ET C'EST PARTI POUR UN NOUVEAU CHAPITRE ! Accrochez-vous, va y avoir pas mal de révélations ! héhé

Merci ! Merci pour toutes ces reviews, ça m'a reboosté d'un coup ! C'était incroyable ! J'avais des étoiles plein les yeux ! Hésitez pas à recommencer ! C'est du bonheur garanti ! (rendez-vous en fin de chapitre pour la traditionnelle Note de l'Auteur et les réponses aux reviews anonymes !)

Précédemment : Harry (Arthur), Draco (Elsa), Neville (Lancelot) et Blaise (Sinbad) sont au Royaume de Rosa, dans le château de Ron (la Bête/Adam) et Hermione (Belle). Ils tentent de trouver la Fée pour qu'elle aide Draco à maîtriser ses pouvoirs de Glace et qu'il puisse lever la malédiction qui pèse toujours sur Avalon.

Ils ont découvert l'histoire de Pinocchio (grâce à un If magique et à l'aide providentielle du petit écureuil chapardeur Ratatosk), ont retrouvé le vieil artisan Geppetto qui pleure la disparition de son fils, et ont compris que la Fée recherchée est en réalité la Fée Bleue, une étoile et magicienne séculaire ! Cela leur permit de faire le lien avec le Bois Monstro sur une carte, et ils décident de s'y rendre sans attendre.

Cependant, pour sortir la Fée Bleue de son antre protégée par de multiples sortilèges, Draco va devoir user de ses pouvoirs, et ainsi se mettre en danger. Ils ne savent pas comment va réagir la Fée, et la magie de Glace de Draco semble bouillonner en lui, prête à exploser. Cela ne rassure personne. Et Harry est très inquiet. Harry, qui est de plus en plus attaché au joli Serpentard.

WARNING : [combat] Même si ça peut gêner la lecture pour celleux que ça ne dérange pas, j'ai préféré signaler le début et la fin de ce combat au cas où ce soit un trigger pour

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¤¤¤¤ - Chapitre 9 - ¤¤¤¤

Pinocchio

PART 2/2 : "LA FÉE BLEUE"

Les chevaux étaient attelés. Neville faisait déjà quelques pas sur son lusitanien alezan pour tester sa réactivité, et Hermione attendait plus loin sur son trait belge nommé "Philibert" qu'elle avait emmené depuis le Royaume du Bois Dormant. Avant même qu'Arthur demande à Blaise s'il avait déjà pratiqué l'équitation, celui-ci grimpa aisément son lipizzan gris tacheté, et l'ignora en éloignant sa monture.

Depuis leur conversation au sujet de l'appât pour attirer la fée, il boudait, et n'avait pas trouvé d'autre moyen pour manifester son mécontentement. Harry préférait le laisser aller dans son coin, il avait mieux à faire que de se préoccuper des états d'âme d'un pirate. Comme observer Malfoy se hisser sur son selle français palomino. D'un coup d'œil, il vit que ses étriers étaient trop courts, et le blond se penchait pour les régler. Le roi trottina vers lui, lui prit d'autorité la jambe, et vérifia la longueur nécessaire à son confort.

« Je peux me débrouiller, grommela-t-il, abandonnant sa tâche après que le brun lui ait tapé sur les doigts.

- C'est plus facile depuis ma position, rétorqua le Gryffondor, concentré sur les sangles. Les écuyers sont tous transformés en fourches, rénettes ou cures-pied, ici. Ils ne peuvent plus accomplir leur travail comme avant. Et je crois qu'ils en sont très frustrés. »

Ce n'était pas peu dire : les-dits rénettes, clous ou fers à cheval animés les observaient depuis l'entrée des écuries, l'air maussade. Certains tournaient en rond, d'autres sautillaient sur place, et quelques-uns choisissaient de partir pour ne pas avoir à subir leur inefficacité. Tous mourraient d'envie de les aider, et savaient pourtant en être incapable avec leur nouveau corps. Car comment un trépied de maréchalerie pourrait-il ajuster une boucle ?

« Se sentir inutile est le pire, acquiesça Draco, le visage fermé. Qu'importe la tâche, le statut social, ou la richesse, l'idée de ne servir à rien est une torture. Être un indésirable… »

Harry fit mine d'être absorbé par ses mains qui jouaient avec le cuir. Il en testait la solidité ou vérifiait les fixations, mais en réalité, il était tout ouïe. Il absorbait chaque mot du blond comme on boirait une liqueur sacrée.

« Quand on ne peut plus rien apporter à personne. Quand on engendre plus de problèmes que de solutions, on se met à réfléchir. On se demande ce qu'on fait là. À quoi on sert ? Même en voulant agir, tout empire. Et puis on finit par ne plus bouger… On se dit qu'en restant simple spectateur, plus personne ne peut nous faire de reproche. Plus personne n'a de raison pour venir nous frapper, nous obliger à rester dans notre coin. Ne pas déranger… »

Il avait envie de se cogner la tête contre un mur. Pourquoi Malfoy ne voyait-il rien ? Le sortilège des Contes et Légendes l'avait pourtant prouvé : il était une reine extraordinaire, compétente et aimée, possédant des pouvoirs incroyables, une grande intelligence, et un savoir-faire indiscutable. Il était un trésor ! Et Harry était le premier à l'avoir découvert dans ce monde. Le premier à l'avoir soupçonné à Poudlard. Pourquoi l'avait-il laissé croupir dans son manoir pendant dix ans ?

« Sans volonté » disait encore la voix de Tracassin dans sa tête. Peut-être avait-il toujours été cette marionnette manipulée par son entourage ? Personne n'avait jamais compris à quel point il était précieux. Il avait été utilisé, malmené, brisé, mais le diamant qu'il renfermait n'avait pas été altéré. Seulement délaissé… ignoré. Le Serpentard avait patienté des années pour que quelqu'un vienne le sortir de cet enfer.

Et il n'était pas venu. Il avait hésité sans jamais franchir le pas… Comme il regrettait.

« Je ne veux plus jamais ressentir cela. C'est pour cette raison que j'ai voulu servir d'appât. Je sais que tu n'es pas d'accord, mais je voulais te remercier d'être allé dans mon sens et de me laisser cette chance… Oui, j'ai peur… S'il y avait eu une autre option, je me serais jeté dessus, moi aussi. Je n'ai jamais été courageux, et quelque part, je sais que ce n'est pas vraiment rationnel… Mais si, pour une fois, je peux me rendre utile à quelque chose… »

« Planté dans son rocher, attendant son roi… »

« Elsa… coupa Harry en serrant d'un geste sec la sangle de la selle pour éviter qu'elle glisse. Tu n'es pas utile. »

Le brun fixa alors les iris d'argent, discernant clairement le trouble et la peine qu'il venait de lui causer. Il ne sourit pas, soucieux de transmettre tout son sérieux, et prit sa cheville pour lui mettre le pied à l'étrier.

« Tu es primordial. Et je ne te lâche pas d'une semelle. Si quelqu'un te veut du mal, il devra d'abord passer par moi. Concentre-toi sur ta glace. Je me charge du reste. »

Et il s'éloigna vers son pur-sang anglais noir pangaré. Une fois hissé, il posa machinalement la main sur le pommeau d'Excalibur pour vérifier sa présence, de plus en plus déterminé à chaque seconde qui passait.

Ce n'était pas seulement pour réparer le miroir brisé de ses yeux. Pas uniquement pour lever la malédiction qui pesait toujours sur Avalon. Il voulait arracher Elsa des mains du destin que Theodore Nott avait prédit. Il désirait plus que tout couper les fils faisant de lui un pantin de marionnettistes malintentionnés, qu'ils se nomment "Tracassin" ou "Voldemort". Et s'il devait être coupé par sa lame gelée au passage, alors soit.

Il était beaucoup trop important.

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Cela faisait longtemps que Belle n'avait pas chevauché Philibert, et celui-ci sautillait de bonheur à chaque pas. Il semblait presque parader tant il était heureux. Pourtant, cette joie ne l'atteignait pas. Elle réfléchissait à ce qu'elle avait pu voir avant le départ. Cette conversation trop intense entre son ami et Malfoy… Il y avait là un grand mystère qu'elle voulait à tout prix élucider !

Certes, elle avait déjà compris depuis longtemps les sentiments du brun envers le blond. Elle ne connaissait pas assez le Serpentard, et ne savait pas s'il partageait cette affection. C'était à peine si elle avait pu discerner un manque de confiance en lui, qu'il cachait presque trop bien derrière son masque d'arrogance royale et son art de la rhétorique. Son ami devenu roi s'était mis à partager le même orgueil et la même autorité dûs à sa nouvelle position. Ce fait, entre autres choses, au lieu d'accentuer leur dualité, les avait rapprochés. Ce qui était surprenant mais non moins plaisant !

Et puis, elle avait vu la colère. En prenant en compte sa tendresse, il aurait pu être logique que Harry s'emporte autant à l'idée que Draco affronte un potentiel danger. Mais pas à ce point ! Pas de cette manière ! Aucun d'entre eux ne pouvait affirmer que la fée s'insurgerait face à un sortilège de glace lancé sur une toute petite portion de forêt. C'était un risque calculé, avec de grandes chances de réussite et un pourcentage de péril bien moindre, surtout avec la "pensée d'amour" de Titania. Sans cela, elle n'aurait jamais proposé cette alternative. Leur réaction à tous lui semblait disproportionnée, particulièrement celle de son meilleur ami. Peut-être avaient-ils une information qu'elle n'avait pas ?

Hermione déglutit en repensant à la détresse qu'elle avait vu sur le visage de Harry, lorsqu'il avait fini par accepter le plan. Cette même douleur qu'elle avait entraperçue quand il avait fait semblant d'ajuster les sangles du cheval de Malfoy. Il avait pensé être à l'abri des regards, tête basse, mais elle n'avait pas perdu une miette de ses expressions. Cependant, au lieu de fondre en larmes comme elle avait craint, il s'était repris et avait partagé un dernier mot avec le blond. Son regard déterminé lui avait fait penser au moment où il s'apprêter à combattre Voldemort, quitte à y laisser la vie. Et elle n'aimait pas ça du tout !

Depuis, il ne s'était pas départi de son air sombre, et observait silencieusement les alentours. Il maintenait sa monture près de la reine, comme si un ennemi pouvait surgir à tout moment des fourrés pour s'en prendre au blond. La jeune femme n'avait plus l'impression qu'il était un roi, plutôt son chevalier surprotecteur.

« C'est là », annonça tout à coup Blaise, une carte à la main.

Ils venaient de gravir une petite colline, et un vaste paysage champêtre s'étendait devant eux. Au loin, à environ deux kilomètres, une forêt verdoyante somnolait paisiblement sous le soleil. Elle n'était pas dense ou sombre comme Belle se l'était représentée. Les ramures ondoyaient mollement dans le vent, leur couleur sinople scintillait, et le lieu respirait gaieté et joie de vivre. Pas du tout l'image qu'elle se faisait de la demeure d'une fée rancunière et vindicative. Elle avait plutôt l'impression qu'elle pourrait y rencontrer Blanche-Neige et les Sept Nains, ou la Princesse Aurore chantant son rêve d'amour.

« On peut y être en moins de vingt minutes, déclara le pirate en rangeant le plan du Roi Adam qu'il avait subtilisé.

- Nous pourrions commencer par une mission de reconnaissance, proposa Lancelot à son roi. Nous aurions une meilleure…

- Cherches-tu un moyen de repousser l'échéance ? rétorqua Arthur. Nous ne sommes pas venus jusqu'ici pour repartir bredouilles. Nous devons nous enfoncer au plus profond dans le bois et trouver un terrain propice afin d'y établir un périmètre de sécurité.

- Laisse-moi au moins partir en éclaireur. Il n'y a peut-être pas qu'une fée dans ces bois.

- Tu as raison… Zabini, tu es le seul à posséder une arme à distance. Reste derrière nous, et ouvre l'œil.

- C'est déjà ce que je compte faire, grommela-t-il.

- Malfoy, si le besoin s'en fait sentir, n'hésite pas à utiliser ta magie. Tu l'as déjà fait par le passé, lorsque nous pourchassions un loup-garou, je sais que tu en es capable. Essaie seulement de nous prévenir avant, si possible, que nous puissions nous écarter. Hermione, reste près de moi.

- À quoi vous attendez-vous ? demanda Belle, inquiète. Je n'ai lu nulle part qu'une quelconque attaque de brigands soit possible dans cette partie du Royaume. Le village le plus proche est loin, et ce chemin n'est pas fréquenté.

- Mieux vaut prévenir que guérir, répondit Harry en dégainant Excalibur. Nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer par excès de confiance, si près du but. »

Neville partit au galop, et ils le suivirent au pas, Blaise fermant la marche. La jeune femme n'était pas sereine. Elle savait qu'ils prenaient toutes ces précautions pour le moment où ils entreraient dans le bois, mais elle commençait déjà à avoir peur de son ombre… Tout ceci lui rappela les sombres épreuves qu'ils avaient traversé quand ils cherchaient les horcruxes. Ron lui manquait terriblement.

Ils arrivèrent un peu plus de quinze minutes plus tard à la lisière de la forêt, comme l'avait prédit le flibustier. Londubat était déjà sous la frondaison, et avançait lentement pour scruter derrière le moindre tronc d'arbre. Ils attendirent de le perdre de vue avant de pénétrer dans la pénombre des feuillages, aux aguets.

La progression se fit dans un silence tendu. Les oiseaux chantaient, des craquements et grattements témoignaient de la présence de petits animaux, le vent soufflait dans les branches… Cela aurait pu être une agréable balade forestière. Pourtant, la conscience d'un possible danger et d'une fée imprévisible les empêchaient de profiter de ce moment paisible.

Du coin de l'œil, Hermione voyait les mains du blond trembler légèrement sur ses rênes. Il les tenait assez haut pour ne pas perturber sa monture avec le gel qui commençait à envahir sa peau. Elle avait l'impression d'être près d'une bombe à retardement. Le péril n'était peut-être pas l'inconnu, mais la panique qui pouvait faire perdre ses moyens à la Reine des Neiges. Belle décida de le rassurer, et s'approcha… Quand un croassement retentit.

Tout à coup, une flèche siffla entre eux et se planta dans la terre. Les chevaux hennirent, se cabrèrent. Hermione tomba, et se cogna durement la tête. Un caillou ? Un rugissement assourdissant. Des cris. Un liquide chaud dans son cou. Une odeur fauve.…

-[combat]-

Elle ne comprenait plus ce qu'il se passait. Ses membres étaient engourdis. Elle avait l'impression de fonctionner au ralenti alors que le monde autour d'elle accélérait. Tout n'était que silhouettes floues, chocs métalliques, mouvements rapides. Des hurlements, des grognements, des impacts, des ruades. Le sol devint glacé, et un homme s'écroula près d'elle… figé de froid ? En levant les yeux, elle vit Malfoy de dos, un corbeau blanc sur l'épaule.

Hermione se releva aussi vite que possible et manqua de chuter dans la manœuvre, en se prenant les pieds dans sa robe. Elle ne pouvait pas rester sans rien faire alors que le Serpentard faisait rempart pour la protéger ! Cependant, elle n'avait pas d'arme, alors comment… ?

Quelqu'un lui attrapa le bras pour la propulser en arrière et la plaquer contre un arbre : Zabini ! Il se colla dos contre elle et fit feu dans les airs, touchant un assaillant qui chuta en hurlant. Un fumet de poudre lui chatouilla les narines, et la fit éternuer. De la résine lui collait au nez. L'écorce lui rapait la peau. Elle avait mal aux mains et réalisa soudain qu'elle crispait ses doigts sur la surface rugueuse au point de s'en retourner un ongle. Les cris se brouillaient dans ses oreilles, tous semblables à des rugissements de bêtes. Sa tête tournait. Était-ce des crissements métalliques ou des craquements de glace ? Elle ne savait plus, et se tordit pour espérer comprendre la situation… Où était passé Malfoy ?

Le volatile blanc passa non loin et attaqua le visage d'un des malfrats qui voulait prendre Neville à revers. Elle retrouva la reine derrière Harry qui le défendait. Il se battait avec une fureur et une adresse qu'elle n'aurait jamais soupçonné. Du sang gicla sur son visage quand Excalibur s'abattit sur son ennemi, et elle observa l'arc formé par le liquide rouge dans les airs, fascinée. C'était surréaliste. Était-elle en train d'assister à un combat moldu médiéval, comme elle en avait lu dans les romans de cape et d'épée ? Mais elle n'eut pas le temps de s'alarmer pour son meilleur ami, si peu soucieux de verser le sang.

Car il y avait aussi cette gigantesque masse. Une énorme bête au poil poisseux d'hémoglobine. Les babines retroussées pour dévoiler ses crocs rougis. Elle poussait de puissants rugissements qui résonnaient dans tout son être, pendant que ses griffes s'enfonçaient dans la chair comme un couteau dans du beurre : Ron !

« Plus de munitions, annonça Sinbad en dégainant son sabre. On va devoir y aller aussi, ma belle. Reste près de moi. »

Le métis n'attendit pas son assentiment et la prit par la main pour la tirer à sa suite, et elle se retrouva entre lui et Lancelot. Elle ne savait pas quoi faire, comment réagir, pourquoi ils se retrouvaient dans cette position. Les coups pleuvaient, les flèches volaient, les épées sifflaient, les carreaux fusaient. Les hurlements, les giclures, les impacts, les croassements, les bousculades, le froid, le chaud. Les relents de sueur se mêlaient à ceux du sang, la transpiration collait la veste de Blaise et la chemise de Neville qui la heurtaient selon leurs parades ou leurs feintes.

Elle regardait frénétiquement autour d'elle, en quête d'un moyen pour se rendre utile. Parfois, elle parvenait à les prévenir d'une attaque sournoise, mais être au cœur de la mêlée l'empêchait d'analyser la situation. Elle n'avait pas l'habitude d'être si démunie, et la frustration prit le pas sur l'affolement. Si seulement elle avait une arme ! Ou sa baguette ! Si seulement elle pouvait utiliser la magie ! Elle connaissait tant de sorts ! Elle avait si souvent combattu par le passé ! Et tout cela pour se retrouver inutile dans une bataille ? Elle ne pouvait pas le tolérer !

Soudain, elle l'aperçut. Juste au-dessus d'Elsa, un homme qu'elle connaissait bien s'apprêtait à bondir pour l'embrocher ! Elle ouvrit la bouche quand il sauta. Pas le temps ! Hermione esquissa un pas et…

Une ombre se jeta sur l'agresseur et l'aplatit sur le sol deux mètres plus loin. Ron venait de sauver la vie de Malfoy ! Elle n'eut pas l'occasion de s'en réjouir qu'une chose grimpa le long de sa jambe jusqu'à son épaule, et fusa sur la tête de l'ennemi qui ferraillait avec Du Lac. Un écureuil ?

L'épaule de Zabini lui cogna le dos quand il recula d'un pas, mais il repoussa le combattant, le déséquilibra, et l'acheva d'un coup précis. Son épaule saignait ! Elle n'avait pas pensé à prendre des bandages, et… elle vit que Harry venait aussi de tuer ses adversaires. Un autre s'écroula, le cœur transpercé par une pointe de glace. Les deux monarques ne semblaient pas blessés, et les plantes autour d'eux étaient couvertes d'un givre épais. Des stalagmites les cernaient, pointées vers le ciel comme un rempart. Le flanc en sang, Lancelot cherchait un nouvel assaillant à combattre, et la Bête maintenait toujours son prisonnier au sol.

Mais rien n'était fini. Hermione voyait les ennemis les encercler, l'air menaçant… Ils étaient beaucoup trop nombreux ! D'où sortaient-ils ? Qui étaient-ils ?

L'un des bandits prit son élan est…

-[FIN combat]-

« Qu'est-ce qu'il se passe ici ?! »

La voix féminine était si forte, si intense, que Belle la sentit vibrer de la plante des pieds, dans ses jambes, son ventre, jusqu'à vriller son crâne. Elle se recroquevilla, un horrible acouphène sciait ses tympans.

Et tout se figea.

Plus une feuille ne frémit. Plus de vent. Plus de craquement de branches ou de bois. Tout comme eux : elle était tétanisée en plein mouvement, le buste légèrement plié vers l'avant, les mains prêtes à se lever pour boucher ses oreilles et la bouche ouverte en un cri silencieux. Pourtant, la jeune femme avait conscience de tout, ses yeux pouvaient naviguer et observer… pas plus. À côté d'elle, en poussant ses pupilles le plus loin possible sur le côté au point d'en avoir les nerfs optiques douloureux, elle aperçut Sinbad dans le même état, le visage pétrifié dans une expression de joie sadique à l'idée de faire couler plus de sang.

« Qu'est-ce que c'est que tout ce bazar ?! s'écria la femme hors de son champ de vision, comme si de vilains garnements avaient sali le parquet de son salon en chahutant. Regardez-moi ce que vous avez fait, fripouilles ! Vous pouvez me dire qui va devoir enterrer ces cadavres ? Hein ?! Et d'où sort cette glace ? couina-t-elle, surprise. Un idiot de mage vous a fourni un parchemin de gel, c'est ça ? Ces crétins n'ont pas conscience de ce qu'ils font ! Les humains ! Je vous jure… Un beau ramassis d'imbéciles qui croient tout savoir, comme d'habitude ! Vous allez vite me donner son nom, que je puisse le… Draco ?! »

Cette fois-ci, son cri devint suraiguë, une réelle stupeur dans la voix. Cette femme était une personne du vrai monde ! Et il s'agissait de la fée, Hermione en était certaine !

« Mais… mais… mais qu'est-ce que tu fais là ?! Avec ces… Blaise ?! »

Une Serpentard. Pour sûr.

Zabini reprit vie et s'écroula au sol. Afin de pouvoir étudier ses réactions, elle força ses yeux malmenés à l'observer. Il se redressa du mieux possible malgré sa désorientation, se tourna vers la source de cette situation… et manqua de s'étouffer, les yeux prêts à sortir de leur orbite.

« Milli ?! s'exclama la voix claire de Malfoy, au loin. C'est toi ?! C'est… Tu es…

- Alors c'est bien toi, Draco ?! inspira la dénommée "Milli", sans y croire. Mais que t'a-t-on fait ?! Tu es… tu es… "magnifique" ! C'est très très mauvais ça !

- Parle pour toi, sourit le métis en se précipitant vers ses deux interlocuteurs, hors de la vue de Belle. T'es superbe, toi aussi !

- Lâche-moi ! s'insurgea la femme, et Hermione soupçonna qu'il la prenait dans ses bras. Tu pues et ton sang va tâcher ma robe ! Toujours aussi stupide à ce que je vois ! Et toi aussi tu as… tu es… tu ne devrais pas… Je le sens sur toi aussi…

- Peut-être pourrais-tu libérer nos collègues ? proposa le blond, au grand soulagement de la lionne.

- Potter et sa bande ?! s'offusqua la fée. Pourquoi ferais-je cela ? J'hésite même à les laisser ainsi : ils feraient des sculptures pas trop désagréables pour ma forêt.

- Même si ça me débecte de l'avouer, ils sont… "sympas", eut du mal à dire Blaise. Et pourquoi cet abruti de piaf est pas paralysé aussi ?! »

Un croassement moqueur retentit, suivi d'un battement d'ailes.

« Pourquoi l'aurais-je laissé en stase ? s'étonna "Milli".

- S'il-te-plaît, Millicent, tenta à nouveau le blond. Même s'ils étaient loin d'être nos amis par le passé, ils sont à présent nos alliés. Nous avons besoin d'eux… »

Un long silence suivit cette affirmation. Hermione percevait la supplication dans la voix de Malfoy. Plus que ses mots, son intonation parlait pour lui. Pour la première fois, la Gryffondor sentait un certain attachement de sa part à leur encontre. Et cela ne sembla pas non plus échapper à la femme serpent.

« Si tu y tiens… » grommela-t-elle.

Brusquement, Harry put respirer et tomba sur la terre gelée, brisant des stalagmites au passage. Même en sachant qu'il n'aurait pas pu mourir d'asphyxie, puisque son corps avait été mis "en pause", sentir l'air revenir dans ses poumons lui fit un bien fou ! Il se mit péniblement debout, les muscles ankylosés, et leva son regard vers la nouvelle arrivée.

Millicent Bulstrode ! Aucun doute possible. Et pourtant, il avait le souvenir d'une blonde aux épaules carrées, en léger surpoids, avec une tête oubliable et une crinière sans éclat. Pas une telle beauté : de longs cheveux de miel coulant en vagues jusqu'à ses cuisses, un visage rond et fin parsemé de tâches de rousseur, d'épaisse lèvres cerises bien mûres, un petit nez étroit et court, des pommettes hautes, un corps moelleux tout en courbes, drapé dans une robe bleu tiffany de style belle époque, qui tentait en vain de masquer sa poitrine opulente mais la compressait jusqu'à obtenir une taille de guêpe… et surtout, ses grands yeux bleu turquoise brillaient de magie, menaçant d'électrocuter le premier scélérat qui oserait la mécontenter. C'était à se demander comment il était même parvenu à la reconnaître… Pourquoi tout le monde était beau dans ce monde ?!

Arthur hésitait à attaquer : elle était une amie de la reine, mais il gardait à l'esprit qu'il s'agissait probablement de la fée qui avait maudit son meilleur ami et tout son Royaume. Ils ne pouvaient pas prédire son comportement. Indécis, il attendait de voir ce qui allait se produire, sur ses gardes.

Dans son champ de vision, il vit Neville et Hermione reprendre pleinement possession de leurs moyens. De même que Ron. La Bête grondait en se relevant, l'air plus dangereux que jamais. Cependant, la "femme-étoile" ne sembla pas le craindre, et observait avec mépris ses mouvements lents de prédateur prêt à bondir.

« Lui aussi, c'est un de vos alliés ? » cracha-t-elle avec dédain, comme parlant d'une tâche tenace sur ses draps de soie.

Malfoy ne prêta pas attention à la remarque, et s'approcha négligemment du monstre. Son regard était fixé sur quelque chose au sol près de lui. Adam en fut déstabilisé. Il ne semblait plus savoir s'il devait continuer à menacer la fée de ses crocs, ou s'intéresser à ce qui intriguait autant le blond. Cela attisa la curiosité de Potter, qui le rejoignit en jetant des regards furtifs vers la Serpentard. Il redoutait un coup fourré.

« McLaggen ? hoqueta Elsa. Cormac McLaggen ?! »

Effectivement, l'insupportable Gryffondor que Hermione avait utilisé en cinquième année pour rendre jaloux Ron, lors de la fête de Noël orchestrée par le Professeur Slughorn, se trouvait immobilisé par terre. C'était lui qui avait tenté de sauter sur Draco depuis la frondaison, coupé en plein vol par la Bête. Celle-ci l'avait maintenu prisonnier jusqu'à l'arrivée de la fée, et était à présent pétrifié comme tous les autres brigands.

« Je me disais bien que je l'avais reconnu ! s'exclama Belle en trottinant vers eux pour constater la présence de cet être détestable de ses propres yeux. Avec le combat, je n'ai pas eu le temps de bien voir, mais j'étais sûre qu'il était une personne du vrai monde !

- Il cherchait à attaquer la reine ! se défendit la Bête de sa voix de baryton, croyant être pris en défaut.

- Merci, Ron, sourit Harry, sincère. Je ne l'ai vu que trop tard, et j'étais trop occupé pour parer son assaut. Tu as sauvé la vie de la reine.

- Je l'aurais gelé sur place, contra Malfoy d'un air hautain, soucieux de prouver aux lionceaux qu'il pouvait se débrouiller. Mais tu m'as évité cet effort, reconnut-il malgré tout. Donc "merci", j'imagine.

- Ah oui ? sourit mesquinement Sinbad en s'approchant, guilleret. Tu "imagines" ?

- Ça va ! gronda Draco. Merci ! Tu m'as "peut-être" sauvé la vie, je t'en suis reconnaissant. Mais que fais-tu ici ? Nous te croyions resté au château ? »

La créature ne savait plus où se mettre, à la fois surpris et embarrassé par cette "gratitude" inattendue, et honteux de s'être révélé à eux. De son côté, la fée croisa les bras et se mit à taper du pied, courroucée de ne plus être le centre de leur attention.

« Parle donc, sale bête ! siffla-t-elle d'un air mauvais. Qu'on en finisse ! Si tu possèdes encore cette forme, c'est que ton âme est toujours aussi noire que ta nature! Tu n'as rien à apporter de bon dans ce monde ! »

Adam reporta un regard plein de haine sur la blonde en grognant, de nouveau prêt à bondir. Lancelot s'interposa entre eux, un bras autour de la taille pour tenir sa blessure.

« Du calme ! supplia-t-il d'une voix désespérée. Trop de mystères et d'incertitudes nous entourent, nous avons besoin de discuter ensemble en toute quiétude ! »

L'intervention les plongea dans un silence tendu. L'hostilité entre Weasley et Bulstrode grimpait à chaque seconde, le premier par sa rage, la seconde en affichant toute la morgue dont elle était capable. Ils semblaient irréconciliables. Draco ne savait plus où poser son regard entre son amie, la Bête et McLaggen. Blaise se grattait l'arrière de la tête, et Hermione se mordait les lèvres, tous deux indécis. Ils étaient dans une impasse.

Harry poussa un profond soupir intérieur et força ses muscles à se détendre : il allait une nouvelle fois bâillonner le "Survivant" téméraire en lui, pour préférer user de la patience et de la diplomatie du Roi Arthur. Une fois sûr de son calme, il rengaina Excalibur dans son fourreau et s'approcha d'un pas décidé vers la fée. Tous le regardaient, surpris voire interloqués, la blonde plissa les yeux de méfiance. Puis, il s'inclina devant elle, assez pour être respectueux, mais pas trop afin de ne pas paraître soumis. Il demeurait roi, et avait bien l'intention de le rester jusqu'à la fin de cette année dans ce monde, peu importait où et en présence de qui il se trouvait.

« Reprenons les événements dans l'ordre, si vous le voulez bien, fit-il en se tenant bien droit, main sur le pommeau de l'épée en une posture noble et non agressive. Nous sommes enchantés de vous rencontrer, fée bleue. Nous vous cherchions. Dans cet univers, je suis le Roi Arthur Pendragon de Loegrie, se présenta-t-il, bien-aise de la voir écarquiller les yeux et ouvrir la bouche, sous le choc. Vous êtes également en présence de la Reine Elsa Camlann d'Avalon, surnommée "la Reine des Neiges", ajouta-t-il en se tournant vers Malfoy, interdit. Je n'ai point besoin de vous présenter le Roi Adam de Rosa. Voici le Seigneur Lancelot Du Lac, mon bras droit et meilleur chevalier. Cet homme est le Capitaine Sinbad, pirate venu de la lointaine contrée d'Arabia, et à présent corsaire au service de l'Île Fortunée. Et enfin, Belle, une noble fille de Duc du Royaume du Bois Dormant.

- Tu es "reine" ?! s'exclama Millicent en fixant le blond.

- Nous avons une très longue histoire à vous conter, poursuivit vite Potter, soucieux d'éviter d'autres digressions. Cependant, sans vouloir vous manquer de courtoisie, nous venons de subir une attaque de la part de ces malandrins, fit-il en montrant les truands pétrifiés dans un vague mouvement de bras. Nous vous remercions d'y avoir coupé court grâce à votre puissante magie, mais aimerions bien comprendre pourquoi ils s'en sont pris à nous. Particulièrement quand l'un d'entre eux est… un "ancien camarade d'école". Par conséquent, si vous pouviez avoir l'amabilité de libérer celui-ci de votre sortilège, afin que nous puissions l'interroger, nous vous en serions reconnaissants. »

Il se tut dès la fin de son exposé, cherchant quoi ajouter pour achever de convaincre la jeune femme. Celle-ci l'observa, partagée entre l'étonnement face à sa politesse, et le doute quant à ses réelles intentions. Neville et Blaise rentrèrent leurs lames dans leurs fourreaux, et le flibustier sourit d'un air narquois quand la fée porta son attention sur lui. Puis, elle regarda vers Draco qui se tint bien droit à son tour, comme l'exigeait son statut, et esquissa un léger hochement de tête.

Bulstrode pesta deux ou trois mots incompréhensibles en tapant du pied, et balança sa main vers McLaggen dans un mouvement sec. Une lumière bleutée et scintillante entoura le Gryffondor renégat sans pour autant le libérer de sa stase, et il se mit à léviter dans les airs.

« D'accord, cracha la magicienne en dardant des yeux mauvais vers Arthur. Vous aurez vos réponses, mais j'aurais les miennes avant ! Allons chez moi, vous allez m'expliquer tout ça autour d'une tasse de thé. Et seulement après, quand je le déciderai, vous pourrez poser vos questions à cette crapule. Ah ! Et aussi… »

De son autre main, elle agita son index vers chacun d'entre eux. Leurs plaies de refermèrent immédiatement, et les tâches de sang s'évaporèrent. Neville sembla mieux respirer.

« Pas de malpropres chez moi ! Il ne manquerait plus que vous salissiez mon canapé. Tss ! Maintenant, suivez-moi ! »

Des cordes apparurent pour s'enrouler autour de Cormac, et le ligotèrent étroitement. Millicent leur tourna sèchement le dos et s'éloigna à grands pas énervés, tête haute. Le corps statufié et garrotté flottait mollement à sa suite. Blaise éclata d'un bref rire moqueur et fût le premier à attrapper les rênes de son lipizzan pour lui emboîter le pas, peu inquiet quant à la suite des événements.

« Allez-y, je reste ici, gronda la Bête de sa voix profonde.

- Ron ! protesta Hermione.

- Je n'irais pas dans l'antre de cette folle !

- Alors pourquoi nous avoir suivi ? demanda Draco d'un ton rogue. Si tu voulais t'assurer de la sécurité de Belle, autant le faire jusqu'au bout. Tu ne peux pas te permettre de fuir indéfiniment, il est l'heure d'affronter celle qui t'a maudit, et espérer découvrir un moyen pour rompre le charme. N'est-ce pas la raison pour laquelle tu as lancé tes soldats à sa recherche et mis sa tête à prix ? Elle est là, à présent. Ne laisse pas passer cette chance… qui est probablement la dernière. »

Sur ces mots, il n'attendit pas de réponse, prit le licou de son propre selle français, et rejoignit ses deux amis Serpentards. Harry l'observa s'éloigner quelques secondes, et luttait contre l'envie de l'accompagner pour ne pas le perdre de vue.

« Il a raison, dit-il en allant chercher son pur-sang, pressé de finir cette conversation au plus vite. Souhaites-tu laisser passer cette occasion et condamner tes gens à demeurer des objets toute leur vie ? Ou vas-tu affronter ton bourreau et espérer lever la malédiction ? Nous ne pouvons agir à ta place, c'est à toi de choisir. Il n'y a pas de troisième option. »

Et il partit à son tour, rapidement suivi par Lancelot.

Au bout d'une minute de marche, il sourit en entendant le pas lourd de la Bête derrière lui.

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Draco serrait et desserrait compulsivement les doigts passés autour de la bride de son cheval. Il avait des fourmis dans les mains d'avoir tant utilisé sa magie, et en même temps, cela le rassurait. Il ne la sentait plus grouiller dans son ventre, sur le point d'exploser. C'était comme si elle était… "rassasiée". Bien sûr, en user comme il l'avait fait n'avait pas été très malin : il aurait pu perdre le contrôle et provoquer une nouvelle catastrophe ! Cependant, la situation avait été urgente, il n'avait pas pu se payer le luxe de paniquer, ou même de réfléchir. Au début, il n'avait pas été très sûr de lui, mais la présence de Potter l'avait apaisé.

Potter… Il se demandait encore pourquoi il avait évoqué son passé avec lui, au moment du départ. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Il avait honte de s'être autant confié. Il craignait toujours qu'il puisse retourner ses faiblesses contre lui. Pourtant, il savait qu'Arthur ne ferait jamais une chose pareille… et cette certitude était tout aussi dérangeante. Mais enfin, pourquoi lui avoir parlé de tout cela ?! Quand il avait réalisé ce qu'il était en train de faire, il avait tenté de se rattraper en évoquant sa décision de se porter comme appât, mais cela s'était révélé encore plus pitoyable qu'escompté. Potter s'était encore une fois senti obligé de lui remonter le moral. Depuis quand était-il devenu si faible ?! Il avait honte.

Et puis, il y avait eu sa réponse. Son regard. Son geste ferme en lui mettant le pied à l'étrier. Sa main solide sur sa cheville… et une légère caresse. Il avait senti quelque chose frémir en lui, sans savoir quoi. Une torsion dans son ventre. Un lien qui s'affirmait. Quelque chose qui le poussait vers lui…

Perdu dans ses pensées, Draco sursauta quand il sentit une magie singulière, à quelques centimètres devant son nez : les protections de la fée. La chaumière de Millicent ne se trouvait pas bien loin, ils n'avaient marché qu'un petit quart d'heure. Cependant, il avait beau regarder autour de lui, il ne discernait aucune différence par rapport au reste de la forêt. Juste des arbres, à perte de vue. Et face à lui, sur le chemin, Millicent et Blaise n'étaient plus visibles… Il était pourtant persuadé de les avoir vu passer par là ! Et puis, il y avait ce léger tiraillement, comme s'il n'aurait pas dû se trouver ici.

Intrigué, il tendit d'abord la main devant lui. Cela ressemblait à la frontière magique d'un sort de Fidelitas, et il percevait l'enchantement fourmiller sur sa peau, comme la surface d'un lac dans lequel il aurait plongé le bras. Puis, il prit une grande inspiration, et fit passer tout son corps à travers la fine pellicule invisible, les yeux fermés par automatisme. Une fois de l'autre côté, il ne put retenir une exclamation de surprise.

Là où il n'y avait rien que de la forêt deux secondes auparavant, se trouvait à présent une paisible petite clairière. Les rayons du soleil inondaient les lieux de lumière, les oiseaux semblaient chanter plus joliment, et les couleurs lui parurent plus vives. Deux ânes paissaient au milieu de multiples bosquets fleuris, dont de superbes rosiers aux fleurs multicolores. Et derrière ce joli jardin, une mignonne masure en murs de chaux et toit de chaume, coiffé d'une cheminée fumante. De larges fenêtres rondes présageaient d'un intérieur bien éclairé, et la porte bleue en bois peint était entrouverte, comme une invitation silencieuse à entrer.

« Restez pas plantés là comme des navets ! les appela Millicent devant son portillon. Mes fleurs sont attirées par les jolies choses. Elles vont vouloir vous garder si vous ne bougez pas. Laissez vos chevaux avec mes baudets, eux ne craignent rien. »

Elsa fronça les sourcils, dubitatif… jusqu'à ce qu'il sente un frôlement sur sa jambe : une tige grimpait le long de ses chausses et s'enroulait lentement autour de son mollet. Il poussa un couinement et tenta de se dégager, manquant de tomber. Rien à faire, la liane avait fait pousser des épines qui s'accrochaient à lui et égratignaient sa peau à travers le tissu. Quand une lame vint couper la fautive.

« Dépêche, fit Blaise en agrippant son bras. Apparemment, je suis à leur goût aussi et j'ai pas envie de finir en arbuste ! »

Effectivement, la branche tranchée d'un églantier était bien arrimée autour de son biceps, et une autre pousse s'étirait déjà vers le pirate pour l'attraper. Ils se précipitèrent vers la fée, déjà devant sa porte, en même temps que Potter et sa clique franchissaient le barrage magique.

Résistant à l'envie de se retourner, le blond entendit quelques exclamations derrière lui, suivies de deux ou trois coups d'épées taillant dans les rameaux et des pas précipités qui les rejoignaient. La reine et son corsaire passèrent près des deux ânes qui les regardaient en machouillant leur herbe, l'œil morne, mais ils ne s'attardèrent pas, de peur qu'un autre bosquet les juge acceptables.

Ils franchirent le seuil de la maisonnette, un soupir de soulagement au bord des lèvres. Pourtant, la main de son ami se resserra vivement autour de son bras. Il leva les yeux, et son souffle se bloqua.

C'était… plus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur ?

Si le Serpentard avait pris la peine de s'imaginer la salle commune des Poufsouffles, elle aurait ressemblé à cette pièce : un vaste salon lumineux où poussait d'innombrables plantes, qu'elles soient en pots ou éclatent les tomettes rouges pour sortir de terre. Une imposante cheminée en pierres ronflait, et un gros chaudron chauffait sur sa crémaillère. Un assemblage de fauteuils, canapés et tabourets, molletonnés et rapiécés, débordants de couvertures et de coussins, étaient disposés autour d'une grande table basse en chêne brut. Le haut plafond à poutres apparentes laissait une belle hauteur pour une mezzanine en cerisier. Un petit escalier en pierre y donnait accès, le long d'un angle de la salle.

À droite, derrière une grande arche en pierres, un coin cuisine avec large plan de travail, placards multiples et bocaux de toutes sortes, était plein d'herbes et légumes qui attendaient sagement d'être découpés depuis leurs filets suspendus, ou à moitié travaillés sur le comptoir.

Au fond, une table et des chaises en noyer, encombrées de parchemins, pousses, pots en terre, sac d'engrais, truelles, grimoires, plumes, ou tablettes d'argile, occupaient un espace surélevé par cinq marches en calcaire. D'immenses bibliothèques surchargées tapissaient les murs de chaux blancs.

Tout était un bazar chaleureux et accueillant, accentué par les douces effluves d'une soupe délicieusement assaisonnée qui mijotait depuis des heures.

« Asseyez-vous, les invita-t-elle en jetant McLaggen au sol, près de la cheminée. La théière ! Du thé ! »

Un gros pot sauta sur son pied de porcelaine, mima ce qui ressemblait à un garde-à-vous, et alla s'agiter devant une paresseuse bouilloire. Celle-ci prit mollement de l'eau dans un baquet non loin, avant d'aller se chauffer au coin du feu, prête à ronfler. Des bols saturés de fleurs séchées sautèrent devant des tasses, et attendaient qu'elles choisissent des compositions aromatiques au gré de leurs envies. Des ficelles se nouèrent d'elles-mêmes autour des bouquets ainsi créés.

« Ce service à thé est mon meilleur, expliqua Millicent pendant qu'elle tapait sur les livres installés dans les fauteuils pour les faire partir et se ranger plus loin. La vaisselle n'est plus ce qu'elle était, de nos jours. J'ai mis beaucoup de temps avant d'en trouver un qui fasse preuve de goût. Vous m'en direz des nouvelles ! »

Même Blaise en perdit sa répartie. Il l'observait déambuler au milieu de son fatras et déranger chaque bibelot sur son passage, comme si elle les réveillait de leur sieste. Elle gourmanda un balai qui se cachait derrière une commode, et l'obligea à reprendre son travail : rassembler le terreau tombé sous la table. Une brosse et une balayette se précipitèrent à leur tour pour ramasser le petit cheni.

« C'est tous des pauvres bougres de la malédiction ? demanda le flibustier pendant que les Gryffondors entrèrent à leur tour dans la masure.

- Ceux-là ? rit la fée bleue en désignant les divers outils et ustensiles qui se trémoussaient. Pas du tout ! Ils m'ont juste inspirés pour la métamorphose du Royaume. Je ne peux pas m'occuper de tout dans cette maison, j'ai dû enchanter un ou deux instruments pour m'aider. D'ailleurs, je crois qu'un sorcier m'a copié. Aucune imagination, ces humains.

- Quoi ?! Tu… commença la Bête.

- Ce n'est pas le moment, coupa Harry.

- Prend ce siège, Draco, ordonna Millicent en tapotant le coussin d'un gros fauteuil aux coutures tendues tant il était rembourré. Viens à côté, Blaise. »

Tous comprirent qu'elle offrait les meilleures assises à ses collègues serpents, mais aucun ne protesta face à ce traitement de faveur. Cependant, ils n'avaient pas compris que les autres sièges s'écarteraient d'eux si la maîtresse de maison ne désignait pas lequel ils pouvaient prendre, et elle demanda à deux chaises inconfortables de s'approcher pour Neville et Hermione. Harry eut également droit à une bergère fatiguée, sans savoir qu'un ressort lui rentrerait durement dans les fesses dès celles-ci posées. La Bête, elle, resta debout, sa colère de plus en plus difficile à contenir.

Une fois confortablement enfoncé dans son amas de mousse et de laine, Elsa prit le temps de retirer la liane épineuse toujours accrochée à sa jambe, et remarqua avec amusement une même tige fermement enroulée autour de la cheville d'Arthur. Belle fit de même en décrochant une branche de ses cheveux, et même Lancelot grimaça en détachant une ramure autour de sa taille. Seul Adam semblait ne pas avoir été attaqué, ce qui n'était pas très étonnant.

Avant de s'asseoir, Millicent s'approcha du blond et se pencha vers lui, l'air concentré. Mains sur les hanches, elle plissait les yeux et finit par lui prendre le menton pour l'empêcher de reculer ou de se détourner. Elle agissait comme Arthur le faisait de temps en temps avec lui, ce qui était très perturbant. Mais il ne protesta pas : même s'il s'agissait de Millicent, l'une de ses meilleures amies, cette femme dégageait une aura si dense et intimidante qu'il avait bien du mal à la voir autrement que comme la fée bleue, l'étoile du soir. Il se sentait insignifiant près d'elle. Sa présence l'écrasait !

« Aouch… finit-elle par lâcher. Je crois que je commence à voir l'étendue des dégâts…

- Pardon ?

- C'est pas joli joli tout ça… Mais… »

Elle se tourna vers Potter et le dévisagea. Au bout d'une dizaine de secondes, celui-ci se dandina, mal à l'aise.

« Je vois… » fit-elle énigmatiquement.

Draco mourait d'envie de lui poser des questions, mais avait peur des réponses… et surtout, il ne souhaitait pas entendre ce qu'elle avait à lui dire devant tout ce monde ! Il prendrait son mal en patience, et attendrait le bon moment pour en savoir plus. Seule à seul.

« Alors ? s'enquit la magicienne millénaire une fois installée dans son canapé, entre deux piles de livres. Racontez-moi tout. Je sais seulement qui vous êtes, pas pourquoi vous êtes venus à moi. Ne vous inquiétez pas pour lui, compléta-t-elle en indiquant vaguement le corps de McLaggen, affalé devant la cheminée. Je l'ai figé dans le temps : il n'entendra rien de notre conversation et n'aura aucun souvenir de ce qui s'est passé avant son réveil. Donc ? »

Tous s'observèrent pour savoir qui allait commencer, et le blond soupira : autant en finir le plus vite possible, qu'ils puissent enfin parler de ce qui les intéressait. Et il entama le récit. Potter vint l'aider à plusieurs reprises, et Londubat ajouta quelques détails. Blaise prit le relais à certains moments, ajoutant une pincée d'humour à leur histoire déjà trop souvent narrée. Quand ils arrivèrent à la partie sur le Royaume de la Rose, Belle apporta sa propre touche studieuse en dissertant sur des épisodes un peu longuement, ou sur des précisions inutiles. Naturellement, chacun passa sous silence les moments sensibles ou jamais dévoilés, comme ses états d'âme pour Draco, le prix que Harry avait à payer à Tracassin, l'existence même du contrat de Blaise, l'envie de plus en plus présente de Neville pour lui aussi passer un marché, ou les soupçons que Hermione avait sur ses amis et les déductions qu'elle parvenait à faire petit à petit… Seul Ron resta muet, mâchant sa haine comme on caresserait une panthère prête à bondir sur sa proie.

La magicienne demeura silencieuse, et écouta attentivement leur exposé plus ou moins décousu, sans jamais laisser transparaître ses pensées ou réactions. Entre-temps, la théière qui se prenait pour un chef de guerre ordonna au coquemar somnolant de verser son eau bouillante en son sein, et obligea les tasses à s'aligner devant elle pour verser le liquide brûlant. De son bec verseur despotique, elle indiqua l'un ou l'autre convive à ses petits soldats obéissants, qui roulèrent doucement dans la direction donnée en prenant garde à ne pas renverser une goutte. Chacun eut droit à son thé personnalisé : blanc rose framboise pour Elsa, noir orange cannelle pour Arthur, noir amande pistache cumin pour Sinbad, vert pomme caramel vanille pour Lancelot, et vert fraise jasmin pour Belle… Ron n'eut droit à rien… Fée comme bibelots l'ignoraient, comme s'il n'était qu'une ombre un peu trop grande au milieu du salon. Et qui perdait ses poils : le balai remis dans le droit chemin lui tournait autour, à deux doigts de frotter directement sa fourrure.

« Cette bonne vieille Titania, soupira-t-elle enfin, une fois certaine que plus personne n'avait quelque chose à rajouter. Je vois qu'elle continue à prendre son rôle de reine à cœur, et s'occupe encore du moindre petit lutin sous ses ordres. Quelle perte de temps ! À sa place, je laisserai tout ce beau monde se débrouiller. La dernière fois que je l'ai vu doit remonter à… cent cinquante ans, environ. Elle s'est bien gardée de m'annoncer qu'elle avait pris une humaine sous son aile, ajouta-t-elle en dardant un regard intense sur le blond. Elle sait que je ne les aime pas… Vous êtes tous si égoïstes. Si tu n'avais pas été Draco, je crois que je vous aurais tous jeté dehors en vous riant au nez, Titania ou pas. Cela n'aurait été que justice, après ce que celui-ci m'a fait, cracha-t-elle en fixant la Bête d'un air méchant.

- Justement ! fit très vite Hermione en posant une main sur le bras poilu de son mari pour l'empêcher de réagir. Nous nous demandions pourquoi vous avez demandé refuge au palais alors que vous sembliez vous être fait beaucoup d'amis en ville… Si vous cherchiez un endroit où passer la nuit, il aurait été plus logique de vous adresser à l'un d'entre eux, non ?

- Et voilà Granger qui refait des siennes, comme d'habitude. Toujours à se mêler de ce qui ne la regarde pas.

- Je me posais aussi la question, intervint Elsa en reposant sa tasse vide. Étant moi aussi monarque, je n'ai pas non plus pour coutume d'accueillir les manants dans mon château. Si vous vous étiez présentée en tant que fée, cela aurait été différent. Mais vous avez frappé à sa porte sous les traits d'une simple vieille dame… J'aurais probablement réagi de la même manière que le Roi Adam.

- Permet-moi d'en douter, sourit malicieusement Bulstrode. N'offres-tu pas l'asile au peuple féerique depuis des centaines d'années ? Ça ne doit pas être facile à gérer, entre le secret à maintenir et les farces douteuses qu'ils ne doivent pas manquer de faire à ton peuple. Même s'ils apportent la bénédiction sur tes terres en remerciement, tu dois avoir de nombreux problèmes à résoudre à cause d'eux.

- Mais ce n'est pas moi qui…

- C'est ton ancêtre, c'est pareil pour moi, coupa la fée d'un geste vague de la main. Vous vous transmettez cette connaissance et ce devoir de génération en génération, sans jamais faillir à votre promesse de protection malgré le temps passé. Contrairement à lui ! vitupéra-t-elle en se tournant à nouveau vers la Bête. Il a oublié sa promesse faite il y a mille ans ! Car j'ai aidé son aïeul à apporter la prospérité sur son Royaume en lui offrant la plus belle de toutes mes roses : la "Belle Amour". »

Tous sursautèrent, hoquetèrent ou se redressèrent de surprise. Et Draco se morigéna pour sa bêtise. Il aurait dû y penser ! Ils s'étaient concentrés sur l'if magique sans songer un seul instant que l'apparition d'une rose miraculeuse, qui avait jusqu'à donné son nom au pays, pouvait également être d'origine féerique ! Adam fut le plus abasourdi par la nouvelle, et sa colère fondit comme neige au soleil.

« Je ne demandais pourtant pas grand-chose en échange ! J'aimais bien ce bois, et je me suis dit qu'il aurait été correct de se présenter au maître des lieux avant d'y établir mon logement. Je n'y étais même pas obligée : avec ma magie, aucun humain n'a jamais découvert ce lieu sans y être invité. Mais quand j'ai vu la misère en ville, j'ai compris qu'il me fallait leur apporter mon aide. À l'époque, j'avais encore parfois des élans charitables sans connaître la personne. J'ai vite appris à vérifier avant si l'âme à qui j'offre mes dons les mérite… Et puis je dois reconnaître qu'aussi charmant soit le petit coin de forêt que je m'étais trouvé, son attrait perdait de la valeur si la cité la plus proche ne pouvait m'apporter des commerces de qualité. Une fée doit se nourrir comme tout le monde, et je ne peux pas produire tout ce que j'aime consommer !

« Alors dès le lendemain, je me suis présentée au château et j'ai donné mes meilleures graines de "Belle Amour" au roi. Je leur ai montré, à lui et à ses gens, comment les faire pousser et les entretenir, et également tout ce qu'ils pourraient produire et vendre avec. Je leur ai mâché le travail ! En contrepartie, je désirais seulement vivre en paix sur mon lopin de terre boisé, dont il m'a donné le titre de propriété. Je leur ai aussi confié une jeune pousse d'if qu'ils devaient soigner jusqu'au jour où je pourrais récupérer son essence. Je me suis dit qu'ils pouvaient bien travailler un peu pour moi, avec le cadeau que je leur faisais… C'est toujours utile, un if. Et enfin, je lui ai fait promettre de toujours m'ouvrir sa porte si jamais je venais toquer ! Chaque année à la même date ! »

Millicent insista sur cette dernière phrase en fusillant Ron du regard, soucieuse de bien marquer son reproche. La Bête en eut le souffle coupé, et si sa fourrure avait laissé entrevoir un peu de peau, tous l'auraient vu pâlir d'un coup.

« Je… Je ne savais pas… bégaya-t-il misérablement en se ratatinant.

- Ce n'est pas une excuse ! gronda Bulstrode en rougissant de colère. La famille Camlann a su transmettre ses obligations et serments à chaque couronnement ! Même s'ils ont un peu de sang elfique, ils n'en demeurent pas moins des humains avant tout ! Vous n'avez pas su en faire de même. Honte à vous ! Il était grand temps de rappeler à qui ce Royaume doit sa notoriété ! Et non content de me repousser, tu as eu l'outrecuidance de m'insulter ! Je ne pouvais pas laisser passer ça ! La punition devait être à la hauteur de l'outrage ! »

Il n'y avait plus une once de colère dans les iris azur d'Adam. Repentant, il baissa la tête et s'écroula sur les tomettes rouge de Falun. Il n'avait plus la force de soutenir le regard accusateur de la fée.

« D'accord, il n'aurait pas dû s'emporter comme il l'a fait ! s'exclama Hermione en serrant fort sa coupelle de thé froid pour contenir ses tremblements. Mais ce n'était pas entièrement de sa faute ! Il ne peut pas payer à la place de ses prédécesseurs ! Ce n'est pas lui qui a manqué à son devoir et négligé de confier ces instructions à ses successeurs ! Il n'avait même pas conscience de votre existence !

- Je sais ! cracha la fée. Je ne suis pas un monstre ! Il devait recevoir une bonne leçon pour ne plus oublier, mais pas de manière définitive. Je lui ai laissé une chance de se racheter… et je vois ce qu'il en fait : il n'a rien appris, rien compris ! Il poursuit sur la même voie sans jamais se remettre en question ! Si c'est ainsi qu'il choisit de vivre, alors il mérite son apparence de bête !

- Comment aurait-il pu sans connaître la raison de cette "punition" ? intervint Harry d'un air renfrogné. Le laisser dans l'ignorance n'était pas juste !

- Il n'est plus un gamin ! S'il n'est pas capable de savoir pourquoi il a mal agi, je ne peux rien faire pour lui !

- Justement… s'immisça Neville, curieux. Nous n'avons pas bien compris comment fonctionne votre malédiction. N'aurait-il pas dû retrouver allure humaine avec l'arrivée de sa femme, Belle ? Malgré son apparence actuelle, elle l'aime toujours.

- Trop facile, siffla dédaigneusement Millicent. Je ne suis pas comme mes collègues fleurs bleues. De mon point de vue, l'"amour véritable" ne résout pas tout. Et son problème n'est pas de parvenir à se faire aimer : j'ignore pourquoi, mais son peuple l'idolâtre ! Ils sont tout le temps en train de vanter ses mérites quand je me mêle à eux, en ville. Il a pourtant un caractère de porc !

- Alors… hoqueta Hermione d'une voix blanche. Alors cela signifie que… Il n'y avait aucune chance que je puisse lever la malédiction ?

- Aucune. Personne ne peut rien pour lui. C'est à lui d'agir. Seul. »

La jeune brune baissa le visage en expirant brutalement, comme recevant un coup en plein ventre. Elle porta une main à ses lèvres et tenta de maîtriser ses sanglots. Millicent pinça les lèvres de contrariété face à cette réaction. Cependant, tous les autres savaient qu'elle était libérée d'un poids devenu trop lourd pour ses frêles épaules : son amour pour Ron n'était plus à remettre en question. Elle n'avait plus à se battre pour faire comprendre ses réels sentiments, alors que tous avaient jugé son attachement pour son époux trop "faible". Enfin la vérité éclatait et lui donnait raison !

Ron posa une patte velue sur son épaule, prenant garde à ne pas la blesser avec ses griffes, et Hermione agrippa de suite ses doigts pour les serrer fort. Par ces simples gestes, il s'excusait d'avoir douté, et elle lui pardonnait. Le couple dégageait une tendresse si sincère que même Draco eut un léger sourire. Blaise soupira, certainement parce qu'il avait raté l'occasion de se glisser dans les draps de la beauté brune.

« Alors que doit-il faire ? s'enquit à nouveau Lancelot, perdu.

- À lui de le découvrir, râla Millicent en levant les yeux au plafond. Je ne vais tout de même pas lui donner toutes les réponses ! Il doit réfléchir à sa bêtise, ça fait partie de sa punition, et de la résolution du problème. Cependant… ajouta-t-elle en réfléchissant, observant attentivement la Bête contrite et l'adorable duo qu'il formait avec Belle. Je veux bien faire un geste pour l'encourager. »

Ron et Hermione levèrent un regard chargé d'espoir sur la fée, oubliant momentanément qu'elle était à l'origine de leur malheur. Et tout à coup, tout s'assombrit.

Draco eut soudain la poitrine comprimée et s'accrocha aux bras de son fauteuil, couvert de sueurs froides. La magie était écrasante ! Elle entrait par tous les pores de sa peau, pressant sa propre glace dans les recoins les plus sombres de son éther. Il était pétrifié par cette puissance, douloureusement conscient de n'être qu'une brindille sèche ballottée par une tornade ! Il savait déjà que la fée était une grande magicienne, mais ne s'était pas attendu à un tel déluge de pouvoir !

La voix de Millicent s'éleva, méconnaissable, et gronda dans l'air comme un coup de tonnerre, faisant trembler jusqu'à leurs esprits de simples mortels.

« À la lumière du jour, dans le regard de toutes les âmes, tu demeureras cette bête aussi hideuse que l'est ton âme. Mais à la faveur de la nuit, sous les rayons de la lune fidèle, tu reprendras les traits de l'humain que tu es aux yeux de ta Belle. Le secret de cette apparence agréable restera en ton cœur, jusqu'au jour où tu sauras briser ton malheur. »

Le silence revint, lourd et glacial, puis la pièce reprit son allure habituelle. Elsa respira à nouveau de grandes goulées d'air, et décrispa un à un ses muscles noués : il avait l'impression qu'un troupeau d'éruptifs l'avait piétiné !

La théière rappela ses tasses plus ou moins vides pour les recharger en thé, comme s'il ne s'était rien passé, et son petit bataillon renouvela sa manœuvre quasi-militaire. Ce ne fût qu'après avoir été resservis que Ron sembla se réveiller. Il fixa sans le voir un petit bol plein à ras-bord de thé noir aux fruits rouges et litchi se dandiner vers lui.

« Alors… hésita-t-il de sa grosse voix, regardant ses mains comme s'il pouvait y détecter un changement. Cela signifie… que je redeviendrai moi-même à la nuit tombée ?

- Super ! applaudit Blaise, narquois. Vous allez enfin pouvoir re-baiser, ce soir ! T'as dû être frustré de voir ce prix de Diane se trémousser sans pouvoir la toucher, mon vieux ! Maintenant, tu vas pouvoir t'en donner à cœur joie !

- Zabini… gronda Neville.

- Bah quoi ? Ça aurait été dommage de pas profiter de sa mise en beauté version conte de fée.

- Mon geste a été motivé par la ténacité et la patience de cette demoiselle, sourit Millicent, fière d'elle. C'est elle que j'ai voulu récompenser… même si c'est une Gryffondor. Personne n'est parfait. »

Hermione rougit violemment et tenta de cacher son trouble derrière ses longues boucles brunes. Ron ne savait plus non plus où se mettre, même si un léger sourire retroussait ses babines et dénudait ses canines.

« J'imagine que nous ne pouvons pas en attendre plus de votre part, tenta Harry sans trop y croire. Vous n'allez pas lever la malédiction ?

- Non, répondit Bulstrode, catégorique. Il doit apprendre. Après tout, ne sommes-nous pas dans ce monde pour ça ? Inutile, trancha-t-elle en levant la main vers Neville qui s'apprêtait à répliquer. Je ne ferais rien de plus ! Le sujet est clos ! À moins que vous souhaitiez également devenir un monstre ? Je peux arranger ça !

- Okay, alors passons à la suite, proposa le flibustier. Et puisqu'on est sur les malédictions, parlons un peu de Draco : qu'est-ce que tu peux nous bricoler pour lui ?

- Je préfèrerai en discuter avec elle en privé, contra le blond avant que la fée puisse répondre. En attendant, nous avons toujours un bandit pétrifié et ligoté à interroger. Suis-je le seul à être encore intrigué par la raison de son hostilité ? »

Tous se penchèrent pour observer le corps immobile de Cormac McLaggen, au pied de la cheminée : ils l'avaient presque oublié.

Millicent leva un index vers lui, et lui fit signe de venir. La masse flotta à nouveau dans les airs au milieu d'une brume bleue scintillante, et vola vers eux jusqu'à se positionner au-dessus de la table basse. Les livres, parchemins et vaisselles s'éloignèrent en urgence. Les tasses sautèrent dans les mains des convives qui les rattrapèrent maladroitement, du thé brûlant se renversant sur leurs cuisses, et l'otage tomba violemment sur la surface en bois.

« Aïe ! hurla-t-il. À moi ! Mes hommes ! Pourfendez ces viles sorcières !

- Qu'il est bête… soupira Millicent.

- Silence ! ordonna Lancelot en tirant son arme pour la pointer juste sous son nez. Tes brigands sont loins et ne sont pas en état de répondre à ton appel. Tu es en présence des guerriers et mages que tu as lâchement cherché à piéger dans une embuscade ! Et nous t'avons reconnu, McLaggen ! Réponds à nos questions ou tu tâteras de mon épée !

- Chien ! Traître ! Et toi, Potter ! Toi, plus que quiconque, aurais dû comprendre ! J'étais venu pour vous aider !

- Pardon ? demanda Harry, perdu.

- Étrange façon de soutenir les gens… ne put s'empêcher de faire remarquer Draco.

- Et si tu reprenais depuis le début, maroufle ? soupira Sinbad en se frottant le visage, épuisé d'avance par la conversation à venir. T'es qui ?

- Serpent ! Je ne parle pas aux mangemorts !

- Dépêchez-vous de lui tirer les vers du nez ou je m'en mêle », gronda Millicent, des étincelles bleutées autour des doigts.

La Bête gronda férocement. Il se jeta contre la table pour attraper les cheveux du prisonnier et lui rugir au visage. Cormac couina, terrorisé.

« Parle ! hurla-t-il. Qui es-tu ?! Que fais-tu ici ?! Sur mes terres ! Que nous veux-tu ?! Dépêche-toi ou c'est moi qui m'occupe de toi !

- Très bien, très bien, fit-il d'une petite voix plaintive, les yeux exorbités. Je… Ici, je m'appelle Gaston. Je suis un chasseur mercenaire du Royaume du Bois Dormant. Et j'ai été envoyé par le Duc d'Apulée pour secourir sa fille, retenue captive par une bête féroce…

- Quoi ?! s'exclama Hermione, sidérée. Gaston ?! Mon père ?!

- Et merde… fit Harry, comprenant grossièrement où tout cela allait les mener.

- C'était donc bien toi, répondit Cormac, légèrement ragaillardi par le relâchement de la poigne de la Bête sur son crâne. Je l'ai su dès que je t'ai vu. Tu es si belle ! Ma compagnie et moi-même étions en route quand nous vous avons aperçus, lors d'une halte derrière un petit massif. »

Il se dégagea d'un mouvement de tête, et se redressa pour fixer Belle droit dans les yeux. Ron ne protesta pas, sidéré par la révélation.

« Quelle surprise de voir des humanoïdes sillonner les routes de campagne ! Et j'ai été plus stupéfait encore lorsque je vous ai reconnu ! Surtout lui ! ajouta-t-il méchamment en dardant un regard mauvais sur le blond, qui recula d'instinct dans son fauteuil. Et alors j'ai su. Le terme de "bête" était une image pour désigner ce monstre ! Ce sale mangemort ne peut être que la source de tous les maux ! Il avait forcément profité de l'univers des Contes et Légendes pour mettre en œuvre sa vengeance ! La Belle était à ses côtés, son ami serpent était avec lui, et Potter et Londubat devaient être ses otages ! C'était logique ! Sa magnifique apparence doit être dûe à un sortilège puissant qui vise à endormir la méfiance, et vous vous êtes tous laissés abuser ! Ce ne peut être que cela !

« Alors j'ai guidé mon équipe plus en amont. Nous avons décrit un large détour pour ne pas être repérés. Il n'y avait qu'un seul chemin, vous alliez obligatoirement passer dans le bois ! J'ai ordonné à tous mes hommes de viser "la blonde". Ils ont d'abord protesté, mais j'ai réussi à les convaincre que cet homme-femme était un sorcier maléfique très dangereux, et donc à abattre le plus vite possible. Et une fois l'attaque lancée, j'étais sûr que Potter et Londubat rejoindraient nos rangs !

« Mais nous étions trop concentrés sur vous, nous n'avions pas vu cette… "vraie bête" nous suivre. Et puis il y a eu ce corbeau qui a fondu sur mon archer… et tout est parti à la dérive. Non seulement nous avions perdu l'effet de surprise à cause d'un volatile blanc qui nous a combattu comme aucun oiseau normal ne pourrait le faire, un féroce monstre velu sautait sur mes hommes pour les déchiqueter, la terrible magie du mangemort gelait mes mercenaires un à un… mais en plus, Potter et Londubat n'ont pas profité de notre intervention pour nous épauler ! Quel échec ! Je ne comprends toujours pas ce qu'il vous prend ! Le maléfice dont vous êtes les malheureuses victimes est-il si puissant ?! Je ne pouvais pas abandonner si près du but et sonner la retraite ! Pas quand ma Belle était encore entre leurs griffes ! Alors j'ai tenté le tout pour le tout, pour au moins tuer cette ordure de…

- Assez ! coupa Arthur, l'air enragé. Nous connaissons la suite. Puisque tu as préféré sauter sur tes conclusions au lieu de prendre la peine de te renseigner, j'ai l'immense plaisir de t'apprendre que Malfoy, en plus d'être notre allié, est la Reine Elsa d'Avalon ! La Bête est Ron Weasley, mais est surtout le Roi Adam de Rosa, ce pays ! Et je suis le Roi Arthur de Loegrie ! Tu t'en es pris à trois personnes royales de trois pays différents en même temps ! Je ne crois pas qu'un tel prodige de stupidité ait jamais été accompli dans toute l'Histoire de cet univers ! Crois-tu encore pouvoir t'en sortir vivant ?!

- Que… Mais… Je… Quoi ?!

- C'est quoi la condamnation ? demanda Blaise en se grattant pensivement le menton. Trois peines de mort ? Vous prévoyez quoi ? Écartèlement, pendaison et bûcher ?

- Hein ?! Mais… ! Enfin… ! Je… ! Vous ne pouvez pas !

- Et pourquoi pas ? fit Draco, glacial. Qui es-tu pour dire ce que trois monarques peuvent ou ne peuvent pas faire ? La question est plutôt de savoir qui aura la primeur : nous sommes sur les terres du Roi Adam, mais j'ai été sa principale cible.

- Non ! Non, non, non ! Par pitié !

- La mort serait trop douce pour lui, intervint la fée dans un sourire diabolique. Si vous le voulez bien, j'ai une idée qui pourrait pimenter cette affaire.

- Tentant, grogna la Bête en dévoilant ses crocs.

- Non !

- J'ai une dernière question, fit tout à coup Hermione, pragmatique. Mon père est loin d'être assez riche pour engager une bande de mercenaires, en particulier pour une mission aussi périlleuse. Que t'a-t-il proposé en échange ? »

Tous braquèrent un regard curieux sur le condamné, attendant sa réponse.

« Je… hésita Gaston, plus pâle qu'un mort. Le Duc m'a promis la main de sa fille, Belle…

- Quoi ?! s'écria la brune en se levant d'un bond, choquée. Il a osé !

- Tu voulais me voler ma femme ?! rugit Ron, furibond.

- J'ai l'impression de revenir en sixième année, s'amusa Harry.

- Je ne savais pas ! se défendit Cormac, apeuré.

- C'est quoi ton idée, Milli ? demanda Blaise en se penchant vers son amie. Des travaux forcés ?

- Il y a de ça. Si vous le tuez maintenant, il ne fera que se réveiller en même temps que nous tous dans la Grande Salle de Poudlard : à part lui enlever onze mois dans les contes et le faire râler, ça n'aura pas beaucoup d'impact. Je vais bientôt être obligée de me séparer d'un de mes deux ânes. Peut-être pourrait-il le remplacer ? L'allure d'un baudet lui siérait à merveille !

- Vous vous séparez d'un âne ? s'étonna Neville. Ils m'avaient pourtant l'air en bonne santé, quand nous les avons vus dehors.

- Ils ne sont pas "réellement" des bourriques, je vais juste bientôt devoir rendre l'un des deux à son père. Ces bêtes de somme se sont révélées plus pratiques que prévu, cela ne m'arrange pas de me contenter d'une seule.

- Son p… fit Hermione avant de s'interrompre. Alors c'est… Il ne s'agit tout de même pas de Pinocchio et Lucignolo, si ?!

- Vous les connaissez ? s'étonna Bulstrode. Tant mieux ! Vous allez pouvoir convaincre Geppetto de finir la commande que je lui ai passée : je ne veux pas lui retourner son pantin tant qu'il ne pourra pas lui donner sa vraie tête ! Le bois est la matière la plus capricieuse en magie, et une mauvaise alliance peut faire des ravages. Je voudrais limiter les dégâts autant que possible. En l'état actuel, Pinocchio n'est pas du tout sage.

- Hey ho ! appela Gaston. Vous m'avez oublié ? Je ne veux pas être un âne !

- Alors c'est bel et bien la nature de l'essence, le problème, réfléchit la reine, les doigts jouant avec ses lèvres d'un air pensif. Comment avez-vous retrouvé la marionnette ? Nous avons cru comprendre qu'ils avaient fugué… Seraient-ils venus à vous ?

- Tu peux arrêter de me vouvoyer, Draco ? grimaça Millicent. De ta part, ça devient perturbant… Appelle-moi Turquoise, au pire. J'ai découvert ces deux garnements sur le chemin du retour, le soir de la fête "Belle Amour", quelques heures après avoir lancé ma malédiction. Pinocchio n'avait pas été affecté, et il se moquait de Lucignolo qui était devenu un lance-pierre. Après deux ou trois démonstrations de mes tours de passe-passe, ils ont vite avoué leur stupidité : ils voulaient rejoindre le "pays des jouets" ! Les idiots ! C'est un endroit où tous les enfants s'amusent pour toujours, sans devoir ni responsabilité. Une vieille légende tenace que j'ai lancée il y a plusieurs centaines d'années, pour égayer le quotidien des petits de l'orphelinat. Je ne pensais pas qu'elle perdurerait aussi longtemps. Évidemment, ce lieu n'existe pas ! Alors j'ai profité d'être seule avec eux pour les emmener avec moi, et permettre à Geppetto de fabriquer la nouvelle tête de son fils, sans avoir à subir ses bêtises. Mais il en met, du temps ! Avant votre arrivée, j'allais retourner le voir pour lui donner un coup de collier.

- Ce ne sera pas nécessaire, affirma Harry en faisant tourner son thé tiède dans sa tasse. J'ai réussi à le convaincre de se remettre au travail avec ma promesse de lui ramener son petit garçon. Et pour en revenir au cas McLaggen, l'idée de le savoir transformé en âne pour le restant de l'année est séduisante.

- Quoi ?! s'écria Gaston.

- Cela me convient également, concéda Elsa en se levant pour aller à la fenêtre où le corbeau blanc toquait contre la vitre, un petit baluchon entre ses serres. Si vous… "tu" lui mènes la vie dure, le châtiment sera adéquat. De toute façon, nous ne pouvons pas nous encombrer d'un jugement et d'une sentence officiels dans la situation actuelle. Et si cela peut en plus aider… "Turquoise", alors le compromis me semble correct.

- Quoi ?!

- Je suis du même avis, grogna Adam en détournant le visage, mécontent. Je n'ai pas les moyens pour gérer un procès concernant trois souverains. Pas maintenant. Et cela m'arrangerait que ces faits ne soient pas… divulgués.

- Quoi ?!

- Si tout le monde est d'accord, n'attendons pas plus longtemps ! » chantonna la magicienne.

D'un mouvement gracieux du poignet, elle fit une nouvelle fois léviter Gaston qui hurla d'indignation, et l'envoya valser par la lucarne que Draco venait d'ouvrir. Ils entendirent le cri de McLaggen se muer en braiements terrifiés, et le choc des sabots qui atterrissaient sur l'herbe du jardin. Cependant, Bulstrode grimaça à l'écoute du "hi-han" de plus en plus audible et désespéré. D'un autre geste sec, le beuglement cessa, et la fenêtre se referma.

Des sourires fleurirent sur les lèvres, à la fois amusés et soulagés d'être débarrassés de cet encombrant Gaston. Après tout : ce n'était que pour onze mois, et aucun n'avait envie d'assister à une exécution… L'idée même révulsait Draco : tuer des gens en se défendant était très différent d'une condamnation à mort. De plus, il ne pensait pas avoir occis qui que ce soit avec sa glace, seulement blessé ou paralysé… Du moins, il croyait.

À la pensée qu'il ait pu abattre quelqu'un, une nausée le prit à la gorge. Depuis cette fameuse nuit, en haut de la tour d'Astronomie, face à face avec Dumbledore, il ne supportait pas l'idée d'ôter la vie à qui que ce soit. Il ouvrit vite le tissu que son animal venait de lui apporter pour chasser les images horribles qui lui revinrent en mémoire. Ce fut efficace !

« Hugin ? demanda-t-il au volatile sur son épaule. Pourquoi me ramènes-tu des fraises des bois ?

- C'est tout lui, ça ! rit la fée bleue en appelant une coupelle pour y mettre les fruits. Il trouve que tu n'as pas assez mangé. Je ne compte plus le nombre de fois où il nous proposait ses gâteaux entre deux cours. Pansy devait se retenir pour ne pas les lui jeter à la figure ! »

Le blond se pétrifia, et deux fraises chutèrent. Blaise se redressa d'un coup, le teint pâle, bouche tombante et yeux exorbités. Les Gryffondors les observaient d'un air intrigué, dans l'attente d'une explication, mais la compréhension transforma peu à peu le visage de Hermione en une stupeur identique. Hugin croassa gaiement, et s'envola vers Millicent pour donner un coup de tête sur sa joue, comme un chat quémanderait des caresses.

« Quoi ?! aboya Zabini en se levant d'un bond. Tu te fous de moi ?! C'est pas… ! Cette saleté de piaf n'est pas… ! Il peut pas être… !

- Greg ? » souffla Draco d'une voix blanche.

Le corbeau agita ses ailes en criant et sautillant de bonheur. Il s'envola et tourna autour de la tête de Turquoise, avant de décrire des cercles autour d'Elsa, puis d'aller taper les cheveux crépus de Sinbad d'un coup de plumes précis.

« Vous ne l'aviez pas reconnu ? s'étonna Bulstrode.

- Et comment ?! hurla le pirate, hystérique. T'as vu sa gueule ?! Putain d'enfoiré ! T'as failli foutre le feu à ma piaule ! Tu m'as déchiqueté les doigts ! Tu me cries dessus à la moindre occasion ! Bordel, mec ! Je croyais qu'on était potes !

- Il a dû voir là un bon moyen de se venger, s'amusa la blonde en regardant le corvidé se percher sur une poutre pour croasser d'un air moqueur. Il n'a jamais pu accepter que tu nous laisses tomber, ces dernières années. Surtout Draco. Tu es censé être son meilleur ami, et tu l'as abandonné au moment où il avait le plus besoin de toi. Quand on en discutait, lui et moi, il était vraiment très en colère contre toi. Mais merci au Sortilège des Contes et Légendes : on dirait que tu as trouvé le moyen de te racheter. Heureusement, sinon je me serai fait un plaisir de m'en charger. »

Blaise ouvrit et referma plusieurs fois les lèvres… puis baissa la tête, mal à l'aise. L'accusation n'était même pas sous-entendue, et le sourire froid de Millicent ne faisait qu'intensifier son reproche.

Harry observait l'échange en fronçant les sourcils, conscient qu'il en apprenait bien plus qu'il aurait dû. Il voyait Malfoy déglutir et se mordre les lèvres, incapable de réagir. Ses mains prises par le cadeau de Hugin l'empêchaient de se triturer les doigts, comme il en avait l'habitude quand il était stressé. D'autres fraises tombèrent au sol, et Arthur se leva pour les ramasser. Il espérait qu'un mouvement de sa part le sortirait de sa tétanie, et fut satisfait de le voir sursauter à son approche.

Le brun récupéra les fruits à ses pieds, et se redressa face à lui. Leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Tout en prenant le baluchon garni, il en profita pour détailler le miroir dans ses yeux…

Il y avait tant d'émotions dans son regard. De la douleur, de la tristesse, de la déception… Mais aussi de la surprise, un peu d'espoir, de l'incompréhension… Les iris d'argent fixaient Harry sans vraiment le voir, dans un état second, et ce constat lui brisa le cœur. Il avait l'impression d'être face à cette poupée perdue que Tracassin avait décrite, figée tant que personne n'agissait pour tirer ses ficelles. Et la psyché était toujours autant brisée, voire peut-être plus : des milliers de brisures s'étalaient sur sa surface, telle une toile d'araignée, entre plusieurs longues et profondes fissures. De nombreux éclats naviguaient, et la poussière de verre brillait vers ses pupilles. Il ne savait pas comment s'y prendre pour la réparer : à chaque fois qu'une brèche s'effaçait, trois autres apparaissaient peu de temps après.

Mais ils étaient proches depuis trop longtemps. Arthur se détourna et remplit la coupelle de fraises. Il en prit une qu'il goutta, et fit son possible pour ignorer le silence qui s'était installé.

« Elles sont excellentes, dit-il finalement. Merci, Hugin. Je veux dire… "Goyle" ? »

"Grégory" croassa en réponse, vite rejoint sur la charpente par l'écureuil.

« Ratatosk aussi est une personne de notre monde ? demanda Draco en s'engouffrant dans la brèche que le brun venait de lui ouvrir.

- Ce petit rongeur ? répondit Millicent. Non. Il n'est pas un animal ordinaire, je ne vous apprends rien, mais il n'est pas… maudit, comme Greg.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? questionna Blaise après s'être raclé la gorge pour se reprendre. C'est une marotte de maudire tout le monde dans cet univers ? On entend parler que de ça depuis notre arrivée !

- Oh, mais la sienne ne date pas d'hier. Je le sens : la magie qui l'entoure est presque aussi vieille que moi.

- Vous voulez dire que cet oiseau… "Goyle" serait également âgé de plusieurs milliers d'années ? s'enquit Belle en observant le volatile sous un nouveau jour.

- Et Munin ? insista Harry, intrigué. Son frère corbeau noir… Est-ce qu'il serait… Vincent Crabbe ? »

Hugin croassa en battant des ailes, et balança le haut de son corps de haut en bas.

« Apparemment, fit la fée. J'aurais bien aimé le revoir, dommage qu'il ne soit pas là.

- Mais c'est impossible, réagit la Bête. Crabbe est mort.

- Remus aussi, et nous l'avons pourtant vu à Avalon, lui rappela Arthur en se frottant les paumes des mains d'un air soucieux. Mais il n'a pas de souvenirs du réel, comme nous. Il est juste… un personnage vivant dans ce monde. Ce doit être la même chose pour Crabbe.

- "Munin"... réfléchit Hermione, concentrée. "Hugin et Munin"... Ce ne seraient pas les noms des corbeaux d'Odin, dans la mythologie nordique ? Ses messagers qui parcourent les mondes afin de lui rapporter tout ce qui s'y passe ? Que signifient-ils déjà ?… "Esprit" et "mémoire", je crois…

- La mythologie ? "Odin" ? s'étonna Zabini en levant haut les sourcils avant de se tourner vers Goyle, toujours perché. Bah mon vieux ! T'as pris du galon ! T'es pote avec le dieu des dieux, maintenant ?

- Tu pourrais… commença Elsa.

- Non, coupa Turquoise. Et cette fois-ci, ça ne dépend pas de ma volonté. La malédiction qui l'entoure est trop… ancienne et puissante. Avec le temps, elle s'est fondue en lui. Je ne peux rien y faire. Il devra passer ces onze prochains mois sous les plumes blanches de ce corbeau… À moins que vous ne rencontriez un très haut mage… comme Theo.

- Hors de question ! asséna très vite Harry, catégorique. Nous l'avons assez vu, je refuse que quiconque négocie un autre marché avec lui ! Je n'ai pas l'impression qu'il vive mal sa nouvelle nature, et je suis sûr qu'il ne voudrait pas voir ses amis payer un lourd tribu pour lui. Je me trompe ? demanda-t-il en levant le visage vers l'animal qui acquiesça du bec.

- J'adorerai voir la tête de Carmichael quand il apprendra qui sont réellement ses deux précieux piafs, sourit méchamment Blaise.

- J'ai tellement à lui raconter dans ma prochaine lettre, soupira la reine en se massant les tempes. Je ne sais pas par quoi commencer…

- Si vous en êtes là dans vos réflexions, c'est qu'il est temps de partir », décida Millicent.

Elle se leva d'un bond, claqua trois fois dans ses mains, et la vaisselle s'éloigna dans de grands bonds pressés. Un bac savonneux les attendait dans la cuisine, et toutes les tasses s'y jetèrent pour se prélasser et jouer dans ce bon bain mousseux. Les livres allèrent se ranger dans les étagères, les parchemins se roulèrent avant de s'entasser sur une commode ou dans divers tiroirs, et le balai s'activa afin de débarrasser le sol de sa poussière et des poils de la Bête. Un petit sac de voyage sauta au centre de la pièce, et de nombreux vêtements, produits, ouvrages, plumes, pots de fleurs, bocaux, fioles, et ustensiles inconnus vinrent s'y engouffrer.

« Vous partez en voyage ? questionna Lancelot, dubitatif.

- Je viens à Églanteria avec vous, voyons ! le gronda-t-elle comme si c'était évident. Je dois m'occuper d'Elsa, en plus de rendre Pinocchio à Geppetto. Et Adam ne va pas me faire l'affront de refuser de m'héberger une seconde fois. N'est-ce pas ?

- Euh… non ! hésita la Bête, pris de court. Vous êtes… la bienvenue ?

- Parfait ! Alors attendez-moi dehors, vous tous. Et en dehors des limites de mon jardin, si vous ne voulez pas finir en rosier. Draco, reste avec moi. Toi aussi, Potter.

- Pourquoi le balafré ? s'étonna le pirate, partagé entre la jalousie et l'agacement. Si lui peut, alors…

- Tu sais pourquoi, l'interrompit-elle, ses yeux cyan luisant comme une menace. N'oublie pas qui je suis dans ce monde. Même si tu l'as déçue, Millicent t'aime toujours comme son ami. Mais Turquoise sait que tu n'as rien à faire ici. Alors je vais te laisser le bénéfice du doute. N'en abuse pas. »

Zabini eut un mouvement de recul, une peine vive sur le visage. Pourtant, il se contenta de hocher sèchement la tête, dents serrées. Puis, il tourna les talons, et fut le premier à sortir. Suivi de Hugin qui vint pour la première fois se poser sur son épaule. Le couple Weasley échangea un regard perdu, Neville toujours immobile près d'eux. Cependant, lorsque Harry leur signifia d'un geste que tout allait bien, il se levèrent à leur tour et franchirent le seuil de la masure. Hermione jeta un dernier regard insistant à son ami, avant de s'éloigner dans la lumière du jour.

« Tu crois que je t'ai oublié, toi ? »

D'un doigt en l'air, Turquoise attrapa magiquement Ratatosk qui s'enfuyait sur la poutre, et l'envoya dehors avant que la porte ne se referme en claquant.

« Bien ! sourit la fée. Enfin seuls !

- Y a-t-il un problème ? »

Nerveux, Draco se tenait debout, droit comme un "I", et tirait sur ses doigts. Il avait toujours la désagréable impression que Millicent était plus la fée séculaire aux pouvoirs écrasants que son amie, et leur longue conversation n'avait fait que prouver sa capacité à les réduire en cendres au moindre mot de travers. De plus, elle semblait voir et comprendre des faits dont il ne saisissait pas la moitié, comme l'avait démontré son dernier échange agressif avec le pirate… dont il comptait bien tirer les vers du nez dès que possible. En clair, Potter et lui avaient beau être roi et reine, c'était elle qui avait l'ascendant sur eux ! Ils n'avaient pas d'autres choix que de se plier à ses exigences… Cela le rendait fébrile.

« Si tu parles de "Blaisou", ce n'est rien de bien méchant, soupira la blonde en allant vérifier son sac pour être sûre de n'avoir rien oublié. Depuis que je suis dans ce monde, je rêve de pouvoir lui faire payer ces dernières années. Je l'ai un peu en travers de la gorge, vois-tu ? Mais vu la situation actuelle, ce serait contre-productif… Le moins que je puisse faire, c'est de lui donner une petite piqûre de rappel. Peu importe, ce n'est pas la raison pour laquelle j'ai voulu m'entretenir avec vous deux, ajouta-t-elle en faisant craquer son dos comme une vieille dame, malgré son apparente jeunesse. J'ai l'impression que tu n'en as pas parlé à Draco, Potter. N'est-ce pas ? »

Le blond se tourna d'un bond vers Arthur. Celui-ci baissa les yeux, lèvres pincées, et commença à se dandiner sur ses jambes d'un air embarrassé.

« De quoi parle-t-elle ? Je croyais que nous étions honnêtes l'un envers l'autre !

- Nous nous sommes seulement promis de ne jamais nous mentir. Pas de tout se dire ! C'est exactement ce que j'ai fait ! C'est juste que… C'est… compliqué.

- Qu'est-ce qui est "compliqué" ?! s'énerva Elsa. Que cherches-tu à me cacher, encore ?! De quoi est-il question ?! Cela me concerne, n'est-ce pas ?!

- Oui ! Mais c'est… c'est un peu…

- Accouche, Potter !

- Calme-toi, Draco, intervint Millicent en posant une main sur son bras. Je comprends ton inquiétude… mais je saisis également pourquoi il ne t'a rien dit.

- Comment l'avez-vous su ? s'enquit Harry, perturbé. Personne ne voit rien ! Je suis le seul à l'avoir remarqué !

- De quoi s'agit-il, bon sang ?!

- Ce sont tes yeux, lâcha Arthur, l'air grave.

- De qu… C'est quoi encore le problème avec mes putain d'yeux ?! s'emporta Draco, à bout de nerfs. Je sais déjà qu'ils sont en argent, et alors ?! Cela ne m'empêche pas d'avoir une bonne vue !

- Ils ne sont pas seulement en métal, le coupa la fée. Ils sont… un miroir. Un miroir d'argent brisé. »

Elsa resta interdit, scrutant leurs visages pour déceler des réponses aux milles questions qui s'enchevêtraient, se brouillaient et se tordaient dans sa tête. Les mots se bousculaient dans sa gorge, mourant avant d'atteindre ses lèvres. Ses deux interlocuteurs attendaient une réaction de sa part, un mot prouvant qu'il avait bien compris l'information. Le Gryffondor semblait nerveux, alors que Turquoise l'observait comme un enfant devant un aquarium.

« Mais… finit-il par bredouiller. Comment ça ? Je ne comprends pas…

- J'imagine bien, grimaça Potter. Je voulais t'en parler, au début… Personne n'a jamais fait aucune remarque à ce sujet, pas même Blaise. Ça m'a étonné… Et puis il y a eu la reprise d'Avalon, ton retour en tant que reine…

- Tu aurais pu profiter de nos soirées en tête à tête ! Et qu'est-ce que cela signifie exactement ?! Un "miroir brisé" ? Est-ce une image ? Cela n'a pas de sens !

- Tu ne peux pas le voir, expliqua la fée d'un ton dogmatique. Tu t'es probablement déjà regardé dans une glace depuis notre arrivée dans ce monde, et tu n'as rien noté d'étrange, n'est-ce pas ? Je vais tenter quelque chose… »

Millicent leva la main vers le visage de Draco qui recula par réflexe. Elle fit mine de rien, et continua de l'approcher sans marquer de temps d'arrêt. Puis, elle posa sa main ouverte sur ses yeux qu'il ferma au dernier moment, tous les muscles de son corps crispés dans l'attente de ce qui allait se produire…

Un froid glacé l'envahit. L'intégralité de son épiderme était piqué de milliers d'aiguilles, comme s'il s'enfonçait dans une fourmilière géante. D'abord les paupières, puis le crâne, le cou, les épaules, les bras, le long de la colonne vertébrale… Il avait la sensation de plonger tête la première dans une mélasse gelée. Cela ne dura que quelques secondes avant que l'inconfort cesse… Et il rouvrit les yeux.

Devant lui, son amie tenait un miroir à main, sans doute matérialisé par magie. Son reflet l'observait d'un air perplexe… quand un détail attira son attention. Il prit l'objet des mains de la fée et approcha sa surface lisse de son visage.

« C'est… », hoqueta-t-il, un vide se formant dans son être.

Les différents plis striés de ses iris étaient étranges. Ils semblaient plus "durs", plus "francs"... Les reflets du métal scintillaient curieusement, les motifs s'apparentaient à la forme d'une toile d'araignée… ou d'un impact sur du verre. Un vertige le saisit, une sueur froide dégoulina dans sa nuque.

« C'est… », bredouilla-t-il encore, sous le choc.

Il lâcha l'accessoire et recula vivement, évitant les éclats tranchants lorsque la glace explosa au sol. Ses yeux étaient une psyché d'argent cassée ! Il porta la main à ses lèvres pour retenir le cri d'horreur qui menaçait d'en sortir. Des bras fermes s'enroulèrent autour de lui et l'empêchèrent de s'écrouler, avant même de réaliser qu'il tanguait sur ses jambes. Dans un état second, il se tourna lentement vers l'homme qui le maintenait, et détailla son visage inquiet.

« Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? lui murmura-t-il d'une voix blanche.

- Comment voulais-tu que je t'explique… "ça" ? J'ai vite compris que tu ne le voyais pas… J'étais le seul… Et je ne sais toujours pas ce que cela signifie…

- Pourquoi ? répéta Draco. Pourquoi toi ? Ce sont mes yeux, et je ne percevais pourtant rien ! Qu'est-ce que cela signifie ?!

- Je ne suis pas sûre, intervint la fée en faisant disparaître les débris d'un geste de la main. L'expression "les yeux sont le miroir de l'âme" n'a jamais été aussi vraie que dans ton cas. Mais de là à le distinguer de façon si concrète… Il s'agit d'une magie très profonde. Reste à savoir s'il s'agit de la tienne, ou de celle d'un mage qui t'aurait lancé un maléfice.

- Qui ? s'écria le blond paniqué. Pourquoi ?! Serait-ce Theo ? Est-ce à cause de la mèche de cheveux que je lui ai donnée ?

- Non, répondit Harry. Tes iris sont ainsi depuis notre premier jour dans cet univers, je l'ai remarqué dès notre rencontre, dans ton palais de glace.

- Dès notre… Comment ?! s'emporta Malfoy. Tu sais depuis tout ce temps et tu ne m'as rien dit ?!

- Que voulais-tu ?! Que j'arrive, la bouche en cœur, pour t'annoncer "Salut, Malfoy ! Au fait, t'as des yeux complètement éclatés ! T'arrives à cligner des paupières sans te couper ?"

- Crétin ! Ce n'est pas le moment de plaisanter ! Tu avais mille façons ! Mille occasions de m'en parler !

- M'aurais-tu cru ? Notre relation était déjà bien fragile ! Te révéler cette information sans que tu puisses la constater par toi-même n'aurait mené à rien ! Le premier soir, il a fallu que ta sœur, dont tu venais à peine d'apprendre l'existence, confirme la présence d'argent dans tes iris pour que tu me crois ! Je n'allais pas ajouter qu'ils étaient brisés en même temps ! Alors que j'étais le seul à le voir !

- Alors c'était pour ça ? réalisa brusquement le Serpentard. Toutes ces fois où tu t'approchais si près de moi… quand tu tenais mon visage pour m'empêcher de me détourner… Tu observais les fragments dans mes yeux !

- C'est vrai… mais…

- Et pas une seule fois tu n'as pris la peine de m'expliquer ton comportement ! J'ai cru que tu cherchais à m'intimider, à me déstabiliser, ou que sais-je encore ! Ne penses-tu pas que j'avais le droit de savoir ?!

- Bien sûr que si ! J'allais finir par te le dire ! Juste je… je ne savais pas comment…

- À quoi cela te sert-il, d'ailleurs ?! Mes yeux sont détruits ! Super ! Pas besoin de venir le vérifier tous les jours en collant ton nez au mien !

- En fait… hésita le Gryffondor en se passant une main sur la nuque. Si.

- Quoi ?!

- Ils se réparent !... Et se re-brisent… Je ne sais pas très bien comment cela fonctionne. Il semblerait que ce soit lié… à ta confiance en toi. Ou à ta magie… je ne sais pas… »

Le blond observa le brun, sourcils froncés, de plus en plus convaincu qu'il était devenu fou. Comment un miroir pourrait-il se reformer ? Les dégâts étaient irréversibles sans le bon sortilège… Un sortilège…

« De quelle manière ? demanda-t-il, la voix chargée d'espoir.

- Je ne sais pas, je t'ai dit !

- Tu te fous de moi ?!

- Du calme… soupira Millicent en fermant sa valise, après avoir vérifié ses affaires une dernière fois pendant qu'ils discutaient. Je t'ai dit que c'était lié à ton âme, Draco. Tu dois aller mieux pour à nouveau avoir de jolis yeux en argent limpide, c'est tout. D'ailleurs, ça te permettra aussi de maîtriser ta magie plus facilement. Tu feras d'une pierre deux coups !

- "Aller mieux" ? Suis-je bête : c'était tellement évident ! cracha-t-il, plein de morgue. Je m'en vais de ce pas contacter un psychologue ! Il doit y en avoir des tas dans l'univers des Contes et Légendes !

- Ne sois pas stupide, grommela-t-elle en posant son sac sur une chaise, non loin de l'entrée. Contente-toi de poursuivre ton périple avec Potter, ça ne te fera pas de mal. À force, vous finirez bien par découvrir comment tout est arrivé.

- Et pourquoi avec lui ? Je m'en sortirai bien mieux seul, puisque je ne peux visiblement pas lui faire confiance !

- Tu es sérieux ?! s'énerva Arthur. Après tout ce que j'ai fait pour toi ?!

- Quoi, par exemple ?! Me mentir ?!

- Tu dois rester avec lui, les interrompit Turquoise d'un air grave. S'il est le seul à voir ton miroir brisé et lire ton âme, ça doit avoir une signification. Même si je ne sais pas laquelle. Vous êtes liés, d'une manière ou d'une autre, et il est forcément la clef de l'énigme. Je ne parviens pas à le distinguer, mais je sens le fil qui vous relie. De la même façon que je ne discerne pas ta psyché détruite, je l'ai juste perçue à travers ta magie… C'est difficile à décrire. J'ai dû m'appuyer sur la vision de Potter pour comprendre. C'est également ainsi que j'ai modulé ta propre vue, afin de te permettre de voir l'état de tes iris. Et il y a cette ombre, entre vous…

- Une ombre ? s'inquiéta Harry.

- Un danger ou une menace… Elle a perverti votre lien tout en le raffermissant. Je ne peux pas dire avec certitude ce qui était avant, mais en l'état actuel, vos destins ont… "fusionnés".

- Fusionné ? fit le blond, interloqué. Que veux-tu dire ?

- Titania m'a dit une chose similaire… réfléchit Harry. Comme quoi j'aurais lié mon "destin funeste" à celui d'Elsa…

- Et c'est maintenant que tu en parles ?! s'exclama Draco, hors de lui. As-tu encore beaucoup d'autres surprises de ce genre ?!

- Je pensais juste qu'elle ne m'aimait pas, c'est tout ! Je n'ai pas prêté foi à ses divagations ! Mais si la fée bleue le confirme…

- Qu'as-tu encore provoqué ?! D'après tes dires, ce serait de ton fait ! Tu as toujours eu l'art de t'attirer les ennuis ! Un vrai porte-poisse !

- À qui la faute ?! Dois-je te rappeler que tout ce que nous faisons est pour toi ?!

- Maintenant, ce serait de ma faute si tu nous as lié ?!

- Je sens la patte de Tracassin », les coupa-t-elle encore une fois.

Elsa sursauta et fixa Millicent… puis se tourna d'un bond vers Arthur qui se détournait, les mâchoires crispées.

« Cela voudrait dire… souffla le blond, interloqué. Le prix…

- Exact ! ragea le brun en dardant un regard hargneux sur Malfoy. Pour sauver Avalon et gagner dix mois, j'ai dû promettre de réparer le miroir de tes yeux ! J'ai renoncé à la quête du Graal, et même à une possible fin heureuse ! Pour toi ! »

Draco recula d'un pas, et le sang déserta d'un coup son visage. Il avait le tournis… C'était pire que ce qu'il avait imaginé ! Il agrippa le dossier d'un fauteuil, et s'y accrocha pour ne pas tomber, l'air hagard. C'était trop ! Potter n'aurait jamais dû… Comment allait-il pouvoir lui revaloir son sacrifice ? Comment réparer le mal qu'il avait fait ?... C'était son pays ! Sa malédiction ! Sa faute ! Et le Roi Arthur allait tout prendre sur lui ?

Des larmes s'accumulaient sous ses paupières et il les cacha derrière ses cheveux. Un "destin funeste". Ces mots faisaient sens, à présent… Sa seule consolation était de savoir qu'ils en partageraient l'aboutissement. Mais quel était-il ? En quoi reformer le miroir de ses yeux engendrerait un mal ? Ou était-ce autre chose ? L'abandon du Graal. Laisser ses chevaliers partir sans lui. Être tant déterminé à le suivre dans son voyage pour maîtriser sa glace… Cela n'avait pas été de l'altruisme : il y avait été contraint ! À cause de lui ! Il était bel et bien le méchant de l'histoire… le monstre…

« Je suis désolé… bredouilla-t-il, se retenant de vomir. Je…

- J'exagère, expira brutalement Harry en frottant sa crinière, embarrassé. Ce n'était pas que pour toi. Je te l'ai dit : j'ai grand intérêt au bien-être de ton Royaume, le mien en dépend trop. Ce serait égoïste de te donner toute la responsabilité. C'est ma décision, et je ne le regrette pas. C'était… un "mal nécessaire".

- Comment peux-tu le prendre si légèrement ?! s'emporta Elsa, soudain furieux. Te rends-tu compte des conséquences ?! Le "Roi Arthur" qui ne cherche plus la coupe sacrée ?! Tu te détournes de ta légende !

- Et alors ?! Ce n'est que pour un an ! À la fin, nous retournerons à Poudlard, et…

- Tu ne penses pas ce que tu dis ! Pas après un mois dans ce monde ! Moi-même, j'en oublie qui je suis ! Nous ne pouvons agir qu'en accord avec le personnage que nous incarnons ! Et le Roi Arthur est indissociable du Saint Graal ! Tu as…

- Je sais ! hurla le Gryffondor en frappant sur le plan de travail, faisant bondir et s'éloigner la pauvre vaisselle apeurée. Mais je suis roi ! Je me dois de protéger mon Royaume et mon peuple ! Et cela passe par la richesse et la fertilité d'Avalon ! Tant pis si je dois renoncer à la quête de toute ma vie pour ça ! De toute façon, le Roi Arthur meurt avant de le trouver… et puis j'ai des chevaliers pour poursuivre la légende sans moi. Si cela permet la survie de mes gens et la prospérité de mes terres, j'accepte mon sacrifice avec joie ! Par contre, il n'a jamais été question de t'entraîner avec moi ! Tracassin n'en a pas fait mention, ce n'était pas dans le contrat ! Je refuse de laisser cela se produire ! Alors nous devons comprendre ce lien entre nous, et pourquoi je suis le seul à voir le miroir brisé de tes yeux ! Et je compte bien profiter du savoir de tous les mages et toutes les fées que nous allons rencontrer pour cela ! »

Sa diatribe instaura un long silence pesant, et il frotta encore ses cheveux, nerveux. Harry n'aimait pas du tout la tournure qu'avait prise cette conversation. Il en voulait à la fée bleue de l'avoir contraint à révéler son secret : une longue et profonde fissure s'était horriblement creusée dans les iris d'argent, il la voyait de là où il se tenait ! Ce stupide blondinet avait pris la mauvaise habitude de déprimer et de se considérer comme fautif à la moindre occasion ! C'était exactement ce qu'il voulait éviter !

Dépité, il soupira et chercha à reprendre son calme. Que pouvait-il dire de plus pour soulager Malfoy ? Il avait l'impression d'empirer l'état de ses yeux à chaque geste ! Mais comment faire ? Il avait envie de lui mettre des baffes !

« Avez-vous terminé ? demanda Millicent au bout d'un moment, le doigt tapotant d'impatience sur sa petite valise. Tout le monde nous attend dehors. Et maintenant que tout a été mis au clair, il est temps de les rejoindre.

- C'était cela que vous désiriez ?! gronda le brun. Que nous nous disputions ?!

- Je voulais que Draco sache ! trancha Turquoise d'un ton sans appel. J'en ai assez de le voir se faire manipuler par tout le monde sans qu'il ne puisse avoir voix au chapitre ! D'abord son père, puis Voldemort, la communauté sorcière, Blaise, maintenant Tracassin, sa magie, et enfin toi, Potter !

- Vous me mettez dans le même panier que des mages noirs ?!

- Tu cherchais à le "réparer" sans lui demander son avis, sans lui expliquer comment ni pourquoi ! Tu veux agir sur sa vie à son insu, alors oui, tu es exactement pareil ! Toi, plus que quiconque, aurais dû le comprendre. As-tu une idée de la manière dont il aurait réagi s'il l'avait appris plus tard ? Plus vous aurez passé de temps ensemble, plus il t'aurait fait confiance, plus dur aurait été ta trahison ! Les cassures dans ses yeux seraient devenues irréparables ! Alors oui, que vous vous chamailliez maintenant est exactement ce que je désirais ! À présent, si vous voulez bien m'excuser, j'ai un âne à ramener à son père. Je dois fermer la maison, alors oust ! »

D'un claquement de doigts, elle éjecta Potter par la porte ouverte, et il atterrit durement dans l'herbe. Harry se releva en grommelant. Il aperçut Malfoy sortir sur ses deux jambes pendant que la fée fermait sa demeure avec une grosse clef épaisse. Puis, elle traversa le gazon à grandes enjambées volontaires, matérialisa un harnais autour de la tête d'un des trois baudets, et attrapa la longe qui flottait magiquement pour le tirer derrière elle, sans un regard en arrière.

Arthur soupira et épousseta ses braies de voyage en lin écru. Il observa le blond se tordre les doigts et se mordre la lippe d'un air indécis. Il avait déjà aperçu sa sœur avoir la même manie lorsqu'elle était embarrassée, probablement une habitude de famille. Mais en voyant le brun l'attendre, Elsa prit une grande inspiration, et se mit en marche, la mine fière. Mais quand il passa près de lui, le Gryffondor attrapa sa main pour l'arrêter, et l'obligea à lui faire face.

« Je suis désolé, lui dit-il, sincère. Vous avez raison : j'aurais dû t'en parler plus tôt. Je ne savais pas comment m'y prendre. Je n'ai jamais cherché à te le cacher intentionnellement. »

Draco le dévisagea, le visage neutre… Les secondes lui parurent des minutes, mais il soutint son regard, déterminé à lui transmettre son honnêteté. Il ne voulait pas perdre tout ce qu'ils avaient réussi à construire, juste à cause de sa maladresse. Il était bien le dernier à vouloir l'utiliser pour parvenir à ses fins, contrairement à ce qu'avait semblé sous-entendre Turquoise. Et malgré la froideur de son expression, Harry distinguait un éclat particulier dans ses prunelles d'argent. Il eut un espoir… Puis, comme un vœu exhaussé, une longue fêlure se résorba lentement.

« Je te crois », répondit simplement Malfoy.

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Petite review, siouplait ? C'est mon carburant pour continuer ! Ze vous aime !

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Réponses aux reviews anonymes :

- Luna : ooh c'est si gentil, si mignon et si adorable d'avoir fait l'effort de poster ce commentaire malgré le fait que tu n'arrives pas à mettre des mots sur ce que tu penses ! J'en ai été très touchée ! Merci ! Vraiment ! Il n'y a pas forcément besoin de longues phrases pour exprimer ce qu'on pense, rien que le fait de savoir que l'histoire te plait et continue à te plaire me remplit de joie et d'allégresse ! N'hésite pas, même un petit mot, un smiley, ou un "blob" fait toujours très plaisir ^^ ! Et si à un moment, un passage t'intrigue, ou un détail n'est pas assez clair, je te répondrais toujours avec un immense bonheur ! Merci !

- Guest 1 : Merci merci merci ! Waaa j'étais si contente de lire tes compliments sur l'histoire ! Je suis ravie que tu la trouves prenante ! J'espère que c'est toujours le cas avec ce nouveau chapitre ! Avec toutes ces révélations, il n'a pas été facile à sortir, j'ai un peu peur que toute la conversation avec la fée soit un peu longue et chiante _ mais c'était nécessaire. J'ai fait mon possible pour la rendre plus fluide et plus attractive avec des petits détails par-ci par-là. N'hésite pas à me dire ce que tu en as pensé ! Merci merci encore mille fois !

- Guest 2 (Kaze) : Ooooh ! Merci ! Je suis super contente que tu aimes ma façon de décrire les émotions et réflexions ! Je trouvais que c'était un bon moyen pour rentrer plus facilement dans la tête d'un personnage et mieux saisir sa personnalité, autant à l'écrit qu'à la lecture. Ça peut aider à le préciser, et le rendre bien plus réel. T'as pas tort du tout pour Zacharias _ … Sur le moment, je ne savais pas trop quoi faire de lui, et c'était ce qui m'avait paru le plus logique sur le coup, vu les circonstances. (après, pas de tortures physiques, hein ?) Et puis après, j'ai eu une idée, mais je vais m'arrêter là pour éviter le spoil… héhéhé. Tu vas sans doute penser la même chose pour McLaggen à la fin de ce chapitre-ci X)))) Mais là, ce n'est pas tout à fait pareil. Petit indice : Pinocchio et Lucignolo, en ânes, sont en bonne santé et somnolent paisiblement. Cormac va pas du tout souffrir ! héhé. J'espère que cette suite te plait toujours ! J'ai hésité à chercher ton profil sur le site avec le pseudo Kaze pour te répondre en mp, mais j'ai eu peur de me tromper de personne. Merci vraiment beaucoup pour ta review ! Ça m'a fait tellement plaisir ! (en plus, tu m'as donnée une nouvelle idée pour un truc, plus tard) J'espère te relire très vite ! Merci !

NOTE DE L'AUTEUR :

Tout d'abord, MERCI INFINIMENT ! C'était… c'était tellement INCROYABLE de recevoir vos reviews ! Au moment de poster le chapitre précédent, je priais pour en recevoir même juste une seule ! Alors autant, c'était… Noël avant l'heure ! Un déluge de bonheur ! Une pluie de joie ! Un bain d'allégresse ! Je sautillais sur mon siège, je me roulais par terre en ricanant comme une débile (bon, ok, j'exagère… un poil X)))) ). Merci vraiment ENORMEMENT ! Les commentaires, c'est un réel carburant pour les auteurices ! À force de discuter avec les autres, je peux vous assurer qu'un petit message, même infime, apporte tant de joies à celleux qui les reçoivent ! C'est plus qu'un carburant, c'est un vrai moteur supra puissant 10.000 chevaux ! J'ai été re-boostée à fond ! J'ai eu des idées qui ont fleuri dans ma tête pour la suite de cette histoire, plus sûrement qu'un matin de printemps ! Il n'y à pas forcément besoin de grandes envolées lyriques (même si c'est toujours mieux X))) je ne vais pas le cacher), un simple petit mot peut faire battre le cœur plus fort ^^ !

Alors encore une fois : merci merci merci merci merci merci ! Vous m'avez tellement gâtée ! J'en re-veux encore tout plein ! Je ne me lasse pas d'un tel bonheur ! Vous êtes de l'or en barre ! La sensation à chaque commentaire reçu est exceptionnelle ! Irremplaçable ! C'est ce qui me rappelle pourquoi j'aime tant écrire et partager mes textes ! MERCI ! Vous êtes !

Après cet élan de reconnaissance extrême (et j'ai l'impression de ne retranscrire par écrit que la moitié de ce que je ressens vraiment), je vais tenter de faire une vraie note de fin de ce chapitre.

Bon, déjà, vous devez commencer à sentir les effets du Drarry qui arrive ^^ ! Mais je n'en dirais pas plus là-dessus ! Je vous laisserai le découvrir !

Il se passe tellement de choses dans ce chapitre ! Je m'étais créé une liste de tous les sujets que je devais aborder dans un coin, et je cochais mes cases à chaque fois que je terminais l'un d'entre eux pour être sûre de ne rien oublier.

Mais si on doit reprendre chronologiquement, il me faut d'abord parler du combat. Je ne suis pas très familière avec l'écriture de l'action, et c'est très difficile de retranscrire des attaques et effets sans s'embrouiller ou embrouiller le lecteur. Même dans des romans travaillés et publiés par des écrivains au talent difficilement contestable, j'ai parfois beaucoup de mal à suivre les événements. Ça peut être un effet voulu, mais c'est vraiment très ardu à faire ! J'espère que j'ai à peu près réussi. Le point de vue de Hermione, qui n'y participait pas et était la seule à ne pas avoir d'arme pour se défendre, était une facilité. Je l'avoue.

Pourtant, je ne pouvais pas écrire une histoire sur une quête aussi proche de la fantasy sans décrire un combat ! Et ce sera loin loin loin d'être le dernier ! Harry va ressortir Excalibur plus d'une fois ! De même, on sait tous que les contes de fée ne sont pas édulcorés comme veut bien nous le faire croire Disney (et encore, ça dépend duquel on parle). On était un peu au pays des merveilles avec ces objets animés, il fallait que je ramène un peu de "dark" ou "angst" dans tout ça. Parce que même si ma fic peut paraître légère sur certains aspects, elle ne l'est pas tant que ça non plus. Je DEVAIS faire en sorte qu'il y ait combat + morts (pendant qu'ils se défendent). Pourtant, j'ai re-alléger le tout avec la "punition" bien légère de McLaggen… J'ai conscience qu'il y a un équilibre un peu bizarre dans tout ça, je l'ai pas super bien géré…

Le passage du pays de Rosa est très "mignon". Je vais revenir à quelque chose d'un peu plus "angsty" après. Ça restera "féérique", rassurez-vous. On ne va pas plonger brusquement dans du full darkness, c'est pas mon sujet. Mais je me suis un peu bloquée en créant un univers de royaumes et royautés, avec des rois et des reines qui doivent bien finir par punir les "méchants" à un moment ou un autre… Et les exécutions, comment dire… j'y tiens pas spécialement ! D'où McLaggen en âne (et pour Zacharias, on y reviendra plus tard, promis !)

Les morts pendant un combat, ça me semble bien plus logique, et rappelle qu'on est quand même avec des Chevaliers de la Table Ronde. Évidemment qu'ils ont déjà tué ! Harry, en tant qu'Arthur, dans le feu de l'action, n'y pense même pas (en plus, il a déjà combattu dans une guerre et une grande bataille en tant que héros, dans le vrai monde. Il n'est donc pas du tout dépaysé sur le principe, même s'il y a plus d'effusions de sang quand on se bat avec une arme moldue !). Par contre, je ne voulais pas que Draco tue qui que ce soit, en référence à sa sixième année où il n'a pas été capable de tuer Dumbledore, même en sachant qu'il devra probablement en payer le prix. J'aime ce parallèle "Harry = gentil = a tué des gens" / "Draco = pas gentil = est incapable d'ôter la vie". Je voudrais m'y tenir, même si ça va être compliqué. On verra bien, ça changera peut-être, peut-être pas, je ne suis pas encore 100% fixée sur ce sujet.

Voilà pour ce passage, très tendu et compliqué à mettre en scène pour moi. Je suis pas totalement satisfaite, j'essaierai de faire bien mieux lors du prochain.

J'espère vous avoir avec Millicent en Fée Bleue, McLaggen en Gaston et surtout Grégory en Hugin ! Héhé, j'attendais depuis tellement de chapitres de pouvoir révéler ce dernier ! Rassurez-vous, on en saura plus sur sa malédiction plus tard. Et oui : il y a des malédictions partout dans ce monde ! haha ! En même temps, il y en a tant de toutes sortes, c'est du drama assuré, pourquoi s'en priver ? Et avec l'arrivée de Hermione, ce puits de sciences, dans le récit, j'ai pu lui faire signaler l'origine mythologique de Hugin et Munin (et Ratatosk).

Je n'ai pas grand-chose à rajouter pour le moment. Ah si, un détail : il est vrai que pour l'univers de la Belle et la Bête, j'ai bien plus pompé sur le Disney que sur le vrai conte. Mais si ça vous intéresse, je vous invite à lire la fiche wikipédia du conte + son origine ("Le Roi Porc" et "Le Prince Marcassin"). Vous comprendrez vite pourquoi j'ai préféré partir dans une autre direction ! Ces contes sont horribles, et je voyais très très mal Ron et Hermione dans ces rôles…

Il y a pas contre deux trois détails que j'ai emprunté au conte. La raison pour laquelle Belle est retenue prisonnière de la Bête : son père a volé une rose dans le jardin du prince. Et comme je l'avais précisé dans le chapitre spécial "la belle et la bête", j'ai transformé tout ça pour que ça devienne une métaphore d'avoir voulu voler le pays, nommé Rosa ! Ça devient tout de suite plus crédible, voire même carrément laxiste comme punition !

Il y a aussi le nom du père de Belle : le Duc d'Apulée. C'est le nom de l'auteur de "Amour et Psychée". Un roman reconnu comme étant l'origine la plus ancienne du conte (IIème siècle). Je pense d'ailleurs que c'est en référence à cette œuvre que la Bête possède un miroir magique dans le dessin-animé Disney. Et j'ai très très très longuement hésité à faire un parallèle psychée - miroir - yeux de Draco… Mais je partais un peu trop en vrille (déjà que je pars assez loin, fallait pas en rajouter trop non plus). Il y a d'autres contes très liés à celui de "la belle et la bête" que j'ai failli utiliser, mais je me les garde finalement au chaud, au cas où j'aurais besoin de les ressortir plus tard. Parce que j'en ai pas fini avec Ron et Hermione ! héhéhé

Un autre petit tour d'horizon pour tout cet univers mis en scène au Royaume de la Rose. Déjà, je ne vais pas vous faire l'affront de vous expliquer pourquoi ce Royaume porte ce nom. C'est assez clair, je pense. Pour le nom de la capitale, j'ai évidemment pris le nom des roses sauvages : l'Églantier ! Donc Églanteria.

Vous savez maintenant aussi pourquoi la Rose Magique que garde précieusement la Bête, liée à la malédiction, est BLEUE ! (Bleu de France, car "la belle et la bête" se déroule en France dans le Disney). C'est évidemment parce que c'est la Fée Bleue ! haha, simple. C'est son emblème ! Et oui, j'ai décidé que toutes les fées avaient une fleur comme emblème (la Pensée pour Titania, et la Rose pour Turquoise). D'ailleurs, en parlant de Turquoise, saviez-vous qu'il s'agit de l'autre nom de la Fée Bleue dans Pinocchio ? D'où son prénom (et la couleur de ses yeux), même si je n'ai pas gardé cette couleur précise pour la rose emblème de cette fée (je trouvais le Bleu de France plus joli, et le lien avec la France me plaisait).

En parlant de Millicent, si vous en avez envie, vous pouvez retourner rapidos dans le prologue pour lire les paragraphes concernant ce personnage. Vous pourrez faire le lien avec le caractère donneuse de leçon que j'ai voulu donner à Millicent. En fait, tous les personnages dont on lit le point de vue dans le prologue avaient dès le départ leur personnage de conte attribué. J'ai écrit leur passage par rapport à ceux-ci. Si vous avez 5 minutes à perdre, ça peut occuper X))) Il y en a des évidents, comme Belle/Hermione, mais d'autres beaucoup moins (comme le cas Millicent/Turquoise).

Pour Pinocchio, je suis restée assez proche du conte d'origine. Je ne pense pas qu'il y ait besoin d'explications complémentaires par rapport aux transformations que j'y ai apportées pour coller à ma fic. Sauf peut-être… LeBois Monstro (la baleine) est le plus métaphorique, puisque c'est normalement Geppetto qui y est emprisonné, et Pinocchio vient le sauver. Là, pour le coup, j'ai énormément dérivé. C'est une image : pour sauver Geppetto de son désespoir pour avoir perdu son fils, et le libérer de sa recherche, les héros doivent entrer dans l'antre de Monstro. Et au final, la Fée Bleue ne le transforme pas vraiment en "vrai petit garçon". Mais il est comme tout le monde dans le royaume : un objet animé. Ce n'est pas lui qui doit s'intégrer au monde, c'est finalement le monde qui se met à lui ressembler. Le Conte de Pinocchio, dans un pays d'objets animés, était juste parfait ! Ensuite, pour la métamorphose en âne car pas sage, la fugue avec Lucignolo le sale gosse, et le voyage vers le pays des jouets… Je crois que Millicent l'a bien expliqué. Si vous avez des questions / remarques, hésitez pas !

Je réfléchis à ce que je pourrais avoir oublié… AH OUI ! La rose "Belle Amour". C'était un coup de chance ! J'ai cherché sur internet tous les types de roses existantes pour trouver une espèce qui conviendrait parfaitement à l'histoire et au conte de la Belle et la Bête. Et ce nom m'a accroché DIRECT ! Non seulement on parle d'amour, mais aussi de Belle ! La référence était beaucoup trop magnifique pour que je passe à côté ! (D'ailleurs, en faisant ces recherches, j'ai trouvé un autre nom de rose absolument parfait et merveilleux pour la suite ! Vous le lirez prochainement).

Voilà ! Je crois que je vais m'arrêter là dans les explications d'intentions. Il me semble avoir fait le tour.

Encore une fois, merci infiniment pour vos commentaires ! J'espère en recevoir tout plein d'autres avec ce chapitre ! siouplai siouplai siouplai ! C'est ma petite récompense ! Et je m'en délecte comme de la plus douce des sucreries -^^- !

À très bientôt !

Ashu