Un nouveau départ
Eddie Diaz ouvrit lentement les yeux, la lumière crue de l'hôpital lui piquant les rétines.
Il sentit immédiatement la présence de Christopher blotti contre lui, son souffle léger et rassurant. La douleur sourde dans son corps était un rappel constant de l'accident.
Mais ce qui occupait le plus ses pensées, c'était la proposition de Buck.
Le médecin lui avait parlé de ses blessures et Eddie était conscient qu'il serait diminué pour les cinq prochaines semaines avec son plâtre à la jambe et que la rééducation serait aussi longue. Il n'était pas de taille à protéger Christopher tout seul, des griffes acérées de ses parents.
La veille Christopher avait beaucoup pleuré contre lui. Il ignorait comment Buck s'était débrouillé mais il avait pu garder son fils avec lui, sans que le personnel soignant ne s'y oppose. Son fils lui avait aussi parler de Buck, de tout ce qu'il savait de lui et de la façon dont il avait pris soin de lui alors qu'il ne le pouvait pas. N'importe qui d'autre aurait appeler les services sociaux et Eddie était très reconnaissant d'être tombé sur ce jeune homme.
Il commençait à croire qu'il était une véritable bénédiction.
Buck, ce pompier au grand cœur qu'il avait à peine rencontré, lui avait proposé une solution pour leur permettre de rester ensemble, lui et son fils. Un mariage de convenance. Cela semblait fou, irréaliste, mais Eddie était prêt à tout pour protéger Christopher.
Les pensées se bousculaient dans sa tête alors qu'il essayait de peser le pour et le contre.
– Tu es réveillé, fit une voix douce à côté de lui.
Eddie tourna la tête et vit Buck, son expression inquiète mais chaleureuse, dans l'embrasure de la porte. Il sourit faiblement, essayant de masquer son trouble intérieur.
– Oui, murmura-t-il. Merci... pour tout ce que tu fais.
– De rien, répondit Buck. Comment tu te sens ?
Eddie soupira, sentant la lourdeur de la situation s'abattre sur lui.
– Fatigué. Inquiet pour Christopher. Et... confus.
– Pas de douleurs ? demanda-t-il en entrant dans la pièce les sourcils froncés.
– Je ne suis que douleur, admit-il. J'arrive à passer outre.
– Un dur à cuire, sourit Buck.
Buck s'assit à côté du lit, son regard sincère et plein de compassion.
– Je sais que tu te poses des tas de questions et j'essaierai d'y répondre du mieux possible le moment venu. J'ai conscience que ce que je t'ai proposé, c'est... inhabituel. Mais je pense que ça pourrait vraiment nous aider tous les deux. Je peux organiser tout ça rapidement, et tu n'auras plus à t'inquiéter pour Christopher.
Eddie hésita, ses pensées tourbillonnant.
Qui était cet homme, prêt à se marier pour les aider ?
Pouvait-il vraiment lui faire confiance ?
Mais il savait aussi qu'il n'avait pas beaucoup de choix. Ses parents étaient puissants et déterminés, et le juge avait été clair. Eddie ne pourrait pas protéger Christopher tout seul et le juge n'aurait aucune raison de lui prendre son fils s'il avait la vie stable que lui proposait Buck.
– C'est tentant, admit-il. La sécurité, je veux dire, pour Chris et moi mais on ne se connait pas et…
– Et…, ne le prends pas mal, mais je n'avais pas le choix, je dois penser aussi à me protéger, alors je me suis permis de faire quelques recherches sur toi.
– Je comprends, c'est même… normal, si je puis dire, grimaça-t-il.
Eddie n'aimait pas trop qu'un inconnu sache quoi que ce soit sur lui, mais il avait connu ça toute sa vie avec ses parents. C'était presque une façon normale de fonctionner dans son monde.
– Et… qu'est-ce que tu as trouvé d'intéressant, outre le fait que je suis cette… épave ?
– J'ai trouvé que tu étais un héros de guerre et que tu te battais comme un diable depuis ton retour pour élever ton formidable petit garçon tout seul. Pour être honnête ceux sur qui j'ai fait des recherches plus spécifiques ce sont tes parents.
– Ils ne vont pas aimés ça quand ils le sauront.
– Ils ne le sauront pas, affirma-t-il. J'ai appris qu'une attaque éclair était plus efficace lorsque l'ennemi ne la voyait pas venir.
– Qu'est-ce que tu veux dire ?
– Que je suis prêt au cas où il leur viendrait à l'idée d'essayer de nouveau de vous séparer Christopher et toi.
– Prêt à quoi ? s'inquiéta Eddie.
– A les ruiner, admit-il le faisant froncer les sourcils. Eddie, dans mon monde, l'argent gouverne tout, je suppose que dans le tien aussi à la vue de ton type de parents. Je n'aime pas particulièrement avoir de l'argent. Oui je vis bien, et je suis entouré de quelques personnes de confiance qui gèrent ça pour moi. Mais moi, je suis pompier et mon salaire me suffit au quotidien, le reste ce ne sont que des à-côtés, auquel je ne touche qu'en cas de nécessité.
Buck fit une pause et soupira. Eddie le regardait en silence attendant qu'il s'explique.
– Parfois, je fais des dons pour aider les causes qui me tiennent à cœur mais je reste anonyme pour éviter d'être relancé à tout bout de champs.
– Tu me considères comme une bonne cause ? demanda-t-il méfiant.
– Oui… et non. Ecoute, les parents merdiques je connais, les tiens ont quand même une jolie palme. Je sais qu'ils avaient les moyens de t'aider mais qu'ils se sont plutôt assurés de t'enfoncer. Je ne sais pas pourquoi, je ne connais par votre histoire mais Christopher dit qu'ils veulent mette la main sur lui et qu'aucun de vous n'est d'accord pour ça.
– Le juge n'est pas du même avis, admit-il.
– Le juge est intègre mais tu as eu un avocat de merde.
– Pas vraiment les moyens d'en avoir un meilleur.
– Je sais mais maintenant tu en as un. Le mien, et il est sacrément bon dans ce qu'il fait, et il le restera quel que soit ta décision à ma proposition mais il m'a confirmé qu'avec ta tentative de fuite, ça serait plus difficile sans moi.
– Je me suis enfui, lui rappela-t-il. Même si j'accepte, ça sera compliqué.
– Si tu acceptes, on transformera ta fuite en simple déménagement. Le juge recevra une lettre officielle de ta part l'annonçant et une déclaration de la mienne disant que nous nous fréquentons en secret depuis des mois voire des années. Je sais que ce n'est pas l'idéal mais mon avocat saura rendre tout ça crédible.
Eddie entrevoyait réellement une lueur d'espoir pour son fils et lui dans cet arrangement loin d'être aussi bancal qu'il l'imaginait mais Buck était la première personne qui ne craignait pas ses parents, la première personne à réellement vouloir l'aider.
– D'accord, dit-il finalement. Je vais accepter ton offre. Pour Christopher.
Le sourire de Buck s'élargit, une étincelle de détermination dans ses yeux. Eddie savait qu'il était un homme bon. Un homme avec un si beau sourire ne pouvait avoir qu'un grand cœur.
– Super. Je vais tout organiser. Repose-toi et concentre-toi sur ta récupération. Je m'occupe du reste.
Quelques jours plus tard, Eddie quitta l'hôpital avec Christopher, se débattant avec une paire de béquilles. Buck les conduisit jusqu'à leur nouvelle maison, un appartement incroyable sur deux étages.
Eddie était abasourdi par la taille et le luxe de l'endroit, malgré sa simplicité dans les aménagements.
– Tu vis ici ? demanda-t-il, incrédule.
Buck sourit, un peu gêné.
– Oui. C'est... un peu grand pour une personne seule, je suppose. Mais maintenant, on sera tous les trois.
Eddie parcourut les pièces avec Christopher, ses yeux s'écarquillant devant chaque nouvelle découverte. Le salon était spacieux, avec des fenêtres du sol au plafond offrant une vue imprenable sur Los Angeles. La cuisine était moderne et bien équipée, et les chambres étaient meublées avec goût.
– Papa, regarde ! Il y a même une salle de jeux ! s'exclama Christopher, émerveillé.
Eddie ne comprenait pas vraiment comment Buck pouvait se permettre tout ça.
Il ne savait pas grand-chose de lui, après tout, il avait juste dit qu'il était riche, plus que ses parents et Eddie en doutait sérieusement parce que les Diaz avait construit un sacré empire, mais Buck semblait avoir bien plus d'argent qu'il ne l'avait pensé. Ça lui faisait un peu peur pour être honnête d'être marié à cet inconnu. Mais il voyait que Christopher était heureux et en sécurité, et c'était tout ce qui importait.
Buck revint avec des documents dans les mains.
– J'ai fait expédier les documents du mariage au tribunal à El Paso, expliqua-t-il. Les termes de notre contrat sont clairs et doivent être respectés.
– Bien sûr, déglutit-il.
– Tu es en sécurité, Eddie. Tes parents ne pourront plus rien contre toi.
Eddie hocha la tête, reconnaissant mais toujours un peu méfiant.
– Merci, Buck. Vraiment.
– Tu n'as pas à me remercier, répondit Buck. On est partenaires maintenant. On va s'en sortir, ensemble.
Les jours suivants furent une période d'adaptation pour Eddie.
Vivre avec Buck était étrange au début, mais il découvrait peu à peu des aspects de lui qu'il appréciait. Buck était attentionné, toujours prêt à aider, et faisait de son mieux pour que Christopher se sente à l'aise. Il avait même installé un bureau pour Eddie, pour qu'il puisse travailler et organiser ses affaires.
Eddie, de son côté, essayait de se faire à cette nouvelle vie.
Il passait du temps avec Christopher, le rassurant et jouant avec lui. Il prenait aussi le temps de mieux connaître Buck, discutant de leurs vies passées et de leurs espoirs pour l'avenir.
Un soir, après avoir couché Christopher, Eddie rejoignit Buck dans le salon. Ils s'assirent en silence pendant un moment, chacun perdu dans ses pensées.
– Comment tu te sens ? demanda Buck finalement.
Eddie soupira.
– C'est... beaucoup à prendre. Mais je pense que ça ira. Tu fais beaucoup pour nous, et je veux te remercier pour ça.
Buck hocha la tête, un sourire chaleureux sur les lèvres.
– On est une équipe maintenant. On va faire en sorte que ça marche.
Eddie sourit en retour, sentant pour la première fois depuis longtemps une lueur d'espoir.
Peut-être que, malgré tout, ils pouvaient trouver un nouveau départ ici, à Los Angeles. Peut-être que, avec Buck à leurs côtés, ils pouvaient vraiment être heureux et en sécurité.
Leur nouvelle vie ne serait pas sans défis, mais Eddie était déterminé à faire de son mieux pour Christopher et pour cette étrange mais prometteuse famille qu'ils formaient désormais.
