C'est la semaine du nouveau chapitre !
Merci énormément à HydrusMaelstrom, qui non seulement corrige mes bêtises, mais supporte si vaillamment mes digressions, coups de folie, crises existentielles et mon esprit déjà bien tordu de base ! Une patience légendaire, héhé. Je sais pas ce que je ferais sans elle.
Merci encore pour toutes ces reviews ! Mon carburant, si cher à mon cœur ! Comme dit précédemment : du bonheur garanti ! Alors surtout, hésitez pas ! Et oui, même les "blop" et "blob" me conviennent, héhé. C'est la preuve qu'il y a toujours quelqu'un pour jeter un œil par ici ! Évidemment, je préfère les messages plus longs, mais ça reste quand même une jolie petite étincelle pour mon petit cœur tout nul. ^^
(rendez-vous en fin de chapitre pour la traditionnelle Note de l'Auteur !)
Précédemment : Harry (Arthur), Draco (Elsa), Neville (Lancelot) et Blaise (Sinbad) sont au Royaume de Rosa, dans le château de Ron (la Bête/Adam) et Hermione (Belle). Ils ont retrouvé la Fée Bleue, nommée Turquoise (Millicent), et ont découvert que le fidèle corbeau blanc messager Hugin n'est autre que Grégory Goyle, métamorphosé il y a très longtemps par une obscure malédiction.
Obligé par la Fée, Harry a enfin avouer à Draco que ses yeux, outre qu'ils sont d'argent pur, sont également des miroirs brisés. Reflet de son âme ? Nul ne le sait. Mais Harry est le seul à le voir. Même Draco, devant une psyché, ne discerne rien.
À présent que leur mission sur ces terres est terminée, l'heure est venue de programmer leur prochaine destination, et de reprendre la route vers le Royaume de Logres.
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¤¤¤¤ - Chapitre 10 - ¤¤¤¤
Le Lac des Cygnes - La Fée des Neiges -
Assis dans un confortable fauteuil en satin safre, sur la terrasse de la salle de réception, Draco tournait la rose bleue scintillante dans sa main d'un air pensif. En contrebas, Neville expliquait aux jardiniers royaux comment soigner et entretenir l'if grossièrement amputé par la fée bleue. Celle-ci ne s'en était pas excusée. Elle clamait qu'il lui appartenait puisque c'était elle qui l'avait confié mille ans auparavant au roi de l'époque. Et puis, l'arbre ne s'en portait pas si mal : son état ne l'empêchait pas de vivre et de grandir normalement. Le blond sourit au souvenir du visage scandalisé de Londubat. Cependant, conscient que son interlocutrice était une fée séculaire surpuissante, il s'était contenté de s'éloigner et de grommeler plus loin.
L'arrivée de la magicienne au château avait été très remarquée. Tous avaient tremblé d'effroi en apprenant son identité, et Adam et Belle avaient passé de nombreuses heures à tenter de tous les rassurer sur ses intentions. Principalement le Duc Lumière, qui voulait la chasser "à grands coups de pieds dans le derrière", le Duc Big Ben, qui souhaitait lui offrir tout l'or restant de la trésorerie "pour avoir la paix", et Miss Samovar, encore tremblante lorsqu'elle devait lui verser du thé. Cette dernière refusait catégoriquement que le petit Zip soit la tasse dont elle se servait pour boire. Puis, au bout de quelques jours, le calme revint. Les humeurs s'apaisèrent, et les angoisses laissèrent place aux habitudes rassurantes.
Turquoise avait gardé son "âne-Pinocchio" au palais plusieurs jours, avant de le re-transformer en pantin de bois et le rendre à Geppetto. Elle avait vérifié avec soin que la nouvelle tête de bois de l'enfant ne réserverait pas d'autres mauvaises surprises. Puis, satisfaite, elle avait laissé le père retrouver son cher fils tant aimé en toute intimité. Pinocchio n'avait gardé aucun souvenir de son séjour dans la masure de Millicent, et ne put informer les gens sur ce qu'était advenu de Lucignolo. Millicent avait alors eu tout le loisir d'inventer une histoire quelconque. Elle affirma qu'elle l'avait aidé à retrouver ses parents, et qu'ils vivaient à présent heureux ensemble. En réalité, le sale garnement avait un trop mauvais fond pour que la fée le libère. Son nouveau statut de bourrique somnolente offrait de meilleures perspectives d'avenir… tout comme le cas "Gaston".
Elsa soupira et s'appuya contre le dossier de son siège. D'un geste las, il leva la fleur féerique au niveau de ses yeux et la tourna entre ses doigts. Il s'ennuyait… Officiellement, ils demeuraient au pays de la Rose afin de permettre à Draco de suivre l'enseignement de la fée bleue. Officieusement, Millicent l'avait pris à part pour lui confier son emblème : la rose pailletée Bleu de France.
« Je n'ai rien à t'apprendre, lui avait-elle dit, le soir de leur retour au palais. Garde cette rose près de toi, c'est elle qui guidera ta magie. »
Leur leçon s'était arrêtée là, et le blond était perplexe. Il n'avait pu obtenir aucune autre information : Turquoise prétextait que c'était à lui de découvrir l'utilité de la plante. Trois jours étaient passés depuis, et il n'avait toujours pas compris.
Puisqu'ils n'avaient plus rien à faire sur ces terres, ils auraient pu repartir dès le lendemain, mais son amie avait insisté pour le garder un peu plus longtemps près d'elle. L'après-midi, ils se retrouvaient dans le salon vert, et discutaient de tout et de rien. Ce fût ainsi qu'il apprit les conditions dans lesquelles la Serpentard était arrivée dans ce monde.
Elle s'était réveillée dans sa chaumière, entourée de tulipes chantantes, et de sa théière cheffe d'armée de porcelaine en pleine réorganisation des troupes. Considérant leur manège avec de grands yeux ronds, la jeune femme avait pris le temps de détailler les lieux avant de les visiter. Ses grimoires avaient cessé leur dispute, et l'avaient "regardée" déambuler, peu habitués à ce que leur maîtresse agisse si étrangement. Même le coquemar amorphe s'était contorsionné sur sa crémaillère pour la garder dans son champ de vision. Seul le "général vaisselle" avait poursuivi ses activités comme si de rien n'était, et avait frappé le couvercle du pot à sucre à l'aide d'une petite cuillère quand celui-ci avait brisé les rangs.
Seuls trois jours lui furent nécessaires pour recouvrer une grande partie de sa mémoire de fée. Et cinq autres lui permirent de retracer les derniers détails, qui l'éclairèrent sur la suite logique des événements récents. Une telle rapidité surprit Draco. Cela lui rappelait Theo, qui avait affirmé se souvenir parfaitement de l'entièreté de ses deux vies… Peut-être les êtres féeriques regagnaient-ils plus facilement les réminiscences du passé de leur personnage ? Ou bien était-ce lié à leur incroyable longévité ?
À ce jour, seul le début de sa vie de fée demeurait un mystère pour elle. Mais cela lui importait peu : son expérience de magicienne lui permettait de voir le monde sous un nouveau jour, et surtout de cerner les gens avec plus de promptitude. Le cas "Blaise" en était un parfait exemple, même si elle refusait de lui en dire plus à ce sujet.
Celui-ci venait régulièrement participer à leurs discussions. Sa bonne humeur forcée témoignait de son malaise vis-à-vis de Millicent, bien qu'il prenne à cœur son opinion sur lui. Il semblait vouloir montrer patte blanche et remonter dans son estime. Quelque part, le blond le soupçonnait de chercher à la faire taire pour préserver son secret.
Car Malfoy n'avait pas réussi à le faire avouer, même sous la menace de ne plus l'accueillir dans son lit. À chaque fois, le métis détournait la conversation ou s'esquivait avec adresse, ce qui obligea le blond à mettre son chantage à exécution : dès la première nuit, il l'avait jeté dans le couloir, nu et frustré. Quant à ses vêtements, le pirate ne les avait récupérés que le lendemain. Les paroles de Turquoise avaient été claires : il n'aurait jamais dû les accompagner dans leur périple ! Restait à savoir pourquoi et comment… Cela l'agaçait prodigieusement. Il en avait assez qu'on lui fasse des cachotteries !
« Puis-je me joindre à toi ? »
Potter… évidemment. Il ne lui avait pas encore pardonné son mutisme au sujet du miroir brisé dans ses yeux. Même si, d'une certaine manière, il comprenait : sans Millicent et sa capacité à lui faire voir ce qui avait été jusqu'alors invisible pour tous, il l'aurait soit pris pour un fou, soit soupçonné d'être victime d'hallucinations. Malgré tout, il aurait dû lui en toucher un mot !
Cependant, le plus gros problème demeurait surtout le prix qu'il avait eu à payer pour lui. Draco n'arrivait toujours pas à y croire. Pourquoi son ancien ennemi avait-il offert son destin à Tracassin ? Pour lui ? Pour Avalon ? Il n'y avait aucune logique dans le procédé ! À ce moment-là, ils n'avaient même pas encore appris à vraiment se connaître, comme ils l'avaient fait par la suite durant leurs longues soirées en tête-à-tête. Il ne pouvait pas croire qu'il s'agissait seulement de sauvegarder le Royaume, le tribu était bien trop lourd… Mais il n'osait pas l'interroger à ce sujet. Il avait peur des réponses, et ne se sentait pas capable de les assumer. Il préférait nettement lui reprocher son silence à propos de ses yeux, plutôt qu'aborder la vraie raison de ses angoisses.
Draco désigna négligemment le fauteuil face à lui, et reporta son attention sur la rose. Le bouder était ridicule, il en avait conscience… pourtant, il ne parvenait pas à agir autrement. Il se sentait trahi. Même si le brun n'avait pas manqué à sa parole : il avait simplement gardé le silence, comme ils s'en étaient donné le droit durant leurs échanges. Ils ne s'étaient fait aucune promesse, aucun serment… Juste de l'honnêteté. Pas la vérité. Et cela le tuait.
« Ça fait longtemps que nous n'avons pas conversé, tous les deux, sourit Harry en s'installant, le dos un peu raide et les gestes secs.
— Nous avons débattu hier au sujet du nouveau traité de commerce avec Rosa, rétorqua Elsa sans lui adresser un regard. C'est la première fois que je signe pour des biens en cours de création. C'est ridicule !
— Tu as obtenu ta clause de rétractation si le produit ne te convient pas.
— Encore heureux ! Et je vais me retrouver avec deux fois plus de parfums que d'habitude ! Qu'est-ce que je vais faire de tout ça !
— Nous en avons déjà parlé, soupira Arthur, fatigué de devoir revenir dessus. Tu trouveras bien un revendeur intéressé pour développer le marché de ces fragrances dans ton Royaume. L'étendre au peuple, et pas seulement à la bourgeoisie, est une bonne idée.
— Nous sommes d'accord que Belle a de la suite dans les idées, ce n'est plus à prouver. Mais il est frustrant que ce soit à moi de tester le succès de cette nouvelle gamme !
— Comment veux-tu qu'ils fassent ? Leurs gens sont des objets ! Ils n'ont pas vraiment l'occasion de se pomponner. Moi aussi je vais devoir trouver un détaillant qui voudra bien tenter l'expérience. N'as-tu pas insisté pour que nous soyons tous deux les acheteurs exclusifs ? Si d'autres pays sont intéressés, ils devront passer par l'un de nous, ce qui nous permettra d'en profiter encore plus. Si tu n'y croyais pas, pourquoi t'être autant acharné sur cette condition ?
— Mieux vaut penser à toutes les possibilités. Dans le cas où cela ne fonctionne pas, j'ai ma clause de rétractation. Mais si cela aboutit miraculeusement à une réussite, je veux être certain de pouvoir en bénéficier au maximum. Après tout, c'est nous qui prenons tous les risques !
— Quels risques ? Vu l'état de nos Royaumes, ce petit traité ne va pas nous ruiner. En aidant Rosa à se développer, et en plaçant ce pays dans notre giron, nous gagnerons un allié de poids. Je suis sûr que Ron et Hermione finiront par créer une nation forte et puissante.
— En combien de siècles ? Je ne partage pas ton enthousiasme débordant. Il y a peu de chance que Rosa puisse nous être d'une quelconque utilité de notre vivant. J'aurais préféré attendre quelques années, histoire de voir leur évolution, avant de signer quoi que ce soit avec eux. Mais tu ne m'as pas laissé le choix.
— Plus nous pourrons les épauler, plus vite ils grandiront. Même ton "Chat Botté" avait l'air confiant dans sa réponse !
— Il est mon espion, pas mon Ministre des Finances. Qu'en sait-il ?
— L'avenir nous le dira. Cela ne sert à rien de revenir là-dessus. Dis-moi plutôt quelles sont les nouvelles d'Arendelle ? Ta sœur se fait à son nouveau poste ?
— Plus ou moins… hésita Draco, le cœur serré au souvenir de sa chère petite sœur. J'ai cru lire entre les lignes qu'elle est plutôt… surchargée. Mais cela ne fait que quatre jours, elle va s'en sortir. Quant à la pleine lune, elle semble s'être bien remise : Ysengrin l'a prise sous son aile et lui consacre deux heures chaque jour pour lui apprendre à dompter sa bête intérieure…
— Nous nous doutions tous qu'elle deviendrait une louve-garou, le venin de lupus agissait trop vite sur sa blessure. Mais avec l'enseignement de Lupin, les astuces de Kristoff pour garder le secret, et l'assistance de l'Archiduc d'Évalac et de la Duchesse de Monmouth, elle s'en sortira très bien. Je ne me fais pas de souci pour elle.
— C'est ce qu'a l'air de dire Eddie… fit pensivement le blond en triturant ses longs doigts fins.
— Qu'as-tu ? s'enquit Potter en se penchant vers lui. T'inquiètes-tu pour ta petite sœur ? C'est normal, mais tu ne peux rien faire de plus. Tu as veillé à ce qu'elle soit protégée et aidée du mieux possible. Laisse faire ceux que tu as placé près d'elle. Aie confiance. »
Une surprise méfiante fit lever les yeux de Draco vers son ancien ennemi. La seconde suivante, il comprit que sa manie de tirer sur ses doigts lorsqu'il était anxieux l'avait trahi. Agacé, il pinça les lèvres et reprit sa contemplation de la rose bleue. Il n'aimait pas être si transparent. Surtout pour Potter. Et il détestait encore plus quand celui-ci cherchait à le rassurer… Car cela avait de nouveau fonctionné !
Sa voix douce et grave agissait sur lui comme une potion calmante. Elle glissait en lui et touchait son âme qui ronronnait alors de plaisir. Que cela soit pour sa colère au château de glace, pour sa panique sur le bateau, pour ses doutes le soir de la reprise d'Arendelle, pour ses questionnements durant le voyage vers Rosa… Harry parvenait toujours à l'apaiser et à lui rendre son assurance. Le pouvoir qu'il avait sur lui était terrifiant !
« Quand allons-nous repartir ? préféra-t-il demander à la place.
— C'est à toi de nous le dire, souffla Arthur, frustré par le changement de sujet. Comment se passent tes leçons avec la fée ?
— Nous… »
Il s'arrêta, pris de doutes… Il n'avait confié à personne l'absence totale d'apprentissage avec la magicienne. D'une certaine façon, ne pas l'avouer à Potter était une petite vengeance. Puérile, certes. Surtout qu'il mourrait d'envie de tout lui dire.
« Plutôt bien… »
Dès que les mots franchirent ses lèvres, il regretta. Bon sang ! Il n'était plus un gamin !
« En fait, non, cracha-t-il, en colère contre lui-même, incapable de savoir s'il s'en voulait de parler ou de se taire. Turquoise ne m'enseigne rien, nous ne faisons que discuter devant une tasse de thé. D'après elle, garder cette fleur magique près de moi suffirait. Mais j'ai beau la regarder, la toucher, ou la frôler de ma glace… rien ne se passe. Je ne comprends pas où elle veut en venir.
— Alors c'était ça que tu me cachais, sourit Harry d'un air malicieux. Je me doutais qu'il y avait quelque chose. Donc, cela signifie que nous pouvons repartir dès maintenant ?
— Oui… grogna Draco en passant les doigts dans ses cheveux détachés, encore plus agacé qu'avant. Maintenant que les négociations avec Adam sont terminées, et que je possède cette rose, nous n'avons plus rien à faire ici. J'espère que ton Merlin ne va pas me laisser me démener tout seul, lui.
— Tiens. »
Elsa n'eut pas le temps de lever le regard vers lui que la "pensée d'amour" de Titania scintilla dans son champ de vision, près de la rose bleue de Turquoise. Les deux plantes mises côte à côte semblaient briller plus intensément, comme si l'une répondait à la présence de l'autre.
Sans saisir pourquoi, la vue de leurs mains si proches, chacune avec une fleur, remua le ventre de Draco. Il pouvait presque sentir la chaleur se dégager de la peau hâlée, et mourrait d'envie de toucher son épiderme rugueux de guerrier. Il se souvenait parfaitement de sa texture épaisse quand il lui avait pris la main, la nuit où ils avaient infiltré Avalon. Il se remémorait aussi sa force et sa tendresse, lorsqu'il avait soulagé ses doigts meurtris par l'escalade de la muraille d'enceinte. Et sa fermeté lorsqu'il lui avait mis le pied à l'étrier… Quelque part, cela lui rappelait Perceval, et sa façon de caresser son corps. Ses paumes calleuses l'avaient fait vibrer jusqu'au tréfond de son âme. Il avait ébranlé ses certitudes et extirpé ses émotions les plus profondément enfouies…
Inconsciemment, il rapprocha sa main de la sienne. Leur taille était si différente. Tout comme la teinte de leur carnation, ou leur finesse… L'espace d'un instant, il se demanda ce que cela ferait de les avoir sur lui. Savoir si ces doigts pourraient lui procurer d'autres sensations… plus intenses… plus…
« Prends-la. »
Draco bondit et rougit violemment : à quoi venait-il de penser ?! Il se mordit les lèvres d'embarras. Il s'agissait du "balafré" ! Son ancien ennemi ! Comment pouvait-il… ? Pourquoi avait-il… ?
« Après tout, c'est l'emblème de ta mère spirituelle. Ce serait plus logique que ce soit toi qui la garde, plutôt que moi. »
Nerveux, il se saisit de la pensée, et prit garde à ne pas le frôler. Il n'avait pas réfléchi à ce que Potter cherchait à lui dire ou à lui faire comprendre, il voulait simplement agir pour que son esprit cesse de s'égarer sur des sentiers périlleux.
Depuis quand les mains de Potter lui faisaient-elles autant d'effet ?! Perceval avait-il chamboulé son esprit à ce point ? Peut-être devrait-il céder, et laisser Blaise revenir dans sa couche ? Visiblement, il n'avait pas baisé depuis trop longtemps, il divaguait. Quatre jours n'étaient pourtant pas la mer à boire ! Était-il devenu obsédé à ce point ?! Il avait déjà passé plusieurs mois d'abstinence sans problème ! Alors pourquoi il…
« Elsa ? »
Il releva d'un coup le visage, paniqué par son cheminement de pensées. Millicent lui avait définitivement retourné le cerveau : durant leurs conversations, elle avait beaucoup insisté sur la confiance qu'il devait accorder à Arthur, et le lien à fortifier entre eux. Son subconscient faisait des associations d'idées qu'il n'assumait pas du tout !
« Merci, finit-il par murmurer, sans savoir quoi dire. Je ne vois pas à quoi elles vont me servir mais… Merci.
— Peut-être vont-elles nous ouvrir quelques portes ? Turquoise ne t'a pas renseigné sur d'autres fées ou mages de sa connaissance qui pourraient t'aider ?
— Je… Non… Je vais lui demander. »
Il se sentait tellement nul ! Pourquoi ne parvenait-il pas à s'enlever l'image de ces mains sur son corps ?! Cela devenait une obsession, et l'effet "Perceval" n'y était certainement pas étranger. Il ne savait même pas qu'il fantasmait sur les mains, avant ! Ses capacités cognitives le fuyaient, il n'arrivait plus à regarder le brun.
Elsa mourrait d'envie de repasser une nuit aussi incroyable que celle de la Saint-Jean. Mais il devait se faire une raison : Arthur n'était pas Perceval. Pire : Arthur était Harry Potter ! Jamais il ne pourrait l'aimer aussi intensément que le beau chevalier. Même s'ils avaient les mêmes mains… Quoique, celles du roi semblaient plus puissantes… et moins rugueuses…
Deux billes sinople apparurent soudain devant lui, et Draco recula dans un sursaut. Le brun s'était presqu'allongé sur la table pour observer son visage derrière son rideau de cheveux blonds, et arborait une mine curieuse. Très vite, il détourna le visage : son ancien ennemi parvenait déjà trop bien à lire en lui, pas besoin de lui fournir d'autres indices sur ses pensées !
« Qu'est-ce que tu as, encore ? soupira Potter en se réinstallant sur son fauteuil.
— Pourquoi "encore" ? Et puis, qu'est-ce que cela peut bien te faire ? Tu n'es pas obligé de toujours savoir à quoi je pense ! Laisse-moi tranquille !
— À qui la faute ? grommela Harry. Tu ne te confies jamais. Dans ces conditions, comment veux-tu que je puisse t'aider ?
— C'est un comble que ce soit toi qui me dise ça ! N'es-tu pas celui qui a omis de m'informer sur la nature même de mes yeux !
— Nous n'allons pas encore revenir là-dessus ?!
— Et pourquoi pas ?
— Sérieusement ?! Très bien : tu as raison ! J'aurais dû venir te voir à Avalon, et te dire "au fait, Malfoy. T'es un type complètement brisé de l'intérieur, et ça se voit. Tu devrais faire quelque chose pour ça." »
C'était plus qu'il pouvait supporter. Draco sauta sur ses pieds et partit à grandes enjambées. Il ignora les appels confus du brun, le cœur serré. Il ne voulait pas entendre ça ! Il ne voulait pas être confronté au jugement de Potter, à son regard empli de pitié ! Il ne voulait pas être forcé de constater que son ancien ennemi le voyait comme une personne détruite, qu'il se croyait le devoir de "réparer" !
Des larmes de rage s'accumulèrent dans ses yeux alors qu'il arpentait les corridors du château. Il ne savait pas où aller. Juste un endroit désert, là où il n'aurait plus à souffrir des regards curieux, condescendants ou apitoyés. Surtout ceux aux iris verts. Il savait déjà qu'il était bon à jeter, merci bien ! Seulement, il n'avait pas cru cela aussi évident ! N'avait-il donc plus aucun mystère pour son entourage ? Avait-il tout perdu de ses capacités à cacher ses émotions ?
Au détour d'un couloir, il trouva Blaise. Le métis venait de sortir de sa chambre, et s'apprêtait à fermer la porte quand il le vit.
« Draco ? fit-il, étonné. Qu'est-ce que tu… »
Il ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase. En deux pas, il plaqua le pirate contre le mur et se rua sur ses lèvres. Son corps se comprimait au sien, sa langue ravagea sa bouche, ses mains se serraient sur ses épaules. Il voulait oublier. Et son corsaire était parfait pour ça, tant pis pour son chantage.
Ce qu'il appréciait par-dessus tout avec son ami, c'était son talent pour reconnaître les moments où il ne fallait pas poser de questions. Sinbad enroula ses bras autour de sa taille et participa activement au baiser. Leur fièvre monta d'un cran, tout autant que leurs désirs. L'échange devint vite brutal. Désespéré…
D'un coup de coude, Blaise actionna la poignée, et tira le blond dans son appartement.
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« Mais quel con ! »
Harry appuyait les poings serrés sur ses paupières, furieux contre lui-même. Cela faisait trois jours qu'il tentait d'amadouer Malfoy pour regagner sa confiance. Trois jours à le chercher partout, à guetter les occasions pour discuter en toute quiétude, à lui sourire, être aimable, galant, attentionné… Il voulait retrouver ces précieux instants en tête à tête où ils conversaient de tout et de rien, entre débats et chamailleries amicales. La présence constante des domestiques ou de l'un de ses amis, l'avait agacé. Il les avait fuis, de crainte de rater la rencontre parfaite. Qui avait fini par se produire ! Enfin, pour la première fois, ils avaient été seuls ! Et il avait tout gâché.
Qu'est-ce qui lui avait pris ? Il avait regretté ses paroles à la seconde où elles avaient franchi ses lèvres. À quoi s'était-il attendu ? Évidemment que le blond n'allait pas bien prendre cette remarque déplacée ! Pourtant, il l'avait énervé. Il en avait assez de justifier son silence ! Pourquoi ne comprenait-il pas ? Quel idiot irait voir quelqu'un pour lui déclarer qu'il était brisé ?! Ce serait faire preuve d'un manque de tact abyssal !… Exactement ce qu'il venait de faire.
Affligé, Arthur se massa les tempes. Il devait rattraper le coup ! Même si cela allait être difficile, il ne pouvait pas laisser tomber. Pas après tout ce qui s'était passé entre eux. Cette relation avait pris une place plus grande qu'il l'avait soupçonnée. Il ne pouvait plus faire comme si de rien n'était : Elsa était devenu une personne importante. Pas uniquement pour le bien d'Avalon et de Loegrie, mais aussi pour lui.
Déjà à Poudlard, Malfoy avait toujours été dans un coin de son esprit. En sixième année, il l'avait obsédé. Pendant dix ans, il avait régulièrement surgi dans sa tête, sans qu'il se décide à faire le premier pas. Et à présent, il avait l'impression de le découvrir enfin. Dix-sept ans après leur première rencontre, il apprenait qui était réellement son ancien ennemi. Et ce qu'il voyait lui plaisait beaucoup.
Il ne lâcherait pas l'affaire ! Surtout avec cette impression de n'avoir fait qu'effleurer la surface du personnage. Le comparer à un iceberg qui ne laisserait voir qu'une infime partie de lui serait facile, mais Harry préférait l'imaginer tel un immense lac gelé. Une surface dure et froide, qui recélait pourtant des trésors fabuleux si on parvenait à briser la glace. Ce qui était justement son objectif !
Fier de sa décision, il se leva. Il y avait des moments dans la vie où il fallait reconnaître l'évidence : il n'allait pas s'en sortir sans aide. Et il savait où la trouver.
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Turquoise fouillait dans son petit sac, le haut du corps disparaissant entièrement dans l'ouverture. Les pieds fouettaient l'air, sa longue jupe retroussée jusqu'aux genoux.
« Ah ! Te voilà, toi ! » fit-elle d'une voix étouffée.
Elle s'extirpa difficilement en tortillant des fesses, et émergea la tête pour prendre une grande respiration, le visage rouge. Enfin, elle sortit le bras et brandit bien haut sa trouvaille : une plume blanche !
D'un bond, elle se précipita vers la baie vitrée du boudoir et colla son nez sur la penne. La fée la tourna délicatement entre ses doigts boudinés, les yeux plissés, attentive aux moindres variations de couleurs ou reflets irisés…
« Toujours aussi parfaite, ma vieille. »
Un ricanement de pure méchante lui comprima la gorge et fit trembler sa poitrine, au point de provoquer un hoquet. Ce qui la calma. Millicent se frappa le torse, se racla la gorge, et usa d'un peu de magie pour faire passer le tout. Puis, elle s'assit sur un petit pouf et poursuivit sa contemplation de la rémige d'un air songeur.
Pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt ? Sa trop longue vie était si pleine d'anecdotes qu'elle l'empêchait de remarquer si des souvenirs manquaient encore à l'appel. Réussir à convaincre Draco de rester plus longtemps au château l'avait rassurée : cela lui avait laissé le temps de trouver la ruse adéquate pour son plan. Pourtant, il avait fallu attendre que le blond lui narre un épisode d'enfance pour enfin accéder à l'éclair de génie. Une petite écoutille avait claqué dans son cerveau, et libéré une réminiscence inattendue : le rappel de l'existence de cette plume magique.
« Grâce à toi, je vais faire d'une pierre deux coups, sourit-elle d'un air espiègle. Encore un peu de patience, ma petite. Tu l'auras bientôt, ta fin heureuse. »
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Blaise craqua une allumette et approcha la flamme de la cigarette qu'il s'était roulé deux heures auparavant. Il avait pensé la fumer sur la terrasse, mais l'arrivée de Draco avait chamboulé son programme.
Ils étaient allongés dans le lit aux draps rêches du pirate, leur corps luisaient d'une transpiration devenue froide, et l'odeur âcre de leur récente activité flottait dans l'air, comme pour étouffer la grâce paisible du moment. Les rayons du soleil traversaient la grande fenêtre aux rideaux ouverts, et réchauffaient leur peau nue en une caresse légère. Son petit prince baignait dans la lumière, auréolé. Il ressemblait à un ange… Son ange déchu.
« Depuis quand fumes-tu ? demanda celui-ci en se redressant sur les coudes, ses longs cheveux en cascade sur ses épaules.
— C'est Sinbad, l'accro. Qui suis-je pour changer ses habitudes ? Et toi ? Pourquoi as-tu décidé de mettre fin à ton odieux chantage ?
— Contente-toi d'en apprécier les conséquences, grommela le blond en se rallongeant sur le ventre, le nez dans l'oreiller.
— En pleine aprem, ça te ressemble pas, ricana-t-il en prenant une mèche blanche pour en apprécier la moire. T'es plutôt conventionnel, pour les horaires… Pour beaucoup de choses, en fait, mais c'est un autre débat.
— Si cela t'intéresse tant, tu n'as qu'à m'expliquer pourquoi tu n'aurais jamais dû nous accompagner dans notre quête, comme l'a spécifié Milli. Alors j'envisagerai peut-être de te répondre… peut-être…
— Un nouveau chantage. Je suis outré ! C'est pas digne d'une majesté, ça.
— Un corsaire ne doit rien cacher à sa reine.
— Dur. Je pensais pourtant me donner corps et âme à ma maîtresse. Mes efforts auront donc servi à rien. Pauvre de moi !
— C'est Tracassin, n'est-ce pas ? »
Le sourire de Blaise se figea. Il tentait de maintenir une expression neutre face au regard inquisiteur de son ami, bien que son esprit s'activait à plein régime. Trouver une réponse. Un subterfuge. Vite, avant qu'il comprenne que…
« Tu l'as vu, cette nuit-là. Tu nous as fait croire le contraire, mais tu l'as vu. »
Ce n'était pas une question. Le métis retint un soupir et préféra tirer sur sa cigarette pour se donner contenance. Une profonde inspiration emplit ses poumons de fumée, qu'il garda quelques instants avant d'expirer lentement. Cette large respiration calma l'affolement de son cœur et éclaircit ses pensées. Il n'avait plus le choix. Au fond, il savait qu'il ne pourrait pas garder ce secret bien longtemps. Si seulement Millicent avait tenu sa langue. Si seulement son petit prince avait été moins perspicace…
« Avant tout, sache que c'est ma décision », lâcha-t-il sans se départir de son sourire vide, le regard perdu dans la contemplation d'une fissure dans le mur.
Son ami attendait la suite… qui ne vint pas. Blaise le connaissait bien : il était certain que son ami allait encore culpabiliser. Il ne savait pas comment lui faire comprendre que rien n'était de sa faute. C'était lui le coupable. Lui qui l'avait abandonné pendant des années.
Draco souffla, et poussa sur ses bras pour se redresser. Le métis contemplait ses muscles fins rouler sous sa peau diaphane, pendant qu'il repoussait la couverture et s'installait sur le matelas, face à lui. Tout aurait été plus simple s'il était amoureux de lui.
Aimer son corps était facile. Blaise se considérait chanceux de pouvoir profiter de ses charmes aussi souvent. Rien qu'aujourd'hui, il s'était délecté de sa chair tendre comme un assoiffé devant une oasis. Audhild était charmante, mais leurs parties de jambes en l'air n'avaient pas cette saveur subtile du surréel que la beauté et les gênes elfiques d'Elsa apportaient. Ajouté à cela le goût de l'interdit que procurait l'idée de coucher avec une personne royale, le cocktail devenait pure extase.
Cependant, ça s'arrêtait là. Un simple plaisir physique. Quand Blaise observait ses yeux d'argent et son visage fin, il ne ressentait que la tendresse d'un ami. Il voulait le soutenir et le protéger, mais pas au détriment de son propre bonheur. Son petit prince avait besoin d'une personne forte à plein temps pour se sortir de la fange dans laquelle il s'était enlisé… Et ce n'était pas lui.
Ce ne pourrait jamais être lui. Le voir s'enfoncer peu à peu, de plus en plus, lui causait une douleur lancinante dans la poitrine. Il ne voulait pas lui donner de nouvelles raisons pour couler.
« Qu'as-tu eu à lui donner en échange ? »
Son regard était intense. Blaise y décelait une lueur d'espoir… qu'il allait tuer. Car il n'y avait pas de bonne façon de lui dire. Qu'importait la formulation, les raisons ou les justifications, il s'était sacrifié pour lui. Et Draco ne le supporterait pas.
« Ma vie de premier rôle, sourit-il. Mais ç'avait pas l'air génial, de toute façon. Mon équipage allait crever et j'aurais fini seul. Ça vend pas du rêve. Je préfère largement suivre tes aventures, même si ça me condamne à rester un personnage secondaire. Et puis, Theo m'a promis de devenir riche, quoi que je décide. C'est tout bénéf'.
— Comment peux-tu le prendre si légèrement ! explosa Draco, les doigts crispés sur les draps. Tu étais surexcité à l'idée de goûter à la piraterie ! Ce n'est pas en escortant des personnes royales que tu pourras vivre cette expérience ! Et tu y as renoncé ?! Pour moi ?!
— Je voulais vivre des péripéties dignes des grandes histoires durant cette année, c'est tout ! Et c'est exactement ce que je vais faire à travers toi ! Arrête de jouer au martyr, et accepte de pas être responsable de tous les malheurs du monde ! En plus, j'ai pas à me plaindre : je suis très heureux de mon choix.
— Pourquoi as-tu fait ça ! cria le blond, les mains tremblantes de rage. Qu'est-ce qui justifiait une telle privation! J'en ai assez de voir tout le monde brader son destin pour réparer mes erreurs ! Vais-je aussi devoir demander à Londubat s'il a passé un marché avec Tracassin ?! Qu'a-t-il eu à donner ? Son amour pour Guenièvre ?!
— De son point de vue, ça lui simplifierait la vie, gloussa le métis en jetant son mégot dans un pot de chambre, sur la table de chevet. Il aurait plus à trahir son roi, et…
— Cela n'a rien de drôle ! Comment est-ce que…
— Tu me fais chier ! hurla Sinbad, hors de lui. Je t'ai dit que tout va bien, mais tu tiens absolument à avoir le mauvais rôle ! Tu te rends compte à quel point c'est saoulant ?! Putain, t'es une vraie diva ! T'as juste à apprendre à contrôler ta saloperie de magie ! C'est tout ce qu'on te demande, c'est pourtant pas compliqué ! Tu… »
Blaise réalisa son erreur au moment où il vit Draco bondirent hors du lit et attraper ses vêtements. D'un coup, son sang se glaça.
« Attends ! Tu… »
Trop tard. La porte claqua comme un coup de tonnerre qui résonna longtemps aux oreilles du métis.
Il avait merdé.
[===]
Ron avait envie de siffler de bonheur, mais les défenses dans sa bouche l'en empêchaient. Il avait déjà eu beaucoup de mal à apprendre à manger correctement sans en mettre partout, gêné à la fois par ses grandes dents et par ses épaisses paluches griffues. En désespoir de cause, il dandina ses petites fesses de monstre en remuant sa queue velue.
Toutes les nuits, il redevenait un homme. Depuis trois jours, au clair de lune, il vivait un amour passionnel avec sa femme comme ils n'en avaient plus ressenti après dix ans. À l'instar de beaucoup de couples, le quotidien avait peu à peu atténué la flamme de leur ardeur. Au fil des mois, ils se touchaient de moins en moins, et la naissance de leur adorable Rose avait scellé leur absence de contacts.
Redécouvrir le plaisir charnel comme au premier jour avait été une libération. Il avait l'impression de retrouver sa belle Hermione, bien qu'il ne l'avait jamais perdue. En réalité, peut-être était-il en train de se retrouver lui-même ? Il n'était pas très sûr… Quoi qu'il en soit, il vivait une seconde jeunesse ! Une bouffée d'air frais qui remplissait ses poumons trop longtemps comprimés par l'angoisse et la lassitude. Il était aimé. Il était amoureux. Il était roi d'un Royaume qui s'apprêtait à sortir la tête de l'eau. Il en oubliait même sa malédiction, pourtant difficile à ignorer quand elle l'empêchait de siffler.
La seule ombre au tableau était Malfoy… Être obligé de traiter avec lui pour le bien de son pays était une frustration sans commune mesure. Et voir son meilleur ami à la constante recherche de sa présence, le soutenir ou lui faire les yeux doux, lui donnait envie de hurler de rage. Devoir l'accueillir et le servir comme un invité de marque lui faisait déjà grincer des crocs. Cette sale fouine avait réussi à embobiner tout le monde, avec sa belle allure féminine et ses manières distinguées ! S'il n'avait pas été la Reine d'Avalon, il aurait déjà serré son maudit petit cou de serpent, jusqu'à voir l'étincelle de vie quitter son regard. Et avec bonheur !
« Roi Adam ? »
Ron se retourna d'un mouvement brusque. C'était toujours étrange d'entendre son ami l'appeler ainsi. Certes, il était roi dans ce monde, mais il demeurait avant tout Ronald Weasley, le Gryffondor. Et puis… était-il vraiment en train de lui faire la révérence ?
« Oui, Neville ?
— Je vous annonce que je n'ai plus rien à apprendre à vos jardiniers : ils sont compétents et pleins de bonne volonté, déclara-t-il en marchant à sa rencontre, l'air fier. Le grand if gardera malheureusement les traces de ses amputations, mais poursuivra sa croissance sans problème. Au bout de quelques années, sa difformité ne sera plus qu'une simple singularité incongrue.
— Bonne nouvelle. Tes talents d'expert en botanique nous ont été très utiles. C'est très bien… Mais, euh… Tu peux me tutoyer, tu sais ?
— Désolé, grimaça Londubat en se frottant le bras. Je ne suis que simple chevalier, le "Lancelot" en moi a beaucoup de mal à… "te" parler familièrement.
— J'ai remarqué que vous utilisez de temps en temps le nom de vos personnages, fit la Bête d'une voix si grave qu'il avait l'air de le gronder. Ça m'est peut-être arrivé d'appeler Hermione "Belle", mais pas aussi souvent que vous… C'est normal ?
— Je ne sais pas… Sûrement un effet du sortilège des Contes et Légendes. Cela fait un mois que nous sommes ensemble, Harry, Malfoy et moi. Et Zabini nous a rejoint peu de temps après. À force, nous nous sommes vus adopter le comportement du protagoniste que nous incarnons, cela a probablement participé à ces nouvelles appellations. C'est une sensation étrange : je n'ai pas l'impression de changer et pourtant…
— J'ai entendu Harry nommer la fouine "Elsa" plusieurs fois, grommela Ron en serrant les crocs. C'est dérangeant.
— Pourquoi ? s'étonna sincèrement Lancelot. Parce que c'est un nom de femme et qu'il est un homme ? Une question d'habitude, je suppose, ajouta-t-il en haussant les épaules. Je le fais moi-même de temps en temps. Il est vrai qu'avoir des souvenirs d'enfance avec elle m'ont aidé à le voir sous un autre jour.
— Alors toi aussi ? mugit la Bête. Toi aussi tu t'es laissé abuser par sa…
— S'il-vous… "te"-plait, Ron, le coupa Neville, le visage inquiet. Tu te fourvoies. Certes, il a toujours mauvais caractère, mais il a bon fond. N'a-t-il pas signé ce fameux traité pour vous aider à relever votre pays ? À force de nous côtoyer, j'ai appris à mieux le connaître et… Laisse-lui une chance. »
Alors lui aussi souhaitait le faire changer d'avis ? Il en avait assez d'entendre tous ses amis vanter les mérites de ce mangemort qui leur avait tant pourri la vie ! Même Hermione avait essayé d'y mettre son grain de sel.
Pourtant, il avait fait de son mieux ! Il s'était excusé le premier soir, était venu à son secours lorsque ses domestiques s'occupaient mal de lui. Il s'était montré courtois, avait organisé une grande fête en son honneur… et celui de Harry. Merlin ! Il lui avait même sauvé la vie, dans la forêt ! Cependant, ce monstre de cruauté restait froid et hostile à son égard. Y compris lors des négociations commerciales : Malfoy avait été intraitable, et avait pinaillé sur le moindre petit mot du contrat afin de se garantir le plus de profits ! Ron en avait eu mal au cœur, et s'était précipité en haut de sa tour pour passer sa frustration.
« Si je puis me permettre, hésita Lancelot, la mine contrite. Tu n'es pas non plus très avenant à son égard. Dès que vous êtes contraints de vous adresser l'un à l'autre, tu te braques. Comme si tu avais envie de lui arracher la tête. Pour le futur, il serait peut-être de bon ton que vous…
— Inutile, trancha Adam, catégorique. Vous allez bientôt repartir, je n'aurais plus à souffrir de sa présence. Le sujet est clos. »
La Bête pivota, et sa cape virevolta à sa suite, d'une façon à faire pâlir de jalousie Severus Rogue en personne. Il ne voulait pas en entendre plus. Pourquoi serait-ce à lui de faire tous les efforts ? Visiblement, ses propres amis étaient devenus plus proches de l'horrible fouine que de lui. Et bien, soit ! Qu'ils partent vadrouiller par monts et par vaux, il n'en avait cure. Lui, demeurerait dans son palais à faire fructifier son pays. Loin de leurs aventures. Et surtout, loin du Serpentard.
Mais deux minutes plus tard, il s'arrêta dans un couloir… Un terrible doute l'assaillit.
Il n'allait pas rester seul… n'est-ce pas ?
[===]
Un vase se brisa contre le mur.
Draco était entré en trombe dans sa chambre et avait tourné en rond comme un dragon dans une cage. Audhild et Madame Ward n'étaient heureusement pas présentes, ce qui le laissait libre de retourner tout l'appartement à sa guise. Pourtant il s'était retenu, conscient de ne pas pouvoir réparer les dégâts d'un coup de baguette. Les domestiques auraient été obligés de le faire à sa place, et il ne voulait pas laisser des preuves de son emportement. Il ne souhaitait pas qu'on sache à quel point il était touché. Encore moins en expliquer les raisons.
Puis sa magie avait bouillonné au fond de son ventre, un acouphène avait sifflé à ses oreilles, son cerveau s'était pressé contre son crâne, et l'avait enveloppé d'un voile de coton rouge. Le sol s'était couvert de givre, jusqu'à devenir plaque de verglas. Des fractales s'étaient dessinées sur les fenêtres, les murs s'étaient agrémentés de morceaux de glace. Quand des stalagmites avaient poussé sur le parquet gelé, il avait compris qu'il devait agir pour ne pas exploser.
Ce pauvre pot était le premier objet qui lui était tombé sous la main. Le bruit de vaisselle cassée grêla durant plusieurs secondes dans le silence. Draco resta interdit, choqué par son geste. Il était censé prendre sur lui afin de réprimer ses débordements, comme il en avait l'habitude : soit il éclatait en sanglots, soit il frappait sur le sol ou les murs, dans l'unique but de souffrir physiquement… mais jamais il n'était violent.
Détruire un objet appelait une toute autre volonté. Un besoin d'agression bestiale, d'exprimer sa domination sur son environnement. Être maître d'un chaos extérieur, à défaut de ne pouvoir contrôler celui intérieur… Faire mal. Autant qu'on avait mal.
Il serra ses bras autour de sa taille, tremblant, et des larmes de rage s'accumulaient sous ses paupières. Cela ne lui ressemblait pas. Il n'était pas ainsi, il n'agissait jamais de cette manière… Et il en avait assez de pleurer !
Draco sécha ses joues d'un geste rageur, et commença à faire les cent pas pour ne pas rester inactif. Cela ne servait à rien, mais avait au moins le mérite de le distraire un peu. Sa magie s'était calmée sous le coup de la surprise, il ne voulait pas prendre le risque de l'éveiller à nouveau. Cependant, les mots de Blaise résonnaient encore dans son esprit, et il ne parvenait pas à le faire taire.
« T'es une vraie diva. »
Et alors ?! Depuis quand cela lui posait problème ?! À Poudlard, il adorait son côté "petit prince", et aimait le surnommer ainsi pour montrer à tous la force de leur lien ! Donc, son attitude le dérangeait quand il n'allait pas dans son sens ?! Mais pour qui se prenait-il ?! Il n'avait rien demandé ! Il n'était pas une saleté de princesse que tous les "mâles alpha" des environs avaient l'obligation de protéger ! Alors quoi ? Il devait leur dire "merci" et les laisser se sacrifier pour lui ? Bien qu'il n'ait rien demandé ? Pourquoi ne comprenaient-ils pas à quel point cela était horripilant ! C'était comme si… comme si…
Ils n'avaient pas confiance en lui.
De nouvelles eaux roulèrent sur ses joues, et son pied frappa violemment la glace qui se brisa. La rage, la frustration, la colère, la tristesse… tout se mélangeait. Il avait la sensation d'être inutile et incompétent. Tout reposait sur lui, et il n'arrivait à rien. Toute sa vie, il avait été élevé de manière à être en perpétuelle recherche de l'excellence. Toujours réussir, toujours être le meilleur. L'honneur, la gloire, le paraître. Être supérieur. Être parfait…. Et il était dépassé.
Savoir que non seulement Blaise, mais aussi Potter, avaient vendu leur avenir pour lui, le mettait en rage. Il se sentait six pieds sous terre. Misérable. Un poids mort… Une vermine inutile qu'ils devaient traîner de fées en sorciers pour arriver à modeler un être à peu près convenable. Il aurait mieux fait de tout arrêter… Peut-être n'était-il pas trop tard ? Peut-être s'en sortiraient-ils tous mieux sans lui ?
Toc toc
Le son lui fit relever si brusquement la tête que son cou craqua. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il s'était recroquevillé sur le sol. Vite, il essuya ses pleurs et remit un peu d'ordre dans sa tenue. À tous les coups, c'était Blaise qui venait s'excuser. Il l'attendait au tournant ! Il n'allait pas le louper ! Mais pour cela, hors de question qu'il remarque l'état déplorable dans lequel il l'avait mis !
Draco souffla, se racla la gorge, inspira un grand coup… et ouvrit la porte.
« Arthur ?! hoqueta-t-il, stupéfait.
— Je voulais juste… »
D'abord penaud, le Gryffondor s'arrêta en plein milieu de sa phrase d'un air surpris. Il prit une mine inquiète, et Elsa se mordit la lèvre. Mince… Il aurait dû faire le mort.
« Est-ce que tu vas bien ?
— Oui, oui, répondit évasivement Draco en se détournant, agacé.
— Est-ce à cause de moi ? Toute cette glace dans ta chambre, c'est… Je te demande pardon. Sincèrement ! Je ne voulais pas dire tout cela… J'étais énervé, mes paroles ont dépassé ma…
— Ce n'est rien ! cracha vite le blond, les pommettes rougies par la gêne. Je ne veux pas de ta… »
Il allait dire "pitié" quand son regard fût attiré par un éclat blanc dans la main de son vis-à-vis. Très vite, l'agacement déserta sa tête pour laisser place à une pure stupéfaction.
« Est-ce que c'est une rose ? »
Ce fût au tour du roi d'être contrit. Il se dandina d'un pied sur l'autre, mal-à-l'aise, et ne put que tendre son bien d'un geste un peu trop brusque. La reine recula, hébété.
« Serais-tu en train de te moquer de moi ? ne put-il s'empêcher de dire, partagé entre l'humiliation et la crise de fou rire. Tu m'offres une fleur ? Après t'être tant gaussé de l'hellébore de Perceval dans mes cheveux ?
— Je sais ! siffla le brun, l'intégralité du visage rubicond. C'est de la faute de Hermione ! Je suis allé la voir pour lui demander son avis sur ce que je devais faire pour que tu pardonnes ma sottise. Je n'aurais jamais dû te parler ainsi…
— Tu lui as demandé conseil ? fit-il, de plus en plus surpris.
— Je regrette, maintenant, soupira Arthur en baissant les bras, désabusé. Je savais que c'était une mauvaise idée. Elle m'a embrouillé en disant que cette rose était exceptionnelle, alors… »
Draco ne put plus se retenir. Il éclata d'un rire qui sonna curieusement aux oreilles de Harry. Il était semblable à des carillons qui tintaient harmonieusement contre les murs gelés. Le son se répercutait partout, comme la peinture se diluait dans l'eau et embrasait l'invisible de halos colorés. Des perles d'eau cristalline apparurent au coin de ses yeux et illuminèrent l'éclat d'argent. Son visage entier rayonnait.
Harry le regardait sans comprendre la crispation dans sa poitrine et les fourmillements dans son ventre. Il était déjà beau, mais le voir ainsi dépassait la notion prosaïque de l'apparence. Le Gryffondor était subjugué, incapable de réagir autrement qu'en ouvrant bêtement la bouche. Son ascendance elfique le frappa de plein fouet : il n'était pas face à un humain. Il observait un être féérique.
Une main l'arracha à sa contemplation et prit la rose qu'il tenait toujours devant lui. Un long doigt fin caressa les pétales blanches plus fines et fragiles que du vélin, et le souffle de Harry devint hésitant.
« Elle est magique ? demanda le blond en avisant l'aspect pailleté.
— Je… bredouilla-t-il en tentant de se reprendre. Je crois… Enfin non. Pas spécialement… C'est juste… C'est seulement leur nouvelle création : une "Belle Amour" modifiée qui servira à la conception d'un nouveau parfum. Ils ne lui ont pas encore trouvé de nom. »
Draco porta la fleur devant ses lèvres charnues d'un joli rouge framboise, qui frôlèrent le velours immaculé, et le brun se sentit surchauffer. Même Titania ne lui avait pas fait autant d'effet ! Il se sentait redevenir un adolescent aux hormones en folie, et sa respiration devint chaotique.
« Il est vrai qu'elle sent très bon, sourit le Serpentard, lui explosant le cœur dans la foulée. Une odeur plus… "délicate". Moins entêtante que ses cousines. Un soupçon boisée et… »
Il huma à nouveau, le nez plongé dans le pistil doré. Il ferma lentement les paupières, comme happé par la douce fragrance. Harry se demanda comment il pouvait le trouver encore plus sublime à chaque seconde. Il voulait arracher cette maudite plante qui accaparait trop son attention, saisir son visage et se jeter sur…
« Peut-être une touche de miel ? »
Il se secoua, mortifié par ses pulsions. C'était la seconde fois qu'il se surprenait à crever d'envie de l'embrasser ! Il devait se ressaisir ! C'était Malfoy, bordel !
« Arthur ?
— Je ne sais pas, dit-il très vite. Peut-être… Probablement. Il faudra demander à Belle ou aux floriculteurs. Je crois que la fée bleue y a aussi mis son grain de poussière, et a accéléré la floraison. C'est l'une des premières écloses du seul rosier existant. Et d'après ses dires, elle a une longue durée de vie, même coupée.
— Granger… je veux dire "Weasley", a certainement voulu que tu me fasses découvrir le produit que nous allons devoir commercialiser, s'amusa Elsa d'un air taquin. Elle ne pouvait décemment pas penser qu'offrir une rose à un homme pour se faire pardonner était une bonne idée. N'est-ce pas ?
— J'espère, grommela Harry, malgré tout déçu.
— Pardon ?
— Non, rien, se reprit-il en frottant l'arrière de son crâne, le regard fuyant. Je… Je suis content qu'elle te plaise. Je n'étais pas sûr… de… »
Le nouveau sourire qui étira ses lèvres le coupa dans son élan. L'argent dans ses iris pétillait d'une lumière plus magique que toutes les fleurs féériques de ce monde. Il était désarmé face à cette créature, et aurait presque préféré se faire éconduire. Ainsi, il n'aurait pas eu à subir l'affolement de son cœur, prêt à déchiqueter son torse pour se poser dans les longues mains graciles à la place de cette fleur indigne. Que pouvait-il faire ? Il se retenait déjà de toutes ses forces de ne pas se ruer sur cette lipe démoniaque. Il était sûr qu'elle était délicieuse… Il était si…
« … magnifique.
— Quoi ?
— Je disais : cette rose est magnifique… Merci. »
C'était trop. Ce regard. Un brin taquin. Un brin sincère. Ses dents blanches légèrement dévoilées, les canines un poil plus longues. Cette chevelure blonde, un soupçon décoiffée. Il allait le dévorer, là, maintenant, tout de suite. Il…
« Il est bientôt l'heure du dîner. Je vais devoir me préparer. À tout à l'heure, Potter. »
La porte toucha le bout de son nez lorsqu'elle se ferma, et il n'eut pas envie de reculer. De toute façon, il n'était pas sûr de le pouvoir : tout son corps était raide, dans l'attente de quelque chose qui n'adviendrait jamais. Une peau qu'il savait déjà douce sous ses doigts. Un corps svelte et chaud à enrouler dans ses bras. Son parfum de rosée du matin lui manquait déjà.
Lentement, il porta la main à sa poitrine, et espéra calmer le rythme affolant de son palpitant. Il se sentait brûlant. Fiévreux. Le sentiment d'avoir laissé passer sa chance le torturait. Des piques lacéraient son ventre. Un creux se formait dans ses entrailles. Et une sueur froide coula le long de sa colonne vertébrale… Il était à deux doigts du malaise.
Putain de bordel de merde. Il était amoureux.
De l'autre côté du battant, Draco n'était pas en meilleur état. En réalité, le dîner était dans deux longues heures, mais il n'avait pas trouvé de meilleur argument pour lui fausser compagnie. Parce qu'il se sentait… "bizarre".
Doucement, il posa les mains contre son ventre, et chercha à faire taire ces stupides papillons. Il se laissa glisser au sol, le visage cramoisi de gêne et d'émoi. Que lui arrivait-il ? Les vapeurs de son propre corps lui montaient aux joues. Il se trouvait misérable, mais pas pour les mêmes raisons qu'avant. Juste… Tout petit. Indigne. Vulnérable. Et pourtant plein d'espoir. Il avait envie de rire sans aucune raison. Le bout de ses doigts le chatouillait. Des frissons parsemaient sa peau.
Était-ce cela ?... "Être amoureux" ?
Tout autour de lui, la glace avait presque fini de fondre, comme pour obéir à l'incandescence de son être. Qu'est-ce qui lui prenait ? Il s'agissait de Potter, le héros à qui tout réussissait et qui l'avait rendu si jaloux. Lui qui était destiné aux sommets, avait pendant des années été relégué au rang d'éternel perdant face à lui. Même à présent, alors qu'ils étaient dans le même camp, Draco dépendait encore et toujours de lui. Et cela le frustrait d'autant plus ! Il aurait dû continuer à le détester, à vouloir le surpasser pour l'empêcher de voler à son secours et le cantonner au rôle dégradant de "princesse en détresse". Et pourtant…
Un doux frôlement lui rappela la présence de la rose dans sa main, et il la porta devant son visage. Elle était vraiment magnifique. Si grande qu'elle tenait dans les paumes de ses deux mains jointes. D'un blanc scintillant, si élégant. En langage des fleurs, l'"amour pur". Celle sur laquelle Cupidon avait renversé du vin pour en faire le symbole de l'affection. Sa senteur discrète et légère l'avait conquis. Ses pétales lui évoquaient la neige poudreuse un matin de Noël, et la douceur d'un drap de soie sur sa peau après une journée bien remplie.
Pourquoi avait-il été autant touché par ce présent, alors qu'un même cadeau de la part d'un autre ne lui avait provoqué que malaise et horreur ? Venant d'Arthur, cela avait été différent… Il avait été… Il s'était senti… Il n'avait pas de mot. Et c'était justement cela qui le troublait. Il était perdu. Déstabilisé. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Et ces foutus papillons qui ne cessaient pas de battre des ailes. Il voulait fuir ce sentiment inconnu beaucoup trop intense, sans parvenir à s'en convaincre.
Parce qu'il le faisait se sentir vivant. Pour la seconde fois après Perceval. Il percevait ce "quelque chose" s'éveiller en lui. Comment Potter pouvait-il réussir à lui provoquer un tel bouleversement alors qu'ils n'avaient même pas couché ensemble ? D'habitude, seul le plaisir charnel lui prodiguait un tourment similaire, et son ennemi d'enfance ne l'avait même pas touché !
Draco se releva et secoua la tête, bien décidé à stopper ses divagations. Les récents événements l'avaient rendus vulnérable et plus sensible aux marques d'attention. La déchirure dans son cœur, causée par ses ébats avec Perceval, avait été plus marquante qu'il l'avait cru. Rien qu'à se rappeler la manière dont il avait fantasmé sur les mains de guerrier d'Arthur, était le signe qu'il n'était pas objectif. De plus, les récentes informations sur les sacrifices de Potter et Blaise, ajouté à cela le miroir brisé dans ses yeux… il n'était plus lui-même. Il devait simplement se raisonner, et attendre que ses émotions se tassent à nouveau. Qu'importaient les périples à venir, il redeviendrait de toute façon cette coquille vide, une fois de retour dans le vrai monde. Alors à quoi bon se prendre la tête ?
Fier de cette résolution, il fit sonner la cloche pour appeler les domestiques. Il avait besoin d'un bon bain chaud avant le repas, et de se recomposer un masque froid quand il reverrait le visage de ce traître de Blaise. Même s'il devait encore porter une satanée maudite stupide robe pour faire plaisir à Madame Ward.
Et puis il lui fallait un nouveau vase pour accueillir cette magnifique rose.
[===]
« Hermignonne ? Je peux venir ? »
Hermione leva le visage vers la porte d'entrée, encore surprise de voir le roi de ce pays lui demander l'autorisation de pénétrer dans une pièce de son propre palais.
« Naturellement ! » fit-elle en rangeant les piles de parchemins sur le bureau.
Toujours gauche dans son grand corps de bête, Ron franchit le seuil, se cogna les cornes au chambranle, grogna, et prit soin de fermer le battant.
« J'étais en train de calculer le coût de production des nouvelles "Belle Amour" et des parfums, se justifia-t-elle en poursuivant son tri alors qu'il s'avançait. Big Ben n'était pas certain que nous puissions honorer une première commande, mais en économisant sur les frais de…
- Tu veux partir avec eux ? »
La jeune femme s'arrêta si brusquement qu'elle renversa une colonne de papiers et plusieurs livres. Vite, elle ramassa le tout sous le bureau, et profita d'être hors de vue pour se reprendre. Elle avait espéré retarder le plus longtemps possible cette conversation. Le moment arrivait plus tôt que prévu, elle n'avait pas encore réuni tous les bons arguments ! Cependant, elle ne devait pas manquer cette chance.
« Avec eux ? demanda-t-elle d'un air distrait en levant la tête au-dessus du plateau, le temps d'y replacer certains écrits.
- Avec Harry, fit la voix grave de Ron de l'autre côté du meuble. Vivre leurs aventures. Je comprendrais, tu sais ?
- Ah. Oui… La quête… réfléchit-elle à toute allure. Et bien… Je… En fait, je me disais…
- Rien ne te retient ici. Je sais que tu rêvais de voyager dans ce nouveau monde. C'est l'occasion rêvée pour toi. »
Belle cessa tous ses mouvements. Était-il sérieux ? Dubitative, elle leva le regard vers son époux et le fixa comme si elle cherchait à transpercer son crâne dur et sa fourrure épaisse. Ses grands yeux bleus expressifs ne respiraient que tristesse, attente et… résolution ? Ce n'était pas bon pour son objectif principal.
« Essaies-tu de te débarrasser de moi ?
- Non ! s'exclama Ron, tout à coup paniqué. Non, non ! Jamais ! Je voulais juste… ! C'est seulement… Bien sûr, j'adorerai que tu restes ici, avec moi, mais… Je sais que tu étais impatiente de vivre tous les Contes moldus de ton enfance, alors… Je ne veux pas être le boulet qui t'empêche de…
- Tu n'es pas un boulet ! s'emporta Hermione en frappant le bureau pour se relever d'un bond, furibonde. Je fais ce que je veux, comme je veux, même toi tu ne pourras jamais m'en empêcher ! Et entre deux désirs, c'est toi que je choisis ! Ça a toujours été toi, et ce sera toujours toi ! Tu es mon mari, et je t'aime plus que ma vie ! Je me fiche de ce qu'il adviendra, je resterai toujours avec toi ! Je n'étais pas juste excitée à l'idée de vivre des aventures féeriques, même si c'est exact. J'étais surtout pressée de te les faire découvrir et de les redécouvrir avec toi ! Si tu n'es pas avec moi, cela n'en vaut pas la peine ! Alors arrête de souffler le chaud et le froid, ou de naviguer entre le tortionnaire et la victime, une bonne fois pour toutes ! Je décide de ma vie, et tu n'es pas un "grand prince" qui me donne sa bénédiction ! C'est tellement prétentieux de ta part de penser ainsi, je ne te reconnais pas !
- Herm…
- Non ! Je suis capable de prendre mes décisions toute seule sans que tu m'en donnes l'autorisation ! Je serais venue moi-même te dire que je partais sans toi si c'était ce que je voulais ! Pas besoin de tes jérémiades ! À moins que tu te prennes réellement pour mon geôlier, et qu'il me faudrait ton "laissez-passer" pour partir ? Que cherchais-tu en me disant tout ça ? Te présenter en bon samaritain qui accomplit un immense sacrifice ? Ou me prouver que tu fais passer mes désirs avant les tiens ? Dans ce cas, parfait : viens avec moi !
- Quoi ?!
- Prouve-moi que tu es encore mon époux, et non cette Bête qui me retient captive ! Montre-moi que ma volonté a toujours de l'importance dans notre vie de couple ! Les sacrifices, ça va dans les deux sens : ça s'appelle des compromis ! Je me suis démenée pour toi ! Je me suis tue et j'ai agi à ta façon depuis plus de deux semaines, sans aucun résultat ! C'est grâce à Harry, Draco et moi-même que nous avons obtenu un contrat avec Avalon qui va sauver ton Royaume ! C'est encore grâce à nous trois que tu as retrouvé la fée bleue, et as réussi à obtenir cette apparence humaine la nuit ! Tu dois lever ta malédiction, mais tu prévois de rester te terrer dans ton château en attendant que ça passe ? Ridicule ! C'est en expérimentant, en découvrant de nouvelles personnes, de nouvelles situations, de nouveaux lieux, que tu vas réussir à soigner ton mal avant la date fatidique ! Pas en restant seul sans rien faire ! Alors tu vas venir avec nous ! Pour trouver un moyen de redevenir un homme, et rendre leur apparence à tout ton peuple ! Pour enfin t'ouvrir sur le monde autour de toi et agir au mieux en conséquence ! Et surtout, pour me prouver que j'ai encore un tant soit peu d'importance à tes yeux et que tu es prêt à sortir de ton petit confort sécurisant juste parce que je te le demande ! J'ai fait des efforts pour toi ! Merlin sait que je n'arrête pas d'en faire à longueur de temps depuis dix ans ! Alors j'ai le droit de me montrer un peu égoïste, pour une fois. Maintenant, c'est à ton tour d'agir ! »
Essoufflée par sa longue diatribe, elle scrutait les iris azur dans l'espoir d'y trouver un soupçon d'acceptation. Tout était sorti si facilement ! Tout ce qu'elle avait gardé si longtemps dans son cœur, de peur de créer un conflit et de détruire ce qu'ils avaient construit ensemble. Mais elle ne pouvait plus se taire. Elle avait pensé trouver des arguments pour le convaincre, et c'était toute sa frustration qu'elle lui avait jeté au visage.
Ce qui aurait dû n'être qu'un échange d'arguments scellerait finalement leur futur. À présent, la réponse qu'il lui donnerait pouvait résonner à ses oreilles comme un glas funeste, ou un carillon joyeux. Et elle était terrifiée !
Elle savait qu'elle exigeait ce qu'elle ne lui avait jamais demandé auparavant. Pour lui, tout ceci tombait comme un cheveu dans la potion. Elle aurait dû y aller en douceur, commencer à évoquer le sujet, demander un peu plus à chaque fois… Pas craquer et lui faire du chantage affectif, d'un coup ! C'était culotté… et libérateur. C'était l'appel de la dernière chance.
Pleine d'attente et d'espoir, son cœur se brisa quand son époux fit violemment demi-tour. Ses pas lourds griffaient la moquette, les murs frémirent, le lustre vacilla. Cela ne dura que deux secondes. Deux secondes interminables durant lesquelles elle ne bougea pas. Elle ne devait pas céder.
Longtemps après que la porte ait claqué, tous les os de son corps vibraient encore de cette plainte déchirante.
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Blaise tapait du pied sur le tapis du hall. Il trépignait d'impatience. Il devait absolument parler à Draco ! Une heure auparavant, il était allé toquer à sa porte mais s'était fait expulsé par les domestiques pour cause de "mise en beauté royale". Il avait failli forcer le passage. Depuis quand son petit prince avait-il besoin d'une heure de préparation pour aller manger ?! Pourtant, la mort dans l'âme, il s'était ravisé. Il souhaitait s'excuser, pas piquer une crise devant ses appartements. C'aurait été contre-productif.
Alors il prit son mal en patience aux côtés de Potter et Londubat, engoncés dans leurs toilettes d'un autre temps. Lui-même avait abandonné l'idée de se torturer avec ces collants serrés au point de le castrer, même pour le stupide cérémonial guindé du dîner. Il avait accepté les vestes de velours étriquées et les jabots de soie étrangleurs, mais pas les abominables "tord-couilles". Et comme il n'avait pas de serviteurs dévoués pour l'obliger à en porter, il avait décidé de les envoyer au diable. Le paraître, il n'en avait rien à faire. Il était le Corsaire de la Reine d'Avalon : c'était suffisant pour faire courber l'échine de quelques lampadaires et chandeliers pédants. Pas besoin de plus.
Enfin, son beau blond apparut, toujours aussi majestueux. Cette fois-ci, il était drapé dans une somptueuse robe de taffetas gris perle brodée d'argent. Le col plissé simulait une légère poitrine, et ses cheveux détachés cascadaient le long de son corps. Putain, il avait encore envie de lui !
Blaise voulut faire un pas dans sa direction afin de lui tendre son bras, mais eut la désagréable surprise de voir Potter le devancer. Il serra les dents, conscient de devoir prendre son mal en patience avant d'avoir l'occasion de discuter en tête à tête avec son ami. Quand un détail attira son attention.
Un rien. Pas grand-chose. Un sourire. Une étincelle dans les yeux. Une caresse un peu trop longue.
Et il comprit. Quelque chose se débloqua dans son esprit, comme une bougie s'allumait dans une pièce sombre. L'évidence le frappa de plein fouet.
Il n'allait bientôt plus pouvoir se délecter de son petit prince.
Bordel ! Mais depuis quand ? Que s'était-il passé derrière son dos ?! Il n'avait rien vu venir, seulement quelques coups d'œil intéressés du lionceau, ce qui n'avait rien de surprenant. Le Gryffondor avait-il profité de sa dispute avec la jolie reine pour se rapprocher de lui ? Le fourbe ! C'était une technique de Serpentard : l'animal blessé était plus facile à capturer.
Sinbad crispa si fort la mandibule que ses muscles masséter élargirent sa mâchoire déjà bien carrée. Il s'obligea à détendre les membres, et empêcher ses ongles de blesser ses paumes. Il devait se souvenir des paroles de Tracassin.
« Jamais tu n'interféreras entre eux ». Ce salaud savait depuis le début ! Et c'était… tellement flagrant à présent qu'il avait les faits sous les yeux. Comment avait-il fait pour ne rien voir ? C'était Potter. Ç'avait toujours été Potter. D'aussi loin qu'il se souvenait, l'ombre du "Survivant" gravitait en permanence autour de son petit prince. Draco s'était révélé incapable d'avancer sans lui. Il l'avait attendu pendant dix ans, peut-être plus. Et le jour où le Gryffondor s'était enfin décidé à ouvrir la porte de son palais de glace, son blondinet était revenu à la vie.
C'était déprimant ! Frustrant ! Et terrifiant. Une sensation désagréable lui picotait la nuque, celle d'à peine effleurer la surface de tout ce que ça signifiait. Les conséquences d'une telle… "relation". Un roi marié. Une reine sorcière. De deux pays différents. Deux nations puissantes.
Et son malaise se mua en appréhension.
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Millicent scrutait les visages autour de la table avec beaucoup d'attention. Sa longue vie de fée lui avait offert un talent dont sa ridicule existence humaine était dépourvue : analyser et comprendre. C'était pourtant si simple. Et si complexe. Un rapide regard. Un léger froncement de sourcil. Un coin de lèvres qui se retrousse. Une subtile inclinaison du buste. Et le tableau dégageait un tout nouveau message.
La journée avait été riche en événements ! Ça, c'était évident. Et ses conclusions arrangeaient bien ses affaires. La direction était prise, les chemins se traçaient vers l'objectif qu'elle souhaitait atteindre, même si la destination demeurait obscure. Ce dernier point la démangeait comme une rose fanée au milieu d'un buisson parfait. Un puceron noir sur un pétale blanc. Elle devait corriger le tir, découvrir cette finalité nébuleuse, et adapter sa stratégie en conséquence. Mais pour le moment, elle ne pouvait rien y faire.
Son pied se mit à taper sous la table et ses doigts s'agitaient. Ce filou de Tracassin savait ! Le troisième œil qu'il avait outrageusement arraché à une prophétesse lui donnait un coup d'avance sur tout le monde. Et c'était intolérable ! Il avait déjà positionné ses pions avant elle. Il voyait l'échiquier se dessiner, alors que celui-ci demeurait brumeux à ses yeux. Au fil des jours, il devenait de plus en plus évident que le scénario qui se jouait revêtait une importance capitale. L'anguille qui se terrait sous la roche prenait des allures de léviathan sanguinaire. Et Turquoise n'avait toujours aucune idée de ce qu'elle était en train de miser. Elle désirait seulement gagner contre ce démon de mage noir ! Elle n'allait pas le laisser faire !
Il était plus que temps qu'elle appelle ses sœurs à la rescousse. Titania lui avait envoyé Draco, elle devait donc soupçonner la portée des événements, elle aussi. Peut-être attendait-elle même une confirmation de sa part avant de lancer les hostilités ? Depuis combien de siècles n'avaient-elles pas conversé ensemble ? L'heure des retrouvailles sonnait. Un rassemblement de fées devait avoir lieu. Le premier depuis des millénaires.
« Turquoise ? »
Millicent sortit de ses pensées et observa les convives autour de la table : tous la regardaient, l'air plus ou moins intrigué.
« Oui ? fit-elle en plantant sa fourchette dans une pauvre pomme de terre.
— On te demandait si t'avais un plan pour la suite ? l'informa Blaise en tournant le vin dans son verre. On prévoit de bientôt larguer les amarres.
— Oh, bien… Bien, bien, bien…
— Et donc ? intervint Draco, les sourcils froncés.
— Et donc, quoi ? questionna-t-elle en glissant sa patate dans la sauce pour l'en recouvrir.
— La suite, Milli ! grogna le métis de mauvaise humeur. T'as l'adresse d'une de tes potes fées ou un bon plan "mage" dans ton carnet ?! Faut que je prévois l'itinéraire et le ravitaillement, moi ! »
Son couvert fila droit dans son bec, et elle prit tout son temps pour mâcher le féculent. Elle fit mine de réfléchir, leva les yeux au plafond, tapota son menton, poussa des petits "hmmm" pensifs…
C'était trop facile ! Elle savait que l'occasion se présenterait d'elle-même, mais n'avait pas cru qu'ils la lui serviraient sur un plateau d'argent aussi tôt. Toutefois, l'option "bateau" posait un léger souci logistique, son visage méditatif n'était pas totalement feint.
D'un coup d'œil, elle vit Draco commencer à plisser les yeux. Il était temps de mettre fin à sa comédie, ou il comprendrait le coup fourré.
« Peut-être au pays du Bois Dormant ? proposa-t-elle, simulant l'éclair de génie. J'ai une connaissance là-bas qui pourrait vous être utile.
— C'est chez moi ! s'exclama Belle, surexcitée. Cette connaissance serait-elle l'une des fées qui élèvent la Princesse Aurore ? Comment se nomment-elles, déjà… ? Flora, Pâquerette… Pimprenelle !
— Les six idiotes ? Surtout pas ! ricana Turquoise, hilare à l'idée qu'ils aillent demander de l'aide à ces crétines incompétentes.
— Six ?
— Je pensais plutôt à Maléfique.
— Maléfique ?! » s'écrièrent Harry et Hermione à l'unisson.
L'éclat fit se tourner toutes les têtes vers eux : élevés chez les moldus, ils étaient les deux seuls à comprendre de quoi il était question. Et l'inquiétude commença à apparaître sur les visages.
« Le nom n'est pas de bon augure… gronda Ron en fixant sa femme.
— Vous êtes sûre ? hésita Arthur en repoussant son assiette. J'avoue que j'aurais préféré l'éviter. Je n'ai pas hâte de devoir me battre contre un dragon.
— Un dragon ?!
— Elle n'est pas un dragon, pesta Millicent d'un air dédaigneux. C'est une fée, vous dis-je. Un peu folle, je dois le reconnaître, mais très compétente.
— Peut-on revenir sur cette histoire de dragon ? insista la Bête, nerveux.
— Avec ma Rose Bleue et la Pensée d'Amour de Titania, Maléfique ne fera pas trop la difficile… enfin, je crois. Elle a une façon bien à elle d'aborder la magie, je suis sûre qu'elle sera très utile à Draco. De toute façon, c'est la plus proche, et elle se trouve sur votre trajet vers Loegrie. Pratique, non ?
— Une minute… réfléchit Sinbad en tapotant les doigts sur la table, soupçonneux. La capitale est super loin de la côte, si je me souviens bien. Et y a pas mal de littoral à contourner pour atteindre le port le plus proche. Ça va prendre cinq jours de navigation, et trois autres à cheval, au bas mot.
— Ça ne durera que quatre lunes si vous passez directement par les terres » sourit la magicienne, ravie.
« Et bim ! Prends-toi ça dans la figure, Blaisou ! » jubila-t-elle. Le corsaire la dévisageait comme s'il souhaitait percer un trou dans sa tête, mais elle ne se laissa pas démonter, et son visage radieux exprima clairement le fond de sa pensée. À lui de faire le bon choix : retourner avec ses pirates, ou suivre Draco. C'était sa manière à elle de vérifier s'il était vraiment prêt à se plier en quatre pour leur ami. Dans le cas contraire, elle avait quelques idées pour l'empêcher de suivre le plan que Tracassin avait mijoté pour lui. Elle ne voulait pas risquer qu'il contrecarre ses objectifs à elle.
Et puis, elle avait besoin qu'ils passent par les terres, sacrebleu !
« Quel dommage, nous allons devoir nous passer de toi, fit Draco d'un ton provocateur. Tant pis, tu nous rejoindras plus tard.
— Non, grogna Blaise en fusillant toujours la fée du regard. Mes pirates iront sans moi et attendront qu'on les retrouve au port.
— Vas-tu abandonner ton précieux équipage ? Quel mauvais capitaine tu fais.
— Je ne te laisserai pas. »
Intéressant. Millicent prédisait que leur dispute n'allait pas durer bien longtemps, mais elle aimait voir Elsa se rebiffer un peu. Ses pommes de terre en avaient meilleur goût.
« Je demanderai à Miss Samovar de réunir tout le nécessaire de voyage dans les sacoches des chevaux, annonça Hermione en fixant son verre d'eau, pensive. Nous pourrions reprendre les mêmes que lors de notre excursion vers le Bois Monstro. Si tu veux bien, Adam ? ajouta-t-elle soudain en réalisant qu'il lui fallait l'approbation du roi.
— Alors vous y allez vraiment ? demanda celui-ci, l'air sévère. Pas de question ? Pas de débat ? On vous parle d'une carabosse au nom lugubre, d'une histoire de "dragon", et vous n'hésitez même pas ? Juste parce que la fée bleue a suggéré l'idée entre deux bouchées de patates ?!
— Pourquoi tergiverser ? répondit Draco, hautain. Nous sommes partis en sachant que notre quête serait loin d'être un fleuve tranquille, je ne vois pas pourquoi nous reculerions maintenant. Nous devons y aller, la question ne se pose pas. En quoi cela t'intéresse-t-il ? Tu ne nous accompagnes pas, que je sache. »
La réflexion jeta un froid du côté du couple souverain. Hermione se rembrunit et avala de longues goulées d'eau pour reprendre contenance, pendant que Ron crispait tout son corps de bête.
De plus en plus passionnant ! Millicent était aux anges. Tout se passait au mieux : la lionne avait sorti les griffes, le monstre avait un lourd choix à faire qui déciderait de son avenir, le groupe allait prendre la direction qu'elle avait indiqué sans qu'elle n'ait eu besoin d'argumenter, son ami pirate s'engageait sur la bonne pente, l'alchimie entre ses deux protagonistes préférés semblait en bonne voie… ne restait plus qu'à s'occuper d'un dernier détail avec sa jolie reine, et tout serait parfait ! Elle posa la main sur la poche invisible de sa robe en velours bleu persan, et s'assura que sa plume s'y trouvait toujours.
« Après manger, j'irais chercher quelques livres dans la bibliothèque, déclara finalement Belle en reposant son verre. Je trouverai certainement quelques récits au sujet de cette Maléfique. Même si elle réside dans mon pays d'origine, mon personnage n'en avait jamais entendu parler. Au pire, cela ne me fera pas de mal de me rafraîchir la mémoire sur l'Histoire de ce Royaume.
— Et si vous nous contiez la légende moldue du "Bois Dormant" ? proposa Neville. Cela nous aiderait à mieux nous préparer. »
Adorable petit Lancelot, toujours prêt à rebondir pour rendre service. Turquoise aimait bien ce gentil chevalier, si aisément manipulable.
Elle laissa Harry et Hermione narrer la jolie fable, et s'amusa de les voir débattre sur les différences entre les versions. Les moldus ne semblaient pas très constants : les divers auteurs changeaient le nombre de fées qui auraient béni la princesse, n'étaient même pas d'accord s'il s'agissait bien de fées, ou pire, se disputaient sur le nom du personnage principal. C'était à la fois drôle et ridicule.
Cependant, tout ceci ne l'intéressait guère. Elle attendit patiemment la fin de la conversation, et claqua des doigts. Tous les couverts, vaisselles, plats et plateaux bondirent d'un coup, et se jetèrent dans les "bras" des porte-manteaux et dessertes qui s'apprêtaient à desservir. Ils devraient la remercier pour son coup de main, au lieu d'afficher cette attitude hébétée ! D'un second claquement, une grande carte apparut dans les airs, et descendit lentement sur la nappe blanche dans un nuage de paillettes bleutées. Tous la regardaient avec de grands yeux étonnés, intrigués par son manège.
« Voici votre route ! » chantonna-t-elle en agitant son ongle verni en lapis-lazuli.
Des petits pointillés azur scintillants se dessinèrent sur le parchemin. Chacun se leva de sa chaise et se pencha pour mieux voir, l'air émerveillé ou dubitatif. Les traits partirent d'une illustration de château où était inscrit "Églanteria", cheminèrent sur la "Route de l'Aubépine", bifurquèrent au croisement de la "Voie du Bois Dormant", traversèrent les frontières du Royaume pour entrer au pays sauvage "Diana", longèrent un grand lac rond…
« Le lac ! s'exclama Lancelot en pointant l'image ovale. C'est le lac !
— Comment ? s'étonna Harry, perplexe. De quoi parles-tu ?
— C'est le lac ! répéta le chevalier, fébrile, en se tournant vers Elsa. Notre lac ! À Diana ! »
Un éclair de compréhension traversa les yeux argentés, et Draco s'approcha plus près pour étudier les inscriptions. Millicent sourit, enchantée de son petit effet. Les marques pailletées avaient terminé leur route, mais plus personne ne s'y intéressait.
« "Le Miroir aux Fées", lut le blond, perdu dans ses souvenirs d'une autre vie. Je me rappelle… La demeure de mon oncle et de ma tante se trouve sur la rive sud.
— J'habitais avec eux, confirma Neville, trépignant sur place. C'est un endroit magnifique ! Une chance que nous ayons l'occasion d'y passer ! Nous pourrions faire une halte, et…
— L'endroit est abandonné depuis leur décès. Mais je crois… Oui : un gardien et sa femme passent régulièrement pour entretenir le manoir. Je me souviens y avoir veillé, et je vois le coût de ce maintien revenir régulièrement dans mes comptes personnels. Nous aurons un toit et un lit, mais pas de quoi nous sustenter. Puisque plus personne n'y habite, je n'ai pas jugé utile d'y stocker des denrées périssables.
— Ce n'est pas un problème, nous aurons tout ce qu'il faut, affirma Arthur. Je serai ravi d'enfin pouvoir visiter cet endroit dont vous nous parlez depuis si longtemps.
— C'est fantastique ! sautilla Lancelot, ivre de joie. Je ne pensais pas avoir la chance de retourner là-bas ! Je revois déjà la plage de galets, les gros rochers gris couverts de mousse, le saule pleureur qui frôle l'eau, le grand chêne centenaire sur la petite île, au centre du lac !
— Ce chêne n'avait-il pas résisté à la foudre, il y a plus de vingt ans ?
— Si ! Le haut de son tronc s'est fendu en deux ! Père Ninian avait craint qu'il ne s'effondre, alors les domestiques se sont appliqués à fortifier sa ramure. Le jour de mon départ, l'arbre resplendissait toujours. »
Il était surprenant de voir ces deux personnes oublier leurs différends du passé du vrai monde, pour se souvenir d'une enfance commune pleine de joie d'un autre univers. Elsa enchaîna sur une deuxième anecdote, Lancelot rebondit sur une troisième, et tous voyaient leur mémoire être stimulée l'un par l'autre. Arthur se délectait du bonheur visible de la reine, Belle semblait absorber chacun de leurs mots, et Sinbad demeurait sceptique. Millicent jeta un coup d'œil vers la Bête et savoura son visage abasourdi : apparemment, celui-ci n'avait pas encore assisté aux échanges nostalgiques de ces frères de cœur. Cette découverte aussi était une très bonne chose !
« Sir Du Lac ? appela Hermione entre deux bavardages. Si j'ai bien compris… Cela signifie-t-il que tu es… le cousin d'Elsa ?
— Pas du tout, rit Neville, plus heureux qu'il ne l'avait jamais été. Ou plutôt devrais-je dire : pas tout à fait. Sieur Ninian et Dame Béfinn Camlann sont mes parents adoptifs.
— Oncle Ninian était le grand-frère de mon père, expliqua Draco. Il a abdiqué avant même d'accéder au trône, et a affirmé que mon père, le roi Dymas, serait un meilleur souverain. Après le couronnement, lui et sa femme ont préféré vivre loin de la Cour et de toutes les intrigues politiques. Le pays sauvage de Diane était parfait pour cela : paisible, sans gouvernement, et non loin d'Avalon. Père m'envoyait souvent leur rendre visite. C'est ainsi que j'ai fait la connaissance de Lancelot, dès l'âge de cinq ans. Et que j'ai passé de nombreux jours au bord de ce lac. »
Oui… Ce lac, Turquoise s'en souvenait bien, à présent. Heureusement que Draco lui avait parlé de ses vacances avec son oncle et sa tante, lors de leurs faux cours de magie.
Ce lac était celui de sa très chère Odette. Cette pauvre Odette au destin tragique. Millicent se rappelait le vaillant et courageux Siegfried, qui l'avait découverte en train de s'y baigner. Ce beau prince avait été l'espoir d'un avenir meilleur. Une promesse de jours heureux. Mais Turquoise avait mis son amie en garde contre l'aveuglement de l'amour. Comme elle aurait voulu avoir tort, pour une fois.
« Alors c'est décidé ! décréta soudainement Potter, la faisant revenir au moment présent. Nous partirons après-demain, le temps de préparer nos affaires. Nous ferons une halte à mi-chemin, au manoir du "Miroir aux Fées".
— J'aimerai aussi passer voir mon père, intervint Hermione en tapotant sur sa joue. Il ne faudrait pas qu'il recrute d'autres mercenaires pour me… "récupérer". Ou me marier de force, apparemment. Et il possède certainement de précieux renseignements sur Maléfique. »
Un silence accueillit sa demande, et la Bête dérangea la nappe tant il crispait ses pattes griffues dessus.
« Tu viens avec nous ? s'étonna Neville.
— Évidemment ! Vous pensiez vraiment que j'allais vous regarder partir à l'aventure sans moi ? Hors de question ! Dois-je vous rappeler que c'est avec Ron et moi que Harry a œuvré sans relâche à défaire Voldemort ? Vous allez encore avoir besoin de mes connaissances et de mes talents ! Je vais avec vous ! »
Tous se tournèrent alors vers le roi de Rosa, plus tendu qu'une corde-à-linge, et probablement aussi pâle qu'un drap sous ses longs poils fauves.
« Ne le regardez pas comme ça ! protesta Hermione. Je n'ai pas besoin de sa permission pour décider de vous accompagner ! Et puis, ce n'est que pour onze mois. Peut-être moins, si nous accomplissons votre quête avant. Je ne passerai pas à côté de cette histoire ! »
Chacun eut la sagesse de ne rien répondre, même Blaise. Vraiment. Millicent se régalait !
[===]
« Attends ! »
Elsa roula des yeux et pivota lentement vers l'énergumène qui osait le retenir quand il ne désirait qu'aller se coucher. Bien sûr, il savait de qui il s'agissait, et cela ne faisait qu'augmenter son irritation.
« Je voulais te parler, annonça Blaise en grimpant les marches deux par deux.
— Et bien parle.
— Le prends pas comme ça, Draco… Ok, j'ai pas été sympa. Je le reconnais.
— "Pas sympa" ?
— D'accord ! Si tu veux ! "J'ai fait le connard", ça te va ? Je voulais m'excuser ! Mais si tu montes sur tes grands chevaux, alors… »
La reine fit volte-face, et reprit son ascension des escaliers, encore plus en colère. Qu'il aille au diable ! Il n'eut cependant pas le temps de s'esquiver que le métis lui attrapa le bras.
« Arrête de fuir, Draco ! Tu te plains qu'on vole toujours à ton secours, mais tu filoches dès qu'un truc te plaît pas !
— Sont-ce là tes "excuses" ? siffla Draco en se dégageant d'un mouvement sec. Pourquoi devrais-je souffrir de tes remarques, en plus de tes insultes ?
— Je t'ai pas insulté !
— Il est vrai que me qualifier de "diva" est une preuve de ton affection.
— Bon, c'est pas faux… Je suis allé un peu loin, j'avoue.
— Sans rire.
— J'étais en rogne ! Et même si mes mots étaient un peu forts, reconnais quand même que j'ai pas tout à fait tort non plus !
— Tu continues !
— Par Poséidon ! Elsa ! Arrête de jouer à la princesse effarouchée ! Je t'adore, tu sais ? Vraiment ! Mais quand t'es comme ça, j'ai envie de t'en coller une !
— Que… !
— T'écoutes personne, à part Potter ! J'ai beau t'expliquer en long en large et en travers, que j'ai choisi moi-même, tout seul, comme un grand, d'offrir ma vie de premier rôle pour rester avec toi, tu t'en fous ! Tu veux absolument être le "méchant" qui nous oblige à nous sacrifier ! Franchement, quand je t'entends, j'ai l'impression que t'en as rien à foutre de ce qu'on pense ! Tu préfères imaginer que c'est toi qu'a tout provoqué ! Quelque part, c'est presque rassurant de te voir toujours aussi pédant pour penser avoir le pouvoir sur tout et tout le monde. T'adores te plaindre, c'est pas nouveau, et surtout qu'on te plaigne. Mais ça commence à être chiant ! J'ai ma dose ! Et dès que ça va plus dans ton sens, tu fuis comme un lâche ! Ras le cul ! Alors maintenant, tu vas me regarder droit dans les yeux, et entendre une bonne fois pour toute que je t'adore, que t'es mon pote, que je veux rester près de toi, que j'en ai rien à carrer de l'histoire de Sinbad, que je suis bien content de la proposition de Tracassin, que je vais tout faire pour t'aider et te protéger, et que je suis méga jouasse de toutes les aventures qu'on est en train de vivre ensemble ! Okay ?! »
Draco aurait voulu répliquer : il n'aimait pas beaucoup se faire remettre à sa place. Et surtout qu'on le dépeigne d'une manière si peu glorieuse. Plusieurs fois durant cette longue diatribe, il avait voulu l'interrompre. Mais il était pétrifié. Il se sentait inexplicablement glacé et réchauffé de l'intérieur. La sensation était paradoxale. Et pourtant, il y avait ce mélange de douleur, déception, espoir, tendresse, doute, embarras… Ce discours le touchait autant qu'il le mettait mal-à-l'aise. Il ne savait pas comment réagir.
« Je t'écoute ! Parle ! Qu'est-ce que t'as à répondre ?
— Parce que je dois répondre quelque chose ? hésita-t-il, une pointe de contrariété refaisant surface.
— Je veux être sûr que t'as bien capté, cette fois. Je prendrai pas le risque que tu te flagelles pour de la merde quand j'aurais le dos tourné.
— Je ne…
— Ose même pas me dire que c'est pas le cas. »
Son regard était mortellement sérieux, il peinait à le soutenir. Il y avait comme une touche désespérée dans ses iris anisés. Une attente. Un désir de transmettre son opinion, coûte que coûte… Mis au pied du mur, Elsa ne put que se plier.
« D'accord… souffla-t-il en fermant les yeux, résigné. Je te crois. Mais tout ceci n'aurait jamais dû se produire. Il n'est pas normal que tu ais dû choisir entre moi et ton avenir. Cette situation me rend fou ! Je…
— Stop ! sourit Blaise. Je t'en demande pas plus. J'imagine bien que ta petite tête de princesse-diva a du mal à accepter de pas être le capitaine du navire. T'es reine, après tout : t'as l'habitude de tout diriger.
— Aurais-tu l'amabilité de cesser ces outrages ? grommela Draco, piqué. Comme tu le fais si bien remarquer, je suis reine. "Ta" Reine ! Je serais en droit de punir ton insolence.
— Oh oui, ma douce Majesté ! Punis-moi !
— Tu es impossible… » souffla-t-il en se détournant.
Cependant, son corsaire avait gagné. Une chaleur agréable venait picoter son ventre, et faisait fleurir un irrésistible sourire tremblant sur ses lèvres. Il aurait préféré rester en colère, mais comment s'insurger ? Son insistance à vouloir rester à ses côtés le touchait. Il aurait pu l'abandonner encore une fois, il ne lui en aurait même pas voulu.
Tout à ses vains efforts pour maintenir un air sévère, il ne vit pas Blaise se hisser sur la même marche que lui. Ce fut quand les mains baladeuses se posèrent au bas de son dos qu'il réagit, et un baiser l'empêcha de répliquer. Le pirate profita de sa surprise pour envahir sa bouche. Ses bras le pressèrent contre son torse, et Draco sentit le désir de son ami grossir et durcir.
Il ne chercha pas à se dérober. Cette langue savante lui donnait des frissons sur tout le corps. Ces doigts forts et chauds le faisaient se cambrer de plaisir, et blanchissaient son esprit. Pourquoi résister ? C'était si bon, si savoureux. Se laisser manipuler par lui était l'un des plus délicieux plaisirs de sa vie. Il avait confiance, il savait avec certitude que le métis l'amènerait côtoyer les étoiles du septième ciel. Et la caresse qui glissait sur ses fesses ne faisait que le confirmer.
Pourtant, quelque chose n'allait pas. Il ne savait pas quoi, pourquoi, ou comment, mais ce n'était pas comme d'habitude. Une démangeaison chatouillait son esprit. Un faible signal tentait de le réveiller, comme un intrus qui toquerait avec insistance à sa porte. Un "toc toc" continu. Léger, mais bien présent. Constant. Régulier. Agaçant… Cela bridait son euphorie lascive.
Elsa enroula ses bras autour du cou de Sinbad, bien décidé à ignorer cette gêne. Il voulait arrêter de réfléchir et s'envoyer en l'air une seconde fois dans la journée ! Pourquoi devrait-il écouter ce maudit "toc toc" ?
La rampe de l'escalier s'imprima douloureusement contre ses reins, mais il l'ignora : le tissu de sa robe remontait le long de ses jambes comme une promesse. La passion venait de grimper, les caresses se faisaient plus pressantes. Il ne se lassait pas des mains expertes de son amant préféré. Ce besoin de domination qu'exprimait Blaise dans chacun de ses gestes remuait ses entrailles et explosait ses hormones. Ses dents mordaient ses lèvres, sa langue imposait un ballet fougueux, son bassin poussait pour le bloquer, ses doigts s'incrustaient dans sa peau… Sa chaleur pénétrait tout son être, et Draco roulait ses paumes le long de l'épiderme sombre, soucieux de percevoir au mieux les muscles qui se bandaient contre lui. L'extase allait finir par faire taire cette réticence. Il voulait ! Il n'allait pas…
Sa jambe fut soulevée, et ses hanches hissées pour être posées sur la rambarde, quand il poussa sur les pectoraux du métis.
« Non. »
Blaise se figea. Il l'observait comme s'il s'était brusquement métamorphosé en hydre.
« Quoi ?
— J'ai dit "non", insista Draco en remettant sa jupe en place, le regard fuyant. Nous avons déjà couché ensemble, cet après-midi. Je n'ai pas envie.
— C'est pas l'impression que j'ai eu.
— Et bien tu t'es trompé.
— J'ai fait quelque chose ?
— Mais non ! Que vas-tu chercher ? Je suis fatigué, c'est tout. Je… J'ai compris ce que tu voulais me dire. Mais je n'accepte pas que tu ais dû… Bref. Je ferais en sorte que cette situation ne se reproduise plus jamais.
— Qu'on baise plus ?
— Que tu n'ais plus à vendre ton âme pour moi, idiot ! Je vais apprendre tout ce que je peux des fées et des mages, lever la malédiction, et tu pourras retourner vivre une parfaite vie de corsaire avec ton équipage, au frais de ma couronne. Tu n'auras plus aucune obligation envers moi, autre que ton rôle de vassal.
— C'est pas ce que…
— Je vais aller dormir, le coupa Draco, toujours incapable de le regarder. Nous nous verrons demain. Bonne nuit. »
Et il s'enfuit. Le plus vite possible, sans paraître trop précipité. Son cœur battait à tout rompre, ses mains tremblaient, son souffle était court… Il n'avait pas réussi à éteindre cette alarme. Il n'avait pas pu, cela avait été au-dessus de ses forces. Lorsque son ami l'avait soulevé du sol pour se placer entre ses cuisses, quelque chose avait hurlé dans sa tête. Il avait agi par réflexe, et n'avait perçu son rejet qu'une fois exprimé.
Dès qu'il fut hors de vue, il souleva son insupportable robe des deux mains, et se mit à courir jusqu'à ses appartements pour s'y enfermer.
[===]
Ron suivait Hermione en silence. Le chemin jusqu'à leur chambre était chargé d'une tension difficilement supportable. Il observait son dos, sa démarche assurée, sa tête dressée bien haut. Elle évoluait dans le château telle la digne et fière maîtresse de maison qu'elle était devenue. Pourtant, il la connaissait si bien qu'il repéra vite la crispation dans ses mains, la raideur de ses épaules, ou la rudesse de ses mouvements. Elle savait ce qui allait se produire, une fois enfermés dans l'intimité de leurs quartiers.
Tout à ses ruminations, la Bête se cogna encore au chambranle lorsqu'il franchit le seuil, et referma la porte un peu trop fort. Il bouillait intérieurement, prêt à laisser exploser sa fureur et son mal-être. Et lorsqu'il fit face à sa femme, il la vit bien campée sur ses jambes, les bras croisés, le corps le plus droit possible pour se grandir, le visage fermé et le regard défiant. La voir adopter cette posture défensive contre lui remua toutes ses insécurités. Quelque chose céda en lui. Et il réagit de la seule façon qu'il connaissait.
« Alors tu t'en vas ?! Très bien : bon débarras ! Pour qui voulais-tu me faire passer, au juste ?! Tu m'as lancé ton ultimatum cet après-midi, seulement ! Ça te coûtait quoi de me laisser un peu plus de temps pour y réfléchir, avant d'annoncer devant tout le monde que tu me quittais !
— Je ne t'ai pas quitté ! Je…
— C'est pareil ! Tu déclares que tu les accompagnes, avec ou sans moi, peu importe mon avis ! Que crois-tu que ça signifie, hein ? »
Ron ne parvenait plus à réfléchir. La colère prenait le dessus sur sa raison. Il savait que cela ne donnait jamais rien de bon, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. C'était plus fort que lui.
« Tu veux partir ? Vas-y ! Si tu penses que je vais te retenir ou t'accompagner, tu te fourres la baguette dans l'œil ! Pas après ce que tu viens de me faire !
— Ce que "je" t'ai fait ?! Je t'avais prévenu que j'irai avec eux ! Tu le savais ! Et que ce soit aujourd'hui ou demain, ils allaient bien finir par apprendre que je serai du voyage !
— Et tu avais besoin de déclarer que je n'ai aucun avis à donner sur cette décision ?! Tu ne pouvais pas attendre que je te donne ma réponse ?!
— J'en ai assez d'attendre ! hurla si fort Hermione que sa voix partit dans les aigus. Je dois toujours attendre ! Attendre que tu fasses de petits gestes pour moi ! Attendre que tu me regardes ! Attendre que tu remarques mon existence ! Ce n'est pas parce que je suis la plus patiente et la plus pondérée que je dois sans cesse taire mes envies et mes besoins pour toi ! Assez de tout ça ! Assez !
— Tu… !
— Tais-toi ! J'ai repoussé mes études pour te suivre quand tu as dû partir pour ce stage d'un an en Russie ! J'ai renoncé à cette promotion pour m'occuper de Rose puisque tes missions d'Auror prenaient tout ton temps ! J'ai abandonné mes recherches à un collègue parce que je ne pouvais plus m'y consacrer entièrement ! Et je ne t'en ai jamais voulu ! Je ne t'ai jamais rien reproché ! Mais qu'as-tu fait pour moi, toi ? Rien ! Tu te contentes de vivre ta vie comme si tout était normal ! Même maintenant, alors que tu sais mon envie de partir à l'aventure dans cet univers merveilleux, je devrais encore ronger mon frein pour toi ? Parce que… quoi, d'ailleurs ? Tu n'en as pas envie ? Parce que tu refuses de laisser tomber ta petite guerre puérile contre Malfoy ? Stop ! J'ai déjà perdu un mois de ce temps précieux qui nous est offert dans ce monde ! Je ne vois plus pourquoi je devrais encore me sacrifier pour toi !
— Hermione… Ne fais pas ç…
— Je t'aime, mais l'amour seul ne suffit pas ! Il est vrai que j'aurais pu attendre demain pour annoncer mon départ avec eux, mais cela n'aurait fait que repousser l'échéance. Parce que tu ne viendras pas, n'est-ce pas ? Tu vas encore une fois te trouver mille excuses pour ne pas nous accompagner ! La gestion d'un Royaume que tu laisseras tomber dans onze mois, ou la présence de Malfoy, ou encore une autre fantaisie inutile, sans aucun doute. Avoue que tu as passé toute la journée à réfléchir au prétexte stupide que tu allais me sortir, pas vrai ?
— Herm…
— Je suis fatiguée, Ron. Fatiguée de moi aussi chercher des raisons pour être heureuse avec toi. Est-ce si incompatible de pouvoir être moi-même, et faire ce dont j'ai envie, tout en étant avec toi ? Devrais-je passer le reste de ma vie à devoir choisir entre mon amour pour toi et mes désirs ? Pourquoi ne puis-je pas avoir les deux ? Tu les as bien, toi ! Et en plus, je devrais faire illusion devant tout le monde pour ne pas froisser ta fierté mal placée ? Que ce soit en continuant de sourire malgré les sacrifices qui me tordent les boyaux, ou en faisant croire que nous nous entendons toujours aussi bien, même si je pars sans toi ? Qu'attends-tu de moi ? Que je me morfonde à chaque fois que je me fais passer en premier ?
— Non ! Ce n'est pas…
— Et pourquoi ne t'en es-tu jamais rendu compte ? Pourquoi en suis-je réduite à t'énoncer des vérités alors que tu as eu dix ans pour t'en apercevoir ? Je te l'ai même dit, tout à l'heure, mais tu n'as pas voulu écouter ! Tu préfères te mettre en colère et imaginer des arguments surfaits pour éviter de te remettre en question ! C'est plus facile ! Ça t'évite de reconnaître tes erreurs ! Tu préfères entretenir l'idée que tu es dans ton bon droit, sans penser à tout le mal que je me donne pour toi, et que tu ne m'as jamais rendu !
— Je…
— Je suis ravie de ce voyage dans le monde des Contes et Légendes ! Car Belle a le courage que Hermione n'a jamais eu : celui de t'affronter ! Dans sa peau, je me rends compte que je ne suis pas coincée dans une vie qui ne me convient pas ! J'ai encore le choix ! Et je le prends maintenant ! Soit tu viens avec nous, soit nous aurons une très sérieuse conversation dès notre retour dans le vrai monde ! Tu as cette nuit et toute la journée de demain pour prendre une décision ! Bonne nuit ! »
Ron resta interloqué un peu trop longtemps. Il ne croyait pas que sa femme allait claquer la porte. Pas de cette façon. Pas sans lui laisser le temps de trouver une réponse. Pas alors qu'il était en train de reprendre apparence humaine.
Mais le choc du battant sur le châssis fut plus douloureux qu'une gifle.
[===]
Blaise avait beaucoup de mal à calmer la rage qui bouillonnait dans ses veines. Tout s'était passé si vite. À peine avait-il compris l'éloignement de son petit prince qu'il lui échappait déjà. Le sort en était-il déjà jeté ? Leur rapport de l'après-midi allait-il être le dernier ? S'il l'avait su, il aurait réclamé un second tour !
Et pourquoi Potter ?! De tous les mecs qui pouvaient être intéressés par son joli blondinet, il avait fallu que ce soit lui ! Le crétin de "Survivant" ! L'idiot "balafré" ! Le connard de "héros" qui obtenait toujours tout ce qu'il voulait ! C'était insupportable ! Soudain, il crevait d'envie d'énucléer de stupides yeux verts. Très lentement, pour faire durer la souffrance. Personne n'avait le droit de toucher à son meilleur pote, bordel ! Surtout pas ce sale type, contre qui il avait l'interdiction de se dresser !
Si seulement il avait compris plus tôt les sous-entendus de Tracassin. Ils étaient évidents, à présent ! Ne pas "interférer entre eux". Les protéger, "tous les deux". Puis les laisser tranquilles "le moment venu". Alors quoi ? Dès qu'ils allaient folâtrer ensemble, il allait devoir tirer sa révérence ? N'était-il qu'une distraction "en attendant" que Potter se réveille et lui vole son meilleur plan cul ? Blaise avait la haine !
Il aurait pu être heureux pour Draco. Il le pouvait encore. Mais il doutait fortement du bien-fondé d'une telle relation. Et surtout, il redoutait les conséquences : rien de bon ne pouvait en sortir.
Leurs situations dans ce monde rendaient déjà une potentielle liaison catastrophique. Pourtant, elle pouvait s'envisager s'ils prenaient en compte le facteur "durée limitée". Il ne leur restait que onze mois à vivre dans cet univers : s'ils ne se faisaient pas remarquer, l'option batifolage était acceptable. Malheureusement, Blaise doutait qu'ils en restent là, pas après ce qu'il avait vu, et le retour dans le vrai monde allait devenir un enfer.
Car depuis quand le Héros de l'Angleterre Sorcière pouvait folichonner avec un ennemi reconnu et haï de tous ? Forcé ou non, Draco restait un putain de Mangemort !
Un fracas le coupa dans ses réflexions. Il observa le couloir d'où provenait le chahut, et eut la surprise de voir la jolie Belle débouler d'un air furibond, puis se figer quand elle l'aperçut. Sinbad fit rapidement le lien avec l'atmosphère pesante durant le repas : il y avait bel et bien un trou dans la voile du couple royal.
Par réflexe, il offrit son plus séduisant sourire à la superbe demoiselle, conscient de la futilité de sa manœuvre. Il ne s'attendait pas à voir une étrange étincelle s'allumer dans le regard cuivré. Encore moins qu'elle s'avance vers lui d'un pas décidé. Quand elle écrasa ses lèvres sur les siennes, qu'il sentit ses bras fins s'enrouler autour de son cou, ou qu'il perçut la généreuse poitrine se comprimer contre son torse… il crut rêver. C'était la seconde fois, dans la même journée, qu'une beauté lui sautait dessus dans les couloirs du château. Rosa commençait à beaucoup lui plaire.
Finalement, sa nuit n'allait peut-être pas être aussi aride que prévu. Remplacer une reine par une future reine ne lui sembla pas être une mauvaise idée.
Qui était-il pour se refuser à une majesté ?
[===]
Appuyé contre la porte close, Draco se laissa glisser au sol. Pour la seconde fois de la journée. Un peu plus difficilement à cause de sa robe corsetée. Mais toujours aussi perdu et déboussolé.
Que lui arrivait-il ? Il adorait le sexe, surtout avec Blaise ! Il n'avait jamais participé à leurs échanges pour le repousser ensuite. C'était impensable ! Alors pourquoi ? Était-ce parce qu'ils se trouvaient dans un espace ouvert ? Un endroit où n'importe qui aurait pu les surprendre ?
… Non. Il n'avait rien à cacher : il n'était lié à personne et avait parfaitement le droit de coucher avec qui il souhaitait. Et puis, s'il avait été dans son état normal, il l'aurait simplement emmené dans sa chambre pour profiter de ses mains expertes une bonne partie de la nuit.
Ou bien était-ce leur conversation précédente ? Ses injures très éloignées de la révérence qu'un corsaire était censé témoigner à sa reine ?... Pourtant, ce n'était pas la première fois que son ami s'opposait à lui. Il était généralement moins acerbe, mais n'avait pas pour autant la langue dans sa poche. Cela ne l'avait jamais arrêté.
Un râle de rage franchit sa gorge, et il se tapa trois fois le crâne contre le battant. Devait-il encore soupçonner un maléfice quelconque ?! Un stupide sortilège de chasteté qu'on lui aurait lancé dans le dos durant la soirée ?! Millicent ?... N'importe quoi ! Son esprit divaguait ! Toutes les bizarreries ne pouvaient pas être imputées à la magie ! Il devait y avoir une explication ! Quelque chose…
Son regard se posa sur la magnifique rose blanche scintillante, installée dans son long soliflore de porcelaine noire, au centre de la table basse de son salon. Sa fragrance de pin frais et de miel envahit tout à coup son nez, de même qu'une légère odeur musquée sauvage mêlée de bois.
Le parfum de Potter.
Draco se cacha le visage entre les mains, et un pitoyable gémissement de dépit résonna entre ses oreilles. Quel crétin, stupide, imbécile, demeuré, débile ! Cela avait été si fugace qu'il n'avait pas eu le temps de s'en apercevoir. Et pourtant, une simple inspiration avait ancré l'image si profondément dans sa chair qu'il ne pourrait plus jamais l'oublier.
Ce n'étaient pas les mains de Blaise qu'il voulait sur son corps ! Sa fixation sur les paumes calleuses de guerrier l'avait plus remué qu'il voulait bien l'admettre. Dès que son ami l'avait touché, son cerveau avait protesté. Et plus il l'avait caressé, plus cela l'avait dérangé… Elsa désirait Arthur. Cependant, Draco était certain qu'il n'avait pas envie de Potter ! Mais comment démêler ses émotions de celles de son personnage ? C'était la reine qui avait inlassablement toqué à la porte de son esprit pour qu'il cesse les préliminaires avec son corsaire ! Ce n'était pas lui ! Il ne pouvait pas être…
Son crâne cogna plus durement contre la paroi de bois. Tout ceci était pure folie ! Ces visions devaient disparaître de ses pensées ! Il devait arrêter de se représenter ces doigts glisser sur sa peau, ou comparer la teinte de leur carnation, ou supposer le goût de ses lèvres, ou inventer la douceur de ses gestes, ou soupçonner la chaleur de son corps, ou songer à la force de ses bras quand… ! Stop ! C'était un mirage impossible ! Jamais son ancien ennemi pourrait… S'il continuait ainsi, il allait devenir cinglé ! Ce "toc toc" n'avait plus le droit de s'insinuer dans sa vie ! Croire qu'un jour, peut-être, ils…
Toc toc
« Draco ? Tu vas bien ? »
Il se releva si vite qu'il manqua de chuter en se prenant les pieds dans ses jupons. Le cœur au bord des lèvres, les yeux écarquillés de peur, il se sentait l'âme d'un petit enfant pris en faute. Avant de réaliser que sa porte était toujours close. Ah ! Et qu'il était un adulte, aussi… Et une reine…
Elsa souffla longuement, se frappa les joues pour chasser les dernières traces de son émoi, et se secoua les membres. Il avait reconnu la voix, et il ne s'agissait pas d'une personne que l'on pouvait tromper aisément. Pourtant, il espérait pouvoir dissimuler ses états d'âme. Juste un peu plus longtemps.
Main sur la poignée, il prit une grande inspiration, se forgea un visage surpris, et ouvrit.
« Millicent ? fit-il d'un ton forcé. Que fais-tu ici, si tard ? »
Crétin ! Il avait un meilleur jeu d'acteur, d'habitude. Son amie étrécit les yeux une fraction de seconde, avant de retrouver une expression neutre bien plus convaincante que la sienne.
« J'hésitais à venir te parler demain, mais j'ai craint de ne pas en avoir le temps, avec tous vos préparatifs pour le départ… Et puis j'ai entendu des coups.
— Oh ça ? Ce n'est rien ! J'ai seulement… »
Rien de crédible ne lui venait à l'esprit. Idiot, idiot, idiot, idiot !
« On s'en fiche. Je peux entrer ? »
Draco lui fut reconnaissant d'ignorer son moment d'égarement, et s'écarta pour la laisser passer. Il allait appeler un domestique quand son invitée lui coupa l'herbe sous le pied.
« J'ai pris la liberté de nous commander une tisane. Ils vont nous l'apporter. Au fait, je sais que je te l'ai déjà dit, mais j'insiste : les robes te vont vraiment bien ! Celle-ci te fait une silhouette à se damner ! Et les plis donnent l'impression que tu as des hanches. C'est très joli. Une vraie princesse de conte de fée. »
Soudain, l'envie d'étrangler une fée lui sembla être une bonne idée, et le regard noir qu'il lui servit la fit sourire bassement. Traîtresse !
« Je transmettrai tes compliments à Madame Ward. Cela lui fera assez plaisir pour qu'elle cesse de me harceler afin de m'affubler de dentelles, même en journée.
— Alors n'en fais rien : j'adorerai te voir dans un drapé de lin, sans fioriture.
— Je préfère de loin le confort des chausses, même si elles demeurent un tantinet étriquées.
— Et elles te font des jambes à tomber. »
Nouveau regard noir. Nouveau sourire mesquin.
« Est-ce pour m'abreuver de si beaux compliments que tu es venue me voir ? demanda-t-il en croisant les bras dans une pose ridiculement masculine.
— Je croyais que tu avais l'habitude de tourner autour du pot cent-sept ans avant d'aborder le vrai sujet de conversation, soupira Turquoise en se dirigeant vers le petit salon. Des trucs de la royauté, la noblesse… Tout ça.
— Pas à cette heure-ci. »
Mains sur les hanches, Millicent se pencha pour étudier l'assise d'un fauteuil en brocart bleu ciel et or, le corps formant un parfait angle droit. Le dos rigide dans son bustier de satin pervenche, elle pencha la tête vers la gauche et tapa sur le rembourrage pour en chasser la poussière imaginaire. Draco leva un unique sourcil, perplexe : depuis qu'il occupait ces appartements, le ménage était fait tous les jours. Babette, son "plumeau" de chambre attitré, serait scandalisée s'il restait un seul résidu de saleté sur ses meubles.
Satisfaite, son amie se redressa, hocha la tête pour marquer son approbation, et s'installa sur le siège dans un concert de froufrous en lamé de soie et chiffon de rayonne.
« Assieds-toi », l'invita-t-elle, comme s'ils se trouvaient chez elle.
Seules deux secondes lui furent nécessaires pour comprendre qu'il allait avoir besoin d'une boisson un peu plus forte qu'une tisane. Il alla ouvrir la porte, arrêta une carafe qui déambulait par là, passa sa commande, et retourna rejoindre son hôte. Sans faire autant de manières, il se plaça dans le canapé, près de la fée.
Cette situation lui rappelait les soirées à Avalon, en compagnie de Potter. Ils se retrouvaient toujours dans ses quartiers, et conversaient de longues heures sur de nombreux sujets politiques. Cependant, ce n'était pas tout à fait pareil… Au Royaume d'Été, il était la dirigeante des lieux et ne portait pas de robes qui menaçaient de l'étouffer. Avec le Gryffondor, il se moquait de paraître en négligé de nuit, ou de replier ses jambes sous les fesses dans une posture décontractée. Il lui suffisait de tendre le verre pour se faire servir par le roi. Et ce n'était jamais de plates infusions.
Face à Millicent, Draco se sentait plus guindé. Non seulement son carcan et ses jupons le dérangeaient et l'empêchaient d'être confortable, mais il voyait aussi en elle une fée surpuissante, capable de le transformer en petit miroir à main brisé d'un claquement de doigts. Ils n'étaient pas égaux, comme avec Arthur. Il ne se sentait pas en sécurité, comme avec Potter. Il ne pouvait pas plaisanter, comme avec Harry…
Depuis quand était-il plus à l'aise avec son ancien ennemi qu'avec ses amis ?
« Alors ? demanda soudain Turquoise en posant son bras sur l'accoudoir, bien plus détendue que lui. Comment te sens-tu dans les vêtements féminins ?
— Est-ce donc réellement pour cette question que tu es là ? répliqua-t-il, un peu plus raide.
— Je préfère attendre la collation, c'est plus poli. Tu ne respectes plus le protocole depuis que tu as quitté Avalon, ou tu es pressé que je m'en aille ? Tu as mieux à faire ?
— Non ! s'exclama-t-il, inquiet de l'avoir froissé. Ce n'est pas… Je suis simplement curieux. Pour ce qui concerne les robes, je… En vérité, je ne sais pas vraiment. Ce pourrait être agréable si les jupes étaient plus courtes : je ne cesse de me prendre les pieds dans le tissu, c'est agaçant ! Et vos lingeries sont si comprimées ! J'ai parfois du mal à respirer ! Le pire est d'être assis, comme maintenant : le bas de la guêpière rentre dans les cuisses et appuie sur les côtes. Le lendemain, je me réveille souvent avec un nouvel hématome.
— Ça oblige à se tenir bien droit.
— Me crois-tu du genre à m'avachir ? grommela Draco, piqué. Que cela soit en tant que Malfoy ou en tant que reine, j'ai reçu une éducation stricte sur le maintien. Je…
— Ce n'est pas tout à fait pareil. Tu as l'habitude d'être un homme, pas une femme.
— Mais Elsa…
— Porte des habits plus contemporains du vrai monde, compléta-t-elle d'un air amusé. Depuis que tu es ici, c'est la première fois que tu mets des corsets aussi durs et épais, pas vrai ? »
Draco fronça les sourcils, et réfléchit à la question. C'était vrai : les tenues de Rosa étaient de véritables prisons de tissus, faites de nombreuses baleines épaisses qui figeaient le buste plus sûrement qu'une sculpture de marbre. Le premier soir, il avait cru mourir quand Audhild avait resserré les lacets de sa lingerie. Et Madame Ward n'avait cessé d'ordonner qu'elle tire encore plus… Il avait pensé qu'il s'agissait seulement de la mode actuelle dans ce Royaume. Il considérait déjà les bustiers d'Avalon comme des plaies : ces horreurs punissaient le moindre affaissement du torse en cisaillant le ventre d'un pli dur qui poussait les entrailles ! Il avait haï ces dessous à chaque seconde où il avait dû les subir, et s'en débarrassait dès qu'il franchissait la porte de ses appartements. Pourtant, il avait été si loin du compte : le véritable engin de torture était celui qu'il portait actuellement !
« Ne me dis pas que ces gaines sont aussi en vogue dans les autres pays ?
— J'en ai bien peur.
— Obéron, sauve-moi… » gémit Draco en fermant les yeux, marri.
Contraint, il avait fini par s'accoutumer au fil des soirées. Il ne prenait plus que de petites respirations, et savait comment placer jambes et buste au millimètre près pour ne pas subir le châtiment du fanon vengeur qui guettait l'occasion de se planter dans sa ceinture pelvienne. Cependant, il avait bêtement cru se débarrasser de ces instruments du démon dès qu'il passerait les frontières du Royaume de la Rose !
« Comment faites-vous ? s'exclama-t-il en se massant l'os iliaque malmené. Le monde entier devrait savoir que vous portez des armes blanches capables de vous transpercer au moindre geste de travers !
— Une question d'habitude, répondit-elle en haussant les épaules. Tu as commencé par le pire : les guêpières prévues pour les tenues de soirée sont les plus contraignantes. Et tes femmes de chambre ne sont pas très sympas. Tous les soirs, je te vois porter des robes, certes magnifiques, mais extrêmement lourdes et cintrées. Belle est plus modérée, je suis sûre que ses dessous sont moins serrés que les tiens.
— Comment le sais-tu ?
— L'habitude, te dis-je. Et j'ai quelques centaines d'années de pratique. »
Les collations arrivèrent sur ces entrefaits, et ils cessèrent leur discussion pour laisser le temps à la desserte de les servir. Plein de prévenance, les domestiques avaient même accompagné leurs breuvages d'un joli plateau rempli de diverses douceurs colorées. Un seau à champagne usa adroitement de sa hanse pour servir le vin dans le verre de Draco, qui fut impressionné par la manœuvre. Quand celui-ci les remercia, les objets ressortirent en se dandinant, heureux d'avoir plu à la reine.
« Donc ? attaqua directement Elsa en levant sa coupe. Les boissons sont arrivées. Que me veux-tu ?
— Tu traînes trop avec des Gryffondors, ils commencent à déteindre sur toi, maugréa la fée en remuant ses quatre sucres dans sa tasse.
— Turquoise. Il est bientôt une heure du matin.
— Soit ! Puisque tu refuses de profiter d'une de nos dernières soirées ensemble, je vais être directe : j'ai un service à te demander. »
Un sourcil blond se leva pour la seconde fois de la soirée. Qu'était-ce encore que cette pantalonnade ?
« Toi ? fit Draco dans un sourire incrédule. Une étoile millénaire requiert mes talents ? Et en quoi ma misérable personne mortelle pourrait t'être utile ?
— Cesse tes simagrées, je suis sérieuse. Puisqu'apparemment, vous allez passer par le Miroir aux Fées, alors…
— Je le savais ! la coupa Draco d'un ton victorieux. Tu as fait exprès de nous envoyer au Royaume du Bois Dormant pour que nous passions là-bas, n'est-ce pas ?
— Oui, cracha Millicent en posant sa petite cuillère dorée, l'œil noir. Je ne vais pas te le cacher, ce serait contre productif. Mais je te serai gré de ne pas éventer cette vérité : tes autres compagnons de voyage me font moins confiance que toi, ils risqueraient de devenir plus réticents.
— Je n'en suis pas certain : nous te demandions justement des conseils de destination, au cas où tu connaîtrais des fées susceptibles de m'aider. Tu aurais pu nous proposer n'importe quel itinéraire, nous aurions suivi cette route. Alors pourquoi ruser ?
— À part Maléfique, je ne vois pas d'autre sorcière compétente dans le coin, ma suggestion était sincère. Et pour le lac, le sujet est personnel. Je n'ai pas envie que tes stupides lions de compagnie s'en mêlent. Ni cet égoïste de Blaise, d'ailleurs. »
Sirotant son vin, Draco jaugea son amie par-dessus son verre. Celle-ci faisait de même avec sa tasse. Chacun laissait le temps à l'autre de répondre. Le premier, pour qu'elle poursuive ses explications sans qu'il n'ait à dévoiler sa curiosité. La seconde, justement afin qu'il montre son intérêt et cède plus facilement à sa requête.
Cependant, il était surtout intrigué par ce que son amie n'allait pas lui dire. Il voyait bien qu'elle lui cachait quelque chose, et n'avait aucune intention de révéler le fond de toute l'affaire. Mais comment deviner les sombres machinations d'une si puissante et ancienne magicienne ? Elle n'était plus Millicent. Elle avait si impeccablement endossé le rôle de la Fée Bleue, qu'il percevait ses centaines d'années de retard jusqu'aux tréfonds de son âme. Devant elle, il ne faisait pas le poids, qu'importait son statut ou ses compétences. Alors puisqu'il ne pourrait jamais gagner les combats essentiels contre elle, il ne la laisserait pas remporter les défis secondaires, plus à sa portée. Et elle dût le comprendre.
« Une vieille amie habitait autrefois près du Lac de Diana, expliqua-t-elle enfin en reposant sa tasse vide. De ton point de vue, c'était il y a très très longtemps. Tu ne trouveras plus aucune trace de son passage dans ce monde. Ce qui est bien dommage… Mais j'ai gardé un bien qui lui a appartenu. »
Turquoise fouilla dans une poche invisible de sa robe, et en tira délicatement… une plume blanche ? Il ne s'attendait pas à cela.
« Elle aussi a eu sa dose de malédictions, poursuivit la fée en observant la rémige, une étrange douceur sur le visage. Ça ne s'est pas bien terminé, pour elle… Ou plus exactement : ça n'est pas encore fini.
— Comment cela ?
— À sa demande, j'ai enfermé son âme dans cette penne. C'était le seul moyen pour qu'elle échappe à son destin funeste. De nombreuses années sont passées, depuis. Je ne me souviens plus combien. Peut-être cent… peut-être mille ? Le temps est venu pour elle de rentrer à la maison. Pour qu'elle aussi puisse avoir droit à sa fin heureuse.
— Tu me demandes simplement… d'apporter cette plume au lac ?
— Tout à fait, sourit l'étoile en lui tendant l'artefact scintillant. J'ai confiance en toi, je sais que tu honoreras ton engagement.
— Je n'ai rien promis, hésita Draco en posant son verre à moitié plein sur la table basse en acajou.
— Mais tu vas le faire, assura Turquoise, son regard trop vif braqué sur lui. Tu es quelqu'un de bien, Elsa. Tu n'abandonneras jamais une consoeur à une fin tragique.
— Une "consoeur" ?
— Prends. »
Comme envoûté, il obéit, et tendit la main… Dès qu'il la toucha, la plume brilla plus intensément. Elle glissa entre ses doigts tel un mirage, et vint se poser dans sa paume ouverte. Elle était si douce, si fine, si belle… parfaite. Lentement, elle se plia pour épouser les creux et les volumes, comme si elle fondait sur sa peau. Elle se colla à son épiderme… et s'incrusta entre sa ligne de vie et celle du cœur. Elle avait disparu. Il s'éveilla soudain sans s'être endormi, cligna plusieurs fois des paupières, et fixa son amie d'un air outré.
« Viens-tu d'utiliser ta magie contre moi ?!
— Moi ? chantonna-t-elle. Jamais, voyons.
— Hypocrite ! Tu fais la leçon à Potter au sujet de mon libre-arbitre, mais tu uses de procédés bien plus vils !
— Calme-toi, soupira la fée en se resservant une autre tisane. Tu allais finir par accepter, de toutes manières. Je nous ai fait gagner du temps et des questions inutiles. Je croyais que tu voulais aller te coucher ?
— J'avais peut-être besoin de les poser, ces questions !
— Et je n'y aurais pas répondu. Ça t'aurait frustré, tu aurais tempêté un peu, mais tu aurais cédé. Tu devrais plutôt me remercier : je t'ai évité de longs moments déplaisants.
— Tu te moques de moi ?! Où est cette plume ?! Vient-elle réellement d'entrer en moi ?!
— C'est plus pratique pour le transport, tu ne risques pas de la perdre, ainsi.
— Millicent !
— D'accord, d'accord, soupira son ex-amie, qui touillait de nouveau son eau sucrée aromatisée au thé. Je t'ai dit que l'âme de cette jeune fille était dans la plume, non ? J'aurais dû préciser que son âme "était" la plume.
— Quoi ?!
— Il n'y a jamais eu de rémige : j'ai transformé l'esprit de ma vieille amie pour la sauver de son corps mourant. Elle a attendu très longtemps la venue d'un cœur aussi pur que le sien. Un cœur comme le tien, seul capable de la ramener chez elle.
— Un… Quoi ?! Qu'est-ce donc encore que toutes ces fadaises ?! ragea Draco en tapant du poing sur la table, hors de lui. Je savais qu'il y avait un coup fourré, mais je ne m'attendais pas à une telle vilénie de ta part ! Pourquoi n'as-tu pas pris la peine de m'expliquer tout cela avant ?! Et est-ce la vérité, ou es-tu à nouveau en train de broder une histoire à dormir debout pour me faire taire ?! Et pourquoi ne pas m'avoir prévenu de ce qui allait se produire ?!
— Détends-toi, Draco. Je te jure qu'il ne t'arrivera aucun mal. Odette est une gentille fille, elle ne te fera rien.
— Odette ? Qu'est-ce que c'est que ce nom ?
— Elle était une princesse, ou une reine… ou un être féérique aussi, quelque part… Bref : comme toi.
— Arrête de m'embrouiller encore plus ! gémit-il en se prenant la tête entre les mains, à deux doigts de suffoquer dans son corset. Pourquoi ? Pourquoi m'as-tu fait ça ?
— Draco, grimaça Millicent, hésitante. Je… Il est vrai que je regrette d'avoir dû te manipuler un peu…
— "Un peu" ?!
— Je n'ai pas eu le choix ! Quand je dis que tu aurais fini par accepter, je ne mens pas. Mais ça aurait pris des jours pour convaincre ta tête de mule ! Je n'ai pas ce temps-là. Crois-moi, tu n'auras pas à regretter ce… "transport". Et ça n'est que jusqu'à votre arrivée au lac. Une fois là-bas, tu la déposes, et tu n'en entendras plus jamais parler. Tu n'auras aucune séquelle. Tu ne vas même pas sentir son âme en toi ! J'ai fait une promesse à Odette, je devais la tenir. Et il se trouve que tu es l'être parfait pour elle. Je n'en aurais jamais trouvé de meilleur. »
La déception de la trahison brûlait les tripes de Draco. Sa magie glaçait lentement le fauteuil sur lequel il se trouvait, et les drapés de sa robe commençaient à se durcir de gel. Pourtant, cela ne sembla pas inquiéter l'odieuse "étoile du soir" face à lui. Il aurait tant aimé pouvoir la transformer en glaçon pour lui faire payer ! Cependant, il devait se raisonner… Elle était bien plus puissante que lui, et sa magie était loin d'être stable. Il ne devait pas prendre de risques.
Remplissant ses poumons compressés, il se redressa sur son siège, plus pour soulager ses hanches qu'un fanon récalcitrant avait décidé de poignarder, que par réelle envie. Il ferma les yeux, respira un peu mieux, et réfléchit à ses options. À part maudire celle qu'il croyait être son amie, il n'avait pas beaucoup de choix. Il pouvait aussi décider de contourner le Lac de Diane pour ne pas accomplir cette mission imposée, mais cela l'aurait obligé à garder l'âme d'une inconnue en lui… Et par Obéron ! Il voulait s'en débarrasser !
« Tu m'as pris pour un Horcruxe… » grommela-t-il.
Draco s'empara de son vin, le finit cul-sec, et se resservit un plein verre.
« Je t'ai dit qu'Odette est une gentille f…
— Je m'en moque ! cracha-t-il. Que devrais-je faire pour retirer ce… cette "chose" de moi ? »
Millicent pinça les lèvres, contrariée, mais ne le corrigea pas.
« Seulement te baigner dans le lac. Odette rejoindra les eaux d'elle-même.
— Bien. Tu peux partir maintenant. Tu t'es assurée que je tienne ta promesse à ta place.
— Elsa…
— Tu m'as implanté l'âme d'une inconnue sans me demander mon avis, asséna-t-il en braquant ses yeux dans les siens, avant d'avaler trois longues gorgées de vin, et de poursuivre. Je crois ne pas avoir besoin d'argumenter plus en amont pour te faire comprendre pourquoi je suis en colère contre toi. »
Il eut la satisfaction de la voir crisper la mâchoire, pincer les lèvres, froncer les sourcils et retrousser le nez. L'expression exacte de ce qu'il ressentait : parfait !
« Je comprends, fit-elle en grinçant des dents. C'est ce que tu penses pour le moment, et c'est normal. Tu finiras par changer d'avis. Ça prendra du temps, mais quand tu comprendras pourquoi j'ai fait tout ça…
— Pourquoi tu ne me l'expliques pas, maintenant ?
— J'aimerai beaucoup, mais ça ne fonctionne pas comme ça, tu t'en doutes. »
Le petit sourire qu'elle lui offrit eut le malheur d'amoindrir son amertume. Ce n'était pas une bonne nouvelle pour lui : il voulait rester courroucé !
« Ne peux-tu pas me croire sur parole ? insista-t-elle, s'engouffrant dans la brèche. Je n'ai pas l'omniscience de Tracassin, mais en tant que fée millénaire, j'ai une vision plus large et éclairée que la tienne. »
C'était un coup bas ! Draco se détourna, et fit son possible pour garder son calme.
« Tu me jures que je n'aurais pas à en subir les conséquences ? »
Il cédait face à sa logique, et s'en voulait pour cette faiblesse. Par Diane, qu'il la détestait en cette seconde !
« Tu ne subiras rien du tout, affirma-t-elle en insistant un peu trop sur le verbe.
— Que veux-tu dire par là ? demanda-t-il, méfiant.
— Je ne fais que répondre à ta question. »
Ce qui était vrai… Pourtant, il sentait que ce n'était pas tout à fait cela non plus. Il plissa les yeux et la scruta dans l'espoir de déceler un indice.
« C'est la vérité. En fait, je vois cette rose comme un signe. »
Pantois, Draco mit un certain temps avant de comprendre qu'elle parlait de la fleur posée sur la table, devant eux : le présent de Potter.
« La rose ? demanda-t-il en fixant les sublimes pétales blancs, une odeur boisée et musquée dans les narines. Je crois savoir qu'il s'agit de la nouvelle création du pays ? Avec ton aide, naturellement.
— C'est exact, sourit Millicent, ravie du changement de sujet. Nous lui avons trouvé un nom, pas plus tard que tout à l'heure. Belle insistait pour qu'il y ait le mot "neige", et ça m'a donné une idée : je leur ai proposé le surnom que je donnais à ma chère Odette. Ils ont été conquis. »
"Neige" ? Comme dans la "Reine des Neiges", l'appellation de son propre personnage ? Le cœur se Draco se mit à battre plus vite. La nomination avait été trouvée quelques heureux auparavant. Il avait reçu cette rose ce jour-même, également. À la suggestion de Hermione… Était-ce… Pouvait-il oser y voir un lien ? Les papillons revinrent dans son ventre, et il y posa la main pour les contenir.
« Elle s'appelle "La Fée des Neiges". »
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(Je réponds toujours juste avant de publier le prochain chapitre, ça me permet de bien mûrir et réfléchir par rapport à tout ce que vous me dites. Il y a toujours des petits détails, des petites remarques, qui me font changer, avancer et reculer deux ou trois merdouilles dans l'histoire. C'est très utile ! Je trouve que ça permet d'enrichir le tout)
Réponses aux reviews anonymes :
- Guest : YES ! Je suis super contente d'avoir réussi mon coup avec Hugin ^^ ! Héhé ! On va en ré-entendre parler, tu t'en doutes. Mais pas avant un bon moment (chaque chose en son temps). J'aime bien pouvoir surprendre le lecteur avec deux ou trois petites choses ! J'espère que tu as eu d'autres surprises dans ce chapitre-ci ;) ! Merci pour tous ces beaux compliments ! Ça me va droit au cœur ! J'essaie de faire avancer le tout à chaque chapitre un peu plus, mais il me faut parfois prendre le temps d'installer quelques petites choses avant de pouvoir faire un pas en avant. Ce chapitre-ci est un exemple. Concrètement, il ne se passe pas grand-chose. Mais pour les personnages, il y a de grosses avancées. J'espère qu'il t'a plu !
- Luna : haha ! Merci pour ce "blob" ! Ça peut paraître pas grand-chose, mais ça signifie encore beaucoup pour moi. Ça veut dire que tu es toujours là, et c'est énorme pour moi ^^ ! Alors merci ! En espérant que ce chapitre-ci te plaira toujours ! Je te retourne donc "bloup", et j'espère que tout ça t'a "blapshé" !
NOTE DE L'AUTEUR :
Bon, j'avoue que je viens de passer plus de deux heures à répondre aux reviews de tout le monde, et je suis vidée… en BIEN ! Mon dieu, vous m'avez tellement hypée ! Je ne suis que joie et allégresse ! D'ailleurs, en écrivant une réponse, j'ai abordé un sujet que je me suis dit que ça serait hyper bien de le mettre en note de fin. Mais je vais y revenir plus tard.
Déjà, ok. Il se passe concrètement pas grand-chose dans ce chapitre. Mais pour les perso, ouah ! Pour eux, certains, ça carbure !
Le cas Draco : je voulais lui mettre des claques. En fait, si on réfléchit 5 min à la Reine des Neiges, on comprend vite que ses pouvoirs sont un cheat code absolu ! Elle a grave besoin d'être nerfée ! Elle peut très très vite devenir une Mary Sue qui gouverne le monde. En plus, idiote inconsciente que je suis, je lui ai filé le plus grand et meilleur Royaume qui soit… Bref, pour contrebalancer (pas uniquement, mais en grande partie), j'ai mélangé un petit côté kalimero et une non maîtrise de ses pouvoirs. Et au bout d'un moment, ça commençait à donner un personnage à qui j'avais envie de donner des claques… Alors je me suis fait plaisir sur ce chapitre. Ça ne va pas le changer du tout au tout, faut pas déconner, et malgré son manque de confiance en lui un peu pathétique (faut le reconnaître), Draco garde ce petit côté princesse et sa fierté… Incompatible ? Pas tellement. C'est simple : pour le fond et les choses le touchant personnellement, il est un pur kalimero qui manque de confiance et qui se déprécie ; mais pour la forme et dès qu'il peut agir sur son environnement (comme la gouvernance de son royaume, par exemple), là il pète la forme. Ça lui donne un côté bipolaire que j'aime beaucoup. Je trouve que ça le rend attachant… tout en ayant envie de lui foutre des claques. Données par Harry au début (qui se rattrape). Puis par Blaise.
Autres claques aux persos : Ron. Je le rend volontairement puéril et colérique, à la fois parce que ça correspond au personnage de la Bête au début, mais aussi à celui de Ron dans les livres (c'est mon ressenti perso). C'est celui qui a le moins évolué dans la vraie vie (cf. son POV dans le prologue). Et pour sa vie de couple, là j'ai grossi le trait pour mieux le détruire et le reconstruire d'une autre façon. Et je ne dirai rien de plus ! Je resterai mouette.
Harry : grosse évolution… sentimentale ! J'ai très très très longuement hésité à le faire s'avouer à lui-même qu'il est fou amoureux de Draco. Mais en même temps, tout le monde le sait et le voit, ça serait devenu trop ridicule qu'il le nie plus longtemps. Pour Draco, ça va être plus compliqué. Il a des soucis sur lui-même à soigner avant de passer à cette étape. Du coup, on passe par Harry pour faire venir le drarry. Faut compter sur lui, parce que Draco est un peu un handicapé émotionnel pour le moment. Le faire offrir une fleur alors qu'il s'était foutu de la gueule de Draco quand il en avait reçu une de la part de Perceval était un vrai plaisir ! Et montrer la réaction totalement différente de notre petit blond préféré, était aussi un pur bonheur. J'ai soigné ce passage comme on dorlote un petit chat ^^ Il me tenait à cœur. Surtout que j'ai un kiff sur les roses depuis 1 an (je bichonne celles de mon jardin tous les jours). Surtout quand j'ai découvert par hasard le nom d'une rose qui s'appelle "la Fée des Neiges". Là, je pouvais pas passer à côté. C'était impossible ! Le rapprochement à faire était beaucoup trop beau !
Je rassure : l'avancée du drarry n'est pas non plus énorme. Comme je l'ai dit dans une réponse de review, je lui ai fait sauter une étape, pas dix. Disons que normalement, ils devaient vivre une seule "aventure" de plus avant que le lac, ce qui m'aurait juste permis d'étaler un peu plus dans le temps la fascination de Draco pour les mains de Harry. J'aurais peut-être joué avec des fantasmes qu'il ne s'avoue même pas à lui-même, ça aurait donné deux ou trois situations cocasses… Et je pense que je vais en mettre une ou deux. Mais ça devait de toute façon arriver avant qu'ils ne débarquent au Royaume du Bois Dormant. Peut-être que ça paraitra un chouille rapide pour certains ? Mais je me dis que 1 gros mois complet fourré ensemble non stop, avec leurs soirées à papoter seuls à seuls, et + de 220M mots d'histoire… Bref. J'estime que c'est quand même assez progressif, tout de même. Le cas Perceval était le point central qui devait faire évoluer Draco. Et c'est ok. Perceval a bien débloqué notre petite reine, et l'a ouvert à l'affection et à ce qu'il pourrait vivre en termes de romance. Sans ça, il n'aurait jamais pensé à regarder vers Harry. C'était l'utilité de pauvre Perceval à l'amour déçu.
Bon… Blaise, maintenant. Ça va être court : fidèle à lui-même. Lui, tant qu'il baise des beautés, il est content. Il a certes un petit attachement envers Draco et aimerait bien continuer à le troncher régulièrement. Mais vous faites absolument pas de souci pour lui : c'est un beau gosse qui le sait. Et je vous rappelle tout de même son marché avec Tracassin : en suivant Harry et Draco dans leur périple, en les protégeant et en n'intervenant pas dans leur relation, il croisera "la femme pour qui son cœur bat"... Mais qui est-ce donc ?!
Et enfin. Le cas Hermione. HydrusMaelstrom m'a dit un truc très juste : "ça change de la good girl qu'on à l'habitude de voir". Ah bah elle a mis le doigt pile sur ce que je voulais ! J'ai très très longuement hésité à la faire tromper Ron. En fait, à la toute base, ça ne devait pas arriver (je précise le terme, j'ai bien dit "tromper". Elle ne devait pas "tromper" Ron. Je vous laisse tirer vos conclusions, mais ce que je dis ne valide ni n'annule vos pronostics). Et puis j'ai écrit la grosse dispute. Et puis j'ai repensé à tout ce que j'avais mis en place entre Blaise et Hermione. Le beau pirate qui la drague ouvertement. Qui la fait se sentir belle et désirable, chose qu'elle ne ressentait plus en étant avec Ron… C'était devenu évident que ça devait se produire. Je pouvais pas passer à côté. Après, ça va pas être simple à gérer par la suite. C'est un gros morceau. Mais quand je me suis lancée, je me suis dit que ça la rendait tellement humaine ! Tellement grise pour un personnage d'apparence blanc. Ça apportait une touche bien trop intéressante, le terreau était trop fertile, je pouvais pas laisser passer ça.
Quant à Neville, c'est plus une bande annonce, avec le lac et son enfance avec ses parents adoptifs. Je n'en dirai pas plus.
Et là, Millicent. Un parallèle a été fait par certains, par rapport à Tracassin. Le pendant "lumineux". Elle avec un côté sombre, lui avec un côté clair. Les deux, mage blanc mage noir, ni tout à fait blanc, ni tout à fait noir. C'est totalement exact ! En plus, ce sont deux amis de Serpentards ! Des mais qui deviennent rivaux ? Mais que va-t-il donc se passer ? Tout ce qui a été dit est vrai. Mais je vous demande juste de réfléchir deux petites secondes sur leurs procédés. La gentille punie avec des malédictions… un peu violentes, quand même. Le méchant passe des contrats avec le consentement du contractant. Dites-moi, maintenant : qui est gentil et qui est méchant ? Et le final, Milli qui hésite pas à manipuler Draco et même à utiliser sa magie sur lui, pour parvenir à ses fins. Est-elle vraiment légitime pour donner des leçons ? Quand on repense à sa manière de remettre Harry à sa place, parce qu'il ne lui avait pas parlé de la contrepartie de son marché avec Tracassin, ou du miroir brisé dans ses yeux… C'est pas un peu hypocrite, à votre avis ? Mais une fée aussi puissante qu'elle ? Comment on fait pour la "punir" de ses mauvaises actions ? Le peut-on vraiment ?
Voilà, je tenais à préciser cette petite lecture des événements et des personnages, au cas où vous n'aviez pas vu les choses de cette façon. En vrai, ce n'est pas nécessaire pour l'histoire. C'est juste l'auteur en moi qui avait envie de pointer l'interprétation que j'ai voulu donner, l'air de rien. Il y à beaucoup de petits détails comme ça que j'ai calé un peu partout. Certains ont été vu, d'autres non. Mais ce n'est pas grave. C'est seulement un degré de lecture différent.
Ce qui me fait revenir à Zacharias et à McLaggen. Je me suis concentrée sur le fait que oui, c'est vrai, vous avez raison, c'est pas du tout les meilleures options pour les faire changer. J'avais du regret surtout pour Zacharias, même si j'en ai pas fini avec lui. Je reviendrais bien bien bien plus tard sur lui (c'était prévu de base, même si ça m'a fait revoir deux ou trois trucs)...
Et puis en répondant aux reviews, je me suis tout à coup souvenue de ma réelle intention de base. Pourquoi j'avais fait ça comme ça, pour Zach. Attention, ça ne remet pas en question ce que vous dites. Vous avez raison, pour faire changer une mentalité, ça marche pas comme ça.
Mais est-ce le but ? C'est le Ministère qui veut faire évoluer les mentalités, dans leur globalité. Pas toutes, ni individuellement. L'objectif est de "forcer" les gens à se découvrir soi-même et à apprendre à connaître les autres pour ce qu'ils sont réellement. Pas de les forcer à penser comme le gouvernement veut. Déjà, forcer quelqu'un à penser comme on veut, ça ne donne jamais rien de bon. Mais en plus, personne n'est tout blanc ou tout noir. Personne n'est gentil ou méchant. Et surtout, bah on peut pas plaire à tout le monde, comme on ne peut pas forcer tout le monde à avoir un même point de vue. C'est impossible (heureusement, ça serait un lavage de cerveau. adieu la liberté. l'horreur !). Et puis, ça serait franchement triste, je trouve. J'aime que les gens pensent différemment (dans le respect, c'est mieux, évidemment).
Et j'insiste : c'est le but du Ministère. Pas de Harry, Draco, Neville ou Blaise. Eux, ils veulent juste vivre leurs aventures. Harry et Draco en étant de bons dirigeants pour leur Royaume. Neville en étant un bon loyal et fier chevalier. Blaise en baisant et en vivant de l'epicness. Certes, Draco aimerait bien qu'on cesse de le stigmatiser. Mais il ne croit pas que sa situation peut évoluer. Il est trop pessimiste. Il reste persuadé que sa vie, à son retour, redeviendra un cauchemar sans fin, que rien ne changera jamais. Alors il veut profiter tant qu'il peut. Blaise aimerait bien l'aider à aller mieux, mais il reste trop égoïste. Millicent est trop centrée sur ses petites vengeances personnelles, et elle déteste l'humanité. À la rigueur, Hermione voudrait changer les mentalités, oui. Mais elle est plus excitée à la perspective de découvrir ce nouveau monde.
Avec tout ça, et en prenant en compte les actions de Zacharias : il a usurpé la couronne, menti à la population, tenté de faire assassiner la reine légitime en utilisant un autre roi. Euh bah finalement, vous trouvez pas qu'il s'en sort pas si mal que ça ? Il aurait pu subir bien pire, comme une torture physique chaque jour… Après, ok. Il est enfermé, seul. Et cet isolement est une torture terrible. Là, je reconnais que j'aurais pu y aller un peu mollo en lui donnant un bon bouquin… Et puis après, en me souvenant quand même de son crime… Ouais, non. Pas de bouquin.
Et là encore, j'aimerai aussi souligner que celui qui rendait le jugement, c'est Draco. Et là, je voulais aussi montrer qu'il pouvait toujours être une sacrée petite pute cruelle, comme à la grande époque. Pas gratuitement non plus, vu ce qu'a fait Zach. Mais quand même. Il n'est pas un personnage qui va tendre l'autre joue. À l'époque de l'écriture, je voulais montrer que Draco avait toujours ce côté-là, bien sombre. Et aussi Harry : qui ne fait absolument rien pour le faire changer d'avis. Oui, il rit jaune. Oui, ce n'est pas lui le souverain qui a subi le crime… Mais il n'a rien fait du tout. Et aurait-il agi autrement, lui ? Peut-être pas. Lui aussi est monarque. Lui aussi doit punir ceux qui veulent s'en prendre à sa couronne. Et lui non plus, est très loin d'être un gentil tout blanc.
Le mieux, dans la situation, sachant que ça le ferait revenir dans la Grande Salle, aurait été de l'exécuter. Ça passait aux yeux de la population, il y avait châtiment, et pas de torture… Mais Draco lui en veut. Il s'en est pris à son pays, son peuple, sa chère et tendre sœur… Elsa aurait fait pareil.
Bref. Vous pouvez tout à fait ne pas être d'accord. Je le conçois parfaitement. Et ça ne changera pas du tout Zacharias, au contraire. Mais en prenant en compte la situation et les personnages qui agissent, de mon point de vue, ça pouvait pas se passer autrement. Mais en aucune manière, mon propos n'est de dire "c'est comme ça qu'il faut faire". Pas. Du. Tout. J'ai pas la réponse absolue. J'ai jamais eu la prétention d'avoir la solution pour changer tout le monde. Surtout que je pense pas que ce soit possible, haha.
La vache, j'ai l'impression de faire un plaidoyer X))) ! Mais en fait, je ne cherche à contredire personne, juste à clarifier une intention. Cette histoire n'apporte pas de réponse sur la manière de punir ou de changer les gens, personne ne peut avoir cette prétention X))). Il s'agit avant tout d'une histoire guidée et écrite par les personnages et le caractère que je leur donne. Pour Zach, Draco a probablement fait une connerie. Mais plus j'y réfléchis, plus je me dis que j'aurais pas pu faire autrement.
Quant à McLaggen, il s'en sort admirablement bien après avoir attenté à la vie de DEUX rois et UNE reine (trois majestés… d'un coup. C'est pire qu'un strike). Franchement, une vie de mule, ça vaaaaaaaaaa. Et puis, comme j'ai dit en réponse à quelques reviews : se tuer à la tâche va peut-être le rendre plus humble ? Bosser et trimer, ça forge ! Bon après, ok, c'est un âne malgré tout, c'est pas top. Mais, Millicent va quand même bien le traiter, elle va pas non plus en faire un esclave, loin de là. Le côté "transformation en animal", ça fait très conte de fée, justement. Et McLaggen ne sera pas seul : il sera avec Lucignolo, son confrère âne. Ne les plaignait pas trop, je vous assure qu'ils auront quand même une belle vie. Simple. En âne. Certes. Mais paisible.
Et comme dit plus haut : l'objectif de ces punitions n'est pas forcément de changer les gens ou les obliger à se remettre en question. C'est compliqué d'arriver à faire ça. Je connais pas un seul procédé universel qui fonctionnerait à coup sûr. Il y à des gens qu'on change pas. Zach pour sa méchanceté (il est quand même allé bcp trop loin), McLaggen pour sa connerie.
Et là encore, j'insiste : j'ai pas une réponse universelle à donner, loin de là. Ce serait tellement casse gueule. Même ce que je prévois de faire avec Zacharias bien plus tard, ça n'apportera pas de réponse non plus ! Et oui, je tente de me justifier ^^'... Pardon pardon.
Je vais arrêter là, j'ai l'impression de m'enfoncer à chaque phrase de plus… Le principe de base dans le prologue, c'était juste "apprendre à se connaître et connaître les autres pour ouvrir un peu plus son esprit", car ne dit-on pas que la principale raison de la haine, des préjugés, du racisme en général, etc. c'est l'ignorance et l'incompréhension, qui apporte la peur de l'autre ? Mais là encore, c'est pas vrai pour tous les cas. Donc ça marchera pas sur tout le monde. Et on ne change pas les gens non plus. Là, chacun des perso va apprendre et comprendre, point. Ils ne changeront pas pour autant.
Voilà voilà… Ça devient bcp trop casse-gueule comme sujet, haha ! Je vais trop loin. Je suis même pas sûre d'arriver à bien faire comprendre mon propos. Bref, j'ai juste envie de dire "pardon pour Zach et McLaggen, mais aussi, bah tant pis pour eux." Ils changeront pas, c'est clair. On verra bien si Draco le regrettera un jour. Peut-être que lui aussi va devoir en payer le prix ?
Je vous laisse sur ces bonnes paroles et sur ce nœud que je viens de me faire toute seule au cerveau ^^'... La prochaine fois, je vous parlerai plutôt de l'origine du lac, du nom du père d'Elsa, du nom des parents adoptifs de Lancelot, etc. Ça sera bien plus sympa !
J'espère sincèrement pouvoir poster le nouveau chapitre dans deux semaines. Je suis un peu à la bourre… Je vais faire tout mon possible, mais je vous demande pardon à l'avance si je tire un peu sur le temps…
À très vite ! Oubliez pas un petit commentaire, un petit mot, juste un blob ou un bisou ! Moi, ça me fait si chaud au cœur ! J'adore ça !
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À très vite pour la suite de l'aventure !
Ashu
