Une visite inattendue

Eddie se réveilla avec les premiers rayons du soleil, encore une fois étonné par la vue incroyable depuis la fenêtre de l'appartement de Buck.

C'était un contraste saisissant avec sa vie précédente à El Paso. Il se leva doucement pour ne pas réveiller Christopher, qui dormait paisiblement dans la chambre voisine, et se dirigea vers la cuisine pour préparer le petit-déjeuner.

Il aimait cette routine matinale.

Chaque jour, il se sentait un peu plus chez lui dans cet appartement spacieux et lumineux. Buck et lui avaient établi une routine confortable, partageant les responsabilités et les moments de détente. Eddie appréciait de plus en plus la compagnie de Buck, qui se révélait être un homme simple et gentil, loin de l'image d'un riche distant et froid, comme l'étaient ses parents.

Son père avait fait un mariage pécunier en épousant sa mère qui était une riche héritière. Grâce à lui, elle avait fait prospérer son entreprise et son père était devenu aussi avide qu'elle. C'était à un tel point que son abuela ne voulait plus leur parler.

Sa tante non plus d'ailleurs.

Elles avaient toutes deux rencontré Buck, le week-end dernier et Eddie avait été impressionné par son aisance à naviguer dans sa famille. Pour dire vrai, elles l'avaient toutes les deux adoré et il avait été sermonné pour leur avoir caché cet homme merveilleux si longtemps et pour ne pas les avoir invités au mariage. Buck avait volé à son secours en admettant que c'était une impulsion de son initiative et il avait été pardonné.

Alors qu'il versait du café dans deux tasses, Buck apparut dans la cuisine, les cheveux en bataille et un sourire fatigué sur le visage.

– Salut, dit Buck en bâillant. Bien dormi ?

– Oui, merci. Et toi ?

– Pas trop mal. On dirait que Christopher a bien dormi aussi, rit-il en voyant le visage endormi de l'enfant arriver à son tour.

Eddie hocha la tête avec un sourire.

Christopher s'adaptait bien à leur nouvelle vie, il adorait Carla et son école, et il idolâtrait carrément Buck et cela le rassurait énormément.

– Eddie ? s'enquit-il alors que Christopher était parti se préparer pour l'école.

– Un problème ?

– Pas… vraiment. Je veux dire… Je pense que… peut-être… tu pourrais… enfin…

– Buck ? Dis-moi ce qui se passe ! Si je peux aider…

– Tu veux venir au prochain barbecue de la 118 avec moi ?

– Le… ?

Eddie avait entendu parler de ces barbecues depuis que Buck lui parlait de son travail.

Il y en avait eu trois qu'il avait simplement décliné. De ce qu'Eddie en savait il était allé au premier en coup de vent quand il était encore plâtré, mais plus depuis. Il avait d'abord pensé qu'il y avait eu un problème avec son équipe mais il avait fini par parler avec Carla et il savait à présent que Buck était très secret sur sa fortune et qu'aucun de ses collègues ne savait qu'il était riche.

Eddie avait compris alors pourquoi il n'avait pas encore rencontré ceux qu'il considérait comme ses plus proches amis, sa presque famille. Il devait avoir peur qu'il commette un impair. Eddie avait travaillé dur sur une histoire vraisemblable et il avait inventé cette histoire de correspondance qui avait commencé comme une erreur de destinataire quand il était à l'armée et qui avait fini par cliquer.

Comme Buck était resté très secret sur ses tentatives amoureuses malheureuses et que Eddie avait perdu sa femme tragiquement, il avait alors inventé une histoire sur leur correspondance qui avait repris alors qu'il était encore au Texas, sur Buck venant plusieurs fois lui rendre visite, sur leur histoire d'amour longue distance et sur Eddie admettant finalement qu'il se débattait avec tous ses problèmes.

Tout était plausible et vraisemblable.

Si le juge lui posait des questions sur ce secret, Eddie n'aurait qu'à évoquer l'homophobie plus que connu de ses parents et leurs menaces de lui prendre son fils. Pour les autres, il disait juste que Buck l'avait convaincu de le rejoindre en lui demandant de l'épouser, que tout était prévu des mois à l'avance mais que juste après le mariage, le jour du déménagement, il avait eu son accident.

Il offrit un sourire rassurant à son mari. Il était plus que prêt à rencontrer la 118 et leur famille, plus que prêt à remplir sa part du marché.

– J'en serais ravi Buck. Dis-moi juste quand et j'y serai.

Buck lui offrit un sourire plus lumineux que le soleil lui-même et partit prendre une douche alors qu'il débarrassait la table. Buck avait prévu de trainer simplement à la maison ne reprenant son quart que le lendemain matin.

Après le petit-déjeuner, Eddie s'attaqua à une nouvelle tâche : chercher du travail. Il avait besoin de se sentir utile, de contribuer à leur vie commune. Il passa la matinée à envoyer des candidatures et à préparer son CV.

L'après-midi, après avoir déposé Christopher à l'école, il rejoignit Buck au salon.

– Je cherche du travail, dit-il en s'asseyant sur le canapé, captant soudain toute son attention. J'ai envoyé quelques candidatures ce matin.

– Eddie, tu n'as pas besoin de…

– Bien sûr que si, le coupa-t-il bien décidé à ne pas se laisser faire cette fois. De toute façon, je commence à tourner en rond. J'ai besoin de rester actif.

– Tu es actif, le contredit Buck. Cet endroit n'a jamais été aussi étincelant et ordonné. Notre femme de ménage va finir par te détester, rit-il.

– Justement, je n'ai pas envie qu'elle glisse une bestiole morte dans mes sous-vêtements pour se venger.

– Elle ne le ferait pas, lui sourit-il tendrement. Pas si elle tient à son travail.

Eddie pencha la tête sur le côté.

Buck était adorable avec son fils ou lui, toujours souriant, voulant aider avec le cœur sur la main et un sourire plus grand que le Texas mais il pouvait devenir dur et implacable et cette ambivalence était perturbante.

– J'ai besoin de travailler, Buck, poursuivit-il néanmoins. Je vais devenir fou sinon.

Buck hocha la tête, approbateur.

– C'est une bonne idée, confirma-t-il finalement. Si tu as besoin d'aide pour quoi que ce soit, fais-le moi savoir.

Ils passèrent le reste de la journée ensemble, discutant de tout et de rien, apprenant à encore mieux se connaître. Eddie aimait vraiment Buck, passer du temps avec lui. Contre toute attente, il s'était attaché à cet homme simple et généreux.

Ce soir-là leur diner en famille fut interrompu par des coups insistants à la porte et Eddie se raidit immédiatement. Il avait toujours peur que ses parents envoient quelqu'un pour lui prendre son fils, même si Buck lui avait promis que cela n'arriverait jamais.

Buck déposa une main sur la sienne pour le rassurer.

Puis, il se leva et se dirigea vers la porte d'entrée.

– Papa ? demanda Christopher.

– Comme on a dit, souffla-t-il en se levant pour l'aider à se diriger dans sa chambre.

Puis, quand il fut sûr que Christopher était hors d'atteinte, il rejoignit Buck pour le trouver debout avec un air froid sur le visage alors qu'une femme inconnue le serrait dans ses bras en pleurant. Elle se dégagea lentement quand elle se rendit compte qu'il ne lui rendait pas son étreinte.

Buck était droit comme un piquet, tous les muscles de son corps raidit et Eddie ne l'avait jamais vu comme ça, aussi froid mais il savait qu'une grande colère brûlait en lui.

– Evan, souffla-t-elle.

– Qu'est-ce que tu fais ici, Maddie ? dit-il d'une voix froide.

– Evan, je…

– Non ! Presque quinze ans sans nouvelles et tu viens gentiment quémander ici ? Tu es comme les autres. Je ne veux rien avoir à faire avec toi ou notre famille. Foutez-le camps de ma vie une bonne fois pour toute !

La femme, Maddie, sembla sur le point de pleurer. Elle jeta un regard suppliant à Eddie, mais Buck la prit par le bras et la poussa doucement vers la porte.

– Sors, répéta-t-il. Et ne reviens pas.

La porte se referma avec fracas, laissant Eddie et Buck seuls dans un silence tendu.

– Buck… ? souffla-t-il perdu.

– C'était ma sœur, expliqua Buck en s'asseyant lourdement sur le canapé. À l'instar de mes parents, son mari a essayé de me faire investir dans des projets douteux pour détourner mon argent. Et maintenant, elle aussi… Je ne veux plus rien à voir avec eux.

Eddie hocha lentement la tête, comprenant la douleur et la colère dans la voix de Buck. Sans même comprendre ce qui se passait, Buck se mit à pleurer et Eddie s'installa à ses côtés pour le serrer contre lui jusqu'à ce qu'il s'apaise. Jamais, il ne l'avait vu si désespéré. Cet homme bon était incroyablement seul dans sa vie, sans amour et Eddie se dit qu'heureusement qu'aujourd'hui, il les avait, Christopher et lui.

Il détestait la famille de Buck pour lui avoir fait tant de mal. Ses parents mais aussi sa sœur et son beau-frère mais il savait à quel point l'argent pouvait rendre avide et cruel. Malgré tout, quelque chose dans l'attitude de Maddie le troublait.

Elle semblait vraiment désespérée.