis quant à la bonne manière d'agir… Il n'avait pas besoin de se baisser pour se placer à son niveau : une fois assise, la Bête se trouvait pile à sa hauteur.
« Ron… commença-t-il.
- Hermione m'a vaguement suggéré la même chose, le coupa la créature, mortifiée. J'ai refusé si violemment… J'ai cru qu'elle était devenue folle… Mais si toi aussi…
- Pourquoi me croire, moi, et pas elle ? fit calmement Harry en posant une main sur sa douce fourrure fauve. Elle n'a plus à prouver son intelligence ou l'efficacité de ses idées…
- C'est parce que je veux qu'elle parte ! s'emporta à nouveau Adam, les larmes aux yeux. Elle ne peut rien faire pour moi, autant qu'elle, au moins, puisse profiter d'une année à vivre l'aventure de ses rêves ! J'en ai assez qu'elle se sacrifie pour une Bête pauvre, stupide et colérique !
- Elle t'aime, andouille ! Je suis sûr qu'elle ne pense pas se "sacrifier" pour toi ! C'est ton comportement qui lui fait de la peine et qui l'oblige à s'épuiser pour arranger la situation. Alors relève la tête et deviens enfin le roi que tu dois être !
- Je…
- Assez ! Dès ce soir, tu vas ordonner à tes gens de préparer un grand festin pour demain, afin d'accueillir dignement le Roi Arthur et la Reine Elsa. Ensuite, tu vas dormir pour être en pleine forme, et dès que tu verras Malfoy le matin, tu lui feras tes plus plates excuses !
- Je…
- Et à moi aussi, par la même occasion ! Tu as beau être mon ami, le suzerain en moi ne digère pas très bien ce qu'il s'est passé ce soir… Après nous verrons.
- Tu me demandes de courber l'échine devant un Mangemort ?! grogna Weasley, tremblant de rage. Je ne peux pas faire ça ! C'est…
- Ne le vois pas comme "Malfoy", mais comme "Elsa". Tu verras, c'est plus facile qu'on le croit. Hermione pourra te le dire, je suis certain qu'elle s'est faite avoir, ce soir, ajouta-t-il avec amusement. C'est aussi à double tranchant : s'il est devenu reine, il en a acquis toute la panoplie, et il est dur en affaires…
- Toi aussi, cracha Adam, frustré.
- Quoi ?
- Je n'ai parfois pas l'impression de parler à mon ami, plutôt au Roi Arthur… lâcha-t-il en détournant le regard. Ils ont dit qu'on deviendrait le personnage correspondant à notre véritable personnalité, mais j'ai la sensation que ça nous change… Ou peut-être sont-ce tes "nouvelles amitiés" qui t'ont rendu ainsi ?
- Encore avec ça ?! gronda Harry, agacé. Tu… !
- Alors c'est comme ça que tu es ? l'arrêta-t-il en grimaçant ce qui ressemblait à un sourire jaune. Juste et franc, même si c'est au détriment de tes vrais amis ?
- Tu te fous de moi ?! Je n'ai jamais dit que j'allais te laisser tomber ! Au contraire : si je suis là, à te faire la morale, c'est pour que tu te secoues les puces et que tu parviennes à régler tes problèmes !
- Prouve-le ! Promets-moi que tu feras tout pour m'aider ! Que ce soit avec la malédiction ou mon pays ! Harry, je deviens fou, ici !
- N'est-ce pas ce que je t'ai dit dès le début ? Bien sûr que je vais te soutenir ! Autant que je peux. À la condition que tu y mettes du tien, également !
- Tu parleras à Malfoy pour moi ?
- Quoi ?!
- C'est "Malfoy" ! Il ne m'écoutera jamais !
- Et il ne te respectera pas si tu ne lui montres pas que tu en vaux la peine. Crois-moi : si j'essaie moi-même de le rallier à ta cause, cela aura l'effet opposé.
- Alors c'est perdu d'avance…
- Bordel ! Laisse-lui une chance ! Vous n'avez même pas échangé un seul mot ! De toute façon, tu n'as pas le choix : je ne pourrais rien faire pour toi sans lui ! Ou du moins, pas assez.
- Comment est-ce possible… ? Comment avez-vous pu lier à ce point vos deux pays ? T'a-t-il obligé ? N'as-tu pas peur qu'il te vole Loegrie ?
- Elsa ? rit franchement Harry, amusé par l'idée. C'est plutôt l'inverse qu'il s'est produit.
- Comment ?
- Là n'est pas le sujet. Écoute-moi bien : en tant que Souverain du puissant Royaume de Logres et allié du riche Royaume d'Avalon, j'ai acquis de belles compétences en politique, diplomatie, commerce, ou négociation. Et avec Hermione à tes côtés, tu as d'excellentes bases pour élever Rosa au rang de nation pouvant faire pâlir de jalousie tous ses voisins. Mais pour y parvenir, tu vas devoir apprendre à maîtriser ton caractère emporté, et à traiter avec des gens que tu n'aimes pas. Ce n'est même pas une option, c'est vital ! Et ça commence, maintenant ! Alors tu vas faire exactement comme je t'ai dit, compris ? »
La Bête serra les crocs, se retenant de répliquer. Le silence sembla durer une éternité pour le brun qui attendait avec impatience le signe d'une acceptation, ou au moins une résignation… Qui ne vint pas.
Quelque part, Potter était déçu. Depuis quand son ami était-il devenu si plein de haine ? Pourquoi ne l'avait-il pas vu plus tôt ? Sa colère l'aveuglait, au point de refuser de voir ce que sont réellement les gens… Il s'estimait mériter une seconde chance et de l'aide, mais répugnait à faire de même pour les autres… Il était désespérant…
Abandonnant la perspective d'en tirer quelque chose ce soir, Arthur se demanda comment s'esquiver poliment pour aller se coucher… quand ses yeux tombèrent sur la rose scintillante sous sa cloche.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il, curieux.
Adam releva le visage, et suivit son regard…
« Ma punition, grommela-t-il, amer.
- Comment ça ?
- Après avoir jeté sa malédiction, la fée m'a offert ce présent. Cette rose bleue est magique, aucune fleur naturelle ne possède une telle couleur. Elle serait son emblème… Selon ses dires, elle serait le reflet de l'"espoir". Si je parviens à maintenir sa beauté intacte, mon âme n'est pas condamnée… Mais depuis le premier jour, elle a déjà perdu de son éclat… Et je ne sais pas quoi faire pour le lui rendre. C'est aussi pour cela que je voulais faire partir Belle… je veux dire "Hermione". J'ai pensé qu'en l'empêchant de sombrer avec moi, j'aurais au moins accompli une bonne action… Et peut-être que cette rose aurait retrouvé un peu de sa lumière. »
Harry en était sûr : il avait devant lui la réponse à l'énigme de cette malédiction, la raison pour laquelle le baiser de Hermione n'avait pas pu rompre le charme…
Cependant, il ne la comprenait pas !
[===]
Neville appréciait ces jolis jardins à l'abandon, un peu sauvages, où les rosiers se retrouvaient dans chaque allée. Le précédent entretien devait dater de plusieurs années, s'il devait en juger par l'ancienneté des coupes et la quantité de branches mortes. Laisser la nature évoluer sans l'appui humain était pour lui autant appréciable que les bosquets parfaitement taillés d'Arendelle. Pourtant, ce n'était pas la raison pour laquelle il avait voulu s'y promener.
Vérifiant à droite et à gauche que personne ne le voyait, il ouvrit doucement sa sacoche et laissa sortir Ratatosk. Celui-ci bondit avant même que le rabat ne soit levé, et se précipita sur le visage de Lancelot pour le griffer en couinant de colère : il n'avait pas du tout aimé être enfermé aussi longtemps.
« Aïe ! Pardon ! s'écria Londubat en tentant de se protéger. Je n'ai pas eu le choix ! Je n'ai compris que trop tard lorsque tu voulais nous prévenir d'un danger, quand nous avancions vers le palais et que tu cherchais à sortir ! »
L'écureuil alla se poser sur la branche d'un églantier, dont les piquants rendaient impossible toute tentative pour l'attraper, et lui tourna le dos d'un air boudeur.
« Mais nous nous en sommes sortis, et nous allons avoir besoin de toi. »
L'animal ne bougea pas. Malgré tout, un léger mouvement de ses oreilles fit sourire Neville : il était tout ouïe !
« Nous n'avons finalement trouvé aucun indice pour chercher la fée. Le roi de ce pays aurait lancé des recherches sans aucun résultat… Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il doit y avoir une preuve de son passage quelque part. Et tu es tellement malin et discret que tu pourrais nous dénicher ça, pas vrai ? »
La petite boule de fourrure rousse tourna légèrement la tête. « La flatterie fonctionne aussi bien avec les nobles qu'avec les animaux » se dit Lancelot, fier de lui.
« Cependant, méfie-toi : toutes les personnes de ce Royaume ont été transformées en objets. Alors un simple dés à coudre pourrait être quelqu'un et te repérer. »
Ratatosk détourna à nouveau le visage d'un air dédaigneux. « D'accord, il n'apprécie pas d'être prévenu d'un risque si cela sous-entend qu'il pourrait échouer » songea le chevalier, mesurant petit à petit le degré d'arrogance de la bestiole.
« Nous savons seulement qu'elle se fait passer pour une vieille dame… Et le jour de la fête de "Belle Amour", il y a deux mois, elle a toqué à la porte du château pour le gîte et le couvert. N'importe quel plébéien sait qu'on ne laisse pas entrer les roturiers dans le palais royal, ce qui me laisse à penser que cette femme avait déjà une certaine réputation en ville. Soit elle savait d'avance qu'elle allait être refoulé, et préparait sa malédiction depuis un bon moment pour je-ne-sais quel motif, peut-être une vengeance quelconque. Soit elle avait une chance d'être invitée à entrer, là encore pour une raison inconnue, et a très mal pris le refus… »
L'écureuil s'était retourné pendant le récit, et ne faisait plus semblant d'être sourd. Il écoutait avidement la moindre information donnée. Neville, qui avait d'abord pensé être un imbécile pour confier une tâche à cet animal, se sentit de plus en plus confiant dans sa décision.
« Dans tous les cas, les gens la connaissent. Ce n'était pas la première fois qu'elle venait en ville, et elle a certainement laissé des traces de son passage. Reste à savoir pourquoi et comment. Et si elle venait souvent, elle ne le peut plus à présent… Au milieu de tas d'objets du quotidien, un être humanoïde se repère très vite. A-t-elle cessé de venir ? Ou passe-t-elle encore de temps en temps ? À toi de le découvrir… si tu le veux bien ? »
Ratatosk couina et décampa aussi vite que le permettait ses petites pattes. Lancelot se demanda si cela signifiait un "oui" ou un "non"… Il se questionna également sur l'utilité de cette mission : un rongeur dénué du don de la parole ne pouvait pas faire de miracle, et serait limité afin de fournir un compte-rendu détaillé de ses investigations… Pourtant, il demeurait certain qu'ils en retireraient un bénéfice. Mais lequel ?
Neville se promena encore un moment dans les jardins, esquivant les branches qui commençaient à envahir le chemin. Demain, il irait interroger les commerçants en ville : lui aussi souhaitait creuser dans cette direction. Il aurait voulu en discuter avec son roi ce soir, mais peut-être valait-il mieux le laisser en compagnie de Ron pour le moment.
Le dirigeant de Rosa avait besoin d'un ami, au vu de sa situation peu enviable. Le plus jeune fils Weasley n'avait pas eu de chance au loto du Sortilège des Contes et Légendes, et Londubat s'interrogeait sur la signification d'une telle attribution de rôle.
Il était tant plongé dans ses réflexions qu'il ne vit pas tout de suite l'immense if qui déployait ses branches couvertes d'épines, tel un nuage de coton vert au centre d'une vaste étendue d'herbe. Et le botaniste en lui fût outré !
Percée dans son flanc, une trouée avait été pratiquée afin d'atteindre son cœur entamé. C'était comme si quelqu'un lui avait sectionné ses membres pour prélever sa partie la plus forte et ancienne… Le tronc de l'arbre était charcuté ! Il n'était pas coupé, certes, mais le prélèvement grossier avait creusé une entaille profonde et indélébile. Aux yeux d'un herboriste diplômé, c'était un carnage !
« Tu penses vraiment être une "œuvre de bienfaisance" pour Harry ? » fit la voix de Hermione, au loin.
Neville se baissa brusquement, comme pris en faute… Il n'avait pas remarqué qu'il s'approchait de la grande terrasse où Elsa et Belle s'étaient installés, et se sentait honteux d'espionner ainsi leur conversation. Regardant autour de lui, il chercha un moyen de repartir sans se faire voir.
« [...] Je ne peux définir la façon dont il me voit, et je serai bien bête de ne pas en profiter. Bien que je n'ai rien fait pour… Il m'a simplement vu… durant un de mes "mauvais jours". »
« Bel euphémisme », ne put s'empêcher de penser Lancelot en s'éloignant le plus discrètement possible. Il se souviendrait toute sa vie des larmes de la Reine des Neiges, le jour de leur rencontre, ou même ses crises de panique. De la part de Malfoy, cela avait de quoi retourner le cerveau ! Mais depuis, il avait repris du poil de la bête. Sa nouvelle assurance en tant que reine était une belle métamorphose, et faisait plaisir à voir. Étrangement, il s'était mis à ne plus le considérer comme le gamin prétentieux qui avait gâté sa scolarité : les souvenirs joyeux de Lancelot avec cette petite fille avaient pris le pas sur la vraie vie. Seulement un mois s'était écoulé, et cela lui semblait être des années tant il s'était produit d'événements. Poudlard lui semblait si loin…
Perdu dans son élan nostalgique, il ne trouva pas d'autre solution que de s'approcher de l'if et attendre que la conversation se termine.
« […] il veut faire… la "bonne chose". Comme le digne petit lion qu'il est. Ce n'est pas vraiment pour moi. Juste… "sauver le monde", encore une fois.
- Ce n'est pas l'impression qu'il m'a donné. Je ne pense pas qu'il serait parti à l'aventure avec n'importe qui.
- Qu'est-ce que tu en sais ? Il ne t'a pas expliqué pourquoi nous cherchons la fée qui a maudit ton homme.
- Je connais Harry. Qu'importe si c'est pour une bonne raison, il ne partirait pas avec une personne pour qui il a peu d'estime. Je ne sais pas tout ce qu'il s'est passé et pourquoi vous voyagez ensemble, mais je peux t'assurer qu'à ses yeux, tu en vaux la peine. »
« Hermione est de retour » sourit intérieurement Neville. Le Gryffondor avait appris à reconnaître le ton si particulier que prenait la jeune femme lorsqu'elle cherchait à faire comprendre un élément important à quelqu'un, sans le lui dire directement. Et elle avait déjà saisi l'attrait de plus en plus grand d'Arthur pour la charmante Elsa.
Ce qui était une très mauvaise idée… Le Roi de Loegrie ne pouvait pas vivre d'idylle avec la Reine d'Avalon. Cela ne pouvait aboutir qu'à un incident diplomatique d'envergure… Et il était déjà marié !
Le chevalier se recroquevilla, songeant à sa Guenièvre. Il détestait cette part de lui qui espérait encore un dénouement heureux. Si Arthur et Elsa pouvaient convoler ensemble, cela libérerait sa douce reine qui pourrait alors se blottir dans ses bras sans crainte des conséquences. Cependant, il avait beau retourner la situation sous tous les angles, il ne voyait pas comment une telle chose pourrait se produire. Un roi ne divorce pas. Et deux dirigeants de deux pays différents ne pourront jamais être un couple, même dans un conte de fées…
L'image du Nain Tracassin resurgit dans son esprit… Si ce démon lui avait fait cette "proposition" en ce moment même, alors qu'il avait récupéré une grande partie de ses souvenirs, Lancelot savait qu'il aurait accepté. Il aurait même soulagé sa conscience en se convaincant que cela aiderait son roi à conquérir la "femme" qu'il aimait. « "Aider" en quoi, au juste » réfléchit Neville, mortifié par sa bêtise. Qu'Arthur divorce ou non, cela ne changerait pas son statut, ni celui d'Elsa…
Un sentiment de calme et de sérénité envahit Neville. Il devait se résigner. C'était pour le mieux… Et cette idée l'apaisa plus qu'il n'aurait pu l'imaginer. Lentement, il appuya son dos contre le tronc de l'if, et se laissa bercer par l'odeur fraîche de ses épines et piquante de sa sève. Tout devait rester comme cela était. Il devait renoncer… Ne surtout pas céder à la tentation du démon aux yeux violets. C'était le destin. Le cycle de la vie…
Cette pensée éveilla une pointe de méfiance. Quelque chose n'allait pas. Un timide signal s'alluma au fond de son esprit, comme un petit pois dérangerait le sommeil d'une princesse. Et il rouvrit les yeux.
Devant lui, un fruit du conifère luisait doucement de sa jolie teinte rubis. Il bondit sur ses jambes, le cœur battant. Était-il victime d'un sortilège pernicieux ? Avait-il réussi à s'en extraire totalement ? Prudent, il activa sa chevalière d'or à son majeur, et fit apparaître son bouclier magique. Cet héritage familial, offert il y avait des générations de cela, avait un avantage non négligeable : le pavois qu'elle générait parait aussi bien les attaques physiques que magiques.
Précautionneusement, il approcha son égide de la petite boule rougeoyante… jusqu'à la toucher. D'un coup, la baie perdit sa brillance, et la branche s'éleva dans les airs pour retrouver sa position initiale, au milieu de ses congénères.
Neville était perplexe. Qu'était donc cette diablerie ?! Il se retourna pour observer le tronc amputé, analysant le suc séché… Ses notions de botaniste ne s'appliquaient pas aux arbres magiques, mais s'il devait en juger la cicatrisation du bois, les découpes avaient été faites en plusieurs fois… Et la dernière devait remonter à deux mois environ.
Une simple coïncidence ne pouvait pas être aussi parfaite : un if magique, mutilé en plusieurs fois à intervalles presque réguliers, dont la dernière remontait au même moment que la malédiction…
« La fée » dit-il à haute voix, l'air ombrageux.
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Draco soupira en se frottant le visage. Après sa précédente nuit "agitée", le voyage, l'attaque de la Bête, la somme d'informations, et la discussion avec Belle, il était épuisé. Il marchait dans les couloirs sombres du château, pressé de regagner sa chambre, et ne parvenait plus à réfléchir objectivement.
Les analyses de la lionne au sujet de Potter le faisaient doucement rire. Elle ne savait pas qu'Arthur s'était simplement empêtré dans une promesse pour sauver Avalon, et par extension son propre pays, qui dépendait de l'Île Fortunée. Cela n'avait rien à voir avec lui ou le fait improbable qu'il pourrait soit-disant l'"estimer". Ils étaient "Potter et Malfoy", bordel !
Lui mettre de telles idées dans la tête n'était pas bon… Surtout après sa nuit avec Perceval ! Depuis, il n'arrêtait pas de comparer le roi et le chevalier, et de remarquer plusieurs similitudes. Leur carrure athlétique, leurs muscles saillants, leurs mâchoires volontaires, leurs peaux hâlées par leurs aventures en extérieur… Particulièrement leurs mains épaisses et calleuses : à chaque fois qu'il les regardait, il ne pouvait s'empêcher de les imaginer sur son corps…
Pestant contre ses divagations et les "bons sentiments" des stupides Gryffondors, il manqua de chuter en se prenant les pieds dans sa robe. Quelle merde ! Et en plus il avait été obligé de porter cette chose insupportable ! Songer qu'il allait devoir enfiler une autre de ces horreurs tous les soirs qu'ils passeraient dans ce maudit palais l'enrageait. Pourquoi donc avait-il voulu faire preuve de gentillesse en entretenant l'honneur d'une armoire ?! Il se sentait ridicule.
Pourquoi s'était-il retrouvé dans la peau d'une femme, alors qu'il n'en avait même pas récupéré le physique "intégral" ? Pourquoi se sentait-il contraint d'adopter les us et coutumes de la nation dans laquelle il se trouvait, s'obligeant ainsi à revêtir les tenues du "beau sexe" ? Pourquoi des idiots stupides crétins misérables avaient-ils un jour décrété que les filles ne devraient jamais s'afficher en pantalon comme les hommes ?! Son Royaume progressiste lui manquait terriblement. Et le pire était de savoir que de très nombreuses autres contrées, dans lesquelles ils allaient se rendre, embrassaient les mêmes règles. C'était un cauchemar !
Tournant à l'angle d'un couloir, il rêvait d'une bonne nuit de sommeil quand il se figea.
Face à lui… la Bête.
Adam s'était également immobilisé en le voyant, et son regard prenait petit à petit l'inquiétante lueur de la rage. Le sang de Draco se glaça dans ses veines. Ils étaient seuls… Pas de corsaire pour l'aider à fuir, pas de chevalier pour se porter à son secours, pas de roi allié pour calmer la créature, pas de maîtresse de maison pour désamorcer la situation, ni même de domestiques pour dissuader le monstre de l'attaquer… Le Serpentard voulait reculer, mais son corps ne lui obéissait plus. C'était comme un peu plus tôt, devant les grilles du château : il était tétanisé par la peur !
Cependant, à sa grande surprise, Ron se retourna et partit d'un pas rageur et bruyant. Le blond eut à peine le temps de reprendre une respiration saccadée que le géant velu s'arrêta à nouveau, et son souffle se bloqua dans sa gorge nouée. Deux interminables secondes passèrent, pétrifiant la reine dans l'expectative.
Puis, Weasley lui refit face et s'avança à grandes enjambées vers lui, ses yeux brillants de haine le faisant de plus en plus paniquer intérieurement. Danger ! Il devait fuir ! Vite ! Vite ! Pourtant, son traître de corps ne voulait pas obéir à l'urgence que son cerveau hurlait. Même son visage demeurait inexpressif malgré son épouvante. Il pensa qu'il allait mourir, ici et maintenant, quand la Bête se planta devant lui… et lui fit une révérence simple.
« Hein ? » fût la seule pensée à peu près cohérente qui effleura son esprit.
« Je suis navré de ne point avoir pu vous recevoir ce soir, comme il se doit, gronda gravement le monstre, une étincelle de colère farouche dans les iris bleus. J'espère ne pas vous avoir offensé, ce n'était en rien mon intention. Je vous promets de corriger ce manquement à votre égard dès demain. Acceptez mes plus plates excuses, et je vous prie de ne point me juger trop sévèrement… »
Il n'en revenait pas ! Où était le coup fourré ?! Cette situation ne pouvait pas se produire, c'était surnaturel !
Toujours incapable de réagir, il ne desserra pas les lèvres. Il n'était même pas certain de la réelle intention du Roi Adam, ses paroles polies étant largement contredites par son expression haineuse. Faisait-il amende honorable ou tentait-il de le menacer ?... Ce n'était pas évident…
« Considérez cette humble demeure comme la vôtre durant votre séjour, cracha la Bête sur le ton de l'invective. Mes domestiques se feront une joie de répondre à vos attentes, et je ferai tout mon possible pour vous épauler dans votre quête. Mais il se fait tard, je ne vous retiens pas plus longtemps. Nous pourrons converser plus longuement demain. J'espère que vous passerez une bonne nuit. »
Et sur ces mots, il pivota sèchement et marcha si vite pour partir qu'il sembla à deux doigts de courir. Draco était stupéfait ! Il ne pouvait pas juste rester comme si… Il devait réagir à…
« Merci ! » lui cria-t-il simplement, s'insultant mentalement pour la bêtise de cette réponse.
Pourtant, Adam ralentit l'allure et se stoppa avant de prendre un autre corridor… Il tourna légèrement le visage… et hocha la tête. Puis, il s'esquiva en un bond, hors de sa vue.
Elsa s'appuya contre le mur, et porta une main tremblante à son front. Que venait-il de se passer ? Il avait sincèrement cru que sa dernière heure avait sonné ! S'il était venu sans Potter… Il n'osait pas l'imaginer. Car il était évident que le "Sauveur" l'avait une nouvelle fois sauvé : il avait probablement réussi à le convaincre de se montrer courtois envers la Reine d'Avalon pour le bien de Rosa, et faire fi de leurs divergences passées. Un vrai miracle !
Se redressant péniblement, il reprit le chemin de sa chambre. Il devait se reposer pour être en pleine possession de ses moyens le lendemain. Si "Weasel" avait retrouvé un soupçon de raison en agissant comme le roi qu'il était censé être, il se devait d'en faire de même. Il tiendrait la promesse qu'il avait faite à Belle en lui laissant une chance de le convaincre. Que cela lui plaise ou non, il était l'invité d'un monarque, et allait avoir besoin de son concours pour retrouver la fée qui se cachait sur ses terres. Lui aussi était tenu à un minimum de courtoisie si son hôte choisissait de bien le recevoir.
Et apparemment, la Bête avait pris sa décision.
